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 De peur que la nuit...

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MessageSujet: De peur que la nuit...   Mer 13 Avr 2011 - 19:10

La loi des séries débuta par l’ensevelissement des dernières salles de son cabinet de curiosité par une avalanche de lettres de refus, une annulation d’un voyage pour les bonnes œuvres dont la raison, en fut assez obscure pour en rester perplexe, et vers la fin de l’après-midi une dispute éclata entre Vicenç et sa femme, suffisante pour que leur fille décide de s’enfermer dans leur chambre en implorant la paix. Narcissa par prudence, décida de leur parler quelques heures plus tard et fut surprise de voir leur pièce vide. Rien n’avait été touché, pas même le grand lit où Constance aimait se réfugier. Par contre, sur la petite table de chevet, un papier froissé où était écrit qu’un étranger était avec l’enfant !

La piste de son ancien agresseur fut écartée, il se qualifiait hors de toute logique, par conséquent, l’enlèvement ne venait pas venir de lui. Cela ne pouvait qu’être un ou plusieurs ravisseurs connaissant toutes leurs habitudes ou de l’opportunisme. Donc, par expérience, elle décida de fonder un plan allant avec une grande partie des situations.
Elle fit les cent pas avec une respiration saccadée. Une personne plus sensible donnait plus de crédit aux menteurs lors d’une négociation et n’ayant pas de temps pour choisir ses hommes, il fallait y aller seule. Étant assez riche, elle pouvait prendre sa bourse pour les cas urgents. Pour sa protection : sa dague cachée dans un pli de sa robe noire, mais pour pallier à toutes les éventualités, avoir une autre dont on ne doutait pas de sa véritable utilisation ; comme pour un objet du quotidien. Depuis quelques semaines, une rumeur raconta qu’un cadeau pour sa mère de l’Agent du Diable, du poison pourpré retenu dans des cages en verre délicat… Oui, cela pouvait ressembler à du parfum ou encore de l’alcool ! Faire croire que c’est un tord-boyaux, si on la fouillait. Pour tenter et si cela était bien mené, la surprise d’une mort subite pouvait lui donner un avantage. Si Vicenç était déjà là, ils pourraient alors devenir maîtres de la situation, si on était avec des bandits.
Cependant, le monde serait bientôt alerté par l’absence de la famille tant aimée et tous les domestiques de ses appartements ne la laisseraient pas partir. Il fallait donc trouver au dernier instant un moyen de s’échapper. Elle mit le papier dans sa poche et se dirigea dans les quartiers de sa mère. Entrer en catimini fut simple, car tous ses serviteurs préparaient le souper. La jeune fille fouilla le bureau. Rien. Alors dans le petit salon. Néant ! La chambre ? Chou blanc ! Mais oui. Le salon commun tout à côté, une porte et… une fiole sur la petite table !
Des éclats de voix inquiétés résonnèrent. Non ! Il ne fallait pas qu’on la retrouve, on saurait de suite qu’elle cachait quelque chose. Elle se précipita pour prendre l’arme et ne fut pas étonnée de lire l’étiquette : « Pour Narcissa », puis couru vers une porte dérobée qui la mena dans sa chambre vide, prit une chaise et bloqua son accès. Quelques secondes plus tard, la poignée bougea furieusement. Le temps lui était compté. Elle ouvrit son armoire et tout en cherchant, cracha tout bas :


- Réfléchit ma petite, pour une fois ton esprit va servir. Voyons ma vieille, Romain t’a montré comment les poser, ces bonnes questions ! Bon sang, il est où ce manteau ?... Ah, voilà ma bourse. Allez on respire et on se concentre. Constance s’est réfugié dans sa chambre, l’un des parents ne l’a pas retrouvé et l’autre les a suivis à cause du papier… Cela tient la route. Courage ! Bon, soit les deux sont partis en même temps ou pas… Tu t’éloignes avec des détails, merde ! Constance quand tout va mal, où va-t-elle ? La maison abandonnée. Voilà, on commence par là, pour nos recherches, c’est une bonne base. La maison abandonnée. Tu vois quand tu veux ! Ah ! Te voilà mon porte-bonheur !

Narcissa l’enfila et entendit des personnes criant les prénoms des disparus et le sien. Elle reconnut sans peine Arramon hurler pour qu’on cherche en toute hâte Madame de Saint-Loup, car l’Agent du Diable venait de frapper. La jeune fille voulue presque en rire, c’étaient des malfaiteurs pas lui, il était beaucoup trop bête pour faire un piège ! Puis la porte donnant sur le couloir des domestiques bougea à grands coups. Grands Dieux, ils commençaient à ouvrir le verrou ! Elle devait faire preuve de ruse et de rapidité pour partir sans qu’on la remarque. Oui, mais comment ?

- Allez ! Voyons voir, il doit bien avoir une porte dérobée qu’on ne connaît pas. L’ancien propriétaire devait bien le fuir son fantôme ! Ma chambre est le « Cygne blanc dévoré par le Lion », la clef est le « cœur innocent » et ma statue est aveugle.

Elle regarda d’instinct le tableau au-dessus la cheminée. La Justice avec son doigt pointait une diagonale qui en la suivant conduisait à un rideau épais et très encrassé dont personne n’avait eu le courage de le toucher. Clac ! Il ne manquait plus qu’un tour avant qu’on la découvre.

- Non, non, non. Allez, on met les mains.

Elle se précipita sans bruit vers le rideau, le souleva et vit un médaillon d’un cygne pavanant devant un lion.

- Allez ! Trouve Narcissa. Je te fais confiance ! Bon sang !

Elle tenta de baisser le cou du cygne. Gagné ! Maintenant le lion était victorieux. C’était donc une allégorie sur l’humilité ? Cric ! Pouf ! Pouf ! Pouf ! Le tableau de la cheminée s’ouvrit, laissant échapper un courant d’air frais. Le chemin cherché par l’Enquêteur était donc, ici ?

- Si je pouvais, je m’embrasserais !

Clac ! Clac ! Le deuxième et dernier tour venait d’être exécuté. Plus qu’une poignée de secondes. Narcissa ferma le rideau, grimpa sur la cheminée, prit un chandelier, entra dans le passage et ferma le tableau au moment où tout le monde entra. Une main devant sa bouche, elle resta immobile.

- Partie avec son manteau fétiche et un chandelier maître Arramon. Comment a-t-elle pu nous échapper avec un tel attirail ?

Le maître partit en courant, hurlant de nouveau pour qu’on selle des chevaux. La jeune fille put pousser un soupir de soulagement et s’enfoncer dans le tunnel. Au bout de quelques mètres un escalier interminable, dont les murs étaient recouverts d’une collection de portraits plus effrayants les uns que les autres. Sans doute pour faire peur au fantôme, mais sa curiosité retint tous les détails parasites. Au pied de l’escalier, une série de couloirs, Narcissa fut heureuse d’avoir une bonne mémoire et par déduction –car les clefs aux énigmes furent dans les œuvres d’art- trouva, la sortie en poussa une grille, près de l’écurie. La nuit était déjà bien avancée, la lune jamais aussi brillante la prévenant que sa fuite ne sera pas reposante.
Sans chercher à regarder à l’intérieur, elle y entra telle une petite souris pour se glisser dans le premier box et fut décontenancée d’avoir retrouvé ce maudit Magellan. Quel manque de chance !


- Toi ! Je te préviens que cette fois-ci, tu vas m’aider. D’accord ? C’est une affaire de vie ou de mort, Magellan. Qu’est-ce que je fais ? Je parle à un cheval, maintenant…

Elle ouvrit doucement le box et jeta un regard dehors. Personne, calme plat et pas de chevaux, mais une capeline noire et très ample. Donc, on la cherchait activement depuis un bout de temps. Pas bon tout ça, mais le vêtement lui donnait une idée. Elle prit un tas de paille et forma un buste grossier avec de ficelle et le recouvrit de son manteau porte-bonheur, puis avec des cordes pour le positionner solidement sur la monture, et sure de sa solidité, elle se couvrit de la capeline, grimpa, positionna le vêtement pour faire croire qu’il y avait vraiment deux personnes et mit le cheval au pas vers la porte du Château, heureusement grande ouverte, quand un garde hurla.

- Garde ! À l’aide !

Alertée, elle poussa Magellan à exécuter un grand galop, réussit à le faire sauter par-dessus les hommes d’armes et prit le chemin inverse de sa destination, puis au bout de six cents mètres, tout en le laissant à ce rythme, la noble tomba sur l’herbe et poursuivit son chemin en courant dans les champs, dans la bonne direction. Sous peu, on allait la suivre ou la pister, au moins cela allait donner du fil à retordre, surtout que Magellan était un expert pour se perdre dans les recoins les plus dangereux qui soient et que les compétences de la noble dans la chasse lui servaient pour créer de nouvelles pistes. La maison abandonnée était loin et le temps manquait.

