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 Douceur de Cendres [Pv. Christian]

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Suède Gauche
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MessageSujet: Douceur de Cendres [Pv. Christian]   Mar 10 Juin 2008 - 15:53

Ses lèvres entrouvertes bougèrent légèrement. Le vent fit frissonner la peau de son cou sans qu'il n'y prête la moindre attention. Les fils du temps avaient suspendu au dessus de sa tête leur toile menaçante, tandis que les ombres s'allongeaient lentement. Le soleil timide ne tiendrait plus bien longtemps sa bienfaisante lumière diurne. Le froid reviendrait, plus mordant, s'emparer de la ville à ses heures sombres. Mais rien de tout cela ne semblait atteindre la petite silhouette allongée à même le sol au centre du parvis.

Un homme de Dieu était venu le presser de rentrer chez lui, mais ses conseils s'étaient perdus avant d'atteindre les oreilles du jeune homme. Le Père avait laissé échappé un souffle, impuissant, avant de s'en retourner dans l'église toute proche. Cela faisait quelques jours déjà qu'il acceptait la présence de ce garçon... Et s'il aurait préféré être débarrassé de lui, il n'y pouvait rien faire. Après tout, il avait aidé l'église à rénover quelque prie-dieu et bancs en bien mauvais état, avant de réclamer pour tout salaire l'autorisation de rester sur le parvis aux dernières heures du jour, et ce pour deux semaines. On ne devait lui poser aucune question et ne pas s'approcher de trop près. Ainsi le Père s'était-il contenté de le héler depuis les premières marches de la grande porte...

Le jeune homme n’était pas moins allongé sur le gravier que sur une grande plaque de bois où reposait le haut de son corps. Son bras tendu pouvait à peine atteindre chaque extrémité du support, mais peu importait pour l’instant puisque son attention était toute entière dirigée vers le centre gauche. Sa main, armée d’un roc taillé en pointe, s’y afférait pour multiplier les traces noires. Et toujours, ses lèvres bougeaient doucement, comme pour murmurer un discours muet à son propre travail.
Suède ramena une mèche gênante de sa tignasse sombre derrière son oreille. Son regard, plus doux que jamais, suivait de concert les lignes qui apparaissaient à la surface du bois. Les volumes prenaient place, la grande porte et l’emplacement des statues, le clocher et les hauts murs de pierre.

Un art transgressif ? Païen ? Honteux et dégoûtant ? La jeune femme allongée sur son dessin était bien loin de toutes ces préoccupations. Jamais une seule fois elle ne s’était prétendue artiste, et l’idée même de désobéir volontairement au pouvoir ecclésiastique ne lui avait pas même traversé la tête. Comme une pulsion, un désir inassouvi, elle avait voulu le faire, le plus simplement et innocemment du monde. Si les éternels pigments mêlés de jaune d’œuf ou les pinceaux de poils d’animaux n’apparaissaient pas, c’est qu’elle n’avait pas les moyens de s’en procurer, ignorant même comment s’y prendre avec pareil matériel entre les mains. Sa caillasse noircie lui suffisait amplement, elle aimait sa tenue et son rendu. Et cette église… Ah ! Cette église ! Sa silhouette imposante était si attirante… Alors pourquoi ne pas la prendre pour sujet ? Les saintes écritures étaient peut-être considérées comme seules dignes d’être peintes, mais Suède était-elle peintre ? Certes non.

Et les minutes passaient, Suède se relevait quelques fois pour voir l’ensemble de la plaque avant de revenir en sa position première. Le ciel s’assombrissait encore, il ne faisait plus bon errer seul dans les rues. Un grognement s’éleva du ventre affamé de la demoiselle, sans qu’elle ne fasse un geste vers lui. Ses lèvres continuaient à parler en silence, les traits se multipliaient sous sa main acharnée.

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Christian Stue
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MessageSujet: Re: Douceur de Cendres [Pv. Christian]   Mer 18 Juin 2008 - 14:59

Le jour et la nuit ne sont-ils pas comme deux amants qui se cherchent et se suivent ? A l’image de l’eau et du feu, insaisissables et oppressants, chimères jetées sur le monde pour y attiser le cycle de la vie. En cette journée, à cette heure, l’astre solaire montrait des signes de faiblesse face à sa tendre ennemie qui projetait d’ors et déjà son ombre dans la voûte céleste, il se faisait tard…
Un souffle léger, un courant d’air errait au hasard d’une promenade sans fin, émissaire de Zéphyr sur terre, il tiraillait non les habitants de Forbach avec espièglerie mais tout également les nouveaux arrivants comme ce cher Christian Stue. En ce deuxième jour, le courageux inquisiteur s’était risqué jusqu’au bourg de Forbach, quittant la douillette demeure des Edelgard et s’évaporant de ce manoir sans guide, dans une volonté de liberté.
La cité de Forbach se situait dans l’Est de la France, petite ville charmante par ses habitations et son architecture, le jeune inspecteur dans son souci d’investigations s’aventura au cœur même du bourg, il avait décidé de se rendre à l’église de Zetting. Cette initiative ne s’était vue motivée ni par excès de foi ou de zèle d’une brebis de Dieu, mais plutôt dans la volonté de faire savoir son arrivée en ces lieux aux autres membres de l’Inquisition et par conséquent de les contacter. Mais alors que cet homme, tout de noir vêtu, s’apprêtait à franchir le parvis de l’église pour se rendre dans la maison du Seigneur, son attention fut acquise à une jeune femme, toute accaparée quant à elle à son dessin. Son ombre éclaboussa bientôt la « planche sommaire à dessin de la jeune femme », il la dominait de toute sa hauteur, interrogeant son œuvre de ses prunelles sombres et fantasques. Leurs regards se rencontrèrent, l’inquisiteur ne cilla nullement, toisant de son élégance, la gavroche à ses pieds. Ses lèvres désirables se plissèrent pour laisser échapper quelques palabres à l’intention de celle-ci…

« Tu es plutôt doué, mon garçon…. Enfin, je ne suis pas expert. Néanmoins, j’ai besoin d’un guide en ces lieux, de plus, tes talents pourraient m’être utiles… »

Il n’ajouta mots, scrutant la réaction de l’enfant qui lui faisait face et commençait déjà à s’éloigner. Se moquait-il de lui ? Tout en gagnant de la distance par rapport au poste de l’artiste, il ajouta…

« Entres à mon service, je t’offrirai le gîte et le couvert… »

N’avait-il pas noté dans ses traits la féminité des traits de l’individu ? Nullement, ou il n’en fit aucune remarque…Bientôt, il s’éloignerait de la vue de la petite Suède.

