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 Les écrits restent

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Oblivius
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MessageSujet: Les écrits restent   Sam 22 Jan 2011 - 20:24

Janvier était des plus froids et le bois de chauffage ne se donnait pas pendant les mois où on en avait le plus besoin. Comme à l’accoutumé, Plume gagnait humblement sa vie par ses vers. Parfois, les mois d’hiver étaient difficiles, mais s’il lui arrivait de manger peu pour mieux se réchauffer, Plume se dégourdissait les doigts en écrivant des vers sur la venue du printemps. Il serait là avant même qu’elle n’ait le temps de s’en rendre compte. Malgré tout, il restait encore 8 bonnes semaines de froid et si ces températures inhumaines continuaient ainsi, l’écrivaine songeait sérieusement à commencer à manier la hache pour ramener son propre bois. Malgré le fait que les chevaux s’acclimatent habituellement à l’hiver, Plume avait décidé de se départir d’une de ses couvertures pour abriter Espoir, son étalon blanc.

C’était un avant-midi radieux malgré le froid. Heureusement qu’il y a avait le soleil pour donner une illusion de chaleur. Les gens avaient peine à croire qu’il y avait quelques semaines seulement, il y avait à peine une trace de neige sur le sol et on pouvait se promener le rose aux joues, picotées par le froid presque agréable du début de l’hiver. Ce matin-là, les bancs de neiges atteignaient les genoux et le vent fouettait le visage comme une violente gifle.

Plume se rappela de cette soirée d’automne où elle avait fait la connaissance de Adal Loewenstein, alors qu’elle l’avait recueilli suite à un incident où il s’était blessé à la tête. En conversant avec lui, elle en était venue à la conclusion qu’elle pouvait lui faire confiance et que son manuscrit avec suffisamment dormi au coin de sa table de travail. Ainsi le lui avait-elle confié et avait-il proposé, dans une grande générosité, de le faire imprimer et relié. Chose qui aurait été impossible pour Plume de par la nature du manuscrit, mais également, parce qu’elle n’aurait jamais eu les moyens de s’offrir un tel luxe. Quelques temps après cela, Adal était revenu lui rapporter le précieux manuscrit original, ainsi que sa copie imprimée. Il avait aussi pris sur lui d’engager un couvreur pour réparer le toit de la roulotte qui fuyait… Tel que promis. Mais concernant le roman, il avait avoué avoir fait imprimer une deuxième copie qu’il pourrait confier à des personnes de confiance. Le roman n’était pas signé, Plume accepta donc. Après tout, elle n’avait pas écrit cette histoire pour qu’elle s’empoussière dans ses archives personnelles. De plus elle faisait confiance au jeune noble. Non, elle ne le connaissait pas depuis longtemps, mais son instinct lui dictait qu’elle pouvait croire cet artiste de talent.

D’une certaine manière, Plume était soulagée de savoir que son roman exécutait la tâche pour laquelle il avait été créé. Il était plutôt rare que l’écrivaine soit en manque d’inspiration, mais de voir ce manuscrit non lu jour après jour la freinait dans sa créativité. Elle en venait à se questionner et remettre en question son rôle d’écrivaine, d’artiste. Elle croyait fermement que les artistes avaient le devoir d’exposer une vision du monde différent de celle en vigueur à une époque donnée, même si cela devait choquer. Maintenant que le manuscrit trouvait des lecteurs, qu’ils aiment ou non ce qu’ils lisaient, l’écrivaine pouvait penser à autre chose. Étonnamment. Elle ne craignait pas les conséquences. Pour un auteur, l’essentiel était d’être lu, le reste n’avait que peu d’importance.

Jusqu’à ce qu’on vienne frapper à la porte.

