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 Esprit es-tu là ?

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Kerwan
Exorciste
Exorciste


Nombre de messages: 398
Date d'inscription: 07/03/2009

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Âge: 27 ans
Titre: Membre du Clergé
MessageSujet: Re: Esprit es-tu là ?   Lun 6 Juil 2009 - 11:13

L'ambiance avait changée. Une sorte de malaise s'était levé, rendant l'air quasiment irrespirable. Même le feu était silencieux, comme s'il répondait à la dame. En tant que bon exorciste, Kerwan l'avait bien remarqué, et ses yeux parcoururent un instant l'endroit, sans qu'il ne bouge son visage. Il n'y prêta néanmoins pas une grande attention, car, à n'en pas douter, c'était la Comtesse qui émettait une tension palpable, et ça n'était pas son regard qui le démentirait. L'homme d'Eglise en lui se serait assurément signé devant une telle ambiance, psalmodiant un ou deux Pater Noster pour éloigner les mauvais esprits.

A partir du moment où elle avait lâché ses cheveux, Kerwan avait bien senti que quelque chose changeait. Se confiait-elle à lui, ou était-ce encore une ruse ? Par ce simple geste, elle s'offrait à lui. Il était bien connu que les dames se devaient d'avoir les cheveux noués, attachés par des coiffures trop complexes pour l'œil d'un homme. Les cheveux lâches, libres, n'étaient destinés qu'au mari. Cherchait-elle à briser l'étiquette, ou bien à faire ressortir l'homme qui se cachait sous le prêtre ? Une chaleur commença à envahir son être tandis qu'il réprimait un sourire mauvais. Kerwan préféra baisser la tête et détourner le regard avant de faire quelque chose qui nuirait à ses compagnons.
Bon sang ! Qu'attendait-elle de lui ?! Pourquoi jouer ainsi ? Ne connaissait-elle pas le pouvoir d'une femme sur un homme ? Bien sûr que si, la Comtesse semblait être une femme intelligente. Elle avait forcément une idée derrière la tête. Kerwan joignit ses mains pour se contenir, paumes ouvertes vers le haut.

Il était assis, face à elle, et la regardait de bas. Son attitude se voulait soumise, prête à l'écoute, pleine de confiance. Lorsque la Comtesse parla enfin, Kerwan retint un nouveau sourire. Il restait méfiant, mais si la dame commençait à parler, cela ne laissait présager rien de bon pour elle -mais le meilleur pour l'exorciste.
Intelligemment, il ne dit rien à propos de la rectification qu'elle annonçait. Il savait pertinemment que cela ne pouvait pas être le mari, puisque de ce qu'il avait entendu depuis le couloir, la Comtesse parlait à sa sœur, c'était ses mots-même. Le Frère ne fit donc aucune remarque et acquiesça silencieusement, dans un hochement de tête à peine perceptible, encaissant l'information. Lui révéler qu'il savait n'aurait fait que faire régresser la situation, puisque cela aurait prouvé qu'il l'amenait bien où il le voulait, du moins, si elle ne tramait pas un quelconque piège, ce dont l'exorciste ne démordait pas.

La Comtesse laissa le silence s'installer, Kerwan le sentit oppressant et moins accueillant que ceux qu'il avait l'habitude de lancer dans les conversations privées. Le visage toujours tourné vers le sol, il réfléchissait. Comment une femme aussi intelligente pouvait-elle croire à tant de superstition ? Comment pouvait-elle être sûre que ça n'était pas un souvenir ? Comment pouvait-elle avoir la capacité d'affirmer, avec autant d'aplomb, qu'elle avait identifier un esprit ? Le doute qui affligeait l'exorciste l'étreignit à nouveau. Malgré son statut d'usurpateur, il ne pouvait s'empêcher de douter.
Rapidement, ses pensées disparurent. Il devait se ressaisir et attirer la dame plus à lui dans la confidence. Elle commençait certes à parler, mais pour le moment, cela semblait bien trop vague. Les exorcistes, afin de pouvoir travailler à leur plan, devaient connaître bien plus sur Forbach et ses habitants que les pauvres ragots qu'ils avaient entendu dans les campagnes environnantes.

