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 Retrouvailles

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Sergent
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MessageSujet: Retrouvailles   Jeu 27 Jan 2011 - 21:55

C’était une froide journée d’hiver qui s’était levée sur Forbach. Avec comme d’habitude, son lot de courants d’air glacés, de paysages désolés, de nuages uniformément gris. David dormait encore lorsqu’au point du jour, il entendit des voix familières dans les couloirs de la Collégiale. Reconnaissant celle de Sarah Geisler, il sut, même encore plongé dans les brumes cotonneuses d’un demi-sommeil, que quelque chose n’était pas comme d’habitude; elle n’avait pas maquillé son timbre pour le rendre plus grave, plus masculin. Une autre voix lui donnait la réplique, féminine elle aussi, et David la reconnaissait sans peine. Il quitta prestement son lit, faisant au passage tomber son oreiller de plumes d’oies, et se vêtit en hâte pour sortir dans le couloir. Le jour se levait à peine, répandant une lumière céruléenne. Deux silhouettes familières discutaient à l’angle du corridor, près d’une fenêtre qui offrait une vue sur la cour en terre battue de la Collégiale où les Inquisiteurs s’activaient déjà. S’arrachant des derniers vestiges du sommeil, David s’avança vers elles à pas vif pour capter leur discussion.

Les deux femmes se faisaient face et parlaient avec animation. Le jeune homme vit effectivement sa mère, Sarah Geisler, déjà habillée en Sébastien Garin pour la journée. Puis il reconnut la seconde personne à sa crinière de cheveux roux et sa stature fière et digne, bien qu’une expression à la fois inquiète et soulagée se peignit sur son visage. Cassandra de Saint-Loup avait l’air de quelqu’un qui venait de réchapper de justesse à une grande catastrophe. David se demandait ce qui pouvait bien la mettre dans cet état lorsqu’il arriva près de sa mère et son amie, le souffle court, les saluant toutes deux d’un bref signe de tête.

Cassandra lui apprit aussitôt après qu’il y avait eu une nouvelle agression la nuit dernière. Le jeune homme sera les mâchoires; l’Agent du Diable, ainsi qu’il l’avait promis, semait la terreur dans Forbach, s’introduisant aléatoirement chez les citoyens pour des forfaits de gravité variable et totalement imprévisible. Tel une ombre, il demeurait insaisissable, là où on l’attendait le moins, ayant toujours un coup d’avance sur ses victimes. Lorsque Cassandra ajouta que l’événement avait eu lieu chez la Comtesse, David maudit l’Agent du Diable pour s’introduire aussi impunément chez les plus hauts dignitaires de Forbach, sans saisir tout de suite le corollaire de cette information. Puis il comprit ce qu’elle signifiait et leva les yeux vers Cassandra qui hocha la tête d’un air grave, avant de prononcer le nom de Narcissa.

David n’attendit même pas la fin de la phrase. Il s’élança dans le couloir, entendant Cassandra dire dans son dos que sa fille était vivante et que, malgré le choc, sa santé n’était pas en danger. Le jeune homme dévala les escaliers, sortit dans l’air froid de l’hiver qui le gifla au visage, se dirigea vers les écuries et sauta à cru sur le premier cheval qui lui passait sous la main. Dehors, les pluies récentes creusaient des flaques opaques au milieu des rues boueuses, parsemées de tas de neige gelée. Certaines bourrasques chariaient encore de rares flocons qui fondaient instantanément après avoir touché de sol.

David parcourut la ville d’un trait avant même de réfléchir à son acte… irréfléchi. Arrivé à destination, il sauta à bas de sa monture et réalisa seulement la portée de son action. Il était sur le point de se précipiter chez la Comtesse, pour prendre des nouvelles de la victime d’une agression, une fille… qu’il n’avait pas vu depuis des années! Ou plutôt si, mais seulement de vue. Environ huit mois auparavant, alors qu’elle emménageait tout juste à Forbach avec sa mère, revenant de Rodez. Elle avait tellement changé alors, qu’il n’avait pas tout de suite reconnu la gosse rouquine avec qui il crapahutait étant enfant, lors des longues et bienheureuses vacances passées sous le soleil de Rouergue. A cette époque là, ils étaient deux enfants uniques ayant trouvé le lien de fraternité qui leur manquait. Ils avaient parlé, souri, joué, fait de nombreuses bêtises qui leur avaient parfois valu pas mal d’ennuis et de savons; toujours pardonnés cependant, par l’autorité sévère mais bienveillante de Cassandra et son époux le chevalier de Malte.
Depuis la mort de celui-ci, David n’était plus retourné à Rodez. S’en était suivie une correspondance plutôt lacunaire avec sa petite sœur par procuration, mais les lettres ne remplaçaient pas la personne. En quatre ans seulement, elle était devenue méconnaissable. Cela faisait si longtemps qu’ils ne s’étaient pas vus; en plus, depuis son retour à Forbach, David n’était pas venu de lui-même la saluer. Comment allait-elle réagir en le voyant? Elle lui en voudrait sans doute de ne pas être venu à elle. Mais le reconnaîtrait-elle seulement? Mal coiffé, pas rasé, au saut du lit… il ne devait plus tellement ressembler à l’adolescent de 16 ans qu’elle avait connu. D’un geste machinal, il tenta de discipliner sa tignasse noire, ce qui n’eut strictement aucun effet.

Bon, inutile de tergiverser pendant des heures. David se présenta aux domestiques et se fit annoncer avec l’étrange sentiment de passer un entretien d’embauche. On le fit patienter dans un boudoir très luxueux, le genre de pièces où il avait horreur de se retrouver. Mal à l’aise au milieu des dorures, des regards fixes des immenses tableaux et de l’art baroque surétalé, la richesse des nobles lui faisant presque mal aux yeux. En plus, ici était le lieu de résidence de la Comtesse et pour des raisons mystérieuses et instinctives, il ne tenait pas à s’approcher de cette femme. Il lui souhaitait une belle et longue vie, mais le plus loin possible de lui.
Tandis qu’il patientait, David pensa à Cassandra. L’avait-elle suivi jusqu’ici, après avoir terminé de discuter avec Sarah Geisler? Si tel était le cas, elle ne tarderait sans doute pas à débarquer. En se grattant le crâne d’un air pensif, le jeune homme eut le pressentiment qu’elle n’aimerait peut-être pas le savoir seul à seul avec -ou trop près de- sa fille. Un fait pas nécessairement étonnant…

Enfin, alors qu’il commençait à trouver le temps long, le domestique vint le chercher et l’introduit dans une autre pièce… où il eut soudain sous les yeux Narcissa de Saint-Loup, en chair et en os.
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MessageSujet: Re: Retrouvailles   Jeu 27 Jan 2011 - 23:19