Courir. Courir. Courir encore. Penser à tromper ceux qui veulent vous aider. Les poumons furent en feu. Ses muscles se raidirent. Encore quelques centaines de mètres. Où étaient Constance, Isolina et Vicenç ? Les parents avaient peut-être déjà retrouvé leur enfant et seraient à la maison donc toute cette cavalcade n’aurait servi à rien ? Et si l’Agent du Diable n’était pas là, maintenant, en train de courir pour la tuer ? Elle n’avait plus aucune protection, loin de toute présence humaine.

De peur, elle s’arrêta net et regarda autour d’elle. Les herbes étaient suffisamment hautes pour se cacher. Paniquée, elle courut de plus belle. Pourquoi avait-elle décidé d’y aller seule ? Maintenant sa seule protection était cette maison abandonnée ! Une pièce avec des meubles lourds et une porte ! Oui, il lui fallait que de ça. Des meubles et une porte ! Des meubles et une porte ! Au bout de cinq minutes, elle arriva à destination et ne put retenir un frisson. Agée de quelques siècles, peu de murs n’avaient pas été rongés par les termites et il n’y avait plus de porte d’entrée. Vicenç lui avait dit que la pièce adorée de sa fille avait un vitrail. Narcissa compta, un étage, puis première porte à gauche.


- Courage, tu seras bientôt en sécurité. Une porte et des meubles.

Elle entra, prit sa dague, fit attention aux trous dans le sol, mêmes choses pour l’escalier, et poussa presque soulagée la porte grinçante, il ne manquait plus que des meubles. En voyant la pièce, elle recula de deux pas, posa une main sur sa bouche pour ne pas crier et une autre tient son ventre, tant la douleur fut lancinante.

La dague tomba sur le sol en rebondissant…

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MessageSujet: Re: De peur que la nuit...   Mer 13 Avr 2011 - 22:57

Allait il prendre un ton emphatique en chantant: « Meeeeee voiciiiiiiiii! »?

Allait il surgir de nulle part en faisant « bouh »?

Ou bien resterait il tapi dans l'ombre à lancer un glacial « bonsoir »?

Ce soir, l'Agent du Diable se sentait d'humeur guillerette et théâtrale, il avait envie de fêter ca. Plus que jamais, il était insaisissable et insaisi, alors qu'il était de plus en plus spectaculaire et donc vulnérable. Plus que jamais, il était un mauvais acteur qui dérangeait l'ordonnance du spectacle des vies de Forbach, et son oeuvre se construisait de plus en plus nettement au fur et à mesure qu'il empilait les cadavres en cathédrale. Pour preuve: le goût avec lequel il avait disposé les cadavres de Vicenç, de sa femme et de son enfant. Pour chacun une façon de tuer différente, une position différente qui donnait au final un aspect d'exhibition macabre et glauque. Si l'on ne comprenait pas la beauté dans l'édifice et bien... peu importe. Le Maître de toute façon ne s'en formalisait pas.

Autant joindre le futile à l'utile.

« Je t'ai manqué ma petite? »

Il passa en coup de vent très proche d'elle et d'un entrechat envoya valser la lame dans un endroit inaccessible, encore un tourniquet et il était proche des cadavres, à jouer le domestique en livrée qui faisait les présentations.

« Maître Vicenç, il y a ici une visiteuse qui voudrait vous parler que dois je dire? »

Il tendit l'oreille et bien évidemment, rien ne vint. Le masque n'indiquait aucune mimique, mais l'Agent du Diable agissait avec force hochement de têtes comme si on lui disait une réponse d'importance, ajoutez à cela des « hmm » lancés du fond de la gorge, la scène devenait grotesque, avec le cadavre du serviteur qui donnait des ordres à son assassin.

« Il me fait savoir qu'il aimerait que puisque vous êtes venue, il serait bon que je vous guide à mon tour vers son lieu de retraite définitif. »

Aucune référence aux précédent épisode, qui avait pourtant de quoi marquer: Narcissa avait risqué le viol, et l'Agent du Diable avait risqué la mort. Comment avait il survécu à une balle et une chute de plusieurs étages, le mystère n'allait certainement pas être dévoilé, mais toujours est il que Narcissa de Saint Loup avait laissé un goût d'inachevé dans les projets de l'Agent. Le Maître avait laissé carte blanche, mais la conscience professionnelle de l'Agent du Diable exigeait de finir le travail commencé.

Quittant les trois cadavres alignés, l'homme masqué ou le démon dissimulé alla vers Narcissa et montrant le manche en ivoire d'une navaja acérée. Ceci était évidemment l'arme choisie pour le final du spectacle: petite, mais d'un goût exquis et très efficace malgré tout. Arrivé à portée de bras, il dissimula un peu son couteau, et tendit le bras pour prendre quelques mèches rousses, exactement le même geste que la dernière fois:

« Ne vous en faites pas, j'ai toujours envie de vous, ma belle fleur rousse... mais cette fois j'accomplirai mes projets sur votre cadavre, nous éviterons une intervention inopportune et vous verrez qu'en fin de compte, vous n'aurez pas mal. Pour votre première fois je ne serais pas un barbare. »

A travers son pantalon, un léger gonflement indiquait que ce n'était pas tout à fait de la fanfaronnerie. Il était réellement prêt à accomplir ce qu'il disait. On le savait capable de toutes les atrocités, il était normal de croire qu'il était capable de toutes les perversions. Il resta à un bras de distance de Narcissa et puis il dit:

« Et bien ma chérie? On a peur? Il ne faut pas, je serais doux vous verrez... »
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MessageSujet: Re: De peur que la nuit...   Jeu 14 Avr 2011 - 19:10

La vision des cadavres, penser qu’ils avaient été ces plus fidèles soldats, se souvenir de la promesse faite à Constance que jamais l’Agent du Diable ne les toucherait, ressentir le vide béant qu’ils laissaient. Tout était de sa faute. Une douleur intense se forma dans le bas ventre et tel un javelot, la transperça avec une force extraordinaire qui l’immobilisa quelques pas plus loin prés d’un mur dont le torchis tomba en poussière. Le visage tordu par la douleur, le corps tremblant, elle voulait demander grâce, mais aucun son ne sortait. Le sol était mouillé de petites flaques de larmes. Plus l’Agent du Diable parlait, plus le supplice devenait insoutenable, lui coupant parfois la respiration. Narcissa chercha désespérément un point d’appui tant elle se sentait partir.
Il s’approcha d’elle, à bout de bras lui caressa les cheveux. Sa belle fleur rousse trembla de plus belle ayant maintenant compris ce qu’un viol signifiait. Elle voulut supplier de ne pas la toucher quand il lui expliqua que son cadavre n’aurait pas mal, aucune barbarie. Ayant vu son imagination lâchée dans ses pulsions perverses, la jeune fille se convainc d’un mensonge et baissa les yeux. Non ! Non ! Non ! Il ne mentait pas, il s’apprêtait vraiment à le faire. Elle ferma les yeux, désirant avoir la foi de sa mère et pleura davantage. Il lui demanda de ne pas avoir peur, car il serait très doux.


- Pitié ! Je vous en prie !

Si elle courait ou se défendait, il la rattraperait et la torturait. Aucune échappatoire, sauf… Une chose tant désirée lors de ses moments pénibles, mais dont l’amour l’empêchait de faire. Aux portes de la mort, elle comprit que ce geste deviendrait un regret et la plus belle erreur de sa vie, s’il n’était pas accompli. Cela lui donna du courage, elle avait peut-être une sortie de secours et un de ses rêves qui se réalisait. Cette personne sous masque avait oublié un point important dans toute tragédie : la surprise avant le dernier acte, celle qui bouleversait tous vos plans quand la victime était encerclée par les flammes. Pour une fois, son arme se retournerait peut-être contre lui ! Bien meilleure actrice, Narcissa se redressa plus digne pour sa dernière tirade et tapa dans ses mains de plus en plus fort, son visage devint presque froid. En fin de compte, par le choix qu’il avait donné à sa mère, il lui en avait aussi donné. Suicide-toi ! Ne lui laisse pas ce plaisir ! Suicide-toi ! Et reste digne pour ta dernière révérence. Elle s’arrêta net, le regard vide et pendant qu’une main cherchait la fiole pourprée, avec une voix portante et claire, elle lui déclara :

- Vous avez toujours été hésitant, Monseigneur. Entre le poison et le couteau, votre cœur a balancé. Je me suis ennuyée. J’ai choisi.

Avec rapidité, elle ôta le bouchon, but une partie de la fiole et lança le reste sur son agresseur. Un silence de mort, une impression de vertige et tous ses souvenirs qui refirent surface, un à un, dans un ordre chronologique parfait. Et puis plus rien, le néant. Ainsi mourut Narcissa de Saint-Loup, la petite fille qui tenta de tuer le monstre de son conte de fées.

