
« C'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière » (Edmond Rostand) |
| | |
| Auteur | Message |
|---|
Christian Stue Inquisiteur


Age : 20 Inscrit le : 31 Mai 2008 Messages : 76 Informations Personnage Âge: 25 ans Titre: Bourgeois
 | Sujet: Re: Manoir Edelgard Sam 28 Juin 2008 - 19:24 | |
| Désir d’intimidation ? Si tel était le cas, la duchesse avait rondement mené, et, réussi son affaire avec brio, pourquoi fallait-il s’encombrer d’artifices après tout ? Miss Constance, Madame Edelgard était belle au naturel, c’en était une évidence ! A peine avait-il pénétré dans cette pièce, à peine l’avait-il aperçu que la pâleur de ses joues avait viré à un rosé prononcé, son œil s’était détourné de cette victime de la petite Lison, sa poitrine s’était soulevée, animée par davantage de palpitations. Monsieur Stue était quelque peu déstabilisé, ombrages sur sa folle et impudente assurance ! Il parvint malgré tout à faire un pas, puis deux, à s’avancer jusqu’à l’une des fenêtres qui donnaient vue sur l’opulent jardin des Edelgard, pour se poster près de cette large ouverture lumineuse. Ainsi, il s’épargnait, s’économisait d’une confrontation avec la belle maîtresse des lieux, il n’aurait pas à soutenir son oppressant regard, ces yeux gourmands, ces prunelles chocolat aux éclats noisette. Sa vision était remplacée par celle de jardins à la ramure rigoureuse, aux manteaux feuillus et à la verdure surprenante. Les domestiques de la demeure se devaient sûrement d’être d’excellents jardiniers pour briller dans les arts de dame Nature. Au dehors, l’astre solaire brillait fièrement dans une voûte sans nuages et alors qu’il contemplait l’ouvrage des petits gens de ce « château », il pensait à mademoi…à madame Edelgard qu’il s’imaginait, privé de sa vue, bien plus belle et chaste qu’elle ne l’était réellement. Mais elle, quelle image erronée avait-elle tiré de sa personne ? Comment connaître les autres, si l’on ne se connaît pas soi-même ? D’une voix encore émue de son entrée dans la pièce et de la tenue adoptée en sa présence, il s’exclama…
« Madame, je…je suis ravi de voir que vous n’avez rien malgré les supplices que vous avez du subir. Je..je suis également heureux de pouvoir partager un peu de votre temps. Mais je ne voudrai vous importuner et j’ai bien l’impression d’arriver au mauvais moment…. Ne devrai-je pas repasser ? »
Après tout, il n’était pas convenable de déranger ou même pire d’assister à la toilette d’une femme. Se calmant légèrement, ne l’avait-elle pas assez tourmenté juste par sa toute première apparition, il proféra d’autres palabres destinées à la jeune femme…
« Je m’excuse auprès de votre époux et de vous-même, je n’ai guère été présent durant ces quelques jours, j’ose croire que vous ne m’en tenez pas rigueur… Aussi, j’aimerai vous demander une faveur… Me ferez vous visiter les jardins en cette belle après-midi ? Que dites vous dans une heure ?... N’êtes vous pas ma guide attitrée après tout ? »
Avait-il soufflé avec plus de légèreté dans l’intention de lui plaire… Enfin, il se retourna, accompagné par la lueur du jour, il resplendissait dans ce halo de lumière, se dressant parmi le vol incessant de particules de poussières…Il répéta alors avec plus d’ardeur sa question, attendant sa réponse…
« Acceptez vous, madame Edelgard ? »
Mais déjà, il pensait à cette promenade, le sujet du jeune Gauche se devait d’être évoqué au cours de cette éventuelle discussion…. _________________
« La noirceur revête bien des masques mais nul n’est plus dangereux que celui de la vertu… » |
|  | | Constance Edelgard Duchesse


Age : 24 Inscrit le : 31 Mai 2008 Messages : 282 Informations Personnage Âge: 24ans Titre: Noble
 | Sujet: Re: Manoir Edelgard Sam 28 Juin 2008 - 20:30 | |
| Monsieur Stue était vraisemblablement assez gêné d'avoir eu à entrer dans la chambre de la Duchesse, et plus encore de l'avoir ainsi vue, vêtue de la sorte. Pourtant, elle n'avait rien de trop intime, mais visiblement, l'Inquisiteur n'avait pas pour habitude de visualiser les femmes dans ce genre d'accoutrements. Ce touchant visage, teinté de grenat, fit sourire Constance, intérieurement, et elle estima qu'il était plus plaisant d'observer un homme rougissant que d'avoir à rougir de honte elle même. Sans laisser le temps à Christian d'amener à son terme son intention de quitter les lieux, prétextant de la laisser tranquille durant sa toilette, la jeune femme fit un pas de côté, comme s'imposant entre la porte et son interlocuteur, entouré de lumière.
D'une voix déterminée mais chantonnante, Constance prit la parole en se balançant quelque peu d'avant en arrière.
« Oh, quelle merveille idée ! Je suis persuadée que les jardins vous raviront. Alain, notre jardinier, est un homme d'expérience et de goût. » Mais comme, déjà, il proposait de prendre congés durant une heure, la Duchesse lâcha sans attendre, comme prise de court.
« Attendez ! » Elle chercha du regard quelque chose, sans paraître réellement trouver, puis Lison frappa à la porte, s'annonçant, et déjà elle poussait la porte pour entrer de nouveau dans la chambre de Constance, un plateau ouvragé aux coins contenant deux verres d'un liquide ambré dans les mains. Il sembla alors que la jeune Duchesse s'exclama, enthousiaste comme une enfant.
« Buvez donc, c'est du cidre. Mon époux a fait venir des pommiers de Normandie, spécialement pour moi ! C'est un délice. » Incitant l'Inquisiteur à exécuter ses volontés, elle poussa Lison vers lui, et voici déjà le verre pétillants juste sous le nez de Christian. Constance parut enfin trouver ce qu'elle cherchait et eut un sourire malicieux.
« Une heure sera un temps trop important, imaginez que le temps ne se gâte. Restez ici, goûtez donc le cidre et mettez-vous à l'aise. Je serais de retour dans quelques minutes. »
Tout ceci ressemblait plus à un ordre dissimulé qu'à une demande à laquelle on s'attend à entendre un refus. En effet, Constance n'était sans doute pas le genre de femme qui pense pouvoir accueillir un « non » lorsqu'elle affirme quelque chose. Forte de sa position, elle sourit à l'Inquisiteur en trottinant vers une porte dérobée, qui menait vraisemblablement au petit bureau servant de Garde Robe de la jeune femme.
Un regard vers Lison, et déjà la servante déposait le plateau aux deux verres pétillants sur une petite table, et accourait vers sa Maîtresse. La porte se referma derrière elles, mais aussitôt, la tête de Constance réapparut par l'entrebâillement.
« Soyez sage. » Fit-elle d'un air taquin, avant de disparaître de nouveau.
L'attente ne fut pas longue, mais il fallait avouer que préparer une femme comme la Duchesse prenait toujours du temps. D'autant plus que, sachant sa prochaine visite des jardins en compagnie de l'Inquisiteur, Constance tenait à être plaisante, et elle mit plusieurs minutes à se décider sur la tenue à adopter. La froide saison éternellement présente à Forbach l'obligeait à un tissus épais, et il parut évident que le velours serait indispensable. Pas question de tomber dans cet affreux noir dont beaucoup de femmes s'enroulaient en ville, elle se montrait trop enthousiaste, aujourd'hui, pour être en deuil. Et ce fut donc une tenue de velours parme, aux rubans crèmes qui fut choisie. Sa coiffure resta simple, mais comme il semblait évident que laisser sa chevelure libre serait une offense aux bonnes mœurs, si son époux la voyait ainsi, Constance suivit les conseils de la chaste Lison, qui lui indiquait qu'on ne se tient pas ainsi avec un homme de l'Eglise...
Stupide Lison...
Constance attacha ses cheveux rapidement, et claqua les mains de la domestique lorsqu'elle voulut mieux encore les maintenir. Enfin, elle passa la porte, sans doute une heure n'était-elle pas passée, mais une demi-heure, certainement. La Duchesse s'avança vers le jeune homme et se tourna alors. Quelle surprise de voir, ainsi dos tournée, que la jeune femme n'avait pas refermé les cordons brodés qui maintenait sa robe fermée.
Lison, honteuse, sortit du Bureau, comme si elle regrettait déjà la demande de sa maîtresse, de laisser ouverte cette fermeture indispensable. Constance, pourtant, souriait et eut un œil faussement naïf.
« Pourriez-vous m'aider, Monsieur ? » Elle passa ses mains dans son propre dos, pour indiquer l'évidence. « Lison a décidément encore beaucoup de leçons à apprendre en matière de service. Voulez-vous bien nouer ces cordons afin que nous puissions sortir dans les jardins ? »
De toute évidence, elle était assez heureuse de cette mauvaise blague. Etait-ce un moyen de vengeance, certes peu diabolique, mais qui aurait pour résultat d'effacer l'affront qu'il lui avait fait ? Ou peut être était-ce simplement la prolongation d'un jeu qu'elle appréciait.
Lison avait le visage rouge et honteux, tant qu'elle ne put rester dans la pièce, face au dos de sa maîtresse, d'où l'on pouvait apercevoir ses dessous -il fallait cependant relativiser : avec les trois ou quatre couches de mousseline qu'elle portait, il n'y avait tant de choses à voir que cela- qui tentait ce pauvre Inquisiteur. Elle s'enfuit sans un mot en refermant la porte derrière elle. |
|  | | Christian Stue Inquisiteur