L’Agent du Diable l’avait blessé, elle refusait de perdre cette bataille. Elle ne dormirait pas, vivrait une journée parfaitement normale, ne céderait à aucune peur. Ses gens devaient être rassurés, leur petite maîtresse bien aimée allait bien. Narcissa pendant sa toilette calma les angoisses de ses servantes à chaque étourdissement, quand son cou et sa nuque abîmés saignaient et que ses mains tremblaient si fort, ne pouvait tenir une étole. Chassant d’un revers de la main son amertume, elle distribuait des paroles réconfortantes et de doux sourires avec une aura qui se voulait apaisante. 
L’Agent du Diable l’avait blessé, elle refusait de perdre cette bataille. Il avait une faille, il avait eu peur, on en aurait juré ! La noble serra dans ses bras l’enfant de Vicenç. Son agresseur ne la toucherait pas, ni son père ni elle. Il ne choisissait que des proies faciles. Tout le monde serait sur ses gardes, personne ne sera jamais seul et chaque binôme aurait une arme à feu. Elle l’embrassa, la berça, la petite fille s’endormit. Isolina l’a pris pour la mettre dans son lit. 
L’Agent du Diable l’avait blessé, elle refusait de perdre cette bataille, ses gens étaient prévenus et se défendraient s’il approchait encore. Narcissa s’inquiéta pour sa tante qui à cette heure devait être au courant de cette mésaventure. Elle demanda qu’on lui selle Magellan, un magnifique cheval, le plus calme. Elle promit de ne pas aller vite, accepta que son palefrenier et l’un de ses valets fassent l’escorte. Elle demanda qu’on la change pour cette robe mieux adaptée de velours bleu nuit, de cette paire de bottes et de cette étoffe propre. 

On frappa à sa porte, Arramon lui demanda si elle voulait donner une audience à un certain David Geisler. Son visage pâli, le moment qu’elle redoutait tant était arrivé, à la plus mauvaise journée. Mais pourquoi était-il venu aujourd’hui ? Non, cela ne pouvait venir de lui-même. Peut-être un ordre de sa mère d’avoir un homme de main pour la protéger ? Il la connaissait et était toujours de confiance. Cela ne pouvait pas être pour s’en quérir de son état, non, il ne pouvait pas venir de lui-même. Quatre ans d’absences comblées à peine par une correspondance épisodique, huit mois dans ce petit village et aucune visite. L’éloignement les avaient-ils séparés ? Avait-il oublié leurs jeux, rires et codes ? Avait-il oublié leurs confidences et ces secrets laissés tout près du pommier de la Mère Claudel ? Que reste-t-il maintenant de ce lien qui semblait indestructible, de cette impression que malgré la distance, il y avait un frère qui n’attendait que de ses nouvelles ? Lui reprocherait-il sa négligence ? Il était adulte et avait une situation avec tant de responsabilités. Comment savoir si une petite visite ne l’aurait pas ennuyé ? Oh ! Si elle n’avait pas eu si peur de perdre à nouveau une personne aimée. Si les convenances et l’étiquette ne la bloquaient pas pour faire ce que son cœur désirait depuis si longtemps. Il y aurait eu ces retrouvailles et toutes ses inquiétudes seraient parties. Elle aurait été certaine qu’il ne la considérait plus comme une sœur, mais pire, une étrangère ! Et là, huit mois auraient passé, elle serait maintenant en route pour voir sa tante et pas ici, clouée au sol, rongée par cette boule au ventre en balbutiant un oui presque inaudible. Le visiteur attendrait dans le Salon de Jupiter. La porte se referma. L’Agent du Diable l’avait blessée, elle refusait de perdre cette bataille, mais cet idiot pourrait lui voler un frère de cœur ! 

Il lui fallait des bijoux ! Il fallait qu’elle soit à son avantage, être une étrangère oui, mais digne de son titre. Quelle idiote ! Surtout pas de signes de richesse, David détestait ça ! Mon Dieu, le petit salon était trop ostentatoire ! Il fallait prendre la pièce adjacente. On respire, les retrouvailles se passeront dedans, elle est simple, bien éclairée et à cette heure de la journée, totalement vide. Voilà, on se calme. Oh ! Mais sa tenue était-elle parfaite ? La mettait-elle à son avantage ? Elle demanda à Mativa. Narcissa était parfaite et le bleu nuit lui allait à ravir, en plus cette étoffe de coton blanc qui couvrait les cicatrices de son cou, mettait en valeur son port altier. Port altier ? Depuis quand elle avait un port altier ? Mais mademoiselle depuis toujours. La noble eut une mine déconfite, la voilà impressionnante maintenant. La domestique ria et la rassura, ce jeune homme s’il était digne de son intérêt, ne la jugerait pas. Ne la jugerait pas ? C’est pire de ce qu’elle pensait ! Elle était vraiment une étrangère à ses propres yeux. 
Cinq minutes passèrent ainsi. Arramon toqua à nouveau à sa porte, David l’attendait. Elle soupira et déclara qu’elle le recevrait dans le Petit Salon de Thétis, elle respira à nouveau et s’élança dignement dans le couloir glacé. Certains nobles la jaugeaient, la rumeur de cette agression venait de parcourir tout le château. Pour faire fit et se moquer d’eux, elle marcha triomphalement, claquant ses bottes sur le sol. En suivant l’étiquette des plus Hauts Nobles, elle les ignora, sans un sourire pour eux. Tous baissèrent les yeux. L’Agent du Diable l’avait blessé, elle refusait de perdre cette bataille, et d’un hochement de tête, elle venait de museler les commères, remettre à leur place les nobliaux et gagner un respect certain pour les autres. Elle venait de prouver qu’elle était l’une des Cousines du Roi, digne d’Henri IV et des Contes de Rodez qui ne tremblaient pas à chaque coup du destin. Par conséquent, toute cette Cour était devenue bien petite, en huit mois, elle avait enfin triomphé, prouvé son sang et son rang. Elle était au-dessus d’eux. Quelle magnifique liberté ! La voilà maintenant digne de sa mère. 

