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 Manoir Edelgard

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Constance Edelgard
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Jeu 16 Oct 2008 - 21:16

Avait-elle bien entendu ce que l'Inquisiteur avait soufflé ? Après tout, elle pouvait en douter ; Constance avait été très perturbée par les derniers mots qui avaient précédés, ceux évoquant la soeur « bien aimée » qu'était Agnès, bientôt en visite dans la ville d'après ce qu'il annonçait. Vouloir en faire son amie était peut être l'un de ces espoirs fous qu'avaient les hommes lorsqu'il présentait l'amante à la mariée... Comme s'il espérait qu'elles soient immédiatement confidentes, que leurs rires soient communicatifs, et qu'elles ne se quittent plus tant elles s'entendent à merveille. Songeait-il réellement que Constance Edelgard pourrait trouver quiconque portait jupons et bustier sympathique, alors que cette personne était plus proche de lui qu'elle ?

Pourtant, lorsqu'il chuchota ces quelques mots, sous couvert d'un souffle, la Duchesse entendit pleinement les sons. S'en émouvant en espérant ne pas paraître égale aux couleurs que prenaient souvent le Représentant de Dieu, elle accéda rapidement à sa demande tacite, venant le rejoindre auprès de la fenêtre, d'où la vue sur les jardins était splendide. L'éloignement des bougies les avait enrouler dans une pénombre étrange et lorsqu'il s'inquiéta de sa santé, Constance ne put que répondre, sans lui laisser le temps de terminer ses mots.

« Vous m'êtes vous aussi estimable, Christian, et je serais peinée si vous deviez réellement quitter le Manoir. » Elle marqua une pause, où elle observa durant de longues secondes les pelouses et les haies devenues anthracites et luisantes sous la lune et les étoiles. Déjà, elle se trouvait contre l'Inquisiteur, qui l'avait enjôlée de sa veste pour qu'elle n'ait pas froid.

Attention délicate, elle n'en demeura pas longuement gelée, et le manteau n'y fut pour rien. Il y avait la nuit, il y avait les ténèbres et il y avait cette proximité avec le jeune homme, tous ces ingrédients la rendant fiévreuse. Comme résignée à profiter de cet instant sans en emporter un autre trop rapidement, Constance eut un petit sourire, où sa malice naturelle apparut enfin.

« Comment pourrais-je avoir froid, avec tant d'attention, et vous si près ? » Pour appuyer ses dires, Constance mima un frisson gelé, qui à vrai dire était comédie, et qui n'échapperait pas à l'Inquisiteur, puisqu'elle souriait abondamment.

« Et vous, Christian, n'avez-vous pas froid désormais que vous êtes défait de votre veste ? »
Souffla-t-elle, en plissant les yeux, avec une once d'audace... la Duchesse appréciait d'avoir devant elle, que dis-je, contre elle, cet homme-là plutôt que celui qu'elle avait eue à rencontrer le matin même, ou la veille, et qui était si froid.

C'était le jour et la nuit...
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Christian Stue
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Sam 18 Oct 2008 - 12:43

Le jour et la nuit, deux faces d’une même pièce, d’un même tout, si contradictoires et pourtant si semblables, toutes deux illuminées par un astre flamboyant. Au fond, qui était-il ? Un inquisiteur froid à l’allure hautaine ? Un gentil garçon un peu bêta ? Qui se cachait derrière ce regard noir et vif, ces mèches ténébreuses qui se plaisaient parfois à tournicoter, ce manteau de chair, était-ce un ange, un démon ?
Audacieuse et piquante comme à son habitude, la duchesse se plaisait en compagnie du beau jeune homme et il le lui rendit bien par ces quelques mots…

« Restez près de moi et je n’aurai pas froid… »

Le rouge aux joues, la main chancelante, il avait enserré la taille de la belle d’un bras et l’avait attiré un peu plus à lui. Il s’agissait du second élan de courage dont il faisait preuve en une seule soirée ! N’était-ce pas un jour à marquer d’une croix blanche ? Et, n’avait-il pas raison de par ses dires ? N’avait-il pas un peu plus chaud à la tenir ainsi, la belle presque emmitouflée dans son flanc ? Que pensait-elle de ce geste des plus impolies ? De cette main d’habitude si froide qui se plaisait à laisser planer une once de douceur et de chaleur sur le tissu pourpre de sa robe, qui s’hasardait à faillir, prise par de légers tremblements de par une effronterie trop vive !? Que pensait-elle de ce bras qui s’était saisi d’elle comme une proie faible et fragile, serf d’un genre nouveau ? Préférant rejeter son regard au loin vers un point imaginaire, il n’était plus attentif de par sa vue aux mimiques de la belle mais tout son corps était en alerte, sur le qui-vive.
Prévoyant une autre boutade sur ses tremblements, sur la musique tonitruante de son cœur, il préféra retirer cette main qui passa comme une caresse sur sa hanche gauche. Bredouillant quelques mots, il ajouta…

« La nuit est claire…Les étoiles sont nombreuses, il est plaisant…de…d’observer le ciel par des soirs comme celui-ci. Mais…mais il se fait tard, je n’ai plus toute ma tête en cette soirée, je…allez vous coucher, ma bonne Constance, vous devez être fatiguée… »

_________________
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Constance Edelgard
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Sam 18 Oct 2008 - 13:41

La chamade qui avait gagné l'Inquisiteur n'avait en effet en rien échappé à la Duchesse, qui s'était amusée, intérieurement, à sentir contre elle les frémissements qui parcouraient le bras du jeune homme, tout comme elle sentait ce corps contre le sien qui était loin d'être gelé. Elle devait avouer qu'elle n'avait pas froid non plus : au contraire. Ce bras qui l'avait amené à lui, comme happée, sans qu'elle n'ait à s'opposer à cette attraction, l'avait surprise : Christian se faisait audacieux, et malgré les joues rouges qui étaient toujours un amusement attendrissant, il semblait ne plus craindre sa timidité habituelle...

