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 Suis moi je te fuis

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MessageSujet: Suis moi je te fuis   Mar 5 Avr 2011 - 22:22

On voyait rarement monsieur Vaudremont dans la boutique de draperie des Valdemar, tout comme quelques autres boutiques de Forbach. Même quand il était malade, il préférait aggraver sa crève que franchir le seuil de l'apothicaire de la Lune de Jasmin, et on ne pouvait pas l'inviter aux Doigts Sucrés. Il se disait absolument pas intéressé par les draps de Madame Valdemar. Nul ne savait vraiment pourquoi une telle bizarrerie dans les habitudes pourtant douces et posées d'Antoine Vaudremont.

Nul, sauf ceux qui appartenaient aux fidèles d'Olrun, quelque soit leur camp. Cette aversion pour certaines boutiques était présente chez tous les membres du Lys. Si l'Inquisition avait été initiée à ce genre de subtilité, elle aurait pu détecter à la fois les commercants appartenant à une tribu, et les clients renoncants qui appartenaient à l'autre. La Lune de Jasmin, les Doigts Sucrés, et la draperie des Valdemar étaient gérées par des filles de l'Ancienne Tribu. Antoine Vaudremont appartenait au Lys Noir. Tout comme l'huile et l'eau, on se repoussait.

Il était plus juste de dire que les Sorcières d'Olrun repoussait le sorcier du Lys, mais peu importe. Elles lui faisaient payer depuis quinze ans un seul jour d'abandon, Antoine savait vivre avec ca. mais quand il pouvait éviter de se prendre une parole venimeuse ou un regard assassin, il s'en portait mieux. Il était un homme paisible à la base, et détestait les conflits inutiles. Il avait fallu attendre son départ pour qu'il s'arme contre la méchanceté. Sa première arme fut la fuite, et elle était encore à ce jour la plus efficace.

Mais pour la première fois depuis des années il était dans une des boutiques proscrites, comme n'importe quel client ordinaire, ou qui affectait de l'être. Du reste, il n'y avait rien de spectaculaire, et personne ne le fixait comme s'il se promenait tout nu en pleine rue. Ses mains calleuses frottaient du tissu haut de gamme pour la première fois depuis des années, mais rien dans son attitude ne semblait indiquer qu'il était mal à l'aise ici, ni qu'il attendait autre chose. Avec la fin de journée, et les hommes qui rentraient à la maison, la boutique s'apprêtait bientôt à se fermer, et il attendait d'être seul avec la gérante rousse. Pour le moment, il y avait encore une vieille chouette qui pinaillait au comptoir et une mère de famille trop nombreuse qui perdait du temps à s'occuper de deux enfants en bas âge et d'un bébé sans pouvoir choisir ce qu'elle était venue chercher. Patiemment, Antoine Vaudremont leur tournait le dos à toutes trois en admirant sincèrement la douceur d'un feutre mauve. Il aimait ce tissu, et songeait presque à l'acheter pour de bon, pour en faire une courtepointe qui décorerait un peu plus son intérieur triste.

Le mauve est moche, prends plutôt le rouge!
Tais toi Louise


Certaines choses étaient restées depuis son veuvage, sans pour autant qu'il en soit devenu fou. Louise existait encore sous forme d'échos voilà tout. De toute façon, Antoine avait surmonté son deuil, et vivait aussi normalement que peut le faire un prêtre du Lys... Il y avait considérablement plus important que des problèmes personnels à régler en ce moment. Et puis, la Déesse ne pouvait être accessible aux prêtres égoïstes.

La conversation entre lui et sa femme disparue cessa lorsque la mère et ses trois marmots franchirent la porte et qu'un calme relatif régna de nouveau. Il restait encore la vieille à son comptoir mais Vaudremont ne voyait pas pourquoi elle y resterait plus longtemps, cela faisait déjà un quart d'heure qu'elle houspillait et geignait. D'un pas posé, il se dirigea vers la gérante et la vieille, et se positionna derrière la petite dame, qui sentit une présence derrière elle, et voyant un homme considérablement plus grande et plus large qui attendait, sembla se résoudre à abréger ses demandes.

Elle partit en maugréant tout bas, laissant Antoine Vaudremont seul avec Viviane Valdemar. Il apposa ses deux mains sur le comptoir et s'appuya de tout son poids dessus, en gardant le regard bas. Il ne souhaitait pas savoir comment la prêtresse d'Olrun le regardait, ca ne l'aiderait pas, et pourrait le distraire. Il articula tout simplement:

« Bonjour Viviane, tu te rappelles de moi? »

Ils avaient à peu près le même âge, faisaient partie de la même génération de sorciers et de sorcières, et pendant longtemps avaient finalement été dans la même tribu. Cependant, le silence opaque qui répondit n'était pas encourageant.

« Hm. Bien. Je viens en tant que prêtre d'Olrun parler à la prêtresse d'Olrun. Je veux négocier quelque chose.  "
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MessageSujet: Re: Suis moi je te fuis   Mar 5 Avr 2011 - 23:41

La journée touchait à sa fin, et Viviane n'aspirait qu'à une chose : faire les comptes avec une bonne tasse de thé. Beaucoup de clients étaient passés à la boutique aujourd'hui, et si elle ne voulait pas être en retard dans sa comptabilité, elle allait devoir s'y mettre une fois que le dernier client serait sorti. Dans la boutique, il restait une vieille femme, celle dont elle s'occupait, une jeune mère avec deux enfants, et un homme, dos tourné, qui regardait des étoffes d'une couleur mauve profonde. Viviane ne les aimait pas et elle serait ravie de pouvoir s'en débarrasser. Reportant son attention sur la cliente en face d'elle, Viviane ne put retenir un soupir d'exaspération. La femme était en train de chicaner sur le prix qu'elle avait fixé, alors qu'elle lui avait déjà fait une réduction.

