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 Tout commence par une dormeuse

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MessageSujet: Tout commence par une dormeuse   Sam 11 Déc 2010 - 15:53

C’est jeune quatorze ans. Et pourtant, on ne peut plus dire que c’est une petite fille à cet âge. Elle a déjà pas mal de choses qui montrent la femme en devenir, mais il faudrait attendre quelques années encore, quelques années et elle serait parfaite, à en damner n’importe quel homme. Tiens, c’était une expression amusante ca, belle à en damner un homme.

Il n’y avait pas besoin de femmes pour être damné, un homme était capable de cela tout seul, cela dit, avec l’expérience qu’il avait, l’Agent se dit que c’était certainement un des moyens les plus agréables de se damner, mais aussi un des plus douloureux, car impliquant une charge émotionnelle forte, et c’était contraire à ce que souhaitait le Maître. Le Maître souhaitait qu’on vienne à lui dans la paix et dans la libre acceptation, pas dans la douleur et quand on était forcé. Lui avait compris ce que souhaitait le Maître, et en échange, Il l’avait élevé à un rôle des plus importants parmi la race des hommes. Il était son Agent.

En balance sur une chaise, les pieds croisés sur le coffre à vêtements posés contre le lit, l’Agent attendait on ne savait quoi dans le noir qui précède l’aube. Les bras croisés, la tête sur le côté, il avait un sourire amusé, invisible sous le masque. Il souriait en grand lorsque les couvertures en laine de couleur bougeaient. Beaucoup de choses qui étaient banales et vides de sens autrefois le faisaient rire aujourd’hui, car elles avaient des milliers de signification qui autrefois lui échappaient, mais c’était dommage…

Là présentement, il pensait aux jambes que dissimulait cette couverture. Il les imaginait fines, fuselées, en fait maigre. Il fut un temps où il appréciait les bonnes hanches, les bassins robustes, mais c’était avant qu’il rencontre le Maître, Maître qui lui avait ouvert toutes les beautés… Sur ces jambes, une robe de nuit, blanche, assez fine, qui se relèverait facilement, lentement, dévoilant peu à peu ce qui serait de plus en plus désirable, de façon implacable. Une poitrine digne d’une enfant de quatorze ans, à peine développée, qui avant sa vocation ne l’aurait pas attirée, mais depuis, la beauté trouble des enfants le fascinait autant que toutes les autres… Il était capable d’aimer aussi bien les hommes mûrs que les petites filles, les beautés des paysages comme celle des spectacles macabres. Cela dit, et le Maître lui-même n’avait pu changer cela, il gardait une partie de ses préférences d’avant. Il continuait de préférer les spectacles macabres aux paysages. Il continuait de préférer les filles aux hommes…

La voir dormir ainsi, pure et innocente pour le moment était un moment plutôt privilégié : il fallait profiter au maximum de cette pureté que tant de gens mettaient au pinacle alors qu’elle était aussi ce sur quoi ils crachaient le plus. La nature humaine est incohérente. Il fallait profiter de cette virginité, avant qu’elle ne soit plus. N’utilisons pas le mot souillure, ce sont les gens bien pensants et hypocrites qui l’utilisent. Parlons plutôt de consécration.

Ensuite, une fois qu’il aurait pu contempler une fois de plus le spectacle de la pureté détruite, il contemplerait le spectacle de la vie en lente destruction. Il toucha sa ceinture, pour s’assurer que la chaînette qu’elle dissimulait était bien en place. Doucement mais sûrement, il serrerait, puis relâcherait, puis serrerait un peu plus longtemps, puis relâcherait, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de lumière dans ses yeux.

La petite Saint-Loup était la fille parfaite pour ce genre de projet, depuis le temps qu’il avait mis à l’espionner, et même encore là, alors qu’il la regardait dans son sommeil, elle jouait son rôle de victime à la perfection… Comme pour les bons vins, on inspire avant de goûter. L’Agent huma profondément et goûta toutes les odeurs de poussières, de sueur et d’hormones qui traînaient. Puis il allongea une botte délicatement et poussa le pied de la dormeuse. Généralement, ca avait de bonnes réactions.

Elle sursauta carrément et bondit sur son séant. En face d’elle, un homme masqué, allongé sur sa chaise et les deux bottes nonchallament posées sur le matelas lui dit :

« Bonsoir jeune fille, je viens passer un peu de temps avec vous, si vous me le…. Enfin même si vous ne me le permettez pas. »
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MessageSujet: Re: Tout commence par une dormeuse   Dim 12 Déc 2010 - 21:58

Par la surprise, son corps se mit en position assise et prit une forte respiration pour avoir quelques informations sur ce choc brutal. Une odeur d’excitation masculine emplissait toute la pièce et sans en comprendre la raison, fit battre son cœur plus fort. Une voix inconnue d’homme qui ordonnait une audience et donnait des indications sur le temps passé et ses actions. Narcissa pensa au pire ce qui accentua la cadence de sa respiration. Elle se sentit sale et se dit que c’était son tour ; ses poils se hérissèrent. À ce moment-la, sa petite voix hurlait de reprendre ses esprits, que la panique n’a jamais servi à quelque chose et surtout de rester digne. Ah ! La belle affaire. Elle vit les bottes du mystérieux inconnu sur son lit et s’inquiétât de savoir si ces draps étaient récupérables. Quelle idée idiote ! Un petit sourire s’esquissa, l’adolescente commença à se calmer. Courage ! Toutes ces réactions primitives ne sont dues que par un réveil brutal. Allez ma fille, on s’en convainc ! Son regard remonta pour constater que ce dernier était masqué. Ce n’est tout de même pas… Non !
Une poignée de secondes plus tard, les chiens se levèrent et remarquèrent la présence du visiteur. Ils lui firent une fête presque silencieuse. Un essaya de lui sentir les fesses et au bout de quelques reniflements rapides, parti en couinant jusqu'à son panier pour se cacher les yeux, l’arrière-train en l’air. Quatre autres le rejoignirent et le petit groupe se partagea en deux : un groupe pour l’encourager et un pour lui mordiller la queue pour qu’il se lève. Le dernier apeuré décida de protéger sa femelle et sauta pour lui mordre le mollet.

