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 Tu mourras de ma main

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MessageSujet: Tu mourras de ma main   Mar 15 Mar 2011 - 20:08

Forbach elle-même devait être ensorcelée. Cassandra détestait la ville, et pourtant, elle s’y était retrouvée aux moments les plus importants de son existence. Même lorsqu’elle voulait partir, quelque chose la retenait. Si Cassandra avait un été un peu plus raisonnable, elle aurait fermé ses valises et repris la route de Rodez. Elle y aurait retrouvé le confort du château, la conversation de son beau-frère, le soleil du sud et... la sécurité pour Narcissa. Toutefois, une parole était une parole, et Cassandra n’envisageait pas de revenir sur celle qu’elle avait donnée à Sarah Geisler. Jusqu’à ce que l’Inquisition aille mieux - et seul Dieu savait combien de temps cela pouvait prendre - Cassandra resterait à Forbach. La seule consolation qui lui restait était de savoir qu’elle avait au moins débarrassé sa ville natale d’une engeance des plus néfastes. Narcissa n’était pas la seule à avoir été mise en danger. Viviane avait elle aussi été agressée, comme beaucoup d’autres à Forbach si elle en croyait les rapports des Inquisiteurs. Même si elle déplorait la mort d’un homme, elle ne regrettait pas un instant d’avoir mis fin aux méfaits de l’Agent du Diable. Le fardeau ne la dérangeait pas : pour protéger son enfant, elle aurait sans doute fait pire.

Toutefois, un détail la troublait profondément. Malgré les recherches qu’elle avait fait mener, le corps n’avait pas été retrouvé. Et le mystère dérangeait la Veuve. Avec une balle tirée en pleine poitrine, personne ne pouvait s’en sortir. Il était forcément mort, mais alors... qui avait bien pu récupérer son corps, et dans quel but ? Cassandra était certaine que les sorcières ne pouvaient pas ressusciter les morts, mais elle n’aimait pas la potentielle alliance qu’elle y voyait. L’Agent du Diable couplé aux pouvoirs du Lys Noir... la menace surpasserait-elle l’Inquisition ?

La Veuve finit par se convaincre qu’elle se faisait des idées. Il était ridicule de s'appesantir sur le sujet. Les jours avaient passé, et Narcissa reprenait du poil de la bête. D’ailleurs, elle était avec le petit Geisler pour perfectionner ses défenses. Malgré toute l’affection qu’elle portait à David, Cassandra ne voyait pas du meilleur œil la relation profonde qui les unissait, parce qu’elle avait peur que sa petite s’amourache du fils de son amie - amour qu’elle savait voué à l’échec. La seule chose qui la rassurait était sa certitude que pour le moment, Narcissa le considérait comme un frère. Et Cassandra n’entendait pas priver sa fille de l’affection nécessaire que les frères et sœurs qu’elle n’avait jamais eus auraient pu lui donner.

Décidée à changer d’air, la Veuve mit un châle, s'emmitoufla dans une superbe fourrure espagnole, puis refusa toute compagnie et sortit du château. Laissant ses pas la guider au hasard des chemins, elle se dirigea vers l’Église, puis se ravisa à l’entrée et parcourut tranquillement les rues de Forbach. Il ne lui arrivait jamais de se promener seule, encore moins à pied. Cela devait faire... des années, voire même peut-être bien plus d’une décade. Elle ne s’expliquait pas ce soudain désir de solitude et de simplicité. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait plus trébuché sur les pavés de la rue principale, et la Veuve finit par arriver dans le Marché Alimentaire. Elle y fit à peine trois pas qu’elle plissa le nez, incommodée par l’odeur. Ce n’était vraiment pas un endroit pour elle. Elle n’y avait pas sa place, pas plus qu’elle n’aurait dû tenter d’y venir. Avisant le décalage entre l’humble populace et ses luxueux vêtements, son attitude et son maintien qui clamaient son rang, Cassandra battit aussitôt en retraite, ne voulant pas passer pour la femme vaniteuse et prétentieuse qu’elle n’était pas. Un poulet traversa la route en caquetant, juste devant elle. La Veuve s’arrêta le temps qu’une maraîchère le récupère, puis reprit sa route, en se promettant de ne plus laisser sa spontanéité prendre le dessus. Elle entendait d’ici les questions alarmées de son intendant, qui voudrait savoir ce qui l’avait poussée à se rendre au Marché... “Madame n’est pas satisfaite par la qualité de nos mets ?”. Elle n’aurait jamais dû quitter le château.
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MessageSujet: Re: Tu mourras de ma main   Mar 15 Mar 2011 - 23:36

Non, elle n’aurait pas du quitter le château. Elle n’aurait pas dû se mêler à la populace, tenter de se fondre dans le paysage de cette ville qui ne se fondait nulle part, à la fois multitude et charnier, à la fois hymne et frontière... Elle aurait dû rester tranquillement chez elle, dans le confort de son foyer de substitution, enrobée dans sa fourrure espagnole près d’un feu de cheminée et de sa petite rouquine pré-pubère… pour se bercer d’illusions et s’imaginer qu’il était mort, lui qui ne disparaîtrait jamais car son œuvre lui survivrait, lui qui ne mourrait probablement physiquement pas avant plusieurs années, avant d’avoir accompli son œuvre jusqu’à la toute fin.
Il prônait la vérité, et il n’aimait pas les gens qui se voilaient la face, se berçant dans de vains espoirs. Cependant parfois, cette créature si faible qu’était l’homme avait besoin de réconfort, même conscient de son caractère stérile et superficiel. Alors qu’elle reste chez elle, à se construire une sécurité imaginaire. Les doutes auraient de toute façon fini par la rattraper un jour où l’autre. On n’échappe pas à Forbach. Quelque soit l’endroit où l’on se cache. Les Inquisiteurs et le peuple pensaient que les sorcières étaient maléfiques et que tout venait de là. Mais c’était bien plus que ça… C’était ce pays! Cette région! Cette ville qui portait en son sein ce que d’aucuns appelaient le mal; ce que l’Agent du Diable appelait les prémices de quelque chose de plus grand encore; cette étreinte tentaculaire à laquelle nulle ne pouvait se soustraire.