« Écoutez, non, je ne baisserai pas encore le prix. 2£ tournois pour trois toises, ce n'est pas grand chose. Je ne peux pas faire moins, où je n'entrerais pas dans mes chiffres. Alors soit vous le prenez à ce prix-là, soit vous en choisissez un autre qui est dans vos moyens. J'en ai d'autres qui pourraient parfaitement convenir pour le même usage. »

D'un geste de la main, elle désigna les étagères sur lesquels des draps de moindre qualité reposaient, ils étaient à un prix nettement plus abordables et la femme pourrait de permettre d'en acheter plus. Mais comme la plupart des clients rouspéteurs, celle-ci ne voulait pas se satisfaire d'une solution de facilité. Elle tenta de marchander encore un peu, Viviane était excédée mais resta polie, vivement que cette journée se termine ! Enfin, la vieille accepta son prix en ronchonnant et quitta la boutique. Viviane se dirigea vers la jeune mère pour l'aider à trouver la meilleure matière pour une robe du dimanche dans ses moyens. La jeune femme, bien qu'indécise, était nettement plus agréable que la précédente, et Viviane se détendit un peu.

« Regardez celui-ci, il pourrait parfaitement convenir. La couleur est sobre, le maillage serré, ce qui vous mettra à l'abri des courants d'airs dans l'église, et il n'est pas trop cher. Vous pourriez en prendre suffisamment pour en faire des vêtements pour vos enfants également. Vous formeriez alors une belle famille unie. »


Avec un regard empli de tendresse pour les enfants, elle retourna prendre un règle pour mesurer derrière son comptoir. Le dernier client gardait le dos résolument tourné et elle ne parvint pas à voir son visage. Pour le bien de la cliente qu'elle était en train de servir, c'était probablement une bonne chose. Viviane reporta son attention sur la jeune mère et les rouleaux qu'elle avait devant elle. Soigneusement, avec une paire de ciseau, elle découpa la quantité demandée. Une fois le paquet emballé, la jeune femme sortit de la boutique, et enfin, l'homme discret vint se poster en face d'elle. Il n'avait toujours pas levé les yeux vers elle, mais la silhouette lui était familière. Lorsqu'il parla, Viviane vit immédiatement les vieux démons du passé resurgir devant ses yeux. Comment osait-il se présenter à elle de cette manière ?

Évidemment qu'elle se souvenait de lui. Ils avaient pratiquement grandi ensemble au sein de la Tribu, ils avaient été amis pour ainsi dire. Elle avait confiance en lui, c'était un homme bien, malgré certains aspects un peu taciturnes de sa personnalité, à l'opposé de la fougueuse Cassandra dont elle avait l'habitude. Son calme avait été réconfortant dans les moments les plus durs, même s'ils ne s'étaient jamais beaucoup parlé. Puis, après la mort de sa femme, il avait suivi Alicia dans ses folies, il avait quitté Olrun pour le Lys. Que croyait-il qu'il allait trouver ici. Viviane ne répondit rien. Elle ne voulait pas. Elle voulait qu'il s'en aille, qu'il la laisse en paix. Mais apparemment un simple silence ne suffisait pas à lui faire perdre toute envie de parler. Viviane accueillit sa proposition indécente avec stupeur et colère.

« Négocier ? Tu viens ici pour négocier Antoine ? Mais il y a bien longtemps qu'Alicia a renoncé à toute négociation avec la Tribu, tu es bien placé pour le savoir, non ? Vous n'avez pas négocié quand vous avez tué l'alchimiste ou Elena, vous avez entamé une guerre, trahi les vôtres et tu espères négocier ? Était-ce une négociation de la part d'Alicia que de nous vendre à l'Inquisition, moi et les miennes il y a de cela à peine deux semaines ? J'ai subi un interrogatoire infernal dans les cachots de la collégiale et tu viens ici comme une fleur pour négocier ? Que veux-tu vraiment Antoine ? Donne-moi une seule bonne raison de ne pas te mettre dehors tout de suite, une seule, et je te promets que je te laisserai parler. »


La colère était à peine masquée dans ses propos, mais Viviane n'en n'avait cure. Elle était furieuse, sa journée avait été trop longue, trop remplie, la rancœur accumulée contre les clients difficiles exploserait sans doute à la figure d'Antoine qui avait tout fait pour le mériter. Il était du Lys. C'était un ennemi et rien d'autre n'avait d'importance.
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MessageSujet: Re: Suis moi je te fuis   Mer 6 Avr 2011 - 0:23

« Plus bas Viviane! Des gens peuvent encore entrer! »

Antoine accordait plus d'attention à la clandestinité que la moyenne, par prudence naturelle et par habitude. Cela dit, il n'était pas fou au point de croire qu'il pourrait vraiment faire baisser le ton de cette conversation, il savait qu'elle allait être mouvementée, il était prêt à subir tant qu'il ne risquerait pas sa vie en faisant raisonner une de ces bourriques de l'Ancienne Tribu. Aussi passionnée et sincère qu'elle soit, Vaudremont ne se sentait pas de mourir à cause d'elle, ce serait plus inutile qu'intelligent.

