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 Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II

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MessageSujet: Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II   Mar 29 Mar 2011 - 22:32

La lettre est déposée dans l’après-midi de leur rencontre. Apparemment, à défaut de la nuit, c’est la matinée qui a porté conseil à Adal. L’enveloppe est simple mais cachetée et a été déposée par le jeune homme lui-même à une heure où la plupart des nobles – et les domestiques qui ne servent pas - prenaient leur repas.

Citation :

Chère Alexandrine,

Je ne me fais pas de mourant, je n’ai pas besoin de signer cette lettre pour que vous reconnaissiez mon écriture. La matinée a été source de beaucoup de réflexion pour moi. C’est notamment votre souvenir et vos paroles qui m’ont accaparé, ou du moins, toute mon attention. Mes pensées n’ont cessé de tourbillonner pour trouver un moyen de vous exprimer combien il est délicat de recueillir les vers qui vous sont destinés. Toutefois, la muse que vous êtes a su m’inspirer et réveiller les mille et unes possibilités qui s’offrent à nous. J’aimerais vous déclarer mes idées pour que vous puissiez me dévoiler vos sentiments sur la façon dont elles vous toucheront. Rejoignez-moi là où l’éclat de votre radieuse beauté a rencontré la fraîcheur nocturne de mes sentiments lorsqu’il sera l’heure opposée de notre première rencontre.

Avec toute mon affection.

Le message était bien entendu camouflé dans tout ce « charabia ». Il fallait chercher le sens qui se cachait sous les mots dévoilant simplement que le jeune homme désirait faire part de ses idées concernant leur plan pour dérober le Livre de Lumière au même endroit que ce matin à l’heure opposée de leur première rencontre, c'est-à-dire à minuit, puisqu’ils s’étaient rencontré au milieu même de la journée lorsqu’elle était venue le rejoindre à l’Etang. Il était certain qu’elle parviendrait à lire la substantifique moelle qui reposait sous ces mots d’amoureux. Quiconque la lirait n’y verrait qu’une invitation d’un soupirant voulant déclamer un poème, ou une tirade de prose à l’éloge de la beauté de la jeune femme. Qui plus est, ne filtrait aucune idée de l’heure, ni de l’endroit du rendez-vous. Seule Alexandrine avait accès à ces données.

C’est donc après la fin de la journée, alors que la nuit était déjà tombée sur le Château, qu’Adal, vêtu d’une tunique noire et légère ainsi que d’un poignard habilement dissimulé, ayant appartenu à son père, sortit de ses appartements et commença à « marauder » dans la demeure aux habitants presque tous endormis. En silence, il esquiva les quelques gardes déjà trop fatigués pour monter la garde. Ils seraient relevés quelques heures après minuit, aussi Alexandrine et lui devraient faire vite pour pouvoir échapper à la vigilance de gardes endormis, car il serait bien plus difficile de passer inaperçus face à des gardes reposés et disponibles. Qu’importe, de toutes façons, s’ils devaient s’en sortir à deux, même hors délai, ils pourraient toujours prétexter qu’ils cherchaient un peu d’intimité loin de leurs familles respectives pour… Des choses qui ne les concernaient pas. Il se glissa hors des murs de pierre et repéra le banc sur lequel il s’était assis aux côtés de la jeune femme. Là où tant de choses avaient été échangées. C’était ici qu’avait commencé un espoir fou de pouvoir la séduire et l’aimer réellement, c’était peut-être ici que commencerait la désillusion.

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MessageSujet: Re: Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II   Mer 30 Mar 2011 - 22:59

Lorsqu’elle était rentrée ce matin, elle s’était replonger dans les lettres que lui avait écrites Adal, non sans avoir fait avant le compte rendu de la conversation à sa mère. Elle avait omis quelques détails, mais Elisabeth ne lui avait posé aucunes questions, preuve s’il en fallait qu’elle faisait entièrement confiance à la demoiselle pour régler cela… enfin, c’était ce que s’était dit Alexandrine.

Bizarrement, ce jour, elle resta au salon. Elle se rendit compte qu’elle attendait ces lettres lorsqu’Adal n’était encore qu’un anonyme à ses yeux. Elle devait bien avouer que cela lui avait manqué, pourtant le mystère était éclairci et à présent elle connaissait l’auteur de ces courriers. En regardant par la fenêtre, Alexandrine se remémora les soupirants qui étaient venus au Château. Pour les coureurs de dote, sa mère les avait écartés facilement, et pour les autres ? Elle en avait trouvé certains charmants, peut-être qu’avec le temps, elle aurait fini par les aimer – c’était ce que lui répondait sa Grand-mère. Et puis sa mère avait eu un mariage arrangé… Elle finit presque par penser que c’était Elisabeth qui l’avait retenu ici. Au final, elle savait que cela n’avait rien à voir avec sa mère, aucuns des hommes qu’elle avait rencontrés n’avait pu la comprendre, voir qui elle était… aucun jusqu’à maintenant.

Lorsque la lettre fut glissée sous la porte, son cœur fit un bon. Elle se précipita pour voir qui venait la déposer, mais elle arriva trop tard et le couloir était vide. Elle prit le courrier et le lut rapidement, l’auteur était sans nul doute Adal, quoique sa prose soit quelque peu inhabituelle par rapport aux autres lettres.

Elisabeth arriva dans le salon à ce moment, demandant si Alexandrine allait bien, celle-ci répondit positivement et fila dans sa chambre pour regarder de plus près la lettre.

Citation :

Chère Alexandrine,

Je ne me fais pas de mourant, je n’ai pas besoin de signer cette lettre pour que vous reconnaissiez mon écriture. La matinée a été source de beaucoup de réflexion pour moi. C’est notamment votre souvenir et vos paroles qui m’ont accaparé, ou du moins, toute mon attention. Mes pensées n’ont cessé de tourbillonner pour trouver un moyen de vous exprimer combien il est délicat de recueillir les vers qui vous sont destinés. Toutefois, la muse que vous êtes a su m’inspirer et réveiller les mille et une possibilités qui s’offrent à nous. J’aimerais vous déclarer mes idées pour que vous puissiez me dévoiler vos sentiments sur la façon dont elles vous toucheront. Rejoignez-moi là où l’éclat de votre radieuse beauté a rencontré la fraîcheur nocturne de mes sentiments lorsqu’il sera l’heure opposée de notre première rencontre.

Avec toute mon affection.

C’était un rendez-vous à n’en pas douter. Elle déchiffra le message, puis fit une liste – dans sa tête – de ce dont elle aurait besoin.

Le soir au diner – qu’elles prenaient dans leurs appartements – Alexandrine demanda à sa mère de lui prêter sa dague. Une lueur d’inquiétude traversa le regard d’Elisabeth. C’était la dernière chose qu’il manquait une arme… Bien qu’un peu réticente, la Prêtresse lui donna le poignard, lui rappelant qu’il lui était précieux car offert par son père. La Vicomtesse mit également sa fille en garde sur le fait qu’elle n’était pas prête à voir quelqu’un mourir et encore moins à prendre la vie d’une personne, aussi elle lui conseilla d’éviter de s’en servir, dans la mesure du possible.

Sachant que l’Agent du Diable rôdait toujours, elle prit le poignard à la main lorsqu’elle traversa le Château alors que la nuit était tombée depuis longtemps. Elle fut soulager de voir une silhouette sur le banc de pierre, pendant un moment, elle avait douté de son esprit et pensé que le rendez-vous pouvait être à l’étang… ce qui n’avait pas de sens, puisque le Lys s’était établi dans les souterrains du Château.

Sa cape noir la noyait au cœur de la nuit, lui permettait de ne plus qu’un avec l’obscurité, ou presque, ne pouvait se voir que les rares reflets de son arme qu’elle tenait toujours à la main.

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MessageSujet: Re: Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II   Jeu 31 Mar 2011 - 10:55

Telle une créature de la nuit, Adal s'était installé sur le petit banc de pierre qu'il avait côtoyé dans la matinée aux côtés d'Alexandrine. Comme toujours, il était venu en avance, notamment pour s'assurer que personne ne trainait dans les environs. Après tout, il pouvait très bien y avoir d'autres personnes désirant partager une nuit intime dans le secret des jardins en pleine nuit. Heureusement, la fraicheur de cette fin d'hiver n'enflammait pas les passions et le jardin était désert, au plus grand plaisir du jeune homme. Quand Alexandrine viendrait, il faudrait d'abord qu'il lui explique les grandes lignes du plan qu'il avait conçut. Elle aurait alors surement quelques questions, voire même des propositions peut-être et ils devraient surement débattre un petit moment pour décider réellement de ce qu'ils allaient faire. Mieux valait alors que personne ne les écoute à ce moment-là, autant une oreille indiscrète, qu'une oreille du Lys Noir. Car si Olrun savait que la jeune femme fréquentait Adal, le Lys Noir, lui, n'était pas au courant de la relation qu'entretenait le jeune homme avec la sorcière d'Olrun et ce n'était pas le moment qu'ils le sachent. Une fois que tout serait fini, avec un peu de chance, personne ne le saurait, mais il y avait de grandes chances qu'il devienne un paria pour le Lys Noir. Que ferait-il si jamais ils devaient passer inaperçu ? Pourrait-il continuer à vivre parmi les membres du Lys ? Pourrait-il les regarder chercher le Livre de Lumière ? Le chercheraient-il seulement ? Chercheraient-ils des traitres dans leur Clan ? Serait-il exposé ? Il n'en savait rien, peut-être que finalement il était plus facile d'être « découvert » et de s'en sortir. Ainsi il saurait qu'il ne pouvait plus se fier au Lys Noir. Peut-être qu'Olrun consentirait à l'accueillir en ses rangs, peut-être qu'il ne serait finalement qu'un paria, un sorcier sans clan. Une telle idée l'effraya quelque peu, mais il se rendit tout de même compte que cela faisait presque seize années complètes qu'il était seul, alors une vie de plus ou de moins dans la solitude...

Il arrêta de penser en vérifiant que tout se dont il avait besoin était bien en place sous sa tunique. La dague qu'il tenait de son père pouvait être utile, même s'il désirait fortement ne pas avoir à s'en servir... Si seulement les sous-sols pouvaient être vides cette nuit, si seulement ils pouvaient éviter toutes les rencontres et se contenter de prendre le Livre et de repartir... Mais il n'en serait surement pas ainsi. Adal espérait seulement qu'il n'aurait pas besoin de se battre pour cela, qu'il n'aurait pas besoin de tuer. Pourtant, certaines choses étaient inévitables et rien ne pourrait y changer quoique ce soit. Il frôla de ses doigts le métal du fourreau qui enlaçait la lame de sa dague et se rendit compte que quelqu'un approchait. Empoignant la poignée de l'arme, il tendit son regard et ses sens dans la direction de laquelle approchait la personne. Il fut rapidement soulagé de voir qu'il s'agissait de la jeune femme qu'il attendait, même s'il eut un sentiment d'effroi lorsqu'il la vit tenir une dague entre les mains.


« - Vous feriez mieux de la porter sur vous, à l'abri. Inutile de montrer nos intentions dès maintenant. »

Il avait dit cela à voix basse, peut-être un peu inquiet que la lame ne soit pour lui... Après tout, cela aurait très bien pu être un piège contre lui. Mais il fut assez rapidement rassuré, enfin si l'on pouvait utiliser ce mot. Il s'approcha un peu plus, pour qu'ils puissent murmurer, prit une inspiration et commença, sur le ton de la conspiration:

« - Je vais vous mener à l'entrée des souterrains du Lys Noir. Nous irons droit vers le Livre si possible, nous prendrons des détours si nécessaires, bien que j'espère que ce ne soit pas nécessaire. Tant que nous n'aurons pas le Livre en notre possession nous devrons être discrets. Après, nous pourrons toujours opter pour une fuite rapide si nous devons être repéré, nous aurons le livre et c'est tout ce qui compte, en plus de votre sécurité. »

Il marqua une pause.

« - A la sortie des souterrains, nous nous séparerons, je pense que c'est la meilleure chose à faire. Je vous remettrais le Livre de Lumière que vous pourrez apporter à votre Clan et je trouverai de mon côté une solution pour me protéger, si nécessaire. »

Il s'arrêta là. Le silence qui s'ensuivit était une question implicite : approuvait-elle ce plan ou non ?
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MessageSujet: Re: Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II   Jeu 31 Mar 2011 - 22:40

Lorsque le jeune homme lui adressa la parole, elle eut un moment de réflexion avant de comprendre qu’il parlait du poignard qu’elle avait à la main.

"Avec cet Agent du Diable qui rôde, j’ai préféré pouvoir vite me protégé s’il s’en prenait à moi alors que je maraudais seule dans le Château."

Elle ne savait pas au juste pourquoi elle s’était sentie obligée de lui expliquer la présence de la dague dans sa main. Qu’importe, le jeune homme reprit et dévoila son plan. Il avait le mérite d’être simple, de toute façon, ils n’allaient pas faire une visite guidée de la tanière du Lys ! Il était trop près à son gout et elle pouvait sentir son souffle sur sa joue. La demoiselle s’efforça de rester concentrée sur le pourquoi de sa présence en ce lieu – à savoir la récupération du livre. Cette promiscuité était nécessaire, et puis cela ne la dérangeait pas…

Dans l’esprit de la demoiselle, jamais n’était venu l’idée qu’Adal puisse ne pas être découvert par son clan. Alexandrine ne concevait pas que le jeune homme puisse rester avec les siens après cela… mais peut-être était-ce son souhait ? La question traversa son esprit, mais fut finalement évincer par la réalité de ce qu’ils étaient en train de fomenter.

Elle saisit le bras d’Adal, le serrant peut-être plus fort qu’elle ne l’aurait voulu faute à l’adrénaline qui affluait dans ses veines.

