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 Eucharistie II

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Conseiller de la Suprema
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MessageSujet: Eucharistie II   Jeu 18 Nov 2010 - 23:31

Sarah Geisler bouillonnait littéralement d’impatience, elle avait quasiment hâte de sauter sur un cheval et de cravacher sec jusqu’à retrouver une ville, le soleil et une robe. Une robe ! Elle ne détestait pas ce vêtement dans son adolescence, mais là, il lui semblait quasiment vital ou nécessaire. Au diable ces cheveux courts, elle avait oublié récemment de les recouper, et elle trouverait bien une histoire pour justifier ceci ou cela… ou alors elle se rendrait droit chez les Geisler pour tout leur raconter et elle n’aurait même pas à se soucier de son apparence déguisée.

Pas de gants, pas de capes, juste une cheval et des bottes lui suffiraient, et elle était déjà en train de s’envoler en dehors de la cathédrale. Elle dut quand même attendre de saluer tout le monde une dernière fois, comme un véritable chef, mais dans ses paroles et ses poignées de mains, une seule chose passait : faites vite, sortez vite ! Le dernier homme de main remit son chapeau sans la saluer en lui décochant un regard noir et partit vers la porte. Sarah Geisler jeta un coup d’œil circulaire et rapide à l’ensemble de l’église de Zetting, sans aucun regret, et sortit d’un pas martelant.

Sur le parvis, les inquisiteurs un peu laissés à eux même se regroupaient en groupes de tailles moyenne, six ou sept personnes, certains en se tenant par les épaules allaient droit vers la taverne, d’autre se promettaient de rester toujours en contact. Instinctivement, elle trouva son fils et Mattea –Non, Cassandra– échanger quelques mots. Malgré sa hâte de partir, elle avait quasiment l’obligation de les rejoindre. De toute façon, il fallait prendre des provisions, charger les affaires, tout ceci prendrait une petite heure. Nancy était vers l’ouest, elle regarda l’air rêveur dans cette direction, qui correspondait grosso modo au coin de l’église qui était à sa gauche.

Le vent fit voleter une feuille de papier poinçonnée à la porte. Considérant que l’arbre sur lequel était cloué toutes les annonces publiques était à cent pas, c’était tout à fait inhabituel, et d’assez mauvais goût. Pris soudain d’une curiosité irrépressible, Sébastien Garin marcha jusqu’à la porte, arracha la feuille, et lut.

Il lut.

Et il pâlit.

Du blasphème pur et simple, des phrases qui portaient la marque d’une malédiction, d’un homme qui avait renoncé à porter le nom d’humain. Sébastien Garin n’était pas le plus fanatique des soldats de Dieu, mais il savait qu’il avait le devoir de ne pas laisser prononcer de tels discours, et s’il ne pouvait arrêter l’auteur et lui demander de s’expliquer sur le champ, alors il avait le devoir d’enquêter pour retrouver cette aberration ambulante. Ceci primait sur tout les ordres de démobilisations du monde, est ce qu’un soldat a le droit de partir de l’armée alors que tonne de nouveau le canon ?

Affolée, Sarah Geisler tenta de voir si elle ne pouvait pas escamoter cette lettre, faire comme si elle n’avait jamais existé, dissimuler ca comme un oubli, une négligence. Le pire, c’est que c’était elle qui l’avait remarqué, décrochée et lue. Personne d’autre ne l’avait rapportée, et personne d’autre ne l’aurait rapporté avant peut être une heure. Mais tout n’était pas perdu, si elle était la seule à la connaître, elle pouvait se défiler vite avant que l’affaire n’éclate. Lorsque la rumeur se répandrait, Sébastien Garin pourrait déjà avoir disparu au profit de Sarah Geisler. Elle plia la lettre fébrilement et la rangea dans une poche intérieure de sa veste en tremblant.

« Vous aussi vous l’avez lue ? »

Sébastien Garin sursauta et poussa un cri de frayeur. Le bedeau de l’église de Zetting, un homme gros et laid, quoique la gentillesse se peignait en permanence sur son visage, était à un mètre derrière Garin et le regardait fixement.