« Une seconde... »

Il alla vers la porte et d'une façon très naturelle ferma le battant et mit tout en place pour que la boutique soit officiellement fermée. Qui donc avait une horloge pour vérifier l'heure exacte dans la rue? Ces quelques geste le distrayaient de la confrontation enclenchée, et lui permirent de rassembler un peu ses idées et ses mots avant de revenir. Après avoir mis en place le loquet, il resta un moment appuyé contre la porte, et souffla bruyamment pour retrouver le courage. Dès qu'il l'eut décidé, il se redressa et alla au comptoir. Accoudé d'une façon raisonnablement détendu, ce fut avec une voix encore maîtrisée qu'il dit:

« Je sais que le Lys n'est pas en odeur de sainteté, et moi encore moins. Je sais qu'Europe est devenue le tyran que je redoutais. Je sais que tu n'as pas le droit de me parler officiellement. Et si tu ne souhaites pas le faire, alors je me contenterai de te dire ceci: le Lys Noir est bien moins intolérant que l'Ancienne Tribu. Si jamais un émissaire de la Tribu venait voir le Lys, nous l'écouterions nous... »

C'était un argument préparé face à une hostilité prévue. Et un argument qui tenait tout à fait la route, qu'on ne pouvait pas vraiment balayer, à moins de n'avoir jamais fait un seul effort en direction de la tribu d'Alicia et surtout de l'admettre. Viviane admettrait elle toute seule qu'elle était obtuse et intolérante? Pourquoi pas, c'était une femme qui était divorcée depuis longtemps, indépendante par définition, et qui depuis le temps se fichait bien qu'on la respecte ou non. Un profil à peu près semblable au sien, mais Antoine n'en était pas vraiment ravi.

« Enfin zut, je suis pas venu pour être écouté, je suis venu pour proposer, alors avant qu'on en arrive à discuter de qui a commencé, et qui est le plus coupable du Lys ou de l'Ancienne Tribu, je vais caser ce que je suis venu annoncer et TAIS TOI je te prie laisse moi finir. »

Oui, il avait haussé brièvement la voix pour pouvoir encore en placer une suffisamment longtemps pour dire ce qu'il était venu faire chez l'ennemie, et le dire à toute vitesse avant que le droit à la parole ne lui soit confisquée par la sorcière:

« Je veux une trêve entre la Tribu et le Lys. »

Il laissa le temps à l'information de se faire digérer, mais pas plus car telle quelle, jamais cette offre ne serait acceptée, or la survie du Lys en dépendait pas mal. Il devait vite s'expliquer sur la nécessité de retenir son bras alors que l'ennemie jurée est à terre.

« Tu sais ce qui s'est passé avec notre Meneuse, à ce propos je suis désolé pour cet épisode désagréable avec l'Inquisition, je t'assure qu'elle ne nous as jamais fait part d'une telle dénonciation. »

Ne sachant pas ce qu'il s'était passé exactement, et étant pourvu d'une remarquable capacité à se détacher des malheurs des autres, le tout avait été prononcé sur une voix neutre qui avait toutes les chances d'être mal prise. Antoine n'avait pas de temps à perdre sur les jérémiades d'une ou des sorcières d'Olrun, sa propre tribu était bien plus en danger. Viviane s'en était sortie après tout.

« Le Lys va mal, et je me doute que vous n'allez pas gâcher votre plaisir et frapper un beau coup pour nous achever. Pourtant, je vous demande de retenir votre geste. Il ne s'agit pas de pitié, il s'agit de piété: en tant que prêtresse comment peux tu cautionner la condamnation de tes frères et soeurs de foi? Le Lys Noir et Olrun sont deux tribus séparées, mais le culte de la Walkyrie nous soude, et toi la prêtresse tu participerais à l'exécution des croyants en ta Déesse? »

Il avala sa glotte, ne sachant pas du tout quelle pouvait être la réponse.

« Achever le Lys Noir, ce serait faire un blasphème, souiller ce qu'il y a de plus sacré. Des sorcières qui éliminent des sorcières. Si jamais tu te dis « en quoi c'est censé nous déranger? » je te rappelles qu'il existe une autre religion qui pratique cela: le christianisme. »

Il enfonca le clou, comme pour achever de convaincre.

« Frappez le Lys Noir en ce moment, et vous serez comparable aux Inquisiteurs. Au nom de la Déesse, je viens demander d'empêcher une telle abomination. »

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MessageSujet: Re: Suis moi je te fuis   Jeu 7 Avr 2011 - 1:50

Viviane était estomaquée. Dans sa propre boutique, il lui intimait de baisser le ton sous prétexte que des clients pourraient encore entrer. Comment pouvait-il montrer autant de forfanterie alors qu'il était en terrain ennemi, que sa présence n'était nullement désirée ici. La sorcière tremblait littéralement et avait toutes les peines du monde à garder son calme, elle se sentait capable de déployer une énergie phénoménale, plus grande que tout ce qu'elle n'avait jamais pu ressentir. La colère accumulée ces derniers jours était trop grande, elle n'en pouvait plus, elle se sentait au bord de l'explosion. Et les arguments pathétiques d'Antoine, n'étaient pas pour la calmer, loin de là.

La prêtresse avait envie de lui hurler à la figure qu'il était indigne, qu'elle ne devrait même pas accepter qu'il lui adresse la parole. Ils les avaient trahis, rien ne pourrait pardonner cela. Et il osait critiquer la manière dont Europe gérait la Tribu, mais pour qui se prenait-il ? Il n'avait rien à lui dire, rien à critiquer, lui qui s'était si vilement tourné vers la solution de facilité sans un regard en arrière pour les siens. Pour ses amis... Mais Viviane était bien décidée à ne pas se laisser attendrir par les vieux souvenirs, Antoine ne s'en tirerait pas aussi facilement. Oh non !