Sauf qu’on ne lui avait jamais dit que la mort ressemblait à un échiquier de marbre immense, léché par des vagues, entouré d’une mer ténébreuse où à la place des pions, posés sans logique, de sombres boules de cristal de tailles variables, mais gigantesques semblaient être animées par d’étranges lumières mouvantes. Narcissa mit quelques secondes pour retrouver ses esprits et tenta de trouver de nouveaux repères, en se pinçant très fort.


-Aïe !

Un poison n’avait pas ce genre d’effets, mais une potion si. D’instinct un seul nom vint à son esprit : Hélion. Exaspérée, elle murmura :

- Ce soir, tu t’es surpassée ma grande. Deux ennemis dans la même soirée. Tu es cuite.

Mais où était-elle ? Dans une autre dimension ? Chez les esprits ? Dans un des royaumes des élémentaires ? Ou ailleurs ? Son instinct de survie lui demanda avant de chercher l’Agent du Diable car, il devait aussi être touché par le sort et aurait-il d’autres informations. La jeune fille commença son exploration.

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MessageSujet: Re: De peur que la nuit...   Sam 16 Avr 2011 - 10:45

L'Agent du Diable resta un moment en suspens, puis lâcha sa lame qui tinta par terre en un son cristallin. Il se palpa l'abdomen comme pour s'assurer que les tripes étaient toujours là, et visiblement il n'était pas mort. Mais l'impression était si bizarre qu'il ne se sortit pas tout de suite du crâne qu'il était mort. Il resta cloué par la stupeur durant une longue minute, ne comprenant absolument pas comment ni pourquoi il était sur cet échiquier noir nuit et blanc neige, sans soleil ni lune, avec une mer opaque qui délimitait les bords.

Ce n'était plus le Monde, ce n'était pas le Domaine du Maître, et ça ne ressemblait pas au « paradis ». En tout cas, c'était profondément étranger à sa nature. Quel était ce lieu sans lumière naturelle, sans courants d'air et avec une température dont on ne pouvait pas dire si elle était chaude ou froide? Bien qu'il n'ait jamais eu l'impression d'être profondément attaché à toutes ces beautés de la création elles lui manquaient maintenant, comme des repères nécessaires.

Son dernier souvenir conscient était la potion qui avait touché le tissu et traversé les vêtements. Il s'en souvenait d'avoir ressenti être mouillé, puis ici... La potion! Cette petite roussette était la cause de cette transition brutale. Il chercha à récupérer la navaja qui était tombé à terre.

Il ne la retrouva pas. Sur le sol uni bicolore, il ne pouvait pas la rater pourtant. Elle semblait s'être volatilisé au contact du sol. L'Agent du Diable eut peur tout d'un coup, lui qui avait rit à la face des inquisiteurs, du Loup de la Reine, de Forbach et de tout ce qui existait entre le Ciel et la Terre. Allait il se volatiliser aussi?

Il bondit vers la fille comme s'il ne lui restait plus qu'une minute à vivre et l'agrippa sans ménagement par les épaules en la secouant:

« QU'AVEZ VOUS FAIT? »

C'était plus un sifflement de vautour qu'une voix humaine, qui plus est fortement marqué par la panique. Il devait sortir, ne serait ce que pour finir le travail qui lui était fixé mais aussi parce qu'il voulait ressentir la vie autour de lui.

Créature de la Mort, l'Agent du Diable n'existait qu'en opposition par rapport à la Vie. Dans ce monde occulte, qui n'accueillait ni l'un ni l'autre, il n'existait plus.

Il tournait la tête en tous sens à la recherche d'une sortie quelconque, un portail, une anomalie qui lui permettrait de sortir de cet échiquier obsédant, et les eaux noires qui entouraient la partie lui flanquaient une peur panique, comme si le moindre contact était fatal ou que des monstres marins les habitaient.

Une sortie, chercher la sortie, trouver la sortie, prendre la sortie, sortir par la sortie, sortie, sortie, sortie...

Des sphères étranges surgirent des dalles blanches, illuminant d'une lueur douce les alentours. Autour d'elle, une neige lumineuse et pétillante se déversait sur le sol, où elle se volatilisait au contact des dalles. Aucune image ne se dessinait sur elles, juste un brouillard laiteux...

L'Agent du Diable n'avait aucune idée s'il s'agissait de dangers supplémentaires ou de planches de salut. Il secoua Narcissa par le coude, en disant:

« Cékwaca? C'est vous la sorcière, dites moi ce que c'est! Et sortez moi de là! »

Toute pensée de meurtre semblait s'être volatilisée en même temps que la navaja.
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MessageSujet: Re: De peur que la nuit...   Sam 16 Avr 2011 - 19:19

Faillible était le premier mot que son esprit murmura. Le monstre de ses nuits semblait si fragile depuis que la peur avait ancré son esprit, moins dangereux, comme de l’eau dormante. Il la secouait rongé par la panique et hurlait avec une voix surnaturelle. Qu’il soit humain ou non, pour une fois, ils jouaient avec les mêmes armes. Dans un tel cas, beaucoup de ses sœurs l’auraient rabaissé davantage, profitant pour lancer des remarques assassines et terminant par un air victorieux et écrasant. Comme Hélion quand elle réussissait son coup. Quoique… Une voix envoutante, lente, extrêmement suave, profonde, martelant les mots comme une sentence fit son entrée, la jeune fille parla :

- Qu’ai-je fait ? Je savais que j’allais mourir et je ne voulais pas partir avec un seul regret. Le suicide en aurait été un. Je pensais que cette fiole était du poison, pas une potion.

Son crime ? Vouloir mourir sans souffrance et rapidement, malgré que sa maladresse ait coûté la vie à trois êtres chers. Sa sentence ? À première vue, être torturée de toutes parts lentement, trop lentement, et ensuite mourir par les mains de ses ennemis. L’un après l’autre. Ce qui donna un désir fort de crier sa tristesse, de plus, s’il n’avait pas fait faire ce choix à sa mère, rien de tout cela ne serait arrivé. Elle serait maintenant dans les bras de son père pendant que son agresseur s’amuserait avec son corps, un sort de moindre importance, car loin de toutes souffrances. Sans doute qu’avec cet imprévu tous ses plans avaient changé. Grands Dieux !

- JE NE SUIS PAS UNE SORCIÈRE ! J’ai juste ce PUTAIN DE DON ! JE N’AI PAS EU LE CHOIX de suivre cette voie ! Alors, ne me dites JAMAIS plus que j’en suis une ! JE LES HAIS, À CET INSTANT, AUTANT QUE VOUS ! Vous savez quoi ?

Par une manipulation de deux doigts sur le bras de son agresseur qui dégagea son coude de son emprise, la jeune fille voulut le frapper, mais n’ayant jamais aimé faire du mal, elle se retint. Elle le regarda désolée d’avoir eu une telle pensée et ressentit une grande compassion pour lui, car vivre dans la vengeance d’une sorcière était un coup terrible. Mais cela ne supprima pas le goût amer de cette nuit.

- Si vous étiez plus consciencieux, vous sauriez que mon Maître était l’un de mes pires ennemis ! NOUS SOMMES DANS SA VENGEANCE ! À cause de VOUS ! Si vous n’aviez pas eu ce penchant pour les choix, JAMAIS ON N’AURAIT ETE ICI ! SALOPE D’HÉLION ! C’est de ma faute ? Mon, mais JE CROIS RÊVER ! ESPECE DE CRETIN ! TOUT EST DE VOTRE FAUTE ! Madame de Saint-Loup je connais toutes vos habitudes ! Et VOUS n’êtes même pas capable de voir la dangerosité des ennemis qui sont autour de vos victimes ? VOUS N’ÊTES QU’UN CRÉTIN ! JE suis une force imprévisible hors de toute logique ! MON ŒIL ! Mais bon sang, c’était prévisible de se dire que si le marmot n’était pas mort, il viendrait forcément avec le poison ! COMMENT N’AVEZ-VOUS PAS VU QUE JE VOULAIS MOURIR ? N’avez-vous pas senti que je me cramponnais à tout et n’importe quoi ? Et si vous pensez que vous n’êtes pas un crétin, alors ne m’appelez plus sorcière. ET JE NE SAIS PAS OÙ ON EST ! Je ne suis que l’Apprentie.