Age : 20 Inscrit le : 31 Mai 2008 Messages : 76 Informations Personnage Âge: 25 ans Titre: Bourgeois
 | Sujet: Re: Manoir Edelgard Sam 28 Juin 2008 - 21:35 | |
| Encore interloqué, la manifestation de son trouble était claire et visible, ses lèvres rosées demeuraient faiblement entrouvertes, son regard légèrement hagard se perdait dans les méandres dorées des bulles de son verre, alors qu’elle, Madame Edelagard, disparaissait accompagnée de la dénommée Lison dans le décor touffu de sa chambre. Comble du comble, la demoiselle se permit même de lui arracher un sursaut notable alors qu’elle lui prodiguait l’un de ces précieux conseils ! Son corps se raidit à ces derniers mots, ses prunelles sombres fusèrent dans sa direction, s’extirpant avec bonheur du breuvage normand, sa respiration fut retenue un court instant…. Voilà qu’il réalisait qu’elle n’était plus là, le sens de ses mots lui parvenait à présent aussi clairement que l’ocre du liquide. Il s’était éveillé de sa chimère à grand renforts de clignements d’oeils et avait pu rassemblé ses esprits et le cours de ses pensées, décidant de s’installer pour patienter le retour de la duchesse, il s’assit sur le bord d’un sofa, n’osant réellement prendre ses aises, on aurait dit l’un de ses enfants trop sages qui se terrent dans l’expectative d’un événement prochain. L’ange ténébreux se débarrassa de son verre qu’il déposa sur une petite table, il but le précieux liquide par petites gorgées de cette même manière qu’il avait siroté le vin le premier jour de leur rencontre… Ses longues menottes posées sur ses genoux, il attendait avec une patience hors du commun !
Alors qu’il était plongé dans la solitude, des interrogations jaillirent comme par magie, des idées saugrenues s’y amalgamèrent pour former un méli-mélo, mosaïque inhomogène de pensées. Ainsi, ne s’était-il pas montré trop entreprenant avec son hôtesse ? Pourquoi manifester une si grande émotion à sa vue ?! Après tout, il était un homme, digne de ce nom, il n’avait pas besoin de s’attacher à qui que ce soit, seule la raison et la vérité importaient ! Et c’est renforcé de cet échantillon de convictions qu’elle réapparut radieuse dans sa robe à la teinte parme et aux rubans flottants… Avalant difficilement sa salive et s’empourprant comme jamais, il accepta sa demande et accourut comme si une catastrophe se préparait ; son courage n’était-il pas à louer ? N’était-il pas des plus valeureux ou des membres du beau sexe fuyaient à toutes jambes ? Se postant derrière la belle, son souffle moite, quelque peu haletant, balaya sa nuque dénudée pour venir se perdre dans les profondeurs de son décolleté, tout juste à la naissance de ses seins, ses mains se posèrent avec succès sur sa taille, notait-elle un peu les tremblements de ces dernières ? Etait-ce dû à ce dos en partie dénudée, la « vue privilégiée de son décolletée et de ses dessous ou sa proximité tout simplement ? Son cœur battait à tout rompre et il se maudissait d’être dans une telle situation…
« Je…Je ne suis pas un expert…Votre domest..domestique aurait sûrement été plus habile que moi. Veuillez m’en excuser…Co..comme ça ? »
Ses doigts prirent un peu plus de cette assurance, il remonta ses mains dans un léger parcours de son dos, effleurement de ce satin rosé, frôlement de peaux.... La moitié des nœuds se trouva bientôt enchevêtrée… Il n’en resta plus qu’un, prit-il un peu plus son temps pour l’accrocher ? Qui sait…Cet exercice fut bientôt terminé… Le jeune homme était encore tout essoufflé de tant d’activité ! La sensualité de l’instant, l’érotisme de ce toucher ne fut pas complètement occulté et une certaine harmonie, ambiance, régnait tout encore dans la chambre de la dame.
« Je… J’espère ne pas vous avoir importuné madame. Allons-nous vers ces jardins à présent… ? »
Se retournant pour qu’elle ne voit pas son visage encore rouge, qu’elle ne savoure pas le triomphe de sa mauvaise farce, il avait d’ors et déjà parcouru la moitié de la chambre en sens inverse…
« Le cidre était délicieux… Votre jardinier….Mo…Monsieur Alain, nous accompagnera-t-il dans cette visite ? Je ne voudrai pas non plus vous épuiser par une marche trop longue, Madame. » _________________
« La noirceur revête bien des masques mais nul n’est plus dangereux que celui de la vertu… » |
|  | | Constance Edelgard Duchesse