Alors qu'il continuait sa diatribe absurde, Viviane voulut l'interrompre pour lui faire remarquer qu'il était en train de mentir. Jamais un émissaire d'Olrun n'aurait été reçu par le Lys, jamais ils ne l'auraient écouté, et ce n'était pas faute d'avoir essayé au début ! Mais avant qu'elle ne puisse ouvrir la bouche, il lui intima l'ordre de se taire. Elle s'était crue au summum de la colère et de l'énervement, et voilà que cet avorton parvenait encore à la faire monter d'un cran.

Un trêve ? Mais il croyait quoi ? Qu'on pourrait effacer d'un claquement de doigts près de vingt années de peur et de guerre ? Vingt années de troubles et de décès ? Mais il avait perdu l'esprit, ce n'était pas possible autrement. Il voulait la paix ? Mais c'étaient eux qui avaient toujours refusé tout compromis, toute négociation, Alicia venait encore de la prouver pas plus tard que deux semaines plus tôt. Alors qu'il lui présentait d'une manière totalement déplacée des excuses pour la dénonciation d'Alicia, elle sentit à nouveau une colère noire la gagner. Il était désolé ? Désolé ? Elle avait failli être condamnée au bûcher, et il était désolé ? Mais c'était quoi son problème ? Viviane ne lui avait rien demandé, elle ne souhaitait même qu'une seule chose, qu'il quitte sa boutique. Et cet avorton se présentait à elle, des projets stupides à la bouche, des ordres et des excuses ? Mais il pouvait se les mettre là il pense ses excuses !

Quand il parla de ce que la Tribu pouvait profiter de la faiblesse du Lys pour l'achever et tuer toutes les siennes, c'en fut trop. Ses leçons de morales, il pouvait se les garder. Depuis le début, le Lys était coupable. Le Lys était coupable du simple fait d'exister déjà. Mais Antoine était lancé ne semblait pas s'être aperçu de l'état dans lequel il avait mis son interlocutrice. Le coup de grâce, ce fut quand il compara Olrun au christianisme. Viviane ne put se retenir plus longtemps. Elle contourna le comptoir et lui infligea un gifle magistrale. Mais ce geste ne la soulagea guère, aussi se mit-elle à parler, avec agitation, mais des mots simples, percutantes, histoire que le demeuré un peu sonné qu'elle avait en face d'elle comprenne.

« Pourriture ! Tu n'es qu'une pourriture. Comment oses-tu ? Comment oses-tu te présenter à moi, me donner des ordres, me faire la morale, me dire comment me comporter et me supplier d'épargner les tiens ? Dois-je te rappeler que tuer les sorcières, ce sont les méthodes du Lys et non les nôtres ? Tu es désolé que l'Inquisition m'ait interrogée sur foi des dénonciation d'Alicia. Désolé ? Mais espèce d'ordure, j'ai failli crever là-bas ! Je n'ai pu m'en sortir que parce que ce petit prétentieux de Geisler en pince pour ma nièce ! »

Viviane reprit son souffle quelques instants avant de poursuivre. Elle n'avait pas fini. Elle voulait qu'il comprenne que sa demande était totalement malvenue et déplacée, et que jamais au grand jamais, elle ne pourrait l'accepter.

« Alors que tu ne fais plus partie des nôtres, tu oses critiquer la manière de commander d'Europe et donc par là-même, ce que je fais ? Mais tu n'as plus aucun droit là-dessus, Antoine. Tu n'as droit à rien, tu n'es rien. Tu as trahi les tiens. Ta femme en première, tu sais bien qu'elle n'aurait jamais accepté de suivre Alicia. Seul le passé nous lie au Lys, pas le présent, pas le futur ! Quand bien même nous partageons le même culte, plus rien ne nous rassemble. Tu veux une trêve ? Tu sais où tu peux te la mettre ta trêve ? Dans ton vieux cul maigrichon ! Oui parfaitement. J'en ai marre Antoine ! Marre de toutes vos conneries ! Marre de votre existence. Marre de votre intolérance. Je n'ai aucune raison pour accepter quoi que ce soit venant de vous. Alors avant que je ne perde vraiment mon sang-froid où qu'Europe ait eu vent de ta visite, va-t'en ! Pars, et ne reviens plus ! Plus jamais ! Je n'ai pas envie de te voir, toi, ou n'importe quel autre émissaire du Lys. Je vous hais, tu entends ? JE VOUS HAIS ! »

Rouge de colère, un aura de puissance régnait autour de Viviane. Jamais rien ni personne ne l'avait mise dans un tel état. Elle sentait ses doigts picoter de l'envie atroce de le frapper, de le frapper jusqu'à ce qu'il s'écroule sur le sol.
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MessageSujet: Re: Suis moi je te fuis   Jeu 7 Avr 2011 - 22:05

Passé la stupeur, rien ne tarda, ni la violente tape à faire trembler le comptoir, ni le visage rouge de colère et violet à l'endroit de la gifle, qui continuait de brûler, ni les paroles prononcées d'une voix forte.