"Au cas où nous serions séparé car nous aurions été découverts, promettez moi de venir à nos appartements. Ce sera notre lieu de rendez-vous, celui où nous nous replierons. Promettez !"

Elle avait peut-être parlé un peu sèchement, mais c’était de l’inquiétude qui transparaissait dans sa voix. Naturellement, son murmure avait atténué le fait que sa phrase sonnait comme un ordre, alors qu’elle l’avait pensé comme une simple requête. Le mal était fait.

S’ils étaient découverts… c’était le pire des scénarios possibles. Certes ils savaient se servir de la magie, mais l’autre camp le saurait aussi. Et puis il y avait autre chose qui faisait qu’Alexandrine pouvait douter de son guide.

Elle se rapprocha un peu plus de lui avant de reprendre la parole.

"Et si nous croisons votre Mère que ferez-vous ?"

De toutes les sorcières qu’ils pouvaient croiser ce soir, c’était elle qui terrifiait le plus la jeune femme. Dans sa fuite, elle n’avait pu trouver refuge que parmi les siens et si les autres du clan étaient probablement chez eux avec leur famille, la Meneuse, elle, était forcément quelque part dans ces couloirs qu’ils allaient emprunter. Et puis il y avait aussi le fait qu’Adal aimait sa mère… et si au final il préférait renier l’amour qu’il disait avoir pour elle au profit de celui de sa mère ?

Elle préféra cesser là ces pensées avant que le doute n’ait noyé ce qu’elle avait de courage. Alexandrine devait admettre qu’elle était terrifiée, mais elle gardait tout de même une certaine constance, sachant pertinemment qu’elle était assez forte pour surmonter tout cela et aller là-bas … mais uniquement avec lui !

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MessageSujet: Re: Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II   Ven 1 Avr 2011 - 14:10

Rassuré, il l'avait été lorsque la jeune femme lui avait fait remarquer qu'elle ne portait cette lame au clair que pour se protéger de l'Agent du Diable, cet homme qui rôdait dans Forbach et se trouvait être un bien dangereux meurtrier. Néanmoins, Adal ne pensait pas que cet « homme », s'il devait en être effectivement un, s'aventurerait dans le Château, tout de même gardé efficacement. Qui plus est, la plupart des victimes, même si elles avaient été nobles, s'étaient retrouvées entre ses griffes en descendant dans la ville, aussi, étant donné qu'ils allaient rester au sein de l'enceinte du Château, ils ne redoutaient surement pas grand chose. Toutefois, il devait admettre que cette mesure de sécurité était valable, et, au moins, elle bénéficierait ainsi d'une arme pour se défendre si nécessaire lors de leur petite incursion dans les entrailles du Lys Noir. Elle semblait avoir pensé à tout, même s'il continuer de penser que l'accompagner était une pure folie, comment pouvait-elle ainsi se jeter dans la gueule du loup ? Pensait-elle réellement à l'opportunité de l'aider en cas de besoin ? N'était-ce qu'un stratagème pour être proche de lui lorsqu'il trouverait le Livre de Lumière et ensuite se débarrasser de lui ? Non ça n'avait pas de sens, elle aurait très bien pu attendre à l'extérieur, loin du danger, jusqu'à ce qu'il lui ramène le livre à un endroit où elle aurait même pu lui tendre une embuscade, aidée d'autres sorcières d'Olrun. Et puis, elle n'agissait pas comme si elle lui voulait du mal, bien au contraire. Il suffisait de croiser son regard pour le comprendre. C'est d'ailleurs ce dernier qu'il fixa alors qu'elle l'avait subitement prit par le bras pour lui demander de promettre de la rejoindre dans ses appartements s'ils devaient être séparés d'une quelconque manière. Surpris par la rapidité du geste et un peu par l'écart qui s'était fortement réduit entre eux deux, Adal eut un moment de silence pendant lequel il sembla sombrer dans le regard de la jeune femme. Se reprenant après quelques instants, il hocha la tête en silence avant de finir par réussir à ouvrir la bouche et prononcer quelques mots:

« - Je vous le promet, Alexandrine. »

Il n'avait pas saisi immédiatement pourquoi elle avait insisté tellement pour lui faire promettre ceci, mais s'il s'agissait d'un piège, il ne l'avait pas remarqué, puis il était trop tard pour tout cela maintenant. Il ne pouvait plus reculer, plus maintenant, sa décision était prise et elle était irrévocable, immanquablement. Même lorsque la jeune femme s'approcha encore, faisant accélérer subitement son cœur, en lui demandant quelle serait sa réaction s'ils devaient rencontrer Alicia de Sarrebourg, sa mère. Il put lire la peur que suscitait une telle rencontre dans son regard, lui même y avait songé, il y avait réfléchi toute la matinée pour finalement parvenir à une décision, cette même décision qui l'avait fait écrire ce mot à Alexandrine, cette même décision qui faisait qu'ils étaient tous les deux dans le jardin du Château aux environs de minuit.

« - C'est vous que je protègerais Alexandrine, envers et contre tout, dus-ais-je affronter ma propre mère pour vous. »

Ses mots avaient été prononcés avec certitude et une détermination notable, même dans le murmure qui les avait soufflé. Si proche d'elle, il pouvait sentir l'odeur enivrante de ses cheveux, son parfum léger et si agréable... Jamais il n'aurait imaginé être aussi proche d'elle. Il préféra néanmoins reculer lentement, mettant fin à cette proximité. Il afficha un léger sourire avant de reprendre:

« - Vous m'avez offert en quelques jours bien plus que ma mère ne l'a fait en seize années et surement bien plus qu'elle ne n'aurait pu m'offrir. Je peux vivre avec le souvenir de ma mère car il sera bien plus beau qu'elle ne le sera jamais, mais je ne peux vivre qu'avec votre souvenir, car il serait bien trop pâle face à celle que vous êtes réellement. »

S'il avait fait jour, peut-être aurait-elle vu ses joues rosir, néanmoins, la nuit masqua habilement la petite bouffée de chaleur qui l'aurait normalement trahi puis, se tournant dans la direction du Château, il la prit sans réfléchir par la main et l'entraina à sa suite.
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MessageSujet: Re: Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II   Dim 3 Avr 2011 - 18:03

Elle se contenta de la promesse d’Adal de se retrouver à ses appartements s’ils venaient à être séparés. Alexandrine se dit qu’elle avait eu tort de parler d’Alicia. Malgré la réponse du jeune homme, elle ne pouvait s’empêcher de douter. Sa mère lui avait répété mainte fois que les paroles étaient faciles et que les actes qui y étaient associés demandaient parfois trop de courage à la personne qui les avait dites. La demoiselle savait que celui qui l’accompagnait était un homme de parole et qu’il n’en manquait pas – de courage – mais rien de ce qu’il dirait ne pouvait être certain lorsqu’il s’agissait de sa mère. Après tout, cela ferai surement resurgir un tas de choses, bonnes ou mauvaises et personne ne pouvait dire ce qui se passerait si les paroles de la demoiselle devait devenir réalité.

Il s’éloigna d’elle mettant un terme au fil de ses pensées. Son cœur ralentit, pourquoi battait-il plus vite lorsqu’elle aurait pu frôler de ses lèvres la joue d’Adal ? Elle n’eut pas le temps de beaucoup y réfléchir car le jeune homme prit sa main et l’entraina dans la nuit.

Elle se laissa guidée, pour l’instant peu lui importait le chemin à travers le Château, elle le connaissait suffisamment pour ne pas s’y perdre. Cette expédition gâchait un peu le plaisir qu’elle avait de revoir le jeune homme. En effet, s’il était là c’était uniquement pour récupérer le livre avec elle, alors qu’ils auraient pu parler de choses et d’autres. Alexandrine se dit que dans sa volonté de ne rien demandé à sa mère, elle avait tout de même oublié quelque chose d’important, à savoir l’apparence du livre qu’elle devrait ramener. La Vicomtesse avait tellement répété à sa fille qu’Adal était en train de lui tendre un piège que si celui-ci essayait de la duper avec un faux document, Alexandrine n’aurait aucun moyen de le savoir… D’un autre côté, elle était là pour Adal et uniquement pour lui ! D’ailleurs l’idée qu’il la livre à son clan et qu’il trahisse par la même sa confiance était plus intolérable à la demoiselle que le fait d’être prisonnière du Lys, voir même, que l’idée qu’elle puisse mourir.

Et puis enfin, dans un des couloirs, une porte qui menait dans les sous-sols. Elle était derrière une tapisserie représentant une fête champêtre, d’après ce qu’Alexandrine croyait se souvenir de l’endroit dans la journée… mais avec la nuit elle n’aurait su en être certaine. Le jeune homme ouvrit la porte, nulle clé ni sésame ne lui était nécessaire, comme toutes les portes de service, elle restait ouverte en permanence.

Alors qu’il reprenait sa main, la demoiselle fit glisser ses doigts de sorte d’échapper à l’étreinte.

"Attendez !"

Elle avait parlé trop fort et à haute voix, déjà on entendait les pas des gardes qui se rapprochaient. Elle rabattit sa capuche et franchit la porte que le jeune homme referma doucement. Ils restèrent, là un moment, le temps que les gardes s’en aillent, en fait. Ce moment sembla durée une éternité à Alexandrine, surtout que par réflexe elle s’était rapproché d’Adal. De toute façon, dans ce couloir exigu avaient-ils le choix ?

"Je suis désolée."

Ce murmure lancé dans un souffle fut presque inaudible. Elle avait confiance en Adal et savait que tout allait bien se passer, alors pourquoi cette seconde d’hésitation qui avait failli les faire repérer ? Elle n’aurait su le dire.

Le jeune homme alla prendre une torche qu’il alluma et ils pénétrèrent dans le dédale des sous-sols. Les domestiques les empruntaient parfois comme des raccourcis, mais ils s’en tenaient aux chemins qu’ils connaissaient et uniquement à ceux-là ! Il n’y avait que celles du Lys pour s’enfoncer plus en avant dans les entrailles de la bâtisse et les parcourir comme Alexandrine parcourait le château.

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MessageSujet: Re: Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II   Lun 4 Avr 2011 - 20:32

Il n’y avait pas de temps à perdre. Il fallait faire au plus vite. Qui plus est, Adal était pressé d’en finir, plus rapidement cela serait terminé, plus rapidement il serait certain qu’Alexandrine ne risquerait plus rien. Tandis qu’ils parcouraient les couloirs du Château, le jeune noble sentait la chaleur de la main de la jeune femme dans la sienne. C’était tellement agréable ! Il repoussait néanmoins toutes les sources de distraction possible, il fallait qu’il reste concentré. La question de la jeune femme, il l’avait quelque peu anticipée. Depuis la dénonciation de sa mère comme une Sorcière, il y avait de fortes chances pour qu’elle se terre dans les couloirs des sous-sols appartenant aux Lys. Il espérait seulement qu’elle ne s’interposerait pas face à eux. Toutefois, Adal avait déjà fait son choix. Sa mère ne l’aimait pas et il avait beau l’aimer, s’il y avait une chance pour qu’Alexandrine lui rende son amour, sa mère ne passerait pas avant elle. C’était ainsi et pas autrement. Ils échappèrent assez facilement aux différents gardes en empruntant les couloirs vides à cette heure. Pas même un serviteur pour les surprendre au détour d’un coin de couloir. Tant mieux, car Adal avait prévu un plan pour lever les soupçons mais la jeune femme n’aurait pas nécessairement été d’accord pour l’appliquer. Il ne lui en avait pas parlé, d’abord parce qu’il n’était pas certain qu’il serve, et ensuite parce qu’il n’aurait jamais osé le faire.

Mais alors qu’ils allaient rentrer dans les souterrains qui menaient aux sous-sols du Lys un petit évènement imprévu arriva. Adal avait relevé la tapisserie pour dégager l’entrée de la porte de service avant de l’ouvrir et alors qu’il reprenait la main d’Alexandrine pour l’attirer à sa suite, elle retira vivement sa main et s’écria d’attendre. Le jeune noble resta interdit un moment jusqu’à se rendre compte que des pas approchaient, surement des gardes. Elle sembla le réaliser aussi et entra finalement. Le fils de la Meneuse eut juste le temps de rabaisser la tapisserie et fermer la porte avant de s’arrêter interdit. Deux gardes s’étaient retrouvés face à la tapisserie et échangeaient des interrogations. Le cœur du jeune garçon battait fort. Ce n’était pas le moment de se faire repérer. Alexandrine s’était rapprochée de lui, et il sentait sa présence. Ils étaient sur le qui-vive tous les deux. Mais c’était surtout pour elle qu’il craignait. Heureusement, les gardes finirent par partir, persuadés d’avoir entendu un courant d’air, ce qui était assez fréquent selon leurs dires. Il répondit d’un regard et d’un léger sourire aux excuses de la jeune femme.