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Suède Gauche
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MessageSujet: Re: Douceur de Cendres [Pv. Christian]   Jeu 19 Juin 2008 - 11:17

Encore, encore et encore, jamais les traits n’étaient assez sombres, assez marqués. L’ombre de la porte entrouverte apparaissait petit à petit sous la roche sombre de Suède. Noire, toujours plus noire, mais courbe, douce peut-être sous des gestes appuyés, bouche divine ou bras accueillants du seigneur, qui se voulaient ouverts à tous sans distinction.

Un crissement. Des bruits de pas dans le silence, la nuit qui retenait sous souffle avant d’étendre sa majesté sur la ville. Sourde au monde extérieur, la jeune femme poursuivait avec acharnement. Mais ce n’était pas sa pierre brûlée qui étendait l’ombre impalpable se découpant sur le bois… Aucune texture n’aurait pu donner cette uniformité immatérielle, cette opacité illusoire… Mais un homme le pouvait, de la façon la plus simple qui soit.
Si ses lèvres avaient stoppé leur dialogue muet, Suède releva lentement la tête. Deux pieds, une silhouette vêtue de noir. Et, triomphant de tant d’obscurité, un visage inconnu se détachait du paysage. Une peau fine, un regard confiant et posé… Posé sur la jeune femme qui décida de se relever partiellement sur ses genoux, au-dessus du dessin.

Une voix masculine tinta à ses oreilles. Son regard fixé sur la silhouette inconnue, la jeune femme semblait s’éveiller d’un rêve profond. Petit à petit, elle reprenait conscience de ce qui l’entourait, dissipant l’envoûtement de la cendre et du bois.
Il n’était pas de la région. Un nouvel arrivant, qui apparemment n’avait pas l’air moins d’un brave bourgeois, avec ses joues propres et ses cheveux brillants. Suède n’avait pas fait un seul geste tandis que la silhouette se mettait en mouvement. Instinctivement, son regard retomba sur la planche de bois. Elle sentait la dureté de la caillasse entre ses doigts, elle aurait voulu poursuivre. Cependant, elle força son visage vers l’inconnu prêt à disparaître après ses quelques mots. La nuit tomberait trop vite, les serviteurs du divin n’avaient pas à veiller pour elle. Loin de vouloir leur causer le moindre problème, la jeune femme décida qu’il était plus que temps de les laisser en paix. Glissant hors de l’aire de bois, elle se remit sur ses pieds après avoir fourré sa roche dans la poche de son pantalon. Le contact avec le tissu lui révéla la froidure de ses phalanges, sans qu’elle ne s’en préoccupa outre mesure.

Pendant ce temps, l’étranger avait parlé de nouveau. Pourtant, il s’était éloigné comme s’il ne prêtait aucun intérêt à son interlocutrice. Façon détournée de juger quelqu’un au premier abord… Suède, sortie de sa torpeur spirituelle, fronça brièvement les sourcils tout en se rappelant à elle-même :

*S’il croit que je vais lui courir après, il se fiche de doigt dans l’œil.*

Mais ce n’était pas une façon de parler à un homme de bien plus haut rang qu’elle. Ainsi donc, s’accroupissant pour relever la planche de bois, elle dévoila sa voix en un première réponse :

« Ce que vous m’offrez me semble bien généreux et je vous en remercie. Mais s’il n’est pas indiscret, pourrais-je savoir à quelles fins mes… Talents… vous seraient utiles ?»

Elle avait ramené la planche à la verticale et se contentait de la maintenir ainsi. Sa voix avait hésité sur l’application du ‘talent’, se contentant de reprendre les dires de l’inconnu. Elle marqua une pose polie avant de reprendre :

« S’il vous faut un guide pour parcourir ces rues, bien qu’il soit un peu tard pour bénéficier de leur vie à cette heure avancée, je puis vous être utile en compensation de quelque menu salaire. »


Une folle idée lui traversa la tête, étirant un sourire rapide sur son visage. Ce dernier se brisa dans l’ombre, disparaissant aussi vite qu’il était venu. Suède avait déjà une petite idée du genre de salaire qu’elle aimerait recevoir, mais elle se garderait d’évoquer immédiatement les questions qui, dans sa tête, cherchaient réponses.

L’inconnu était juste à la limite du champ de vision de la jeune femme. Elle souleva le panneau de bois du mieux qu’elle le pouvait pour le traîner à ses cotés. Sa démarche assez maladroite était causée par la grande surface à transporter, mais ses bras en supportaient le poids sans faiblir. Elle déposa son ouvrage tout contre le muret extérieur, caché par l’imposante ombre de l’église. Ici, personne ne viendrait le chercher. Et ramener cette chose chez elle était bien irréalisable.
Suède finit par se détacher du bois pour revenir se poster à quelques pas de son ‘peut-être futur client’. Baissant les yeux d’une humilité polie, elle se présenta comme elle l’avait fait si souvent, de la façon la plus simple qui soit :


« Je m’appelle Gauche. »

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MessageSujet: Re: Douceur de Cendres [Pv. Christian]   Ven 20 Juin 2008 - 10:48

La nuit noire voilait de son manteau d’obscurité la cité de Forbach et ces deux interlocuteurs. Quelques poussières, amas de grains sur une toile vide de couleur, se permettaient d’éclairaient quelque peu leurs pâles visages. Monsieur Stue avançait de ce même pas rapide qui sonnait son élégance et peut-être trahissait une certaine forme d’anxiété, elle le suivit. Se retournant, il lui fit face, dardant son regard ténèbres sur elle, la détaillant avec plus de minute et de précision qu’il ne l’avait jusqu’à présent fait. Sa main se tendit avec franchise et volonté en direction de la jeune femme, symbole de leur accord. Contrairement à ce que la petite Suède aurait pu pensé, le contact avec cette menotte ne fut pas froid et rigide. Une harmonie de douceur et de chaleur se dégagea de ce toucher qui n’était rien de plus que la signature de leur consentement mutuel. Il daigna se présenter à elle, ses mots s’envolèrent au gré du vent, laissant transparaître une voix légèrement grave et fière, en adéquation parfaite avec la physionomie de cet homme.