« Vous êtes tous malades! Et bien moi aussi j'en ai marre de vos conneries, de votre existence, et de votre intolérance. Oui, oui votre intolérance, ne va pas me dire que c'est une « sainte » colère. Quant à ta haine, laisse moi te dire qu'il n'y a rien d'équivalent chez le Lys. Nul ne hait nos soeurs d'Olrun chez le Lys. Nous ne les aimons pas non plus, mais elles restent la souche de la Tribu. Il y a du mépris, de la méfiance, de l'opposition, mais pas de haine. De nous deux, le pire c'est toi ma belle, et quelques une de tes collègues ritualistes. »

La prêtresse avait même pris soin d'appuyer sur le point faible, sur la culpabilité qu'Antoine devait éprouver en tant qu'ancien membre de la Tribu d'Olrun. Assez curieusement, on pardonnait moins à ceux qui avaient défection deux, voire trois ans après le schisme, que ceux qui avaient été les premiers sorciers et sorcières violets. Surement parce que le groupe des pionniers était justement un groupe, tandis que ceux qui avaient fait les transfuges plus tardivement étaient des cas isolés, et la lâcheté qui habite chaque humain faisait qu'on s'acharnait sur les proies isolées. Antoine avait commis le tort de sortir du troupeau, et l'erreur de le faire seul. Quinze ans plus tard, c'étaient encore les mêmes phrases qu'il entendait et la même douleur qu'il ressentait.

« Et puis je t'en prie, arrête de m'accuser de trahison comme si tu avais subi un outrage personnel! Europe a dit que j'étais un proscrit, alors tout le monde bêle: « proscri-i-i-t! ». Même toi, une prêtresse, une place rare chez l'Ancienne Tribu, tu te coules béatement dans son ombre. Oh qu'il est confortable de vivre sous l'aile des puissants, de répéter ce qu'ils disent avec des cris d'enthousiasmes... Mon départ ne t'a jamais concerné Viviane, ni à l'époque ni maintenant, alors je t'interdis de le commenter. Tu es une prêtresse, ta priorité ne doit pas être d'être le laquais de la Grande-Prêtresse, mais d'être l'Instrument d'Olrun. C'est quelque chose qui se fait rare dans ta tribu. Et tu ne contredis pas la règle. »

Antoine n'aimait pas les conflits, mais il avait appris depuis la mort de sa femme à ne plus les fuir et à foncer tête baissé dans les orages pour les passer le plus vite possible avec le minimum de dégâts. Les sorcières d'en face étaient méchantes, il n'avait pas à gaspiller de gentillesse pour elle. La douceur n'était pas de mise quand la sorcière d'en face osait en appeler à Louise, censée être d'accord avec ses soeurs, soeurs qui avaient été responsables de sa mort. Antoine le savait, il avait communiqué avec elle par delà le voile. Il avait mis des années à le faire, mais avait retrouvé son âme et dans la trop courte conversation spiritiste qui avait suivi, avait reçu l'assentiment de sa femme décédée: Louise avait compris elle les raisons profondes du choix de son mari. Ses soeurs étaient trop stupides pour le faire, ou bien simplement ne voulaient pas.

« Soyons clair: je ne suis pas venu pour me prendre une avalanche de merde sur la gueule, et pas non plus pour me faire frapper par une conne hystérique. Tu sais quoi? La prochaine fois que tu passes à la Collégiale, crève donc! C'est tout bénéfice pour moi: je perds une vipère, et à ta place est nommée une personne qui a un minimum de chance d'avoir un peu de jugeotte elle! Quoique connaissant Europe, elle va trouver une personne encore mieux dressée que toi. »

Il griffa le comptoir sans s'en rendre compte.

« Je peux m'arranger avec ce petit con de Geisler si tu veux... »
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MessageSujet: Re: Suis moi je te fuis   Lun 11 Avr 2011 - 13:14

Devenir totalement irrationnelle ne perturbait pas Viviane, mais elle ne pouvait supporter d'être ainsi insultée alors qu'elle n'avait rien fait. Une conne hystérique ? Mais de quel droit il l'insultait ainsi alors que c'était lui qui avait commencé. Elle lui avait demandé gentiment de partir, il avait refusé, et voilà que maintenant, il critiquait tout ce qu'il pouvait. Étrangement, Viviane se sentait plus calme, avoir fait perdre sa légendaire apathie à son interlocuteur était follement amusant. Elle eut même un petit rire amusé, légèrement moqueur aussi. S'il pensait qu'il allait avoir le dernier mot, il se trompait. Lourdement.

« Tu sais, Antoine, haïr n'est pas une chose déshonorable. Je vous hais peut-être, mais je vous laisse en paix. Je ne lutte pas contre vous, je ne tente pas sans cesse de trouver des plans diaboliques pour vous insulter ou enfoncer un peu plus. Ne critique pas ce que tu ne connais pas. Tu n'es pas capable de la moindre émotion, de la moindre empathie pour qui que ce soit. »

Antoine semblait éprouver une haine absurde à l'encontre d'Europe, parce qu'elle l'avait battu aux élections. Mais si la volonté de la Tribu avait été exprimée, alors il n'y avait rien à dire, pas à se plaindre. Viviane ne gardait qu'un souvenir très vague de cette élection, elle ne se souvenait même pas de ce qu'Antoine avait pu dire, elle avait voté pour Europe parce qu'elle avait confiance en elle. À l'époque, la terreur régnait, alors la confiance, c'était quelque chose de primordial. Mais Antoine se trompait lourdement s'il pensait qu'elle était un chien à la botte de la Grande-Prêtresse, combien de fois avait-elle lutté contre Europe, contre sa manière tyrannique de décider les choses. Elles avaient même failli ne plus être amies. Antoine ne savait rien, mais il jugeait. Il jugeait sans connaissance de cause, ne se préoccupant que du culte, encore et toujours, prêtant une oreille attentive aux rumeurs les plus méchantes sans prendre la peine de se poser un tant soit peu des questions sur leur véracité.