Cependant, rapidement, il sembla revenir à cette attitude qui prenait le dessus le plus souvent, l'empêchant de poursuivre ainsi. Elle n'aurait pas souhaité le voir changer du tout au tout, mais rester si proche durant quelques instants aurait été plus agréable que ce replis stratégique dont il avait fait preuve. Désormais, il se contenter de bredouiller... Sa pudeur avait refait surface, Constance s'en trouva déçue, et ne souhaita pas d'avantage le laisser recommencer à reprendre son costume froid. Car à coup sûr, pour se protéger, il irait bientôt la congédier et se replongerait dans son personnage d'Inquisiteur hautain et glacial.

« Souhaitez-vous réellement que je m'en aille ? » Souffla-t-elle avec un soupire en se décollant du jeune homme, comme si elle obéissait sans broncher à ses demandes.

« Si c'est votre désir, je l'accepte, Christian. J'ose espérer que vous réussirez à passer plus de dix minutes en ma compagnie, demain. »

Elle fit demi tour, effleura la main du Représentant de l'Eglise, volontairement c'était certain, pour peut être le faire trancher sur son choix. Ce jeu de chat et de souris était plaisante, égayant une existence fade. Mais avec les inconstances de Christian, Constance se demandait réellement si autre chose qu'un pas en avant et un pas en arrière était constructif... Ce qui l'avait amusée depuis quelques jours commençait à la lasser. Il était touchant, elle se sentait émue lorsqu'il était proche d'elle, elle ne niait pas son envie farouche de l'ennuyer chaque fois un peu plus... Comme le souhait de connaître ses limites...

Constance le salua d'un signe de tête sans échanger de regards avec l'Inquisiteur, fit quelques pas dans la chambrée en se focalisant sur la porte, et, lorsqu'elle se trouva sur le point de quitter l'endroit, se tourna de nouveau, comme s'il lui était déplaisant de sortir.

« Je vous souhaite la bonne nuit. »
Fit-elle enfin.
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Christian Stue
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Sam 18 Oct 2008 - 14:35

Tu veux ou tu veux pas ? Jeu d’amants auquel ils se plaisaient tant. Un pas en arrière, deux pas en avant. Le duo arrivait toujours à cette même sensation. C’était si excitant mais aussi si lassant.
N’était-ce pas la source de tous leurs récents maux ? Ne devaient-ils pas s’expliquer clairement l’un et l’autre pour une fois et arrêter tout ceci ? Mais déjà une nouvelle équation prenait place, la duchesse ajoutait des inconnues, en simulant un départ précipité dû à la volonté de l’inquisiteur. Bouche bée de la voir se dérober si vite à son regard, clignant des yeux à répétition pour rassembler ses esprits, que désirait-il au fond ? Jouer cette même scène encore et encore, inlassablement jusqu’à la fin des temps ? Fuir devant la maîtresse des lieux ? Etre désagréable en sa compagnie ? L’éviter ? Aucune de ces solutions ne lui convenaient et alors qu’elle s’apprêtait à quitter la pièce, il détermina une autre approche de ce tortueux problème, il gagna rapidement la distance qui les séparait, la rattrapant.
Posant sa main sur cette menotte délicieusement féminine qui s’était emparée de la poignée de la porte, il était derrière elle. Son souffle rythmait le mouvement de quelques mèches folâtres au niveau de la nuque de la jeune femme, sa présence se faisait sentir, sa main se détacha à contrecoeur de celle plus fine de sa compagne et alors qu’il aurait du s’écarter, dire quelques mots pour expliquer sa conduite, ou encore s’excuser de cette impulsivité. Ses bras, véritables couleuvres, s’enroulèrent autour de la taille fine et gracile de la maîtresse des lieux, étau humain, il s’agissait d’un nouveau lasso dont les mains formaient le cadenas principal, ses doigts s’entremêlaient en une boucle de nœuds qu’il aurait été difficile de briser. Pouvait-elle sentir dans son dos, la poitrine du jeune homme se soulever et se comprimer par intermittences, son souffle délicat et haletant sur sa nuque, ses mains tremblantes au niveau de sa taille ? Sentait-elle les nuances de son parfum, saisissait-elle son trouble, comprenait-elle ses émotions, enfin partageait-elle ses sentiments ?

« …Restez….restez encore un peu, Constance… Je ne veux pas que vous partiez »

Ces quelques mots avaient été soufflés au niveau de l’oreille de la jeune femme, il n’avait été prononcé que pour elle, à peine plus légers qu’un soupir, ils étaient murmures.

« Restez si vous me supportez enc…encore… »

Heureusement que de sa position, la duchesse ne pouvait voir le visage du garçon qui avait viré au pivoine. Sa discrétion naturelle, sa pudeur, son orgueil étaient malmenés et il se sentait idiot de prononcer de tels mots.

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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Sam 18 Oct 2008 - 19:48

S'il y avait bien eu une réaction de l'Inquisiteur qui avait surpris au plus haut point la Duchesse, ce fut bien celle-ci. Certes, elle avait intimement espéré qu'il vienne courir jusqu'à son ombre, sur ses talons, qu'il lui avoue qu'il ne souhaitait pas réellement qu'elle parte, peut être qu'il tente de la toucher sans oser le faire...

Mais qu'il l'enlace ainsi, se collant à elle jusqu'à une proximité qu'ils n'avaient pas encore eu, et cette respiration haletante qui n'avait rien à voir avec la distance parcourue entre la fenêtre et la porte... Constance était troublée. Sa propre poitrine se soulevait avec plus de dispersion, comme affolée, malgré qu'elle ne tremble pas autant que le jeune homme.

Une sorte de sourde victoire l'avait assaillie, de même qu'une chaleur qui ne devait rien aux chandeliers si lointains. Cette main contre la sienne disparut mais elle sentait parfaitement les bras désormais autour de sa taille, notes de ténèbres que la chemise de l'Inquisiteur sur le carmin de sa toilette. Alors que les secondes passaient comme des heures, l'excitation d'avoir rencontré une limite de plus, d'avoir sauté une barrière supplémentaire apporta une nouvelle donne, terriblement moins affriolante.