Trouver une sortie ? Il n’y avait pas d’horizons, de lumière, de vie, de sons, d’indices… Peut-être dans les souvenirs ? Et pourquoi devrait-elle l’aider ? En restant dans ce lieu, Forbach venait d’être débarrassé du plus terrible tueur en série de son histoire. Si elle devait se sacrifier, c’était un bon prix pour un peu de tranquillité, ce village malgré tout le méritait bien. Sauf que c’était par un sort d’Hélion et cette femme pourrait s’en servir pour gagner du crédit par mis ses sœurs, encore une fois ! C’était donc ça ?
Par contre, s’ils sortaient tous deux (ou qu’il sortait avant elle) et que tout reprenait comme avant, sa mort pourrait servir. Ses nouvelles amitiés soutenues par les trois personnes qu’elle chérissait le plus auraient assez de colère en eux pour vouloir se venger rapidement. Elle pouvait compter sur sa mère, sa tante et David, enfin elle espérait malgré les derniers événements. Ils ne devaient pas la laisser seule ! Et au moins, Hélion n’aurait pas davantage. Personne ne saurait pour la potion. Il y avait d’autres options, stratégies et choix, mais la jeune fille avait pris sa décision.


- Voilà, je ne connais pas ce sort, mais j’ai quelques informations. Je pense que si nous nous unissons, nous pourrons nous en sortir et reprendre le cours du temps. Comme vous savez, j’ai un Maître, Hélion, qui a une passion pour torturer les plus faibles. Ce sort prouve que c’est pour avoir plus de crédit par mis les autres. Et justement, j’ai entendu parler de son ancien Apprenti qui est devenu fou, mais qui m’est resté introuvable. Je n’ai pas réussi à savoir son nom et où il se trouvait, mais j’ai entendu des bruits sur un mot qu’il répétait tout le temps : « labyrinthe » et qu’il avait des blessures qui ne correspondaient pas à son environnement. Je crois que nous sommes dans le même cas que lui, mais dans une mesure plus grande puisque nous sommes tous les deux emprisonnés. Mais où ?

Narcissa se tourna vers une boule et tenta de la toucher. Ni douce, ni rugueuse, ni chaude ou froide, mais au contact de la main la surface se gondola.

- Une chose, les seules sensations que j’ai vraiment senties ont été quand je me suis pincée et quand vous m’avez secoué. C’est vraiment étrange…


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MessageSujet: Re: De peur que la nuit...   Dim 17 Avr 2011 - 15:08

L'Agent du Diable n'était pas vraiment assez rétabli pour remettre la petite à sa place, mais il nota soigneusement tout ce qu'elle dit pour lui resservir plus tard. Son discours était incohérent, elle était capable de dire qu'elle voulait mourir à tout prix et qu'elle se cramponnait à la vie à tout prix, elle expulsait une colère brute qui ne l'atteignait qu'à moitié, de toute façon trop préoccupé par comment sortir d'ici.

Il faudrait sortir avec la fille. En cet instant, il ne savait plus si c'était une bonne ou une mauvaise chose, s'il valait mieux qu'elle meure maintenant dans ce lieu fantasmagorique ou bien privilégier la sécurité et la tuer dans le monde physique. Sentant que ce n'était pas le moment de décider de cela, il acquiesça par défaut: ils sortiraient tout deux.

« Normal que vous ayez voulu me tuer. Normal que vous ayez voulu mourir. Tout homme et toute femme finit un jour par le faire. Mon rôle n'est pas de purifier l'humanité mais de montrer que tout homme et toute femme est par essence mauvais, que le Bien n'existe pas. En ce sens ma petite apprentie vous avez parfaitement réagi selon mon plan. »

Il approcha à son tour sa main mais retint son geste:

« Voilà pourquoi je ne me contente pas de planter sans panache une personne par jour. Voilà pourquoi je fais de telles mises en scènes, et je rajoute des choix cornéliens par dessus: pour prouver qu'entre le Bien et le Mal, il n'existe qu'un seul camp, avec plus ou moins de dégradés. »

Il toucha à son tour la sphère, mais à travers les gants, il fut difficile de dire la sensation ressentie. Il retira son gant, dévoilant une main qui ne disait rien sur son propriétaire, et toucha de nouveau. Cette isolation sensorielle le rendait de plus en plus malade. Si ça se trouvait cela faisait depuis plusieurs minutes qu'il ne respirait plus, que le sang ne circulait plus dans son organisme.

« Rêvez pas trop. Vous n'aurez pas ma mort sur votre conscience: elle vous soulagerait beaucoup trop. A tout de suite fillette! »

Il lui toucha les épaules, sans violence pour une fois, et il plongea dans la boule, en y faisant disparaître les bras, puis la tête, le reste du corps bascula naturellement. Il n'y avait pas plus de sensations à l'intérieur qu'à l'extérieur, mais tout l'extérieur était d'un blanc aveuglant.

***
Connaissez vous la Chute?
***

Ce fut face contre terre que l'Agent du Diable atterrit par terre. Il grogna de surprise et de douleur. Douleur. Sensation de douleur. Il ressentait le choc dans les os et la légère douleur. Il ressentait... Il respira à fond, sentit de l'air poussiéreux s'insuffler dans ses poumons avec un délice visible. Il inspira un plein paquet de poussière qui le fit tousser comme jamais, arrachant son masque. L'Agent couvrit le visage de ses mains le temps de finir d'évacuer la poussière, puis ramassa vite fait le masque et le remit en place. A priori personne n'avait pu le voir.

Dans ce paysage d'ailleurs personne n'aurait pu le voir. Il huma longuement l'atmosphère...

« Hmmmm... Destruction. »

Toutes les couleurs visibles oscillaient du noir au blanc en passant par tous les gris. Des nuages de tempêtes bloquaient la lumière du ciel, laissant l'observateur seul au milieu d'un autre paysage fantasmagorique, mais beaucoup plus chaotique et rassurant que l'ordonnance noire et blanche obsédante de l'échiquier d'avant. C'était bel et bien un toute autre univers que l'échiquier et que le monde physique qu'ils avaient quittés. Dans cet univers, il y avait la chaleur et le froid, le vent et la pluie, la douleur et la peine. Il y avait des sensations

Mais c'était bien plus que des sensations qui rassuraient l'Agent du Diable. C'était surtout un sentiment d'être chez lui ici.

Aucun arbre ne semblait jamais avoir poussé ici. A la place, un sol étrange, qui n'était ni du roc, ni de la terre. Des tas de métal rouillé encombraient le milieu du passage enfin de la... de la... L'Agent du Diable devait lever les yeux pour bien se rendre compte. C'était autant de cadavres de bâtiments alignés et brisés, signes proscrits d'une puissance ancienne qui avait dû dominer cet univers. Tous avaient été touchés, tous avaient été décapités, éventrés, torturés d'une telle façon que toute ces monumentales aiguilles n'étaient plus que des ruines tristes et pitoyable. Il était...

Au milieu de la... rue?

Non ca ne pouvait pas être une ville. Cela ressemblait plutôt à un rassemblement de monuments incompréhensible qui avait proclamé le génie, le travail, et tout ce que l'humanité avait de meilleur. Une anomalie incompréhensible qui échappait tout à fait à l'Agent du Diable, mais pas tant que ca, car il retenait une chose.

Ces bâtiments avaient un jour représenté le meilleur de l'humanité. Ils avaient tous été brisés, abîmés, voire détruits. Ils avaient chuté.

Cet univers, c'était un peu ce que l'Agent du Diable prédisait depuis tant de temps. La fatalité pesait sur cet endroit avec la même force qu'un poignard qui pénétrait au cœur.

L'Agent du Diable était heureux ici. Tout simplement. En continuant de se tourner sur lui même, il finit par voir le seul autre être vivant de l'endroit:

« Oh, vous êtes toujours là ma fille? En tout cas, bienvenue... chez moi. »
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MessageSujet: Re: De peur que la nuit...   Dim 17 Avr 2011 - 20:09

En parfait mouton, elle fut subjuguée par un berger charismatique. L’esprit de la jeune fille, senti le changement, voyant des traces de vérité et laissa propager plus rapidement le sens de tous les propos de l’Agent. Chaque réflexion la conduisit à une conclusion. Il avait raison. Elle n’avait jamais trouvé une personne juste et bonne, même son père et sa mère avaient tué. Son frère avait sans doute torturé et laissé des amis brûler sur le bûcher. Sa tante n’avait pas protégé ses sœurs chéries quand elles furent condamnées. La mère de David était coupable elle aussi. Sa famille même avait menti, tué, pillé, volé, violer, torturer et commit d’autres atrocités. Les gens qu’elle avait aidés avaient aussi engendré des crimes qui les avaient conduits à de terribles ennuis. En jetant la fiole sur lui, elle venait de prouver qu’elle n’était pas une personne juste. En voulant sa mort, elle se mit au niveau de tous.