Cela ne sortait en rien du commun. Malgré le froid, les gens ne s’empêchaient pas de vivre et Plume ne refuserait certainement pas du travail. Le four chauffant pratiquement au rouge dans le petit espace, malgré tout chaleureux et accueillant, le décor n’avait pas changé : un lit, un four, une petite table de travail, un coffre, étaient les uniques meubles qui composaient le décor. La décoration se composait d’étoffes et de rideaux dans les teintes de bleu et d’orange ramenés de voyages. Plume, enroulé dans un châle bleu quitta le monde de la création pour aller répondre à la porte.

Une dame rousse l’attendait dans le froid.

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MessageSujet: Re: Les écrits restent   Dim 6 Fév 2011 - 19:18

Viviane, en venant ici avait enfreint bon nombre des règlements de la Tribu d’Olrun, mais elle n’en n’avait cure. Depuis son aventure avec l’Agent du Diable, elle avait décidé qu’il était temps de s’accorder du temps pour elle et ses plaisirs. Elle ferait toujours face à ses obligations, tant en tant que Prêtresse d’Olrun qu’en tant que commerçante très en vue dans la petite ville de Forbach. Mais les mesures restrictives imposées par Europe n’avaient plus aucun sens puisque l’Agent du Diable s’attaquait à n’importe qui et était une menace bien plus grande que l’Inquisition. Alors quand elle avait entendu parler de cet ouvrage, elle avait cherché à en savoir plus. Jamais elle n’avait eu de contact direct avec Adal, afin qu’Europe ne puisse pas le lui reprocher si d’aventure elle apprenait quelque chose de cette histoire. Elle avait payé un homme de main, fidèle à son père autrefois, pour récolter de plus amples informations sur ces rumeurs, ce livre et son auteur. Il avait fallu attendre plusieurs semaines pour savoir qui était l’auteur, et il avait fallu montrer patte blanche pour accéder à ces informations.

Mais maintenant, Viviane en était là, elle avait lu le roman, elle l’avait dévoré aussi rapidement qu’elle le pouvait, le lisant à l’abri des regards. Elle avait pleuré sur l’injustice cruelle du sort de Ninon. Elle aurait voulu croire que ce n’était pas vrai, que cette fille n’existait pas et n’avait jamais existé, mais au fond d’elle, elle savait que ce n’était pas vrai. Des Ninon, il y en avait eu des centaines, des milliers peut-être, innocentes et pourtant condamnées. Même elle, même Viviane, Prêtresse d’Olrun n’aurait pas pu répondre spontanément positivement à la Question. Jamais elle n’avait fait de pacte avec le diable, jamais elle n’avait renié la religion chrétienne pour la simple et bonne raison qu’elle n’y avait jamais adhéré. Alors que se passerait-il si elle était arrêtée un jour ? Aurait-elle la force de lutter ? Avouerait-elle ses « crimes » ? Viviane était fière d’être une sorcière, parce qu’elle savait que ce qu’elle faisait n’était en rien mal, jamais elle n’avait blessé qui que ce soit, jamais personne n’avait eu à déplorer un ami ou un amant par sa faute… Mais la chasse que menait l’Inquisition engendrait toujours plus de morts, bien plus chez des personnes innocentes que chez des « vrais coupables » d’ailleurs. Parfois, Viviane se disait que si elle et ses sœurs cessaient toute activité, tout serait plus simple. Mais comment renier ce qu’elles étaient ? Comment dire non à ce qu’on est au plus profond de nous ?

Viviane se sentait perdue, depuis l’épisode avec l’Agent du Diable, elle avait les émotions à fleur de peau, passait du rire aux larmes en rien de temps. Savoir que cette ordure avait également menacé sa sœur et sa nièce la rendait furieuse, elle aurait voulu pouvoir les protéger, comme elle les avait protégées de la peste quelques années plus tôt. Mais face à un tel mal, elle était impuissante, tout comme Europe ou même le Lys Noir…