Sinon, comment expliquer que malgré toute sa bonne volonté et ses attaches à Rodez, Cassandra de Saint-Loup, Comtesse de sa région, s’attarde encore à Forbach? Comment expliquer que lui, l’Agent du Diable, ait choisi ce lieu pour y semer les graines du changement? On ne part pas de Forbach. Physiquement, rien n’empêche les gens de s’éloigner de cette cité boueuse et malodorante; mais l’attrait de Forbach est mystique et occulte, incompréhensible, tel un gouffre insondable; le voile était plus fin ici que n’importe où ailleurs, l’humain était plus humain que partout autour, et de cette chorégraphie infernale et hypnotique, Lui tenait maintenant les rênes.

La foule formait une masse grouillante, à la fois fluide et saccadée, simultanément la source de la plus grande force de ces gueux et de leur plus grande faiblesse. Leur plus grande force car, se tenant au milieu du flot de ces êtres mouvants, il était particulièrement vulnérable en cas d’attaque groupée. Leur plus grande faiblesse car, ainsi dissimulé au milieu d’innombrables âmes, il était invisible, infiltré. Personne ne prêtait attention à personne, tous passant à côté de milliers d’autres sans les remarquer… Et dans cet afflux pléthorique, il était parmi eux. Non, il était l’un d’entre eux.

Lorsqu’il la vit, enveloppée dans sa fourrure d’où dépassait cette cascade de cheveux roux, l’air emprunté au milieu du bas peuple, il ressentit une douleur clairement physique dans sa poitrine. Une douleur aiguë et cuisante, la sensation de brûlure inhérente à la balle qui avait perforé ses tissus, s’était logé au creux des muscles rouges, écarlates, suintants d’hémoglobine. La souffrance qui avait vrillé son thorax et cette sensation d’être paradoxalement plus vivant qu’en n’importe quel autre moment… puis la chute… le bruit de la fenêtre brisée, l’air sifflant à ses oreilles, la nuit devenant sienne. Il avait juré qu’il reviendrait pour Narcissa et Cassandra de Saint-Loup. La gosse attendrait un peu plus, voilà tout. Car Cassandra arrivait droit sur lui. Il se laissa porter par la foule, suivant le mouvement; dans la vie, tout était tellement plus facile de cette manière, tellement plus facile que d’essayer de remonter à contre courant… Même quand la situation semblait critique, les opportunités se présentaient souvent d’elles-mêmes. Ce moment en était la preuve fatidique.

Il arriva à sa hauteur et vit qu’à l’instar des autres forbachois, elle ne l’avait pas remarqué, elle ne l’avait pas reconnu. Tout était prévu à cet effet; l’Agent s’était vêtu comme la populace, ses armes lovées au plus près de son corps se sorte qu’on ne les devine pas sous ses frusques, le visage dissimulé sous l’ombre d’un capuchon et un tissu fin et noir lui remontant sur le nez. Aussi indiscernable qu’une ombre. Lorsqu’il la dépassa en contre sens, il pencha la tête vers elle pour humer les effluves disséminées dans son sillage, sentant le fugace contact d’un de ses cheveux roux. Alors qu’elle allait s’éloigner au loin, elle aussi portée par le ressac, il lui saisit la main, la faisant se retourner et s’immobiliser.

Il la regarda alors droit dans les yeux, tâchant de contenir son hilarité –un rire qui ne pouvait se voir sur le bas de son visage dissimulé, mais qui était bien assez clair au fin fond de ses prunelles.
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MessageSujet: Re: Tu mourras de ma main   Dim 20 Mar 2011 - 2:07

Que quelqu'un ose la toucher surprit au plus haut point Cassandra. Toutefois, sa surprise ne dura qu'un seul et infime instant ; elle fut directement remplacée par l'horreur pure et simple. En se retournant – elle y fut forcée par le geste – elle découvrit des traits qu'elle pensait avoir enterré. Cassandra se figea entièrement et se raidit. L'Agent du Diable. Seigneur, elle devait rêver. Ou halluciner. Comment était-ce possible ? Elle ne l'avait donc pas tué ? Le corps avait disparu parce que... il était encore en vie ? Un frisson parcourut l'échine de la Veuve. La situation était encore pire que ce qu'elle pensait. Parce qu'il lui semblait évident, maintenant qu'elle avait la preuve tangible que l'agresseur de sa fille – elle vit rouge – était en vie, qu'il n'agissait pas seul. L'Inquisition s'était jusque là concentrée sur un seul homme, mais il était certain qu'il avait des complices. Sans l'aide d'un tiers, il n'aurait jamais pu se tirer seul de la situation dans laquelle elle l'avait mis. Cassandra détailla le visage face à elle, réalisant davantage à chaque seconde que c'était bien le même homme. Elle se trouvait confrontée aux terrifiants pouvoir de Satan, il n'y avait pas d'autre solution. Comment expliquer autrement la survie d'un homme touché par une arme aussi perfectionnée ? Elle devrait en parler à Sarah Geisler, c'était crucial. Si toutefois elle parvenait à arriver saine et sauve à la Collégiale. À moins que... Cassandra pensa à Viviane, comme à chaque fois qu'elle était confrontée à quelque chose qui lui semblait surnaturel. Il faudrait qu'elle l'interroge sur les capacités d'un sorcier sur le point de mourir. L'Agent du Diable, question d'être pourri jusqu'à la moëlle, alliait-il magie noire et mal ?