La voici dans le Petit Salon. Devait-elle s’asseoir ? Non, il fallait rester debout. Mettre sa main sur le fauteuil ? Rester près de la fenêtre ? Oui, cette lumière ne pouvait que la mettre en valeur. La porte s’ouvrit, le valet partit, elle vit enfin l’être tant redouté. 
Il avait tant changé ! Mais elle le reconnaîtrait parmi mille copies, il avait encore ses milliers de petites choses qui le rendaient unique. Bien sûr, certaines d’entres-elles avaient subies quelques transformations, mais c’était bien lui. Cet air d’enfant sauvage qui tendait vers un charisme certain, ses cheveux toujours en bataille, mais plus foncés, il était si grand, si impressionnant. Comment allait-elle faire pour monter sur son dos quand elle n’arriverait pas à avoir raison, lors de ces disputes ? Elle esquissa un sourire, c’est terminé maintenant, plus de bagarres, que des conversations de personnes sages. Une fine barbe ? Oui, il a maintenant vingt ans, ce n’est plus un enfant. Elle lui va bien, il ne faudrait pas qu’il se rase ? Mais ! Mais ! Il est tout maigrichon ! Ah non, il va falloir le remplumer. Même si elle était devenue une étrangère, elle se battrait pour qu’il soit en bonne santé. Elle croisa son regard, toujours aussi ténébreux, mais si triste. Sa respiration se saccada légèrement. Elle trembla. Forbach a aussi marqué cette belle âme. Quel malheur as-tu subi mon frère ? Que faire pour t’aider ? Quelle honte ! Elle le dévisageait. Elle baissa les yeux. 
Si l’émotion ne la submergeait pas, elle lui aurait sauté au cou, dit à quel point il l’a manqué, que tous les souvenirs de ces étés l’avaient réconforté lors de ces moments difficiles après la mort de son père, elle aurait chanté leurs cris de guerre, montré qu’elle n’avait pas oublié leur langage des oiseaux, restait digne de sa confiance. Elle lui montrerait qu’elle l’avait pardonné toutes leurs disputes, après tout il avait raison, elle était bien trop fanfreluches et jolies manières (pour être extrêmement poli). Elle aurait pu lui prouver qu’elle restait sa sœur, que ses sentiments n’avaient pas changé. David n’avait jamais été un inconnu à ses yeux. 
Tandis que là, elle restait tétanisée et émue, le regardant fixement, guettant ses moindres gestes. Combattre l’Agent du Diable était bien plus facile. Il était où déjà ? Mais normalement, jamais elle n’aurait été comme ça ? Ah oui ! Elle n’avait pas dormi de la nuit et en plus, elle fut obligée de combattre pour garder sa vie. Forcément…


- Bonjour David. Me reconnais-tu ? S’étrangla-t-elle, les larmes aux yeux. Je n’ai pas tant changé, je suis juste un peu plus triste. N’ai pas peur, je t’en prie ! Et puis…Tu vas rire, je t’imaginais plus grand. Oh oui, beaucoup plus grand et plus...de… muscles.

Machinalement, elle épousseta sa robe en attendant sa réponse, se maudissant d’avoir été si soupe au lait. Pourvu qu’il ait oublié ce fameux surnom qui avait le pouvoir de la mettre en colère ! Elle lui pardonnerait sur le champ ! Après tout, elle n’a que quatorze ans.

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Dernière édition par Narcissa de Saint-Loup le Ven 28 Jan 2011 - 22:18, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Retrouvailles   Jeu 27 Jan 2011 - 23:56

Au moment même où la porte s’ouvrait, laissant Narcissa apparaître devant ses yeux, David se demanda si il avait vraiment bien fait de venir ici. Comme il était plutôt tête brûlée et ne réfléchissait pas avant d’agir, dans ce type de situations, les remords survenaient toujours après. Plus les secondes passaient, plus Narcissa s’approchaient de lui, et plus il s’apercevait que son initiative avait été au mieux vaine, au pire complètement crétine. Après tout, sa sœur par procuration était installée à Forbach depuis déjà huit mois et durant cette période il n’avait jamais bougé le petit doigt pour aller la voir. Il croyait se souvenir que, chez les filles, ce genre de comportements n’était pas très bien reçu; mais il n’en aurait pas mis sa main à couper, le cerveau des femelles était tellement compliqué… ceci dit, si il s’était si bien entendu avec Narcissa jadis, c’était parce qu’elle présentait une âme vraie, entière, sans minauderies, qui n’y allait pas par quatre chemins. A cette pensée, il comprit enfin pourquoi ses entrailles s’étaient contractées et pourquoi il regrettait d’être venu. Il avait peur qu’elle ait changé mentalement, tout simplement. Qu’elle soit devenue une étrangère. Une nobliotte perdue parmi tant d’autres, toute en hypocrisie…

Un silence terrible –et terriblement gêné- était tombé sur la pièce. Narcissa avait interrompu son avancée et s’était postée près de la fenêtre, la lumière matinale jouant dans sa longue chevelure rousse. David s’avisa qu’elle le fixait avec une telle intensité qu’on aurait pu s’attendre à voir ses yeux jaillir de leurs orbites. Lui même, constata-t-il aussitôt après, n’était pas mieux: il la dévisageait avec insistance, s’attardant sur tous les détails de son visage qu’il n’avait pas pu contempler depuis si longtemps. Un silence tendu régnait, ils étaient tous les deux seuls, dans le salon complètement désert. Le jeune homme ne s’était jamais senti aussi peu à sa place, debout au milieu du luxe et des dorures avec une posture aussi raide qu’un manche à balais.

Et puis soudain, toute son angoisse s’envola. Il se sentit le cœur infiniment plus léger quand, sur une impulsion, il comprit enfin… que Narcissa était aussi gênée que lui! Même plus encore, si l’on prenait en considération la façon dont ses mains ne tenaient pas en place, la délicate teinte rouge qui avait envahi ses joues. Ha! elle ne le prenait donc pas de haut, quel soulagement. Aussitôt, l’état d’esprit de David changea radicalement, retrouvant ce sentiment de complicité qu’il avait éprouvé étant gamin, cette sensation d’être avec une personne qui vous correspond –ou qui vous complète.
Amusé, sans le montrer cependant pour garder tout le suspens, le jeune homme la laissa s’empêtrer dans des mots qui avaient visiblement du mal à sortir de façon cohérente. Les paroles de Narcissa prirent presque David par surprise, tandis qu’enfin, le silence était rompu. L’Inquisiteur eut du mal à reconnaître la voix de la gamine avec qui il courait dans les champs, pique-niquait dans la forêt étant enfant. Son timbre avait beaucoup mûri, c’était indéniable. Elle utilisait un langage plus soutenu aussi, ayant sans doute intériorisé le langage des nobles… « N’aie pas peur » ? Le prenait-elle pour une pucelle effarouchée? Cette fois-ci, David ne put empêcher un sourire hilare de se peindre sur son visage. Et lorsque Narcissa cessa de parler, lui disant qu’elle l’imaginait plus grand et plus musclé, il éclata carrément de rire, renversant la tête en arrière tandis que ses cheveux couleur corbeau suivaient le mouvement en dévoilant nettement son visage.

"Oui, je te reconnais… Narsaussisse" fit-il alors qu’un sourire malicieux étirait ses lèvres.