Resserrant son manteau autour d’elle Viviane frissonna, un vent glacial balayait les rues désertes, vu le froid qui régnait, peu de gens s’étaient risqués à sortir de chez eux, Forbach était étrangement immobile, comme reprenant son souffle avant une nouvelle bataille. Viviane ne savait pas trop quelle serait sa place dans cette nouvelle lutte si même elle y participait, mais le monde était en train d’évoluer, de plus en plus vite. Au bout de chemin, elle vit enfin sa destination, une petite roulotte, étrangement perdue parmi les étendues blanches que formait la neige. Viviane était sûre de ne pas s’être trompée d’endroit, mais elle ne savait pas très bien comment elle allait être accueillie. Et si cet auteur ne voulait pas l’entendre ? Ne pas écouter ce qu’elle avait à dire ? Viviane avait beaucoup de questions pour elle : était-elle une sorcière elle aussi ? Si non, comment était-elle aussi bien renseignée sur la question ? Pourquoi avait-elle écrit ce livre ?

Une fois devant la porte, elle frappa. Il y eu un peu de bruit, puis la porte s’ouvrit sur une jeune femme d’une beauté troublante. Ses yeux étaient d’un bleu étrangement clair, ses cheveux aussi blonds que les blés murs, une aura de douceur se dégageait de ses traits. Qui qu’elle fut, qu’elle que fut son histoire, Viviane ressentit pour elle une admiration. Qui aurait cru que derrière une plume aussi acérée se dégageait autant de délicatesse ?

- Bonjour. Je m’appelle Viviane Valdemar. C’est Adal qui m’a dit que je pourrais vous trouver ici. J’ai lu votre roman, j’aimerais beaucoup vous parler si vous avez quelques instants à m’accorder.
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MessageSujet: Re: Les écrits restent   Mar 15 Mar 2011 - 6:21

La femme devant elle, la femme rousse, semblait de naissance aisée, son regard vif témoignait une éducation à laquelle l'écriture et la lecture n'avaient sûrement pas fait défaut. Bien entendu, les clients de Plume n'étaient pas tous des bougres illettrés. Certaines personnes sachant manier la plume avaient parfois besoin d'un talent supplémentaire pour bien exprimer tout ce qu'ils avaient à dire et c'est pour cela qu'ils faisaient appel à l'écrivaine. Non seulement avait-elle ce talent, mais en plus, elle possédait un sens de l'observation aiguisé qui donnait parfois l'impression à son interlocuteur de lire dans les pensée, mais tout cela n'avait rien de magique, bien au contraire. Il n'y avait rien de plus terre-à-terre que l'observation de l'être humaine, ses profils, ses faciès, ses tics, ses rires, sourires en coin, façon de parler de se tenir debout, de balancer les bras nonchalamment. Tout cachait une personnalité, un état d'esprit, une émotion. L'émotion est comme un rat qui se faufilerait les fissures des murs d'une maison. On peut le nier ou le cacher autant qu'on peut, on finit toujours par voir son nez pointer là où il ne faut pas.

Mais Plume n'eut pas le temps de cerner la femme devant elle. C'est plutôt l'écrivaine qui fut prise de court et estomaquée de l'entendre parler du manuscrit. Elle qui venait tout juste de penser qu'elle ne craignait rien étant donné qu'il n'était pas signé. Elle qui était soulagée de l'avoir confié à Adal et à des lecteurs inconnus. Elle ne pensait pas que, de si tôt, un de ses lecteurs cognerait à sa porte. Au moins, cette femme n'avait pas une tête d'inquisiteur, mais on ne sait jamais avec ces malades. Ce qui convainquit Plume de ne pas nier qu'elle était à l'origine du roman fut que la dame rousse mentionna Adal. Prenant le risque, elle invita la dame à entrer chez elle. Après tout, ce n'était pas un temps à laisser même un ennemis potentiel dehors. Non cette femme n'en avait pas l'air, mais quand on est l'auteur d'un récit qui en tout point d'un point de vue opposé à l'inquisition active dans cette ville, il y a de quoi se méfier de tout le monde. On en a tué pour moins que cela.


«Je suis désolée pour mes manières, mais vous me voyez bien surprise de votre visite. Je suis bien naïve de croire que le simple fait de ne pas signer un écrit efface la trace qui mène à son auteur. Mais vous connaissez Adal et je lui fait confiance. En quoi puis-je vous aider?»