La Conscience. Car avoir l'Homme d'Eglise dans son dos, en attente d'une réaction de sa part, qui viendrait sans doute rapidement, et qui serait sans doute bien plaisante pour les deux jeunes gens, amenait plusieurs questions dont elle redoutait d'avoir les réponses. Que se passerait-il ensuite et surtout, surtout... avait-elle le droit de l'encourager ainsi, voire de l'inciter plus encore à rester si près d'elle ?

Pourtant, malgré ces questions qui tenaient toute sa destinée, la Duchesse ne tarda pas à glisser ses paumes contre le dos des mains de l'Inquisiteur, venant jusqu'à introduire ses doigts sous le tissus des manches de l'homme, en frôlant la peau de ses avant bras. Sa peau était chaude, mais elle l'abandonna pour se tourner, lui faire face enfin, avec tous les risques que cela insinuait. La Morale lui glaçait l'échine, mais les bras de Christian étaient de bons remèdes...

« Je vous supporterai volontiers..»
Souffla-t-elle, son front dangereusement proche des lèvres de l'Inquisiteur, jamais elle n'avait été aussi proche des limites, saurait-elle s'arrêter à temps ? Désormais, elle voyait clairement de ses orbes noisettes le rouge au joue du jeune homme, le rendant encore plus attendrissant... Malgré que dans cet instant, il ne soit plus ce gentilhomme si timide, mais qu'il prenne une dimension bien plus virile.

« ... Si je ne vous importune pas à mon tour. »
Le souffle du Représentant de Dieu était contre sa peau, au niveau de ses yeux, comme elle se montrait plus petite que lui. Une question revenait sans cesse à son esprit, interrogation qu'elle chassait, mais qui gagnait du terrain... Si bien qu'elle ne s'entendit plus parler...

« L'Eglise me permettra-t-elle un baiser ? » Parler était un grand mot, elle avait chuchoté, murmuré, un simple souffle qui, malheureusement, avait été audible de par leur si douce proximité. Elle se rendit compte de ses mots, ceux-ci lui ayant échappés, elle songea les avoir pensé et ses lèvres avaient bougé malgré elle.

Ce fut son tour de changer de couleur, mais au Rouge Inquisitorial, la Duchesse y préféra un teint blême, d'une pâleur extrême qui la fit paraître comme défunte. Prenant peur de telles paroles, ce fut elle qui défit la chaîne des bras de l'homme, et le repoussa plus brusquement qu'elle ne l'aurait souhaité, comme paniquée. Les mèches s'échappèrent de leur lien et elle se trouva comme affolée, s'éloignant le plus possible de Christian comme s'il était un aimant trop attractif. Elle ne sut que dire, et ne put que répéter de déments « Pardonnez-moi, Pardonnez-moi... » confus, comme si elle se trouvait horrifiée de ses propres paroles.
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Christian Stue
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Jeu 23 Oct 2008 - 20:26

Marqué du sceau de l’incompréhension et de la déception, quelle devait être sa réaction ? L’inquisiteur voyait s’envoler sous ses yeux, ses rêves les plus fous, la promesse d’un amour impossible, l’échec d’une attraction inévitable ; lui, l’homme d’église, qui s’était avancé lors de l’appel de cette sirène, qui avait commencé la difficile épreuve de tendre ses lèvres, de fermer ses yeux et de savourer l’instant, ne pouvait-il pas ressentir un désastreux sentiment de frustration et de dépit en lui-même? Quelque chose en lui s’était cassé, là, subitement, Christian s’était figé, stoppé dans l’inlassable course du temps, immobile, inerte.
La duchesse avait brisé tout ceci de façon nette quoique confuse et imprécise, elle l’avait fait de manière involontaire en lui livrant un double tableau, l’un physique de part sa figure blême, ses traits féminins contractés par l’émotion, cette fièvre, cette agitation qu’elle connaissait à présent, elle l’avait même repoussé ! Et puis, comment devait-il prendre sa réaction ? Leurs entrevues, leurs discussions, leurs mots…Ces petits gestes, ces petits touts, ces petits riens. N’était-ce au final qu’un jeu qu’il ne fallait pas briser, un dangereux équilibre qui menaçait de céder au moindre choc ? Si l’on poussait plus loin les sous-entendus, n’y avait-il donc rien, rien à part l’excitation du jeu ? Devait-il se sentir trahi ou se reprocher sa propre bêtise insufflée par son cœur ? L’honneur de la maîtresse des lieux était sauf, le sien aussi, Dieu merci ! Ils n’avaient pas commis l’irréparable ! Cela aurait été folie que de s’avancer sur ce chemin improbable, il se devait de la remercier.
Encore sonné des derniers événements, Monsieur Stue finit par reprendre ses esprits, il chercha en premier lieu à se saisir des deux mains de Madame Edelgard à la manière d’un ami, d’un confident, d’un amant, mais retint son geste dans son élan, stoppant son initiative de peur de lui causer quelques fièvres malignes. Ses perles noires brillaient du bel éclat de l’amertume et de la déception qu’engendre un refus, scintillantes comme deux étoiles, il restait digne dans sa défaite et offrait même un sourire conciliant à la jeune femme, l’un de ses sourires que l’on sait forcer, une esquisse triste dans le but de la rassurer et de lui donner confiance. Beau diable que voilà, n’était-il pas encore plus attractif à ne pas montrer ses émotions, à garder un semblant de dignité. Enfin, il s’adressa en ses termes à Constance sur le ton de l’intimité.