Il la reconnaissait car il l’avait très bien connue, après tout, elle représentait la petite sœur qu’il n’avait pas. Mais c’était bien la seule raison car physiquement, elle était transformée. Narcissa avait grandi, mûri, sa cascade de cheveux flamboyants avait poussé, atteignant ses omoplates. L’eau limpide de ses grands yeux bleus larmoyants le regardant fixement, écarquillés. Les traits de son visage, où subsistaient des vestiges juvéniles, même si ils muaient lentement vers ceux d’une femme. De même que les formes de son corps tendant vers l’épanouissement. Oui, elle était entre deux, pas encore une adulte mais plus du tout une enfant. L’adolescence dans sa prime représentation, où l’on sentait déjà les préludes d’une grande beauté et d’un port plein de noblesse.
Noblesse… oui, il avait oublié qu’elle était noble, qu’il était un simple roturier et que par voie de conséquence, elle ne faisait pas partie du même univers que lui. Petits, cela n’avait pas eu beaucoup d’importance pour eux. Aujourd’hui, même si eux décidaient soudain de faire fi des convenances, ce n’était pas le cas de leur entourage. La preuve: l’endroit où il retrouvait Narcissa après quatre ans et demi de séparation était un salon impersonnel et somptueux, au lieu des doux rochers couverts de lichen sur lesquels ils s’asseyaient en entendant la rivière murmurer à côté d’eux, ou encore l’écurie aux senteurs authentiques où ils sellaient des chevaux pour partir en promenade. C’était de si bons souvenirs! Il se renfrogna, le sourire quitta son visage, mais ses yeux riaient encore.

"J’ai des muscles" répliqua-t-il en levant un bras pour montrer son biceps, mi-vexé mi-amusé. Pour une raison qui lui échappait totalement, Narcissa n’était pas la première personne à lui faire remarquer qu’il était maigrichon. On lui disait parfois qu’il manquait de substance; il préférait penser qu’il était grand et sec. Ce qui ne l’avait jamais fait manquer de force physique, et tant mieux.

Quel soulagement! Il avait retrouvé sa sœur de toujours et à présent, leur malaise s’était dissipé. Avec toute cette tension, David en avait presque oublié la prime raison de sa visite: l’agression de Narcissa la veille, par l’Agent du Diable. Visiblement, ainsi que l’avait affirmé Cassandra, elle allait bien. Mais en imaginant ce que cet homme ait pu lui faire, il sentit sa mâchoire se contracter de fureur. S’être introduit la nuit dans les appartements privés de la Comtesse n’était déjà pas un forfait classique. L’assassin avait très bien pu violenter Narcissa et même, la violer... Pour ce qu’il en savait, la fillette avait toujours été forte et bravache; si une agression de ce type était survenu, elle pouvait très bien avoir allégé la réalité des faits pour épargner du souci à sa mère. Qui sait ce qu’elle cachait sous ses vêtements? Des blessures, pire encore?
S’avisant qu’il arborait un air sombre et furieux, David prit une grande inspiration et, cédant à une impulsion, enlaça spontanément Narcissa. Un geste totalement imprévu et déconvenant mais qui valait mieux que cent mots, pour exprimer ce message évident qu’elle comprendrait aussitôt: « j’étais mort d’inquiétude ». Le jeune homme s’en voulait de ne pas se montrer plus loquace, mais on ne se refaisait pas…

"Tu te débrouilles toujours pour attirer les ennuis, hein?" murmura-t-il, les yeux rivés au sol, les cheveux de Narcissa lui chatouillant le menton. Aussitôt après, il se recula, lui laissant sa liberté de mouvements; l’étreinte n’avait duré que quelques secondes. Immédiatement, David eut le réflexe de regarder autour de lui pour vérifier que personne ne les avait vu. Ce genre de situations ne le rebutait pas, mais il savait pertinemment que se faire surprendre avec Narcissa dans les bras serait compromettant pour l’adolescente. Les règles étaient si strictes, si bidons, si machistes… rien qu’un roturier et une noble seuls dans la même pièce, si ils n’avaient pas été amis d’enfance, n’aurait pas été permis. Quiconque les aurait surpris aurait immédiatement crié au scandale. Avec un goût amer dans la bouche, David s’aperçut que ce genre de choses ne risquait pas de se produire qu’aujourd’hui et qu’à l’avenir, il devrait sans doute garder ses distances avec Narcissa, de peur de la discréditer. D’ailleurs, peut-être était-elle elle-même gênée et furieuse de son étreinte? Il l’observa, attendant une réaction.
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MessageSujet: Re: Retrouvailles   Jeu 24 Fév 2011 - 0:32

Cette conversation douloureuse ayant donné cette certitude parfaite qu’elle était aux yeux de son frère, une véritable étrangère, revint à son esprit. Ressentant encore avec force, la sentence des mots quand Cassandra lui révéla que David avait oublié son prénom, l’ayant même affublé avec forces d’hésitations, un ridicule « Violette » ! Désespérée, la jeune fille osa se demander s’il avait gardé quelques souvenirs d’elle.
Les mois passèrent jusqu’à avoir la réponse de la bouche même de l’intéressé. Oui, il se souvenait bien d’elle. Mais il ne fallait pas crier victoire trop tôt. Car c’était en tant que Narsaussisse ! Pas Narcissa, non. Narsaussisse ! Elle leva un sourcil et pensa que, ça, il allait le payer. De toute manière, ce sourire malicieux à son énonciation ne pouvait dire qu’une chose : la complicité était revenue, mais le reste aussi ! La guerre pouvait être donc déclarée. Mais cela pouvait être du domaine de la bonne nouvelle, quand même.

S’il dut avoir un maître dans cette rencontre, ce rôle incomba à David qui ménagea le suspense et une certaine tension avec une facilité déconcertante. Il s’approcha tout doucement d’elle. Jamais la jeune fille n’eut pensé qu’il pouvait faire preuve d’un tel ascendant en s’attirant la lumière d’une façon des plus inquiétante, mais étrangement plaisante ; même avec quelques fausses notes. Ce qui l’irrita, car jamais l’ancien jeune homme qu’elle avait connu, se serait amusé à jouer avec ses nerfs aussi facilement. Oui, certaines choses avaient changé en lui, mais son intuition lui susurra qu’il n’y avait rien à craindre. Elle ne put s’empêcher de sourire et d’imaginer toutes les bêtises qu’ils auraient pu faire dans les soirées mondaines de Forbach, jouant des personnages intrigants et maîtriser aussi facilement cette Cour des plus fantasques, pour commencer… Si seulement il avait été noble ! Pourtant, elle ne pouvait pas enlever de son esprit que cette façon de prendre l’attention ne pouvait venir que d’une personne ayant quelques qualités de cette caste. Cette insolence était plus que frappante, elle avait déjà vu une telle énergie chez ses congénères. Lui avait-il omis des choses importantes dans leurs correspondances ? Était-il devenu un habitué des salons ? Cette maladresse était-elle une façon de cacher quelques points importants ?
Il s’arrêta net, quelque peu vexé sur la remarque des muscles. Elle poussa un soupir de soulagement. Elle venait de retrouver définitivement son David ! En quelque peu changé certes, mais c’était son frère ! Beaucoup trop heureuse, elle oublia ses blessures en souriant pleinement. Il voulait simplement lui montrer de plus près qu’elle se trompait. Elle voulut rire et lui dire qu’il ne comptait surtout pas la traiter de myope. Il n’avait pas de muscles du tout et s’il le fallait, elle irait chercher une loupe grossissante ! Elle se contenta juste de mimer un rire et s’arrêta net, totalement surprise, car l’Inquisiteur continuait de marcher en sa direction. Que voulait-il faire ?
Dans un élan, il l’enlaça, la conduisant doucement encore plus près de lui, comme toutes les personnes aimantes qui venaient d’apprendre la terrible nouvelle. Elle ferma les yeux et entendit pour la première fois le battement de son cœur, sentit son odeur, et pour la première fois de sa vie, Narcissa se sentit vraiment en sécurité. Ainsi, elle comprit l’indicible vérité. Cette lenteur dans sa démarche n’était qu’une hésitation. Il était toujours aussi doux, gentil, drôle et inquiet. Oui, elle comprit son message, il était venu la voir dès qu’il avait apprit son agression. Il mourrait d’inquiétude et voulait s’assurer de ses yeux de sa santé. A sa remarque, elle lui répondit sous la même intonation :


- Cette fois-ci, les ennuis sont venus tous seuls sur leurs pattes !