Plume invita l'étrangère à s'asseoir sur l'unique chaise de la pièce alors qu'elle plaçait une bouilloire sur le poêle dans le but d'offrir du thé à son invitée.

«Vous aimez le thé madame... Quelle maladresse, je suis Plume, mais sans doute le savez-vous déjà, et vous...»
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MessageSujet: Re: Les écrits restent   Mer 13 Avr 2011 - 22:58

Viviane se rendit compte que sa visite impromptue aurait pu créer un vent de panique chez son interlocutrice. À partir du moment où elle avait écrit un ouvrage pareil et avait accepté de mettre en circulation quelques rares exemplaires, il était sûr qu'elle devait être sur les nerfs. Comment ne pas craindre qu'il tombe entre les mains de l'inquisition et qu'elle se fasse arrêter. Viviane aurait peut-être dû un peu penser à autre chose qu'elle-même avant de se lancer dans cette entreprise. Elle tenta alors de s'excuser pour cette intrusion sans doute malvenue dans la vie de l'écrivain.

- Je suis désolée. Je viens de me rendre compte que ma démarche était vraiment égoïste, je n'avais aucun droit à chercher à savoir qui se cachait derrière l'écriture de ce roman, je n'aurais pas dû... Je suis désolée de vous importuner de la sorte.

Sa repentance était sincère, mais sans doute un peu tardive. Viviane suivit pourtant Plume à l'intérieur et s'assit sur la chaise qu'elle lui avait présenté. Alors que son hôte s'affairait à mettre à chauffer de l'eau, Viviane tentait de remettre de l'ordre dans ses pensées. De nombreuses questions se bousculaient dans sa tête, et elle ne savait pas par où commencer. Plume n'était sans doute pas une sorcière elle-même, Viviane en était plus ou moins convaincue. Elle l'avait deviné au travers des mots, et puis, elle ne faisait pas partie d'Olrun, or, vu ce qu'elle avait écrit, elle ne pouvait certainement pas appartenir au Lys non plus. Comme elle ne savait pas trop comment aborder le sujet qui lui tenait à coeur, elle commença par remercier son hôte pour son accueil.

- Du thé c'est très bien, merci, j'adore ça !

Tout en promenant son regard dans la petite pièce, Viviane laissa un silence un peu pesant s'installer, elle se sentait terriblement mal à l'aise, elle se rendait compte que sa venue n'était sans doute pas désirée, et la politesse de son hôte la culpabilisait. Et si elle la dérangeait en plein travail ? Confuse, la Prêtresse ne savait trop comment parler, elle se sentait timide et déplacée.

- Je... Je m'excuse vraiment de venir à l'improviste, j'aurais dû charger un messager de vous demander si je pouvais venir, je me sens terriblement gênée. Je suis venue ici pour discuter tout simplement. J'ai beaucoup aimé votre ouvrage, il m'a passionnée d'un bout à l'autre.

Au fur et à mesure qu'elle parlait, Viviane s'échauffait, se sentait plus à l'aise. Après tout, elle n'était pas venue pour rien, alors tant qu'à faire, autant poser les questions qui lui brûlaient les lèvres depuis quelques semaines. Forbach était le théâtre de maintes intrigues, et ce, depuis de nombreuses années. Viviane, en tant que sorcière, y avait toujours été mêlée de près mais jamais elle n'avait réalisé à quel point les autres habitant de la ville pouvaient également y être mêlés.

- Je m'excuse du côté un peu abrupt de mes questions, mais je me demandais, pourquoi avez-vous pris cause pour les sorcières. Toute la ville n'aspire qu'à une chose, leur départ, pour qu'ils puissent enfin être en paix. Je ne crois pas en cette solution, parce que l'Inquisition est bien trop implantée pour partir de si tôt, mais vous, pourquoi avez-vous écrit cet ouvrage ? Si vous ne désirez pas répondre à mes questions, je le comprendrais parfaitement, je me rend compte du caractère cavalier de celles-ci...