Age : 24 Inscrit le : 31 Mai 2008 Messages : 282 Informations Personnage Âge: 24ans Titre: Noble
 | Sujet: Re: Manoir Edelgard Dim 29 Juin 2008 - 10:35 | |
| Qu'il était sympathique de constater les tremblements, légers mais présents, qui pouvait parcourir les doigts de l'Inquisiteur, passant dans les fibres du ruban, pour venir rapporter à la Duchesse les troubles qui devaient habiter le jeune homme. C'était sans doute comme l'obtention d'une récompense, pour l'épouse Edelgard, qui savourait sa petite victoire avec un sourire abominablement satisfait. Pourtant, ainsi tournée, il y avait peu de risque que Christian puisse constater sa fierté, tout comme Constance n'eut le loisir d'admirer les teintes carmins qui déjà envahissaient le visage du Représentant de l'Eglise. Le temps semblait long, mais les secondes suspendues ne rendirent pas la Duchesse impatiente, bien au contraire, et elle eut presque un soupir déçu lorsque le dernier nœud fut achevé.
« Vous bien plus doué que Lison. Elle est gentille, ce n'est pas le souci. Mais cette pauvre Gourgandine est d'une lenteur et d'une balourdise sans égale. Vos doigts, à vous, sont plus doux. »
Chaque nouvelle prise de la parole était un nouveau prétexte pour songer aux joues rouges de Christian, comme si le mettre mal à l'aise était devenu un passe temps appréciable. Non par méchanceté, comprenez, mais il était plaisant de le voir détourner les yeux. Il fallait avouer qu'il était attendrissant, de constater qu'un homme puisse aussi s'empourprer pour un mot ou un contact, et il est des personnes qui s'enchantent à provoquer les sursauts.
Aussitôt sa tache terminée, l'Inquisiteur sembla s'enfuir vers la porte, comme s'il manquait d'air dans ce bocal parfumé des essences féminines. Constance approcha à son tour, sur ses talons -ne fallait-il pas le suivre ?- et eut un petit rire, discret mais bien audible.
« Alain n'aura certainement pas le temps de nous rejoindre, l'entretien d'un aussi beau jardin occupe tout son temps, du lever jusqu'au coucher. » Ce petit Inquisiteur souhaitait-il, par tous les moyens, ne plus être seul avec elle ? Elle leva un sourcil, décidée à ne pas le laisser à nouveau lui manquer de respect, comme l'avant veille. Elle contrôlerait cette journée, à défaut d'avoir gardé la main lors de son arrivée.
« N'ayez plus à craindre mon épuisement ou ma fatigue. Quelques pas dans l'herbe ne me feront pas de mal, songez-vous qu'une femme ne puisse marcher autant qu'un homme ? »
Comme si terminer sur une note agréable lui semblait impossible, il avait fallut que Constance relance un débat qui lui était interdit. Pourtant, ce n'était pas dans un esprit belliqueux, qu'elle avait conclut ainsi, simple petite joute, ou petite provocation. Ne connaissant pas assez le jeune homme pour savoir ses convictions profondes, elle avait besoin de sonder ses opinions.
Elle le précéda alors et ouvrit la porte, l'invitant à sortir. Galanterie imbécile, elle le laissa donc fermer la porte derrière lui, et reprit sa marche dans les couloirs du Manoir, comme deux jours au paravent, et eut un petit sourire. Attendant encore avant de s'emparer de son avant bras, comme elle l'avait déjà fait de façon anodine, Constance indiqua de sa main libre.
« Passons par ici, c'est la porte des Domestiques, mais nous serons plus vite arrivés. »
En effet, après quelques mètres d'un couloir qui semblait décrépit, aux tapisseries ternes et au parquet grinçant, la Duchesse poussa une porte qui fit hurler les gonds, et une petite allée dérobée, réservée aux employés Edelgard, semblait mener jusqu'aux Jardins. Une pensée lui remémora la fermeture des nœuds dans son dos, comme un souffle de vent, et elle ne put retenir un frisson. |
|  | | Christian Stue Inquisiteur


Age : 20 Inscrit le : 31 Mai 2008 Messages : 76 Informations Personnage Âge: 25 ans Titre: Bourgeois
 | Sujet: Re: Manoir Edelgard Lun 30 Juin 2008 - 19:05 | |
| Pieuvre tentaculaire, elle happa son avant-bras comme elle s’en était emparée autrefois dans ce même corridor, couvert par le voile de l’obscurité. C’est ainsi qu’elle l’entraîna, en direction du dehors. Lui, le pauvre homme n’était encore réellement remis de sa mésaventure avec cette robe couleur violette, si bien que Constance put se réjouir de cette maladie contagieuse dont Monsieur Stue était la victime infortunée, « la chair de poule ». Il ne put réagir à cet assaut brutal mais habile dans la chasse de son bras et lui laissa de bon gré, captif heureux malgré lui. Focalisé sur les murs décrépis, propre aux quartiers des domestiques, il répondit aux questions de la belle avec une audace folle et un superbe ingénieux malgré les symptômes qui poursuivaient ce malade égaré.
« C’est bien dommage, j’aurais aimé voir l’architecte de ce petit monde. Mais je suppose qu’une promenade en votre compagnie ne pourra me faire que du bien. Quant à votre question, Madame Edelgard, je ne peux vous répondre avec certitude sur ce point, ne me faudrait-il pas mettre votre endurance à l’épreuve pour pouvoir fournir réponse à pareille interrogation ? Et, je me refuse d’occuper toute votre après-midi. De plus, n’aurai-je pas mauvaise figure si je ne pouvais soutenir la cadence ? »
Voilà qui en était bien assez, il reprit des couleurs, de son aplomb et ces mots s’étaient élancés avec taquinerie vers son hôtesse. Ils arrivèrent dans cet univers végétal, sphère préservée de Dame Nature par la main de l’homme. Le gravier tinta sous leurs pas, les cailloux roulèrent, boulèrent dans leurs chansons monotones ; mais déjà, ces demoiselles, les fleurs, se montraient sous leurs nez, rosiers en pagaille constituaient et formaient la première ligne de l’allée qu’ils avaient empruntée !
« Vous rayonnez, Mademoi… Madame Edelgard. J’ai vu votre époux hier. Il ne cesse de vous louer, vous êtes, de toute évidence, une femme admirable et d’esprit. Il a de la chance de vous avoir. Vous vivez dans un cadre idyllique, j’ose croire que Monsieur dînera avec nous ce soir, j’ai bien peur que vous vous lassiez de moi. Je ne sais comment vous être agréable, dites moi donc. Oh…Peut-être voudriez vous un portrait, un dessin de vous, duchesse ? »
Et, l’invitant à s’asseoir auprès de lui, sur un banc de pierre, recouvert de mousse aux extrémités, il reprit avec plus de hâte en détournant le regard, rougissant légèrement de son propre zèle…
« Oubliez ceci, c’est une mauvaise idée, je ne suis pas très doué et ravir ainsi votre temps ne serait pas une bonne chose. »
L'espace d'un instant, sa main engloba celle plus menue de la demoiselle, elle tâtonna un bref moment avant de se retirer de ce geste sans doute des plus anodins... _________________
« La noirceur revête bien des masques mais nul n’est plus dangereux que celui de la vertu… » |
|  | | Constance Edelgard Duchesse


