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 ~Les larmes rouges~

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Joan Witham
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Nombre de messages: 338
Date d'inscription: 08/06/2008

Informations Personnage
Âge: 19 ans
Titre: Paysan
MessageSujet: ~Les larmes rouges~   Mer 15 Oct 2008 - 3:16



Scénario : Les noces pourpres

Cette ville est la mienne. J'y ai vécu toute ma vie. Cette maison est la mienne. En mourant, mon père nous l'a léguée à ma mère et moi. Et lorsqu'elle est partie, elle y a renoncé à jamais. J'en suis l'unique propriétaire et j'y resterai probablement le restant de mes jours. Malgré tout, je ne me sens pas chez moi. Je ne veux pas profaner le souvenir de mon père qui a été enterré sur sa terre comme il l'a toujours voulu, mais tout de cette ville m'est étrangé. J'ai l'impression d'être un fantôme. Je marche parmi ces gens, mais je n'ai pas l'impression qu'ils me voient. Ainsi, lorsque je mourrai, je ne m'apercevrai de rien. Je continuerai à remonter l'allée des marchands fixant mes pieds et je ne m'étonnerai pas d'être ignorée de tous comme il en aura été ainsi toute ma vie... Peut-être me dirai-je que l'on ne me répondât plus quand je demanderai à acheter des navets parce que je serai devenue vieille et laide. Mais j'espère quand même avoir cette chance. Depuis quelques temps, je redoute davantage une mort précoce et dans des souffrances dont je ne peux imaginer la teneur... Et je dois maintenant affronter cette perspective d'avenir peu reluisante.

Catherine vient de mourir.

Je rentre tout juste du bal de mariage de ce défunt Comte de Forbach et de cette malheureuse nouvelle Comtesse déjà veuve. Catherine se perdait dans une toux profonde. Sa bouilli, qu'elle avait à peine touché, était répandue sur le plancher, le bol était renversé. Je suis accourue à son chevet. Je ne pouvais parler. J'aurais voulu lui dire à quel point je regrettait de ne pas avoir été avec elle ce soir-là, mais elle m'a mis sa vieille main ridée, mais toujours chaleureuse sur ma bouche. Elle m'a regardé dans les yeux à ce moment. Il y avait plus de lucidité dans ces yeux gris qu'il n'y en avait eu depuis des mois. Certaines croyances racontent qu'en mourant, on regarde défiler sa vie comme des témoins muets de nos victoires et nos défaites, mais je crois en fait que ce sont les témoins d'un mourant qui peuvent voir cette vie dans leurs yeux. Parce que c'est ce que j'ai vu. Et ses yeux étaient remplis d'amour... Une partie de cet amour m'était destiné, mais je savais qu'elle pensait à son bébé qu'elle n'avait connu que le temps de sa grossesse et à son amour qui n'avait jamais été remplacé. Je renoncai à m'excuser de mon absence, parce que telle que je la voyais, la douleur la quittant peu à peu au même rithme que sa vie, elle était en paix. Rassemblant toutes ses forces dans un effort surhumain, elle parvint à murmurer quelques paroles : «Tu m'as aidée à vivre...»

«Ils t'ont attendu. Retrouve-les.»

Et elle est partie, comme si elle avait attendu ma permission. Elle est morte en souriant.

J'avais préparé le corps de mon père à sa mort. Je ne suis donc pas dépourvue devant cette tâche. Je la laverai avec des huiles et j'envelopperai son corps dans un drap en guise de linceul. Je regrette cette saison de feuilles mortes... Le printemps m'aurait donné de belles fleurs nouvelles avec lesquelles la parer. Puis je porterai son corps frêle devenu léger sur la vieille brouette qui sera son corbillard. Je la mènerai près de la sépulture de mon père, où elle sera enterrée.