Il n'était pas dans les habitudes de Viviane de se comporter de la sorte, mais maintenant qu'elle avait commencé, elle avait du mal à s'arrêter. Plume était une personne intéressante, pourvue de qualités rares parmi les citoyens de cette ville : elle était clairvoyante.
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MessageSujet: Re: Les écrits restent   Jeu 21 Avr 2011 - 3:49

Jamais Plume n'aurais fait sentir à un invité aussi impromptu soit-il, mais pourvu de bonnes intentions, qu'il n'était pas le bienvenue sous son humble toit. Ainsi s'amusait-elle de voir cette dame de prestance se répandre en excuses sur sa présence ce jour-là. Il faut dire qu'elle se trouvait là pour d'autres raisons que ses clients habituels. Néanmoins, cela n'embêtait pas l'écrivaine. La dame semblait honnête. Après tout, l'Inquisition n'avait pas l'habitude de se déguiser sous les robes d'une aristocrate quand ils avaient des soupçons. D'ailleurs, les soupçons, pour eux constituaient pratiquement des preuves d'inculpation. Non, ils ne faisaient pas dans la subtilité et la dentelle. Plume en savait quelque chose.

La dame avait accepté l'invitation de Plume à entrer. Cette dernière se réjouit de constater qu'elle aimait le thé. Elle sortit donc deux tasses. Pendant que l'eau bouillait en crépitant tranquillement, Mademoiselle Valdemar, ainsi se nommait-elle continuait de s'excuser sur sa présence. Aurait-elle dû envoyer un messager?! Quelle en aurait été l'utilité? Le fait qu'elle se trouvait là en personne ce matin prouvait qu'elle était du genre spontanée à répondre à une impulsion soudaine. Plume aimait ce genre de personnes. Ils avaient la fibres des artistes ou des aventuriers. Il était bien plus agréable de converser avec eux qu'avec les esprits cartésiens pour qui aucune magie n'existait. Exactement le type de personnes qui constituaient les rangs de la Sainte Inquisition.


«Je vous en prie Mademoiselle Valdemar, ne vous excusez plus, je vous assure que votre présence ici, quelqu'en soit la raison, ne me gêne nullement. Je sais que je peux vous faire confiance. Je ne vous connais pas, mais je vois en vous regardant que je peux vous faire confiance.»

Plume n'avait pas de don magique, même si dans le monde dans lequel elle vivait, son don extraordinaire pour l'observation des gens aurait pu sembler être de la sorcellerie. En fait non. Elle voyait les gens et repérait immédiatement leurs tics, leur façon de se tenir, de parler, de prononcer les mots. Ainsi comme elle avait beaucoup voyagé, elle pouvait dire également de quel coin de pays venait une personne. Les menteurs aussi, elle arrivait à les démasquer la plupart du temps. Et Mademoiselle Valdemar n'avait pas l'air d'une menteuse. Cette dernière posa d'ailleurs la question pour laquelle elle était venue, à savoir pourquoi avoir écrit sur les sorcières.

«Je crois que les artistes ont le devoir de décrire la réalité qui les entoure en dénonçant les horreurs de leur époque. Puisque vous me dites que vous avez apprécié le récit et vous m'en voyez heureuse, vous êtes sans doute d'accord avec moi que l'Inquisition aussi Sainte puisse-t-elle être est une institution dont nous aurions tort d'être fiers vis-à-vis nos générations futures.»

Plume pris une pause. C'était bien la réalité, elle avait toujours cru que les artistes avaient un rôle moral dans la société. Mais il y avait une autre raison qui avait poussé l'écrivaine à parler de la chasse aux sorcières.