Cela dura qu’une poignée de secondes, c’était si peu. Son intuition lui souffla qu’il pensait à elle. Oui, mais comment ? Quelle idiote ! C’était la première fois qu’ils venaient de partager un tel moment, il devait être embarrassé. Inconsciemment, elle chercha du regard s’il y avait des témoins à cette scène. Mais pourquoi ? Il avait Arramon qui… C’était donc ça ! Avec un sourire timide, elle parla de nouveau :

- Sache que c’est Arramon, une personne à mon serv…. un véritable ami, qui t’a t’introduit ici. On ne risque rien et cela sera toujours ça, si tu demandes de le voir plutôt que moi, la prochaine fois. Ce sont juste des habitudes à prendre, ne t’en fait pas, on s’y ferra !

Elle releva doucement la tête et vit David gêné, le regard plongé sur les détails du tapis et se souvint de ses mâchoires crispées, de son air sombre et furieux. Touchée, elle murmura :

- Tu es vraiment adorable ! Le sais-tu ?

Avec trois doigts, elle souleva son menton et posa sur lui un long regard consolant et réconfortant. Cela n’était pas de sa faute, il ne devait pas s’en vouloir. Elle voulait lui dire que le plus important n’était pas ce qu’il aurait pu faire, mais ce qu’il peut faire, ici et maintenant. Elle avait besoin de son frère, mais il fallait qu’il soit calme et fort. Pas de colère, ni de haine, il ne fallait pas s’abaisser au niveau de l’Agent du Diable. Elle ne voulait plus un quelconque rapport avec ce meurtrier, juste donner des informations importantes aux autorités et ensuite continuer à vivre comme si cette histoire ne s’était jamais passée. Elle pria si fort qu’il puisse comprendre ses pensées. Avec la même spontanéité, elle décida de l’enlacer à son tour et au bout de quelques secondes, elle lui murmura : « Je n’ai jamais eu autant besoin de toi que maintenant. Pas de bêtises, je mourrais si je perdais encore un être cher ». Elle le quitta et tenta de retenir ses larmes.

- Excuse moi pour les larmes…ne t’en fait pas, c’est juste un peu de fatigue. Grands Dieux ! Que vois-je ? S’exclama-t-elle faussement choquée tout en essuyant ses joues.

Il est vrai que c’est aussi une manière de changer la conversation. Elle espérait secrètement qu’il mordrait à l’hameçon et ne penserait plus à l’Agent du Diable, même si par expérience, elle savait que c’était vraiment la pire méthode à appliquer. David allait encore se moquer d’elle ! Grands Dieux ! La voilà encore ridicule ! Délicatement, elle souleva un long cheveu blond, brillant et bouclé pour le mettre bien en évidence :

- Dada est devenu un patachon ! Fit-elle mi-timorée, mi-choquée.

Et tout aussi malicieuse, elle sourit, l’air de penser : « Ça c’était pour Narsaussisse ! ». Elle enfonça le clou, en mettant sa main sur sa joue comme les vieilles femmes constatant qu’une loi importante de la bienséance venait d’être violée :


- Je ne serais pas fier à ta place. Quel exemple fais-tu ? Tsss ! Tssss ! Tsssss !

Elle fit un léger sourire et son visage semblait espiègle. Puis, elle sentit un engourdissement dans ses jambes, un vertige puis perdit conscience, plus pâle que jamais. Cela ne dura tout au plus qu’une minute une longue minute.

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MessageSujet: Re: Retrouvailles   Dim 27 Fév 2011 - 18:43

Quel soulagement, seigneur, quel soulagement. A partir de cet instant, David le savait: presque tout était comme avant ou du moins, ils pourraient reprendre là où ils s’en étaient arrêtés. Ils pourraient se voir, se parler, le jeune homme pourrait la faire tourner en bourrique –chose qu’il s’était empressé de faire inconsciemment, et qui s’était révélée très plaisante. Ils pourraient… hé bien, les possibilités étaient infinies. Et David se sentit parfaitement idiot de ne pas être venu à la rencontre de Narcissa avant: pourquoi diable n’avait-il pas bougé ses fesses pendant huit mois? Il aurait voulu s’excuser, mais il n’avait aucune justification en réserve. Heureusement, elle ne semblait pas lui en vouloir… oui, il aurait pu lui rendre visite plus tôt pour rattraper le temps perdu; mais au fond de lui, David savait que de nombreuses barrières se dresseraient dorénavant contre leur amitié. Avec en première position, leurs rangs sociaux passablement différents et Cassandra qui veillerait sans doute au grain sur sa progéniture, avec la méfiance qu’ont toutes les mères vis-à-vis des jeunes hommes de son âge dont le comportement était souvent univoque…
En se fourvoyant de la sorte les gens se trompaient; cette étreinte qu’il avait donné à sa petite sœur par procuration, avait tout de platonique. Mais nul n’en avait cure, puisque dans cette société si bizarre seules comptaient les apparences. Et David souffrait déjà de savoir qu’on lui refuserait toujours cette chose ardemment désirée, à laquelle il venait à peine de goûter: son amitié avec Narcissa de Saint Loup.

"D’accord" approuva-t-il aux paroles de la petite rouquine, qui venait de lui expliquer la confiance qu’elle avait dans son domestique Arramon, et qu’il pouvait conséquemment en faire de même. Narcissa était jeune et, du fait de son caractère bon et loyal, avait peut-être tendance à accorder sa confiance avec plus de facilité ou de promptitude; du moins, elle connaissait suffisament ce grand blond pour ça. David en revanche avait forcément plus de réserves, du fait de son tempérament naturellement méfiant; il se passerait encore pas mal de temps avant qu'il puisse faire confiance à Arramon, et lui confier un quelconque tâche de gardien du secret dans sa relation avec Narcissa. Mais c'était un ami de celle-ci, et il semblait sincère et solide; sans le connaître, David pressentait quelques points communs qui ne manqueraient pas d'être approfondis dans les semaines suivantes, sous réserve qu'il puisse continuer à voir Narcissa...

