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L'Oracle L'Oracle


Nombre de messages: 4 Date d'inscription: 20/10/2008
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 | Sujet: .:|L'Oracle|:. Lun 20 Oct 2008 - 20:37 | |
|   --------L’Homme appréhende ce qu’il ne connaît pas. C’est l’une de ses premières caractéristiques que nous apprîmes en arrivant ici… Les enfants ont peur du Noir car ils ne savent pas ce qui s’y déplace, les adultes craignent les Étrangers car ils sont marqués du sceau de la différence. Dès lors il se pose à l’Homme une poignée de possibilités : il fuit ou attaque, c’est ce qui le rapproche particulièrement de ce dont il se croit supérieur, les animaux, les êtres sans Raison, ou bien encore, il affronte sa peur non pas en la détruisant mais bel et bien en tentant de la comprendre, exercice fastidieux et chronophage… Alors pour nous qui sommes l’Étranger et l’Obscurité à la fois, laissez-nous tout de même vous raconter comment nous sommes arrivés il y a des lunes, en quel lieu, portant quelle Histoire. Qui nous sommes n’a en soi que très peu d’importance, pour le moment… --------Lors de notre arrivée nous avons découvert une ville joliment brumeuse, la brise légère et fraîche nous porta gracieusement comme des âmes errantes à travers les ruelles afin de trouver un soutien, nous le trouvâmes bien assez tôt, au Château, pour commencer notre découverte des habitants et des lieux d’une Histoire unique et passionnante, une véritable Légende Noire… --------Du haut de toute sa supériorité l’Homme reste d’une fragilité incontestable. Ainsi, lorsque trop de vent portant trop de gel a balayé les terres, beaucoup d’âmes d’hommes, de femmes et d’enfants se sont elles-mêmes envolées vers l’Outre-Monde. C’est ce que nous apprîmes de la servante d'Elisabeth, l'épouse du Vicomte Adrien d'Hasbauer. L’Amour sincère de ce couple aurait pu nous assurer d’une nature humaine toute autre que celle que nous parvînmes à percer au fil de nos pérégrinations futures… Ces deux personnages éminemment importants dans cette société, appartenaient à une Tribu de Sorcières qui était autrefois unie et dont Forbach était le repère depuis des siècles. Trois années avant notre arrivée, le départ de l'une d'entre elles, Alicia de Sarrebourg, scinda ce Clan, menant alors à la création d'une seconde Tribu dont elle devint la Meneuse. La guerre qui en découla se déploya sur un fond de la répression induite par l’Inquisition, un organisme religieux important et officiel qui inspirait le respect pour certaines des personnes que nous croisâmes, et la crainte pour bien d’autres. Le chef de cet organisme, Louis Institoris, nous apprit la difficulté de son combat contre le Mal : les sorcières qu’il combattait étaient capables du pire, comme nous le comprîmes à la lecture d'un rapport destiné aux autorités religieuses à propos du "Ruissellement des Souvenirs". --------Le Professeur Institoris était un riche bourgeois infiniment respecté en Alsace pour sa sagesse et ses grandes connaissances scientifiques. Il était réputé pour sa foi sans faille et son investissement personnel dans la vie religieuse de sa ville. Ainsi, lorsqu'il apprit que son épouse était une Sorcière, il n'eût que peu de remords à s'en être débarrassé. Son fils fut donc éduqué uniquement suivant les principes rigides de son géniteur : la foi absolue en Dieu, le mépris de la noblesse et la mésestime de ses femmes. C'est pourquoi personne ne fut étonné en apprenant que le petit Louis désirait devenir Inquisiteur. Et quel Inquisiteur ! Louis Institoris obtint très vite le rang de Dirigeant de l'Inquisition à Forbach, ville où il venait d'être affecté pour éradiquer un Mal particulièrement enraciné. --------Sa première affaire, pour le moins éprouvante, touchait tous les habitants de Forbach en les affaiblissant de jour en jour. L'eau, élixir de vie, était empreinte d'un étrange enchantement... Tout habitant la buvant, la touchant ou l'observant succombait à divers degrés aux plus douloureuses réminiscences de son passé. C'est au chœur de l'Église de Zetting que Louis Institoris fut pour la première fois confronté à ses chimériques souvenirs. S'en allant prier