« Madame Edelgard, il n’y a rien à pardonner, je me suis laissé aller à des caprices et c’est à moi d’excuser ma conduite. Je crois finalement que vous aviez raison, je ne peux rester plus de dix minutes en la seule compagnie de votre personne. Il se fait tard… Je suis fatigué, je vous remercie pour les tartines, c’était une charmante attention. Nous nous croiserons sûrement demain, je…vous souhaite la bonne nuit, Madame. »

Et, d’un pas mesuré, il se dirigea tel un fantôme jusqu’au plateau contenant les tartines et le lui tendit délicatement.

« Je n’ai pas très faim, peut-être feront-elles envie à quelqu’un ? Je peux les porter aux domestiques, si vous le désirez cela ne me dérange pas ? »

Cette fois, le ténébreux enquêteur ne soutint pas son regard, il était dans la position qu’était la sienne, servile mais pas trop, poli sans artifices, discret et sobre. Et ramenant le plateau à lui, d’une main leste il attrapa la liasse de papiers s’amassant sur son bureau et ajouta…

« Cela me permettra de faire poster mes lettres. »

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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Jeu 23 Oct 2008 - 20:59

La panique avait cessé, dès lors que Christian se fut montré plus calme... Il sembla que le voir réagir avec autant de sagesse et de flegme, suffisamment pour qu'il apparaisse comme compréhensif et courtois, empêche Constance de plus encore sombrer dans cette folle palpitation effrayée, terrorisée par la scène précédente. Mais alors qu'il avait parut vouloir s'approcher d'elle, déjà, il se paraît des atours sobres de ce masque vertueux et plus froid. Et la Duchesse ne sentit plus son visage reprendre des couleurs...

Dans sa tête, tournaient en boucle quelques mots qu'elle espérait ne pas avoir dit en même temps que le chuchotement qui avait brisé leur étreinte, des pensées injurieuses envers son époux, envers l'Eglise et envers Dieu lui même... Des songes trop honteux pour une jeune femme, et bien pire encore pour une femme mariée. Ses joues étaient telles celles d'un cadavre, et elle passa sa paume contre son front dans un geste précieux mais machinal, comme pour vérifier que sa peau se ne décomposait pas.

« J'ai... Je... J'ai pêché... »

Déjà, le plateau lui était tendu, il la congédiait... N'avait-il point raison en tous points ? Quel galanterie que de se réserver les tords de leur situation périlleuse, alors qu'elle avait chaque fois forcé l'Inquisiteur à plus de dangerosité malicieuse ? Constance ressentait l'amère piqûre de la culpabilité, et ne put réprimer des frissons terrifiés. Si bien qu'en réaction tout à fait absurde, elle ébranla l'équilibre, donna un coup de bras dans ce plateau tendu, faisant voler tartines, beurre et sucres, venant maculer les tapis soyeux des Edelgard. Mais elle n'en avait cure, déjà, Constance était à terre, agenouillée, cette joue laiteuse de frayeur contre le genoux du jeune homme, l'implorant comme une mendiante :

« Christian, confessez-moi ! »

Elle suffoqua et enserra de ses deux bras les genoux de l'homme, manquant de le faire tomber à son tour.

« Entendez-moi en confession, vous êtes Homme d'Eglise, si je vous dis tout, serais-je pardonnée ? Me pardonnera-t-Il ? »


L'idée qu'elle puisse, par ses pensées et ses mots, sombrer dans les feux infernaux la rendait fiévreuse, elle imaginait déjà son époux mis au courant de cet affront, la reniant... Elle songeait aux Religieux, à l'humiliation, aux regards des Bonnes Gens, au déshonneur, aux doigts tendus vers elle... A l'excommunication... Et, tremblante, elle serrait de toutes ses forces, comme un forcené, les jambes de l'Inquisiteur, sur qui elle laissait reposer ses espoirs salvateurs.

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Constance, la Bien-Nommée.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Sam 25 Oct 2008 - 14:57

Quelle ne fut pas sa surprise alors qu’elle faisait valser d’un revers de main le plateau et qu’elle se précipitait à ses pieds, encerclant de ses bras menues et faibles ses jambes pour apposer sa face prise de démence au niveau de ses genoux. Pour marquer cet événement inhabituel, cette crise de folie pieuse, les flammes des bougies vacillèrent, frémirent de ce nouveau rebondissement. En d’autres temps et en d’autres lieux, la réaction du bel inquisiteur se serait montrée différente. Comment réagir face à cette femme pour laquelle il s’était épris ? Que faire alors que la belle duchesse le suppliait de la confesser ? N’était-elle pas encore plus attirante ainsi, complètement sous sa coupe, sous son emprise, livré à ses mots ? Ses perles d’ébène exprimaient l’incompréhension, sa bouche légèrement rosée s’était entrouverte et son corps était communicatif de légers tremblements. Christian chercha à se libérer de cet étau de chair, en vain. Il n’aurait pu faire un pas sans se retrouver à terre, vaincu dans ce champ de tartines beurrées et sucrées. Désireux de la calmer, d’apaiser ses souffrances, de lui prodiguer quelques soins de l’esprit, il entreprit le douloureux périple de la relever pour qu’elle se dresse en face de lui. Alors qu’il aurait voulu que le son de sa voix se fasse assuré, son ton feutré, son panache retrouvé, il en fut tout autre…

« Ma…Madame Edelgard, je vous en prie, relevez vous ! …Je… Constance, relevez vous, cessez tout ceci.. »

Les menottes de l’homme cherchèrent à agripper les flancs de la belle pour lui imposer sa volonté, caressant par inadvertance des morceaux de cette belle personne et le tissu de sa robe. Un échec de plus et alors qu’il poursuivait son effort avec la maîtresse des lieux, l’enlaçant d’une bien étrange façon ; parade des plus surprenantes, ce qui devait se passer, arriva et ils tombèrent tout deux à même le lit. C’était encore à son tour de se trouver au dessus de sa personne, à croire qu’il prenait le malin plaisir à se retrouver sous elle et à la faire chuter. Les lois du magnétisme sont infinement complexes mais étaient-ils comme deux aimants, tantôt se repoussant, tantôt s’attirant ?
Cherchant à faire taire la course de son cœur, il inspira profondément à plusieurs reprises comme une jeune fille souffrant d’asthme. Le visage de Constance lui faisait ainsi face, ses petits yeux noisette, ses lèvres létales et délicates, la finesse de son nez, et les formes de ce corps féminin épousaient celles de son partenaire masculin.

