On dit que bien souvent l’amour fleurit la ou l’on s’y attend le moins... De cette affirmation, les deux jeunes demoiselles vivant dans cette humble masure en sont très clairement la preuve vivante. En elle-même, leur relation est déjà une offense à tous les sacro-saints principes érigés en valeur pieuse et chrétienne par la toute puissance de la religion.. Sans doute, seraient-elles cruellement condamnée à une mort certaine si des âmes bien pensantes venaient à découvrir leur secret. Pourtant, rien n’est plus beau à leurs yeux étincelant de bonheur sans cesse renouvelé, que ce qui se déroule chaque soir dans le secret du lit commun... Un secret terriblement dangereux, mais dont l’envoûtante beauté est sans commune mesure en ce monde étriqué ou elles ont eu le mauvais goût de venir au monde...
Daphné soupira... Un long et attendrissant soupir, dont elle seule semblait avoir le secret. Un soupir, auquel Juliette ne pouvait raisonnablement pas résister. Celle-ci abandonna alors immédiatement et sans regret la tâche qui l’occupait, afin de venir envelopper sa belle de ses petits bras remplis d’un amour inconditionnelle. La ténébreuse jeune femme s’abandonna alors doucement à la force de gravité, afin que sa tête repose pleinement contre le visage de l’adolescente à la chevelure cuivrée. Un nouveau soupir franchit alors les délicieuses lèvres de la jeune aristocrate, qui ferma tout simplement les yeux afin de se perdre dans le bonheur de ce simple contact rapproché avec son unique raison de vivre. Un sourire se dessina alors sur les lèvres de la rousse amante...Un sourire délicieusement tendre, qui précéda de quelques secondes la plongée de ces dernières vers le cou délicatement parfumé de Daphné. Un baiser câlin effleura le satin de la peau immaculée de l’autiste qui émit un léger gémissement en signe de satisfaction, tandis que sa main s’éleva dans les airs avant de venir, telle la caresse d’une subtile brise d’été, se déposer amoureusement dans le cou de la petite coquine qui lui procurait un bien-être sans égal.
Bien que cela fut matériellement impossible, le temps leur paru suspendre son vol éternel afin que dure encore et encore ce moment précieux... Tellement charnel dans sa réalisation et, paradoxalement, tellement onirique à leurs sens affamés de ces délicieuses et pourtant interdites sensations. Le genre de moment, qui n’appartenait qu’à elles et elles seules, et dont les deux amantes étaient incontestablement friandes. Le célèbre dicton dit : ‘’Vivre d’amour et d’eau fraîche...’’ Si cela se révélait exact, alors Juliette et sa jolie Daphné étaient, sans aucun doute possible et imaginable, nanti d’une inépuisable réserve nourricière que leur jalouserait immanquablement l’ensemble de l’humanité. De tels moments, aussi savoureusement intense, les deux jeunes filles en avaient déjà vécue bien plus que la plupart des contemporaines de leurs âges... Et elles avaient bien l’intention d’en vivre encore une infinité...
De sa petite voix délicate, à la musicale fragilité et au timbre nonchalent, Daphné demanda alors à sa petite merveille :
« J’ai envie d’aller me promener ma douce... Veux-tu que nous allions au marché.. ? »Sa main glissa alors lentement du cou de Juliette à ses cheveux, que la jeune femme emprisonna amoureusement d’une poigne délicate, afin d’appuyer encore un peu plus ces lèvres qui lui offraient ces sensations à nul autre pareil, contre la fine et tactile surface épidermique qui recouvrait son cou fin et gracieux et qui frissonnait avec délice à chaque attouchement buccale dont la petite rouquine lui faisait généreusement don. Entre deux baisers caressants, Juliette murmura à sa jolie Daphné :
« Tout ce que tu voudras... Tu sais que je ne peux jamais rien te refuser mon petit chaton... »Des mots... Aussi tendre, que les sentiments qui habitaient les cœurs de ces deux égarées perdues dans une ville qui, finalement, leur était toujours aussi étrangère en dépit des mois passés depuis leur arrivée... Mais que leurs importaient en fin de compte, puisqu’elles étaient ensemble... Avec un profond regret de part et d’autre, les deux amantes finirent par se séparer afin de se diriger ver la porte d’entrée de leur nid d’amour... Enfin, se séparer... Pas tout à fait car, malgré la nécessité de s’éloigner quelque peu, leurs membres ne purent se résoudrent à se détacher entièrement et c’est main dans la main que les deux amantes interdite, sœurs innocentes aux yeux du reste du monde, quittèrent la sécurité de leur maisonnée afin de s’offrir, une fois de plus, aux yeux de ce monde qui, s’il savait, les jugeraient si sévèrement...
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