« Je suis quant à moi Christian Stue, ravi de faire votre connaissance. Jeune Gauche, je viens en effet d’arriver tout juste en ville et j’ai besoin d’un guide, nul doute que tu feras parfaitement l’affaire. Es-tu installé depuis longtemps dans la région ? Les habitants d’ici te sont familiers ? »

Son regard d’aigle la scruta avec plus de curiosité, ses traits se dévoilaient avec plus de féminité à ses yeux, pourtant il n’osait poser la question. A la vérité, s’il avait eu confirmation de ses soupçons, Monsieur Stue ne l’aurait nullement engagé. Cette motivation ne lui aurait pas été dictée par une quelconque marque de sexisme mais par une gène qui l’aurait alors saisi de se trouver avec un membre du beau sexe.

« Hum… Je te monterai quelques techniques de dessin bien que je ne sois pas expert. Il va me falloir interroger des gens en ville et j’ai tout également besoin de dresser des esquisses des personnes rencontrées, tu pourras sûrement m’aider dans ma tâche. Saches que je loge chez les Edelgard, j’essayerai de t’y faire loger tout également. Mais parles, jeune Gauche, peut-être as-tu des conditions avant que nous commencions notre collaboration ? »

Il avait détourné son regard d’elle comme par crainte d’avoir raison sur le sexe de l’enfant. Quelques pensées intérieures le tourmentaient tout également à savoir la réaction de Madame Edelgard sur l’engagement d’un guide autre qu’elle-même. Le prendrait-elle mal ? Que dirait-elle ?

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MessageSujet: Re: Douceur de Cendres [Pv. Christian]   Ven 20 Juin 2008 - 14:25

Elle s’était approchée de la forme noire, qui se détachait par sa densité de la ville floue et grisâtre. De nouveau, leurs regards se croisèrent. Suède se voyait légèrement surprise de l’attention qu’on lui portait. Cette profondeur, cette étude appliqué et puissante qui donnait vie au regard de l’inconnu lui avait été bien étrangère, jusqu’à maintenant. Les nobles et bourgeois ne croisaient pas bien souvent la route des ‘chemises trouées’, et jamais leur attention ne se fixait sur eux. Quant à la populace, elle avait devant les yeux un certain voile de craintes et de problèmes liés à son existence précaire, la laissant seule juger de ses égaux de façon distante.
Leurs mains se joignirent sous la lune, étreinte rapide entre saleté et délicate chaleur. Comme il était étrange, ce contact, cette main tendue à laquelle la jeune femme avait répondu de manière si instinctive…

Sa voix était comme lui. Calme et appliquée, typiquement masculine, avec une certaine réserve dont savent faire preuve les gens d’éducation. Suède n’y avait pas prêté attention au premier abord, mais à présent que ses oreilles s’étaient ouvertes, elle distinguait clairement les notes vocales.


« Je suis arrivé il y a quelques mois de cela. Ce fera peut-être un an bientôt… Mais je connais bien les rues et ses habitants. » Se contenta-t-elle de répondre, d’un voix claire, au timbre se rapprochant plus facilement de celui d’un enfant que d’un homme.

Les premières questions de ce dénommé Christian auraient bien pu faire l’objet d’un quelconque développement de la part de son interlocutrice, mais cette dernière s’en abstint. La situation, autant que l’homme en noir, lui semblait bien étrange…
Son cerveau se mit à fonctionner à toute vitesse lorsque ce Monsieur Stue reprit la parole. L’intérêt qu’elle aurait porté à la remarque sur certaines techniques de dessin se fit bien vite souffler par d’autres préoccupations. Ainsi donc, il cherchait des informations sur les vivants de Forbach, et son intérêt semblait bien professionnel…
Suède écarquilla les yeux en entendant le noble nom des Edelgard. Un haut domaine, une riche famille, et bon nombre de rumeurs avaient mené même les plus pauvres à ne pas ignorer leur existence. Et si cet homme disait vrai, il devait lui-même être d’une relative importance, pour être accueilli en leur sein…
La surprise passée, Suède reprit consistance alors que le regard sombre se détournait de ses propres yeux grisâtres. Elle inspira largement avant de reprendre la parole :


« Monsieur Stue. Je puis sans hésiter vous donner mon accord sur cette visite de la ville. Cependant, concernant mes habilités au dessin, j’avoue ne pas véritablement saisir ce que vous avez l’intention de faire… Ni quel genre de questions vous poseriez au villageois. Si vous pouviez m’éclairer sur les raisons de votre venue à Forbach, je pense qu’il me serait plus aisé de déterminer alors quel sera mon travail auprès de vous. »

Elle avait conservé un ton neutre, légèrement détaché. Elle ne faisait pas confiance au nouvel arrivant sans non plus avoir d’à-prioris négatifs le concernant. Seule sa réponse pourrait véritablement renseigner Suède sur l’attitude qu’elle devrait adopter à son égard.

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MessageSujet: Re: Douceur de Cendres [Pv. Christian]   Sam 21 Juin 2008 - 20:44

Il y a des instants éphémères qui se cristallisent dans la mémoire de deux êtres, qui se gravent dans leur cœur et qui changent le cours d’une vie. Cette rencontre serait-il l’un de ces moments privilégiés ? Changerait-elle la vie de Mademoiselle Suède ? Serait-elle au service de cet homme bien mystérieux au demeurant si froid, arriverait-elle à attraper l’un de ses sourires ? Christian la regardait toujours avec cette même franchise, ce regard vif et noir, brillant d’une intelligence peu commune, sa voix feutrée poursuivit sur le même ton…

« J’en suis heureux, jeune Gauche. Ta curiosité est toute à ton honneur et tâches de ne jamais la perdre car contrairement à ce que l’on peut dire, il ne s’agit pas d’un défaut.. Je suis nouvellement arrivé en ces lieux comme tu t’en doutes, je suis enquêteur au service de l’Inquisition. »

Il marqua un temps d’arrêt, la musique envoûtante de ses mots s’évapora pour ne laisser place qu’à ses prunelles opaques qui s’étaient plongées dans ce regard couleur tempête ; aurait-il deviné que sous ces traits se cachaient une jeune fille, une femme en éclosion et non un garçon comme il le pensait ? Puis la ritournelle se déclencha à nouveau avec plus de conviction et une sincérité étonnante.