Adal prit alors une torche allumée qui était fixée au mur et ouvrit la marche non sans lâcher la main de la jeune femme qu’il avait reprise alors qu’ils attendaient le départ des gardes. Ils s’enfoncèrent profondément dans le dédale. Parfaitement à l’aise, bien qu’un peu stressé, le jeune homme n’avait aucun problème à trouver son chemin. Ils arrivèrent assez rapidement à la Grande Salle qui était la pièce principale des locaux du Lys. Pour obtenir le livre de Lumière, Adal devrait pénétrer dans le bureau de sa mère. Les couloirs étaient déserts, heureusement, aussi y avait-il une chance que la Meneuse soit ailleurs. Le jeune noble reposa la torche sur une applique murale et poursuivit son chemin, oscillant entre l’ombre et la lumière, essayant de se montrer au minimum. Ils arrivèrent devant une porte. A cet instant, Adal se retourna vers Alexandrine et lui murmura :


« - Le livre se trouve dans cette pièce, mais je vais y rentrer seul, elle n’a pas d’autre sortie et je ne voudrais pas que vous y soyez piégée. Essayez de rester dans l’ombre, la Grande Salle porte suffisamment bien son nom pour vous permettre de vous camoufler. Attendez mon retour, je ne serai surement pas long. Faites attention à vous. »

Un long instant passa alors qu’Adal regardait Alexandrine, un peu comme s’il savait que quelque chose ne se passerait pas forcément comme prévu. Une sorte de pressentiment. Il lui fit un petit signe pour lui demander de s’écarter un peu de la porte et de se faufiler à l’ombre d’un pilier un peu plus loin. Il regarda la direction dans laquelle elle allait puis fit demi-tour avant d’ouvrir lentement la porte et se faufiler à l’intérieur avant de la refermer aussitôt, sans même regarder derrière lui…
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MessageSujet: Re: Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II   Mar 5 Avr 2011 - 1:30

« La vie n’est pas une pièce de théâtre » Voilà bien la seule assertion de Madame de Sarrebourg qu’Alicia n’avait jamais écoutée. Autant la Veuve de Sarrebourg avait brillé pour sa sobriété qui n’avait jamais aussi bien rimé avec austérité, autant Alicia avait toujours aimé la représentation et ses fantaisistes atours. Jamais elle n’accepta en cadeau de robe qui n’eut des nœuds et des rubans d’une facture aussi parfaite qu’inédite, si bien que bien après son enfance il était de notoriété publique qu’il était inconvenant d’offrir une robe à la Comtesse Loewenstein sous peine qu’elle vous foudroie pour péché d’orgueil.

Alicia n’aurait osé le formuler, mais elle adorait ça. Cette peur panique qu’avaient tous les nobles de trouver le cadeau qui saurait la combler. N’apprendraient-ils jamais qu’ils ne la combleraient jamais de leurs dons même des plus audacieux. Ne comprendraient-ils jamais que le cadeau de la Comtesse était pour elle de voir ces âmes se torturer pour son bon plaisir. Quelle cruauté !!! Non, un besoin tacite et irrépressible de se sentir source d’effervescence, de se sentir aimé ou presque…

Voilà des bonheurs que plus jamais elle ne vivrait. La théâtralité avait un prix. Trop souvent elle s’était livrée poussée par l’honneur, la haine ou la confiance. Cette fois fut la dernière. Alors qu’elle n’avait même pas été littéralement arrêtée pour sorcellerie, elle avait avoué devant une foule d’inquisiteurs armés et était pour ainsi dire partie en fumée. Le théâtralité lui avait sauvé la vie…

Elle se voyait à présent prisonnière d’une prison de pierres sombres qu’elle avait elle-même taillée. Passant ses journées à flâner entre les colonnades et saluant au bord de la folie les sculptures fantastiques qui s’en élevaient portant entre leurs mains une lumière devenue en quelques temps – temps indéchiffrables car au creux de la terre il n’y avait qu’une longue nuit – éblouissante. Alicia se sentait pâlir et faiblir. L’humidité de la grande fontaine semblait glacer sa peau d’une lueur spectrale. Pourtant, au comble de cette non-vie qui n’était pas encore la mort, nul ne l’avait trouvée si belle.

Ses pas étaient devenus lents mais de grâce jamais ils ne manquèrent. Sa silhouette sombre sillonnait le temple dans une solitude infinie. Bien peu de sorcières prenaient encore la peine d’aller jusqu’aux sous-sols pour prier, ils ne servaient plus qu’aux grandes cérémonies, or de grandes cérémonies il n’y avait plus. Le temple serait probablement son tombeau et Alicia au fur et à mesure qu’elle en prenait conscience voyait grandir en elle une inexplicable fierté. Elle avait bâti sa vie et son clan, elle ne voyait dès lors plus belle place pour finir ses tristes jours que le cœur des terres brumeuses, le berceau de sa tribu…


La porte du bureau s’ouvrit timidement sur l’obscurité de l’alcôve froide. Le faisceau lumineux de la torche illumina progressivement la pierre grenue, les candélabres éteints, l’angle du bureau de bois sombre, des palimpsestes cornés, un lourd grimoire dont la couverture chenue trahissait un grand âge et une non moins grande sagesse. Sur le livre courait une mantille noire qui se mit à ramper vers l’obscurité que la lumière chassait jusqu’à une main hâve qui caressa délicatement l’ouvrage ancestral. Enfin le visage de la Meneuse fut dévoilé. Elle semblait s’éveiller de sa torpeur.


« Amaël ? »

Alicia s’était décidée bien rapidement après son arrestation ratée. En cette nuit d'avril, elle renoncerait au statut de Meneuse. Trop fatiguée de s’être battue, d’avoir érigé un empire, d’avoir été actrice d’une vie dont l’absurdité n’était surmontable que par la théâtralité, elle prenait une retraite méritée. Elle continuerait de tirer les ficelles, paisible matrone d’une tribu trop longtemps laissée à l’abandon. Aussi avait-elle convoqué Amaël pour qu’il la rejoigne au milieu de la nuit dans le but de lui annoncer qu’il deviendrait Meneur à sa suite.

La torche s’écarta du visage et la Comtesse reconnut Adal en un sursaut.


« Adal ?! Puis-je savoir ce que tu viens faire ici ? Je ne t’ai pas entendu frapper ! »

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Dernière édition par Alicia Maestriani le Ven 15 Avr 2011 - 19:16, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II   Jeu 14 Avr 2011 - 10:01

Il aurait était idiot de dire qu'il ne s'y attendait pas. Encore plus hypocrite de penser que sa mère eut décidé de faire une petite balade dans les sous-sols qu'elle connaissait déjà. Adal avait entendu parler de l'arrestation ratée des inquisiteurs contre sa mère. Il savait également ce qu'elle avait dit et fait, révélant par là-même la vérité aux yeux de toutes et tous. Elle n'avait plus de lieux sûrs, plus de refuge autre que les quartiers du Lys où toutes ses sœurs feraient barrage si nécessaire pour stopper la menace inquisitrice. Où aurait bien pu se trouver Alicia de Sarrebourg, Meneuse du Lys Noir, en pleine nuit, ailleurs que dans son bureau où elle avait passé des nuits surement presque blanches depuis plusieurs semaines ? Néanmoins, Adal avait peut-être été idiot d'espérer qu'elle contredise la logique, qu'elle ne soit pas dans son bureau à cet instant, se volatilisant comme par magie pour ne se matérialiser à nouveau un peu plus tard. Aussi alors qu'il refermait précautionneusement la porte et qu'une voix dans le fond de la pièce appela le nom de son frère, il s'arrêta un instant. Sa mère était là. Comme le disait si souvent Jules César, Alea Jacta Est. Il se retourna doucement, écartant la torche qu'il avait dans les mains de son visage. La lumière l'éclairant, sa mère put se rendre compte de son erreur. Non ce n'était pas Amaël et la différence fut flagrante. Aussitôt qu'il ne fut plus le fils chéri aux yeux de sa mère, le ton se fit beaucoup plus froid et dur. Il réprima un soupçon de colère et, en silence, posa la torche dans une applique faite dans le mur de pierre. D'ordinaire il se serait probablement courbé devant sa mère, mais ce soir, c'était différent, tout était différent. La donne avait irrémédiablement changée.

« - Je l'ai fait mère, mais seul le silence m'a répondu, aussi ais-je pris l'initiative de rentrer, la porte étant ouverte, craignant pour votre personne. »

Un beau mensonge que celui-là. Il ne se le serait jamais permis en d'autres temps, mais ce soir sa volonté avait été renouvelée. Son ton était assuré et surtout convainquant. Adal avait toujours voué un attachement profond à sa mère, même si elle ne le lui avait pas rendu. Tout le monde le savait. Ce soir, ce serait probablement une arme pour lui. Face à sa mère, il ne tremblait plus, au contraire, il se tenait droit, presque fier de ce qu'il était, de tout ce qu'elle n'avait pas vu en lui, de tout ce qu'elle avait comme oublié. Ce soir, il se rappelait à elle.

« - Quand à ce que je fais ici... Vous êtes ma mère, mère. Il me semble qu'il est de coutume qu'un fils s'inquiète lorsque sa mère est exposée à un danger, non ? »

Ce n'était pas un véritable mensonge. Adal s'était effectivement inquiété du sort de sa mère lors de cette arrestation. Heureusement Jeanne lui avait assurée qu'elle était en lieu sûr dans le domaine du Lys. Il avait résisté à la pulsion d'aller la voir immédiatement, elle ne l'aurait probablement pas reçu et il n'aurait surement pas eu la volonté de s'imposer à elle comme il le faisait ce soir. Mais ce soir n'était pas n'importe quel soir. C'était ainsi, et pas autrement. Il soupira et s'approcha du bureau.

« - Mais vous souvenez vous seulement d'avoir un autre fils, mère ? Vous rappelez-vous mon existence ou préférez-vous l'oublier totalement ? Pourquoi, si vous n'aviez désiré n'avoir qu'Amaël, qui semble être le cœur de votre existence, ne vous êtes vous pas résignée à m'éloigner définitivement de vous ? Préfériez-vous le plaisir sadique de rappeler chaque jour à un enfant aimant que cet amour maternel ne sera jamais réciproque ? »

Adal s'étonnait un peu de lui-même. Son ton était sincère et assuré. La vérité sonnait toujours juste lorsqu'elle était énoncée, c'était évident. Voilà ce qu'avait été Adal : un enfant abandonné par sa mère. Mais pas seulement. Elle l'avait abandonné, mais au lieu de le laisser quelque part où il ne pourrait sans doute la retrouver, elle avait prit un malin plaisir à le garder près d'elle pour le faire souffrir davantage.
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MessageSujet: Re: Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II   Ven 15 Avr 2011 - 20:38

Pouvait-on penser qu’une mère n’aimât pas son enfant ? Ne dit-on pas que rien n’est plus fort que l’instinct maternel ? La mère et l’enfant, deux figures bibliques intimement liées… Mais Jésus n’avait pas de frère et Marie ne mit pas le Christ au monde en voyant en ce sang de vie le sang de mort de son défunt mari… Le froid cruel et injuste qu’Alicia avait cultivé ni sciemment ni innocemment entre elle et son second fils n’avait jamais eu pour unique source l’étroitesse d’un cœur perclus par l’orgueil et la rage. Car tout est toujours plus dur à comprendre à qui n’a pas suffisamment connaissance du passé et de la douleur, le raccourci de la mère indigne, schéma sempiternel diabolisant bien aisément adaptable à la Comtesse Loewenstein, avait noirci un peu plus encore l’image d’Alicia comme de sa mère quelques décennies auparavant, sans jamais qu’elles n’essaient de s’en laver.

Pour bien comprendre, il aurait fallu remonter plus de quarante ans en arrière. La Veuve de Sarrebourg eut deux filles, l’une d’elles fut promise au Comte Loewenstein, et jamais plus Madame de Sarrebourg ne s’en soucia. Elle n’eut pour elle – qu’elle pensait simplette et condamnée à une vie de soumission et de mondanité – que du mépris, jusqu’à sa mort. À l’inverse elle eut pour sa seconde fille, Alicia, une admiration inconditionnelle et un amour débordant. Alicia et sa sœur grandirent ainsi, sur des chemins bien distincts, devenant antagonistes et indifférentes l’une de l’autre. La Comtesse devint un modèle de vertu, femme discrète mais discrètement intelligente, elle se fit une place confortable au sein du château de Frauenberg et trouva de grands bonheurs dans cette vie paisible avec un mari respectueux et aimant. Alicia fut quant à elle élevée pour devenir une conquérante, loin de trop de romantisme ou de mièvreries amollissantes. Madame de Sarrebourg faisait tout pour en faire une femme du monde, du monde souterrain, celui qui régit la Terre par d’autres ficelles. Elle en fit une femme pour qui le bonheur était le respect d’un idéal et pour l’obtenir, un pouvoir implacable.

Mais Alicia était femme avant d’être machine de guerre et son amour interdit pour le Comte la poussa à l’envoûter, le temps d’une nuit. C’est à la mort de sa sœur qu’elle en fut le plus bénéficiaire et victime à la fois. L’envoûtement, rappelé par le manque à combler en son cœur, resurgit du passé. Alicia se maria avec cet homme qu’elle refusait d’avouer ensorcelé. Elle vécut ainsi une période de pur bonheur doublé d’une amertume plus violente que le cyanure. La mort du comte lors des noces acheva de lui faire regretter d’avoir accepté la proposition, d’avoir ensorcelé le Comte en son jeune temps, d’avoir eu une éducation si stricte, d’avoir vécu cette vie. La fatigue existentielle ne se résorba qu’à l’annonciation séraphique : elle était enceinte… Enceinte d’une illusion absurde de l’amour, enceinte de l’homme qu’elle aimait à jamais, enceinte de l’homme qui ne l’aima jamais. L’illusion absurde mourut à la délivrance et ne fut jamais baptisé, l’enfant de l’homme qu’elle aimait à jamais fut nommé Amaël, celui de l’homme qui ne l’aima jamais, Adal.

Je vois en toi mon fils, tout ce que ton père ne fut pas pour moi. Ton visage de réalité brise mon illusion de bonheur parfait à chacune de tes apparitions. Tu es le fils que ma sœur aurait du avoir avec le Comte. Tu es ce que j’ai volé, ce que j’ai créé dans l’immoralité. Tu es l’impitoyable Érinye. Tu es l’enfant du mal. C’est injuste, je le sais. Jamais je ne pourrai te haïr ou cesser de t’aimer, car tu es mon fruit. Mais pour continuer d’avancer, il nous fallait nous séparer l’un de l’autre. Pour moi, car tu es ce qui m’attache à mes fautes. Pour toi, car je suis ce qui t’attirerait à elles. Ma mère oublia ma sœur qui devint une femme bien, à mon inverse. Aussi tacherai-je de t’oublier pour t’accorder un avenir digne et sans la cruelle mission de pouvoir qui attend ton frère. Cesse de vous comparer, car vous n’êtes pas comparables. Tu es fils de l’homme réel qui ne m’aimait pas, il est fils de l’homme imaginaire que j’ai créé. Tu es fils de la femme qui mérite le bûcher plus qu’aucune autre, il est fils de celle qui aima plus que tant d’autres.