« J’sais point vraiment lire, mais le gaillard qu’à placardé c’te machin avait pas l’air net oh ca non. Pendant que vous étiez en train de passer face au moine, j’l’ai r’gardé, et j’ai juste su lire la signature : Agent du Diable. Dites m’sieur, il y a écrit quoi en vrai ? »

A moins de tuer le bedeau, Sébastien Garin n’avait plus le choix désormais. Il lutta contre les larmes en ressortant le morceau de papier. Ce papier qui signifiait son enfermement juste après avoir connu les premières sensations de libertés… Il inspira un grand coup et descendit les marches vers le parvis en se donnant une attitude martiale qui ne pouvait masquer sa faiblesse.

« MESSIEURS ! MESSIEURS ! »

Sa voix faillit se casser sous le coup de l’émotion. Sarah Geisler se maudit d’avoir autant de mal à jouer ce rôle haï. Alors que les autres inquisiteurs se retournaient vers elle pour se demander ce que le chef pouvait avoir à dire, elle se donna une ultime impulsion pour se condamner une nouvelle fois à vivre comme un homme. Elle sentit qu’elle n’y arriverait pas.

« Je vais vous lire une lettre qui vient d’être placardée sur la porte, que nous n’avons pas vu premièrement dans l’euphorie du départ. »

En faisant des efforts surhumains pour contrôler sa voix, Sébastien Garin lut la lettre de l’agent du diable, toute la lettre. Les légers trémolos dans la voix pouvaient laisser penser que le Second bouillait de rage face au discours de ce paien. En fait, Sarah Geisler bouillait de rage que ce paien la prive de tout échappatoire. De la tristesse et de la rage, elle passa à la haine contre ce personnage, elle lui ferait payer chèrement de l’avoir ainsi privé de sa liberté, s’il savait seulement les rêves qu’il venait de briser. Cette haine lui permit d’avoir une attitude déterminée et sèche alors qu’elle froissait quasiment la lettre pour signifier qu’elle avait terminé la lecture.

« On reste. »

Plus aurait été une perte d’énergie. L’Inquisition restait à Forbach, pour lutter non pas contre les sorcières, mais contre un paien illuminé qui prétendait déclencher un bain de sang. Sarah Geisler restait pour tuer –oui, tuer– un paien qui osait la maintenir loin de la vie, et de la liberté.
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Inquisiteur Général
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MessageSujet: Re: Eucharistie II   Sam 18 Déc 2010 - 14:54

Cassandra allait répondre à David qu'elle pouvait peut-être lui apporter l'aide nécessaire pour de brillants débuts, mais l'appel de son amie détourna son attention. Surprise, elle se tourna vers elle et l'écouta, au début simplement attentive, puis... sur le point de s'évanouir. La couleur déserta son visage au fur et à mesure que les lignes de cet Agent du Diable sortaient par la bouche du Second. Hagarde, Cassandra tenta d'accuser le choc. Elle tremblait presque, et dût s'appuyer sur le petit Geisler pour reprendre ses esprits. Comment aurait-elle pu demeurer stoïque, alors que, d'un seul et unique coup, on lui volait la sécurité de sa fille et de sa sœur ? Comment se faisait-il qu'elle n'ait rien vu venir ? Qu'elle n'ait pas vu le coup arriver ? La blessure s'ouvrait, béante, mettant son cœur à vif. Narcissa... Seigneur, Narcissa qui entrait dans Olrun ! Viviane, qui y occupait un rang élevé !

Elle avait envie de hurler à la mort, de courir vers Sarah, d'attraper cette lettre et de la jeter aux flammes, d'ordonner aux Inquisiteurs de lever le camp, mais c'était trop tard. Elle jeta un regard à son amie et un bref instant de complicité les lia à cet instant, vestige d'une compréhension profonde héritée de leur passé. Sarah n'avait pas eu le choix, c'était évident. Elle n'était pas Owen Mansholter. Mais ce « on reste », Cassandra le lui aurait fait rentrer dans la gorge. Tous les regards étaient tournés vers les anciens Inquisiteurs. Lentement, parce qu'elle ne pouvait se permettre d'être faible – elle ne pourrait jamais – Cassandra se redressa, remerciant David d'un signe de tête.