« Je suis chargé d’enquêter sur les… « maux »... que rencontrent la région. Ta collaboration m’aiderait donc dans mon entreprise. Mais rassures toi, je ne suis ni un dévot, ni un fanatique, je veux seulement apporter raison dans des phénomènes plus ou moins inexpliquées à Forbach, je ne pense pas qu’il faut se borner dans une foi aveugle, condamnant à tout va, comme certains…Peu importe, passons…Méthode et rigueur seront nos maîtres mots. Mais je t’expliquerai plus tard tes talents en dessin dans nos méthodes d’investigations. Veux-tu toujours te joindre à moi, jeune Gauche ? »

Avait-il produit ce petit effet, ce truc qui tiraille les entrailles d’une personne pour le faire adopter à sa cause sous le poids d’une certaine admiration mêlée à la crainte ?

« Si tu l’es, je te donne rendez-vous demain matin à 7h00 précise sur ce même parvis. Nous irons au tailleur te….*Pourvu d’un léger rictus, relevant un sourcil dans l’observation de la jeune femme avant de peindre sur son visage un sourire forcé* nous irons te trouver des vêtements plus appropriés. Je souhaite ta présence à mes côtés durant ma présence en ville, jeune Gauche. Mais saches que nous irons également explorés les bois… »

Sur un ton plus mystérieux… N’était-ce pas agréable de se sentir importante aux yeux d’un homme et surtout de celui-ci qui était du monde de la bourgeoisie et de plus inquisiteur de son état !? Et cette façon de l’appeler « jeune Gauche », lui conférant familiarité et distance tout à la fois….
Il lui glissa alors via cette même main rassurante de quoi passer la nuit et il s’apprêtait à partir, lui laissant de quoi passer la nuit dans un abri chaud…

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MessageSujet: Re: Douceur de Cendres [Pv. Christian]   Dim 22 Juin 2008 - 11:43

La nuit était belle. La nuit était toujours belle, toute à la fois séduisante et dangereuse. Ses ombres délimitaient les masses avec une exquise précision, alors que les taches de lumières rayonnaient dans les contrastes. La nuit était belle, mais elle ne le vit pas. Son attention avait ce soir été déviée vers deux yeux sombres qui la fixaient d’une profondeur envoûtante. La voix qui s’échappait de ce visage inconnu trouvait route sans détours jusqu’à ses oreilles.

Inquisition.

Suède écarquilla de nouveau les yeux, alors que sont cœur faisait un bond dans sa poitrine. Inquisition, Sainte Inquisition, ce nom que l’on murmure entre deux portes, un voile de mal-être passant devant les minois à l’écoute… Et sans jamais qu’on ne l’avoue, il faisait peur.
Combien de fois la jeune femme avait-elle tenté d’établir le dialogue avec ses contemporains, sur ce sujet ? Combien de fois lui avait-on servi un sourire nerveux suivit d’un silence angoissé ? Et pourtant, elle n’avait pas abandonnée. Son but était bien loin d’être atteint, et elle était prête à tout pour réussir.
Imperceptiblement, son dos s’était redressé, ses épaules étaient droites, et ses yeux pétillaient d’une volonté nouvelle.

Sa rencontre avec ce dénommé Christian Stue était une aubaine pour Suède, mais finalement… Un dilemme naquit en son esprit. Approcher la bourgeoisie ainsi que l’Inquisition de concert serait une chance inespérée pour les desseins de la jeune femme. Cependant… Elle n’avait jamais souhaité prendre part d’un groupe ou de l’autre, des chasseurs ou des chassés. Or, si elle travaillait pour les uns, la porte des autres lui serait bien difficile à franchir ! Pourtant, si elle ne faisait rien, aucune chance ne lui serait offerte.

La voix de l’homme s’était levée de nouveau. Christian Stue livrait des idées sensées et raisonnables. La pensée qu’il pouvait mentir comme il respirait traversa Suède l’espace d’une seconde. Non, c’était bien peu probable. Il se présentait de façon si franche, son regard était si direct… Mais seul le temps pourrait véritablement répondre.
Crainte ? Non, elle ne les craignait pas, ni lui ni l’Inquisition. Il en faudrait beaucoup pour lui faire peur. Cependant, elle ne pouvait nier que ce Monsieur Stue l’impressionnait, la surprenait par toute sa manière d’être et de dire. Elle était comme sonnée, se contentant d’observer et de se taire. Et ne prit conscience de son grand silence que lorsqu’il prit la parole une nouvelle fois. Elle vit se dessiner sur son visage une sorte de sourire creux qui ne déforma presque pas ses traits. Un sourire de convenance, appliqué à quelque parole pratique afin de l’introduire gracieusement.
Une heure fut donnée, un rendez-vous. Ainsi que quelques pièces qui tintèrent dans la paume de sa jeune main. Ce geste de générosité ne blessa nullement un égo surdimensionné ou une mauvaise fierté, absents tous deux de l’esprit de Suède. Elle se contenta de refermer les doigts, suivant du regard la silhouette qui s’éloignait.


« Demain sept heure ; Je serais là. Je vous remercie bien, Monsieur Stue. Pour votre intérêt et votre générosité. »

Il lui faudrait réfléchir à la démarche à adopter pour le lendemain. Ses desseins lui avaient semblés si irréalisables jusque là… Et voilà qu’un éclair d’espoir ramenait la lumière sur ses intentions.
Les yeux tempête observaient les pièces. Sa couche était assurée sans ce supplément, mais il serait utile pour guérir un ventre de sa faim. Malheureusement, tout était fermé à cette heure avancée, et réveiller l’aubergiste serait bien grossier. Autant aller dormir ; nourriture attendrait le lendemain.