Tant de mots qu’elle aurait voulu lui dire sans être capable de les formuler.


« Arrête-moi cette diatribe larmoyante Adal… Je suis fatiguée d’entendre ces comparaisons puériles avec ton frère. Si tu voulais de mes nouvelles : je suis épuisée. Il était gentil de ta part de passer, mais rassure-toi : à l’avenir je te ferai parvenir de mes nouvelles ça te simplifiera la tâche. À présent, si tu as terminé, j’ai d’autres affaires à régler… »

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MessageSujet: Re: Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II   Ven 15 Avr 2011 - 23:18

Il ne s’était pas réellement attendu à ce que sa mère lui avoue enfin ses erreurs, qu’elle ne l’avait jamais réellement oublié, mais lorsqu’elle piétina son dernier espoir, il ne put s’empêcher d’avoir le cœur brisé. La dernière étincelle d’espoir venait de s’éteindre à jamais. Sa mère ne l’aimait pas, tout simplement. Il lui fallait maintenant se rendre compte de l’évidence, de la réalité. Tout ce qu’il avait pu faire n’était pas assez, ne l’avait jamais été et ne le serait jamais. Il aurait aimé avoir l’amour de sa mère alors qu’il n’avait déjà pas de père. Adal avait grandi seul, sans l’amour de ses parents, morts ou distants. Il avait du apprendre les choses par lui-même. Il avait mûri par ses expériences, ses sensations. A la réponse de sa mère, aussi froide qu’elle l’avait été toutes ces années, Adal se rendit compte à quel point il avait été seul, à quel point c’était sans elle qu’il était devenu l’homme qu’il était maintenant. Cette réponse était la perspective qui m’était en profondeur l’énorme vide qu’avait été sa mère durant toute son enfance, durant son adolescence. Même maintenant qu’il était devenu un homme, elle n’avait pas de regard pour lui, que quelques mots froids à lui offrir. Des mots qui, tout de même, le réconfortaient. Ils étaient les justifications nécessaires pour son choix, son choix de tourner définitivement le dos à sa mère et à son absence de preuves d’amour pour la promesse d’un amour véritable avec Alexandrine, la femme de sa vie.

« - Je ne verse aucune larme mère, elles sont depuis longtemps tari face à votre indélicatesse. Je déplore simplement cette réalité, que j’aurai voulue autre, mais comme bien souvent, on ne décide pas de ce que l’on reçoit. Si vous n’avez que ces mots pour moi ce soir, alors ne vous fatiguez pas à me faire parvenir de vos nouvelles, ce sera inutile. »

Adal repéra le Livre de Lumière sur le bureau de la Comtesse, de sa Meneuse. Allant à l’encontre de ses « ordres », ou plutôt de ses souhaits, il s’approcha de son bureau. Dans sa démarche et dans son allure, il était devenu un homme, il était devenu son père, le Comte Loewenstein. Il posa sa main sur la couverture et son regard plongea dans celui de sa mère.

« - Je suis venu pour vous mère, et devant votre accueil aussi glacial, je n’ai plus qu’une chose à faire maintenant. »

Il marqua une brève pause, saisissant l’instant.

« - Je suis venu récupérer le Livre de Lumière. »

La réaction de sa mère ne se fit pas attendre. Elle s’approcha à son tour, posant la main elle aussi sur la couverture du livre, lui opposant un refus que personne n’aurait osé contrarier. Elle se trouvait à quelques centimètres de lui, ils n’avaient jamais été aussi proches et pourtant éloignés. Son regard ne quitta pas les prunelles de sa mère. En silence, sa main libre glissa sous son manteau.

« - Je suis désolé maman… »

L’argent brilla vivement au reflet d’une torche et s’enfonça rapidement dans la poitrine de la Meneuse, traversant silencieusement le tissu. Il y eut à peine une petite résistance, infime. Ce geste avait été plus facile qu’Adal n’aurait pu seulement l’imaginer. En silence, il accompagna la chute de celle qui avait été pour lui la femme la plus importante à ses yeux avant Alexandrine. Il retira la dague ensanglantée lorsque sa mère reposait au sol. Les yeux bordés de larmes, il murmura :

« - Puisses-tu un jour comprendre mon geste. Je ne voulais pas en arriver là, pardonne moi Maman… »

Il aurait voulu rester, encore. Mais il ne le pouvait pas. Pas pour lui, non, mais pour Alexandrine. Ils devaient sortir d’ici. Il se releva, prit le livre avec lui et, non sans un regard désolé vers sa mère, sortit du bureau de la Meneuse. Mais l’obscurité allait révéler encore davantage de surprise ce soir…
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MessageSujet: Re: Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II   Sam 16 Avr 2011 - 16:46

Elle avait suivie Adal dans le dédale des sous-sols du château. C’était… tout le contraire de la clairière, mais c’était probablement le prix à payer pour s’être soulevés contre son clan Les sorcières du Lys vivaient dans la clandestinité et cette ombre était propice à les cacher. Alexandrine se dit que s’était dommage de se priver de lumière… pourquoi Alicia n’avait-elle pas choisie une autre clairière, les bois étaient immenses et certaines parties étaient suffisamment denses pour que personne ne s’y aventure. Mais Olrun étendait probablement son emprise sur une grande partie de la Forêt… enfin c’était tout de même incompréhensible pour la demoiselle qu’il n’y jamais pu avoir de cohabitation pacifique entre les deux camps.

Ces pensées la quittèrent bien vite, à chaque bifurcation elle retraçait mentalement le chemin qu’il lui faudrait parcourir en sens inverse pour sortir. La demoiselle était quand même septique, elle savait très bien que si elle devait partir sans Adal, c’était que les choses se seraient mal passées et dans la précipitation, il lui semblait qu’elle ne pourrait faire l’effort de mémoire nécessaire pour sortir par là où ils étaient rentrés.
Elle soupira doucement, le contact de la main d’Adal dans le sienne la rassurait, lui rappelait qu’elle devait être courageuse, que c’était pour lui qu’elle était là.

Ils arrivèrent enfin, la salle était monumentale, du point de vu de la jeune femme. Mais malgré sa grandeur, elle la trouvait sinistre, elle frissonna, non pas de froid mais plutôt de penser à tout ce qui avait dû être accompli ici et qui avait mené à tant de malheurs.

*Olrun a sa part dans tout ce qui s’est passé !*

Elle écouta attentivement son guide, prête à émettre une objection, mais elle n’en fit rien. Le jeune homme n’aurait sans doute pas voulu et il ne servait à rien de tergiverser en de telles circonstances. Cela leur aurait fait perdre un temps précieux… Elle disparut donc dans l’ombre d’une colonne alors qu’Adal rentrait dans la pièce, non sans lui avoir souhaité bonne chance dans un murmure, auparavant.

Et puis, elle attendit, Alexandrine avait perdu la notion du temps dans un tel endroit, peut-être faisait-il déjà jour dehors. Mais chaque secondes lui paraissait une éternité et cela n’était pas rassurant. Si Adal avait juste eu à prendre le livre et ressortir, ne serait-il pas déjà là ? Il devait y avoir quelque chose…

Vérifiant alentours qu’elle était seule, elle se rapprocha de la porte. Mais elle stoppa sa marche après quelque pas. Dans la pénombre, elle venait de voir quelque chose qui l’avait interpellé. Toujours sur ses gardes, elle se rapprocha, le cœur battant. Se pouvait-il que sa mère ait eu raison, que tout ceci ne soit qu’un piège ?

En effet, maintenant qu’elle s’était rapprochée, il était clair que c’était le livre qu’ils étaient venus chercher qu’elle avait en face d’elle. Son regard quitta la couverture de l’ouvrage pour aller se poser sur la porte derrière laquelle Adal avait disparu. Que se tramait-il ici, en fin de compte ? Une larme coula le long de sa joue, cela ne pouvait être ! Adal ne pouvait pas l’avoir trahie ! Et pourtant, elle en avait la preuve sous les yeux, comme pour hurler son triomphe, le livre était exposé dans la grande salle… symbole de supériorité que le Lys voulait surement afficher aux yeux de tous ses membres.

Elle prit une inspiration pour essayer de calmer les battements de son cœur qui s’étaient emballés. Relevant sa capuche pour mieux voir ce qu’elle avait en face d’elle, elle découvrit son visage. Elle chassa la peur et le doute de son esprit, ayant trouvé une autre explication tout aussi plausible que la trahison d’Adal : il cherchait le livre alors qu’il était là !

Elle prit l’ouvrage et se dirigea ensuite vers la porte, bien décidée – et ce quoi qu’il en coute – à faire la lumière sur la vérité. Alors qu’elle essayait d’être aussi discrète que possible dans ses déplacements et se battant entre doute et confiance vis-à-vis du jeune homme qui l’avait mener ici, elle n’entendit pas la personne qui s’approchait d’elle, protéger par les ombres de la salle.

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Le temps révèle tout et n'attend pas d'être interrogé.
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MessageSujet: Re: Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II   Dim 17 Avr 2011 - 19:16

- Votre mère a fui l’inquisition in extremis. Elle est en danger. Elle risque le bûcher.
Amaël s’était alors levé de son siège, une main posée sur le cœur, la bouche bée, le visage grave.
- Est-elle blessée ?
- Non. Elle s’est évaporée sans qu’ils aient le temps de l’attaquer.
- Bien… Elle est aux Sous-sols ?
- Oui. Elle m’envoie vous dire deux choses : elle ne pense pas que vous soyez en danger immédiat vous-même, elle s’est chargée d’envoyer les inquisiteurs sur de nombreuses pistes périphériques de manière à noyer votre lien dans d’autres noms. Elle pense donc que vous êtes relativement protégé. Cependant vous restez un suspect. Il vous faudra donc jouer le garçon bien sous tous rapports et nier votre connaissance du statut hérétique de votre mère.
- Je vois.
- Deuxième chose, notre Meneuse m’envoie vous quérir pour un entretien de la plus haute importance, à son bureau, dans un mois.
Amaël remercia l’émissaire et le congédia, refermant la porte de ses appartements. Il se rassit et pleura plus d’une heure.

L’Enfer venait d’ouvrir ses portes. Fini le confort des Loewenstein. Une nouvelle ère pleine de mensonges, de faux semblants, de sourire et de révérences hypocrites, commençait. Rien de neuf sous le soleil de la noblesse dirait-on ? Mais si, il n’en allait plus de réputation ou de déshonneur, mais de vie ou de mort. Amaël resta perclus dans la douleur trois semaines durant. Jamais donc il ne reverrait le sourire de sa mère à la lueur pâle du printemps. À jamais elle serait l’ombre de l’alcôve froide. La troisième semaine, Amaël prit conscience qu’avant d’être prisonnière des ténèbres, sa mère était surtout toujours vivante. Ainsi reprit-il les forces nécessaires pour se rendre au rendez-vous.

Amaël emprunta le couloir labyrinthique reliant le château aux sous-sols non sans une grande appréhension : dans quel état serait sa mère ? Le jeune homme avait pour sa mère une affection telle qu’il éprouvait une empathie sans égale. Si sa mère allait mal, il en souffrirait terriblement. Mais il était pire encore pour lui de ne rien savoir de sa condition. En effet, afin de les protéger lui, sa mère et les membres du Lys, toute communication avait été interdite. Son empathie allait d’abîme en sommet, il était temps d’en avoir le cœur net.

Amaël poussa la grande et lourde porte aux charnières sombres. Il vit alors une sorcière s’approcher du pupitre sur l’estrade. Vu la taille et la démarche il ne s’agissait clairement pas d’Alicia ni d’un prêtre du Lys Noir, or il était interdit à quelque autre de toucher le Grimoire du Lys Noir. Il s’avança discrètement, se cachant derrière les colonnes de pierre. La silhouette se décapuchonna. Ô Grands Dieux ! C’était une sorcière de la tribu d’Olrun ! Amaël ne parvint pas immédiatement à se remettre son prénom. Il se souvenait de son visage car son histoire, tout le monde à Forbach la connaissait : elle était l’enfant qui avait jadis abritée malgré elle l’Oracle des Ombres et pour laquelle s’était sacrifié Adrien d’Hasbauer, un homme infiniment respectable bien qu’il ne faille jamais l’avouer –d’après sa mère.

Amaël comprit très progressivement qu’il était en train d’assister à une scène de vol, le vol du Livre des Ombres. Il ne savait trop quoi faire, aussi resta-t-il caché derrière sa colonne, mais la jeune femme se dirigea vers la porte par laquelle il venait d’entrer, s’approchant de sa cache. Amaël tourna lentement autour de sa colonne jusqu’à se retrouver dans le dos de la sorcière d’Olrun. Alors que cette dernière allait vers la porte du bureau d'Alicia, il la saisit à la taille et glissa la lame d’un couteau qu’il sortit de sa botte sous son cou. Ainsi neutralisée, il la mena jusqu’à l’estrade.
« Petite peste ! Tu vas reposer cet ouvrage sur son pupitre !!! ». Il se refusait lui-même de toucher le Grimoire – c’eut été sacrilège ! Mais alors qu’il arrivait sur l’estrade, bien à la lumière des lanternes hautement suspendues, il entendit la porte du cabinet de sa mère grincer, laissant sortir son frère.