Il était inutile de se tourmenter à ce sujet pour l’instant, surtout qu’il y en avaient de plus urgents: l’agression de Narcissa. Celle-ci semblait certes en bonne santé, soulagée et heureuse de retrouver un ami d’enfance, mais David la soupçonnait de dissimuler sa douleur –un comportement qui lui ressemblait assez, si elle désirait se montrer forte et ne pas inquiéter son entourage. Et il en eut l’évidente confirmation quand la petite rouquine l’enlaça à son tour, les larmes coulant sur ses joues, laissant enfin transparaître l’angoisse qu’elle avait ressenti. Elle avait besoin de réconfort, tout simplement; de se sentir en sécurité. Hé bien, elle l’aurait! Il était là maintenant, il pourrait veiller sur elle, même si ce n’était que de loin, dans l’hypothèse où on le forcerait à s’éloigner de sa petite sœur. Même dans ce cas, il serait toujours présent en demi-teinte, s’assurant qu’elle allait bien. Non, elle ne le perdrai pas… et il serait là en cas de besoin. Avec un sourire qui se voulait rassurant, il lui caressa un moment les cheveux.

"C’est fini maintenant… je te protégerai" marmonna-t-il, soulagé de ne pas avoir malgré tout à croiser son regard –il aurait sans doute viré au rouge pivoine, ce qui aurait quelque peu… démoli… le charme de cet instant. Lorsqu’elle rompit leur étreinte, David ne put trouver que particulièrement appliqués les efforts de Narcissa pour changer de sujet de conversation; avec des larmes dans les yeux et des sanglots de la voix, elle trouva portant la force de lui faire remarquer… la présence d’un cheveu blond sur lui! David l’observa, interloqué. Diable, mais comment ce cheveu était il arrivé là? Ah oui, ce devait être cette adolescente agitée qui était venue l’accoster la veille, sur les bancs de l’Eglise, le harcelant pour rejoindre les rangs de l’Inquisition… Il s’apprêta à donner cette explication à Narcissa, mais fut de nouveau stoppé par ses propos. "Dada"? Un patachon? Ah, ça c’était à coup sûr une vengeance pour ce surnom de Narsaussisse! Il laissa un sourire hilare se peindre sur son visage et s’apprêta à renchérir par une autre boutade, quant à sa grande surprise les jambes de la petite rouquine se dérobèrent sous elle. Médusé, David eut heureusement assez de réflexe pour la prendre dans ses bras et la soutenir avant qu’elle ne s’écroule sur le sol.

"Aidez-moi" siffla-t-il à l’adresse d’Arramon qui observait Narcissa inquiet. Les deux hommes portèrent le corps évanoui de l’adolescente sur un très large et confortable sofa –bien plus large et confortable que ce que n’aurait jamais David dans sa vie, et encore, ce n’était qu’un petit salon parmi tant d’autres… Après s’être assuré qu’elle était confortablement installée, Arramon quitta prestement la pièce pour aller cherche de l’aide, de l’eau, des soins, et autres premières nécessités. David était soulagé de ne pas avoir été le seul témoin de l’évanouissement de Narcissa, car les soupçons se seraient instantanément portés sur lui et sa parole seule n’avait guère de valeur. Son regard se porta de nouveau sur la petite rouquine, dont les sourcils dessinaient un pli inquiet et effrayé au dessus de ses yeux clos. Le jeune homme savait que dans peu de temps, la cavalerie arriverait, les domestiques et les femmes de chambre, le médecin, peut-être même Cassandra; bref, tout un attirail de gens qui ramèneraient Narcissa dans sa chambre, la coucheraient dans son lit et diraient bien sûr à David de déguerpir car elle avait besoin de repos et de calme. Il profita donc du court instant privilégié qu’il leur restait encore pour serrer sa petite main aux doigts fins dans la sienne, et tâter son front afin de s’assurer qu’elle n’avait pas de fièvre.

"Je suis là" murmura-t-il en s’apercevant qu’elle reprenait conscience, le découvrant à ses côtés. "Repose-toi un peu." Et dire que c’était l’Agent du Diable qui l’avait mise dans cet état! Une nouvelle flambée de colère naquit au creux de ses entrailles pour remonter dans sa gorge, et il serra les mâchoires. Il allait étriper cet assassin, lui faire rendre gorge! L’unique facteur qui lui permit maîtriser sa colère, fut la pensée que Narcissa n’aimerait pas le voir s’énerver, surtout dans un moment pareil. Il mit donc ses transports de côté et tâcha d’utiliser sa tête, pour changer. Une idée bienvenue naquit alors et il esquissa un sourire en direction de sa frangine.

"Tu sais, si ce sont les ennuis qui sont venus tous seuls, il va falloir savoir les repousser. Quand tu seras entièrement sur pied, voudras-tu que je t’apprenne l’escrime? Une dague te conviendrait très bien. Et je crois me souvenir que tu sais déjà très bien manier l’arc."
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MessageSujet: Re: Retrouvailles   Mer 16 Mar 2011 - 20:39

Narcissa reprit lentement conscience, observant la pièce, ne sachant plus où elle était. Soudain une main chaude et douce caressa son front. Elle reconnut David qui lui assura d’être là, demandant de se reposer un peu. Elle se souvint de son sourire réconfortant, de sa façon de caresser ses cheveux lors de leur dernière… L’Agent du Diable lui avait permis de retrouver son frère et elle en fut presque reconnaissante, s’il n’y avait pas eu les inconvénients.
Ressentant qu’il prenait sur lui, elle n’écouta pas sa pulsion qui la poussait continuellement à oublier ses limites. S’il accomplissait des efforts surhumains, elle devait en faire et ne pas jouer avec sa santé. Avec une petite voix, mais un air des plus sérieux, elle lui répondit :


- Seulement pour fêter nos retrouvailles alors. Tu as vu, j’ai fait des efforts aussi. On aura sa peau, ne t’en fait pas, c’est une question de temps.