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Christian Stue
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MessageSujet: Re: Douceur de Cendres [Pv. Christian]   Lun 23 Juin 2008 - 13:48

Volatil étranger que voilà ! Il s’éclipsa au cœur de la nuit, sans nul bruit. Pourrait-elle lui faire confiance ? Que déciderait-elle ? Cogitations et réflexions allaient s’enchaîner dans la tête de la jeune femme, à moins qu’elle ne se laisse à aller à sombrer dans une douce quiétude, torpeur d’avoir trouvé une situation convenable et stable ? Mais avait-elle idée que Monsieur Stue ignorait le sexe de l’enfant ?

Le lendemain arriva… Le soleil avait décidé d’accompagner cette journée d’une lueur bienfaisante, aurore annonciateur de moult événements. L’astre solaire dardait de son regard la belle figure de ce bon monsieur, lui conférant sous ces meilleurs auspices une allure toute aussi sereine quoique plus accueillante. L’homme était arrivé en avance à son rendez-vous, il se tenait ainsi droit comme un piquet, dressé comme une statue de marbre en plein milieu du parvis ; il attendait ; après tout, il préconisait la ponctualité et son caractère quelque peu zélé le poussait généralement à adopter le train d’avant.
Choisirait-elle de le rejoindre ou s’abstiendrait-elle de cet acte passé avec lui ? Drapé des habits de la nuit, le spectre de sa fierté et d’un certain orgueil, propre à sa classe transparaissait dans l’attitude du jeune homme. Pourtant, une nervosité et une impatience commençaient tout également à se frayer chemin dans ses pensées ; sinon pourquoi faisait-il les cents pas devant le parvis de l’Eglise de Zetting ?
Dès qu’elle serait là, il l’emmènerait chez le tailleur pour lui trouver des vêtements qu’il jugerait plus convenables… La boutique du tailleur était située quelques rues plus loin, petite et obscure, elle contenait étrangement de quoi satisfaire de nombreux goûts : étoffes, draperies, soie et satin étaient présents en des quantités importantes. C’était bien le seul endroit que Christian Stue avait repéré lors de son arrivé….

* Le jeune Gauche est en retard, j’espère qu’il ne tardera plus trop. Nous avons beaucoup de choses à faire après tout…. Mais j’y pense il me faut toujours demander….aux Edelgard de pouvoir l’héberger sous leurs toits. S’ils n’acceptent pas, il me faudra tenter la Collégiale… *

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MessageSujet: Re: Douceur de Cendres [Pv. Christian]   Lun 23 Juin 2008 - 17:36

Bien peu de sommeil. Suède avait tourné et retourné sa rencontre avec l’Inquisiteur, pétri ses questions de quelques réponses fermes et décidées. Ses yeux n’avaient su se fermer, sous la contrainte d’un esprit réfléchi. Ainsi, il lui sembla avoir tout le temps nécessaire à se parer de quelques vêtements avant de partir pour son rendez-vous de sept heures. Elle appliqua avec précision les bandes larges tout autour de sa petite poitrine pour la faire disparaître au mieux. Aujourd’hui encore, elle serait un garçon. La chemise qu’elle enfila était blanche, son pantalon sans un trou.
Sur son minuscule bureau trônaient la caillasse sombre qui lui avait servi la veille, ainsi que les quelques pièces, étincelantes à la lumière incertaine de la petite fenêtre sale. Suède attrapa ces dernières et s’apprêtait à sortir de la chambre de bonne quand…
Douleur.
Sa vue se brouilla légèrement alors qu’elle se laissait soudain tomber accroupie. Le tintement des pièces sur le sol de bois résonna dans le silence. Les deux mains de la jeune femme s’agrippaient à sa chemise, ses bras masquant son ventre. Suède serra les dents. Elle poussait des jurons silencieux, prière secrète qui seule ne la libèrerait pas de la douleur. Et comme elle s’y attendait, elle sentit entre ses jambes un liquide froid.


« Tout mais pas ça ! » Gémi-t-elle.

La douleur se dissipa progressivement, la laissant essoufflée, appuyée tout contre le mur humide de la chambre. Ces périodes étaient bien les plus difficiles à gérer… Sa santé fragile lui tournait la tête bien plus souvent qu’à l’accoutumée, et elle se sentait toujours nerveuse face aux regards de ses contemporains. La jeune femme finit par calmer son angoisse et se changea avant de prendre la porte.
Elle allait être en retard si elle passait à l’auberge, mais il le fallait pourtant. Il n’était pas question de jeûner durant ces jours de malheur, ou elle faiblirait au beau milieu de la rue, laissant son petit corps inconscient. L’établissement était ouvert depuis peu, et la patronne lui échangea ses quelques pièces contre un bon morceau de pain qu’elle attrapa avant de repartir à toute vitesse. Elle mordait férocement son petit déjeuner, se faufilant entre les rues désertes et sombres qui raccourcissait son trajet.

Cela faisait quelques jours déjà qu’il n’y avait pas eu ciel si clair. La sobre grisaille de la ville semblait avoir disparu du tissu céleste, ne laissant plus que de légers moutonnements blancs. C’aurait pu être une agréable journée. Pourtant, elle avait bien mal commencé…
Le bout de pain disparu, l’estomac heureux, Suède élançait ses jambes en une course folle. Elle croisait des visages connus, qu’elle contournait habilement pour leur laisser une surprise amusée.
De vieux murs de pierre se dessinèrent au tournant d’une rue. L’église était là ; La place qui la regardait, le parvis… L’homme en noir. Suède ne cessa sa course qu’à quelques pas de ce Monsieur Stue. Son cœur battait à tout rompre, sa respiration restait forte.

« Je suis désolé de vous avoir fait attendre, Monsieur Stue. »

Elle se tint soudain droite face à lui, le regard sérieux et décidé, alors qu’elle annonçait :

« Je vous suis reconnaissant de votre précédente proposition et je l’accepte avec grand plaisir. Cependant, c’est à Monsieur Stue que je répondrai, non à l’Inquisition. »

Oui, elle travaillerait pour un homme, non pour une organisation, et plus encore s’il s’agissait de la Sainte. Elle ne recevrait d’ordre de cette dernière, ni ne lui appartiendrait. Il était tout affaire de morale et de symbole avant tout.