Maintenant qu’elle avait repris plus ou moins certaines de ses facultés, son esprit chercha la manière dont l’homme mystérieux avait pu se faufiler. Était-ce la porte, la cheminée ou la fenêtre ? Quelle était la faille dans cette sécurité ? Où était cette faute qui pourrait, au pire des cas, le prendre au collet ou devenir une sortie de secours ? Si seulement ses yeux n’étaient pas endormis, si son sang n’était pas devenu si froid avec la peur, si ses membres n’étaient pas comme paralysés…Il fallait donc gagner du temps, lui répondre avec plus ou moins de… de quoi ? Quelle partie de sa personnalité devait-elle montrer ? L’enfant sage ? La belle tentatrice ? La sainte ? La solennelle ?


- Je suis Narcissa de Saint-Loup. Forbachoise de sang, Ruthénoise de cœur. Fille de mon père. Dix doigts et neufs orteils, j’ai arrêté de sentir le dernier depuis… une bonne minute. Voulez-vous une tasse de thé ? Vu l’heure matinale, il n’y a que de la tarte aux pruneaux. Hélas, elle n’est réservée qu’aux huissiers. Oh ! Peut-être voulez-vous mes mensurations ? Ma pointure de chaussure ? Mon tour de poitrine ? Seigneur que cela serait impoli !

Le choix se fit de lui-même : la frondeuse. Mais pourquoi les Saint-Loup devaient-ils toujours agir ainsi quand ils étaient acculés ? Enfin, elle pensa que sur sa pierre tombale, sa mère pourrait lire que sa progéniture avait pu faire de l’esprit, avant d’être assassinée avec les atroces souffrances comprises dans le prix. Sa mère ! Pourvu qu’il ne l’ait pas touché ! Ah ! Si elle pouvait déglutir ! Puis, elle prit son oreiller pour le mettre devant elle.

- Maintenant que vous me savez totalement morte de trouille, passons aux choses sérieuses, voulez-vous ? Comment avez-vous fait pour devenir l’Agent du Diable ? Toute cette mort, cette célébrité et puis tenir à l’écart un envoyé de la Reine, bon sang, c’est un miracle ! Et c’est peu de vous le dire. Je veux tout savoir ! Vous n’êtes pas Owen, j’espère ?

Ah ! Les nerfs, quelle magnifique invention ! Suspendue à ses lèvres, elle attendit que ce fou parle. Après tout, mourir pour mourir. Et qu’elle soit frondeuse et curieuse ou tout autre chose, cela n’aurait rien changé. La proie est toujours aux lèvres et aux gestes de son chasseur. Et puis, si elle survivait, ces quelques réponses pourraient-elles la servir ?

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MessageSujet: Re: Tout commence par une dormeuse   Mer 15 Déc 2010 - 20:46

« Du calme petit oiseau ! Tu chantes une bien vilaine mélodie. »

On pouvait difficilement faire plus effrayant comme réplique. Trop de détachement la sous-tendait, un échec visible de la tactique d’intimidation, une arme contre lui qu’on pouvait jeter. Dans son aptitude à se détacher de tout ce qui était mondain, l’Agent du Diable en venait à ne plus craindre les alertes, les peurs, les démonstrations grandiloquentes. Vanités que tout cela, et même si l’alerte était donné, ses talents le sortiraient d’affaire. En fait il avait tout à gagner (du bon temps surtout) et peu à perdre. La logique capitaliste qu’agréait le Maître encourageait à démarrer l’investissement.

« Avant de répondre à vos questions, ou pas, je souhaiterai volontiers un peu de tartes aux pruneaux comme vous me l’avez si galamment proposé, je connais la faim et elle une piètre compagne… »

Silence pesant…

« Non ? Ah ben vous n’aurez pas tous les détails alors, cela dit, je trouve votre association intrus-Agent du Diable un peu rapide bien que vérifiée par les faits. De même qu’est ce qui vous dis que je vous veux du mal ? Bon techniquement et selon la plupart des définitions du Mal, c’est vrai, mais que de jugements hâtifs ! »

Il enleva une jambe et puis l’autre de la couverture, posant ses bottes pas terre dans un choc feutré. Il se leva d’une façon un peu terrible, et d’un pas lourd, volontairement théâtral.