Et tout cela pourquoi ? Pour que leur monde reste tel qu’ils le désiraient. Ils en souffraient et restaient aveugles. Il n’y avait pas de personnes parfaites. Il n’y avait que des égoïstes et les personnes aimées, que des reflets d’eux-mêmes. Après tout, elle avait bien vu en David des blessures qu’elle-même portait. Sa mère et sa tante ne voyaient en elle qu’une version miniature d’un moi plus innocent. Romain et Louisa la nostalgie d’une jeunesse écoulée. On observait tout cela dans leurs regards, la jeune fille l’avait senti et ignoré, car elle aussi désirait plus que tout fermer les yeux pour vivre dans un monde avec le moins de noirceur et de souffrances. Sans aucun signe de chute. Une partie de son esprit lui avait souvent soufflé que cela ne fût qu’une question de temps avant de sombrer définitivement. Que Narcissa de Saint-Loup n’avait jamais été prévue pour durer.

Car la Chute avait toujours été une vieille amie ignorée et combattue. Narcissa ayant toujours lutté entre la vie et le désir d’en finir. L’amour était une force puissante, mais dans sa courte existence, elle ne prit qu’une forme de chaîne. En vérité, elle se cramponnait parce que les autres s’attachaient à elle. Elle les avait repoussés de toutes ses forces un moment ou un autre. Mais ils revenaient toujours, avec des intentions et des gestes plus désirables, des visages plus aimables et de doux mots chantés comme une berceuse. Oui, ils l’avaient plongé dans un rêve de chaleur rassurante, de vie paisible loin de tout mal et persuadé qu’elle était une personne bonne, aimante, douce et gentille. C’étaient des sirènes et par leur faute, la voici en plein naufrage.

Et c’est aussi pour cela qu’elle voulait tout détruire en elle. Elle voulait se purifier. Ne plus ressentir cette culpabilité de ne pas avoir trouvé la faille avant que Constance ne s’y glisse pour se réfugier dans la maison abandonnée et plus tard ses parents. Ils étaient morts par sa faute. Elle était aussi coupable que son entourage.

Son Maître avait raison.

Et voici sa vraie mort et sa chute.

L’apprentie courue à la suite de son Maître pour tomber violemment sur un sol inconnu. Sa première respiration fut la plus douloureuse, comme si l’air s’était transformé en millier d’aiguilles plantées dans ses poumons. Elle poussa un cri sourd et lamentable qui se répétait tristement dans ce paysage désolé. Un fort tiraillement parvient dans tous ses muscles pour aller dans ses nerfs et dans ses os. Tout était trop vivant, les couleurs jamais aussi vibrantes. À plat ventre, elle regarda autour d’elle et vit le travail de ses ancêtres, ceux à venir et ce qui en restera. Un champ de ruines, léché, nettoyé, digéré par les éléments. Comme si la Destruction n’était que l’estomac de la Chute. Cette vision d’horreur dépassa les prévisions du Maître, car elle parut totalement abattue. L’édifice Narcissa de Saint-Loup s’effondra pour de bon, elle était désormais une ruine.

Depuis le début, on lui avait menti. Son père, sa mère, sa famille, tout le monde. On lui avait appris que l’Homme était au centre de tout, avait vaincu les éléments, maitrisant le plus grand pouvoir de la création : le temporel. On lui avait expliqué que tous les travaux de sa famille pour élever l’humanité resteraient toujours et à jamais. On avait modelé sa personnalité pour devenir un des ventres qui porterait les futurs dirigeants du monde, rester aussi douce et obéissante qu’un agneau, puis avec le temps une matriarche sévère et froide comme les pierres de ces monuments délabrés. On lui avait dit qu’il y avait un Bon Dieu pour les protéger, un Bon Dieu miséricordieux, un Bon Dieu pour veiller sur eux et assurer leur pérennité. Si cela était vrai, jamais elle n’aurait été dans l’esprit de l’Agent du Diable. Jamais elle ne serait devenue son apprentie. Jamais la Chute n’aurait existé et encore moins la Destruction. Elle comprit que sa vie n’avait été qu’une mascarade, que sa bonté avait été un reflet d’une peur de s’accepter. Mais qui était-elle vraiment ?

Elle se releva en prenant appui sur ce qui semblait être une longue tige en métal d’une fondation. Pour se diriger en titubant vers le Maître. La pluie la nettoya de la poussière. Au message de bienvenue, elle lui répondit avec une voix dépossédée :


- Non Maître, une partie de la Vérité. Il ne reste plus rien de moi, désormais. Échec et mat. Ma vie n’avait été qu’une mascarade.

Un filet de sang caressa le long de son index, perlant sur son ongle. Cela lui donna une sensation de bonheur.


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MessageSujet: Re: De peur que la nuit...   Lun 18 Avr 2011 - 22:58

Personne ne put voir le sourire de triomphe sous l'éternel masque de l'Agent du Diable, mais pourtant il était présent et appuyé. Il aurait converti au moins une personne dans toute sa mission, c'était un objectif secondaire par rapport à ses objectifs initiaux, mais le remplir lui apportait un grand sentiment de contentement. Il se rapprocha jusqu'à poser une main paternelle sur l'épaule de l'adolescente.

« C'est bien, ma petite. Je n'en attendais pas autant. »

N'était ce pas normal pourtant, dans ce lieu de perdition consumée? L'Agent du Diable le sentait: ceux qui portaient la marque du Mal prospéraient ici, tandis que ceux qui ne la portaient pas souffraient mille tourments jusqu'à basculer du côté du plus facile. Il subsistait une certaine vibration dans ce monde, comme un acouphène qui perçait les oreilles jusqu'à l'âme et fragilisait sa structure jusqu'à ce que la pourriture s'y installe et qu'un symbiote prospère.

« Enfin tu comprends. »

Enfin tu comprends la noirceur de l'Homme. Enfin tu comprends que la condamnation n'est pas à venir, et qu'elle est encore moins évitable. Elle est déjà en action, à broyer l'humanité. Que l'on se donne quelques siècles encore et tout serait fini. Pour un homme c'était long quelques siècles, mais à l'échelle de l'Homme, ce sursis n'en était pas vraiment un.

« La Chute est effective. La Condamnation existe déjà. Mais pour s'accomplir il faut recruter des agents chargés de la précipiter. Toi et moi sommes les instruments du destin désormais. »

Il n'y avait pas des masses d'Agents il était vrai, et ceux qui existaient étaient pourchassés farouchement comme des bourreaux désarmés. Mais il n'y avait pas besoin d'une armée d'agents pour que l'humanité se consume elle même, tout comme il n'y avait pas besoin de payer toute une foule pour déclencher une émeute: quelques agitateurs suffisaient, et les hommes prenaient le mouvement. A la pointe de leurs lames, les Agents du Diable déséquilibraient l'humanité pour qu'elle dévale elle même dans le précipice.

« Nous les Agents sommes obsédés par la Chute: notre mission est de renverser l'humanité, de la mener à une auto-destruction qui signerait le retour du néant. Cet univers a dû connaître la Chute, des Agents ont dû agir par ici, admire donc leur travail. »

A vrai dire, lui même était abasourdi par la masse de dégâts et de ruines qui jonchaient l'endroit. Il fut soudain saisi d'une sensation grisante, qui lui fit accélérer et dérègler les pensées.

« Remercions le Maître de nous avoir permis d'avoir vu cela. »

Il retira son capuchon, dévoilant des cheveux gris et repoussants de graisse et de saleté, et mit un genou à terre dans la poussière qui se souleva dans un léger nuage de cendre autour de son genou. La tête baissée dans on ne sait quelle communion, il ne resta pas plus de quelques secondes dans cette position.

« Mais nous avons désormais un travail à finir dans notre monde d'origine. Nous devons sortir. »
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MessageSujet: Re: De peur que la nuit...   Mer 20 Avr 2011 - 17:22

Elle avança et rêveuse caressa les carcasses d’un monument.

- Oui, nous avons beaucoup de travail à accomplir, Maître. Je ferais tout pour vous être digne. Si seulement nous avions pu commencer par mon Monde, Maître. Vous auriez pu admirer ma Chute ! Il ne reste que le Néant, maintenant. Je le sens, oui il est bien là, partout. Je me sens chez moi, enfin.

Un tourbillon ténébreux se forma dans le ciel, avalant l’inanimé. La lumière devint de plus en plus forte et brûla tous les édifices. Les ruines se désagrégèrent en millions de particules qui se mêlèrent à la poussière des cendres. Pour ne laisser qu’une toile d’araignée géante et luisante flottant dans les airs. Au-dessus d’elle, un vortex de lumière et en dessous, le gouffre du Néant. L’apprentie aux pieds nus et son Maître tenant en équilibre, l’un en face de l’autre.

- Que de désillusions ! J’ai toujours été fasciné, Maître. J’ai toujours eu ces ténèbres en moi, mais j’avais trop peur. Je ne voulais pas m’accepter tel que je suis. C’est chose acquise maintenant… Mais nous avons besoin d’une sortie et ce monde n’en possède pas, puisque tout fut avalé par le Néant.