Age : 24 Inscrit le : 31 Mai 2008 Messages : 282 Informations Personnage Âge: 24ans Titre: Noble
 | Sujet: Re: Manoir Edelgard Lun 30 Juin 2008 - 19:51 | |
| Christian était un homme étonnant. Non par audace, puisqu'il semblait plutôt lutter contre les coquelicots de ses joues, mais par sa capacité à passer d'une timidité extrême à quelque chose d'assez détendu et de légèrement familier. Ce n'était pas pour déplaire à la Duchesse, qui appréciait beaucoup la compagnie de l'Inquisiteur, malgré qu'il s'entête à lui dire qu'elle se lasserait de sa présence ; Elle était convaincue du contraire !
Comme elle avait senti les doigts du Représentant de l'Inquisition presser les siens comme un réflexe, elle eut un rire attendrit, qui s'estompa vite puisque Christian parut immédiatement se reprendre. Etait-il incapable de rester si proche d'elle plus de quelques secondes ? Mais la perspective qu'il souhaite faire son portrait avait déjà envahit l'esprit de Constance, et elle s'approcha de lui si près qu'il put sans doute renifler un léger parfum d'eau de rose.
« Faire mon portrait ? Oh ! Monsieur Stue, ne vous rétractez pas ! » Voyant qu'il avait l'air décidé à oublier les mots qu'il venait de prononcer, prise de la crainte qu'il refuse désormais s'assumer ses dires, la Duchesse le montra du doigt de façon disgracieuse :
« Vous ne pouvez tout de même pas mentir à une jeune femme ? Si ? L'Eglise le permet-elle ? » Ses paupières se plissèrent de façon sinistre : elle paraissait ravie de cette horrible phrase qui venait de passer ses lèvres, encore entre ouvertes, et resta si proche de l'Inquisiteur qu'elle même pouvait observer ses pupilles.
Constance n'avait plus qu'une idée en tête : se faire croquer... Elle voulait se voir sur le papier, et la perspective d'avoir à rester un petit moment avec Christian, tout en étant sure qu'il n'ait d'yeux que pour elle, la rendait euphorique. Il était devenu clair qu'elle n'aurait de cesse d'être abominable, tant que le jeune homme refuserait. Et le Duc savait qu'elle pouvait être redoutable. Un sourire malicieux était peint sur ses lèvres, mais la dimension enfantine qui la rendait il y peu tout à fait charmante avait disparue, désormais, c'était une note moins pure qui maculait ses lèvres.
« Mon époux vous a vanté mes qualités, c'est une tendre attention, cependant il ne vous a peut être pas souffler mes défauts. La ténacité en fait partie. » Elle ne put plus beaucoup s'approcher, leurs souffles se mêlèrent.
« Faîte mon portrait ... Christian ... s'il vous plait.... » Susurra-t-elle sans gêne.
Consciente qu'elle dépassait certaines limites, et comme le jeu n'était pas d'immédiatement incruster sur sa peau des rubis, Constance reprit une place plus convenable, laissant une distance salvatrice pour l'Inquisiteur. |
|  | | Christian Stue Inquisiteur


Age : 20 Inscrit le : 31 Mai 2008 Messages : 76 Informations Personnage Âge: 25 ans Titre: Bourgeois
 | Sujet: Re: Manoir Edelgard Lun 30 Juin 2008 - 21:16 | |
| Ce susurrement fit de son petit effet sur la personne de Christian, Cosntance était si proche après tout ! Suspendu à ses lèvres, captivé par son souffle, enivré par son odeur entêtante, cherchant à se soustraire de ses prunelles chocolat, il osait croire en une échappatoire. Ne pouvait-il pas le lui refuser ? Son incessant regard, ses lèvres gourmandes et létales qui s’étaient mise en mouvement pour asséner de telles paroles, comment pouvait-il se résoudre à lui dire non ? Monsieur Stue se permit quelques minauderies, désireux de ne pas paraître pour avenant envers la Rose qui lui faisait face. Elle gagna en distance et il put alors reprendre le fil de son discours.
« C’est-à-dire… Madame… Voyons ! »
Bafouillant imperceptiblement au souvenir des derniers mots de la femme… Son teint s’embrasa mais le feu se volatilisa rapidement dans un souci du paraître. Il affirma avec plus de conviction pour ne pas passer pour délicat et maniéré…
« La ténacité est-elle réellement un défaut, madame ? Je vous le demande. Vous vous parez de défauts qui ne sont guère méprisables. Je ne peux que céder à vos exigences. Quand nous aurons un peu de temps, cela sera avec plaisir. Vous autres, membres du beau sexe, savez, je suppose, faire valoir avec plus de force et de persuasion que nous autres, maladroits que nous sommes. »
C’est ainsi qu’il espérait congédier ce labeur, plaisir dangereux pour l’enquêteur et l’hôtesse des lieux. Les artistes, de tout temps, ont eu des muses, mais par maintes fois, celles-ci prenaient le rôle d’amantes, et, trop conscient de ce fait, Monsieur Stue se convainquit lui-même de reporter cette affaire à une date ultérieure. Se levant de son perchoir, il lui tendit son bras en galant homme, elle n’avait plus besoin de lui réclamer celui-ci pour l’obtenir. La promenade se poursuivit. Il ne détourna pas directement la conversation, connaissant la nature intuitive des femmes dans ce genre d’occupations.
« Ainsi, Madame aimez vous l’Art ? Jouez vous d’un instrument ? Dessiner vous peut-être ? Avez-vous de la famille près de Forbach ? »
Avec toutes ces interrogations, elle aurait de quoi faire avant de pouvoir l’interroger à nouveau sur le sujet du dessin…Et, pour être sûr de le lui faire oublier, il ajouta avec un certain amusement, tentant peut-être par là de l’effrayer…
« Les journées doivent être longues par moments à Forbach. Néanmoins, quelques récents événements semblent animées la ville. Pensez vous que cela dure Madame ? » _________________
« La noirceur revête bien des masques mais nul n’est plus dangereux que celui de la vertu… » |
|  | | Constance Edelgard Duchesse