Au prix d'un certain effort, Frère Kerwan leva les yeux sur la Comtesse, et son visage ne reflétait ni le désir, ni l'envie. Ses yeux, neutres, soutinrent le regard presque menaçant de la dame, sans ciller. Sa voix était calme, posée, presque compatissante. Le sujet qu'elle abordait était sans nul doute grave et triste pour sa personne.


"J'ai effectivement entendu quelques rumeurs sur son assassinat, mais rien de très explicatif. Vos gens ne sont pas très bavards à ce sujet. Permettez-moi de vous demander ce qu'il s'est passé."
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Alicia
Meneuse
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MessageSujet: Re: Esprit es-tu là ?   Lun 6 Juil 2009 - 13:40

Alicia se sentait hors du temps et de l’espace. La situation était si inimaginable à présent : elle, la Veuve de Sarrebourg qui s’apprêtait à dire son mal intérieur à un exorciste qu’elle ne connaissait que depuis quelques minutes. Mais qui d’autre pourrait la sauver ? Elle n’y parvenait pas elle-même, et ses tracas restant toujours en elle ne pouvaient que la détruire à l’heure où elle ne pensait qu’à se reconstruire. Elle avait si peur, pour elle et plus encore pour son enfant. A qui se confier ? Sa douce amie Alodia elle ne l’avait pas vue depuis des mois, Carlyn était morte, Mina… sa sombre Mina semblait s’être envolée pour quelques temps comme elle le faisait parfois. Alicia ressentit subitement une pénible solitude. Et lui était là, ses yeux levés vers elle comme le bienfaiteur qu’il prétendait être. Il semblait si authentique, si vrai. Alicia devait-elle se protéger de tant de lumière, de l’obscurité que cette lumière révélait en filigrane ? Devait-elle se protéger ? Elle, sa tribu, son fils… Il fallait qu’elle fasse comme elle en avait l’habitude, dire sans dévoiler.

La Comtesse inspira profondément, son mal de tête la relançait, chaque fois qu’elle pensait à sa sœur sa tête était aussi douloureuse que ses pensées. Elle alla vers un placard de bois ouvragé et en sortit une chope de terre cuite dont elle inspecta rapidement le fond d’une manière si rapide et automatique qu’on sentait l’habitude désincarnée de toute véritable volonté. Elle prit une louche à long manche et le plongea toujours sans un mot dans la marmite fumante suspendue au dessus du feu avant de verser la louchée dans le gobelet avec la technicité d’une servante et la douceur d’une princesse. Elle reposa la longue cuillère et s’assit lentement sur le bord de la cheminée suffisamment excentrée pour ne pas se brûler par mégarde, mais suffisamment près pour avoir trop chaud et devoir détacher négligemment un bouton argenté du col de sa robe, dévoilant un peu plus sa peau immaculée. La sensualité envoûtante qu’elle savait dégagée n’était bien entendu pas anodine…

Elle savait bien que le moine saurait se contenir et elle ne comptait pas réduire la distance qui les séparait, mais elle savait qu’en jouant ce jeu elle prouverait à l’homme face à elle que même prête à se dévoiler, elle restait maîtresse de la situation, que son pouvoir de femme restait une arme. Sa mère le lui avait appris : qui sait manipuler les passions sait manipuler les raisons. C’est bien ce dont elle souhaitait prévenir l’exorciste, la trahison serait la pire initiative qu’il pourrait prendre. La jeune femme se remit à fixer les yeux pâles de l’homme. Portant délicatement la chope de tisane à ses lèvres, elle croisa ses jambes avec une précision féline. Le silence qui avait suivi les courtes paroles de l’exorciste l’invitant à continuer régnait à présent depuis plusieurs secondes. Il fut soudainement brisé par le bruit sec d’une braise qui éclata juste à côté d’Alicia, projetant de petites particules rougeoyantes qui voletèrent lentement jusqu’aux pieds de Kerwan. Une fine flammèche s’était mise à lécher la marmite d’une manière quasi circulaire, dans un silence tenace soutenu par le regard inquisiteur de la Comtesse, créant une atmosphère hypnotique.