Suivant l’énergie nouvelle qui l’habitait, la jeune fille commença sa danse, plus gracieuse que jamais. La toile s’affaissa d’un coup. Ils étaient entourés d’une centaine de danseuses aux pieds nus, d’origines et tenues différentes, bougeant au même rythme. Sur les fils coupants, leurs pieds suivaient un chemin précis. Chaque pas ensanglanté créait de nouvelles filandres. Chaque création fut accompagnée de notes d’une musique inédite guidant les prochains gestes. Les mouvements des bras et des mains firent avancer plus rapidement le Néant au-dessus d’eux. Puis quelques étoiles clignotèrent formant une fresque de leurs aventures. Un astre lumineux qui n’est ni lune, ni soleil s’alluma doucement. Une lueur bleutée les caressa. Certaines formèrent la végétation à partir de milliers de petits prismes, d’autres le vent par leur souffle, l’eau par les larmes et le feu en frappant des mains et des pieds en cadence sur le sol en toile d’araignée composé de motifs compliqués comprenant les nouveaux éléments de cette nature : la Chute, le Néant, le Chaos, le Mal et l’Acceptation.

- Bienvenue dans mon Nouveau Monde.

L’apprentie s’arrêta et respira à plein poumon. On entendit le premier soupir. Ainsi, les danseuses se transformèrent en des créatures étranges comme des chevaux aux longs museaux pointus et aux dents visibles et acérées, oiseaux aux ailes aussi fines que de la porcelaine, d’humains longilignes d’une grâce surnaturelle, esprits aux couleurs opalescentes, salamandres, sylphes, ondins, insectes…

- La Chute peut agir maintenant.

Elle se promena et admira son travail.


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MessageSujet: Re: De peur que la nuit...   Sam 23 Avr 2011 - 17:38

L'Agent du Diable n'était plus sûr de rien. Suspendu au dessus du vide, sur un fil d'araignée aussi coupant qu'un rasoir, qui entamait sérieusement ses bottes, avec des créatures inconnues et incontrôlées qui dansaient la sarabande autour de lui... Par où cet univers avait il basculé? Il avait cru retrouver un moment la bonne vieille sensation que procure les lois physiques et la normalité des sensations. Ici, de nouveau, il ne sentait plus l'air qu'il respirait ni la température qu'il faisait. Mais l'isolation sensorielle n'était pas aussi forte qu'avant: il ressentait quand même la précarité de la situation et l'inconnu tout autour de lui. L'univers n'était plus aussi accueillant.

« Ton nouveau monde? »

Une toile d'araignée qui se rompait sous ses pieds et des créatures fantasmagoriques à l'aspect repoussant autour de lui. Et le vide sous lui opaque et sans fin, qui l'appelait... Ce vide, c'était ce qu'il prêchait, ce qu'il invoquait et sa façon d'expliquer les choses à la plupart de ses ouailles, la Chute était pour l'Agent du Diable ce que l'Ascension était pour les prêtres illuminés. Précipiter les hommes dans l'abîme au lieu de les tirer de leur fange.

Mais pour une fois, c'était lui que le néant appelait.

« NOON PAS LA CHUTE!! »

Il trébucha tout à fait et ne dut sa survie qu'à un instinct méprisable qui lui fait agripper le câble au dernier moment. Les gants empêchèrent qu'ils ne se fassent une blessure cruelle. Mais la pire blessure n'était pas dû au danger, ni à la peur qui en découlait, mais à l'intense humiliation qui le brûlait intérieurement: lui qui prétendait précipiter dans le gouffre toute l'humanité, alors que c'était son tour, il gémissait et refusait comme tout un chacun. Il était l'Agent du Diable, il était le prêtre, le prophète et l'inquisiteur du Maître, il n'avait pas à craindre le néant et l'abîme, il aurait dû être au dessus de tout ca.

Mais le Maître n'était pas présent ici, il se fichait bien de qui finissait dans ses mâchoires. Peut être était ce la même chose dans le monde d'où il venait. Plusieurs morts, une seule destination, quel que soit les états de services de la personne. Non, la chute n'était pas pour lui, il ne la voulait pas, il avait encore du travail à faire ici.

« Ma petite, tu t'es trompée. »

En passant comment avait elle pu changer ainsi cet univers? Etait ce parce qu'elle était sorcière? Le Maître l'avait prévenu qu'elles avaient quelque chose en plus à cause de leur savoir hérité de la Walkyrie. L'héritage d'Olrun donnait des possibilités fascinantes dans ce monde hostile et onirique, et présentement, c'était l'Agent du Diable qui était désavantagé: lui ne pouvait pas changer la réalité de cet univers.

« Ce n'est pas ici que la Chute doit s'accomplir, c'est dans ton Monde d'origine. Ne commence pas par ton maître, mais par ta famille: ta mère, ta tante, ton chien, tous ceux que tu aimes. Moi c'est ce que j'ai fait en tout cas, et ce n'est qu'à partir du moment où les yeux de ma mère se sont ternis que j'ai pu enfin me consacrer à la tâche qui m'était dévolue. »

Il essaya de se rétablir sur le fil, mais c'était loin d'être aussi simple que sur une corniche. S'il allait plus au centre, il pourrait reposer sur plusieurs travées de fils et non plus un seul. Il arrêta son discours le temps de remonter la toile puis à force de tentatives éreintantes, réussit à remonter sur la toile et ne put faire autre chose que rester allongé, haletant comme un chien épuisé.

« Ne fais pas les choses dans le mauvais ordre, rentrons d'abord dans notre Monde. »

Un cri d'animal précéda un coup de bec cinglant au bras de l'Agent du Diable.

« Ne les laisse pas m'approcher! »
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MessageSujet: Re: De peur que la nuit...   Dim 24 Avr 2011 - 0:51

- Je voulais vous montrer mon monde et je l’ai senti si fort qu’il est venu à nous. C’est peut-être ce qui se passe aussi pour l’enfant emprisonné dans le labyrinthe. Un monde en emmène un autre jusqu’à l’infini. Mais ce n’est pas une façon prudente de construire un tel sort. Les conséquences seraient catastrophiques. Il doit donc avoir une sortie définitive à chacune des pièces que nous explorons. Mais comment la trouver ? Quel est le lien ?

Intriguée, la jeune fille s’approcha d’un des étranges chevaux. Timide, elle toucha son long museau, sa peau d’ébène était si douce, sa chaleur si réconfortante qu’une grande tristesse l’envahit. Une si belle et noble création serait traitée par d’autres yeux comme une monstruosité. Si seulement les gens pouvaient voir autrement ! Elle se força à tenir une respiration lente pour se calmer. Son intuition lui indiquant qu’il avait une grande utilité dans ce monde, alors curieuse, elle décida de mettre en pratique une des plus importantes leçons d’un Apprenti : communier avec les êtres et son environnement. Si seulement la nature du petit village n’avait pas été hostile à se confier comme une intelligence méfiante, car ayant ressenti son manque d’humilité et son empressement à tout savoir allant presque au manque de respect. Si seulement dans la pratique, elle avait un don ! Comment faire ?
La seule différence fut que dans le regard de cette créature, on pouvait presque toucher son immense dévouement, son amour profond et une grande confiance. Il en était si beau, si pur, loin de toute trace de mal que malgré son nouveau chemin, elle en fut touchée et humble. Tremblante, elle ferma les yeux et suivit simplement ce que dictait son cœur. Ces quelques minutes furent sa plus belle expérience sachant la route à suivre en tant que fille spirituelle de l’Agent du Diable. Il avait fait le bon choix. Heureuse et souriante, elle se retourna et constata un trou béant sur la toile et son Maître haletant. Comment pouvait-il avoir peur ? Il était protégé.


- C’est un tisseur de rêves, il est là pas pour vous tuer, mais pour réparer votre manque de foi causant des dégâts sur la tapisserie. C’est la création la plus puissante de ce monde. Si vous le traitez avec respect, vous aurez tout. Sinon vous récolterez de l’indifférence. Il ne vous a pas remarqué, c'est pour cela que vous avez reçu ce coup. Je suis là pour vous protéger, vous ne risquez rien. Il y aura toujours quelque chose pour se raccrocher. Toujours mon Maître.

Elle héla le tisseur et s’éloigna de l’Agent puis écouta les nouveaux enseignements avec une modestie touchante. Une forte envie de prouver sa volonté de le suivre la poussa à faire ce geste fatal.

- Pourquoi avoir peur d’une conséquence du Néant ? Puisque nous sommes ses enfants, nous ne serons pas oubliés. Notre vie de misère et de peine le prouve, Maître. Le Néant tel une mère protège ses dévots et distribue ses bienfaits. Qui vous dit que cette toile existe vraiment ? Qui vous dit que nous ne sommes pas de simples pensées d’un être différent ?

Elle s’éloigna de quelques pas et souleva un fil.