Age : 24 Inscrit le : 31 Mai 2008 Messages : 282 Informations Personnage Âge: 24ans Titre: Noble
 | Sujet: Re: Manoir Edelgard Lun 30 Juin 2008 - 21:56 | |
| Ils étaient de nouveau en mouvement, tous deux marchant l'un à côté de l'autre, Constance ayant agrippé le bras proposé avec élégance, et une certaine galanterie qui l'avait fait sourire. De ces sourires que l'on surprend, attendrit ou charmé. Quant à cette obsession d'être le sujet des esquisses de l'Inquisiteur, il aurait été sot de songer que la jeune femme puisse si facilement les occulter. Elle était si têtue, que les questions posées, en rafale, n'avaient pu les effacer. Cependant, elle se pliait à l'interrogatoire avec beaucoup de plaisir, puisque constater l'intérêt de Christian pour ses talents ou sa famille était une attention touchante.
Lorsqu'ils passèrent devant une haie, taillée avec habileté en un écureuil courbé, la Duchesse entreprit de répondre aux mots de son interlocuteur, avec une voix qui trahissait moins d'assurance, comme redevenue moins tentatrice, et se confinait dans un rôle plus doux.
« J'apprécie les Toiles, mais je dois déplorer un manque de don dans la pratique artistique. Qu'elle soit musique ou peinture, je me contente d'écouter, de regarder et d'apprécier. Je ne me plains cependant pas totalement de ce sort, car je préfère pouvoir savourer plutôt que de cuisiner. »
Avoua-t-elle, comme si, sans aucune honte, elle affirmait un trait de son caractère, qui la rendait plutôt fainéante, et qui lui dictait toujours de laisser faire ses domestiques. Elle ne paraissait pas en avoir ressenti de la gêne, après tout qu'y pouvait-elle ? Et il fallait dire que Constance ne voyait pas où pouvait être le mal là dedans. Au contraire...
« Quant à la famille, elle ne réside pas si loin d'ici, mais je ne la vois que peu. Non parce que je ne le désire pas, mais nos vies sont éloignées désormais. »
Comme cette phrase résonnait encore, bien trop classique ou pesante dans l'air, tout à l'heure si léger et enivrant, Constance se plut à cesser cette leçon trop romanesque pour lever ses yeux noisettes vers Christian. Déjà, on pouvait lire en eux une sorte d'intuition, une nouvelle idée saugrenue ?
« Puis-je à mon tour vous poser des questions ? » Mais elle ne lui laissa pas le temps de répondre par la négative, ni même d'affirmer sa demande.
« Mon époux me refuse l'accès aux connaissances Inquisitoriales. J'ignore pourquoi mais il souhaite me préserver de ce savoir. Peut-être y a-t-il un rapport en effet avec les événements actuels. Je vais vous décevoir, mais je ne sors que peu du Manoir, et j'ignore beaucoup de ce qui se déroule à Forbach. Dites-moi. » Souffla-t-elle enfin « Comment entre-t-on Inquisiteur ? »
La curiosité de Constance revenait rapidement, elle n'était jamais partie à vrai dire. Même, elle l'avait réfrénée, et c'était sans doute bien pire. Désormais bavarde, semblant avoir laissé un peu ses jeux dangereux pour l'instant, elle n'avait cependant pas l'intention de lâcher ce bras qu'il lui avait offert. Elle sentait en ce mouvement, même léger, un contact agréable qu'elle ne souhaitait pas briser.
|
|  | | Christian Stue Inquisiteur


Age : 20 Inscrit le : 31 Mai 2008 Messages : 76 Informations Personnage Âge: 25 ans Titre: Bourgeois
 | Sujet: Re: Manoir Edelgard Lun 30 Juin 2008 - 22:29 | |
| Satisfait d’avoir versé le filtre de l’oubli dans l’esprit de Miss Edelgard, l’inquisiteur retrouva de son panache et se fit un point d’honneur à lui montrer un peu plus de froideur. Aussitôt, remontait-il en selle que la rose cherchait à le désarçonnait, s’armant de douceur et de fragilité. Les femmes sont d’une subtilité sans nom, capables de jouer d’innombrables registres aux yeux de ces infirmes qui se plaisent à croire leurs bobards et les avalent dans un excès de gourmandise. Il ne s’en formalisa pas et préféra lui montrer son visage de marbre qu’il savait aborder avec plus ou moins de commande. Il dissimula sa surprise sous ses mèches ténèbres, la contint lorsqu’elle le questionna avec plus de véhémence sur la Sainte Inquisition.
« Madame, voulez vous m’arracher des mots que votre époux vous interdit ? N’est-ce pas un mal que d’aller contre sa volonté ? Votre curiosité est louable mais je suis au service du duc et je m’en voudrai de lui être déplaisant. N’y prenez aucune offense envers votre personne, duchesse. Peut-être, juge-t-il que toute vérité n’est pas bonne à dire. La ville connaît juste quelques troubles mais ne vous en faites pas, rien d’important. »
Et comme pour l’attirer vers autre chose, il s’émerveilla devant les prouesses géométriques des haies taillées, ce qui, à la vérité, ne l’intéressait guère ! Il dépréciait même ces excentricités de mauvais goût du jardinier attitré au manoir. Il embraya la conversation pour ne pas lui laisser de répit, l’empêchant de protester avec la même habilité dont elle usait avec grâce et charme…
« Vous restez à demeure ainsi ? Comment occupez vous vos soirées ? Organisez vous des bals ? Vous devriez cultiver ces talents, madame, je suis sûr que malgré ce que vous dites, vous êtes très douée et qui sait, peut-être, un jour, vous verrai-je dans l’exercice de la musique ou de la peinture ? »
Ne cherchant pas réellement de réponses à ses dires de peur d’avoir le droit à nouveau au portrait, il ajouta, dans une mine faussement fatiguée….
« Il se fait tard, nous devrions rentrer, Madame Edelgard. » _________________
« La noirceur revête bien des masques mais nul n’est plus dangereux que celui de la vertu… » |
|  | | Constance Edelgard Duchesse