S'obligeant à rester neutre alors que la peur se diffusait dans ses veines, elle tenta d'abord de se dégager. La poigne était de fer, et la Veuve ne parvint pas à reprendre sa main. Le temps avait fait son office et Cassandra n'avait plus la vigueur de ses vingt ans. Elle avait beau le savoir, se voir rappeler ses faiblesses en pleine situation de crise n'était guère rassurant. Maudissant les cheveux clairs qui commençaient à parsemer sa chevelure, elle le toisa d'un air hautain, refusant de céder à la panique. Même vaincue, elle n'aurait jamais laissé ses yeux exprimer sa détresse. Ils étaient durs et froids, unique résurgence d'une certaine Carmélite. Et Cassandra n'était pas encore vaincue, loin de là. Certes, elle n'avait strictement aucun moyen de défense – elle n'était même pas capable de suivre les conseils qu'elle donnait à Narcissa, c'était ridicule – mais elle était en pleine place publique. Il y avait des dizaines et des dizaines de gens autour d'eux. Il n'oserait jamais la tuer devant tout le monde, il y laisserait forcément la vie !

- Pire qu'un cafard.

De dégoût, Cassandra cessa de regarder l'homme qui lui faisait face. Ce qu'elle avait lu dans ses yeux – sa victoire – était insupportable. Elle lui rappelait qu'il avait posé ses pattes sur sa petite Narcissa. Elle lui rappelait qu'il s'était introduit chez elle au nez et à la barbe de tous les gardes. Elle lui rappelait qu'il avait mis en danger ce qu'elle avait de plus précieux. Une vague de haine submergea Cassandra. Consciente que sa hargne devait paraître bien vaine, elle jura d'une voix rauque :

- Vous allez mourir.

C'était une promesse. Maintenant, il ne lui restait plus qu'à hurler à l'Agent du Diable. La Veuve prit son souffle, prête à mettre tous ses forces dans son long cri. C'était simple : à son appel, tous viendraient et emprisonneraient l'homme qui lui faisait face. Il ne pourrait leur échapper. Seul contre tous... il perdrait forcément. Magie ou non. Fils du Malin ou non. Ils l'emmèneraient à la Collégiale et si physiquement elle ne porterait pas la main sur lui, elle serait responsable de sa mort. Et ce serait sa satisfaction personnelle.

- À...

Mais la Veuve ne parvint pas à faire ce qu'elle voulait. Son sang se glaça quand l'Agent du Diable l'empêcha de mettre son projet à exécution, réagissant avec une vitesse trop élevée pour être humaine.
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MessageSujet: Re: Tu mourras de ma main   Lun 21 Mar 2011 - 1:14

Sa main fermement agrippée au bras de Cassandra de Saint-Loup. Son étreinte, la retenant comme un chasseur vorace retient une proie appétissante.
Il jubilait de leur tête à tête sordide et intense.
Une solide envie d’éclater de rire tenaillait l’Agent du Diable; heureusement, il était quelqu’un sachant maîtriser ses émotions, et n’eut aucun mal à réguler son hilarité à son seul sourire et aux petits plis aux coins de ses yeux. Mesure de prudence élémentaire. Si il avait soudainement éclaté d’un rire tonitruant, avec son visage masqué et agrippé à une rousse noble engoncée dans une splendide et tapageuse fourrure, il n’aurait pas manqué d’attirer l’attention! Alors que pour l’instant, ils étaient seuls face à face. Noyés dans une foule mouvante et dense, certes, mais seuls. Il n’y avait qu’eux; chacun ne regardait personne d’autre que son interlocuteur direct, le monde extérieur n’avait plus de substance, cette place bruyante et bondée avec ses milliers de personnes ainsi que ses marchands, ses ménagères, ses gamins crasseux, semblait appartenir à une autre réalité. Et plus rien ne comptait que ce duel intense et silencieux, cette confrontation de l’esprit et du regard qui n’aurait pu avoir de pertinence dans un affrontement physique… surtout pas dans un affrontement physique.

Et c’est avec délectation que l’Agent du Diable vit se peindre sur le visage de Cassandra ce mépris, cette attitude rebelle et invaincue dont il raffolait tant. Elle était comme sa fille: frondeuse, insoumise même dans les situations les plus étranges où les plus angoissantes. Être au pied du mur ne signifiait pour elle qu’une brillante occasion de tirer sa révérence… il aimait tellement ça, cette attitude mutine de famille! Et il aimait plus encore la perspective de l’écrabouiller sans pitié, de la réduire à néant, comme il était entraîné à le faire. Cette pensée jubilatoire fut accompagné d’un déferlement hormonal, heureusement masqué par l’amplitude de ses vêtements.

« Mais je suis déjà mort… » glissa-t-il d’une voix d’outre-tombe en la regardant avec un sourire carnassier, abaissant de sa main valide le tissu qu'il portait pour dévoiler le bas de son visage. « Vous m’avez tuée… vous avez oublié? »

Ses doigts effleurèrent son thorax, là où la balle de Cassandra avait pénétré la chair en lui causant une souffrance au-delà de la raison. Chaque seconde de douleur se paierait dans le sang, il y comptait bien. Puisqu’il tenait fermement dans sa main serrée le poignet de la femme, l’Agent du Diable avait pu sentir le pouls de celle-ci s’accélérer de façon nette lorsqu’elle avait pris conscience de l’identité de son interlocuteur. Et c’était ça, la plus grande force de l’assassin aujourd’hui: être présent en ce moment même, à une heure de grande affluence, en plein jour, sur la place du marché de Forbach. Les gens pensaient que les hommes comme lui n'intervenaient que la nuit, où ne se montraient que dans les endroits peu fréquentés. Mais encore une fois, c’était une erreur que de croire qu’on pouvait être en sécurité car mêlé aux autres. L’Agent du Diable lui prouvait par là-même qu’il pouvait être partout, si c’était nécessaire.