« Ma sœur a officiellement été ‘‘empoisonnée’’, seulement voilà… L’histoire est complexe, mais je sais de manière quasiment certaine que les criminelles sont de mes ennemies. Or elle croit… son ‘‘esprit revenant’’, croit que je suis la cause de sa mort. Elle tente de me faire revivre son assassinat chaque nuit depuis son retour, toujours plus atrocement. Elle veut me punir et le ciel sait que je suis punissable de bien des choses mais voilà, de ce crime je ne suis pas directrice. Je suis fatiguée de craindre pour ma vie, et plus encore pour celle de mon enfant, chaque fois que je ferme mes paupières. »

Les paroles d’Alicia n’étaient couvertes d’aucun affect, juste d’un peu de fatigue pas uniquement due à l’heure tardive. Elle avala une longue gorgée de tisane, puis s’adossa lascivement à la pierre tiède de la cheminée.

« Alors mon frère, vous pensez-vous en mesure de chasser mon fantôme ? »

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Kerwan
Exorciste
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MessageSujet: Re: Esprit es-tu là ?   Mer 8 Juil 2009 - 0:42

L'œil s'attardant un peu trop sur ses courbes féminines, Kerwan dégluti difficilement. Savait-elle réellement à quoi elle jouait ? Ils étaient seuls, dans une salle à l'écart de la vie, en pleine nuit. Personne ne les avait vu entrer ici. Combien suspecteraient l'exorciste si on retrouvait la Comtesse morte, mutilée, demain ? Pas grand monde, en vérité. Mais Kerwan savait qu'il ne devait pas, et il ne cèderait pas. Du moins, pas maintenant. De plus, son attention, durant le dîner, s'était portée sur une autre dame... En attendant, il pourrait toujours aller dans une auberge de la ville, en toute discrétion. Pour le moment, il suffisait de contrôler ses pulsions.

La menace, il l'avait sentie. Elle émanait de cette dame sans aucune pudeur. Oui, mais la menace, il ne l'avait pas comprise. Pourquoi ? Et puis, que pouvait-elle lui faire ? Ce petit bout de viande, même s'il était intelligent, ne pourrait rien faire contre lui, sinon se laisser faire. Kerwan baissa à nouveau les yeux sur le sol, de cette attitude soumise qui commençait à le ronger. Le feu commençait à l'animer de l'intérieur, et la Comtesse, en douce tentatrice, ne savait pas ce qu'elle faisait en lançant une menace de cette manière.

Les yeux plantés dans ceux de la dame, l'exorciste écouta de manière attentive ses explications. Il était néanmoins déjà ailleurs, se demandant comment ses compagnons et lui-même allaient se sortir de cet endroit sans dommage. Il se le demandait surtout pour lui, en fait. Et il en vint à se demander pourquoi il continuait à suivre Jonas. La réponse vint d'elle-même, puisqu'il avait suivit le susnommé Jonas pour l'aventure, pour se sortir d'un satané monastère, et ne jamais y retourner. Pourquoi il était resté pour cette mission papale, ça, il l'ignorait.

Kerwan se leva donc, peu après que la Comtesse eut fini de parler, et commença à faire les cent pas dans la pièce, dans un faciès qui réfléchissait. Quel était le meilleur moyen de procéder ? L'exorciste savait néanmoins ce qui allait suivre. Tout d'abord, quelques paroles censées, et puis, les promesses. Et la suite restait un mystère. Que pouvaient faire des charlatans face à de vrais esprits ? Prenez les paris ! Ce serait bien la première fois qu'ils seraient confrontés à cela. Mais dans l'esprit de Kerwan, la véracités des dires de la dame continuait de se mêler à ses conviction, ma foi, déjà bien emmêlées.


"Il vous faut à présent m'écouter. Ne m'interrompez pas, je vous prie, même si vous pensez que je vous offense, ce n'est pas mon but."

L'exorciste laissa le silence reprendre, laissant claquer ses chaussures sur le sol.

"Se pourrait-il que ces manifestations ne soient que la conséquence à un regret ? Ne vous sentez-vous pas coupable de sa mort, d'une quelconque façon, puisque vous pensez que ce sont de vos ennemis qu'il s'agit ? Ou bien n'auriez-vous pas voulu vous tenir près d'elle avant que son dernier souffle ne soit rendu ? Je ne sais si vous étiez proche de votre sœur, et il serait peut-être important que je le sache. Si vous pouvez, après un instant de réflexion me répondre que ce n'est pas un sentiment de culpabilité qui vous étreint, et vous donne ces cauchemars chaque nuit, alors j'irai moi-même inspecter votre chambre, et demanderai à mes Frères de procéder à des rituels pour tenter de chasser l'esprit."