Puis quand son frère se mit à sourire avec l’étincelle d’une bonne idée, sa sœur n’eut qu’une hâte : de connaître son plan. Donc, elle écouta avec grande attention, sans oublier de hocher favorablement la tête à sa question. Évidemment qu’elle était bonne archère ! Le fait même de toucher l’arc était de l’ordre de la méditation et tirer une communion avec son environnement. Ah ! Qu’est-ce que cela pouvait lui manquer !
Comment ? Elle ne rêvait pas ? Il lui offrait des occasions de se revoir. Un sentiment fort l’envahit, une sorte de joie et d’amour, de sécurité et d’optimisme. Elle ferma pendant quelques secondes les yeux, tant ce bonheur coupait le souffle. Mais…

Sa tante avait expliqué que tout le monde créait une sorte de lien s’il y avait beaucoup d’amour. S’il était solide et si cette personne nous manquait beaucoup, si on se concentrait fort, on pouvait sentir sa présence. Ce n’était pas une magie, mais quelque chose qui nous rendait humain et beau. Un signe que malgré tout, sa petite sœur avait toujours eut une pensée pour lui dans les pires et les meilleurs moments de sa vie. Dans cette absence, il avait toujours été présent, d’une manière ou d’une autre, même si elle s’était souvent persuadée que cela relevait d’un effort de son esprit pour avoir un peu de réconfort et moins ressentir cette solitude pesante. Ainsi, la jeune fille avait soigneusement entretenu cette partie de son jardin secret, cachant tous les symptômes, sachant que les De Saint-Loup n’auraient pas supporté une telle intensité dans ses sentiments. Alertés, ils auraient crié à la catastrophe : aimer un homme, même si cela était platonique et innocent, était tabou. Narcissa n’était pas autorisée à être amoureuse, tenir à une personne du sexe opposé et encore moins à en entretenir des liens, même s’il était son frère. On lui avait donc ordonné quand le temps viendrait, de ressentir d’abord du respect pour son futur époux et s’il estimait d’une qualité satisfaisante, peut-être autoriserait-il une relation plus privilégiée et peut-être auraient-ils une forme d’amour naissante, au fil des ans. Mais rien n’était moins sur, une de ses connaissances venait de mourir en couche au bout de dix ans de mariage, son mari ne l’avait vu que dix jours et cherchait activement une remplaçante, même si elle avait donné un fils. On ne sait jamais, l’héritier pouvait mourir dans les années à venir. Narcissa avait compris très tôt que son destin n’était pas d’aimer, mais de donner une dot et des mâles (sans peut-être ne jamais les voir) et en être heureuse à chaque instant, malgré tout. C’était aussi le désir de sa mère, mais dans une moindre mesure. Mais…
Plus le temps passait, moins son cœur supportait qu’on lui retire petit à petit un bout de liberté. Elle avait droit au respect, ne pas être insultée et ne pas être intégrée dans ce cercle de ces désaxées qui chercheraient même a coucher avec leurs cousins. Elle n’était pas comme ça ! Personne n’avait le droit de les séparer même si le mariage était dans deux ans. Sa fille savait que la Comtesse ne comprendrait pas son mal, mais Cassandra si. Alors, une partie de son esprit cherchait déjà une manière de lui parler de son problème : pour son bonheur de vivre, il lui fallait des moments privilégiés avec David, c’était son frère, c’était son droit. Mais…
Rien ne pouvait cacher désormais ce secret, pas même à David. Ces retrouvailles montraient que certaines choses avaient changé. Ils n’en étaient plus au stade des liens à tisser, mais des sentiments à partager. Si forts que cette grande sécurité venait d’apparaître. Il y en avait une avant, mais pas ainsi, pas comme ça. Narcissa en était incapable d’en expliquer et d’en comprendre la raison… Et pour la première fois de sa vie, son désir fut de profiter de l’instant et de braver autant ses craintes que les limites imposées pour se laisser envelopper par cette amitié puissante. Ils pourraient alors rester comme des frères et sœurs, à leur façon.
Son regard osa montrer une grande confiance, bien plus importante et profonde que par le passé.


- Les mots sont bien faibles pour te dire que tu m’as terriblement manqué, même si tu as toujours été dans mon cœur et mon esprit. A chaque instant, a chacune de mes respirations. Quand tu me quittes, j’ai toujours ressenti qu’on me coupait en deux. Mais tu es là maintenant, je sais que tout ira mieux désormais.

Narcissa se força à oublier la douleur et continua, quitte à perdre plus vite son énergie :

- Ne t’inquiète pas. C’est une des conséquences de mes blessures, j’ai perdu du sang. Le remède c’est de laisser le temps faire son ouvrage. Fit-elle avec un petit sourire et une petite caresse sur sa joue avant de reposer sa main sur celle de son frère. Ne t’inquiète pas, c’est juste impressionnant et puis j’aurais dû écouter maman et pas faire qu’à ma tête. Si tu les avais vus choqués de me voir dans cet état quand ils ont ouvert la porte de ma chambre. Arramon et Vincenç surtout. Et puis, le cœur de maman saigne beaucoup aussi… Je ne sais pas comment faire pour les soigner. Je sais que je pourrais toujours compter sur eux, mais toi, tu es spécial. Je l’ai toujours su, même si je dois bien t’avouer que je ne sais pas tout sur notre fraternité. Je sais maintenant que je pourrais toujours compter sur toi.

Elle caressa sa main, juste quelques secondes, de peur d’être découverte, pour lui dire qu’elle aurait enlacé pour le réconforter. Elle aurait voulu ne pas se retenir et se permettre à nouveau d’être simplement Narcissa. Savoir qu’ils allaient être bientôt séparés lui déchirait le cœur. Pourquoi son sang devait toujours l’empêcher d’aimer ? Pourquoi devait-elle toujours se battre pour avoir ce qu’elle désirait le plus ? Pourquoi le temps passant l’espoir s'en allait ? Pourquoi à quatorze ans, elle se sentait aussi fatiguée et lasse qu’un vieillard ? Non, il ne fallait pas chercher à répondre à ces questions. Ne plus écouter ces voix qui par ce biais insidieux, lui demandaient de dormir encore et encore, pour lâcher prise sur sa vie et laisser faire les événements dicter sa conduite et son destin. Son père n’aurait jamais abandonné un seul combat et en digne fille, elle devait faire de même. Il n’avait jamais laissé les personnes qu’il chérissait et avait changé plusieurs fois le court de sa vie pour eux. Il en avait été heureux, elle voulait en faire de même.

- Je me battrais pour qu’on puisse se voir pendant ces deux années. Mais, je me battrais aussi pour que, Monsieur le futur époux demande de rompre le contrat. Il est hors de question que mon destin se résume à pondre des héritiers et des œufs d’or. Je ne sais pas comment, mais je vais y arriver. Comme dit papa, il faut toujours croire en ses rêves. Là, j’y mets toute mon âme et le reste aussi, tout peut me servir. Je sais que j’ai ton amour et il m’est le plus précieux… Je ne veux plus te perdre.

Tant pis pour les conventions, même chose pour le reste. Peu lui importait le prix à payer.

- Il est hors de question que tu meures d’inquiétude avant l’heure. Comment je ferais pour te taquiner ? Et puis devant une dalle en pierre ce n’est pas drôle, j’ai essayé. Et il va falloir que je sois vraiment en forme pour tes cours. Et toi, du courage… Oh oui…Beaucoup de courage. Je ne suis pas douée en danse, alors je n’ose même pas imaginer ce que cela donnera avec une arme. Je crois qu’on va bien s’amuser. Termina-t-elle avec un petit rire.