Alors que Cassandra gonflait ses poumons pour crier à l’aide et attirer l’attention sur eux, il réagit avec une célérité incroyable, ses muscles accomplissant par réflexe des actes auxquels il n’avait même pas besoin de réfléchir. C’était physiologique, instinctif. Son bras se tendit comme la corde d’un arc et il saisit sa rivale par la mâchoire, bloquant sa voix, les doigts appuyant de chaque côté aux jointures des articulations. Ce devait être très douloureux et il approcha son visage du sien pour lui murmurer, avec un sourire encore plus grand:

« Je ne ferais pas ça, si j’étais vous… oui, vous pensez à juste titre que je ne résisterai pas à un assaut groupé de ceux qui nous entoure. Mais réfléchissez… combien d’entre eux croyez-vous que j’aurai le temps d’abattre avant qu’une goutte de mon sang touche le sol? Dix, vingt? Peut-être plus… et vous aurez la mort de ces gens sur la conscience, Cassandra de Saint-Loup. Est-ce un prix auquel vous consentiriez? »

Non, bien sûr. Sa conscience l’en empêcherait, comme tout humain normalement constitué. Désormais presque sûr qu’elle se tiendrait tranquille, l’Agent du Diable relâcha son étreinte sur sa mâchoire mais ne rompit pas l’espace entre eux, au cas où elle serait finalement devenue complètement folle et résolue au suicide. Décidé à pousser son argumentation jusqu’au bout, il poursuivit:

« J’aurai le temps d’en emporter dans ma chute et vous serez la première sur la liste… oh, je sais que menacer de mort une femme de votre stature n’a aucun sens. Mais pensez à Narcissa! Si seule… sans sa mère… que deviendrait-elle… »
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MessageSujet: Re: Tu mourras de ma main   Mar 22 Mar 2011 - 3:03

Déjà mort ? Déjà mort ? Qu’était-il en train de lui dire ? Qu’il n’y avait plus de cœur qui battait dans sa poitrine ? Qu’elle était face à un revenant ? Qu’elle... Un cauchemar. Elle nageait dans le délire d’un fou, c’était impossible autrement. Et si, finalement, c’était une sorcière qui ramenait les morts sans leur rendre la vie ? L’idée donna un haut-le-cœur à Cassandra. Elle se pencha en deux, pour se relever aussitôt, luttant contre toute faiblesse qui pourrait laisser une ouverture à son agresseur. N'aurait été ce suprême dégoût pour lui et l'impossibilité de bouger dans l'état actuel des choses, elle aurait vérifié en plaquant sa main sur sa poitrine. L’idée qu’il puisse être mort mais tout de même face à elle la plongeait dans la plus grande perplexité. Faisant confiance à sa mémoire, elle chercha dans la Bible des exemples de cas, mais n’en trouva aucun. La résurrection étant exclue, alors qu’avait-elle face à elle ? Après la mort, il y avait la vie éternelle de l’âme, mais pas du corps. Ceux qui tentaient de dire le contraire étaient toujours l’incarnation du mal. Le serpent n’avait-il pas utilisé cet argument face à Ève, en lui promettant une autre forme de vie ? Cassandra pouvait donc affirmer qu’elle était face à un démon.

Et elle se mordit la lèvre jusqu’au sang. La peur qui gelait ses entrailles lui donnait envie de hurler, de hurler jusqu’à s’en casser la voix. Elle n’était plus qualifiée pour lutter contre les fils de Satan. Cassandra savait toujours comment théoriquement se défendre, les prières à utiliser et tout ce qui s’ensuit, mais... elle n’était pas exorciste. Et si elle se souvenait parfaitement l’avoir tué, elle avait l’impression que s’en convaincre la rendrait totalement folle. Ce sentiment qu’elle glissait sur une inéluctable pente menant à la folie occultait presque la douleur provoquée par le geste de l’Agent du Diable. Son moyen de la faire taire avait été simple et efficace, et elle n’avait aucune idée de ce qu’elle pouvait faire pour se libérer. Elle se débattit longuement, accentuant encore ses souffrances. Pourquoi est-ce que personne ne venait à son aide ? Les habitants de Forbach étaient-ils prêts à laisser n'importe quel pouilleux porter la main sur un Noble ?

La réponse s'imposa alors qu'elle cessait de se débattre. Ils n'avaient pas attiré l'attention, en dépit de ce qu'elle pensait, et elle ne voulait plus qu'il en soit ainsi. Voulait-elle avoir la mort d’autant de personnes sur la conscience ? Ou voulait-elle protéger Narcissa d’une nouvelle attaque ? Sa fille méritait-elle qu’on verse pour elle le sang d’autant d’innocents ? La Comtesse sut aussitôt quelle était la réponse. Seigneur, comme elle détestait cette proximité entre elle et cet homme maudit ! Rien qu’avoir son visage si près du sien la rendait malade. Plissant le nez pour échapper à l’infâme odeur qui se dégageait de l’Agent du Diable - et qui paraissait anecdotique à côté du supplice qu’il lui infligeait à la mâchoire, Cassandra finit par avoir un mouvement plus violent que les autres et se dégagea, recouvrant l’usage de la parole, mais d’une voix cette fois-ci essoufflée, rendue grave par la douleur.

- Narcissa avait raison. Vous puez le fennec.