« Tu juges mal Antoine, très mal. Tu ne fais plus partie de la Tribu, tu n'as pas la moindre idée de ce qu'il s'y passe. Je ne suis pas à la botte d'Europe comme tu sembles le croire, tu es bien mal informé. Et si je vis chez elle en ce moment, c'est simplement parce qu'elle peut m'offrir la protection dont j'ai besoin. L'Agent du Diable semble en avoir après moi et les miens, je lui ai échappé une fois, mais la prochaine fois que je le croise, qui sait ce qu'il adviendra ? Quant à ton départ, tu t'es proscrit tout seul. Jamais personne n'en n'a eut quelque chose à faire, c'était une défection de plus parmi tant d'autre. Si à l'époque, nous avons voté pour Europe, c'est parce que nous avions confiance en elle, tout simplement. Tu te souviens sûrement à quel point les temps étaient dangereux, à quel point nous avions tous si peur. Tu n'as pas été élu, et alors ? Tu auras pu t'en remettre, non ? On connaît tous des déceptions dans la vie, tu devrais le savoir ! »

Alors qu'elle était revenue au calme quelques minutes plus tôt, au fur et à mesure qu'elle parlait, Viviane s'enflammait à nouveau. S'il y avait bien une chose qu'elle ne supportait pas, c'était l'injustice. Et Antoine était on ne peut plus injuste. Il ne lui épargnait pas la moindre critique, même lorsqu'elle était sans fondements. C'était quand même terrible d'être à ce point intolérant, cruel et injuste ! Alors qu'il s'agrippait à son comptoir comme s'il voulait y prendre racine, elle tenta de le repousser d'une main mais il était bien campé sur ses pieds.

« Tu n'es pas venu pour te faire insulter ? Alors pars. Je n'ai pas demandé à ce que tu viennes, à ce que tu me proposes une trêve quelques jours seulement après la plus grande infamie de ta meneuse. Tu aimerais voir quelqu'un d'autre à ma place ? Mais je croyais que tu n'en n'avais plus rien à faire de nous, que nous étions dans l'erreur et plein d'autres conneries du genre. Puisque nous sommes si mauvaises, pourquoi tu ne nous laisse pas croupir dans notre merde ? Je me porterais mieux si tu n'étais pas là devant moi en ce moment. »

La dernière phrase d'Antoine fut une surprise pour Viviane. Il se proposait de s'occuper de Geisler ? Mais parce qu'en plus ce crétin pensait qu'elle n'était pas capable de s'occuper elle-même d'un petit inquisiteur insignifiant dans son genre ? Si elle était de mauvaise foi, elle ne s'en rendait pas du tout compte. La proposition d'Antoine était comme sa venue : déplacée.

« Tu viens de m'insulter de la manière la plus abjecte qu'il soit et tu me proposes ensuite de t'occuper de l'inquisiteur qui en a après moi. Tu te couvres de ridicule, je n'ai pas besoin de ton aide, je m'en sors très bien, merci ! Maintenant, tu vas me faire plaisir, juste un petit plaisir. Tu vas t'excuser pour tout ce que tu viens de dire. Je n'ai mérité ni ta colère, ni des mots aussi durs. Je t'ai demandé gentiment de partir avant que ça ne dégénère, tu n'as pas voulu, hé bien il est temps d'assumer maintenant... J'attends. »


Les bras croisés sur la poitrine, dans une attitude provocante, elle regarda Antoine droit dans les yeux et attendit.
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MessageSujet: Re: Suis moi je te fuis   Mer 13 Avr 2011 - 21:30

La réponse ne fut pas immédiate. Antoine avait trouvé des prises pour répondre, il pourrait expliquer plutôt que rentrer dans l'escalade des mots. Le tout c'était de retrouver son calme et un minimum de maîtrise de soi. S'il ouvrait la bouche tout de suite, il y aurait soit du fiel soit une infinie tristesse qui s'exprimerait, et il ne croyait pas en la compassion de Viviane. Ce n'était pas un homme qui aimait les joutes, c'était un homme qui préférait la paix et le recueillement. Il était prêtre, pas inquisiteur d'Olrun. Il n'était pas particulièrement blindé contre les paroles méchantes, à dessein ou non, de la Prêtresse.

Il laissa le temps pour les blessures d'arrêter de s'élancer, afin de pouvoir maîtriser son ton. Lorsqu'il rouvrit la bouche, ce fut avec un petit sourire, et un ton de maître d'école expliquant patiemment l'erreur à son élève. Une douceur absolue.