Il continua à faire les cents pas, et de par cette attitude et son visage fermé, il fit comprendre à la dame qu'il n'avait absolument pas fini.

"Aussi, si vous m'affirmez que c'est bel et bien à un fantôme que vous avez à faire, et non à un tour de votre esprit, alors il vous faut m'apporter d'autres éléments à votre histoire. Qu'est-ce qui vous fait croire qu'elle va vous faire du mal, avez-vous communiqué avec elle ? Ne voudrait-elle pas vous exprimer des regrets, ou tout simplement vous expliquer de quelle façon elle a été assassinée ? Si c'est bel et bien l'esprit de votre sœur, il vous faut me raconter ce qu'elle vous montre."

Kerwan s'arrêta soudain dans son travail d'enquêteur, et se figea, appuyé sur le dossier de sa chaise, debout, et faisant face au brasier, faisant face à la Comtesse. Il la fixa dans les yeux, ne cillant pas, et laissa retomber ses mots. Ni bienveillant, ni malfaisant, simplement neutre, mais bouillant intérieurement de ce masque qu'il portait. Oh, comme il aurait aimé exécuter des gestes déplacés, et jouer avec ce feu ! Il se mordit la lèvre inférieure.

"Ma Dame, prenez le temps que vous voudrez, mais soyez convaincue de ce que vous allez dire."
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Alicia
Meneuse
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MessageSujet: Re: Esprit es-tu là ?   Mer 22 Juil 2009 - 21:22

Le jeu de scène reprit dès que l’exorciste eut pu être certain de la finalité des paroles de la Comtesse. Alicia suivait des yeux cet homme semblant mimer chaque attitude avec beaucoup d’application. L’authenticité était-elle si visible ? La Meneuse observait à nouveau l’individu comme venant d’un monde étranger où la vérité et la sincérité faisaient foi tout à l’inverse de son monde à elle. Les pas de Kerwan étaient marqués, appuyant toujours plus l’attitude de réflexion intense, le tout sans une parole. L’exorciste ménageait son effet, la pensée qu’il s’apprêtait à livrer devait être lourde d’importance si l’on en croyait le dilemme que cette histoire évoquait en lui. Finalement les dires du frère tombaient parfaitement là où Alicia aurait pu les attendre : toujours cette question du mal intérieur ou extérieur. Question essentielle, il était indéniable que ces deux menaces puisaient à la même source leur noirceur : le passé.

Alicia n’intervint pas immédiatement, elle commençait à pouvoir prévoir les pauses et les soupirs de la musique jouée par l’exorciste. Celui-ci demanda des détails, mais l’histoire semblait si longue à la Comtesse qu’elle n’imaginait pas possible de donner des « détails » il lui faudrait commencer de la chute de la fille d’Odin jusqu’à la fleur enchantée qui fut à l’origine du vénéfice de l’ancienne Comtesse… Alicia ne s’emballa pas, gardant son clame elle décida de répondre au mieux à chaque question, une par une. Elle posa la tisane sur le rebord de la cheminée, puis, appuyant ses deux mains bien à plat sur la pierre à côté de ses genoux, elle prit une grande inspiration.


« Mon frère, n’avez-vous pas entendu ce que je vous ai dit à propos de ce fantôme ? Mon défunt mari, lui, est un regret et j’ai à son propos également de quoi m’en vouloir. Mais il n’habite pas mon sommeil, il ne me poursuit pas à travers mon reflet dans les miroirs du château, il ne m’insuffle pas la scène de sa mort à répétition. Et pourtant, il me manque bien plus que ma sœur, de laquelle – pour répondre à votre question – je n’ai jamais été très proche. Elle fut adorée par mon père et maudite par ma mère qui me préférait singulièrement. Je crois que ce qui nous a le plus écartée l’une de l’autre fut la mort énigmatique de mon père. Bref, un regret ça se ressent, un esprit ça se sent. Voilà toute ma pensée à ce sujet sans circonlocution. »