Et c’était une insulte, oui. Mais surtout, un moyen désespéré de gagner du temps. Que pouvait-elle lui dire ? Qu’avait-elle à lui dire ? Que lui voulait-il vraiment, au juste ? S’il avait vraiment voulu la tuer, elle serait déjà morte - et il serait déjà en prison. Refusant de penser aux possibilités qu’un jour Narcissa soit orpheline - rien que l’idée d’imaginer son enfant chérie dans un Carmel lui était insupportable - Cassandra se concentra sur le reste des menaces de l’Agent du Diable. Elle ne voulait pas lui laisser le temps de la torturer à loisir. Elle aurait dû s’enfuir, maintenant qu’elle s’était dégagée, mais elle avait l’impression qu’elle était bloquée, comme si tout mouvement déclencherait une mise à exécution des menaces proférées. Lentement, elle continua :

- Que voulez-vous ? Vous ne me connaissez pas. Peut-être que, contre toute attente, je serai égoïste et que oui, je crierai. Et que je viendrai cracher sur vos cendres. Puisque la mort elle-même semble horrifiée au point de vous refuser, nous forcerons votre départ de ce monde.

Et de fait, elle se retenait de lui cracher au visage. Mais elle faisait face au démon. De quels pouvoirs était-il investi ? Avec quoi pourraient-ils lutter contre lui ? Et si elle parvenait à en savoir plus sur lui, et à survivre ? Elle-même devait convenir que cela faisait beaucoup de si. Toutefois, elle ne se départit pas de sa monstrueuse audace et l'interrogea brutalement :

- Vous êtes un véritable démon... qui êtes-vous ?

Il lui aurait répondu Belzébuth qu’elle n’aurait pas été étonnée.
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MessageSujet: Re: Tu mourras de ma main   Jeu 24 Mar 2011 - 20:01

Un démon, oui, le terme était là. Lorsqu’on acquérait le pouvoir de vie et de mort, le don de faire trembler les âmes à sa simple vue, de semer le trouble dans un nombre illimité d’existences, et que l’on en faisait un « mauvais » usage, on devenait un démon. Certes, l’Agent du Diable n’allait pas tout d’un coup se transformer en vortex de fumée lançant des éclairs et des cris résonnant jusque dans les entrailles de la planète… mais cela faisait bien longtemps qu’il avait cessé d’être humain.

Les yeux plantés dans ceux de Cassandra de Saint-Loup, il sentait son trouble et sa peur exsuder telle une aura addictive; et il s’en délectait, les captant comme on capte un fluide vital pour s’en repaître. Elle avait pris au pied de la lettre des propos intimidants, lancés un peu au hasard, et son esprit était maintenant lamé de doutes et de frayeur… Tout fonctionnait comme prévu et mille fois mieux encore. Après s’être guéri et reposé de cette balle en pleine poitrine, après avoir côtoyé la mort des jours durant, l’Agent du Diable n’avait plus eu qu’une inspiration: se venger. Apparaître devant la Comtesse de Rodez, aussi frais et neuf qu’au premier jour, lui opposant le mur infranchissable de son rictus carnassier tandis qu’elle sombrerai dans des abîmes de perplexité et de terreur… Hé bien l’effet était garanti! Depuis le temps qu’il la guettait, choisissant soigneusement le moment opportun. La flamme effrayée, instinctive, vitale qui brillait dans son regard telle une proie se débattant, valait toutes les souffrances du monde.

« Forcer mon départ de ce monde ? » Ce fut un grand sourire qui illumina le visage mauvais de l’Agent du Diable. « Vous l’avez dit vous-même: la mort ne veut pas de moi. Cassandra, vous aurez beau me tuer, je renaîtrai de mes cendres –à chaque fois ».

Après être passée successivement par le trouble, la peur et la rébellion, c’était maintenant un air las qui s’était peint sur le visage noble de la Comtesse. Ah, mais cela n’allait pas, pas du tout. Il y avait tant de plaisir à voir des victimes se débattre, hurler, sombrer dans la peur ou même le défier… par corollaire, des adversaires atones et frigides ne présentaient aucun intérêt. Au souvenir de l’herboriste qu’il avait violé sur les bords de l’étang de Diefenbach, quelques temps auparavant, l’Agent du Diable sentit son ardeur retomber. Il fallait ranimer tout cela au plus vite, enflammer de nouveau sa jouissance devant une Cassandra d’ordinaire noble et fière, ayant l’habitude de tout gérer et de prendre en main la situation, mais dont l’assurance était réduite à un néant absolu en cet instant. Dans cette optique, l’assassin entreprit de répondre à la première de ses questions.

« Vous savez, lorsque vous m’avez tué, j’ai souffert mille morts. Mais cela n’avait pas d’importance, car je savais que je reviendrai afin de vous le faire payer. Je pourrais vous égorger, là, maintenant, et tout serait fini… mais ce ne serait pas drôle. N’est-ce pas ? »

En effet, accorder à ses victimes une fin rapide était un privilège dont peu jouissaient, l’homme préférant largement faire durer l’agonie et les souffrances autant que possible. La douleur physique n’avait malheureusement pas trop d’impact sur Cassandra de Saint-Loup. Ou plutôt, elle en aurait eu si ils s’étaient retrouvés au calme, seuls à seuls dans une pièce close, et si il avait eu à sa disposition tous les outils de torture les plus raffinés habituellement usités par lui. En ce jour de grande affluence, en pleine place du marché, de tels recours n’étaient évidemment pas de mises… mais il restait l’esprit. Quelque soit sa force, la Comtesse avait des failles comme tout le monde; autant les exploiter.

L’assassin fit un grand pas en avant et s’approcha brusquement de Cassandra, son visage à quelques centimètres du siège, lui imposant son odeur et la proximité de toute sa masse corporelle. Il la désirait autant qu’il la haïssait, et cette aporie intérieure faisait naître en lui des feux d’artifices ô combien chérissables… Derechef, l’Agent du Diable sourit de toutes ses dents.