« Je crois qu’en fait vous préféreriez que je soit ce pitoyable anglais de Mansholter. Entre deux monstres, on préfère toujours le monstre légal. Il ne ferait que vous poser des questions, il réfléchirait, et vous pourriez admirer sa logique et sa finesse de raisonnement. Mais face à moi, entendez le bien : il ne peut rien. Strictement rien. »

Il était à portée de bras de la jeune fille désormais, mais gardait les mains derrière le dos, trop occupé à parler. Il aimait bavarder parfois, c’était son péché mignon, le seul qui soit mignon…

« Il se base sur la logique. Je suis en dehors de toute logique. Il ne m’attrapera jamais car au lieu de battre la forêt pour me retrouver, il attend sur son gazon que je vienne. Il a une approche par trop étroite pour pouvoir me dominer. Je suis comme une force de la nature : impitoyable et imprévisible. Owen Mansholter aurait il prévu que je vienne jouer les matamores auprès d’une jeune fille en fleur ? Qui donc serait assez stupide pour cela ? Hi hi. »

Il étendit lentement son bras, et sa main non gantée franchit la distance posément, sans se presser.

« Ni Owen et sa logique, ni l’Inquisition et sa foi, ni votre mère et son amour ne pourront vous sauver. Je suis Celui-qui-provoque-la-Chute. Je suis l’Agent du Diable. »

Il toucha enfin la fille, un contact glacial, bien que ce ne soit que ses cheveux roux qui soient concernés.

« J’ai toujours trouvé cette couleur fascinante, on dit souvent que c’est la marque de mon Maître, peut être est ce lié… Vous avez hérité cela de votre mère si j’ai bien vu. Votre père, c’est la peinture derrière moi ? »

Il lâcha les cheveux pour tourner un peu les épaules vers le portrait de taille moyenne qui était sur le mur.

« Effectivement. Notez que même si votre père était présent à Forbach, il serait incapable de faire quoi que ce soit contre moi. »
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MessageSujet: Re: Tout commence par une dormeuse   Sam 18 Déc 2010 - 0:13


À la première remarque, l’enfant n’émit aucun son. Son intelligence comprit qu’une impression de domination plus solide fut un bien meilleur protecteur. Une sécurité pour que cet homme se sentît à l’aise, pour endormir ses réflexes et ainsi avoir l’occasion de prendre son arme cachée en dessous d’un de ses oreillers. Elle attendit, et quand ce dernier lui demanda de la tarte aux pruneaux, elle se contenta de montrer du doigt la table, au fond de la pièce. L’Agent ne bougea pas. Narcissa pensa que son plan improvisé commençait à prendre forme. Les minutes passèrent, le visiteur fanfaronna. Elle fit son deuxième sourire et mima un air intéressé. Son plan prenait lentement forme. Mais ses cellules grises oublièrent de calculer la possibilité de ce dernier à marcher dans la pièce. Elle n’avait donc pas la possibilité de se défendre sans l’alerter. Elle déglutit et tenta sa chance.

- Vous êtes jaloux ? Vous ! L’homme le plus aimé du Diable ? Son émissaire ? De qui ? De Mansholter ? Pour quoi faire ? Vous combattez cet incapable et prouvez qu’il est bien plus terrible. Il n’agit pas, il vous regarde et laisse ce village à feu et à sang. Pourquoi devrais-je l’admirer ? Pour quelques dons intellectuels ? Que de jugements hâtifs ! Asseyez-vous, je vous prie. Entre futurs grands alliés, nous devons avoir une position plus confortable pour négocier.

L’homme s’approcha, le cœur de sa victime accentua une fois de plus la cadence. Il caressa ses cheveux, doucement, très doucement, d’une main dénuée de chaleur. De ce contact glacial, la jeune fille étrangla un cri de peur et le plus étonnant fut sa première pensée ; ni annonciatrice d’une compréhension d’intention peu louable à son égard, mais celui d’un constat digne d’une passionnée de médecine : elle comprit que l’assassin avait des problèmes de circulation sanguine et pas des moindres. D’après les maîtres de la Renaissance, bien avant cette régression des savoirs, des médecins auraient émis l’hypothèse d’une coronaire ou artère rétrécie, voire presque bouchée. Si cela était le cas, l’assassin devait avoir des difficultés à faire certains mouvements avec son bras, pour dormir et certainement pour courir. Cela pourrait aussi expliquer ce manque d’intelligence surtout si ce dernier souffrait d’un des signes entrainant ça, l’apnée du sommeil, le cerveau pouvaient ne pas être irrigué pendant un laps de temps très court. Il y aurait donc des lésions… S’il ne mourait pas par pendaison, ce sera par maladie. Il souffrira énormément ! Quelle merveilleuse nouvelle ! Enfin des signes qui pourraient l’aider à le reconnaître, si ces conclusions étaient bonnes. Il venait de se vendre ! De plus, imaginer ce dernier dépérira dans d’atroces souffrances, lui redonnait le moral. Il fallait gagner du temps pour l’apprivoiser.

- Celui-qui-provoque-la-Chute…Voici un message bien incomplet. Je ne pense pas que Lucifer, si lumineux, veuille envoyer un terrible messager pour qu’il ose oublier la moitié du message. La Chute ? Quelle Chute ? Pour qui ? Pourquoi ? Quel est son message ? Mais je me pose quelques questions sur vos choix, sur vos victimes. Pourquoi elles ? Serait-ce aller trop loin sur une possibilité d’importance historique, même minime, pouvant apporter du bien à l’humanité ? Ou cela serait donner plus de complications ? Mais je voudrais tant savoir qui est vraiment Satan, les chemins qui le mènent à lui. Soyez celui qui éclaire mon chemin. Dites-moi tout, n’ayez crainte.

Sa voix fut plus caressante et grave.