comme chaque matin dans la Maison de Dieu, le quotidien de Louis Institoris fut troublé par la noble beauté d'Europe Eléanora-Sun, courtisane au Château de Frauenberg où il séjournait depuis peu. À première vue, cette femme était telle que son père avait pu lui décrire toutes les courtisanes : de beaux habits, une coiffure distinguée et un joli teint. Pourtant, la discussion qu'ils entreprirent tous deux d'abord par convenance, s'avéra finalement être un échange qui remit en cause les préjugés de l'Inquisiteur. Il comprit que son jugement trop hâtif basé sur les seules apparences que son éducation le bornait à voir était impropre à définir la nature profonde de cette éloquente écrivaine. Mais rapidement, cet échange fut troublé et écourté par l'invasion fortuite de leurs mémoires : alors qu'Europe pouvait sentir à nouveau l'accablante responsabilité qui s'était posée sur elle lors de sa promotion au rang de Prêtresse d'Olrun, Louis réentendait la berçante mélopée que lui chantait cette femme oubliée qui l'avait pourtant vu naître, la même aubade que celle que la courtisane fredonnait en arrivant dans la Nef. --------À la vesprée, le même souvenir sibyllin resurgit, alors qu'il était en présence du Vicomte, en ballade dans les Somptueux Jardins du Château. Cette promenade courtoise fut écourtée par la découverte du corps d'une servante sans nulle vie et à jamais glacé dans les sombres eaux d'un bassin. Le charme opérant sur l'Inquisiteur fut brisé par le choc sourd d'Adrien tombant à terre sous le poids des souvenirs qui l'accablèrent subitement. C'est à la suite de ces évènements que les deux hommes prirent la décision de faire provisoirement fermer les Jardins, pour éviter que l'annonce de ce sinistre spectacle n'engendre un mouvement d'effroi dans tout le Comté. Car la panique, nous l'avons très vite su, est l'acrimonieux poison propre à toute société. --------Il y a un siècle est né le proverbe : "La Nuit est mère de Conseil". Comme tout un chacun, Louis Institoris a pu le ressentir et l'approuver, bien que l'aide d'Adrien d'Hasbauer y ait été pour quelque chose. Ainsi, ses pérégrinations prirent fin au pied du Vieux Puits, le lendemain matin, alors qu'il était accompagné de deux de ses hommes de main et de l'Inquisiteur qui se faisait appeler Avatar, mystérieux personnage qu'il rencontrait pour la toute première fois, bien que sa réputation le précéda. C'est à la fin de leur conversation, alors que, derrière eux, les deux Inquisiteurs draguant le fond du Puits résolvaient le mystère de l'eau ensorcelée en extirpant la sombre pierre alchimique qui s'y dissimulait, que les premiers doutes du Dirigeant de l'Inquisition envers Avatar naquirent. Ce dernier lui racontait ses entrevues pacifiques avec des filles de Lucifer, ce qui, aux yeux de Louis, était un non-accomplissement de son devoir de Chasseur de Sorcières. Néanmoins, les informations qu'il lui rapporta étaient les plus pertinentes qu'il avait pu récolter depuis son arrivée en Lorraine : il existait deux clans de sorcières et certaines d'entre elles se cachaient probablement parmi les nobles. Cette dernière affirmation reposait principalement sur une récente discussion avec une énigmatique rencontre dans l'Auberge de la Croix Rousse... --------Alicia de Sarrebourg, dans le Jardin de la Cour, est l'une de fleurs les plus remarquables : robe raffinée, port gracieux, teinte éclatante, iris d'émeraude. Difficile de ne pas être tenté de la cueillir. Et pourtant... Elle est probablement l'une des plus venimeuses d'entre Elles : prête à tout pour parvenir à ses fins, manipulation, subterfuge et sournoiserie ne lui sont pas étrangers. Son envoûtante beauté peut très vite se métamorphoser en dangereux vénéfice. Aussi, quand elle apprit à ses dépends les propriétés chimériques de l'eau à Forbach, juste après que l'une de ses sœurs de clan lui ait annoncé son départ vers un autre horizon, sans plus de justification ni ténuité, elle dut rapidement faire abstraction de l'immense tristesse que ces adieux lui provoquaient pour se reconcentrer au plus vite sur la source de ce Mal, entamant dés lors sa propre enquête… Si du haut de sa tour, la Meneuse pouvait observer