« Je n'ai jamais quitté ta tribu par dépit ou par caprice, j'ai quitté ta tribu parce qu'elle ne me convenait plus, parce que je ne m'y sentais plus chez moi. Le code imposé pour communiquer avec la Déesse était appauvrissant, il m'était devenu impossible de ressentir son assentiment... J'ai retrouvé dans le Lys la fraîcheur des premiers pas, j'ai retrouvé une position qui me convenait davantage... Mais s'il te plaît, ne me prête jamais l'ambition comme défaut. Je n'ai jamais eu aucune autre ambition que de servir Olrun. »

La déesse. Chez lui, seul la Walkyrie pouvait être nommée ainsi, mais la confusion restait entre Elle et la tribu qui portait son nom. Mais pour lui, l'Ancienne Tribu ne méritait plus de s'appeler tribu d'Olrun, elle avait visiblement perdu les faveurs de la déesse-sorcière en s'égarant dans une course au pouvoir par trop temporelle. Antoine Vaudremont avait les défauts de ses qualités: tenant farouchement à ses croyances et à ses positions, il était difficile à déchiffrer parfois dans ses réactions, car il mettait en premier des valeurs tout à fait abstraites et se moquait des conséquences matérielles. Son départ d'Olrun ne pouvait être que mal interprété: Antoine avait recherché la pureté et l'absolu. L'Ancienne Tribu y voyait de la trahison et s'arc-boutait sur cette interprétation.

« Je ne suis pas venu pour convertir, je n'attendais pas grand chose de cette tentative. Je suis venu proposer la paix, mais visiblement, la paix ne peut venir que d'un seul endroit, dans une seule direction, soit! J'espère juste qu'un jour vous vous souviendrez que nous sommes vos frères et soeurs et que nous vénérons tous deux Olrun. Pour l'instant, nous sommes exactement pareils aux inquisiteurs: nous nous pourchassons chacun pour « hérésie ». Tu crois qu'un jour nous ferons mieux que les chrétiens? Moi je l'espère. »

Les chrétiens dans cette guerre était un superbe exemple de ce qu'il ne fallait PAS faire entre confessions différentes. Bien que le modèle ne soit pas parfait, il était assez proche des Sorcières: il y avait un camp historique et traditionnaliste, et un camp qui s'était réformé récemment. Ce schisme avait abouti à une guerre entre sorcières. Le moment était peut être mal venu pour négocier une trêve, mais le moment était toujours mal venu pour la paix et la vérité. La tolérance n'était pas une valeur très répandue chez les humains, quel que soit les valeurs prônées par ses croyances. Antoine n'était pas plus tolérant que quiconque, il lui manquait beaucoup trop de souplesse idéologique pour ca, mais il aspirait à.

« Je suis venu en paix. C'est tout ce que j'ai à assumer. Qui a commencé notre dispute je me souviens plus, c'est peut être moi, mais en tout cas, aucun de nous deux n'est assez tolérant et ca tu ne me diras pas le contraire. N'est ce pas, ancienne soeur? »
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Vieille peau fripée à pustules
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MessageSujet: Re: Suis moi je te fuis   Dim 17 Avr 2011 - 19:28

La réponse d'Antoine fut lente à venir, et une déception. Il avait perdu toute combattivité et tenait des propos que Viviane trouvait pâles, insignifiants. Elle-même bouillonnait, l'entendre débiter autant d'âneries la mettait véritablement en rage. Que croyait-il en prenant ses airs supérieur et ce ton condescendant ? Il croyait qu'elle était dans l'erreur, elle était convaincue que c'était lui, un dialogue de sourds, soit, mais il ne fallait pas abandonner si vite, c'était trop facile sinon. Croyait-il vraiment qu'elle pourrait abandonner aussi facilement ? Viviane avait essuyé bien trop de tempêtes dans sa vie pour se laisser encore une fois emporter par le courant. Les comparaisons d'Antoine étaient malvenues, déplacées, tout comme sa présence dans cette boutique et sa prétention.

« Ce que tu ne comprends pas, c'est que ce n'est pas une question de tolérance, je n'en veux pas au Lys pour l'intolérance dont vous faites preuves à notre égard, je vous en veux pour vos actions, vos meurtres, les catastrophes que vous avez déclenchées. Je t'en veux, à toi, personnellement, de venir m'importuner dans un moment aussi difficile pour venir me proposer la paix si peu de temps après que ta Meneuse m'aient envoyée à l'Inquisition. Je te reproche de te mépriser de mon intolérance à ton égard alors qu'elle est justifiée. »

Son ton était de plus en plus calme, volontairement ou non, elle suivait la voie ouverte par Antoine. Mais ses propos n'en n'étaient pas moins forts, elle n'était pas prête à laisser tomber aussi facilement alors qu'il était venu la provoquer dans sa propre boutique. Parce que oui, elle voyait cette entrevue comme une provocation pure et simple. Antoine ne semblait pas comprendre la mesure de ce qu'ils avait déclenché en elle. Elle ne se laisserait plus ballotter au gré des événements, elle prendrait sa vie en main, et nul ne pourrait l'empêcher. Ça avait commencé par cette visite chez Plume, à l'encontre de toutes les règles imposées par Europe, c'était aussi la poursuite des leçons avec Narcissa, c'était également lutter contre le Lys, de toutes les manières possibles, pour leur rendre ce qu'ils méritaient.

« Tu nous compares donc aux réformés et aux catholiques, c'est bien cela ? Et selon toi, Olrun ce sont les méchants conservateurs qui refusent d'évoluer ? Mais là n'est pas la question, il ne s'agit pas d'évoluer, il s'agit de flirter avec les Forces du Mal, ce que le Lys s'amuse à faire. Désolée de ne pas cautionner cela, désolée de ne pas avoir envie d'éveiller des démons millénaires qui risqueraient de détruire la ville par simple ambition. Tu sembles oublier rapidement toutes les choses dont le Lys s'est rendu coupable, tu as une mémoire sélective. Je ne dis pas que nous avons été parfaites de notre côté, mais il y a des choses auxquelles on ne s'est jamais risquées. Tu ne peux pas nous reprocher de ne pas vouloir fouiller les plus noirs secrets de nos pouvoirs. »

Tandis qu'elle parlait, une idée émergea dans son esprit. C'était contre toutes les règles et terriblement tentant. Un moyen de régler ce conflit de manière définitive, de clouer le bec d'Antoine et de sa gueule de beau parleur. Elle le ferait pleurer, il implorerait son pardon à genou. Il s'excuserait enfin pour tout le mal qu'il avait fait en basculant dans le Lys. Viviane savait qu'elle était puissante, elle n'aurait aucun mal à mettre Antoine à terre dans un duel dans les règles de l'art. Il ne ferait pas le poids, c'était une certitude.