- Vous me touchez ? Oui, vous êtes imprévisible, mais cependant, en me laissant saine et sauve, vous apposerez votre marque sur moi. Mon nom ne sera plus fille de Cassandra, mais celle-qui-n’a-rien-eu. On se posera bien des questions sur Vous-capable-de-clémence. On me questionnera, je serais bien contrainte de diffuser votre parole. Alors, on comprendra que l’innocence tâchée est obligée de devenir votre bouche. Quelle peur sera dans leurs yeux ! Quel spectacle ! Quel travail fait en votre nom, en votre gloire et celle de votre Maître ! Je vous déconseille de me toucher davantage. Une telle chose, ne pourrait vous apporter ça ! Partez maintenant, cela vous sera profitable de bien des façons.

Puis les ténèbres, un laps de temps qui pourrait sembler important, puis un réveil et un poids important sur elle, quelques sensations, vint alors cette vision d’horreur. Son instinct de survie prit enfin de dessus pour contrôler les seules parties de son corps libre et faire la seule chose de sensée de toute cette histoire.


- AU SECOURS ! À MOI ! MAMAN ! LE MEURTRIER ! DANS MA CHAMBRE ! À L’AIDE ! À MOI ! MAMAN ! MAMAN ! Criait-elle de sa voix forte et aussi portante que possible.

Mon Dieu ! Le comble de l’horreur, il sent le fennec.


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MessageSujet: Re: Tout commence par une dormeuse   Sam 18 Déc 2010 - 12:50

Le coup partit d’une façon très sèche.

Le dos de sa main frappa avec la dureté de l’acier.

Il n’était plus temps de parler, il n’était plus temps de pavaner cette fille ne le méritait pas. Son discours stupide et incohérent ne menait nulle part, ses pensées affolées n’offraient aucun spectacle digne de mémoire, et elle avait crié bien trop fort, comme une souris écrasée. Si jamais elle considérait qu’il était en mauvaise santé, la force de ce coup démontrait qu’il avait encore de la vigueur, et qu’il en aurait autant de temps que le Maître le jugerait nécessaire. Un messie ne meurt que lorsqu’il a été ordonné de le faire, et pour le moment, l’Agent était vivant, trop vivant.

Il ne pipa plus un mot, ne sortit plus un argument, pas une excuse, ni d’explication, ni de défense contre les attaques précédentes. Il n’était pas venu pour faire une bataille verbale, il était venu pour accomplir le dessein du Maître, et il ne s’agissait pas d’expliquer son Plan aux jeunes filles mortelles, bientôt mortellement atteintes. Il ne sortit pas non plus une insulte, pas un sifflement de rage, pas un mot plus haut qu’un autre. Sa réserve de colère, il prenait bien garde à ne pas la dissiper en de vains souffles d’air.

Il avait pensé faire preuve de douceur en ne la prenant pas directement dans son sommeil, en la réveillant doucement d’abord puis ensuite en l’amenant délicatement à s’offrir à la suite. Selon lui, c’était ainsi que les choses devaient se passer, et c’était la meilleure façon que tout se passe bien. Mais le Maître avait eu raison : quand on l’intention de faire ceci, il ne faut pas s’embarrasser de la fille. Elle ne doit être considérée que comme un animal rétif, une jument qui n’a pas encore connu la selle et qui se révolte contre elle. Avec une jument, on lui met la selle et on la cloue au sol pour qu’elle ne bondisse pas partout. Voilà comment les choses auraient dû se passer, mais il n’était pas trop tard.

Fini le temps des paroles, place à celui de l’action et de la consommation.

Narcissa de Saint Loup sous l’effet du coup était tombée sur son lit et bien qu’elle tentait de se remettre debout, elle était encore trop sonnée pour y réussir. L’Agent du Diable la prit par les cheveux, les tira comme pour les arracher et la jeta en milieu du matelas. Elle tenta de se débattre, mais l’Agent était un homme adulte en pleine possession de ses moyens et non une adolescente sonnée. Avec son genou, il écarta les cuisses de la jeune fille sans toucher à sa prise sur le scalp de celle-ci. Il pouvait presque tout voir déjà.

Elle était complètement à sa merci désormais, mais l’Agent du Diable ne se précipita pas. Que ce soit par manque de temps ou par perte de motivation, son projet premier fondait comme neige au soleil. Le plaisir qu’il aurait à la prendre de force lui semblait moins urgent et moins intéressant que celui de prendre de force… sa vie. Surtout dans cette position humiliante, avec pour dernière pensée le fait qu’elle était sur le point d’être souillée par un inconnu.

Oui, ceci était un projet beaucoup plus jouissif.

Il acheva de relever la robe de nuit jusqu’à la poitrine, sans tenir compte à aucun moment de la nudité de Narcissa, à peine protégée par des sous vêtements. Il palpa le ventre à la recherche des points vitaux. Puis il fit non de la tête : elle ne mourrait pas assez vite, et on pourrait peut être la sauver et la guérir. Il tira un peu la robe vers le bas, et lui palpa le sternum. Non, une lame dans le cœur était une mort trop rapide et trop banale, pas du tout ce qu’il rêvait. Sa main libre vint ensuite se mettre sur le cou de Narcissa, sans serrer. L’égorger ? Bah, c’était les rats qu’on égorgeait, ce serait une faute de goût impardonnable. Lui planter la tête au bout de la pointe ? Sentir délicatement la peau sous le menton céder sous la pointe, puis la mâchoire, la langue, le palais, l’intérieur du nez, puis l’ultime cloison qui menait vers le cerveau. Une mort délicatement horrible et macabrement esthétique. Ca faisait un bout de temps qu’il y pensait, mais finalement, il ne se sentit pas de l’accomplir sur elle. Pas d’inspiration particulière.