le mouvement général de la ville, elle savait bien que c'était en son cœur que se rependaient les intrigantes rumeurs. Il n'était pas en la nature d'Alicia de faire les choses à moitié, elle n'hésita donc pas à s'enfoncer au plus profond de la populace, dissimulée sous une cape et encapuchonnée, dans une auberge malfamée pour poser ses nombreuses questions à cet homme peu commun qui accepta de converser avec elle et qui s'avéra être un Inquisiteur unique en son genre. Leur échange fut des plus intenses, Avatar cherchant à tout prix à percer la nature d'Alicia et cette dernière devant la dissimuler tout en tentant de trouver des réponses. Ce qu'elle parvint à faire avec habilité découvrant les divers lieux dans lesquels sévissait l'eau enchantée, pour finalement faire le lien ultime avec le vieux Puits. Ne pouvant prendre le risque de se rendre elle-même en cet endroit, elle dut convaincre, sans grande difficulté, le jeune paysan Théobald de se rendre au Puits afin d'y trouver la source des maux. Malheureusement il arriva trop tard, la Bouche infernale ne renfermait plus la pierre, et il ne revit plus jamais la noble dame. --------Oui, la belle Alicia peut paraître bien inhumaine, sans compassion, ni considération pour les autres, une véritable Reine de la Manipulation. Mais ne serait-il pas faussé de la voir si égoïste ? Après tout, pour quelle cause est-elle prête à tous les sacrifices, dont celui d'utiliser autrui à ses fins ? La vérité, pour le moins salvatrice dans la crise terrible de ce "Ruissellement des souvenirs" que vécut la petite ville de Forbach en l'année 1626, n'était-elle pas une bonne raison, une raison touchant le bien commun. Tout comme deux années auparavant la ségrégation des clans en allait elle aussi d'un bien commun : la Liberté. Bien que la tribu d'Olrun fit l'erreur de croire trop personnel, observant impuissante les sorcières migrer vers cette tribu antagoniste de leur vision traditionaliste des sciences occultes. C'est cette vision conservatrice qui, alors que chacun suivait le fil de sa propre investigation, conduit deux des illustres prêtresses d'Olrun à vouloir se tourner vers les esprits ancestraux des Eaux : les Ondines. Idée qu'Europe et sa consœur Eleonor De Charme abandonnèrent très vite, considérant la dangerosité de cette invocation, les Ondines étant irrémédiablement elles-mêmes envoûtées. Leurs intellects torturés par cette noueuse épreuve se tournèrent alors naturellement vers la deuxième inconnue de cette intrigue : qui était à l’origine de toutes ces souffrances ? Leurs conjectures spontanées se tournèrent vers le Lys Noir. Qui d’autre aurait les connaissances nécessaires ? Alors qu’Europe démontrait une foi sans faille en sa tribu, Eleonor quant à elle se mit à douter, même des leurs… Cependant, face à ce Mal, apparemment irréductible, et face à l'Inquisition grandissante, elles jugèrent nécessaire pour le bien commun d'entrer en contact avec le Lys Noir afin d'être plus fortes pour résister ensemble à l'adversité : l’idée d’une réconciliation était en train de germer… --------Que d’agitation pour cette toute petite pierre… L’Homme est manifestement un être fragile et altérable, un être instable car complexe. Cette complexité est sa plus grande faiblesse autant que sa plus grande force. Définir l’Homme serait sûrement très long, et si nous avons encore quelques millénaires devant nous, je doute que vous en ayez tout autant. Nous pouvons simplement donner l’essence même de chaque individu, ce sans quoi il devient fou, ce qui résume toute son âme, la Vie qui l’a façonné, la signature unique à chacun, et le poison éternellement distillé pour ceux qui vivent, non pas avec, mais dans le passé : la Mémoire. --------Et parmi les pires choses qu’il puisse arriver à quelqu’un, pire que d’oublier la vie des autres, pire que d’oublier sa propre vie, il y a tomber soi-même dans l’Oubli. Comme cet homme inconnu gisant sans vie, au fond du vieux puits, qui fut retrouvé par Théobald lorsqu’il y descendit pour chercher la Pierre que le mort ne possédait alors plus. Le jeune paysan n’y trouva qu’une broche luisante dans sa main droite, probablement un vieux souvenir de famille…  .