« Adal ! Viens voir ce que j’ai trouvé ! Cette petite catin d’Olrun essayait de nous voler le Livre des Ombres… Appelle Mère qu’on sache si on la saigne comme une truie ou bien si on peut s’amuser un peu avec avant ! »

Ces mots crus n’avaient pour seul but que d’effrayer l’oisillon tombé bien loin de son nid. Amaël était en fait bien soulagé de trouver une aide en la personne de son frère.
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MessageSujet: Re: Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II   Mar 19 Avr 2011 - 9:56

Encore retourné par son acte commis dans le bureau, Adal s'était convaincu que le plus dur était fait, que plus rien maintenant ne devait gêner le vol du Livre de Lumière et la reconnaissance probable du Clan d'Olrun. Admettraient-ils seulement la bonne volonté du jeune homme ? Devrait-il mentionner le meurtre de la Meneuse? Il espérait que non. L'annonce de la mort d'Alicia serait vite rendue publique. Une femme comme elle ne pourrait passer inaperçue, même si elle était recherchée par l'Inquisition. Ceux-ci seraient probablement déçus de ne pas avoir réussi à mettre la main dessus. Peut-être s'empareraient-ils de cette mort pour rehausser un peu leur réputation à Forbach... Peut-être. Adal n'allait de toute façon pas en faire un étalage sur la place du marché. Il le confierait surement à Alexandrine, elle devait savoir, elle pouvait savoir. Il n'avait rien à cacher. Qui plus est, il ne l'avait pas fait par plaisir mais par nécessité. Il n'aurait jamais pu sortir le livre de Lumière du bureau sans sa permission explicite. Il ne l'avait pas tué car il la détestait, non il l'aimait trop pour cela. Se justifiait-il ? Surement. Personne n'éprouve-t-il le besoin de justifier l'homicide d'une personne chère à son cœur ? La justification était devant ses yeux : l'avenir, car il ne s'agissait pas que d'Alexandrine. Il y avait cette nouvelle vie qui se profilait devant lui, libéré de l'étau d'une mère qui n'avait aucun sentiment pour lui, libre de confier son cœur à une seule et unique personne avec enfin l'espoir d'être aimé réciproquement.

Mais le destin avait décidé qu'il ne serait pas libre aussi rapidement ce soir. Car, alors qu'il refermait la porte du bureau de sa défunte mère, une voix l'interpelait du centre de la grande salle où reposait le pupitre qui, d'ordinaire, accueillait le livre des Ombres. C'était son frère. Pire encore, c'était son frère qui tenait en joug Alexandrine ! Comment avait-elle pu se faire avoir ? Que faisait-il ici ? Cette question était stupide, à bien y réfléchir, sa Mère venait de lui dire qu'elle avait des choses à faire, peut-être devait-elle rencontrer Amaël. Il resta un moment interdit. Sa dague était dans son fourreau, camouflée par son manteau, le livre de Lumière dans la main. Encore dans l'ombre cela ne se voyait pas, par contre il voyait parfaitement la jeune femme avec le livre des Ombres dans la main. Pensait-elle également le voler ? Avait-elle fait la confusion ? Il s'avança vers eux et prit d'une voix tranquille, celle qu'il avait d'habitude. Le but étant de faire comprendre à Alexandrine, si elle le pensait, qu'il ne l'avait pas trahi. Après tout, il avait l'effroyable sentiment de l'avoir abandonnée.


« - Je viens de la voir, pour lui demander des nouvelles. Fidèle à elle-même, elle m'a renvoyée, avec le livre de Lumières pour le déposer sur le pupitre. Elle ne veut plus voir personne à part toi. »

Adal s'approcha d'Alexandrine sans la regarder et déposa le livre sur le pupitre, bien en évidence. Il se retourna vers son frère et la jeune femme.

« - Tu connais notre mère, peut-être devrais-tu aller la voir, je m'occuperais de la tenir. »

A cet instant, la jeune femme parvint à se soustraire de l'étreinte d'Amaël, l'envoyant valser par terre par il ne savait quel miracle. Adal la saisit pourtant au vol, lui glissant au passage un mot chuchoté à son oreille tandis qu'il la maitrisait gentiment. Son frère encore sonné n'avait probablement rien entendu dans le bruit ambiant généré par cette confrontation musclée.

« - Faites moi confiance Alexandrine... »

Il reprit juste après.

« - Reste-là toi, on n'en a pas encore fini avec toi. »

Il fit semblant de la maitriser. Il remarqua le couteau de son frère par terre, non loin de ce dernier. Hélant son frère:

« - Amaël, ton couteau ! Passe le moi que je puisse tenir cette petite garce en respect. »

Alexandrine s'était faite sage. Avait-elle comprit qu'il ne lui voulait aucun mal ou arrivait-il à la maitriser ? Elle tenait encore le livre des Ombres dans ses mains. Bien, ce n'était pas grave. Ils pourraient s'enfuir avec aussi si elle le voulait. Son frère lui passa le couteau qu'il plaqua contre la gorge de la jeune femme, veillant à ne pas lui faire mal ni la mettre réellement en danger. Le but était de jouer le jeu, simplement. La petite échauffourée les avait éloigné du bureau, ils étaient maintenant presque à une extrémité de la Grande Salle non loin de la sortie.

« - Peut-être devrais tu avertir mère de ta prise avant qu'elle ne nous échappe encore, je suis certain qu'elle sera très enthousiaste à cette idée. »

La stratégie était simple. Une fois son frère suffisamment éloigné, Adal relâcherait silencieusement la jeune femme en direction de la sortie. Il s'occuperait ensuite de récupérer le livre de Lumière et la rejoindrait là où ils avait définis le point de rendez-vous.

« - Ne t'en fais pas, je la tiens bien et tu en auras la primeur si on le droit de s'amuser avec. Après tout, c'est toi qui l'a attrapée. »

Son frère traversa la salle en direction du bureau. Le timing allait être serré. Une fois qu'il fut suffisamment loin, Adal relâcha Alexandrine, lui murmurant:

« - Filez. Ne vous retournez pas. Je m'occupe du Livre de Lumière. »

Et sans un mot de plus, il se dirigea en silence vers le pupitre...

[Suite : Alexandrine]
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MessageSujet: Re: Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II   Ven 22 Avr 2011 - 10:04

Comme elle regrettait d’être venue, Alexandrine fut persuadée qu’elle allait mourir ici. C’était la même certitude qu’elle avait eu lors de sa première rencontre avec Adal. Et pourtant, elle n’était pas morte près du lac… alors peut-être qu’elle pourrait s’en sortir une fois encore.

Elle essaya de se calmer, mais le métal froid sur sa gorge lui rappelait à chaque esquisse de mouvement que c’était sa fin qui l’attendait dans ce lieu et rien d’autre. Dans un élan de fierté, elle retint ses larmes, elle ne ferait pas ce plaisir à ses bourreaux ! Adal sortit du bureau alors qu’on lui intimait de reposer le livre, mais elle ne le ferait pas, elle ne pouvait pas. Elle se raccrochait à cet ouvrage alors qu’elle n’y tenait même pas, c’était juste que cela la ramenait à la réalité et l’empêchait de perdre totalement pied.

Les mots qu’Adal prononça ne la rassurèrent pas, naturellement. Finalement la trahison d’Adal lui faisait bien plus mal que le fait que sa vie allait s’achever ici. Et pourtant, il avait bel et bien le livre de lumière ? Elle était perdue et ne pensait qu’à partir de cet endroit, c’était de la terreur qu’on pouvait lire dans son regard.

Lorsque l’occasion se présentât, elle n’hésita pas et enfonça ses crocs dans le poignet de son ennemie. Mais au lieu de pouvoir se mettre à courir, elle fut déséquilibrée et se retrouva… dans les bras d’Adal. Les quelques mots qu’il lui souffla ne suffirent pas à la calmer dans un premier. Et puis une fois dans les bras du jeune homme, tout changea, même si l’arme était toujours là, elle était moins terrifiée, beaucoup moins ! C’était pour lui qu’elle était là, Alexandrine se calla dans les bras de son courtisant et elle n’entendit pas ce qui se dit ensuite, préférant se concentrer sur le contact rassurant et protecteur de l’étreinte d’Adal.

La demoiselle resta tranquille jusqu’à ce qu’elle sente l’étreinte d’Adal se relâcher. Il lui dit d’y aller, sans se retourner et elle s’exécuta. Sans bruit, ou du moins un minimum, elle s’éclipsa de la grande salle. Et puis dès qu’elle pensa être hors de vu, elle se mit à courir dans le dédale des sous-sols. Dans sa fuite, elle n’avait toujours pas lâché le livre auquel elle s’agrippait comme si sa vie en dépendait.

Et puis au bout d’un certain temps, elle s’arrêta, elle était perdue, c’était certain. Mais elle devait faire demi-tour, elle n’aurait jamais du laisser Adal tout seul. Elle était venue pour l’aider et au final, elle n’avait été qu’un fardeau. Maintenant ses larmes coulaient…

Et puis au détour d’un tournant, elle se trouva à une bifurcation, deux escaliers qui montaient tous les deux. Le choix était cornélien. Et pour finir, des bruits de pas se firent entendre, avec l’échos des vielles pierres, elle ne pouvait savoir d’où cela venait et de nouveaux son cœur se mit à battre comme si il allait exploser.

Elle se colla à un pilier espérant être un maximum dans l’ombre, elle avait naturellement rabattu sa capuche pour que son visage ne soit plus visible et le livre était invisible sous sa cape également.

La personne venait inoxarblement vers elle et cette fois Adal ne viendrait pas, elle ne pouvait compter que sur elle-même ! Elle sortit la dague qu’elle avait pris de son fourreaux pesant être prête à toute éventualité.

Alors qu’elle aurait pu rester invisible, dans sa panique, elle sortie lorsque la personne passa à son niveau mettant le couteau au niveau de sa gorge…

*Vas y, cette une ennemie ! Vas y, tu n’as pas la choix…*

Mais elle n’arrivait pas à bouger et elle se rendit compte de l’erreur qu’elle venait de faire en se mettant à découvert !
[Suite Elena]

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MessageSujet: Re: Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II   Sam 23 Avr 2011 - 17:58

Cela faisait maintenant deux jours qu’Elena avait quitté sa tranquillité habituelle. Elle savait que quelque chose la tracassait, et même après son duel avec Luc cette mauvaise impression ne l’avait pas quitté. Sœur Béatrice n’était donc pas l’unique cause de cette sensation désagréable qui lui rongeait les sangs. A force de réflexion, elle finit par se décider à quitter le Manoir pour rejoindre le Château Frauenberg pour rejoindre les sous-sols.

Voilà où sa réflexion la menait, un petit couloir de pierres froides et humides qui subissaient les assauts du temps. Son esprit avait fait la conclusion suivante : si elle était si inquiète c’est qu’elle n’avait absolument aucune nouvelle de ce qui était advenue de la Meneuse du Lys Noir et cela finissait par la tourmenté car sans nouvelle, le clan devenait comme un cavalier sans tête, c’était effrayant sur le coup, mais surtout, ce n’était pas bon signe pour la pérennité des sorcières du Lys. Il faudrait donc vite trouvé une solution si celle-ci quittait le pouvoir.

En réalité quels autres choix avaient-elles ? Elle ne pouvait pas décemment pas restée cloîtrée dans les murs du château, enfermée dans cette prison, si tant elle qu’elle se trouva là . Arrivant au château, elle inspira profondément pour faire face à la vérité. Alicia était-elle sauve, ici bas ? Elle respira encore un peu plus et pénétra dans l’enceinte murée. Elle se présenta au garde et indiqua qu’elle voulait rendre visite à la famille d’Alicia pour voir si ils n’étaient pas trop bouleversés par l’horrible nouvelle et annonce qu’avait fait l’Inquisition. On la fit rentrer au château, et comme c’était un visage connu et respecté, on ne lui chercha pas trop d’ennui. Elle parcourut les murs et chercha des membres de la famille de la comtesse. Mais, elle ne trouva pas âme noble qui fut à la hauteur de sa recherche. Elle finit donc par rejoindre la tenture par laquelle était passé plutôt Adal accompagnée de sa tendre Alexandrine.

Elle passa sans trop de problèmes et descendit les marches assez rapidement. Son pas connaissait la musique des pierres et chaque marche lui rendait l’écho de sa bienvenue. Elle marchait plus vite que ce qu’elle croyait, un peu précipité de vérifié que tout ici, allait pour le mieux.

En y réfléchissant bien, Ely se fit la remarque qu’elle n’était pas venue prié pour Olrun depuis quelques temps et cela la chagrina, ces murs servaient de moins en moins et il en résultait d’une certaine décadence parmi le Lys. Et autant se dire que c’était fort déplaisant de se rendre compte que le clan choisit pour libérer Forbach de l’Inquisition périclitait depuis quelques temps. Ely se dit qu’il fallait faire bouger les choses et qu’elle essayerait de faire tout son possible pour aider. Pourquoi pas convoité une place en haut rang ? C’était à réfléchir, mais elle était très proche d’être capable de devenir prêtresse, elle avait énormément travaillé sa concentration et elle avait améliorer ses temps de méditations pour préparer des sorts.

Tout en descendant cet escalier interminable, Ely n’avait même pas pris le soin de vérifier sa propre sécurité et c’est, une dague sur la gorge qu’elle finit l’escalier, aborder de cette sympathique façon par une personne qu’elle n’avait pu encore reconnaître. Elena ne fut en aucun cas prise de panique, elle était déjà prise au piège, à présent il s’agissait de s’en défaire le plus rapidement possible. Elle même ne sortait jamais sans avoir de quoi se défendre ne serait-ce qu’un peu, une dague effilé se cachait le long de sa jambe. Mais avant de pouvoir y parvenir il faudrait se libérer de cette emprise plutôt coupante. Est-ce du culot, ou un souple coup de chance ? Toujours est-il qu’Elena sentait une hésitation dans le geste de son agresseur, la dague se détacha légèrement de sa gorge et elle saisit l’opportunité et agrippa la main qui tenait la dague et tira d’un coup sec. Celle qui l’agressait était une femme, car ce poignet et ce parfum n’aurait jamais pu appartenir à un homme. Et un homme n’aurait pas hésité, du moins, c’est ce que Ely se dit. Elle fit l’équivalent d’une clé de bras pour sortir de ce piège et put, par un geste rapide décapuchonné la jeune femme qui se dévoila enfin à elle. Ely eu un sursaut d’inquiétude et sortit sa dague avec ferveur en pointant celle qui était, sans le vouloir la cause de la mort de sa mère.