Alicia fixa Kerwan droit dans les yeux, ravala une gorgée de son breuvage rougeoyant de la lueur des braises timides du foyer, avant de penser à ce qu’attendait avidement l’exorciste, la sorcière n’en doutait pas : le déroulement de cet assassinat, ses raisons, et donc plus globalement toute l’histoire d’Alicia. Cette dernière déjà se perdait dans mille pensées, mille souvenirs…

« Cet assassinat se fit en vérité sans violence aucune, c’est après tout l’apanage des poisons, bien que celui-ci fut différent : nul besoin de le distiller, nul besoin d’obscur contenant, nul besoin de se méfier… Cette nuit-là ma chère sœur dormait sans le Comte parti quelques jours pour affaire, lorsque quelqu’un frappa à la porte : un messager encapuchonné dont elle ne vit pas le visage mais dont la voix féminine et chaleureuse la mit rapidement en confiance. La messagère lui confia une fleure de toute beauté soit disant cadeau envoyé par son aimé – romantisme en effet perpétré dans les habitudes du Comte attentionné -. Cette fleur avait pour particularité d’avoir un parfum mortel. Et c’est ainsi que ma sœur mourut : croyant respirer l’amour elle inspira la haine et expira la vie. »

Faisant une pose sur ses dernières paroles dont elle trouvait l’écho bien trouvé elle observa quelques secondes l’eau dans le gobelet en souriant poliment, comme pour dédramatiser le récit auquel elle savait avoir donné un tour tragique bien qu’un brin expéditif. Elle reposa ses émeraudes sur le jeune ecclésiastique avant de perdre petit à petit son sourire à mesure qu’elle replongeait dans sa mémoire glacée pour y prélever la suite des explications qu’il attendait. Elle se faisait presque esclave de sa volonté. Il fallait avouer que Kerwan semblait si gentil, véritablement à l’écoute. Et Alicia se sentait si seule ces derniers temps. Sans même pousser la réflexion engourdie par la fatigue les mots d’Alicia se mirent à narrer monotonement le fil des souvenirs que son esprit revisualisait en une succession d’images brumeuses et de murmures rauques…

« Vous voudriez savoir pourquoi cette fin pour la Comtesse, quel début pour quel développement, quelle cause pour quels effets ? À vrai dire ma sœur n’était en rien impliquée, si ce n’est par le sang qu’elle partageait avec moi. Elle fut l’innocente victime d’un conflit qui depuis des années dure entre deux clans à l’instar de la lutte éternelle et manichéenne entre lumière et obscurité. Tout commence dans la légende millénaire qui règne en ce lieu… Connaissez-vous le mythe d’… »

Soudain un bruit vif fit sursauter Alicia. L’eau qui avait continué à bouillir dans la marmite avait débordé sur les braises brûlantes dans un long et bruyant crachat de fumée, tel un avertissement surnaturel. La surprise sortit la Meneuse de sa torpeur. Se souvenant à peine des mots qu’elle venait de prononcer devant l’inconnu dans un état de semi-conscience elle eut un frisson d’effroi en le fixant de ses yeux écarquillés émettant presque une lueur de reproche : il avait failli la percer à jour. Un homme capable de si rapidement mettre une Comtesse sorcière en confiance ne laissait présager à Alicia que deux choses : il était doué, intelligent et donc dangereux. Alicia se ressaisit énergétiquement en retirant la marmite du feu. Elle se dirigea sans plus attendre vers la porte. Cet entretient avait déjà bien trop duré…

« Pardonnez-moi frère Kerwan mais je crains que la fatigue ne me fasse débiter des paroles sans grand sens. Veuillez m’excuser mais je vais retourner à ma chambre. Probablement nous reverrons-nous très bientôt… »

Alicia ouvrit la porte mais se retourna brusquement avec un regard qualifiable de taquin :

« Au fait, mon frère, savez vous ce qui est plus inquiétant qu’une oie protégeant sa couvée ? Plus inquiétant même qu’une prédatrice protégeant sa portée ? Une femme protégeant son enfant.

Bonne nuit… »


[Voilà ! Je n'allais tout de même pas tout dévoiler d'un coup ! =P Je pense cependant avoir donné suffisamment d'indices à Kerwan pour qu'il fasse de solides hypothèses, qu'il n'ait pas perdu son temps tout de même... Merci à toi en tous cas j'ai beaucoup aimé ce RP.]