Dernière édition par L'Oracle le Lun 20 Oct 2008 - 21:25, édité 8 fois |
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 | Sujet: Re: .:|L'Oracle|:. Lun 20 Oct 2008 - 20:49 | |
|  --------On nous a souvent dit que Forbach avait une âme, et si Forbach avait également une Mémoire, il est certain qu’elle serait marquée par l’odeur de la fumée glissant sur le Parvis de son Église, le son des pleurs suppliant le Ciel et la chaleur des flammes se délectant des corps sacrifiés lors de la célèbre « Messe de Cendres ». --------Le Vatican, tout comme le Roi et la plupart des Institutions directrices, n’ont pas pour première vertu la patience. Leurs affaires sont toujours très importantes et se doivent d’être résolues le plus rapidement possible. Le récit du Dirigeant de l’Inquisition de Forbach à propos d’une eau pernicieuse et démoniaque ne fit qu’alimenter à leurs yeux la gravité de l’affaire de Sorcellerie dans la Ville de Lorraine, et donc son urgence, poussant Louis à prendre les dispositions nécessaires. --------Face à trois engeances de la Géhenne, coupables de l’un des pires crimes jamais commis contre le Comté de Forbach, plongée dans le bain de braise qui les avait vues naître, les Inquisiteurs sentaient en eux la forte satisfaction que leur procurait l’accomplissement triomphal de leur Devoir. Brillait en eux le même éclat que celui du regard de Louis Institoris, fixement posé sur le brasier, condamnant publiquement l’hérésie à Forbach. Pourtant, parmi les soldats de Dieu, le sens moral d’une poignée d’hommes commençait à leur faire envisager autrement leur dévouement à l’Inquisition, leur conviction religieuse, leur foi en Dieu : Orphée, travestie pour plus de Libertés, se mettait à douter de la légitimité de l’Inquisition, Sigmund, à la recherche de sa sœur Eleonor, perdait confiance en l’Église, et Avatar, déjà soupçonné par son chef, empalait à jamais sa Foi sur le Parvis de l’Église de Zetting. --------Face à trois filles du Ciel et de la Terre, innocentes et pourtant accablées injustement de la responsabilité des souffrances qu’avaient connues la ville de brumes, punies par le feu destructeur de la Folie qui les assassinait, les Sorcières observaient la répugnante cruauté propre à l’homme qui détruisait sa propre humanité par cet acte de barbarie. L’injustice de cette scène aux yeux des tribus menait à une incompréhension des méthodes de l’Inquisition, conduisant elle-même à une haine inéluctable et donc à un indispensable besoin de vengeance qui voilait progressivement le moindre sentiment de tristesse. Cependant, ce sentiment restait bien présent dans un cœur tiraillé par la culpabilité : Elisabeth revoyait dans les flammes la jeune Catherine de Malbois, venue quelques jours auparavant lui demander le soutien et la protection d’une Aguerrie de la tribu d’Olrun, avant de se faire arrêter pour sorcellerie, sur ordre de son propre père, sous les yeux impuissants de la Vicomtesse. Tout comme elle, Gabrielle de Mortelune s’étiolait, cendres au vent, dans les regards brûlants de ses consoeurs du Lys Noir qui se demandèrent longtemps comment Gabrielle avait pu être démasquée. --------Le Changement est inévitable, il est dans l’air du temps, dans l’esprit des gens. Les Hommes y sont tous contraints, d’une manière ou d’une autre. Il vient d’un besoin ou d’un désir de rétablir l’harmonie entre ce qui est et ce qui devrait être. D’aucuns le pensent nécessaire au progrès, d’autres le voient comme essentiel à leur propre salut. D’autres encore le voient comme une chute imminente dans le plus désastreux Chaos, vision qui, pas toujours obsolète, a continûment trouvé des adeptes dont Abigaël, à l’image de son illustre tribu. Il faut dire qu’Alicia n’était pas toujours des plus