La main toujours posée sur la gorge, il se souvint qu’il avait apporté une chaîne dans sa ceinture et que son intention première avait été de la tuer par ce moyen à la fin. Ben voilà, il suffisait de revenir au point initial pas besoin de tant tergiverser. Sa main gauche toujours cramponnée aux cheveux de Narcissa, il mit la main droite à sa ceinture, manipula du bout des doigts le petit lien de cuir et sortit enfin une chaînette en acier à petits maillons, qui brillait comme la lune dans la faible lumière de la nuit.

C’était beaucoup plus impressionnant qu’une grosse lame qui miroitait comme à Versailles. Il en était du choc subi à la vue des armes comme de l’érotisme : moins on en montre, plus on ressent. Un fin stylet fait plus peur qu’un couteau de boucher, une chaînette claire et terrible fait plus peur qu’un boucher prêt à tuer.

L’assassin glissa la chaînette derrière la nuque de Narcissa, puis avec toujours une seule main, disposa les deux extrémités de part et d’autre du cou de celle-ci. Et en un éclair, lâcha ses cheveux pour agripper les deux bouts. Ca y est il était prêt.

Elle n’en avait plus que pour quinzes secondes de conscience, puis une minute de vie.

Crouic….

L’Agent du Diable suspendit son geste.

« Ah… »
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MessageSujet: Re: Tout commence par une dormeuse   Mer 29 Déc 2010 - 22:27

Les nuits étaient longues depuis la mort d'Amaël. Autrefois, Mère Mattea cauchemardait, mais maintenant, la Veuve avait des insomnies. Seule l'épouse avait eu des nuits de sommeil paisible – et encore, paisible ne correspondait pas exactement à la vision du couple d'une nuit réussie. Feu son époux lui manquait, et les années n'effaçaient pas ce sentiment d'absence. Alors, la Veuve passait son temps à lire, ou alors à réfléchir. Ses pensées étaient plutôt carrées et ordonnées, mais cela ne l'empêchait pas de rêver pour autant. La nuit était froide, et la chandelle signifiait à Cassandra qu'il était plus que temps d'aller au lit, mais elle ne ressentait aucune fatigue. Encore toute habillée, la Veuve était assise à son secrétaire et écrivait distraitement une missive qu'elle destinait à Nicolas de Saint-Loup. Elle avait jeté un grand châle vert sur ses épaules. Comme elle n'était pas en public, elle pouvait se permettre cette petite touche de couleur dans sa mise.

Elle sursauta en entendant les cris de sa fille. Une chape de plomb pesa soudainement sur ses épaules. Sa fille, son unique enfant, la prunelle de ses yeux, était aux prises avec un meurtrier ? Non, le meurtrier... Cet immonde Agent du Diable qu'elle chassait de jour avec les Inquisiteurs ? Était-ce par représailles ? Sa fille payait-elle pour elle ? Il fallait mettre fin à cette atrocité, immédiatement. Pourvu que rien de grave n'arrive à sa fille avant son arrivée... Pourvu qu'il ne soit pas trop tard... La prière de Cassandra avait une puissance et une ferveur inhabituelle. Elle se rendit compte alors qu'elle pouvait être très rapide lorsque le besoin s'en faisait sentir. En moins de temps qu'il n'en fallait pour respirer, la Veuve était à la porte, un pistolet ouvragé aux armes familiales – le préféré d'Amaël – à la main, prête à tout pour défendre sa petite.

Elle ne répondit pas à l'appel, même si elle en mourrait d'envie. Elle ne voulait pas gâcher ses chances d'intervenir efficacement, surtout pas au détriment de la vie de Narcissa, en cédant à une impulsion maternelle. Mais elle fut dans la chambre de Narcissa en quelques secondes. Presque par miracle, ses pas n'avaient pas fait beaucoup de bruit sur le parquet, et en pénétrant la chambre, avant que ses yeux ne s'habituent à l'obscurité, elle sentit une odeur, particulièrement forte, mais pourtant reconnaissable, de... de... de fennec ? Cassandra fit la grimace. Et enfin, elle découvrit un tableau qui fit saigner son cœur de mère.

Sa précieuse Narcissa était nue, entièrement à la merci de son agresseur. Cassandra eut l'impression qu'on la tuait à petit feu. Narcissa, sa toute petite chérie, déjà marquée par la cruauté des hommes... ou non ? Le doute ouvrait une plaie béante. Une fine cordelette était passée autour du cou fin de l'enfant, tenue fermement aux deux extrémités par l'Agent du Diable. Le sang de Cassandra ne fit qu'un tour. Le fou furieux qui en voulait à la vie et à la vertu de sa fille devrait lui passer sur le corps avant de faire quoi que ce soit. Retenant les larmes qu'elle sentait arriver, priant pour que ce soit suffisant, Cassandra tendit droit devant elle son bras armé, à présent à quelques pas seulement du meurtrier. Elle le visait soigneusement, quasiment à bout portant. Les crans de sécurité avaient été levés, elle savait parfaitement se servir d'une arme et elle n'hésiterait pas un instant. Elle n'était plus une femme, elle était une lionne en colère qui protégeait son petit. D'une voix froide, qui rivalisait avec la glace du dehors et qui claqua dans l'atmosphère tendue de la petite pièce, elle dit :

- C'est terminé. Narcissa, sors d'ici.