Le Comte de Forbach a de la chance. Mort ce soir dans les bras de sa nouvelle épouse, il aura des foules à son inhumation. Pendant des semaines et des mois, les gens regretteront son départ soudain. Ils diront :«Quel mauvais sort, quelle tristesse! Un homme si important». Quelques mauvaises langues diront que c'était la punition pour ne pas avoir attendu la fin du deuil prescrit de la perte de sa première femme avant de se remarier avec la soeur de celle-ci. Au moins, les gens se souviendront de lui. Ma nourrice, ma Catherine, elle, ne sera pleurée que par moi, son souvenir ne sera entretenu que par ma mémoire, qui s'éteindra en même temps que moi... Car personne n'aura la peine de pleurer ma propre mort lorsqu'elle surviendra.

«Notre Mère Gaïa, sel nos vies
Reçoit ta servante en tes entrailles bénies
Que son énergie te revienne
Que son souvenir vive à jamais
Dans ta mémoire encestrale

Mère Gaïa tu es ma guide
et maintenant tu es la seule...»
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Joan Witham
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Nombre de messages: 338
Date d'inscription: 08/06/2008

Informations Personnage
Âge: 19 ans
Titre: Paysan
MessageSujet: Re: ~Les larmes rouges~   Lun 11 Mai 2009 - 4:17

Chapitre Second : Le bal des âmes
Scénario 5 : Le bal des âmes


Je cris du plus profond de mon âme, car je ne peux utiliser ma bouche. J'écorche les parroies de mon crâne avec mes ongles, parce que je ne peux bouger les bras. Je fuis tout le long de ma peau car mes jambes ne me répondent pas.

Je suis vivante, je suis bien là, mon corps n'est pas paralysé, mais je n'en suis pas maîtresse pour autant. Ma chair est vive des sensations imposées par cette entité en moi. Ma chair est vive de cette douleur qui me fait saigner de l'intérieur. Je voudrais pleurer, mais les larmes sont retenues à l'intérieur et me font mal aux yeux comme des aiguilles.

Gabrielle de Mortelune.

Gabrielle de Mortelune.

Gabrielle de Mortelune.

Ce nom résonne dans ma tête comme une ritournelle incessante et mortelle. Ce nom, je ne le connaissais pas. Qui étais-tu Gabrielle de Mortelune? Pourquoi moi? Pourquoi est-ce mon corps que tu as choisi? Je ne peux plus agir, mais je vois ce que tu fais. Nous ne nous ressemblons pas. Je suis timide, tu es extravagante. Je suis une sorcière d'Olrun, tu es du Lys Noir. Que fais-tu en moi?

Je suis toi maintenant. Cesse de parler à la deuxième personne, nous ne faisons plus qu'un maintenant. Nous nous ressemblons plus que tu ne le penses. Tu es impétueuse toi aussi, mais ce trait est enfermé à l'intérieur de toi, je ne fais que le ressortir. Tout cela est en toi. Ne m'accuse pas de me servir de ton corps et de ce qu'il y a à l'intérieur pour arriver à mes fins. Je sais que tu m'en remercieras un jour.

Je voudrais hurler. Je suis une prisonnière, mais personne ne le sait. Je suis ligotée et baillonnée. Devrai-je mourir en tant que spectatrice d'une vie qui m'a été volée?!

À moi.

À moi!

À moi!!

Personne ne m'entend donc?! Personne ne réalise que ce n'est pas moi?

Shhhh tendre Joan. Tu ne sais pas ce que dis. Tu ne sais rien. Tu ne sais rien de la vie. Laisse-moi t'apprendre. Laisse-moi t'apprendre le plaisir, laisse-moi t'apprendre les hommes... Laisse-moi t'apprendre la vengeance...

Je t'aime beaucoup, mais pour ce service que je te rends, tu dois me laisser utiliser ton corps pour une tâche qui me fais mourir même dans la mort.

Lui.

Le salaud.

Louis Institoris.

Il doit payer.

Prends-le comme une leçon de la vie Joan chérie.

_________________
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