« Non, je préfère rendre justice de manière plus subtile. Je veux vous voir souffrir de votre douleur –ensuite peut-être consentirai-je à vous achever. Alors maintenant, choisissez, Cassandra. Vous savez que mes victimes dans Forbach sont faites à intervalles régulières? La prochaine sera celle de votre choix. Narcissa. Ou Viviane. L’une meurt, l’autre reste en vie; si vous ne choisissez pas, je tuerai les deux.»

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MessageSujet: Re: Tu mourras de ma main   Dim 3 Avr 2011 - 13:09

Cassandra tenta de mettre de côté son sentiment d'horreur en apprenant qu'il pouvait renaître de ses cendres et chercha désespérément dans ses connaissances des textes bibliques quelque chose qui l'aide à identifier le démon auquel elle faisait face. La seule image qui s'imposait à elle était celle du phénix, mais elle ne voyait pas comment faire de lien entre l'animal mythique et la monstruosité qui lui faisait face. Elle devait écrire au Vatican, dès que possible. Enfin... si elle sortait vivante de cette confrontation, ce qui lui paraissait de moins en moins certain. Toutefois, la certitude que l'Agent du Diable l'aurait tuée depuis longtemps s'il l'avait vraiment voulu lui donnait espoir. Même si c'était pour « payer » sa balle dans le cœur. Elle ne répondit pas à sa provocation. Il n'y avait que ce fou furieux pour trouver la mort drôle et amusante. Cette mort dont il parvenait à se jouer avec tant de facilité... Et si la balle ne l'avait pas tué ? Et s'il avait seulement guéri de manière très rapide et inattendue – aidé par la sorcellerie, bien entendu – et qu'il bluffait ? Elle n'avait aucun moyen de le savoir. Cassandra se sentait acculée. Elle voulait encore lui poser des questions sur ce qu'il était vraiment, et surtout, l'entendre répondre. Rassemblant son courage, elle allait tenter une nouvelle approche quand l'Agent du Diable lui proposa quelque chose de totalement inattendu.

Abasourdie, elle le regarda avec des yeux ronds, persuadée qu'il se fichait d'elle. Il venait de l'arrêter en plein milieu de la place, de la menacer et de l'agresser pour... qu'elle choisisse sa prochaine victime ? Il ne l'avait pas tuée pour cette raison ? Elle lui lança un regard sceptique, puis fronça les sourcils et se crispa.

- Vous ne voulez donc pas me tuer ?

Elle aurait été persuadée du contraire, au vu du dénouement de leur première lutte. Cassandra savait qu'il ne voulait pas la tuer tout de suite, puisqu'il n'avait rien fait en ce sens depuis le début de leur discussion au milieu de la populace, mais elle n'aurait jamais pensé qu'il cherche à l'atteindre psychologiquement. Parce que oui, elle saisissait tout à fait la manœuvre, et refusait même de penser plus loin au choix entre Viviane et Narcissa. Or, pour elle, l'Agent du Diable était une brute sans aucun pouvoir de réflexion propre, un démon sorti de l'enfer, pantin manié par les doigts habiles de Satan. Elle l'imaginait doté de pouvoirs sombres et maléfiques, elle l'imaginait terrifiant, elle l'imaginait brutal, elle l'imaginait violent, elle l'imaginait au sommet de toute force humaine, mais elle ne l'imaginait certainement pas doté d'intelligence propre. Pour Cassandra, il avait d'abord été un agresseur fou, un humain qu'il fallait arrêter. Ensuite, il était devenu un démon dangereux, mais mineur, seulement capable de tuer et de fanfaronner. Voilà qu'il devenait un démon majeur, parmi les plus puissants à affronter. Elle avait été trop longtemps conditionnée par la chrétienté pour s'empêcher de penser qu'il fallait que le Vatican envoie une escouade d'exorcistes sans tarder.

Elle réfléchit un instant à ce qu'elle pouvait répondre. Un sourire dur traversa ses lèvres. Le démon avait frappé en plein cœur, et il le savait. S'il y avait un choix douloureux à faire, c'était bien celui-là. Il y avait sa sœur, celle qui aurait pu être sa jumelle dans une autre vie, sa confidente de toujours, sa plus grande complice, le repère inaltérable de son existence. Et puis il y avait sa fille, son enfant chérie, sa fierté, la prunelle de ses yeux, son plus grand trésor. Toutefois, au fond d'elle-même, Cassandra savait que Viviane et elle pensaient de manière tellement semblable qu'elle en était parfois indissociable. Et elle était quasiment certaine qu'elle approuverait son choix. Les sœurs Valdemar étaient vieilles, et elles avaient joui de leur vie. Narcissa était dans la fleur de l'âge, le plus beau lui restait à venir. Viviane elle-même aurait choisi de laisser Narcissa vivre, Cassandra en était convaincue. Tout comme elle aurait accepté de mourir pour la fille de Viviane, ou pour Narcissa, Cassandra sut quelle était la réponse. Et son âme saignait rien qu'à cette idée.

- Je...

Un infime doute retint Cassandra. Depuis quand donnait-elle à un démon un tel pouvoir sur elle ? En lui donnant la réponse, elle lui signifiait que Narcissa était plus importante que tout, et elle lui donnait un excellent moyen de pression sur elle. C'était un démon, comment avait-elle pu l'oublier ? Il ne respecterait pas sa promesse et il courrait certainement tuer Narcissa, pour se venger de sa blessure ! Il était trompeur et menteur. Et si elle trompait et mentait aussi ? Consciente qu'elle se lançait dans quelque chose de terriblement dangereux, un jeu d'esprit dont elle ne sortirait pas indemne – il avait déjà réussi à lui assurer un mois de cauchemars avec sa question – Cassandra finit par répondre d'un ton froid, qu'elle voulait désinvolte :

- Tuez les deux. Mais laissez-moi en vie.