« Madame… Madame Edelgard, je ne suis pas à même de vous confesser. Je…Je ne suis pas prêtre, levez vous s’il vous plaît… Levez vous s’il vous plait. Je suis un homme de Dieu mais… »

Vif émoi dans lequel elle le mettait, il ne savait plus où donner de la tête et ils auraient pu paraître aussi fous l’un que l’autre. Il poursuivit le fil fébrile de son discours.

« Je…je veux bien entendre votre confession mais ne serait-il pas plus sage de la faire à un autre que moi ? Je… Quoique que vous ayez fait, Dieu est amour et vous pardonnera si vous le souhaitez sincèrement… »

Croyait-il vraiment à ses dires ? Fâcheuse question, en cet instant, il voulait la rassurer…

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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Sam 25 Oct 2008 - 16:02

Il ne fallut pas plus de quelques secondes pour que la folie pieuse de Constance ne s'évanouisse, au profit d'une émotion nettement plus ardente. La voici désormais sous l'emprise d'un cœur qui battait si fort que ses tempes résonnaient des tambours de ce bel organe, et elle se trouvait si proche de Christian, qu'elle avait presque l'impression d'entendre le cœur de l'Inquisiteur lui répondre. Douloureuse atmosphère que celle qui se créait, entre les deux jeunes gens, comme un pas entrainait chaque fois une catastrophe supplémentaire, et chaque mot était source d'une nouvelle émotion.

Mais les actes, Dieu, qu'ils sont plus parlants. La Duchesse ne pouvait nier observer, d'un oeil encore aveuglé des péripéties passées, le visage du jeune homme, et déjà souffrir de cette chaleur que produisait leurs deux corps réunis. Chercha-t-elle à se défaire immédiatement de cette étreinte hasardeuse, ou mit-elle un temps fou avant d'ordonner à ses bras de faire quelques mouvements ? Il lui sembla juste qu'elle prit le temps de se calmer, malgré que de minute en minute, rien en elle ne parut devenir serein. C'était comme une surprise que l'on espérait secrètement, sachant qu'on ne l'aurait pas, mais l'espérant tout de même d'un espoir fou, et qui soudainement, prend le dessus.

L'Inquisiteur la troublait, mais Constance demeurait forte des jeux qu'ils avaient entrepris, si bien que paraissant halletante, elle n'en fut pas moins capable de s'exprimer comme elle le souhaitait, d'une voix éraillée par la chute et les prières d'avant, loin de ressembler à une jeune demoiselle émue par la proximité d'un homme, loin de rougir, mais tout de même frémissante et blême. Elle songeait qu'elle avait dépassé cette limite, tout à l'heure, qu'elle avait peut être évité le pire en reprenant conscience des dangers de ses actes et de ses pensées, et désormais, envolées des Confessions, envolée la Raison, envolée la Culpabilité. Ses mains glissèrent le long des flancs de l'Inquisiteur, prétextant sans doute, de vouloir le relever...

« Je consens à me relever, Christian, mais vous voilà une barrière que je ne saurais soulever... »

Avec une pointe de malice, Constance avait ouvert la bouche, et elle appréciait désormais, l'expédition de ses paumes contre les vêtements du Représentant de l'Eglise. C'était-elle fait une raison, estimant que Dieu lui même s'amusait à les tenter ? Une question lui vint à l'esprit, comme une provocation...

« Songez-vous qu'il faille repousser sans cesse les tentations au risque d'en devenir fou et de succomber au Malin, plutôt que s'autoriser quelques déviances pour rester sain d'esprit ? »

Et, repensant à la confession, Constance eut à faire de nouveau aux sentiments moins agréables de Culpabilité et de Crainte de l'Enfer ; Elle était sincère, et ne cherchait pas réellement à provoquer Christian, désormais, bien qu'elle affectionne tout autant cette position si évocatrice, appréciant cette proximité inespérée, et ne donnant suite à ses mouvements de rejet, en les transformant en de simples caresses, passant pour quelques tentatives de se relever...


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Christian Stue
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Sam 25 Oct 2008 - 20:11

Souvent femme varie. Cet odieux proverbe manifestant l’inconstance du beau sexe prenait des allures de vérité en la présence de la duchesse. Constance passait d’un visage à un autre, sa panoplie de masques s’étoffait au fur et à mesure du temps et de leurs entrevues. Quelle nouvelle figure allait-elle lui imposer ?
Oh, ce cher Monsieur Stue n’était pas non plus avare de défauts, sûrement dû à la présence de quelques fibres féminines dans sa personne, il passait du chaud au froid, du froid au chaud.
Mais, parfois, un froid extrême peut brûler davantage que la plus chaude des flammes.
Les menottes délicieusement attentionnées de la maîtresse des lieux flattaient les flancs de cet homme ténébreux et malgré l’engourdissement provoqué par ce simulacre de rejet, l’inquisiteur se redressa avec prestance pour s’asseoir sur le bord du lit. L’aidant à faire de même, l’enquêteur en profita pour capturer la main de cette femme pendant quelques minutes avant de la relâcher comme si de rien n’était. Peut-être ne voulait-il pas rompre le doux et chaud contact de la jeune femme ? Ne l’avait-elle pas brossé dans le sens du poil ?