Mettre son enfant en sûreté. Elle n'était pas seule. Elle l'aurait juré, Amaël était avec elle. Maintenant, l'Agent du Diable réalisait qu'il n'avait plus aucune chance et cessait de menacer Narcissa. Allez... allez... ALLEZ !
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MessageSujet: Re: Tout commence par une dormeuse   Jeu 30 Déc 2010 - 17:02

- Pense à ta mère ! Je t’aime ! Pense à ta mère ! Bats-toi ! Sembla tonner une voix d’homme inconnue.

Des étincelles de la cheminée brûlèrent la queue d’un chien, tous aboyèrent fortement leur indignation. Elle se réveilla en sursaut. La surprise lui offrit un souffle d’air. Il fallait tenir bon, jusqu’à l’arrivée des secours. Garder espoir, cette fois-ci, il fallait se battre. Son corps fut pris de convulsions, lui permettant d’avoir de la force pour donner un coup dans l’entrejambe de l’assassin. Elle se sentit partir à nouveau, elle puisa dans des ressources profondes et méconnues. Rester en vie, pour sa mère, sa tante et toutes les personnes qui l’aiment. Elle griffa le cou du meurtrier. Le meurtrier lui offrit un bol d’air qui lui brûla les poumons. Elle suffoqua, se recroquevilla. Sa tête tourna. Elle ferma les yeux et se força à bâiller. C’est horrible, mais il y a un mieux. Pourquoi Diable, ton Agent n’a pas repris son assaut ? Ses ongles même longs ne furent pas si durs. Il ne pouvait pas avoir la gorge tranchée. Elle leva la tête et vit, émerveillée sa mère menacer son agresseur avec le pistolet de son père. L’étreinte faiblissant davantage, Narcissa en profita pour pousser l’Agent du Diable et se réfugia près de sa bienfaitrice.

- Maman, c’est un idiot ! Et tu te doutes bien que s’il me l’avait demandé, je lui aurais donné. J’avais beau lui dire qu’il y a des chemises de nuit dans la penderie, il tenait absolument à avoir la mienne. Je ne comprends pas, elle est bien trop petite pour lui. Tu avais bien raison, quand tu parlais avec la vendeuse, les broderies, ça émoustille les hommes. Je comprends ce que tu voulais dire. Ah ! La belle affaire ! Déclara-t-elle d’une voix cassée à grand renfort de gestes démonstratifs.

Elle regarda sa mère et s’indigna tout en mettant de l'ordre à sa tenue :

- Toute nue ! Et il ne savait pas s’y prendre ! Ah ! Le manchot !

Elle se glissa près de son oreille et lui murmura :

- Je vous le dis maman, je serais presque à penser qu’il possède certains penchants pas très catholiques. Je l’ai surpris à regarder bizarrement mes petits chaussons, ceux avec des tout petits éléphants roses se tenant la queue avec des bouquets de pâquerettes.

La jeune fille chancela, mais tenait bon en prenant un appui sur l’épaule de sa mère. Puis en profita pour prendre un bol d’air réparateur ce qui lui permit de reprendre rapidement ses esprits. Tout fut clair, cette nuit, l’Agent, les indices s’enchevêtrèrent tous seuls ! Elle se redressa et de sa voix bien qu’abîmée, devint impérieuse, elle chanta sa victoire en pointant du doigt le coupable :

- Oui, j’accuse ! Vous êtes un voleur de chemises de nuits ! Ah ! Il est bien démasqué le Diable, hein !

Sa modestie l’empêcha de dire que comparée à elle, Owen c’était de la roupie de sansonnet, un rien de rien, un cerveau tout mou, avec des cellules qui réfléchissent toutes riquiqui. Eh oui, un mystère de résolu ! En fin de compte, c’était aussi simple qu’à Rodez. Laura de Montfort a été tuée par un fétichiste de la broderie. La pauvre avait un goût exquis et en paya le prix fort. Mais dans quelle époque vivons-nous ?

- Et veuillez m’excuser Môsieur l’Agent du Diable, mais votre hygiène se laisse à désirer. Je sais vous avez une image à tenir, mais vous vous doutez bien qu’un tissu pareil ne supporte pas une telle odeur. On dirait mille putois dansants un Branle. Par pure charité chrétienne, nous vous donnons en cadeau ce savon et ce gant de toilette, vous savez, celui qui est tout près de la petite bassine, là tout au fond de la chambre, oui là, pour vos futures ablutions. Indiqua la jeune fille de sa fine main. Rassurez-vous le Diable ne vous en tiendra pas rigueur, bien au contraire. Pfiouuuuu ! Termina-t-elle en se bouchant le nez. C’est bô bozible. C’est tout moi, j’ai complètement oublié ! Quelle bécasse !

On a beau être une apprentie sorcière, il ne faut tout de même pas jeter certaines valeurs. Elle annonça :

- M’tenant, la dentellière, on va pouvoir causer.