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Christian Stue
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MessageSujet: Re: Douceur de Cendres [Pv. Christian]   Lun 23 Juin 2008 - 18:35

Cette droite franchise lui plut et la voir toute essoufflée le convainquit qu’elle était un « homme des plus débrouillards et à la parole honnête », cela pouvait bien remplacer à ses yeux une naissance de petite condition. L’enfant avait les joues rouges de cette course folle qu’il avait mené dans les ruelles de Forbach, sa respiration se faisait saccadée, sa poitrine se relevait à tout rompre, pourtant une impression curieuse saisit Monsieur Stue comme si elle étouffait, que ses inspirations étaient gênées par un carcan invisible. Cette sensation, cette interprétation des perceptions se dissipa à l’annonce de cette voix claire et délicate qui déclarait sa volonté d’être à son service. Une esquisse de sourire se dessina sur ses lèvres tentantes, ce succinct plissement de bouche accentuait sa froide beauté et lui conférait une touche d’accessibilité qui était invisible aux premiers abords. Cependant, il lui répondit poliment, gardant bien ces distances avec son, sa servante ?

« Je suis heureux de vous avoir à mon service, Jeune Gauche. J’espère que notre collaboration sera longue et fructueuse. Il n’est pas aisé de se frayer un chemin pour trouver la vérité mais nous y arriverons, j’en suis sûr. Mais allons… Je ne connais pas grand-chose à Forbach mais il nous faut rendre chez le tailleur. »

Et, poussant légèrement sa recrue en avant dans la direction du tailleur, ils s’élancèrent tout deux jusqu’à l’office de la boutique. Silencieux comme des ombres, ils se trouvèrent bientôt à l’intérieur de l’échoppe, une sonnerie se fit entendre sous leur passage et bientôt un vendeur au crâne dégarni accourut à leurs chevets. Les bonhomies étaient monnaie courante pour ce vieillard mais, dans sa bouche, elles sonnaient faux ; D’une fausseté sans nom qui aurait pu provoqué le rire tant elles étaient d’un ridicule. De ses petits yeux de fouine, il les détaillait, évaluant le tour de leur taille ou les articles qu’il aurait pu proposé ; se grattant la tête par intervalles réguliers, signe d’intenses réflexions, il s’exclama bientôt d’une voix grisante…

« Bien le bonjour Messieurs ! Que puis-je faire pour vous ? Venez vous pour un costume ? Des nouvelles chaussures peut-être ? Que…qu’ai-je en magasin qui pourrait vous ravir ?! Oh, j’y suis ! Vous venez pour faire plaisir à une dame ! Allez, ne soyez pas timides, faites moi donc la confidence sur le nom de l’heureuse élue ! »

Et, dans un mouvement de répugnance vis-à-vis du commerçant, il désigna de son index pointé la jeune Gauche avant de dire d’un ton résigné à passer du temps dans cette boutique.

« Nous venons pour lui. Qu’avez nous à nous proposer ?... »


« Oh bien des choses…Je pourrai vous montrer…hum….Mais d’abord, il faut que je prenne son tour de taille et ses mensu… »

« Faites, faites. »

C’est ainsi que l’homme commença son examen auprès du garçon avant de lui demander de retirer son haut, ayant remarqué visiblement la présence de bandages.

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Suède Gauche
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MessageSujet: Re: Douceur de Cendres [Pv. Christian]   Mar 24 Juin 2008 - 10:30

Suède n’eut pas à montrer le chemin car il sembla que Christian trouva le tailleur avec facilité. Il devait avoir précédemment repéré l’établissement, ce qui n’était pas fort étonnant pour quelqu’un de son rang. Leur entrée tinta d’une petite cloche, tandis que se découpait devant eux la silhouette grisonnante d’un vieil homme. Le vendeur lança un regard interrogé à Suède avant de tenir toute son attention sur le beau Monsieur venu à lui. Comme nombre de personnes en ville, le vieil homme connaissait Gauche, de vue, bien que celui-ci n’ait jamais loué ses services à l’établissement présent.
Il ne fallu pas long au vendeur pour sauter sur la jeune femme, son mètre à la main, ceinturant son ventre au niveau de la taille. Soudain, Gauche explosa intérieurement de jurons à l’encontre de sa propre personne, maudissant sa ‘simplicité d’esprit’. Elle avait compris qu’il lui faudrait planifier cette visite chez le tailleur, mais ses aléas de la matinée avaient entièrement désagrégé ces préoccupations. Le tailleur la pressa de retirer son haut, et elle en resta sonnée. Elle se sentait étrangement féminine, et lorsque les mains de l’homme déboutonnèrent le premier bouton de sa chemise pour l’inciter à poursuivre sur cette voie, Suède recula d’un pas, laçant ses bras autour de sa poitrine par pur automatisme.

« S’il-vous-plaît, je me suis blessé voilà quelques jours de cela. »

Elle remercia le ciel d’avoir toujours une longue respiration et les joues rosées par sa course. Son cœur battait la chamade, elle voyait déjà les catastrophes qui suivraient son échec ici même. Et plus que tout, elle se maudissait pour avoir à mentir si franchement.
… Défaite ? Reculer ? Peur ? Ah, tout cela ne faisait pas partie de son caractère ! Elle devait se reprendre a plus vite !

Elle se redressa et prit le mètre des mains du vieil homme, tout en le foudroyant du regard.

« De plus, je n’apprécie pas tant de contact physique… » Lui asséna-t-elle.

Nombreux étaient ceux qui savaient cela, même si ce n’était pas forcément le cas du vieil homme : ‘Gauche Suède est un garçon gentil et souriant, qui trouvera toujours une façon de vous venir en aide, mais il vous sera bien difficile de l’approcher de trop près.’ Et ce n’était pas une façon de traiter un client que de débuter soi-même à le déshabiller, bien qu’il soit de basse condition.


« Si vous pouviez me trouver quelque vêtement légèrement ample pour ne pas que je souffre de ma blessure, je vous en serait reconnaissant. »


Suède contourna le vendeur et se dirigea vers l’arrière boutique. Elle connaissait bien ce genre de magasin, et savait qu’elle trouverait là-bas assez de matériel et d’ombre pour se cacher.