« Je crois que…qu’il arrive à tout le monde de faire des erreurs de temps en temps. »


Il avait déporté son attention sur le parquet et les tapisseries recouvertes de beurre et de sucre avant de croiser de nouveau le regard de cette capricieuse. Avait-elle noté que la figure de ce jeune lion s’était approchée de la sienne, tout en fixant ses lèvres ? Oui, sa bouche pulpeuse à souhait. Désirait-il un baiser ? Plusieurs même ? Pourtant au dernier moment, seul un soupir s’échappa des lèvres de Christian et il se leva pour couper court à cette pesante intimité qui s’était installée.
Puis cherchant à reprendre le fil des événements, le lion, tout en lui tournant le dos, s’exclama :

« Que…que vouliez vous confesser ? »

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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Dim 26 Oct 2008 - 18:42

Elle avait tant crut en ce regard, vibrant et intense, fixement posé sur ses propres lèvres, ce regard sombre et pétillant pourtant de mille constellations désirables, deux perles qui admiraient la bouche de la Duchesse dans un instant suspendu et hors du temps… Elle aurait presque clos ses paupières, sentant venir à elle le souffle du jeune homme, s’imaginant déjà quel goût l’Inquisiteur pourrait avoir, quelle sensation elle pourrait découvrir au contact de leurs bouches… Constance allait fermer les yeux en attendant ce baiser prometteur, tant persuadée qu’il viendrait désormais, assurément, en oubliant les hurlements terrifiés de la Foi, enfouie, et de sa Raison, bâillonnée … Mais rien. Pas de baiser, pas d’effleurement même, ni de souffle mélangés. Elle ne put apprécier qu’un soupir, comme résigné et douloureux, que déjà Christian se redressait pour la libérer de son poids qu’elle supportait avec attrait.

Il s’était installé dans une position assise, la laissant libre de se relever à son tour, l’y aidant dans un geste courtois, et il semblait déjà à la Duchesse qu’elle venait de rater, encore une fois, une sorte de plaisir qui ne lui serait jamais accordé. Les deux Raisons des jeunes gens, aiguisées et fortes, réussissaient toujours à dissuader leur cœur et leurs envies, au dernier instant avant la chute… La Capricieuse Constance se demandait si, réellement, si cette Conscience pourrait à jamais lui voler ces instants tant chéris, dangereux et fatals, certes, mais tant espérés.

Car elle ne se cachait plus la vérité, désormais : Elle souhaitant rester près de Christian, l’Inquisiteur l’intriguait et l’attirait, devait-elle réprimer ses volontés ? Certainement… C’est pourquoi elle sembla, comme lui, soupirer de n’avoir pas eu la force d’assassiner sa Bonne Conscience, et sachant pertinemment qu’il devait avoir raison, en stoppant ainsi une situation bien périlleuse, la Duchesse s’assit à son côté saisit la main du Représentant Ecclésiastique, comme il avait lâché la sienne trop tôt, trop vite à son goût, et sous couvert d’une Confession, la serra contre elle.

« Ignorez-vous réellement les méfaits que j’accomplis, Christian ? Il me semble que ma conduite fut des plus déshonorantes, pour mon nom et pour mon Epoux, depuis que vous avez franchis les grilles du Manoir. Comme je n’ai cessée d’être intriguée par votre personne, comme je vous ai donné toujours la réplique de façon bien impolie, et comme je vous ai offert parfois, des situations que n’auraient dues être. »


Elle baissa les yeux. Sincère, Constance l’était, bien qu’on doute toujours de sa capacité à dire la vérité, tant elle savait mentir. Et bien qu’elle ne paraisse pas énormément véridique, l’Inquisiteur ne pouvait ignorer la pression qu’elle imposait à sa main, comme gage de sa sincérité.

« Rappelez-vous comme je vous ai permis de nouer les rubans de ma toilette, pensez-vous qu’il s’agisse d’une attitude admirable, pour une femme ? Je vous confesse avoir apprécié cet instant, et j’en suis désolée. Pourtant, vous avez chaque jour cherché à vous soustraire de ma présence, comme vous sachiez quelle tentation je représentais, et j’attisais volontairement. »

Elle sentait en elle, la coupable sensation des assassins, et l’admirable ardeur des amoureux. Comme une bataille acharnée, tantôt l’une prenait le dessus, et tantôt l’autre abdiquait… Et donnait à sa fois des modulations à la fois plaintive et gênée, comme des ondulations convaincue et fougueuse. Se remémorer cet instant passé durant lequel l’Inquisiteur avait été si proche d’elle, nouant les fins cordons qui retenait sa tenue, la rendait à la fois ardente et responsable du pire des pêchés. La confession reprit…

« Dieu me pardonnera-t-il d’être attiré par un autre homme que mon mari ? »

Finit-elle par avouer, presque rougissante, malgré que son regard, revenu sur le visage de Christian, l’admire avec un regard flamboyant, en déclaration fougueuse qui semblait sans peur, sans reproche et sans limite. De cette conviction digne des femmes, de l’affirmation qu’elles auront, toujours, le pouvoir de gouverner les cœurs malgré leur position si basse dans la société…

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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Dim 26 Oct 2008 - 20:48

Monsieur Stue avait retrouvé sa place aux côtés de la duchesse, ils étaient, tout deux, assis sur le bord du lit. La maîtresse des lieux avait capturé sa main dans la sienne et la serrait contre sa personne. C’est ainsi que la confession débuta…

"Ne dites plus un mot, Madame Edelgard, je vous en prie..."

Ces deux noisettes vinrent à la rencontre des orbes opaques du garçon, pouvait-il prendre le pouls de la capricieuse, sentir la détresse dans laquelle elle se plongeait ? Les mots défilèrent, déchirèrent le silence, s’élancèrent dans les cieux. Le grand final ne tarda pas, la bouche rosée et appétissante de l’inquisiteur s’entrouvrit dans un plissement subtil, son teint se fit plus vif et emporté pour revêtir une robe écarlate. Devait-il oser ?