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Kerwan
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MessageSujet: Re: Esprit es-tu là ?   Mar 28 Juil 2009 - 22:54

Nul doute possible, la dame venait de faire fondre sa protection, et voilà qu'elle était à lui. Tout en se disant que ça n'était pas trop tôt, Kerwan ressentit une sorte de soulagement, la sentant sombrer, petit à petit, dans les travers de son esprit. Un peu plus, et l'exorciste aurait fini par laisser tomber, après tout, la partie ne venait que commencer, et il était bien tard. La fatigue aurait surement gagné la partie, cette nuit. Au lieu de cela, Kerwan avait fini par convaincre la comtesse qu'il était un homme de confiance, et voilà qu'elle ne s'arrêtait plus de parler. Ses attitudes, tantôt tragiques, tantôt malicieuses ponctuaient ses paroles d'un charme indiscutable. Il la sentait à elle, comme toutes ses victimes. Il la sentait prête à le croire, s'il lui faisait une quelconque promesse. Il pouvait presque sentir son souffle froid, en détresse sur lui. Autant dire que l'exorciste était ravi.

La comtesse s'aventurait à présent dans ses propres histoires, et paraissait complètement sans défense. Complètement vulnérable. Kerwan laissa s'échapper un large sourire qui se figea sur son visage. C'était celui du conquérant. Fatigué, il ne faisait plus vraiment attention à sa manière d'être. Il n'avait pourtant pas bougé, toujours accoudé au dossier de sa chaise, fixant la comtesse d'un regard dévorant, brûlant du désir d'en savoir plus. Son visage avait quitté son masque de sympathie pour n'être plus qu'un faciès intéressé, voire même de prédateur, pour les plus impressionnables. L'esprit de Kerwan n'était plus qu'intéressé par ce que racontait la comtesse. Un conflit qui dure depuis des années ? Deux clans ? Une légende, un mythe ? Cela semblait fort intéressant.

L'exorciste manqua de jurer lorsque l'eau rappela à l'ordre la langue qui se déliait. Il n'en fit pourtant rien, mais enfila à nouveau son masque, se rendant soudain compte de son erreur. Il aurait voulu en savoir plus mais la dame ne semblait pas encline à en dire plus, et il aurait paru déplacé de demander plus d'informations à propos de cet égarement. Du moins, c'était en effet le cas maintenant, il serait toujours temps d'en reparler plus tard. Il soutint donc le regard que lui lançait la comtesse, ne pouvant toujours pas réprimer un sourire en coin, parfaitement neutre, celui-là, à l'instar de ses yeux qui brillaient de satisfaction. Il regarda s'enfuir précipitamment la petite souris, voulant pourtant la remettre dans ses filets. La chasse ne semblait pas terminée, mais c'était ce qu'elle semblait croire. Sa réaction trop rapide prouvait bien qu'elle en avait presque trop dit, et qu'elle avait fini par avoir peur de lui. Kerwan accepta la trêve en acquiesçant silencieusement. Il finirait bien par savoir ce qu'il en était.

Disons-le clairement, le frère ne compris pas clairement la menace que proféra la dame, mais elle semblait le voir comme une menace. Savait-elle seulement que pour le moment la seule priorité des exorcistes était de sortir vivant du traquenard tendu innocemment par le pape ? Savait-elle qu'il se fichait éperdument de l'enjeu politique que représentait son fils, mais que ce qui l'intéressait était ce qu'elle savait elle ?

"Je vous souhaite également une bonne nuit, ma dame, je vous reverrai certainement demain afin de voir plus en détail cette histoire d'esprit avec mes compagnons." fut la seule réponse qu'il donna à la souris avant qu'elle ne s'échappe, sur un ton plus courtois qu'il ne le fallait.

Kerwan regarda quelques minutes supplémentaires la porte se refermer, plongé dans ses pensées, se demandant ce qui était le plus important à présent, et de quoi parlait la dame. Mentalement absent, et dans un geste presque automatique, l'homme prit une nouvelle tartine, et, persuadé qu'il ne trouverait toujours pas le sommeil, l'exorciste pris néanmoins la direction de son lit, laissant en état la cuisine, rongé par les nombreux vices qui formaient sa vie : la chair, la curiosité, l'envie, l'orgueil et la gourmandise.


[ RP très sympathique et intéressant pour moi, merci beaucoup pour ce jeu ^^ ]
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