« Je vais remettre en place mes bandages, afin qu’ils ne gênent pas… Je me débrouillerais. » Ajouta-t-elle en voyant le vendeur prêt à la suivre.

« Ah, et j’en profiterais pour vous donner mes mensurations, tant que j’y suis. »

Elle avait agi avec rapidité, son regard piqué d’une certaine impatience ainsi que d’un soupçon de mauvaise humeur depuis que le vendeur avait entrevu ses bandages en tentant de lui ôter sa chemise. Pas une seule fois elle ne se tourna vers Christian, espérant plus que tout qu’il n’interviendrait pas. Sur son ventre s’étendait une continuelle douleur relativement légère, menaçant de s’intensifier à tout moment… Angoissante période.
Suède avait enfin atteint la porte de l’arrière boutique, restée ouverte.

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MessageSujet: Re: Douceur de Cendres [Pv. Christian]   Mar 24 Juin 2008 - 15:04

Le vieillard s’offusqua du refus du garçon, il n’en montra rien ou presque. Une légère grimace de surprise et d’amertume se lut sur son visage, émotions qui étaient accentuées par ses traits ridés. Il s’agissait selon lui tout simplement de pudeur mal placée ! Il était éloquent pour une jeune femme de ne pas se dévêtir sous les regards mais pour un garçon, il trouvait cette attitude puérile et des plus risibles Il reporta donc son attention vers l’autre homme avec ce simulacre de bonne humeur qu’il aimait faire valoir.

« Mais dites moi, êtes vous sûr que rien ne vous tente mon bon Monsieur ? Je suis sûr que nous pourrions vous trouver quelque chose qui vous irez à merveille ! Après tout, quelle allure, quelle prestance ! »

Il le fit taire d’un simple regard, les jacassements, piaillements stridents devinrent silence et l’homme s’affaira à trouver des vêtements pour la jeune femme. Une certaine nervosité gagna le commerçant à la suite de sa petite mésaventure de la journée et farfouillant entre les articles et des monticules de tissu, il dégota finalement une chemise de lin bien trop grande pour l’enfant, un pantalon légèrement trop serré, des bas de jeunes filles. Il les présenta à Monsieur Stue qui n’y connaissait pas grand-chose et se proposa pour apporter ses vêtements au jeune Gauche. Il avait pris les vêtements tendus d’une main et s’avançait dans ce magasin avec précaution comme on circule dans un magasin de porcelaine. Il s’enfonça plus loin dans la boutique, se dérobant à la vue du vendeur et parvint jusqu’à Miss Suède.

« On m’a donné ça pour vous. »


Scrutant de ses prunelles sombres des épaules dénudées qui ne l’émurent point outre mesure et qui appartenaient à l’enfant. Sa voix se fit entendre, légère comme un souffle, discrète mais oppressante dans l’arrière boutique pour signaler sa présence et ne pas la surprendre davatange.
Et sans plus attendre, il déposa les vêtements sur une autre pile et déjà, il s’apprêtait à repartir.
Il se retourna brusquement…

« Puis-je voir cette blessure, jeune Gauche ? »

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MessageSujet: Re: Douceur de Cendres [Pv. Christian]   Mar 24 Juin 2008 - 17:45

Personne ne l’empêcha d’entrer dans l’arrière boutique. Suède était comme attirée par l’ombre. Elle se faufila parmi des piles de tissu, des tringles et des portemanteaux, pour enfin se laisser aller à un souffle d’apaisement. Quelques minutes de répit étaient une bénédiction entre tous ces problèmes. Elle entendit le vendeur ronronner quelques paroles inutiles, mais elle était trop occupée pour les écouter. Elle glissa ses mains sous le vieux tissu de sa chemise pour constater qu’elle avait bien assez resserré les bandages ce matin. Une fois rassurée, elle ôta son haut, le laissant couler au sol en une rivière pâle.

Ses oreilles distinguèrent le pas sec et sonore de bonnes semelles, ce qui lui permit de se retourner juste avant que n’entre Christian. Elle tricota sa chemise de ses doigts pour la plier, se trouvant ainsi une excuse pour ne pas faire face à l’Inquisiteur, alors qu’il fixait son dos. L’homme en noir déposa quelques nouveaux vêtements tout proches. Elle le remercia brièvement avant de se retourner pour les saisir, persuadée que Monsieur Stue prenait la porte dans l’instant.
A peine se fut-elle légèrement détournée des ombres que Christian fit volte face. Surprise, elle n’eut pas le temps de se saisir des vêtements proposés. Son cœur se mit à battre fort, très fort. Elle aurait voulu se cacher, mais le regard sombre de son interlocuteur la paralysait. Que voyait-il ? Avait-il remarqué le volume dissimulé du mieux possible sous les bandages ? Et sa respiration… Il fallait la calmer ou il distinguerait plus encore les formes singulières !


« Je suis désolé mais je vais devoir vous opposer un refus… Monsieur Stue. »


Sa réponse avait été machinale, tandis que dans sa tête tournait encore l’angoisse grandissante. Les deux êtres s’observaient mutuellement. Elle aurait voulu que ce contact visuel soit rompu, qu’il ferme les yeux et retourne à la lumière.
Son premier vœu se vit exhaussé, mais pas de la façon dont elle l’aurait souhaité. La folie de son angoisse pressa son ventre d’une douleur grandissante, et Suède s’agrippa à une caisse proche en serrant les dents. Yeux clos, elle attendit. Peut-être attendit-elle moins d’une seconde, mais ce lui sembla interminable. Elle s’était mise dans une galère indescriptible et redoutait la chute…

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MessageSujet: Re: Douceur de Cendres [Pv. Christian]   Mar 24 Juin 2008 - 18:44

Leur face à face dura plusieurs secondes, quelques minutes ; ils s’observèrent, l’un l’autre, telles deux bêtes tournant dans leurs cages. Le regard d’ébène croisait celui tempête, semblant sonder celui-ci dans ses profondeurs pour lire et déchiffrer son âme et sa réelle nature. Ce n’est que suite à son refus que ce regard descendit, lentement, subtilement vers la masse de bandages. Le dévisageait-elle encore de ses prunelles claires ? Pouvait-elle lire son expression de surprise, ce bref écarquillement de ses yeux qui s’ouvrirent pour laisser échapper stupeur et étonnement suite à la vision de ses étendues vallonnées ? Miss Suède n’était qu’un bourgeon aux formes légèrement ciselés mais qui ne demandaient qu’à s’affirmer au fil du temps…
La bouche rosée de l’inquisiteur s’entrouvrit, ses joues se colorièrent, malgré lui, d’une teinte de rose, sa poitrine se mit à battre à un tout autre rythme suivant l’exemple de la belle.