Dans le couloir le bruit de pas lourds devint de plus en plus fort, on pouvait même entendre des phrases en occitan, de l’inquiétude surtout. Narcissa fut rassurée qu’Arramon n’ait que convoqué ses propres gens et pas ceux de sa mère. Qu’elle aimait son sens de la discrétion ! Elle n’aurait pas besoin de se justifier sur l’atmosphère tendre qui régnait en ces lieux. Pourtant, elle ne put s’empêcher de dire :


- Non, pas si vite…

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MessageSujet: Re: Retrouvailles   Jeu 17 Mar 2011 - 22:48

Penché au-dessus de Narcissa, guettant avec inquiétude les signes avant-coureurs d’un nouvel évanouissement, David était à mille lieux de se douter du tumulte extraordinaire que constituaient les pensées de l’adolescente en ce moment même. Il savait seulement qu’elle passait par un nombre incalculable d’états d’âme à la seconde, son petit visage fin tantôt comblé de bonheur, tantôt crispé en une mimique d’inquiétude, d’autre fois envolé avec une expression songeuse. Les paroles de réconfort prononcées par le jeune homme semblaient lui avoir fait beaucoup de bien; car malgré sa faiblesse physique du moment, elle montrait encore cet esprit combatif caractéristique des Saint-Loup qu’il connaissait et appréciait si bien, promettant d’avoir la peau de l’Agent du Diable. Et elle minimisait ses souffrances, disant que ce n’était rien, que les blessures saignaient mais n’étaient pas profondes… lorsqu’elle lui fit part de son inquiétude relative à sa mère et ses domestiques, les mots manquèrent à l’Inquisiteur pour lui dire l’évidence même; mais tandis qu’il sentait la main de Narcissa sur lui, les paroles vinrent toutes seules, aussi naturelles que si il lançait une des nombreuses vannes dont il avait l’habitude.

"Je trouve très important que tu restes toujours toi-même."

David se sentit soudain intensément confus et honteux; il se traita de crétin, d’imbécile fini, et dut mobiliser sa volonté pour ne pas se donner des baffes. Quel andouille! C’était clair à présent: Narcissa avait chéri leurs souvenirs, durant toutes ces années de séparation. Elle avait pensé à lui et à leurs vadrouilles, leurs bons moments si précieux. Alors pourquoi n’était-il pas revenu la voir à Rodez, après la mort de son père, là où elle en aurait eu le plus besoin? Pourquoi ne lui avait-il pas rendu visite aussitôt après son arrivée à Forbach? Pire… il ne lui avait envoyé qu’une correspondance épisodique et avait même confondu son prénom. Le jeune homme se sentait amer, déçu de lui-même; il se promit à l’instant de tout faire pour rattraper le temps perdu.

Tout faire, dans cette courte durée qu’il leur restait encore… car l’horrible vérité, qu’il avait complètement oubliée avec les récents événements, venait derechef de lui exploser en pleine face: Narcissa de Saint-Loup était la fille unique d’une famille noble et en tant que telle, devrait se marier avec un bon parti, déjà tout choisi. La condition sociale de David ne leur permettrait pas de se revoir vraiment après ça, il ne se faisait pas d’illusions.
Il s’avisa qu’il avait les paumes moites et qu’il s’échauffait tout seul, la colère montant lentement en lui telle une marée ascendante. Il n’avait personne contre qui la diriger, hormis ce ridicule protocole de convenances académiques et obsolètes. La seule perspective de ne plus pouvoir fréquenter une personne qu’il appréciait autant le rendait furieux, laissant le découragement loin en arrière. Quelle société pourrie et corrompue! Son premier amour, Manon, avait également été promise à un autre; et David sentit des réminiscences souverainement désagréables remonter jusqu’à son esprit pour embrumer son cerveau. Nul ne devrait avoir le droit de séparer deux personnes s’aimant, ou se vouant une affection toute fraternelle, dans leur cas. Il se tourna vers Narcissa et fut sur le point de lui dire de se battre, de ne pas baisser les bras ainsi; mais c’était déjà fait. L’âme pleine de défi, elle s’appliquait déjà à trouver un stratagème pour se soustraire à ses obligations matrimoniales… David eut un franc sourire, plein de chaleur et d’espérance. Il était tellement fier d’elle.

"Alors je t’attendrai, à la Collégiale" fit-il d’une voix satisfaite. "J’attendrais la lettre annonçant ta venue. Envoie-la dès que tu seras de nouveau sur pieds –mais prends quand même le temps de bien te reposer."

Le sourire chaleureux de David se mua en un air gentiment sardonique, et il la toisa d’un air malicieux.

"Et n’oublie pas de faire quelques exercices d’assouplissements avant de venir! Je me souviens de tes cours de danse étant petite –tu étais tellement raide, un vrai manche à balais."

Il aurait voulu la réconforter plus encore, la rassurer sur son avenir, lui parler d’eux, discuter de ses inquiétudes et de ces paroles si touchantes qu’elle lui avait donné. Mais David était un grand timide qui s’ignore; et malgré son profond élan d’affection pour Narcissa, la colère de la voir dans cet état restait encore en lui. Il en était là dans ses considérations quand des bruits de pas survinrent au travers la cloison; une véritable charge de cavalerie, si l’on en jugeait par le nombre de personnes s’approchant. Le jeune homme entendit la faible supplique de sa frangine au moment où domestiques, femmes de chambre et médecins pénétraient dans la pièce avec autorité, se dirigeant droit sur la petite rouquine allongée. David se leva et s’apprêta à leur raconter sa version de l’histoire, pour leur donner les détails utiles; il fut cependant écarté sans que les médecins ne lui accordent la moindre attention, Arramon ayant sans doute déjà raconté tout ce qu’il était nécessaire. Avec toute cette florescence de personnel soudainement surgi, il en venait presque à imaginer que les blessures de Narcissa étaient bien plus graves que ce qu’elle avait consenti à lui dire. Inquiet, il voulut s’approcher, mais une femme de chambre le pria de rester en arrière. David allait protester quand un autre domestique lui demanda de sortir; il secoua la tête négativement, son interlocuteur insista. Nul ne lui parlait avec méchanceté ni brusquerie, les gens de Narcissa étant respectueux; cependant il ne pouvait empêcher de sentir cette colère familière monter de nouveau en lui, tandis qu’on s’acharnait à les séparer encore et encore. Alors pourquoi respectait-il les conventions, après tout? Il lui suffirait de distribuer quelques taloches et on les laisserait tranquille… par exemple, cet homme là, à sa gauche…

David chassa cette idée stupide de sa tête; à ce même moment, un domestique le poussa sans violence vers l’extérieur. L’Inquisiteur tenta de contourner l’homme, en vain. Se hissant sur la pointe des pieds, il parvint à voir un bout du visage de sa frangine, encadré de cheveux roux.

"Narcissa!" cria-t-il, élevant la voix juste ce qu’il fallait pour qu’elle l’entende par dessus les conversations. Le domestique le poussait toujours plus vers l’extérieur et bientôt, ils eurent atteint la porte. Au moment où le battant se refermait, David eut une dernière fois le temps de crier:

"Je t’attendrai!"
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