«J'étais partie pour un long voyage quand je suis revenue le jour même du bûcher de 1640. Je me voyais heureuse de retrouver le comté qui constitue pour moi une demeure. Mais je ne suis pas revenue le bon jour. J'ai pris conscience que j'avais vieilli, que le village avait vieilli, mais que les choses n'avaient pas changé et semblaient empirer. Je suis d'une nature optimiste, je crois en la bonté de l'humanité, mais il y a des jours où cela semble impossible et même la plus heureuse des personnes vivant en ce monde ne pourrait garder son sourire à la vue d'autant de bassesses.»

Plume pensait à son époux d'une seule journée, à sa famille... Ce jour qui aurait dû être le premier de sa nouvelle vie, mais ses espoirs de vivre avec son amoureux et d'avoir des enfants de lui avaient été réduits à du sang et des cadavres. Toutes ces personnes qui avaient compté pour elle avaient été assassinées sous le prétexte de la différence. Et sa mère adoptive, Maria, la diseuse de bonne aventure, brûlée vive. Le bûcher de 1640 avait ravivé ce souvenir en elle.
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MessageSujet: Re: Les écrits restent   Jeu 12 Mai 2011 - 1:24

Fascinante, c'était le premier mot qui serait venu à l'esprit de Viviane si elle avait dû décrire son hôte. La jeune femme était d'une beauté diaphane, c'en était presque troublant. Viviane se concentrait du mieux qu'elle pouvait sur les paroles de son interlocutrice. Plume avait une vision du monde qui correspondait à celle de la sorcière qui ressentit un élan de compassion à la mention du bûcher de 1640. Il avait fallu sans doute beaucoup de courage à l'écrivaine pour coucher sur papiers des émotions qui la frappaient de plein fouet.

- Je vous admire Plume ! Ce que vous avez écrit m'a profondément touchée. Je ne peux que vous rejoindre sur ce que vous pensez de l'Inquisition. C'est à cause d'elle que j'ai perdu mon père, le seul membre de ma famille qu'il me restait à l'époque. Je ne pourrai jamais leur pardonner cette brutalité inutile, ces méthodes sanglantes, cet aveuglement. Et pourtant, ma soeur, que j'ai retrouvée il y a quelques années maintenant, en fait partie. Comment pourrais-je détester l'institution qui lui a permis de me retrouver, après 15 ans d'absence.


Les sentiments de Viviane vis-à-vis de l'Inquisition étaient toujours ambigus. Il y avait une part d'elle qui la détestait, qui détestait aussi Cassandra de ne pas vouloir la quitter définitivement, alors même que sa fille appartenait désormais à la Tribu. Mais il y avait une autre part d'elle qui bénissait l'Inquisition d'avoir pu lui rendre sa soeur adorée, après une si longue absence, au moment où elle en avait le plus besoin. Mais l'Inquisition était un danger, un véritable danger, dont il fallait se méfier plus que tout.

- Je ne saurais cependant m'empêcher de vous demander de prendre garde. L'Inquisition est bien occupée avec l'Agent du Diable pour le moment, mais ça ne saurait durer. Viendra un moment où ils s'ennuieront à nouveau et prêteront l'oreille aux rumeurs. L'existence de votre ouvrage leur sera révélé, n'en doutez pas une seconde, et qui sait alors, ce qu'il feront pour retrouver son auteur. Faites attention Plume, j'admire ce que vous avez fait, mais c'est dangereux. Si un jour vous en avez besoin, je pourrai vous protéger. Je tiens une boutique de draps dans les quartiers d'en haut, n'hésitez pas à venir vous y réfugier si vous en avez besoin. Je peux vous protéger, j'en ai les moyens.

Elle avait bien appuyé sur les derniers mots. Viviane ne savait pas trop ce qui l'avait poussée à dire cela, pourquoi elle s'était embarquée dans une histoire pareille, peut-être était-ce les événements des semaines précédentes, mais peut-être était autre chose. De la profonde reconnaissance au fond, pour cette femme qui ne jugeait pas hâtivement les sorcières, qui savait que ce qu'elles faisaient n'était pas mal en soi. Contrairement à tous les habitants de cette ville, Plume n'était pas contre les sorcières, elle semblait même les apprécier d'une certaine manière, et c'était quelque chose qui n'avait pas de prix en ces temps durs.