Age : 24 Inscrit le : 31 Mai 2008 Messages : 282 Informations Personnage Âge: 24ans Titre: Noble
 | Sujet: Re: Manoir Edelgard Mer 2 Juil 2008 - 13:16 | |
| Les pirouettes de l'Inquisiteur, qui s'acharnait avec beaucoup d'énergie à se rendre glacé et sobre, reprenaient cet agacement qui avait gagné Constance l'avant veille. Il s'entêtait à refuser de répondre à sa première question, prétextant l'interdiction maritale, raison qui semblait, pour la Duchesse, d'une complète imbécillité. Alors il faudrait qu'elle se montre plus persuasive, et cette optique-là n'était pas franchement désagréable, mais s'il s'obstinait à toujours là forcer au caprice, elle serait vite lasse. Son étreinte, sur son avant bras, se resserra comme sous la mauvaiseté de se voir refuser des réponses, mais elle n'exposait qu'un visage plutôt neutre, encore assez souriant. Cependant, on pouvait largement supposer qu'elle concoctait déjà sa réplique.
« Ainsi vous songez, comme mon époux, qu'il est préférable que les femmes n'atteignent pas un niveau de connaissance égal à celui dont les hommes jouissent. Soit. J'ignorais simplement que vous étiez de ceux-ci, vos manières m'ont trompées, je vous ai pris pour un autre. »
Elle lâcha lentement son bras, ses doigts un à un glissèrent sur le tissus que revêtait l'Inquisiteur, et elle laissa ses bras ballants, alors qu'ils marchaient encore dans les allées du jardin. D'ailleurs, s'il semblait observer les haies ou les massifs, rien ne paraissait vraiment avoir son admiration. N'était-il pas celui qui avait souhaité venir en ces lieux, même accompagné du Jardinier, pour n'y rester que quelques minutes, et ne s'extasier d'aucun végétal ?
« Mes journées et mes soirées sont rythmées par les broutilles féminines habituelles. Je doute que cela vous intéresse, entre les essayages et les bavardages typiques de notre sexe, un homme a bien des peines à y trouver un quelconque intérêt... »
Constance haussa les épaules et posa ses yeux sur un pavé fleuris aux couleurs rouges et blanches. Cela non plus n'attirait plus son attention, captivante cérémonies des pétales et des feuilles emmêlées, non puisque son esprit était encore embrumé par les colères qu'on pouvait y faire naître. Pourtant, Constance n'était pas particulièrement agacée, dans son attitude, elle avait revêtu un neutre visage, ne daignant plus lui sourire.
« ... Ce que je peux comprendre aisément. Contrairement à ce que se permettent de croire vos congénères, Monsieur Stue, les femmes ont bien conscience qu'elles n'attirent que pour leur jeunesse et leur beauté. Espérer un instant que notre esprit ait des conséquences sur notre charme est une sottise que nous avons depuis longtemps abandonnée. »
Envolés, les « Christian » ou les chuchotements, effacées, les mains qui effleurent les tissus, le dos des mains masculines, et disparus, les regards noisettes aux accents taquins. Elle semblait désormais si austère, peut être plus vieilles. Etait-ce de ce masque qu'elle se paraît lorsque son époux lui refusait un caprice ?
« Mais vous avez tout à fait raison. La visite de ce jardin ne nous a pris que trop de temps, vos occupations doivent être nombreuses, et vos rencontres fortuites plus plaisantes qu'une marche dans les jardins Edelgard. Vous m'excuserez, si je ne vous accompagne pas jusqu'à l'intérieur, il me plait, à moi, d'admirer les beautés naturelles qu'Alain retranscrit, et une si courte excursion ne saurait me satisfaire. »
Les derniers mots sonnèrent sèchement, comme un langue bifide sur un palais de reptile. Qu'elle pouvait se montrer odieuse, la jeune Constance, sans oser craindre d'être irrespectueuse envers leur invité, représentant de l'Eglise elle même. Et comme ses yeux pouvaient être absents de cette silhouette d'Inquisiteur, sans jamais le croiser, sans jamais plus l'observer. |
|  | | Christian Stue Inquisiteur


Age : 20 Inscrit le : 31 Mai 2008 Messages : 76 Informations Personnage Âge: 25 ans Titre: Bourgeois
 | Sujet: Re: Manoir Edelgard Mer 2 Juil 2008 - 16:03 | |
| Femme enfant qu’elle était ! En bonne capricieuse, Madame Edelgard se métamorphosa en vipère au venin violent, elle déversa ses propos en arborant le masque de l’indifférence, lui exhibant un visage au calme serein et à l’apparente vertu. Miss Constance lui retira le prêt de son avant-bras et par la même occasion celui de sa main avec cette même vivacité qui sied aux femmes qui savent accorder puis reprendre. La surprise s’étala sur le visage de l’homme, une certaine rancœur de se voir retirer les privilèges qu’il prenait pour des marques d’estime de ce serpent, le saisit. La mauvaise humeur le gagna alors qu’elle se faisait odieuse et lui témoignait le plus profond dédain ! Ne lui avait-il pas encore dévoilé qu’il savait se faire tout aussi infect lorsqu’il le désirait ?! Etaient-ils semblables dans leurs gamineries ? Qui sait ? Réplique du tac o tac, l’homme commençait déjà à s’éloigner de la duchesse.
« Je ne pensais pas être ainsi à vos yeux. Vous avez mal interprété mes propos mais je ne vous en veux pas. Supposons que vos dires soient vrais, Madame, vous pouvez au moins vous, et votre sexe, vous targuez de bénéficier d’une bien meilleure endurance que nous Messieurs. »
Il s’était paré d’une bonhomie toute particulière, grinçante quoique aimable. Elle disparut de son champ de vision, se dissolvant dans ses orbes noirs pour ne plus réapparaître. Il bouillonnait à l’intérieur et étouffait à présent dans son costume rigoureux et sévère. Cherchant à lui occulter ses signes, il s’élança dans la première allée sur son chemin, ajoutant quelques mots.
« Je vous suis désagréable Madame et j’ose croire que votre promenade ne vous aura pas complètement déplu. Plaisantes ? Vous dites ? J’aurai mieux aimé rester avec vous, vous vous en doutez. »
Et déjà, il disparaissait, se trompant de chemin pour s’engouffrer avec plus d’ardeur dans les jardins, exaspéré par cette femme qu’il jugeait bien durement : sans gène, matérialiste, libre… Comment pouvait-il passer de la première ébauche qui l’avait ravi à ce terrifiant portrait ?! Transformait-il un « amour » en une « haine » alors que cette femme appartenait à un autre ?! Impossible, non ! Lui, Christian Stue ne serait pas le jouet de celle-ci… Et, alors qu’il errait à la recherche de la demeure dans les allées, il se promettait en secret de se faire plus discret chez les Edelgard. _________________
« La noirceur revête bien des masques mais nul n’est plus dangereux que celui de la vertu… » |
|  | | Constance Edelgard Duchesse