révérencieuses envers son ancienne meilleure amie devenue, par les rouages de ce fameux changement, sa pire ennemie, et Abigaël comme toute personne humaine possédait sur son honneur des limites à ne pas dépasser. Ces limites une fois transgressées, plusieurs mois auparavant, emplirent la Grande Prêtresse d’un irrésistible besoin de vengeance, la menant à contacter un ami de longue date, un vieil alchimiste capable de mille et une merveilles. Lui racontant son désarroi face au comportement d’Alicia et sa volonté de lui rappeler le respect que cette dernière lui devait, Abigaël laissa à l’alchimiste le soin d’envoyer un petit colis à la Meneuse sans en savoir plus quant à la substance de ce message qui serait comme toujours pour l’alchimiste, de nature minérale. Or Gabrielle de Mortelune, de nature curieuse et aventurière, avait surpris l’entretien mystérieux et souhaitant régler l’affaire avant de prévenir Alicia, avait donné rendez-vous quelques jours plus tard au vieil homme près du vieux Puits dans la Montagne de la Fraternité, lieu discret pour une demande spéciale qui se clôtura par un meurtre sanglant, l’Alchimiste tombant au fond du dit-Puits, arrachant la précieuse broche de la jeune noble…  --------La Vengeance est une autre forme de flamme qui consume l’âme d’un désir de Changement, celui du rétablissement d’une justice propre à l’être offensé. C’est donc dans un idéal de justice que le Lys Noir répara la blessure causée par le meurtre de leur amie Gabrielle. Suivant le précepte occulte du choc en retour, trois Inquisiteurs furent pendus par les pieds dans la Forêt, un pentacle gravé sur le front. La position des corps inversant ce pentacle, le symbole traduisait bien l’incompréhension des Inquisiteurs qui, sans plus réfléchir, y virent une représentation satanique plutôt que celle d’une croyance antérieure à la leur, et porteuse de valeurs qu’ils bafouaient par leur oppression. --------Quelques heures plus tard, les Inquisiteurs étaient convoqués à une réunion exceptionnelle visant à monter un plan d’action fort et suffisamment efficace pour déraciner le Mal implanté par les Sorcières. C’est après ce rassemblement que Louis Institoris décida de purifier les rangs de l’Inquisition de ses éléments corrompus. Il était néanmoins loin d’imaginer l’ampleur de cet avilissement… En effet, comme il le savait bien, sans pour autant pouvoir mettre de noms sur les rencontres en question, Avatar avait quelques temps auparavant pactisé avec Europe qui lui avait révélé son appartenance à l’un des deux clans de Sorcières qui existaient et avait aussi discuté avec Abigaël Asmaloth, jeune tisserande qu’il supposa être l’une d’entre elles, sans se douter qu’il parlait en réalité à la Grande Prêtresse de la Tribu d’Olrun. Cependant, ce dont Louis n’était pas au courant, était que Sigmund Von Wändeswill lui-même ne partageait plus son sens du devoir, maintenant qu’il avait retrouvé Eleonor qu’il désirait protéger. --------Tandis que les Chasseurs de Sorcières se réunissaient dans la Collégiale, les Prêtresses d’Olrun, avec l’accord d’Abigaël, rédigèrent une lettre en faveur d’un ralliement des clans contre l’Inquisition, concrétisant l’idée qui avait vu le jour quelques semaines plus tôt. Les Sorcières de la Tribu à la Colombe acceptaient ainsi pour le bien de leur clan de mettre de côté leur orgueil qui avait pris de plus en plus l’ascendant sur leur honneur depuis la Scission. --------Les Hommes communiquent entre eux par des signaux, des messages auxquels ils savent donner différentes formes. Ce sont des paroles, ce sont des lettres, ce sont des actes, ce sont des symboles. Et si le message envoyé est altéré au cours de son voyage, alors la réponse au message reçu pourrait être