- L’amour n’a été pour moi qu’une illusion comme la vie. Nous sommes comme le Néant. Nos yeux fermés alors notre être est plongé dans un rêve doucereux, mais une fois entrouvert, tout se termine. Nous existons pour le provoquer afin qu’il ouvre les yeux. Rien de mieux que les cris de nos victimes !

Une série de cages d’argent apparue.

- J’ai été aveugle et j’ai recherché dans l’autre que le reflet de moi-même. L’être le plus aimé n’a été que celui qui représente un miroir digne de mon intérêt. Je comprends qu’un meurtre aussi personnel puisse avoir plusieurs symboliques, après tout nous sommes tous différents. Si je vous disais que j’ai compris cette leçon, vous seriez dubitatifs. Après tout, l’humain est menteur par nature ! Alors, admirez mon Maître. Pardonnez mon style, c’est ma première fois. Mais je veux absolument vous prouver la foi que j’ai en vous et en notre mission.

En tapant des mains, des personnes apparurent d’abord étonnées et en voyant l’Agent du Diable, leurs réactions allèrent de la terreur pour Narcissa jusqu’à trouver un moyen de sortir pour les autres.

- Nous avons ma mère, mon frère et son père, ma tante … Oh ! Le reste de ma famille aussi, j’ai toujours voulu faire leur compte… Quelques nouveaux amis et des anciens… Je pense que cela sera suffisant pour commencer. Voyons voir… Chut !

Le tisseur s’approcha et mordit le poignet de la jeune fille. A la place d’un sang rouge comme la vie, un ruisseau noir couvrit sa main. Ainsi bénie, elle frappa un barreau de chaque prison. Une fumée dense les recouvrit. Tous hurlèrent de les épargner avant de se plier en deux dans de terribles souffrances.

- S’ils avaient vu la Vérité, ils auraient été honorés. Quelle tristesse ! Oh, mon frère est le plus coriace. Tsssss ! Il sera comme votre mère, une véritable révélation. Je le tuerais alors par la force de la nouvelle foi. Je me sens si bien ! Vous avez raison, on ne sent prêt que quand on a effacé tout ce qui nous retenait.

Avec un sourire carnassier, elle caressa de nouveau sa prison et un filet ténébreux entoura David pour le comprimer. Il a fallu attendre quelques minutes pour être frappé par le silence. Toutes les personnes qu’elle avait connues furent atrocement assassinées.

- Trouvons la sortie maintenant. Je me sens prête. Toutes les personnes que j’ai pu connaître sont mortes pour moi. Elles n’ont plus de sens. Je suis nouvelle maintenant.

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MessageSujet: Re: De peur que la nuit...   Mar 26 Avr 2011 - 22:39

L'Agent du Diable n'était pas un grand théologien, ni un philosophe, ni un quelconque penseur. Bien qu'il ait fondé une école de pensée aussi sombre que ses habits, elle ne tenait que par quelques bouts de ficelles et de grands mots dans lesquels il mettait tout ce qui lui passait par la tête. Il était capable d'abstraction mais il n'était pas non plus capable de démêler l'écheveau chaotique de ses pensées, et de les organiser en un système cohérent et classifié. En fait, tout ce qu'il se passait dans sa tête portait la marque du Chaos: incohérence, néant, violence élémentaire, désordre parfait. Ce que les autres gens, dits normaux, appelaient folie. Mais c'était cette folie qui avait fait de l'Agent du Diable un Elu. Et cela n'avait pas de prix.

Mais il y avait une contrepartie: s'il ne voulait pas sombrer définitivement dans le chaos qui le caractérisait, être victime de sa propre malédiction, il lui fallait absolument une réalité concrète et rassurante pour pouvoir s'ancrer quelque part sans être mis en pièces. Il lui fallait un monde qu'il connaissait, prévisible, du sang rouge qui coulait, des choses qui n'apparaissaient et ne disparaissaient jamais sans transition, et par dessus tout, un sol en terre et un ciel étoilé. A la limite un soleil pourquoi pas. Mais pas un édifice arachnéen et un environnement noir éclairé d'on ne sait où, avec des créatures inconnues, et des images éminemment symboliques qu'il fallait décrypter. De toute évidence, la petite apprentie y arrivait et agissait comme si elle était chez elle, mais l'Agent du Diable était profondément nerveux, et pas parce que le spectacle était malsain.

Il était nerveux car il se sentait partir en pièces, et il ne resterait plus cohérent très longtemps, même si la notion de temps ici était difficile à cerner.

Il avait déjà perdu la logique qui aurait pu lui permettre de bien suivre les longues phrases de l'adolescente. Il ne notait même pas à quel point les pensées de celle ci pouvaient être noires, plus que certaines des siennes. L'esprit clair de Narcissa détruisait les traces de l'ancienne jeune fille avec beaucoup plus d'efficacité que l'Agent du Diable et son esprit instable ne l'avaient jamais fait. Peut être était elle la prochaine Elue...

Cela dit, il y avait une chose fondamentalement différente entre Narcissa et l'Agent: l'Agent n'avait renoncé à personne comme venait de le faire Narcissa, il avait certes sacrifié des connaissances sur l'autel du Mal, mais elles n'étaient que ceci: des connaissances. Même son père était une connaissance. La rousse était encore très humaine, même dans sa cruauté naissante.

« … J'ai rien compris à ce que tu as dit, mais c'était beau. »

La rousse était encore trop humaine. L'Agent du Diable, pas tout à fait humain, avait fini par apprendre les chemins tortueux de l'homme avant la Chute, mais jamais après. Il n'y avait jamais eu d'après. La petite Saint-Loup était la première qu'il voyait, d'où l'incompréhension globale.

« Dans toute cette cohorte, je ne vois pas ton père, c'est étrange. Tu ne l'aimais pas? Chichis et tralala? Romplonplon et p'tit choucas? Borguenazluktenistoromakrilitchikinavi? »

Le reste des paroles fut encore moins articulé, puisque l'Agent du Diable se mit à gazouiller comme un pinson, puis croasser comme une corneille. Il ne prenait pas encore de poses, mais il semblait délirer sec, pris dans un véritable naufrage de l'intelligence. C'était justement le danger qu'encourait l'Agent du Diable à rester trop longtemps hors de la réalité: son esprit fragile se délitait vite, et sortait en premier le plus superficiel: son sens du théâtral.

Soudain il cessa de se donner en spectacle, et ressembla plutôt à un homme qui essaie de se réveiller en vain.

« Il faut rentrer... Cet endroit m'est hostile... je dois rejoindre le Maître. Suis ton maître petite... Je dois rentrer chez moi... »

Le tisseur de rêves regarda de son oeil indéchiffrable l'Agent du Diable, puis battit d'une aile silencieuse. Le décor sembla se désagréger et changea de couleur, prenant une couleur jaune sable assez soutenue. Seul resta une sorte de plate forme qui se transforma comme un château de poussière, dessinant la forme d'un autel avec quatre cornes sur les coins. Une poussière jaune se fixa sur les habits de l'Agent du Diable, sur sa tête, et tout l'environnement autour n'était plus qu'un maelström de sable chaotique où seule la zone où se tenaient les deux visiteurs était calme. C'était impressionnant, mais pas de quoi paniquer, du moins pas pour l'Agent du Diable qui se sentit regagner de la vigueur et de la lucidité.

Et enfin, le nouveau « chez moi » de l'Agent du Diable se dévoilà d'un coup comme un rideau qui s'ouvre: outre l'autel, il y avait désormais une fournaise à deux mètres derrière, qui crachait une chaleur infernale, à peine supportable de là où ils étaient. Par réflexe, l'Agent du Diable mit son bras en avant pour se protéger de la lumière et de la chaleur. Ce qui lui permit de voir qu'il portait une brassière en or. Interloqué, il se tâta et se regarda de pied en cap: il était couvert d'un habit de cérémonie complexe fait à base d'or et d'un tissu vraisemblablement ignifugé, il ressemblait à un évêque ainsi paré, ou à un grand-prêtre quelconque.

« Moloch! Moloch! Moloch! Moloch! »

Il leva les yeux vers devant: une foule de croyants venaient tout juste d'être révélé par les retombées de poussières, et il se tenaient avec une ferveur mystique face à l'autel surélevé, où l'Agent du Diable et Narcissa de Saint Loup se tenaient l'un en face de l'autre. Ils attendaient quelque chose d'imminent. Un sacrifice?

Evidemment. Moloch était celui à qui on sacrifiait les enfants premiers nés, par le feu. Sauf qu'il n'y avait aucun enfant ici.