Et voila, le clou du spectacle commence. Effleurant tout d'abord sa lèvre supérieur, Monsieur Stue revint à l'attaque tout aussi calmement, cette fois-ci prenant sa lèvre inférieure entre les deux siennes, humectant au passage cette peau si jolie et délectable, sa main droite grimpant délicatement jusqu'à son cou. Cette peau si douce, si tendre, si appétissante ... Comme le glaçage d'un gâteau qu'on hésite à entamer tellement il est joli mais qui donne tellement envie de le croquer ... Se reculant d'à peine quelques centimètres, comme pour se rendre compte de ce qu’il venait de faire, il laissa sa respiration s’emballer, sa main toujours présente dans le cou de cette femme si envoûtante.
A la vérité, il ne put se séparer bien longtemps de ses lèvres… Laissant encore une fois sa bouche frôler la sienne, ces langues se happant doucement mutuellement, jouant sans se lasser... Il désirait prolonger cet unique et premier baiser qui se poursuivait dans un roulis coulis insensé, et, incessant de langues, et, bouches. C’était une étreinte tendre, mais où la fougue n’était pas absente, loin de là !
Pour pouvoir mieux incliner la figure de sa partenaire à sa convenance, sa main droite se perdait en frôlements brûlants sur sa gorge, faisant rouler chaque once de peau sous le passage de ces doigts ; quant à la gauche, elle était aux prises avec les bras de madame Edelgard. L’avait-elle conquis par ce baiser ? N’était-ce pas sa propre initiative ? Troublé, confus, envoûté, Christian rassemblait ses propres pensées dispersées au bon gré de Constance. Avait-il été tendre ? Vite, il fallait retirer ses mains de ce corps si gourmand pour ne pas être tenté d’aller plus loin ! Qu’était ce que cet écho pesant et ahurissant, son propre cœur ? Son cœur de glace ? Impossible ! Cette femme soufflerait-elle le chaud ou le froid à présent sur son être, régnerait-elle avec prestance et charisme, et lui prêterait-il milles et une grâces ? Se dressant quelque peu brusquement, Monsieur Stue s’arrêta subrepticement, détournant le regard… Il avoua avec une honte et une gêne visible alors qu’un grand trouble l’agitait..

« Je ne sais pas ce qui m’a pris…Je..je me suis emporté, je n’aurai pas dû… Je ne désire plus paraître devant vous, puis-je vous demander de partir, madame Edelgard ?
Je prendrai congé dès demain matin du manoir, j’irai loger en ville. »


Et, oubliant la fougue et la passion des derniers instants, il ne lui imposa plus qu’un mur froid, glacial par sa présence, mais encore tout asticoté de ce qui venait de se tramer.

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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Dim 26 Oct 2008 - 22:19

Oh, quel instant éternel il se passa ensuite. Comme elle n'avait pu envisagé qu'il se montre aussi audacieux, et comme elle avait espéré pourtant qu'il le soit. Elle qui le songeait l'ancre profondément solide au sol, ramenant toujours ce qu'il y avait de raisonnable pour les empêcher de faire bien des affreuses choses. Et comme Constance crut s'évanouir, chaque fois que Christian revenait apposer ses lèvres contre les siennes. Qu'elles furent douces, ces minutes passées, et intenses à vivre. Quelle eut chaud, quelle fièvre la gagnait chaque seconde plus encore, si bien que Constance découvrit la déchirure de ce détachement soudain comme un bris de verre.

Quel horrible sentiment, que celui de le voir s'éloigner, que trouver ses lèvres si lointaines, elles qui n'étaient plaisantes que lovées contre les siennes. Mais alors qu'elle s'approchait déjà, goulue, pour réclamer de nouveau un baiser, comme on ne sait résister à l'attrait d'une gourmandise acidulée, comme on ne peut boire qu'une gorgée d'un vin sucré, l'Inquisiteur se lève, prend la parole et réclame le départ imminent.

La gorge asséchée de leur échange et de cette fièvre, la Duchesse se sentit frémir: il semblait plus sérieux que jamais, et cette froideur dont il faisait preuve habituellement lorsqu'il disait ces mots, tant répétés, la rendirent blême de nouveau. Ses joues laiteuses tremblèrent alors qu'elle parlait, se levant d'un bond pour le contredire avec une voix vive d'émotion :

« Oh, Christian, allez-vous me laisser désormais que vous m'avez voler tant ... tant de... délice. »

Elle se sentit rougir comme une jeune fille et, reprenant bien vite le dessus, et son caractère capricieux s'imposant de nouveau, Constance fit une moue déçue, et parut sur le point d'exploser d'un instant à l'autre des injures grandioses dont elle savait faire exercice. Mais pourtant encore changeante, au dernier instant où elle ruminait quelques mots indescriptibles, la jeune femme se transforma en l'implorante demoiselle qu'elle avait jadis était, alors qu'elle le suppliait.

« J'ai conscience que tout ceci n'était qu'un égarement. Il serait imprudent d'espérer quoi que ce fut d'autre qu'une simple parenthèse, Christian, et je comprends que ... que vous souhaitiez ne plus être tenté de m'approcher, pour notre salut à tous deux. Dieu nous pardonnera, je l'espère, d'avoir oser enfreindre quelques lois morales, j'irai dès demain faire ce qu'il faut pour expier ma faute, à l'Eglise. Prenez congés dès vos affaires empaquetées, mais je vous conjure de me communiquer le lieu où vous logerez. »


Elle acquiesça soudain, comme pour appuyer ses dires. Voici qu'elle avait succombé aux appels de sa Conscience, et qu'elle récitait un discours qui la choquait elle même, mais qui était certainement le meilleur à adopter. Avoir l'Inquisiteur sous son toit était une constante tentation, une envie la poussant à sans cesse le voir ou le provoquer. Fallait-il grandir cette fois, et ne plus jouer à l'enfant, en le laissant quitter le Manoir, pour ne le revoir que rarement ?

Peut être était-ce mieux ainsi, en ne le voyant que de rares occasions, ou dans un lieu public, Constance n'aurait plus à esquisser ces sourires audacieux, et n'aurait plus à se montrer si ambitieuse devant lui.