Age : 24 Inscrit le : 31 Mai 2008 Messages : 282 Informations Personnage Âge: 24ans Titre: Noble
 | Sujet: Re: Manoir Edelgard Mer 2 Juil 2008 - 18:10 | |
| Ne pouvait-elle rêver meilleure sortie de scène que celle que venait d'accomplir son interlocuteur ? Constance n'aurait su dire si ses réponses la firent enrager de plus belle, ou si elle apprécia soudain d'avoir quelqu'un avec du répondant. Bien qu'il aurait pu se montrer tellement plus méchant... Il paraissait presque certain désormais que Christian était un homme somme toute plutôt aimable dans sa façon d'être, dans le fond de son être, il lui renvoyait l'image de quelqu'un d'agréable, qui ne semblait pas capable de trop d'injures. Pourtant elle avait testé les limites de l'Inquisiteur, et avait constater qu'elle avait l'emprise sur son changement d'humeur.
N'était-ce pas de sa faute, à lui, si elle se voyait contrainte à devenir vipère ? Qu'il prenne ses répliques bien ou mal, peu important, non ? Cependant, il avait souligné le fait qu'il aurait préféré rester en sa compagnie plutôt qu'avoir à quitter le Manoir la veille, et elle ignorait s'il disait vrai. Elle ne l'avait pas chassé, bien au contraire d'ailleurs, et ne l'avait-elle pas guetté durant tout le jour pour le voir revenir ? La Duchesse le voyait s'éloigner, mais comme son caractère le lui dictait, elle l'observait sans paraître en ressentir autre chose que de l'indifférence. Pire, elle n'engagea aucune mise en garde lorsqu'il prit, par erreur, le mauvais chemin de graviers, pensant revenir sur ses pas pour s'en retourner au Manoir. Aurait-il fallut qu'elle lui crie de faire demi tour, et qu'il songe qu'elle veuille s'excuser ? C'était bien mal la connaître.
Constance n'estimait pas ses écarts de langage, certes, elle s'était montré froide, mais c'était sous couvert d'une amertume aiguë et elle n'avait su que révélé la vérité. Il fallait cependant avouer qu'elle estimait Christian, et qu'elle avait encore beaucoup de peine à imaginer qu'il puisse jongler entre la neutre cordialité de ses attitudes et la sincère proximité qui l'habitait parfois. Son orgueil était grand, mais plus grande encore était son intérêt pour l'Inquisiteur.
Aussi, sans attendre réellement plus de deux ou trois secondes après qu'il se soit engagé dans le mauvais chemin, Constance enjamba la petite haie basse qui délimitait les pelouses de l'allée, marcha de ses talons sur le gazon impeccable sans ressentir de gêne aucune, et traversa un massif de pensées sans honte. Bientôt, elle entendit les pas du jeune homme sur les graviers, et elle bénéficiait de l'absence de son produit par ses escarpins, rendus silencieux par l'herbe tendre. Enfin, elle se trouvait cachée de son regard par des arbustes taillés en quelques animaux. Déjà, son visage avait changé : Constance souriait, comme une enfant qui prépare une surprise, elle se sentait impatiente de mettre au point une nouvelle stratégie. L'objectif affiché était qu'il pardonne leurs attitudes à tous deux, et qu'il consente à rester encore. Et... si elle pouvait lui soutirer quelques mots au sujet de cette « rencontre fortuite » qu'elle avait évoquée, et concernant l'Inquisition, la Duchesse aurait passé une après midi merveilleuse.
Elle se pencha pour arracher la tige d'une tulipe d'un blanc sans pareil, plus laiteuse que la neige elle même, et attendit le bon moment. A l'instant où Christian passait dans l'allée, elle tendit sa main au travers de la haie diffuse, et l'Inquisiteur vit apparaître, à un mètre de son nez, la tulipe blanche, tenue délicatement par la main de la Duchesse. Sans réussir à patienter encore, elle passa la tête par le mur végétal, arrachant quelques morceaux de rubans et égratignant ses joues. Qu'importait, elle ne sentait même plus la légère piqûre : toutes ses pensées étaient prises par cette surprise, et son attention était happée par l'Inquisiteur. Elle finit par s'introduire totalement dans la barrière de feuillage et de branches, et, au prix de quelques sacrifices vestimentaires dont elle ne fit pas attention, Constance Edelgard apparut complètement devant le Représentant de l'Eglise.
Son visage rayonnait, de ces éclats qu'elle avait affiché lorsqu'elle l'avait vu descendre du fiacre, l'avant veille. Comme une admirable petite fille, la Duchesse continuait de tendre la tulipe et chuchota de nouveau de ce timbre plus intime dont elle avait déjà fait emploi :
« Vous vous trompez de route, Christian, le Manoir est de l'autre côté. » |
|  | | Christian Stue Inquisiteur


Age : 20 Inscrit le : 31 Mai 2008 Messages : 76 Informations Personnage Âge: 25 ans Titre: Bourgeois
 | Sujet: Re: Manoir Edelgard Mer 2 Juil 2008 - 21:35 | |
| Une marche dans ses allées grotesques le calmerait-il ? Ridicules jardins dans lesquels il naviguait sans fin ! Son pas se faisait plus rapide qu’à l’accoutumée, ses enjambées plus longues, le martèlement de sa marche incessant, trahison de sa fureur intérieure qu’il essayait de calmer en vain. Qui avait été le plus odieux des deux ?! Lui ? Non, Monsieur Stue en était convaincu, il lui rejetait la faute de cette dispute, après tout elle en avait été l’instigatrice. S’époumonant alors qu’il tournait sur les chemins comme un tigre en cage, la fatigue prit bientôt le dessus sur sa sourde colère. En un mot : odieuse ! Pour résoudre son problème d’orientation, il s’arrêta pour disséquer de son regard son environnement ; ses yeux noirs et vifs se faisaient plus acérés méprisant au possible ces sculptures végétales risibles qui n’avaient ni queue, ni tête, qui l’entouraient et surgissaient à la fin de chaque corridor de ce petit monde… Un véritable safari… S’armant de courage, il reprit son assaut avec pour objectif la prise du manoir. Le séduisant chevalier ne put néanmoins manquer sur son chemin l’appel d’une nymphe qui accapara son attention par le don d’une remarquable fleur. Une simple tulipe blanche. Symbole de paix dans ce jargon féminin ? Il serait obscur d’y voir plus de significations. Mais entre stupeur et étonnement, une profonde joie vint l’étreindre alors que cette guerrière s’extirpait d’allées effrayantes pour rejoindre son prince charmant. Quel ne fut pas son bonheur lorsqu’elle prononça dans un registre plus intime son doux prénom et malgré tout ses efforts pour ne pas laisser découvrir un plaisant sourire sur ses lèvres charnues, il s’y abandonna de bon gré, bien que son orgueil et sa fierté lui interdisaient toute manifestation aussi explicite d’allégresse ! La dryade apparaissait radieuse et lui offrait le plus bon des accueils. Se saisissant de la tulipe, attisant par la même occasion le contact de leurs doigts, il se rapprocha d’elle, toujours plus près, assez pour lui témoigner reconnaissance et gratitude par plusieurs mesures ! Laquelle de ces décisions fut la plus appréciée, ses propos imprégnés d’espièglerie peut-être ?
« Me conduirez vous en lieu sûr, Constance ? Un guide n’abandonne jamais l’un de ses compagnons, n’est-ce pas ? »
Ces mots furent courts mais il ne faillit pas dans l’art de la prononciation d’un prénom ; sa voix parut même plus délicate sur les quelques syllabes phares de ces paroles. Ou bien, fut-ce son inquiétude qui la toucha le plus ? Ne s’était-il pas permis d’effleurer de ses doigts inquisiteurs, de frôler suavement les plaies superficielles dont elles s’étaient affublées ? Christian parcourait le satin rosé de sa peau, le faisant rouler sous l’impulsion de ses doigts échauffés dans une découverte troublante de l’autre.
« Quelle aventure que voilà ! Me pardonnez vous mes mots durs, Madame Edelgard ? Vous avez souffert, rentrons au manoir… Je ne suis pas un grand expert mais je panserai vos blessures et pour me faire pardonner et si vous avez un peu de temps devant vous, m’accorderez vous ce portrait que je vous ai promis ? »
Il se recula de quelques pas et l’invitant à le suivre d’un regard légèrement complice, il fit volte-face pour partir dans la direction du manoir. _________________
« La noirceur revête bien des masques mais nul n’est plus dangereux que celui de la vertu… » |
|  | | Constance Edelgard Duchesse