d’une nature des plus inattendues. En effet, ce fût le cas pour la lettre rédigée par les Prêtresses d’Olrun, qui fut interceptée et échangée par celle qui désirait pardessus tout protéger la tribu de la perdition vers laquelle ce ralliement menait peut-être, mais qui ne voulait pas se mettre ses amies, quelle voyait trop crédules, à dos : Abigaël avait soudoyer le coursier Thibault, pour qu’il fasse disparaître le message, et envoûté la servante d’Alicia pour que cette dernière lui apporte un présent plus personnel… --------Ainsi, la Meneuse du Lys Noir découvrit dans ses appartements le corps sans vie d’un magnifique spécimen énucléé du genre Corvus, symbole du Lys Noir qui, alors offensé, conduit la tribu à rassembler ses membres pour répondre à un affront qu’elles considérèrent comme venant de la Tribu d’Olrun. C’est de ce cercle qu’éclorent dans la Clairière Sacrée d’Olrun les fleurs de lys noires qui empoisonnèrent l’une des trois Prêtresses : Elena Dymphna, plongeant l’assemblée dans un deuil déchirant. Mais de toutes, la plus touchée restait néanmoins Europe, directrice de ce projet de réconciliation, elle se sentant coupable de ce drame. C’est dans les mots d’Adrien qu’elle trouva la force de relever la tête alors alourdie d’une impression d’emprisonnement de son libre-arbitre : bien que son cœur lui dicte de sombres actes, selon elle, nécessaires au rétablissement de la paix, ses valeurs, celles de sa tribu, l’en empêchaient. --------C’est dans une justice qu’elles jugèrent quasi-divine, que les Sorcières d’Olrun apprirent à la criée du matin la mort de la Comtesse, sœur d’Alicia. Certaines d’entre elles y trouvèrent même un plaisir malsain. L’aurore argentée d’un matin d’été accueillit donc en son ciel l’âme de la jeune noble pour laquelle furent dites de nombreuses prières et un bel et sincère hommage par le Vicomte. Tandis que chacun allait de sa propre conjecture à propos de la mort de l’épouse du Comte, allant d’une manifestation occulte au meurtre prémédité en passant par la manipulation des Sorcières par les Inquisiteurs, Alicia, elle, voyait en cette perte la responsabilité éternelle qui lui incombait à présent qu’elle était dernière héritière de la lignée de Sarrebourg. Nonobstant, la jeune femme voyait l’ombre de sa sœur s’effacer enfin. Et c’est bien dans cet esprit qu’avait discrètement œuvré Willémina, la Favorite d’Alicia. --------Il est un sentiment s’étalant à bien plus que le genre humain : la Tristesse. Un profond et sombre sentiment causé par la déception, le désespoir, ou le deuil. Au fond il s’agit toujours d’un vide qui prend la place d’un plein, c’est la disparition de la foi en la raison humaine, c’est le départ d’un ami vers d’autres rivages, c’est l’adieu éternel à un être cher, c’est un manque fatidique et cruel. La tristesse conduit l’Homme à diverses réactions : l’abandon, la vengeance, le changement, et l’action qu’il choisira risque à chaque fois de sceller définitivement son Destin. C’est une blessure intérieure relativement longue à cicatriser mais qui peut être plus facilement soignée avec l’aide d’un tiers qui, touché par votre situation, pourra vous comprendre et vous aider à vous relever en vous transmettant sa propre force. Et lorsque cette aide de l’autre se tourne vers l’Homme, se présente à lui la possibilité de refuser cette main tendue, de la prendre, ou bien… de la tirer. Lorsqu’Adrien d’Hasbauer s’enquit d’apporter son soutien à la Meneuse du Lys Noir dans le deuil de sa sœur, celle-ci découvrit en lui au fil de cette conversation un potentiel et des valeurs qui se marieraient à merveille avec les idéaux du Lys, ce qu’elle lui fit comprendre par une proposition, osée et pourtant pleine d’espoir, de rejoindre sa tribu…  .