Alexandrine d’Hasbauer ! L’Oracle ! Elena eut un haut le cœur en voyant se visage appartenant à ces ennemis dés à présent. Elle pointait la dague vers cette femme, cocon d’une horreur il y avait quelques années. Son visage se ferma violemment, comme si elle avait pris un coup et elle se tendit.


« Que faites-vous ici traîtresse ! »

En réalité, Alexandrine était plus à plaindre qu’autre chose, car elle avait abrité en son sein, une créature immonde qui avait mené beaucoup de sorcières au bûcher. Elle n’avait rien demandé cette pauvre fille, ni son père d’ailleurs, qui avait permis le salut à beaucoup de sorcières. Pourtant Adrien d’Hasbauer ne lui avait jamais inspiré que du désagrément. Elle ne l’appréciait pas, voilà tout. C’était un délit de sale tête, et elle s’en voulait un peu de voir qu’elle pensait de cette cruelle façon, mais bon, elle n’y pouvait pas grand chose. Comme cette pauvre fille. Par contre sa présence ici était juste improbable et inquiétante. Elle n’avait pas à connaître le lieu secret de réunion du Lys. Elena vociféra et se lança à l’attaque, avec sa dague tout en commençant à prendre de la concentration pour préparer son sort. C’était à cela que servait ces cours d’escrime et vers. Sauf qu’elle murmurait de manière inaudible et de manière quasi invisible son sort qui lui permettrait de paralysé son adversaire, si celle-ci était douée en attaque.

Elle frappa d’un coup sec, franche et sans aucune pitié. La haine qu guidait sa lame était une addition de l’horreur que lui rappelait ce visage et sa présence inexplicable ici. Comment aurait-elle pu découvrir ça ? Pourvu qu’Alicia ne soit pas sa cible, et qu’elle n’arrivait pas trop tard. Elle ignorait si le coup touchait, mais Alexandrine fit un bond en arrière et manqua de trébuché.


« Répond où je te tue sans plus attendre. Que fais-tu ici, créature de l’Enfer ! »

Cette fois, la haine prenait le dessus du calme et elle se lançait à corps perdu, comme pour venger sa mère. Elle s’en voudrait plus tard de s’être ainsi comporté, mais pas tout de suite. Pour le moment, ce n’était que rage et vengeance. Et encore, elle ignorait que sa Meneuse agonisait. Sinon, elle n’aurait même pas fait de sommation et Alexandrine aurait été déjà tuée par sa dague, plantée dans son cœur pour déchiré cette âme et la faire disparaître à jamais !


[suite pour Alexandrine je crois mais je suis pas sûre Smile]
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MessageSujet: Re: Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II   Jeu 28 Avr 2011 - 10:17

[Oui, oui, c'est bien à moi ^^]

Elle n’avait pas pu, c’était pourtant une ennemie et ça aurait été pour sauver sa vie… mais elle n’avait pu se résoudre à enfoncer son poignard dans le cou de cette traîtresse. Avant qu’elle ait pu reprendre ses idées, l’autre s’était libérée de son emprise et lui adressa la parole. Alexandrine se demanda si la question était rhétorique ou pas, après tout les explications plausibles à sa présence en ces lieux funestes ne devaient pas être légions. La demoiselle ne connaissait pas cette femme, son visage ne lui disait rien, au moins maintenant elle était certaine de ne plus l’oublier… si elle arrivait à sortir en vie d’ici !

Son ennemie passa à l’attaque, cela découragea quelque peu Alexandrine de voir que son assaillante était armée tout comme elle. Elle prit une grande inspiration pour se donner du courage, elle n’allait pas flancher maintenant ! C’était hors de question, après le sacrifice qu’avait fait son père, elle se devait de vivre, quoique cela lui en coûte à elle ! Une fraction de seconde plus tard, elle ouvrit de nouveau les yeux sur la femme qui d’un geste assuré voulu se servir de son arme.

Elle eut tout juste le temps de reculer et manqua de tomber. Cela n’avait cependant pas été suffisent pour éviter complètement le lame et une vive douleur au bras se fit sentir. C’était déjà ça, elle n’avait pas été touchée en un point vitale… mais la douleur était néanmoins présente ! Alexandrine se persuada que la blessure n’était que superficielle…car la dague de son ennemie n’était pas sa principale source d’inquiétude. En effet, elle avait remarqué les marmonnements de la sorcière du Lys qui se trouvait sur son chemin. Naturellement, elle ne pouvait savoir quelle incantation elle récitait, mais son ennemie s’apprêtait bel et bien utiliser la magie.

Alexandrine n’arrivait pas à réfléchir, en tout cas pas aussi vite qu’elle l’aurait voulu. La demoiselle gardait le silence, essayant en vain de se concentrer. Elle connaissait bien sur des formules pour se protéger, mais ne sachant pas contre quoi elle aurait à se défendre, cela équivaudrait certainement à un coup d’épée dans l’eau !

Alors, elle lança le livre qu’elle gardait sous sa cape, et profita de la réaction de surprise de la sorcière du Lys pour se jeter sur elle. Elles se retrouvèrent à terre, ayant toute deux perdues leurs armes. Le choc fut violent, surtout pour son ennemie et celle-ci arrêta de psalmodier. Avec un peu de chance, le sort avait été interrompu.

Ayant réussi à l’immobiliser, Alexandrine répondit alors à la question poser quelque instant plutôt.

"Je suis là parce qu’il le fallait ! Je ne pouvais pas le laisser affronter cela tout seul !"


Naturellement, elle ne s’attendait pas à ce l’autre comprenne, mais ses idées à elle s’étaient éclaircies. Elle devait passer l’obstacle que représentait cette femme, quoi qu’il en coûte et cette fois elle était prête à tout !
La dague d’Alexandrine était la plus facile à atteindre, mais la demoiselle ne pouvait le faire sans que son ennemie se libère. Tant pis, c’était un risque à prendre, elle n’avait pas le choix.

Mais alors que ses doigts se refermaient sur son arme, ce fut à son tour d’être plaquée au sol. La traîtresse du Lys avait repris l’avantage. Une des mains de son ennemie empêchait son bras de porter le moindre coup avec la dague qu’elle tenait pourtant fermement et l’autre s’était refermée sur sa gorge dans une étreinte probablement mortel.

Ce n’était pas possible, Alexandrine, quoi qu’elle fasse n’arrivait pas à se libérer, avec son autre main, elle ne pouvait même pas desserrer d’une once l’emprise de son ennemie. La demoiselle pensa immédiatement que cela devait être du à un quelconque sortilège… mais peut-être n’était-ce que l’instinct de survie. Elle n’arrivait plus à respirer, elle n’arrivait plus à réfléchir… elle n’arrivait pas arrêter de croire qu’elle allait trouver une solution.

C’est alors qu’elle vit une échappatoire. Desserrant les lèvres, elle utilisa le peu d’air qu’il lui restait pour réciter une formule… celle qu’elle voyait affichée sur le livre qu’elle venait de voler. Par chance – et cela n’était pas rien de le dire – il s’était ouvert et la jeune femme pouvait voir une des pages. Lorsqu’elle prononça les premier mots, l’étreinte autour de son cou se resserra, pourtant elle n’arrêta pas, si elle devait faire preuve de courage une fois dans sa vie, c’était maintenant !

Et l’obscurité fut ! L'apparition d'un épais brouillard noirâtre eut l'effet escompté et Alexandrine projeta son poing au hasard et rencontra le flanc de la sorcière ennemie. Heureusement son instinct de survie à elle était aussi là, elle ne tint pas compte de la douleur que cela lui engendra à ses doigts délicats et recommença aussitôt… Cette fois c’était probablement le visage qu’elle avait atteint… ou peut-être juste un bras. Toujours était-il qu’elle pu se libérer de l’étreinte de son assaillante. Elle se releva et tâtonna dans le noir pour trouver le livre et avança dans la direction des escaliers en faisant d’amples mouvements devant elle avec sa dague, de sorte d’infliger des blessures à quiconque lui barrerait la route.

Elle ne sentit aucun obstacle, l’autre devait être perdue ou peut-être qu’elle avait perdu connaissance. Qu’importe, elle sortit enfin de la zone d’action du sortilège, et se mit à courir aussi vite qu’elle le pouvait, montant les marches quatre à quatre… pour enfin tomber sur une sortie. Elle resta un instant devant la porte, écoutant, voir si on l’avait suivie ou si peut-être Adal était derrière elle à présent. Mais rien, il n’y avait que le faible écho de sa respiration trop rapide. Qu’importe, il avait fait une promesse, aussi la prochaine fois qu’elle le verrait ils serraient tous deux en sécurité dans les appartements des Hasbauer.

Elle rabattit l’épais tissu sur son bras blessé et sur le livre avant de franchir le seuil.

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MessageSujet: Re: Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II   Jeu 28 Avr 2011 - 22:08

Adal ne sembla pas vraiment prendre part à son enthousiasme, Amaël fut déçu. D’un autre côté, avait-il déjà vu Adal excité à l’idée de quoi que ce soit ? Pas de mémoire. C’était un garçon amorphe, une larve, incapable du moindre mal. Il n’était soudainement plus si sûr que son aide soit la bienvenue… Amaël fut surpris que sa mère demande à mettre le Livre de Lumière à la place du Livre des Ombres alors qu’elle s’était évertuée à le garder sous clef tout ce temps. Mais il n’eut le temps de se poser plus de questions, Alexandrine se libéra en une morsure que le jeune homme trouva si douloureuse qu’il se demanda si la fille n’avait pas encore dans les crocs le venin démoniaque.

« Fille de… Si je t’attrape je te fais avaler tes dents une par une ! »

Adal retint la vipère. Peut-être, finalement, avait-il un soupçon de force utile. Son frère lui demanda son couteau qu’Amaël lui jeta immédiatement. Il se demanda si le sang d’une sorcière ne tâcherait pas sa lame de façon indélébile, bien que l’arme, empruntée aux cuisines, n’ait pas grande valeur, elle en avait à ses yeux toujours plus que la vie de la sorcière d’Olrun. Amaël se massa la main avec une expression de dégoût puis reprit un air suffisant et méprisant.

« Oui, je vais le dire à mère ! »

Inconscient de la puérilité de ses mots, Amaël se dit qu’elle serait en effet probablement fière de lui. De la façon dont en parlait Adal elle semblait aller bien. Il en fut grandement rassuré et se dirigea à pas nobles vers le bureau de sa mère, imaginant la tête qu’elle ferait lorsqu’il lui annoncerait qu’à lui seul il avait su empêcher le vol du livre des Ombres en neutralisant de plus la fille d’Elisabeth, une des pires ennemies d’Alicia. Elle serait probablement folle de joie et lui pardonnerait enfin de lui avoir caché ce duel avec Lorenzo Maestriani. Sans en être conscient, un sourire béat s’était dessiné sur la face laiteuse du jeune homme. Amaël frappa à la porte.

« Attendez-moi là, sans bouger, Mère voudra probablement voir ça de ses yeux. Elle n’en reviendra pas ! »

Ses doigts noueux se replièrent sur la poignée froide.


Au cours de leur vie, rares sont les hommes à ne jamais avoir songé à la mort, la mort proche, la mort intime, la mort enveloppante, celle qui soulage de la douleur comme l’eau nous soulage de notre poids. L’appel du vide, le besoin de sauter, de chuter, de ne plus respirer, de ne surtout plus faire battre ce cœur nécrosé par l’incroyable peine. Amaël dans l’amour indécent dans lequel il avait été élevé, dans la naïveté ahurissante dans laquelle tous l’avaient toujours gardé, hors du désespoir et du mal, n’avait jamais eu à penser à l’au-delà, même pas un peu. C’était pour lui un Après trop lointain, aussi diffus et aimable que son père absent, de valeur et de mémoire.

Amaël n’avait jamais eu conscience d’avancer vers la Fin puisqu’il n’avait jamais fait un pas depuis le Début. Il avait toujours été porté par les autres. Une rumeur moqueuse disait qu’à trois ans, sa nourrisse débordée avait posé le bambin sur un tapis pour le laisser marcher. L’enfant se serait alors effondré en pleurant car jamais auparavant personne n’eut osé le laisser toucher terre.

Pourtant, les yeux exorbités, Amaël voulait en cet instant, et plus que quiconque ne le désira jamais, mourir. La femme de sa vie, sa mère tonitruée, son amour tu, n’était que sang déjà tiède et soupirs fuligineux. Il eut encore été temps de la sauver, de la guérir par magie, mais Amaël n’avait jamais véritablement appris à le faire et le traumatisme était trop grand pour qu’il réfléchisse à plus complexe que vivant ou mort. Sa mère était là, éteinte à ses yeux, et lui était ici, encore ardent. Le contraste était cataclysmique ! Un ouragan de flammes noires !! Une déflagration apocalyptique !!! C’était un paradoxe désintégrant…

Le monde s’était renversé. Il avait la tête en bas, le sang lui montait dans les tempes, il sentait la vie palpiter dans tout son corps et la mort luire de son éclat pourpre sur celui de son amour assassiné. La folie gangrénait toute son âme, déjà il n’était plus, ne restait que ce corps, havre de brûlante affliction. Il voulait sentir à son tour le grand froid embrasser ses lésions, le souffle frais de l’Aude-là calmer sa douleur. N’importait qu’il s’agisse de l’Enfer ou du Paradis, l’important était qu’il ne s’agisse plus d’Ici. Il y retrouverait sa mère, et à eux deux, ils termineraient cette vie que la Terre leur avait jadis interdit.