- Je ne veux pas vous faire peur, loin de là, je veux simplement vous assurer que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous aider si besoin est. J'ai dû montrer patte blanche pour pouvoir vous rencontrer, mais l'Inquisition pourrait faire de même si elle n'a pas autre chose à se mettre sous la dent. Vous ne méritez pas d'être arrêtée et soumise à la question, sans doute arrêtée pour sorcellerie alors même que vous n'en n'êtes pas une, je me trompe ?

Viviane était imprudente, elle s'avançait en un terrain glissant, mais elle avait été sage toute sa vie et n'avait récolté que des malheurs et des ennuis. Alors désormais, elle serait plus entreprenante, elle se ferait plaisir, elle prendrait soin d'elle. Impatiente, elle attendait la réponse de Plume. Peut-être qu'elle avait traumatisé la jeune femme avec ses idées...
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MessageSujet: Re: Les écrits restent   Lun 23 Mai 2011 - 0:26

Des gens sincères comme Mademoiselle Valdemar se faisaient rares. La plupart des personnes en ce monde attendait quelque chose de la part des gens qu'elles rencontraient. Tout est du commerce. Et tout se cache sous des apparences parfois trompeuses. Il fallait dons apprécier ces moments où on peut discuter simplement pour discuter avec une personne de bonne foi. Alors que la conversation se poursuivait, Mlle Valdemar exprima ce qu'elle avait ressentit à la lecture du manuscrit de Plume. Cela l'avait touchée parce que sa propre famille avait été victime de l'Inquisition... Évidemment, l'écrivaine ne put s'empêcher d'être envahie par une vague de sympathie pour elle puisqu'il lui était arrivé la même chose. Mlle Valdemar parlait à coeur ouvert. Si la joie de vivre de Plume était contagieuse, il lui arrivait, cependant, peu souvent de parler des évènements tragiques de son passé. Mais contrairement à Plume qui n'avait que des raisons d'haïr l'Inquisition, Vivianne était tiraillée entre deux sentiments. Comment apprécier une institution qui avait pris la vie de son propre père, et comment haïr cette même institution qui lui avait redonné une soeur?

«Votre histoire est étonnante. Je comprends que vos sentiments soient ambiguës.»

Plume fit une pause.

«Mais vous ne devriez pas m'admirer. Malgré les apparences, il m'est difficile de ne pas vouer une haine viscérale envers les inquisiteurs. J'ai été mariée, voyez-vous. Il y a plus de 15 ans de cela. J'ai été mariée une seule journée. Ils l'ont... Il y avait du sang partout. Il est mort dans mes bras. Nous devions servir d'exemple. Les nomades, les gitans, romanichels, peu importe comment vous les appelez. Ils ne les aiment pas.»

Ainsi, Plume savait pertinemment que ce manuscrit était dangereux. Il n'était pas signé, mais si Mlle Valdemar avait pu remonter jusqu'à elle, pourquoi pas un inquisiteur. Sans compter que la propre soeur de celle-ci en faisait partie. Jamais il ne serait venu à Plume l'idée que Vivianne puisse la trahir, mais on ne savait jamais jusqu'où pouvait aller une rumeur. Malgré tout, Plume n'avait pas peur. Il s'agissait peut-être de témérité, ou d'une foi naïve en la vie, mais l'écrivaine croyait qu'elle avait suffisamment de vécut pour savoir quand elle devrait partir et disparaître dans un autre pays. Mlle Valdemar lui proposait en cas de besoin de réfugier chez elle. Si cette situation se présentait, elle pourrait se cacher chez elle. Mais se cacher impliquait devenir prisonnière d'une maison. Plume ne pourrait se résoudre à vivre enfermée, mais pour sa survie.