Age : 24 Inscrit le : 31 Mai 2008 Messages : 282 Informations Personnage Âge: 24ans Titre: Noble
 | Sujet: Re: Manoir Edelgard Sam 5 Juil 2008 - 17:17 | |
| Constance avait largement apprécié que le jeune homme puisse évoquer son prénom. C'était autant une preuve qu'il lui pardonnait totalement les petits accrocs passés, qu'un gage plus intime, si proche qu'elle sentait déjà le bout de ses doigts frémir. C'était le signe qu'elle se réjouissait, et déjà Christian osait toucher son visage, et constatant de façon tactile les petites plaies qu'elle s'était faite lorsqu'elle avait traversé la barrière de feuillage.
Il fallait bien prendre des risques pour réussir à excuser les gestes et les mots qu'elle avait eue, surtout si Christian était vexé par son attitude. Mais, visiblement, il semblait ravi qu'elle soit revenue vers lui, parlait avec une note d'humour et une familiarité qui la touchait, elle sentait sans doute son cœur vibrer plus rapidement. Elle dut sembler déçue lorsqu'il doivent rompre le contact de ses doigts sur ses joues ou son menton, la Duchesse s'était évadée un instant du jardin face à ces fausses caresses, et lorsque l'Inquisiteur voulut reprendre le chemin du retour, elle eut une petite moue d'enfant gâtée.
« Je n'allais tout de même pas vous laisser isolé dans cette jungle ! » Fit la jeune femme, tout en cherchant rapidement à s'approcher, ne le laissant pas s'échapper aussi facilement.
Lorsqu'il fit demi tour pour enfin repartir vers le Manoir, Constance s'empara de nouveau de cette main qui avait effleurer la peau de son visage peu avant et le força à ne pas immédiatement se mettre en route. Sans le forcer à s'immobiliser, elle souhaitait simplement qu'il ne coure pas comme un lévrier vers l'entrée de la demeure, et qu'ils s'attardent encore un peu.
« Vous avez raison, nous devrions rentrer. Passons par le chemin que nous avions pris pour sortir, je ne tiens pas à ce que l'on me surprenne dans une tenue déchirée. » Elle avait ri ensuite, cachant sa bouche par sa main libre.
Guillerette et agréablement surprise par ce que l'audition d'un prénom pouvait engendrer chez elle, la Duchesse marcha plus vivement, pressée de rentrer désormais qu'elle savait qu'elle allait poser pour l'Inquisiteur. C'était comme une promesse d'instants encore passés seuls et elle s'impatientait comme une gamine qui avait l'habitude d'avoir immédiatement ce qu'on lui promettait. Elle alla jusqu'à tirer sur le bras de Christian, se tournant vers lui en faisant danser ses mèches brunes avec un large sourire enjoué :
« Pressez-vous enfin, vous êtes un escargot. » Elle glissa son pouce sur le dos de la main du jeune homme, comme pour l'inciter à avancer plus vite encore, en lui adressant un regard gourmand.
Les nombreux rubans qui ornaient la tenue de Constance volaient à la légère brise froide, et les pans déchirés de sa robe les imitaient en lui donnant une attitude plutôt négligée. Cependant, tout en elle rayonnait : elle paraissait aussi heureuse que devant une rivière de diamants, mais à la différence près qu'elle tirait encore le bras de son invité, en se tournant toutes les deux secondes vers lui. Elle lui offrait mille regards et des sourires ravissants, la Duchesse courait presque désormais.
Enfin, ils arrivèrent à la petite porte de bois qui les mènerait à l'intérieur du Manoir. Il leur faudrait encore rejoindre les lieux occupés par les domestiques, mais Constance n'avait que faire des idées que pourraient avoir les servantes. Et si elles se montraient trop ambitieuses, les réprimandes les feraient taire. Lorsqu'elle poussa la porte, impatiente, elle tira vers elle Christian de façon bien plus franche, si bien qu'elle se colla à lui. Un nouveau rire se fit entendre, comme une ivresse annoncée, alors qu'elle était de toute évidence, loin d'être grisée. Mais sans attendre, elle s'éloigna, sans lâcher sa main, naturellement, et continua sa déambulation dans les appartements du personnel du Duc.
En remontant dans les escaliers qui les apporteraient vers le fameux corridor, Constance serra plus fort encore la main de l'Inquisiteur : ils approchaient de la chambre de la jeune femme, et par la même, du dessin promis. |
|  | | Christian Stue Inquisiteur


Age : 20 Inscrit le : 31 Mai 2008 Messages : 76 Informations Personnage Âge: 25 ans Titre: Bourgeois
 | Sujet: Re: Manoir Edelgard Lun 7 Juil 2008 - 16:41 | |
| Que d’émotions pour ce couple ?! L’étrange duo s’était vu affligé par des émotions contraires, changeantes, exquises et délicieuses, sombrant tour à tour entre colère, joie, petites jalousies et éphémères plaisirs. Quel serait le programme de leur prochaine escapade ? Y auraient-ils toujours présents fierté, orgueil et préjugés ? De toute évidence ! Ils étaient faits, l’un et l’autre, de cette pâte qui fait les hommes superbes et estimables. Quittant le décor du jardin, oubliés les artifices et les magnificences végétales, ils avaient traversé les scènes dans une folle vélocité pour retrouver le confort et l’opulence indécente des appartements de Madame Edelgard. Le ténébreux Christian avait été bien malmené au cours de cette excursion et ce retour ne lui fut certes pas pénible mais terriblement fatiguant ! Légèrement essoufflé, tiraillé entre des émotions contraires, les joues rouges du contact permanent que Constance exerçait sur lui comme pour lui rappeler son éternelle présence, il était confus et troublé. C’est dans cette situation qu’il se retrouva dans la chambre de la jeune femme, reprenant peu à peu ses esprits, il la fit s’asseoir sur l’un de ses nombreux divans, rompant le contact entre eux pour chercher de quoi nettoyer les blessures qu’elle s’était vue infligée. Trouvant un linge blanc qu’il humidifia, il accourut à son chevet avec un empressement notable, trahi dans ses gestes.
« Ce ne sont là que des blessures superficielles mais il vaut mieux s’en occuper… »
Brandissant cette serviette, il tamponna par petites touches la belle figure qui se dressait devant lui, peignant son visage d’une main de maître, faisant rouler chaque once du satin rosé de ses adorables joues, les faisant luire, resplendir sous la lumière du jour, la rendant par la même occasion plus adorable et à croquer. Curieuse sensualité de gestes, adorables attentions, regards caressants ou tout cela les méneraient-ils ?
« Vous êtes surprenante, belle et fougueuse, Constance… »
Se plut-il à lui murmurer dans l’intimité de cette scène, sa menotte effleurait la sienne prête à la saisir, les lèvres de l’homme se faisaient invitantes, ses prunelles sombres plus brillantes ! Mais voilà que la petite Lison arriva en trombe dans la chambre, il se redressa, abandonnant cet échange, lâchant par la même occasion le linge dans ce mouvement de stupeur et confusion.
« Vous voilà à demeure, Madame Edelgard, je ferai mieux…mieux de vous laisser. Si vous désirez toujours que je vous montre quelque uns de mes dessins, je serai aise de vous les dévoiler. »
« Madame, que vous est-il arrivée ?! Permettez moi d’arranger votre toilette… »
Déjà, il disparaissait derrière la porte pour rejoindre sa chambre située juste à côté… Mais il avait prononcé quelques mots à l’attention de Constance, promesse d’un rendez-vous ?
« Je serai dans ma chambre si vous avez besoin de moi, Madame Edelgard. » _________________
« La noirceur revête bien des masques mais nul n’est plus dangereux que celui de la vertu… » |
|  | | |
| Page 2 sur 4 | Aller à la page : 1, 2, 3, 4  |
| | Permission de ce forum: | Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
| |
| |
| |
|