« Que ?... »

Les mots s’étranglèrent dans sa gorge, un léger râlement suivit ; il demeurait dans son expression de surprise comme figé face à cette découverte. Pouvait-il considérer qu’elle lui avait menti ? Pas vraiment ! Pourtant, elle ne lui avait rien dit ! Elle n’était pas ce qu’il croyait à savoir un homme tout comme lui, mais une jeune femme, une enfant se prêtant aux jeux des grands. Soudainement, le fil de ses pensées, les arabesques de son esprit se turent. Elle s’effondrait tout contre une caisse… Gagnant la distance qui les séparait, cet infâme gouffre des sexes qui s’était dressé, vola en éclats, il était auprès d’elle, plus près, peut-être, que nul avant lui. Avait-il profité du moment de faiblesse de cette bête sauvage pour bondir vers elle ? Ou lui avait-elle finalement accordé sa confiance ?
Malgré tout, il la soutint, glissant ses bras autour de sa taille, la ceinturant presque, d’une poigne à la fois ferme et tremblante alors que le bras de l’enfant s’était amouraché de son cou sous l’impulsion de ce même homme, Monsieur Stue.

« Est-ce…est-ce que ça va ? »

Lui souffla-t-il au creux de l’oreille, dans une sensualité inconnue. Il se releva, l’accompagnant dans son mouvement. D’autres mots suivirent alors que sa présence rassurante cherchait à se libérer de l’étreinte volontaire qu’il venait de prôner…

« Ainsi, vous êtes une femme…Dois-je vous avouer que je ne l’avais pas remarqué avant ?...J’avais noté quelques traits féminins dans votre visage…mais je ne m’étais pas réellement douté d’une telle chose…Mes pensées s’enchevêtrent, je ne sais pas quoi….je ne sais plus quoi penser… Vous ne m’avez pas menti, mais avez omis de me signaler ce détail. Vous et moi, savons très bien que je ne vous aurai pas engagé si j’avais eu connaissance de…ce..fait… Voulez vous toujours être à mon service… ? »

Il était légèrement ému de la tenir tout contre lui, son torse saillant faisait écho à sa poitrine menue et dissimulée. Une longue inspiration lui avait été nécessaire pour prononcer cette dernière phrase.

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MessageSujet: Re: Douceur de Cendres [Pv. Christian]   Mar 24 Juin 2008 - 20:25

Une touche étrangère s’étendit sur sa peau. La douleur, amante possessive, rechignait à laisser en paix sa proie facile. La touche devint chaleur, la chaleur devint contact. Et tandis qu’elle intimait au mal de disparaître, Suède prit conscience de la douceur qu’elle sentait sous ses propres doigts. Quelque chose lui chatouillait les phalanges, et ce fut avec grande surprise qu’elle remarqua qu’il s’agissait de mèches de cheveux. Une voix masculine tinta à son oreille. Proche, tellement proche. Elle reconnaissait ce timbre, qui pourtant semblait changé. Peut-être s’y distillait-il plus de chaleur dans ces mots qu’auparavant. Et cette hésitation était tellement humaine… L’Inquisiteur semblait plus accessible que jamais, et Suède l’avait pour ainsi dire attrapé.
Ils se relevèrent de concert, sous l’impulsion presque seule des jambes de l’homme en noir. Ses pieds maintenus au sol, Suède s’employa à libérer la nuque de Christian qu’elle tenait encore entre ses bras fins. Il était plus grand qu’elle, et cette impression s’accentuait avec leur rapprochement soudain.
De nouveau, la voix reprit. Elle semblait tout droit sortie du véritable Christian Stue, sans aucun rond de table ou merveilleuse politesse des ‘gens bien’. Suède le sentait tout à la fois énormément surpris, déstabilisé… A vrai dire, il venait de se rendre compte qu’il observait un être du beau sexe à demi dévêtue, expérience relativement déconcertante quand on ne s’y attend pas.
La jeune femme expérimentait la proximité physique qu’elle s’était interdite depuis bien longtemps, et par delà les tissus sombres, elle avait senti Christian respirer à fond avant de prononcer sa dernière phrase. Comme il était étrange qu’il ne se soit pas fâché ou pire encore… Suède chercha à respirer plus paisiblement, alors que la douleur avait quant à elle décidé de se faire oublier. Se séparant de l’homme, elle baissa la tête sur le sol sale et sombre de la pièce.

« Et quelle blessure est-ce là… » Souffla-t-elle avant de reprendre.
« Si, je vous ait menti, et j’en suis sincèrement désolée. Je ne me chercherais pas d’excuse, ce serait inutile. Cependant, si vous le souhaitez, je vous expliquerais plus tard ce qui m’a poussé à agir ainsi. Vous m’avez offert de travailler pour vous, et si vous voulez encore de moi, alors ce sera oui. »

Elle marqua une pause. L’étreinte que lui avait offert Christian avait fini par calmer son angoisse, mais une nouvelle fois, elle fut heureuse que l’ombre cache ses joues colorées. Sa voix n’avait été qu’un murmure, juste assez sonore pour atteindre les oreilles de l’homme. Cette fois-ci, elle releva la tête et força son regard qui croisa le regard sombre de Christian. Elle tenta de se reprendre, en annonçant d’un ton plus sûr :

« Je m’appelle Suède. Suède Gauche. Mais si vous acceptez ma requête, j’aimerais rester un garçon aux yeux des gens. »

Elle se rappela alors un fait important. Se détournant, elle attrapa la chemise qui lui avait été portée pour dissimuler sa peau nue de jeune fille.

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Douceur de Cendres [Pv. Christian]

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