Dernière édition par L'Oracle le Lun 20 Oct 2008 - 21:23, édité 1 fois |
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 | Sujet: Re: .:|L'Oracle|:. Lun 20 Oct 2008 - 20:59 | |
|  --------Céline Lamarre, dame de compagnie, cachait sous sa paillasse un journal qu’elle tenait régulièrement avec une curiosité maladive et dans lequel elle rapportait chacun des agissements de la nièce du Comte qu’elle servait, or les agissements de cette dernière étaient souvent loin d’être dignes d’une jeune demoiselle de la haute noblesse, voire même plus que déshonorants pour certains. Luc Balzer, l’un des plus célèbres marchands de cosmétiques du Comté, était populaire au château pour sa production de fards de qualité, mais aucunes des belles dames qui utilisaient ses produits miraculeux ne se doutaient que leur création se faisait avec l'emploi toxique du Blanc de Saturne : la Céruse, que le marchand conservait très précieusement dans sa cave. Adelyne Brianier, quant à elle, n’était pas très riche, mais possédait dans un vieux tiroir une collection impressionnante de partitions de chansons aux paroles subversives envers le Roi rédigée par Hugo Lartig, un ancien ami résidant en ville, ainsi que des ouvrages profanes de divers auteurs interdits par l’Église. Oui, les habitants de Forbach, comme la plupart des gens, avaient des choses à cacher très précieusement. Inutile de dire alors que le plan d'action sorti de la réunion des Chasseurs de Sorcières à la Collégiale il y a des semaines avait de quoi faire couler de longues sueurs froides dans le dos de ces chers villageois... --------Lorsqu’Europe ouvrit la porte de son manoir, quelle ne fut pas sa surprise en apprenant que son domicile allait être perquisitionné par l’Inquisition, à l’instar de tout Forbach. Toutefois, quel fut son soulagement lorsqu’elle reconnut son Inquisiteur, Avatar. Ainsi, leur entretien expira hâtivement : l’Inquisiteur était gêné de devoir fouiller la demeure de la jeune femme qui avait tissé avec lui de réels liens de confiance, une entente qu’ils affirmèrent par une ultime connivence, un accord entre eux deux de protéger mutuellement leurs secrets. --------Pas moins court, mais bien plus intense, Alicia de Sarrebourg eut quant à elle le privilège de recevoir la visite du Dirigeant de l’Inquisition lui-même, accompagnant l’un de ses subordonnés. C’est alors que celui-ci découvrait le lugubre message, le corbeau décharné négligemment conservé dans un vieux coffre, qu’Alicia sortit de la colère provoquée par cette perquisition offensante pour entrer dans une stupeur glaçante. L’issue de cet entretien se fit pourtant sans la moindre agitation, Louis, n’ayant étrangement éprouvé aucun besoin de détails supplémentaires quant à ce banal volatile, prit congé de la Sorcière, le regard hagard, une mystérieuse lueur embrouillant son esprit. Tandis qu’elle entendait leurs pas s’éloigner dans le couloir, la Meneuse excédée se décida à aller en parler au Comte lui-même. --------Nous avons tous et toutes des secrets, gardés dans des alcôves où, sans clef, il est impossible d’entrer, à moins d’en crocheter la serrure. Ce sont des cellules qui nous emprisonnent ou nous protègent, ce sont des chambres qui nous réunissent ou nous séparent, mais une chose est certaine : nous avons toujours nos raisons de les dissimuler soigneusement, confinés à l’abri de la lumière… Il se pose alors une question primordiale et récurrente : que se passerait-il si nos secrets étaient découverts ? Malheureusement, bien souvent, cette question ne trouve pas de réponse avant que la porte ne soit forcée. Il en alla ainsi pour Cendra Valentine, Sorcière du Lys Noir, qui fut immédiatement arrêtée après la perquisition de son domicile dans lequel fut découvert un ouvrage du Démon. --------L’Homme appréhende ce qu’il ne connaît pas. La mère de l’enfant qui pleure dans le Noir pose près de son lit une bougie. L’Homme dans l’étendue d’ombres qui obscurcissent sa Vie a besoin d’une Lumière suffisamment puissante pour le guider ne serait ce que pour sa survie. Dans un monde de mensonge, l’Homme a besoin de l’éclat salvateur de la Vérité. Il la recherche partout, par tous les moyens, dans toutes les situations, envers et contre tous, quelles qu’en soient les conséquences. Et si ce savoir absolu est un but ultime pour tous, il n’en reste pas moins nuancé du voile complexe de la relativité. La Vérité est différente pour chacun, peut-être entravée par d’autres, et parfois même par soi. Alicia, tourmentée par les agissements de l’Inquisition qui mettaient en danger les siennes, face au Comte de Forbach qui la demandait sans détour en mariage, ne savait pas si elle avait affaire au véritable cœur du Comte qui s’exprimait, ou bien au cœur de celui qui avait subit cet ensorcellement plusieurs années auparavant, dont seule la Meneuse et sa Favorite étaient au courant, ardeur qui se réanimait maintenant que la place d’un sincère amour était à nouveau vacante. Mais Alicia refusait de voir la Vérité en face, et sa Passion l’emportait sur la Raison. À l’évidence, la Vérité n’est pas accessible à l’Homme mortel. Peut-être alors se trouve-t-elle Au-delà... . |
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