«Vous êtes une personne gentille et avenant, mais l'Inquisition ne me fait pas peur. Je ne suis pas dépourvue de bon sens, je sais que mon manuscrit est dangereux, mais si un jour j'ai à fuir quelque chose, je partirai simplement d'ici. Je ne peux pas me cacher. J'ai toujours vécut en déplacement.»

Cette façon de penser pouvait peut-être être incompréhensible. Mais il fallait avoir vécut la vie de nomade pour préférer mourir libre que vivre enfermée.

Mlle Valdemar exprima à nouveau son inquiétude de voir Plume arrêtée pour sorcellerie et elle-même soumise à la question qu'elle avait décrite dans son manuscrit. Étonnamment, celle-ci posa de façon indirecte une question à savoir si Plume n'était pas une sorcière.

«Non, je ne suis qu'une écrivaine qui observe les gens. Mais qui sont vraiment les sorcières au fait? Je n'en ai jamais vue. Je n'ai vue que des femmes bafouées.»
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MessageSujet: Re: Les écrits restent   Sam 11 Juin 2011 - 15:33

Viviane savait garder ses secrets, et elle n'aimait pas prendre autant de risque que son interlocutrice, elle n'avait aucune envie de lui confier qu'elle était elle-même une sorcière, ou même simplement que les sorcières existaient. Ce mensonge était tellement souvent proféré de sa bouche qu'elle n'y pensait même plus. Pas une seconde, il ne lui vint à l'idée de dévoiler sa véritable nature à Plume, quand bien même elle avait fait preuve d'une grande sincérité jusqu'ici.

« Je ne sais même pas si les sorcières existent, je n'en n'ai jamais rencontré pour ma part. Mais qu'elles existent ou non importe peu. L'Inquisition commet chaque jour des crimes, et ce, à travers toute la France. La raison d'être de ces tribunaux est absurde, ils ne cherchent jamais de preuve et ne font que condamner sur base de dénonciations souvent fausses. »

Prenant le temps de rassembler ses idées, Viviane voulait faire comprendre à Plume que tout ceci n'était pas un jeu. Elle ne cherchait pas à lui donner de leçons, elle est essayait d'aider, de se montrer amie avec celle qui prenait des risques pour les autres.

Au fond, que m'importe que les sorcières existent réellement ou non, ce qui comptent, ce sont les morts, les trop nombreux morts que l'Inquisition a fait au cours de ces vingt dernières années. Trop intolérants, ils n'écoutent rien, ne comprennent pas. Ils accusent d'hérésie des gens qui vont à la messe tous les dimanches et qui prient chaque soir dans leur lit. Tout ceci n'a aucun sens pour moi... Aucun sens... »

Elle avait murmuré ces derniers mots, non, elle ne comprenait pas. Elle ne comprenait pas que Cassandra soit toujours dans l'Inquisition, malgré tout ce qu'elle avait apprit sur son passé. Elle ne comprenait pas comment sa soeur pouvait croire en Dieu alors que de sa naissance à ses seize ans, elles avait prié Olrun, la déesse puissante qui leur donnait force et vitalité.

Mais Viviane ne s'était que trop attardée ici, il était temps pour elle de repartir. Si Europe venait à découvrir où elle avait passé sa matinée, elle ne donnait pas cher de sa peau et de sa mémoire. Si sa relation avec la Grande Prêtresse s'était nettement améliorée ces derniers temps, la confiance qu'elle avait en son amie avait été trop ébranlée pour que Viviane puisse lui pardonner son comportement facilement.

« Je suis désolée, mais je ne vais plus m'attarder, il est temps pour moi de rentrer. J'ai encore beaucoup à faire aujourd'hui. Je vous remercie du temps que vous m'avez accordé et de l'accueil si chaleureux que vous m'avez fait. Quoi que vous en pensiez, n'oubliez pas Plume, si besoin est, je peux vous aider. Et vous êtes une personne remarquable, ne laissez jamais personne en douter ! »


La sorcière se leva, jeta un dernier regard à son hôte avant de se diriger vers la porte de la roulotte.
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