Elle regarda sa mère, toute fière d’avoir dit une phrase digne d’un des plus hauts malfrats, et tout sourire lui fit un clin d’œil pour rassurer sa bienfaitrice. Décidément, Forbach était un village fort distrayant. Elle fit trois pas en arrière puis d’un regard glacial, elle le menaça :

- Au fait, tu as dit quoi au juste ? Ma mère ne me sera d’aucun secours ? Mauvaise pioche. Un pas vers elle, une seule bêtise et elle te creuse la cervelle avant que tu puisses faire quoi que se soit. Tu quittes le lit, tu te mets bien sagement à son côté et tu réponds à nos questions.

Maintenant la partie pouvait commencer, les règles du jeu venant d'être énoncées.

- Tu commences à comprendre à qui tu as affaire ou tu veux un dessin ? Ordonna-t-elle sèchement.

Cependant, en le regardant de plus près, elle devait bien avouer que même s’il sentait le fennec, il avait des yeux qui pétillaient d’intelligence, oui, c’était bien cela qui lui donnait un certain charme. Enfin, dans son style.

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MessageSujet: Re: Tout commence par une dormeuse   Dim 9 Jan 2011 - 12:30

L'Agent du Diable avait bien entendu tout de suite lâché la chaînette et s'était retiré tout petit à petit, sans précipitation ni geste agressif. Si une chaîne était plus dangereuse parfois qu'un couteau, une bille de plomb était assurément plus fatale qu'une chaînette. Et les consignes du Maître étaient claires: ne pas se faire tuer avant l'accomplissement du Plan. La résurrection était réservée uniquement aux fidèles de Dieu, le Maître n'avait pas ce pouvoir. Mais il offrait tellement de contreparties dans ce monde et de promesses dans l'autre que finalement, était fou celui qui disait non. Mais la consigne restait: ne pas se faire tuer, ni se faire arrêter.

Il garda l'immobilité absolue d'une gargouille, sans dire un mot, sans laisser filtrer un souffle, la lueur chaude des flammes seule assurait que l'homme n'était pas une statue de pierre. La chaîne était restée sur son lit, il n'avait véritablement plus d'arme. Mis à part la large lame dans la doublure de la partie droite de son manteau et le stylet dans sa botte gauche, mais même un serviteur aussi accompli que lui ne pouvait les dégainer plus vite que la mère pouvait presser la détente, et il ne pouvait les lancer plus vite qu'une balle projetée.

Rien ne filtra, son masque achevait de dissimuler ses sentiments et ses réactions. Il n'y avait que ses paroles qui pouvaient traduire quoi que ce soit. Et il parla lorsque tout le cirque se fut achevé, qu'un morceau de silence vint s'installer.

« Impressionnant... »

On aurait presque pu croire que la voix venait des murs ou de la cheminée tellement rien de vivant n'avait l'air de vivre sous les vêtements couvrants de l'Agent.

« Votre fille a de belles capacités de récupération, j'espère qu'un jour cependant elle acceptera la vérité et mes véritables intentions, madame de Saint-Loup. »

Le pistolet chargé continuait de lui faire une sainte frousse, mais il fit preuve d'une maîtrise remarquable en se tournant petit à petit vers la femme armée, toujours sans rien d'autre de visible que son masque, on aurait été même incapable de dire la couleur de ses yeux.

« Qu'allons nous faire maintenant? Votre fille n'est plus en danger, vous pourriez me laisser partir. Ou alors me tuer, si vous en êtes capable. Mais je crois que vous seriez très décu si vous me tuiez: un autre Agent prendrait ma place et vous perdriez de précieuses informations sur moi. Non, je crois que la meilleure solution est que vous me laissiez partir.

De toute façon, je connais votre maison, je sais tout de vous, quand vous vous levez et quand vous vous couchez, quand vous voir nue et quand vous voir endormie. Vous me reverrez forcément un jour, madame... et ce n'est pas une bille de plomb qui m'en empêchera. »


Un seul échappatoire: la fenêtre. Mais il y avait un lit en travers, et il ne pouvait donc pas s'esquiver subtilement dans cette direction. Il ne pourrait pas non plus bondir par dessus avant que la Veuve n'ait tiré. Tout semblait clos, mais ça ne le gênait pas plus que cela.

Si ce n'était pas aujourd'hui, ce serait après-demain.
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MessageSujet: Re: Tout commence par une dormeuse   Ven 4 Fév 2011 - 2:36

Mais qu’est-ce qui la retenait de saigner cet homme comme un porc ? Il avait touché à sa précieuse enfant. Son innocente fille, à qui elle allait devoir apprendre plusieurs choses primordiales. Elle réalisait à cet instant une lacune importante dans son éducation. Haineuse, mais presque abasourdie par les mots de sa Narcissa, sans lâcher l’agresseur des yeux, prête à presser sur la détente, elle écouta le discours de sa fille. Pauvre petit oiseau sans défense. Elle y reconnaissait des traits qui lui étaient propres, qui étaient propres à Amaël. Qu’avait-elle donc réellement ressenti, compris, vécu ? Le plus important, c’était qu’elle était en sécurité derrière elle. Mais elle n’en revenait pas du flot de paroles qui jaillissait de Narcissa.

Cassandra se sentait terriblement impuissante devant les pensées que sa fille étalait sans réaliser à quel point elle se fourvoyait. Sa surprise permit à Narcissa d’aller jusqu’au bout de sa petite diatribe, mais elle se reprit fermement, rapidement.