Avec un peu de chance, l'Agent du Diable croirait qu'elle tenait plus à sa vie qu'à n'importe quoi d'autre et la tuerait elle, croyant lui prendre ce qu'elle avait de plus cher. Parce que devant ce choix monstrueux, Cassandra savait qu'elle préférait être celle qui partait la première. Elle était la plus vieille des trois, et c'était le moment de protéger sa cadette et sa fille. Et puis... dans le pire des cas, Narcissa ne serait pas seule : elle aurait toujours Viviane avec elle. L'angoissante vision de Narcissa dans un Carmel s'effaça.

Et puis... peut-être parviendrait-elle même à faire durer la discussion avec l'Agent du Diable jusqu'à ce que quelque chose ou quelqu'un la sorte de cette horrible situation... Les gens du village allaient tout de même finir par remarquer que quelque chose clochait, non ?
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MessageSujet: Re: Tu mourras de ma main   Mer 6 Avr 2011 - 23:17

La proposition de l’Agent du Diable avait semblé beaucoup surprendre Cassandra, puisqu’un air sceptique s’était peint sur le visage de la Comtesse de Rodez, accentué d’un froncement de sourcils. Considérant l’insistance avec laquelle il les avait traquées, elle et sa famille, il semblait en effet plus logique qu’il souhaitât abattre son interlocutrice sur–le-champ, la laissant pour morte au milieu du marché alimentaire, le sang teintant d’écarlate sa fameuse fourrure espagnole. Mais même si en effet cela aurait comblé son désir et assouvi sa vengeance, c’était une fin trop rapide et miséricordieuse à son goût. C’est pourquoi il prit le temps de répondre, avec des intonations lentes comme si il voulait semer la graine du doute en elle:

« Vous tuer? Bien sûr que si… ne soyez donc pas si pressée, cela viendra bien assez tôt. En attendant, je veux vous voir souffrir. Souffrir au point que la mort soit devenue une délivrance ».

En montrant qu’il était capable de faire preuve d’intelligence et imposer une torture psychologique, l’Agent du Diable sentait qu’il venait de grimper encore un échelon de l’échelle sur laquelle l’avait situé Cassandra. La Comtesse l’avait sous-estimé une fois de plus et c’était une grave erreur. En fin de compte, peut-être que toucher au but serait plus facile que prévu. Lorsqu’il avait énoncé sa proposition, il n’avait pu retenir un rictus silencieux, jubilant à la pensée du féroce dilemme engagé dans l’esprit de son interlocutrice. La plupart des gens, horrifiés qu’on leur demande de choisir entre deux personnes proches et aimées, refusaient tout net et en bloc cette faculté de choix, parfois au point de préférer mourir eux-mêmes. Ainsi, ils apparaissaient ultimement comme des âmes profondément altruistes et humaines. Mais l’assassin savait que ce n’était qu’une façade. Ou plutôt, une censure faite par la morale de leurs véritables pensées. Lesquelles étaient toujours les mêmes, chez qui que ce soit: l’être humain voulait survivre et tandis que ses sens étaient encore choqués d’un tel choix, son esprit se mettait déjà à analyser pour prendre une décision… Décision qui lui assurerait d’être consumé, érodé même, par les remords pour le reste de sa vie.

Et c’est ce qui se déroulait présentement devant ses yeux. L’Agent pouvait voir le cheminement de la pensée de Cassandra sur son visage, dans son sourire métallique. Le moment même où elle se mettait à réfléchir pour faire un choix signifiait clairement une victoire de l’assassin: il avait réussi à lui imposer ce dilemme. Au moment où elle allait rendre son verdict cependant, sa voix se fit hésitante, puis un second temps de réflexion fit suite au premier. La réponse tomba finalement comme un couperet, le surprenant au plus haut point.

Quoi?!? Cassandra n’avait pas choisi. Elle avait éventé le problème en coupant court jusqu’à la solution la plus simple. Un large sourire s’étala sur le visage de l’Agent du Diable, qui ne vit pas le stratagème de la Comtesse, pensant qu’elle s’était enfin rendue à la raison. Aaah! Elle avait donc abandonné la logique de la faiblesse humaine, le fardeau qui la faisait se traîner une famille pareille à un boulet derrière elle! Elle était prête à tout pour survivre. Elle s’était montrée tellement digne de lui, de ce qu’il en attendait.

« Pourquoi s’encombrer de ces dindes, n’est-ce pas? Je suis très fier de vous, Cassandra! Vous avez compris où était la vraie force. Cela vous mènera loin… Je suis si heureux que je ne peux pas résister à la tentation de vous voir faire vos preuves ».


Oui, il était bien beau de parler, mais maintenant il faudrait que la rouquine prouve qu’elle n’était pas une grande gueule et qu’elle avait véritablement les tripes pour être digne de survivre. D’une de ses innombrables poches, dissimulée sous les non moins innombrables recoins de son manteau, l’assassin sortir deux petites fioles rigoureusement identiques, teintes d’une couleur pourprée. De force, il saisit le poignet de Cassandra et lui les fourra dans la main; dans son regard, on pouvait lire l’avertissement selon lequel elle n’avait pas intérêt à les laisser tomber délibérément.

« C’est vous-même qui tuerez votre sœur et votre fille. Il y a là deux fioles qui contiennent chacune une dose de poison. Versez-en dans leurs verres. Vous avez quinze jours, pas un de plus. Si au-delà de ce délai je m’aperçois que vous n’êtes pas passée à l’action, c’est moi qui m’occuperai de vous trois ».