L'Agent du Diable... ce ne serait guère long. Ce ne serait qu'un court épisode facile à expédier. Les Inquisiteurs étaient nombreux, bien organisés, pleins de fougue. D'ici quelques semaines, l'homme serait arrêté, jugé, exécuté. Et alors, l'Inquisition partirait, pour de bon. Ce n'était qu'un contretemps, Cassandra tentait de s'en convaincre à tout prix. Mais elle ne parvenait pas à détourner son esprit de l'image de Narcissa et de Viviane. Il fallait qu'elle les prévienne, qu'elle les conjure de se cacher. Non, encore mieux : elle allait retourner à Rodez. Elle avait perdu Amaël, elle refusait de perdre Narcissa, surtout pas au prix de la sorcellerie. Le château des Saint-Loup était un endroit sûr et loin de la folie qui régnait toujours sur Forbach.

Puis, elle posa les yeux sur Sébastien Garin et mesura enfin le drame de son amie. Seule la menace pesait sur les Valdemar, alors que c'était la vie même de Sarah qui était arrêtée, une fois de plus. C'eût été une insulte à leur amitié que de ne pas jeter toutes ses forces dans la bataille, que de ne pas déployer toute son énergie à traquer l'Agent du Diable. L'Agent du Diable ! Pourquoi tous les ennemis de Forbach choisissaient des noms aussi grandiloquents ? L'Oracle, l'Agent... elle les mènerait au bûcher sans une once de pitié. Elle acquiesça, en silence, retenant les larmes de rage qui lui montaient aux yeux. Elle se sentait manipulée, et elle détestait cela du plus profond de son âme. La bataille qu'elle livrerait à l'Agent du Diable serait sans quartier.

Elle reprit son souffle. Sarah Geisler n'avait pas changé, finalement. Il lui manquait toujours ce charisme nécessaire pour mener les hommes à la victoire. Elle était revenue à Forbach l'aider à endosser ce rôle, elle ne se déroberait pas. Vivement, incapable de contenir plus longtemps la haine qui lui étreignait le cœur, consciente que tous la regardaient, elle se plaça aux côtés du Second et s'exclama :

- Impie ! Blasphème ! Dieu nous accueillera tous à notre dernier souffle ! Nier ainsi la toute-puissance de celui qu'il craint le plus n'est qu'une façon de nous intimider, du plus grossièrement qui soit !

Cassandra sentait le volume de sa voix augmenter, mais elle ne pouvait freiner son élan. Trop de sentiments se bousculaient en elle. Sa harangue n'en était que plus mordante.

- Écoutez-moi tous ! Nous allons rester et protéger les innocents. S'il passe à l'action et se tient à ses macabres promesses, il n'en sera que plus facile à traquer et à arrêter ! Nous connaissons Forbach et nous avons l'appui du Seigneur ! Nous travaillerons avec rapidité et efficacité, et avant la prochaine moisson, nous en aurons terminé avec ce suppôt de Satan !

Les Inquisiteurs restaient ? Très bien. De toute façon, il lui restait une vieille ennemie à arrêter. Alicia Loew... Maestriani. Encore un mari. Dévoreuse d'hommes, décidément...
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MessageSujet: Re: Eucharistie II   Mer 22 Déc 2010 - 21:32

En attendant la réponse de Cassandra, David laissa son regard dériver sur la foule environnante, laquelle se dispersait progressivement en grappes clairsemées. Parmi les têtes présentes, ses yeux se posèrent sur sa mère qui venait de ramasser un papier et le lisait, toutes couleurs se retirant de son visage à mesure qu’elle parcourait les lignes. Une boule d’appréhension se forma dans la gorge du fils Geisler quant il la vit dans cet état; il était fréquent que des mauvaises nouvelles arrivent par courrier, mais jamais la lecture d’un papier n’avait engendré une telle réaction, surtout pas chez Sébastien Garin –en public qui plus est. Le jeune homme s’avisa que son corps tendait instinctivement vers l’envie de marcher vers sa mère, lire cette feuille par dessus son épaule, lui prodiguer du réconfort en ce moment de détresse. Il s’en abstint en admonestant mentalement son manque de sensibilité. Mais depuis leur dispute, il n’osait plus vraiment s’approcher d’elle comme avant. Même si il n’était plus fâché, un fossé s’était creusé. Et peut-être qu’un tel geste de soutien, au vu et su de tout le monde, aurait été mal pris.