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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Lun 27 Oct 2008 - 17:46

Ses pupilles opaques, dévoreuses de lumière, noir corbeau, ne s’étaient pas portées sur cette duchesse aimante depuis l’incident, rivées sur la nuit, elles ne venaient qu’à peine de se déloger pour répondre, soutenir, combattre, un regard plus clair, charmant, et vivant. Tremblant de ces dernières résolutions qu’ils avaient prises, le silence s’éternisa dans la petite chambrette. Ce n’est qu’après un long moment que Christian consentit à laisser s’échapper quelques mots de cette bouche si tentante. Paroles vibrantes que voilà !

« Madame Edelgard, je ne sais s’il serait judicieux que je vous communique le lieu de ma retraite. Nous devrions cesser tout rapport, vous le savez, et . . . nous devrions faire cela dès maintenant. »

Victime d’une agitation visible, d’une de ces pénibles maladies des nerfs, son discours ne se prolongea point. Soutenir le regard noisette de la maîtresse des lieux lui était un exercice pénible, les yeux sont-ils le reflet de l’âme ? Une fenêtre ouverte sur nos pensées les plus inavouables ? Qui sait ? Que lirait-elle dans ces puits sombres, devinerait-elle ses doutes, verrait-elle ses faiblesses ? Quant à elle, Constance Edelgard, la duchesse lui offrait l’une de ses nombreuses figures changeantes quoique adorables.
Le bel inquisiteur préféra couper court à cet échange et rompit le contact visuel de peur de se laisser aller à quelques faiblesses propres aux femmes. Pourtant, son cœur battait à tout rompre, sa respiration se faisait haletante ; alors que sa gorge restait nouée, il aurait voulu ajouter des paroles plus éloquentes, trouver des mots plus justes mais pourtant rien ne sortit.
Encore tout honteux de son comportement odieux et irrespectueux, cet homme hautain trahissait ses réelles envies par l’effleurement léger de son index sur sa bouche, tentative d’investigation pour retrouver le souvenir de ce goût sucré ?
Puis se reprenant il s’avança d’un pas décidé en direction de la capricieuse. Ses propos devinrent murmures, le ton de l’intimité était proféré, il était tremblant, son souffle se faisait haletant…

« Madame Edelgard… Constance… Si seulement, les choses étaient différentes…Si seulement…»

Et avec une nouvelle appréhension, les lèvres de l’homme s’imprimèrent sur le front de la belle, dévalant les pentes de son visage, elles appliquèrent de nouveau leurs attentions sur sa joue droite, gagnant du terrain sur le coin de ses lèvres pour se déposer avec chasteté, dans de petites applications successives sur la bouche létale et gourmande de Constance. Les menottes de l’inquisiteur avaient pris possession de la gorge gracile de la duchesse, collier de chair ciselant à merveille les traits de celle-ci. Et ne pouvant se passer bien longtemps du contact de cette bouche, comme par manque d’oxygène, les lèvres masculines revenaient avec la hâte du désespoir…

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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Sam 1 Nov 2008 - 12:05

Constance avait pourtant cru que l'Inquisiteur aurait recouvré la Raison, lui d'habitude si enclin à briser les uniques instants où ils défaillaient tous deux. Mais cette fois, comme si aucune force n'était en mesure de les porter à plus de quelques centimètres l'un de l'autre. Et ce contact qui électrisait ses sens, qu'elle ne cherchait pas à défaire, qu'elle attisait par sa fougue... La Duchesse frémissait de ne savoir l'arrêter, incitant le Représentant de l'Eglise à ne jamais cesser.

Ses bras s'étaient enroulées autour de la taille du jeune homme, comme l'enfermant avec une force toute relative mais inconditionnée. Constance en aurait oublié l'heure tardive, le Manoir Edelgard et tous ces détails qui rendaient leur entrevue si interdite, si excitante... Jusqu'à ce qu'elle entende d'autres sons, autres que les battements de leurs deux cœurs à l'unisson, ou le souffle chaud de Christian sur sa peau, autre que le bruit de leurs pas confus lorsqu'ils s'étreignaient.

Les sons se rapprochèrent, la Duchesse songea qu'en serrant plus fort encore l'Inquisiteur, ils se dissiperaient et la nuit leur serait accordée. Quelques heures suffiraient, le temps s'arrêtait lorsqu'elle confondait ses lèvres à celle du beau ténébreux, pourquoi se priver d'une parenthèse... Ne fallait-il pas, succomber à une mince perversion, de peur de ne devenir fou par la frustration ?

Des pas... Des pas approchaient. Une décharge violente parcourut son échine, Constance décolla sa bouche de celle de Christian, plaqua son index contre ses lèvres et imposa le silence à son amant. La respiration haletante, mélange de cette ardeur dévorante et de la terreur que procurait cette situation, elle ordonna dans un souffle.

« Faites vos bagages. » Aussitôt, elle colla son oreille contre la porte, et reconnut sans mal le pas de la petite Lison. Soulagée, Constance craignait réellement que son époux ne veuille lui souhaiter la bonne nuit et ne se soit déplacé jusqu'à sa chambre... Mais Lison était un moindre mal. Elle permettrait à Constance de mettre au point une solution qui puisse paraître crédible pour que Christian quitte le Manoir, comme il le souhaitait...

L'instant si magique était clos, et elle maudissait Lison pour cette intrusion diabolique, pestant intérieurement contre elle, encore une fois. Déjà, elle entendit la porte de sa chambre grincer, signe que la Domestique y pénètre, sans doute la cherchant... C'est à cet instant que Constance sentit son rythme cardiaque s'accélérer : elle haussa la voix, un timbre dur et outré, alors qu'elle dévorait des yeux l'Inquisiteur.

« C'est assez, Monsieur ! Je ne veux plus voir ! »Hurla-t-elle, si bien qu'en quelques secondes, la Duchesse avait tendu les lèvres, avait volé un baiser à Christian, lui avait soufflé un « Allez à l'Auberge » à la volée, et avait quitté les lieux précipitamment, ces deux billes noisettes pleines d'étoiles, et un sourire aux lèvres...

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