Enfin, un spectre ténébreux sortit lentement de l’ombre d’Alicia, déployant ses ailes brillantes de la plus parfaite obscurité. L’ange de nuit caressa les cheveux d’Amaël avec la tendresse d’une mère et lui lécha le cou avec la langueur d’une amante. La langue fine et glaciale le saisit un instant, extatique. Puis la salive, bouillante et humide, ruissela sur tout son corps, anéanti.

Amaël était exaucé.
Amaël était mort.

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MessageSujet: Re: Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II   Jeu 28 Avr 2011 - 23:00

Adal avait regardé Alexandrine s’effacer dans l’obscurité des abords de la Grande Salle, en direction de la sortie par laquelle ils étaient arrivés. Il ne lui fallu qu’un instant pour disparaître complètement après qu’Amaël n’ait frappé à la porte et n’ait proféré des mots, les intimant à l’attendre sans bouger. Heureusement, il se désintéressa bien vite d’eux pour ensuite se concentrer pleinement à sa tâche. Le cadet avait donc relâché la jeune femme, l’avait observé s’enfuir avec le Livre des Ombres en direction du couloir qu’ils avaient empruntés et espérait sincèrement qu’elle retrouverait son chemin toute seule car il ne pouvait la suivre, pas encore, pas maintenant. Il lui fallait d’abord récupérer le Livre de Lumière, et œuvrer une dernière fois, il l’espérait, une ultime fois.

* Tu as fait le plus difficile… Plus rien ne peut t’arrêter maintenant… Tu ne peux pas renoncer, pas maintenant, plus maintenant. *

Non il ne pouvait plus renoncer. S’il ne faisait pas cela, tout ce qu’il avait fait cette nuit ne servirait à rien et il était impossible d’imaginer qu’un tel acte de sa part n’ait aucune motivation si ce n’était celle de réussir. La justification de ses gestes, de ses mots n’était que dans la finalité de cette soirée. Baisser les bras revenait à perdre toute justification et, dans cette hypothèse, il aurait préféré mourir que d’affronter la réalité qui s’ensuivrait. Non, il devait se battre jusqu’au bout, aller jusqu’à l’apogée de ses actes, poursuivre en ce sens jusqu’à ce que tout soit terminé, qu’il n’y ait plus rien à faire. Il se l’était promis, il l’avait promis. Alexandrine l’attendait surement, comme convenu, chez elle. C’était pour elle qu’il faisait tout cela, il ne pouvait pas abandonner, plus maintenant, il devait tenir sa promesse, pour elle, pour lui, pour un soupçon d’espoir dans l’avenir qui se traçait maintenant devant lui. S’il arrêtait, l’obscurité engloberait tout le chemin, il n’aurait plus de guide, plus de phare pour le guider au sein de la nuit et il se perdrait probablement, avant de s’échouer sur les écueils de sa vie…

L’heure n’était plus aux réflexions, aux discussions, mais aux actions. Un dernier regard vers l’ombre, Alexandrine n’était plus là depuis quelques instants. Il marcha donc silencieusement vers le pupitre où reposait le livre de Lumière. Son regard fixé sur son objectif, Adal avança volontairement, presque impitoyablement. Lorsqu’il parvint au pupitre, il continua sa route, non ce n’était pas sa cible, pas encore. Sa cible se trouvait devant lui, elle se tenait droite, dos à lui. Il ne réfléchit pas davantage, ce n’était plus la peine. Il serra les poings à s’en blanchir les phalanges, il ne fallait pas reculer, pas maintenant. En quelques pas, il eut rejoint son objectif qui ne bougeait plus, à croire qu’il était déjà mort. Sans réfléchir, Adal saisit le cuir chevelu de son aîné, la tirant légèrement vers l’arrière, puis il releva l’autre main, qui serrait encore le couteau de ce dernier et la passa au-dessus de son épaule, lame tournée contre la chair. Sans une pensée, sans attendre ne serait-ce qu’une seconde par hésitation, il fit glisser le fil argenté d’un bout à l’autre de la gorge de son frère. Il sentit sa tête légèrement partir en arrière et une fois son geste terminé, il les lâcha, le couteau et lui, et, sans même prendre le temps de le regarder tomber à terre, certain de la réussite de son office, il se retourna et se dirigea vers le pupitre.

Quelques secondes plus tard, le fils cadet des Loewenstein, sortait de la Grande Salle par la deuxième sortie, le Livre de Lumière entre les mains. Il avait rendez-vous avec son avenir, son passé était dorénavant mort et serait bientôt enterré. Plus rien ne le retenait désormais, il était libre de prendre son envol, de pouvoir, enfin, vivre.

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MessageSujet: Re: Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II   Sam 30 Avr 2011 - 11:19

Alors qu’Elena se concentrait toujours pour réciter les incantations du sort de paralysie et qu’elle fixait droit dans les yeux son ennemie, celle-ci lâcha un argument de taille en l’air. Comme si le temps c’était arrêté, Ely reconnu immédiatement l’ouvrage des Ombres.

Cette catin venait volé le Lys dans ses propres antres sans que personne ne s’en rende compte ! Mais où étaient-ils tous ? Plus personne ne venait prier ? Qui s’occupait de prendre soin d’Alicia ? Remuée par toutes ces interrogations, Elena ne vit pas son adversaire fondre sur elle et la déséquilibrée. Elle chuta sur le sol comme un poids mort et le contact des pierres meurtri son corps. Sa robe avait beau être longue et épaisse, cela n’amortissait pas la douloureuse et inévitable chute qu’elle faisait. Le coup la laissé choquée, elle avait à peine pu finir sa phrase que le sort se lança et la jeune fille sur elle était paralysé. Mais la concentration de la sorcière avait été interrompue trop vite et cette paralysie serait bien moins forte que ce que la jeune femme avait souhaité.

"Je suis là parce qu’il le fallait ! Je ne pouvais pas le laisser affronter cela tout seul !"

La traîtresse s’immobilisa cherchant à attraper sa dague. Le sort avait donc fonctionné ? Elena resta quelques secondes contre la pierre, le dos encore endolori. Elle aurait du mal de se relevé, elle en était certaine. Pourtant son vif instinct et son envie de vengeance prirent le dessus et elle profita du court instant de paralysie de la sorcière de la tribu d’Olrun pour faire basculer la situation et passer du côté dominant. L’unique idée qui venait à Elena était la strangulation. Elle n’avait plus sa dague sous la main et la fureur animait ses actes et coloraient ses prunelles. Si elles avaient pu, elles seraient devenues rouges sang et son corps se serait embrasé de milles feux pour étendre sa colère. Une colère brute, dénuée de raison et d’une quelconque compassion.

Alexandrine avait porté en elle le fruit qui avait tué sa tendre et douce mère. C’était elle qui était responsable de la perte de cet être qu’elle regrettait chaque jour. Comme si le destin lui offrait une chance de venger cet affront, elle saisissait cette opportunité. Elle ne se représenterait peut-être pas.

Les lèvres serrées et légèrement palis par la terreur et l’impuissance, son ennemie semblait souffrir du maque d’oxygène. Elena laissa un petit sourire malsain et satisfait se dessiner sur ses lèvres. La jeune fille face à elle ne serait pourtant pas une âme morte ce soir. Elena avait définitivement perdue la raison et surtout, elle pensait que cette petite mijaurée priait pour qu’on l’épargne. C’était inutile !

Mais la folie faisait perdre la perception qu’Elena aurait du utilisé. Cette fille avait saisit l’occasion qui se présentait à elle en lisant une formule du livre des Ombres développant une épais nuage noir autour d’elle. Alors que la raison réintégrait l’Aguerrie du Lys, un uppercut vint frappé avec violence sa mâchoire. Surprise et sonnée Elena ne vit même pas le second coup arrivé et l’atteindre. Le sort qu’elle avait prononcé avant avait mal fonctionné et c’était le choc en retour qui venait saisir ces entrailles et la rendre de marbre. Incapable de riposter, elle tomba de tout son long et se frappa le crâne en tomba avec sa propre main. Sonnée, elle ne put rien faire lorsque la traîtresse d’Olrun quitta les sous-sols du château.

Le noir, brumeux et profond. Les yeux fixes, Elena ne saisissait pas bien ce qui venait de lui arriver. Elle s’était recroquevillée légèrement lors de sa seconde chute pour mieux encaisser le coup. Tout était ralenti, comme si le temps venait de lever son voile et de laisser échapper la quatrième dimension. Lenteur et hébétude ! Voilà ce que ressentait la Sorcière de Lys. Tout semblait vide et pourtant elle n’avait vu encore le pire.

Une fois que son corps avait retrouvé la capacité de bouger et de ressentir à nouveau les effets du temps, elle se releva massant les ecchymoses qui se formaient une à une lentement. La douleur était présente, mais supportable. Elle marcha avec un allure légèrement plus lente qu’elle l’aurait voulu pour rejoindre la salle principale. Sans cacher sa présence elle s’attendait à voir quelqu’un. Armé de sa simple dague, pointé vers là où elle avançait elle savait que le Livre des Ombres manquerait à sa place. Pourtant elle fut comme frappée par la vérité quand elle regarda le pupitre. Puis elle baissa les yeux et tomba sur…

Un haut le corps l’anima immédiatement et elle du se tenir à l’un des piliers de la salle. Elle passa sa main sur sa bouche en un réflexe de dégoût et hoqueta.


« Seigneur ! » fit-elle tout bas, dans un murmure étouffé par l’horreur et une certaine peur.

Elle continua d’avancer pour faire fasse à la macabre vérité qui l’accablait. Elle s’approcha et reconnu Amaël, visage tourné vers le ciel, les yeux vides, ouverts et la gorge tranchée précisément. Celui qui avait fait cela savait avec certitude ce qu’il accomplissait. Un nouveau hoquet secoua Elena. Elle n’aimait pas Amaël, mais jamais elle n’aurait réellement souhaité sa mort.

Le voir ici étendu la retournait pourtant littéralement. Comment était-ce arrivé ! Personne ne s’était méfié ? Etait-ce une traîtrise ! Amaël devait en plus être encore plus méfiante qu’à l’ordinaire depuis l’arrestation manquée de sa mère.


« Amaël! Amaël »

Les doigts sur la gorge, elle ne sentait rien, même pas un faible battement. Il ne restait aucun espoir ? Son esprit était tellement assailli par les solutions qu’elle pourrait trouver et ce qui c’était passé qu’il lui aurait été impossible de faire quoi que ce soit même si il avait eu une infime chance de survivre.

Alors que faire, quand on est seul, face à un cadavre.


« Pitié, pas ça ! Non ! Pas encore ! »

Elle n’hurlait pas. Elle en était profondément incapable, trop faible par ce combat un peu étrange qu’elle avait mené.

Il lui fallait de l’aide, mais comme appeler qui que ce soit. Si elle réussissait à crier les gardes du château rappliquaient et découvraient la cachette de la tribu du Lys Noir ainsi que trois sorciers, dont deux déjà morts ou presque. Elle respira fort, inspira plus fort encore et ne sentait même pas les larmes qui coulaient le long de ses joues pour mourir sur le sol froid des pavés du centre du repère.


« S’il vous plait ! » gémissait-elle.

A quoi bon pleurer. Elle ne le guérirait pas avec ses larmes. C’était finit. Elle se gifla mentalement et posa ses doigts sur les paupières du corps qui autrefois abritait l’âme d’une enfant qu’elle raillait !

Oh ça non ! Non, elle l’avait haït pour son arrogance et son incompétence mais il était le fils de sa Meneuse. L’enfant du Lys ! Et voilà qu’il n’était plus. Comment était-ce possible. Les oreilles d’Elena bourdonnait par le sang qui bouillonnait à ces tempes. Choquée, elle resta prostrée devant ce corps inanimé, à ne plus rien faire que le regarder et pleurer.

Le choc était étrange. C’était la première fois qu’elle voyait un mort devant ces yeux et cette sensation était désagréable comme si le temps continuait, se moquait irrésistiblement de ce qui se déroulait sous les yeux de la jeune sorcière. Cet enfant n’était plus et pourtant, elle était la seule à le savoir, mis à part son meurtrier.

Le glas sonnait en ces murs. Un enfant du Lys était mort.
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MessageSujet: Re: Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II   Lun 2 Mai 2011 - 20:44

La plume glisse sur le papier faisant apparaître sur celui ci les maux qui animent ce monde...La tête penchée sur le grimoire, la dame sombre décrit avec subtilité ce que l'histoire ne saurait conter sans en connaître les détails. Ce journal, Mina ne le tenait pas seulement pour elle, mais surtout pour celui qui un jour reviendrait d'entre les morts et prendrait sa revanche, la sienne, la leur... La plume se suspend l'espace d'un instant ...Malaise, étrange étourdissement dont la signification reste silencieuse...
Un regard par la fenêtre et l'image floue d'un chien noir qui passe sous celle ci, alors, et parce que Mina reconnait les signes que la nature lui envoi, elle pose sa plume et se lève. Sans attendre, elle sort de son antre, lieu de refuge qu'elle ne quitte que lorsque cela devient nécessaire, s'engouffrant dans les corridors sinueux telle une ombre.
Seul son instinct lui dicte sa conduite, la mène là où elle doit se rendre, comme une marionnette dont on dirige les pas. Aucun indice, aucun bruit ne lui permettant de lui indiquer ce qui l'attend au détour d'un couloir, seule la certitude que la nuit a enveloppé le monde qui l'entoure...
Le regard étrangement fixe, elle hâte son pas, pressentant l'urgence qui lentement s'accentue en elle. Intuition funeste qui bientôt lui offre un spectacle dont l'horreur ne l'émeut pas.
Corps immobile gisant sur le sol dont la teinte écarlate déploie ses ailes tandis qu'il se vide de son nectar de vie recouvert d'une âme éplorée dont le visage ne lui était pas inconnu. Elle s'arrêta quelques secondes, fixant le visage du défunt...C'est alors qu'elle l'entendit...Faible mais pourtant si présent. L'écho presque inaudible d'un gémissement, celui du chien sombre annonciateur de mort, et c'est alors qu'elle sut que ce n'était pas l'âme d'Amaël qu'il était venu chercher.
Son visage se releva alors et nourrit d'une indescriptible angoisse elle posa sa main sur la poignée de la porte du bureau de sa sœur...
S'il était un poison plus terrible encore que celui dont elle usait parfois, ce serait celui là...La vision qui lui fit face à cet instant fut plus terrible encore que la mort elle même et ses jambes fléchirent pour la laisser tomber auprès de celle qui déjà avait commencé son voyage vers l'au delà.Les yeux clos devant l'insoutenable image qu'elle essayait d'effacer de sa mémoire, ses bras qui n'avaient jamais porté autre chose que la mort, prirent le corps agonisant de celle pour qui la sombre dame avait voué sa vie tout entière. Mina le savait il était trop tard, le cœur d'Alicia s'était arrêté de battre au moment même où elle avait resserré son étreinte, la berçant avec délicatesse comme pour apaiser ses dernières souffrances et ainsi faciliter son envol. Quelques secondes passèrent, sans que Mina ne put faire autre chose que de continuer à la serrer contre elle, fixant la main droite de celle ci, où le nom du traite était écrit en lettre de sang.
La souffrance est pire dans le noir, lorsque l'on ne peut poser ses yeux sur rien, Mina ouvrit alors lentement ses paupières pour s'imprégner une dernière fois du visage d'Alicia et laisser échapper une unique larme qui serpenta sur son visage.