« Mais comme tu sembles l'avoir remarqué, cette conversation n'aura pas de fin, ni toi ni moi ne bougeront d'un pouce. Alors je te propose autre chose. Un moyen radical de mettre fin à cet éternel conflit. J'espère que tu auras le courage d'affronter les conséquences de tes paroles malvenues. Demain soir, minuit, à la Clairière, un duel, rien que toi et moi, pas de témoins. Nous nous affronterons, et le vaincu s'en ira en s'excusant et n'importunera plus jamais l'autre. »

Dans une posture de fierté orgueilleuse, Viviane sonda le regard d'Antoine. Il fallait qu'il accepte, elle était sûre de sa victoire, il lui devrait des excuses, ce serait un moment véritablement jouissif. Un sourire machiavélique s'étira sur ses lèvres. Oh oui, il allait payer ses paroles inconsidérées !
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MessageSujet: Re: Suis moi je te fuis   Dim 17 Avr 2011 - 23:27

Antoine resta figé un moment, visiblement déconcerté par la proposition. C'était des procédés plutôt grossiers. C'était comme si chaque dispute de ménage se finissait en combat de boxe dans la rue. Il fallait y rajouter une dimension supplémentaire avec l'utilisation de la magie, cela rendait les choses d'autant plus choquantes: le savoir dispensé par la Déesse n'avait pas à être gâché pour des duels qui ne servaient qu'à asservir d'autres pratiquants dans une relation de dominant/dominé, des buts purement égoistes et humains. La Déesse n'avait pas dispensé le Savoir pour rehausser les meilleurs sorciers, mais pour élever l'humanité. Ce duel était dégradant et hors de propos.

Mais...

Pourriture ! Tu n'es qu'une pourriture. || Tu n'as droit à rien, tu n'es rien. Tu as trahi les tiens. Ta femme en première, tu sais bien qu'elle n'aurait jamais accepté de suivre Alicia. || Je vous hais, tu entends ? JE VOUS HAIS ! || Tu n'es pas capable de la moindre émotion, de la moindre empathie pour qui que ce soit.|| Je me porterais mieux si tu n'étais pas là devant moi en ce moment.

Il n'avait pas le sang chaud. Mais il n'avait pas non plus un bon dos pour accepter autant de piques assassines. Il n'était pas un homme à cheval sur l'honneur, mais il estimait malgré tout que quelque chose avait été bafoué chez lui. Assez pour lui donner envie de finalement pratiquer dans le but de venger son amour propre. Cela dit, comment faire cela à la Déesse? Au nom de quoi? Il n'était son prêtre que parce qu'il s'imposait une certaine discipline, et plier son code personnel selon les occasions ne présagerait rien de bon pour la suite.

S'il avait été insulté lui tout seul, il n'aurait jamais trouvé de raison d'accepter, sans transiger avec sa discipline. Mais le Lys Noir avait été mêlé à la souillure dans le discours de la prêtresse. Il y avait là une porte de sortie.

Aucun de ceux de l'ancienne tribu n'acceptait que le Lys Noir était davantage conforme à Olrun. Ils confondaient respect avec immobilisme, et tendaient à croire qu'il fallait préférer la forme plutôt que le fond, et n'adaptaient pas les rituels. La Foi était une substance vivante, qui ne pouvait habiter dans des codes aussi rigides que ceux de la Tribu d'origine. Le vent du changement et du progrès avait saisi une partie de ceux qui avaient rejoint le Lys, loin des mégalomanes et apprentis sorciers décrits par les critiques. Olrun allait même jusqu'à emprunter le pire des inquisiteurs: la capacité d'accuser les autres confessions de deux crimes impardonnables: l'hérésie et le paganisme.

Hérétiques car ils prônaient un culte différent et une conception de la Déesse différente de la tribu d'Europe. Paiens car ils touchaient à l'au delà, un des tabous les plus puissants de toutes les sociétés, encore plus présent chez les sorcières que chez les incroyants. Tous y voyaient un sacrilège, aucun ne voyait la sublimation de la magie. Développer et agrandir l'héritage d'Olrun, faire plus que ce que la Walkyrie avait osé faire était un crime. Il ne fallait surtout pas capitaliser le savoir, il fallait le garder et le transmettre, le conserver jusqu'à ce que la poussière le ternisse.

Ce duel était peut être une chance de défendre la cause du Lys Noir.

La magie était un don de la Déesse. Il était évident dans l'esprit d'Antoine que celui qui serait le plus proche d'Olrun gagnerait ce duel. La Walkyrie favoriserait celui qui lui était le plus proche. Et celui qui lui était le plus proche avait raison.

Ce duel était une formidable occasion de prouver que non seulement Viviane mais aussi toute la tribu d'Olrun avait tort.

« Demain à minuit. Clairière. J'irais me reposer en attendant. A ce soir, Viviane. »

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Suis moi je te fuis

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