Dieu soit loué, elle était en vie. C’était tout ce qui comptait. Mais le danger n’était pas écarté, et Cassandra n’entendait pas laisser Narcissa n’en faire qu’à sa tête, surtout pas dans un cas aussi dangereux et extrême que celui-ci. La peur de perdre son unique fille fut plus forte que tout. C’était un sentiment tellement puissant qu’il balayait tout le reste. D’un ton qui montrait à quel point l’ordre était indiscutable, Cassandra répéta, toujours sans quitter l’Agent du Diable du regard :

- Narcissa. J’ai dit : sors. D’ici.

Elle n’entendait pas laisser une chance, même infime, à l’homme de la récupérer, ou de faire un mouvement imprévu, ou quoi que ce soit d’autre que son imagination se plaisait à inventer. Pour pouvoir lutter efficacement, elle avait besoin de savoir sa fille hors de portée, loin, très loin, en sécurité. Elle irait panser ses blessures quand le danger serait écarté. Là, elle voulait seulement la voir partir. Tout de suite. Sans discuter.

Elle se retenait de presser la détente. Oui, elle se retenait vraiment, à un tel point qu’elle ne savait plus pourquoi. Maintenant que Narcissa n’était plus entre ses mains, elle se devait de le tuer, ne serait-ce que parce que l’Inquisition voulait sa peau ! Elle tremblait littéralement de rage, mais se força à l’écouter. À quoi faisaient-ils vraiment face ? Ils ne pouvaient pas être plusieurs, comme le suggérait cet homme ! Si l’Inquisition ne courrait pas derrière un mais des Agents du Diable, cela changeait tout. La dernière phrase eut toutefois raison de son sang-froid. Ah bon, ce n’était pas une bille de plomb qui l’en empêcherait ? Alors qu’il avait commis l’erreur fatale de s’attaquer à Narcissa ? Cassandra eut un sourire extrêmement dur.

- Non ? Eh bien, essayons.

Et sans plus de cérémonies, elle tira sur l’agresseur. Le coup partit, procurant un intense soulagement à Cassandra. Aucun regret. Pas une once de remords. Mettre fin à une vie aussi démoniaque que celle-là servait forcément le bien commun. Comme dans un songe, elle le vit courir à la fenêtre, avec l’énergie des dernières forces, et basculer dehors. Qu’importait ? Il n’avait aucune chance de s’en sortir.

Lentement, Cassandra marcha jusqu’à la fenêtre, impériale dans son port de mère vengeresse. Il faisait trop noir pour distinguer quoi que ce soit, mais elle avait besoin de contempler l’endroit où son ennemi était mort. Le regard farouche, elle scruta la nuit noire. Il n’était pas né, celui qui lui prendrait sa fille. Elle tuerait encore, s’il le fallait. Sans hésiter.

Finalement, Cassandra se retourna et courut retrouver sa fille. L’émotion la submergeait, mais elle pouvait se laisser aller, maintenant. Tout était fini. Elle lâcha son arme et serra longuement sa petite fille contre elle, à l’étouffer. Laissant enfin couler les larmes qu’elle avait retenues plus tôt, elle la couvrit de baisers, murmurant des prières et des remerciements balbutiants, toute à sa joie de serrer contre elle une Narcissa vivante et non un cadavre.

- Ma petite fille, ma chérie… C’est fini. Tout est fini.

Pour le moment, elle la câlinait afin de la rassurer, de se rassurer, aussi. Cependant, ce n’était qu’un moment de répit. Elle allait devoir la questionner, lui expliquer, la réconforter. Et ce, quelle que soit la vérité qui sorte de la bouche de Narcissa.
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MessageSujet: Re: Tout commence par une dormeuse   Mar 8 Fév 2011 - 23:09

Par la suie et le feu, la balle sortit pour tuer l'Agent. Le tir fit mouche, il n'y eut pas de miracle démoniaque. De même, l'intrus ne se ratatina pas pour se transformer en quelque chose d'aussi folklorique qu'une nuée de corbeaux, il réagit comme n'importe quel homme touché au coeur: il s'effondra sur ses genoux en portant ses gants à l'endroit brûlé où la balle avait pénétré. Du sang poissa le tissu. Puis il s'assit sur ses chevilles, et sembla prêt à s'allonger pour la dernière fois.

Le monstre était vaincu, on exposerait bientôt sa tête, et on l'oublierait ensuite. Aucun plan du Maître ne verrait jamais le jour, sa mission avait échoué: si l'Agent du Diable était un symbole de la lutte entre Mal et Bien, alors le Bien avait encore gagné, face au sempiternel instinct maternel. La Mère plus puissante que la Mort, quelle pitié.

Et il mourut.

Il bondit sur ses jambes, enjamba le lit avec l'agilité d'un acrobate, et courut -oui, courut- jusqu'à sa voie de salut. Sans regards en arrière, sans ralentir, sans dernières paroles, mû par une force plus puissante que celles connues par le commun des mortels. Il ne semblait pas ressentir de douleurs, de peurs, ni même de colère. Il bondissait en de grandes enjambées. La fenêtre ne lui posa pas plus de problème que le lit, et il sauta dans le vide les bras en croix.

Et il disparut.

Si vraiment il venait de l'Ombre, il y était retourné: Cassandra ne put voir ni corps en bas du mur, ni traces de chutes, ni d'autres échappatoires que le pavé en bas. Avait il seulement bondi? Dans le silence angoissant de cette nuit, on aurait peut être pu prendre cela pour une hallucination mais ces mots retentissaient dans l'atmosphère...

Je reviendrai Mesdames de Saint Loup. Pour vous.
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Tout commence par une dormeuse

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