"Pars en paix ma sœur...Par le troisième, le lys noir se perpétuera..."


Alors, seulement, le chien sombre hurla à la mort, appelant l'âme de la grande prêtresse pour l'accompagner dans ce qui allait être son dernier voyage.
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MessageSujet: Re: Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II   Lun 2 Mai 2011 - 21:24



Un soir, dans l’obscurité vacillante du Grand Salon, un inquisiteur parlait à homme de main près de l’âtre : « On la dit dangereuse et cruelle, moi je n’y crois pas, c’est une femme qui feint le pouvoir, guère plus d’influence qu’une prostitué… ». Dissimulée par le haut dossier de son fauteuil tourné vers la fenêtre, Alicia entendit ces mots et son reflet dans la vitre sourit au béotien qui en sursauta de stupeur.
Alicia commandita au cours de sa vie une dizaine de meurtres, dont de nombreux inquisiteurs pendus par les pieds, poignardés dans le front, empoisonnés dans leurs appartements, envoûtés jusqu’au suicide, certains même spontanément brûlés vifs au milieu d’une rue. Elle tua également, bien qu’indirectement, Elena Dymphna, Prêtresse d’Olrun, en semant la Clairière sacrée de fleurs de lys empoisonnées. Elle manipula sciemment plusieurs dizaines de personnes, fut cruelle avec des centaines, méprisante avec des milliers, froide avec tous.

Un jour, traversant les Somptueux Jardins, une jeune servante demandait à sa collègue
« Pourquoi la Comtesse est-elle si distante et… méchante ! C’est une maladie, quelque chose coincé au mauvais endroit ? Serait-elle frigide !? ». Alicia se releva de derrière le rosier écarlate, une fleur éclatante à la main, une paire de ciseaux à l’autre, la face neutre. La servante l’observa suppliante et la Comtesse de décapiter la rose en un furtif claquement argenté.
Alicia perdit son père avant mémoire et sa mère alors qu’elle n’était qu’à peine une femme. Sa sœur mourut durant la guerre des tribus. Son amie Gabrielle de Mortelune mourut sur le bûcher comme nombre de ses sœurs du Lys dont Cendra Valentine. D’autres se suicidèrent comme Joan Witham ou Alodia, sa meilleure amie, après avoir tué Carlyn, une autre de ses proches et le Comte Loewenstein, l’amour de sa vie.
Alicia estimait – bien que ces estimations soient sujet à discussion - avoir été trahie par Abigael, qui aurait usé d’influences déloyales pour devenir Grande Prêtresse d’Olrun à sa place, et Adrien, car ayant accepté une promotion au sein de la tribu d’Olrun alors qu’Alicia l’avait invité à rejoindre le Lys, et le fut manifestement par Lorenzo, mari adultère, ses deux plus proches consœurs : Alodia, meurtrière de son mari le Comte, et même Mina, assassin de sa sœur, bien qu’elle n’en sut jamais rien, et enfin Adal, son fils et bourreau.

La jeune servante fut renvoyée à la rue. L’homme de main fut démis de ses fonctions et exilé de Forbach.

Les mots… Ils jalonnent notre vie et emplissent notre mémoire. Ils gardent en eux la quintessence du souvenir d’un être, d’un sentiment. Si l’on en croit le vieil adage, l’instant de notre mort est probablement une galerie de portraits chantant, pleurant, riant et susurrant...

Madame de Sarrebourg :
« Vous, ma belle Alicia, vous êtes libre… Votre sœur est un nuage au vent, elle finira en pleurs. Vous êtes le zéphyr lui-même et jamais ne vous essoufflerez… ».

Abigael : « Notre amitié est et restera aussi puissante que nos âmes, plus éternelle que les dieux, plus profonde que les eaux sombres de Diefenbach ».

Elisabeth : « Mais très chère Alicia, il existe des livres interdits, ces sentiers que tu as l'air de vouloir prendre, d'autres les ont pris avant toi. Et ces personnes ne sont plus là pour nous le raconter. Que crois-tu donc qu'il leur soit arrivé ? ».

Europe : « C’est ce monde lui-même qui est maléfique ».

Mina : « Un mal étrange semble ronger les habitants du village, et si les runes anciennes ne se trompent pas, il se pourrait que ce mal s’étende encore, comme une peste noire qui se nourrit de l’âme des gens ».

Alodia : « L'Homme... Est tout aussi mauvais ailleurs... ».

Madame de Sarrebourg : « Les chrétiens manichéens ont séparé le Paradis et l’Enfer, nous, sorcières, savons qu’il n’y a qu’une Terre ».

Avatar : « Doutiez-vous du fait que l'église guérisse le "mal" par un mal bien pire ? L'inquisition... ».

Cendre : « Elles ont choisit la haine et la haine ne peut être guérie que par la haine ».

Europe : « Le seul respect que je te dois, c’est celui qu’on a envers les serpents : les écraser d’un coup de talon! ».

Kerwan : « Vous nous regarderez toujours avec la crainte que nous puissions vous trahir ».

Adrien : « Je ne vous ai jamais condamnée ».

Joan : « Je ne vous mentirai pas, mes soeurs, ou celles que je croyais être mes soeurs, ont dressé de vous un portrait peu flatteur ».

Madame de Sarrebourg : « L’Amour, sachez le, est une passion dévorante et meurtrière ».

Europe : « Mais surtout, aie bien conscience que tu devras affronter ta meilleure amie… et qu’elle deviendra ta plus grande rivale. Es-tu vraiment prête à sacrifier ça ? ».

Kerwan : « Vous parlez de foi, Ma Dame, comme si vos actions pouvaient me sembler étrangères. Sachez qu'elle peut revêtir bien des aspects. Si la mienne se manifeste par la prière, alors la votre se voit dans vos batailles ».

Adrien : « Non, je n’ai jamais cherché le pouvoir Alicia, mais par contre… Vous l’avez toujours secrètement désiré n’est-ce pas ? Vous le vouliez, à travers moi, ou à travers mon cousin. Mais regardez finalement le résultat… ».

L’Oracle : « Vous semblez avoir beaucoup souffert. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour libérer entièrement Forbach du joug démoniaque qui l’enserre, tout comme nous l’avons fait avec vous ».

Europe : « Si tu veux le savoir, j’ai voté pour toi. J’adhère à toutes les critiques que tu as adressées à l’égard de la corruption et l’absence de renouveau qui régnaient sur l’esprit d’Olrun ».

Madame de Sarrebourg : « N’insultez jamais les catholiques ! Insultez les inquisiteurs si vous le voulez, mais jamais une religion et ses croyants. L’homme est digne de respect tant qu’il vous respecte. De là, si on vous blesse un jour, vous pouvez tuer dès le lendemain ».

Gabriel Touchedieu : « Ecrabouiller… ta… tête ».

Lorenzo : « Je suis intimement persuadé que vous parviendrez à faire de Forbach une ville meilleure qu’elle ne le fut jamais. Comme vous tentez de le faire depuis toujours, envers et contre tous ceux qui ne comprennent pas que vous faites cela pour eux, que vous voulez apporter un nouvel ordre, plus juste, plus beau, et non le chaos comme ils se plaisent à le croire ».

Adrien : « Au revoir, Comtesse, puisse l'avenir vous sourire ne serait-ce qu'un jour et briller pour Amaël ».

Europe : « Elle avait l’air sincère et magnanime, Analisa, n’est-ce pas? Mais ce n’était que la surface des choses. Elle était plus véreuse qu’une pomme à la belle saison. Une fois que tu es rentrée dans leur petit clan, tu as le pouvoir ».

Un laquais : « Par la volonté du Conseil du Duché de Lorraine et du Duc de Lorraine, Charles IV, le Comté de Forbach est dorénavant placé sous la responsabilité du Comte de Nicosia, Lorenzo Maestriani ».

Madame de Sarrebourg : « Cette nuit, Alicia, je meurs. Elle m’a souri. Ne me pleurez pas trop longtemps car votre destin est d’être une impératrice magnifique or un empire ne souffre de trop longues faiblesses. N’oubliez pas, mon cœur, que la gloire d’une femme n’est pas de ne pas tomber, mais de savoir se relever. Pleurez et aimez, soyez forte et irréductible ! ».

Louis : « Vos appartements doivent être fouillés. Nous fouillons la ville entière, dans le but de la purifier en écrasant le mal à sa source ».

Owen : « Depuis quand êtes-vous une Sorcière, Comtesse ? ».

Cassandra : « Je sais que vous êtes une sorcière ».

David : « Personne ne fait plus un geste! La Sainte Inquisition est ici pour remplir son devoir sacré: arrêter les sorcières de Forbach ! Nous ne voulons qu’une seule personne ».

Europe : « Je sais que tu ne vas pas me croire… mais je suis désolée, sincèrement. Ça avait l’air vraiment beau. J’aurais aimé faire ce chemin avec toi ».

Amaël : « C’est à votre vue que je me sens en vie ».

Ainsi se ferait le point d’une vie ? Une ultime hécatombe tonitruante de cris et de soupirs. Pour ceux partant la paix dans le cœur peut-être… Tant d’insultes, d’encouragements, de haine et d’amour qu’Alicia n’entendit pas alors que la Fin, tête en bas, les ailes pliées, l’entraînait dans l’abîme. Dernière réplique de sa tragédie, seuls résonnaient en écho les mots amers du seul crime puni :

« Pardonne-moi Maman »
Les yeux d’émeraudes, cernés de douleur, se posèrent fixement sur le néant, à tout jamais. Les ténèbres envahirent sa vision troublée de larmes lourdes comme le cristal et opaques comme la nacre, à tout jamais. Ses mots célèbres d’emphase et de beauté, d’esprit et de cruauté, se turent dans la plus grande religion, à tout jamais.

L’une des plus grandes nobles du comté devint ainsi poussière, dans sa triste condition. L’une des plus grandes sorcières du royaume devint ainsi prière, qu’on chanterait en oraison. L’une des plus grandes femmes du monde devint ainsi plus éternelle que la pierre, à la hauteur de son ambition. Mais si elle fut noble, Comtesse et Meneuse, Sarrebourg, Loewenstein ou Maestriani, Alicia était avant tout femme. Vous les entendrez, les langues tordues par la haine et noircies par l’ignorance, vociférer l’inhumanité de la Veuve noire, du Néron du comté de Forbach. Elles ne diront pas à quelle point elle a aimé, à quel point elle a souffert et à quel point elle a prié… pour le Bien. Ses choix l’auront noircie car elle les aura assumés, jusqu’à son dernier souffle.

Femme audacieuse, elle explora une voie que nul autre n’eut le courage d’imaginer. Elle haït l’intolérance pour mieux apprécier l’humanité. Elle embrassa l’obscurité pour mieux comprendre la lumière. Sa voie n’était certes pas celle de tous, mais elle était légitime, et pour longtemps encore, le Lys Noir pourra se vanter d’avancer dans les pas de sa première Meneuse.

Ne pensez pas qu’elle était ange. N’avancez pas qu’elle était démon. Elle était humaine, et c’est là la raison suffisante à toutes les passions.

Elle ne vous surveillera pas du haut des cieux, elle n’hantera pas vos cauchemars, n’éclairera pas vos lanternes ni ne les soufflera. Elle ne vous méprisera plus, elle ne vous aimera plus. Pourtant, qu’on jure par elle ou bien qu’on bénisse en son nom, elle sera là, éternelle dans le cœur de tous, sombre ou lumineuse. Ne l’admirez pas, ne la jugez pas. Apprenez dignement d’elle et de son histoire. Voyez comme l’humanité peut invoquer les ténèbres, comme elle sait les combattre, comme la lumière n’existe que parce qu’elle crée l’obscurité. Souvenez-vous que si l’homme a vaincu, c’est parce qu’il n’est que nuances diaprées. L’Obscurité comme la Lumière n’est pas une fin en soi, c’est une route qu’on choisit de suivre, en direction de soi.

Son souffle gracieux s’échappa, ultime nuée, emportant une âme légendaire, à tout jamais. Son existence quitta le présent et s’inscrivit dans le marbre noir du Passé, à tout jamais. Son nom s’emplit de haine, d’amour, de pitié et de gloire… pour toujours.

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Exegi Monumentum Aere Perenius - II/II

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