Il resta donc au même endroit en attendant la suite des événements, qui ne tarda pas: Après avoir brièvement parlementé avec le bedeau de l’Eglise, Sébastien Garin lança un appel général. Le Second voulait visiblement bien faire mais David, pour connaître la vérité à son sujet et l’avoir fréquentée dans l’intimité depuis sa naissance, savait qu’en ce moment il était en train de flancher. Encore une fois, son corps faillit faire fi de la gêne éprouvée et s’élancer vers sa mère mais il se retint, son attention décuplée à l’instar de la foule. La lecture de la lettre lui fit écarquiller les yeux, tandis que des émotions diverses et contradictoires se bousculaient en lui. Un assassin dans Forbach? Un hérétique assumé qui plus est! Il n’aurait souhaité ce genre de choses à aucun prix si une nouvelle plus grande encore n’avait pas suivi: les Inquisiteurs restaient à Forbach. David s’aperçut qu’il avait le souffle court et qu’il respirait superficiellement; il prit donc une grande inspiration en soutenant Cassandra, qui semblait aussi secouée que Sarah Geisler.

Les Inquisiteurs ne quittaient plus Forbach! Le nœud dans sa gorge se dénoua et il chercha du regard les têtes familières de ses amis de la jeune génération disséminés dans la foule, leur adressant un grand sourire. Les réactions combinées de sa mère et de Cassandra vinrent cependant tempérer sa joie. Car si, pour lui, la nouvelle apportait de bonnes perspectives, elle sapait une fois encore tous les espoirs de sa mère d’abandonner le rôle de Sébastien Garin… quant à Cassandra, il ignorait ses motifs, mais elle n’était sans doute pas ravie de prolonger son séjour à Forbach ou d’exposer sa fille à un tel danger. Il fronça les sourcils, intérieurement résolu à toute faire pour mettre un terme à cette nouvelle menace. Il faudrait redoubler d’efforts dans les semaines qui allaient suivre; c’était une occasion unique, rêvée, de faire ses preuves. Cassandra, fidèle à son image, après avoir cédé quelques instants à la détresse se reprit en main de façon spectaculaire et alla se placer aux côtés du Second, forte et déterminée comme quinze ans auparavant. La foule acclama majoritairement son discours enfiévré de chasseur, et David fut un des premiers et des plus virulents à soutenir ces propos en levant fermement le poing, signe d’une guerre sans merci.

Il ignorait, alors, tout des événements qui allaient suivre, de la psychose qui allait s’emparer de Forbach, de cet Agent du Diable aussi insaisissable que de la fumée. Il ignorait tout et ne pensait qu’à une chose: il ne quittait plus la ville, plus maintenant, il avait bien trop de raisons de rester. David attendit un moment que les choses se tassent, qu’une partie des Inquisiteurs rentrent chez eux. Puis il s’approcha de Cassandra.

"Merci pour tout ce que vous faites pour ma mère" fit-il en montrant d’un léger signe de tête Sarah Geisler désemparée, vaincue, brisée. Il se sentait vraiment coupable de sa propre allégresse, alors que les événements venaient de porter au Second un coup de poignard en plein cœur. Il aurait dû être là pour elle, mais ce n’était plus possible. La seule chose qu’il pouvait faire était de s’en remettre à Cassandra, lui demander de garder un œil sur Sarah.

Avec un hochement de tête en guise d’au revoir, il salua l’ancienne mère Mattea et s’en fut dans la foule.
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