Un peu plus de deux semaines: le délai nécessaire pour que Cassandra ait le temps de rassembler ses idées et son courage avant de verser le liquide mortifère dans les boissons de Narcissa et Viviane. Durant ce temps il l’observerait nuit et jour, il verrait l’angoisse creuser son visage, ses yeux se voiler, ses nuits demeurer éveillées; tous les symptômes d’une lente déchéance où il serait un spectateur privilégié. Il en jubilait d’avance.

« Vous en êtes capable… je suis tellement fier de vous ».

Le regard brillant, l’Agent du Diable abaissa brusquement le tissu sombre couvrant sa bouche, dévoilant pour la première fois le bas de son visage. Il profita du relatif effet de surprise ainsi créé pour rompre les derniers centimètres le séparant de Cassandra et, contenant à grand peine un fou rire caustique, l’embrassa sur ses lèvres.

L’instant sembla se figer sur cette scène surréaliste, puis l’assassin rompit brutalement le contact en bondissant en arrière. Se couvrant de nouveau le visage, il vit prestement volte-face, avant qu’il ne prenne à la Comtesse l’idée de le courser en hurlant à la mort, et disparût parmi la sinueuse et dense mouvance des passants du marché alimentaire.
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MessageSujet: Re: Tu mourras de ma main   Dim 10 Avr 2011 - 21:09

Souffrir au point que la mort soit une délivrance ? Voilà qui n’était guère original et qui était proche de la vérité depuis la mort d’Amaël, mais qui permettait à Cassandra de retrouver des repères connus dans les notions de démonologie qu’elle avait. Parce que celui qui lui faisait face devait être un démon - ou alors l’humanité était décidément une pomme pourrie par Satan, si une telle noirceur pouvait exister chez un simple être humain. Elle était de plus en plus convaincue qu’elle faisait face à un démon majeur, même s’il lui manquait terriblement ce dont elle avait le plus besoin : des certitudes. Asmodée ? Moloch ? Astaroth ? Azazel ? Lequel aurait mené ce genre de raisonnement ? Lequel aurait...

Le bluff avait fonctionné ? Elle l’avait trompé ? Ou plutôt, elle venait de commencer à... marchander avec lui. Priant de toutes ses forces pour ne pas perdre ce pari dangereux dans lequel elle mettait beaucoup de vies en jeu, Cassandra l’écouta, stoïque, conservant l’air dur avec lequel elle avait sacrifié les deux personnes qui étaient les plus importantes pour elle. Le démon était fier d’elle ? Certainement, elle était en train de basculer vers le mal le plus pur, et il n’y avait qu’une infime partie de son esprit pour savoir qu’il ne s’agissait que d’une façade. Et cette même minuscule partie était l’unique garde-fou qui la séparait de la folie. Cassandra redoutait ce qu’elle allait entendre, surtout quand son agresseur parla de vraie force, de joie - quelle joie malsaine que celle qu’il devait ressentir, elle en tremblait - et de “faire ses preuves”. La vraie force était détenue par le Seigneur. Une puissance sans pareille, celle de l’amour, qu’elle savait plus forte que le reste. Sans cette intime conviction, qu’elle pouvait vaincre par amour pour sa fille et pour sa sœur, Cassandra n’aurait jamais été capable de tenir tête à l’Agent du Diable. Mais elle possédait une foi inébranlable, qui voulait que le bien l’emporte sur le mal. Le démon finirait par reculer, et par retourner dans l’Enfer dont il venait.

Le plus dur fut sans doute d’écouter calmement l’abjecte mission dont il la chargeait. Tuer Narcissa ? Tuer Viviane ? Il se trompait sur elle. Parce qu’elle n’en serait jamais capable, et ce n’était certainement pas ses répugnants encouragements qui changeraient cet état de fait. Elle mourrait plutôt que de s’attaquer à elles. Cassandra évita le regard de l’Agent du Diable, concentrant sa vision sur les deux fioles. Elle ne voulait pas lui offrir la moindre possibilité de lire l’horreur dans son regard, tout serait tombé à l’eau. Si elle pensait avoir atteint le sommet de l’ignoble, elle se trompait. Il n’en avait pas fini avec elle. Quand il découvrit son visage, Cassandra s’attendit au pire - notant au passage qu’il avait des traits humains. Et de fait, quand il lui donna cet infâme baiser, Cassandra crut qu’elle allait vomir. Le dégoût était tel qu’elle crut que ses nerfs allaient la lâcher. C’était sans doute ce qu’elle avait vécu de plus humiliant depuis de très longues années. En un geste, il venait de fouler aux pieds tous ses souvenirs avec Amaël, de manière bien plus efficace que s’il s’était contenté de l’insulter. Avant que son corps ne réagisse tout seul à cette agression, il avait disparu, laissant la Veuve sur le point de défaillir.

Elle resta immobile un long moment, incapable de faire le moindre geste. Dans ses mains, les fioles de poison, preuves tangibles qu’elle n’avait pas fait un immense cauchemar. Que devait-elle faire ? Elle ne luttait plus seulement avec elle-même pour conserver son sang-froid, elle luttait maintenant également avec son corps, qui ne demandait qu’à se laisser tomber à terre. Plongée dans ses pensées, Cassandra fut sortie de sa torpeur par une voix bourrue :

- M’dame ? Z’allez bien ? Z’êtes pâle comme une morte, j’dirions qu’vous avez vu l’diable !

Un sursaut traversa Cassandra. Ce fut le choc nécessaire : elle se reprit enfin, précisément grâce à la marchande, qui ne devait pas se douter de la justesse de ses paroles. Oui, elle avait vu le diable. Mais elle était en vie. Et en fait, elle avait réussi ce qu’elle voulait faire. Elle était en vie. Et elle avait deux semaines pour trouver un plan pour toutes les sauver.

Ou faire la peau à l’Agent du Diable.
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Tu mourras de ma main

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