Mis à part...
Narcissa.
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MessageSujet: Re: De peur que la nuit...   Sam 30 Avr 2011 - 17:37

Un petit matin blafard bercé par la ferveur de statues de sable priant autour d’un autel doré. Le vent violent portait les stigmates d’un passé révolu tout en éloignant les flammes d’un bûcher. Les dévots dansaient en tapant des pieds et chantaient en cadence. Moloch ! Moloch ! Moloch ! Brûle tes premiers-nés ! Moloch ! Moloch ! Moloch ! Donne-nous ta lumière, nous te l’offrons au feu ! Moloch ! Moloch ! Moloch ! Viens à nous ! Moloch ! Moloch ! Moloch ! Quelques-uns s’approchèrent de l’adolescente et lui prirent bras et jambes pour la poser sur la grande pierre blonde afin de la préparer au sacrifice. Un prieur prit un couteau et lui entailla le front, le sang aveuglant coula dans une petite coupelle d’or pour être partagé et but par tous. Elle ne se plaignit pas, ne bougea pas même avec une douleur lancinante, ni se débâtît sachant que sa fin ne pouvait qu’être proche. Lutter aurait servi qu’à perdre du temps. Car si l’Agent avait implanté dans l’esprit de son apprenti les graines de la Chute ; la jeune fille de son côté tentait de le convertir à sa nouvelle foi. Elle devait pour ce qui lui restait encore mieux le comprendre, coller à sa personnalité, montrer ses faiblesses plus en profondeur, prouver qu’elle était la seule de son côté sans compassion, mais avec admiration et enfin, laisser faire ces fidèles pour ne pas donner au Maître le temps de la réflexion.

- Connaissez-vous la raison de ma tristesse ? C’est que vous ne m’avez jamais entendue. Mes mots peuvent vous toucher, tout n’est pas perdu. Écoutez les paroles d’une mortelle ! Je vous en prie pardonnez-vous ! Avant de mourir, je vous en prie, mon Maître. Soyez absolu dans la lumière autant que dans les ténèbres !

Ses mains et ses pieds furent attachés. Ses cheveux roux semblaient prendre flamme sous la lumière contrairement à sa robe dont la noirceur l’aspirait. Il fallait être plus théâtral, l’Agent du Diable n’étant qu’un personnage tragique. Avec une plus grande sérénité, elle continua :

- Tout homme dans sa vie fait sa traversée du désert. J’ai commencé la mienne à la mort de mon père. La chaleur assèche et transforme tout en poussière. L’espoir est notre eau, les mirages sont si nombreux. Nous pensons que nous n’avons rien, mais nous nous trompons. On nous aime, pardonne et soutient. Mais nous pensons que les ténèbres nous ont frappés alors que c’est le soleil à force de le regarder qui nous a aveuglés. Le chemin du reste de notre vie est à nos pieds, mais quelque chose en nous, nous retient. Nous devons changer, Maître. Sinon, nous mourons tous. Voici notre Chute si nous n’évoluons pas ! Maître changez, il est temps !

Un serviteur souleva délicatement sa tête par les cheveux et lui ouvrit la bouche. Un autre prit une coupelle remplie de sable, plus que quelques secondes avant qu’elle meure étouffée.


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MessageSujet: Re: De peur que la nuit...   Jeu 12 Mai 2011 - 23:09

La caractéristique de l'Homme est de pouvoir changer, voire de convertir en profondeur sa nature, transformer le mal en bien. On appelait ce changement la rédemption. L'Agent du Diable n'en était pas capable, et n'était même pas fait pour cela. Il ne souhaitait pas connaître le Bien et ses apports, et n'en voyait pas l'intérêt. Il avait déjà vendu son âme au Diable depuis longtemps, et Dieu n'annulait les contrats que de ceux qui le souhaitaient. Or, les Démons ne se convertissent pas. Même sous cette enveloppe, l'Agent du Diable se considérait moins comme un humain que comme un agent des puissances infernales.

L'appel de Narcissa s'écrasa contre sa carapace sans y faire un seul doute. De ce point de vue, ce fut un échec total. Il n'avait même pas un sentiment quelconque qui le liait à cette nouvelle « disciple »: pas d'affection, ni de sentiment de devoir envers elle. Aucun autre lien que la volonté entre eux, telle était la réalité d'une relation maître-élève dans l'apprentissage de la Chute: aucune émotion positive ne devant exister chez un agent du Diable, chaque individu ne pouvait être plus qu'un individu, et aucune relation ne pouvait exister entre un agent du Diable et quelqu'un.

Et il était remarquablement dénué de sentiment à ce moment précis.

Il fut cependant contrarié lorsque la torture se fit plus précise et que l'on prétendit étouffer Narcissa, une sorte de déformation professionnelle le fit intervenir, dans un tourbillon de breloques.

« Mais non bande de barbares! Il ne faut pas l'étouffer avant de la griller! C'est trop doux! »

Il arracha l'entonnoir de l'officiant. Il semblait soudain qu'il n'aurait pas pu faire de gestes plus maladroits, et il s'en rendit compte à la colère qui lui explosa à la figure. Il avait visiblement violé un tabou quelconque, accompli un sacrilège des plus grave. L'Agent du Diable ne chercha pas à comprendre, il frappa au visage avec une force de forgeron le premier prêtre qui lui porta la main dessus. Et le deuxième.

Ce fut la foule elle même qui en une grande clameur outrée se lança à l'assaut de l'autel surélevé.

L'Agent du Diable était coincé entre la fournaise et un foule en furie complètement lâchée. Il savait les sommets de violence dont était capable une foule en colère. Et c'était bien quelque chose qu'il ne voulait jamais connaître, et une de celles dont il avait peur. Il fit plusieurs pas en arrière, et arriva à la hauteur de Narcissa. Au niveau où il en était, il avait davantage à gagner en la prenant qu'en la laissant. Il tendit un bras vers elle et la serra comme dans des serres.

Un reste d'habitude civilisée faillit lui faire dire d'avoir confiance. Mais heureusement, il s'abstint de commettre pareille bêtise. De toute façon, il ne savait pas du tout ce qu'il faisait. Il le faisait parce que c'était la seule issue possible entre les fidèles ivres de rage et la mort.

Des deux morts, ce fut la fournaise qui fut choisie. Il y bascula avec l'adolescente.

La chaleur fut certainement trop intolérable pour même être sentie, pensa l'Agent alors qu'il s'enfoncait dans la cuve de bronze. Puis alors que la chute se prolongeait, il dût se rendre compte que ce n'était pas ça. Quasiment habitué à ce jeu de saute mouton dimensionnel, il associa la fournaise à la porte de sortie de ce monde là.

Dommage, j'aimais bien être Grand-Prêtre de Moloch.

La pierre faillit lui faire éclater le crâne. Poussant un long gémissement et se tenant la tête entre les mains, il lui fallut dix secondes pour refaire le point. Et remarquer un coin de ciel bleu pétant. Et les herbes rêches autour. Il se tourna vers le côté assez lourdement, encore groggy.

« Mais où est ce qu'on est encore tombé foutredieu de merde? »
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MessageSujet: Re: De peur que la nuit...   Lun 30 Mai 2011 - 22:28

Son Maître avait fauté en bâtissant une religion et de l’adoration aveuglée. Lui qui avait reproché à l’humanité son inconscience en se moquant des moutons, avec une force et une passion exemplaire, à la première occasion, se transforma en Veau d’Or cliquetant, vaniteux et bête. Est-ce qu’il se rendait compte d’être devenu l’être détesté ? Pensait-il seulement à sa cause ? Était-elle justifiée ? Où étaient les cadavres dans son monde apocalyptique ? L’humanité était-elle vraiment condamnée ? Dans ce projet pharaonique, où étaient la place et le rôle de la jeune fille ? Que pouvait-elle faire ? Qui était-elle vraiment ? Pourquoi l’avait-elle suivi ?

Depuis sa plus petite enfance, des choses surnaturelles se passaient, l’inquiétude de sa mère et son désir de la protéger lui créa rapidement des complexes : n’étant pas comme les autres jusqu'à croire à être un monstre. Le besoin de cacher sa nature sorcière à toutes les personnes adorées démontrait qu’on ne pouvait pas l’aimer comme elle était, puisque sa naissance la condamnait aux flammes, comme Moloch en ce moment même. En fait, en voyant l’Agent courir dans le brasier, son apprentie voulut en rire, mais se ravisa, ressentant pour lui un profond respect, comprenant que si on cherchait en l’autre son semblable, il y avait des personnes qui comprenaient qu’on pouvait se ressembler et être différents. Chercher la perfection est la belle erreur, il fallait s’accepter, comme autrui et vivre selon sa foi (peut importe en quoi ou pour qui). Elle réalisa en cet instant qu’il ne correspondait pas à son envie d’absolu ni à ses nouveaux idéaux.
Retenue par les serres de Moloch, la jeune fille commençait à comprendre que sa mort approchait. Vivre dans ce brasier devenait périlleux, car ce qui restait d’humain en elle prenait flamme et lui mangeait plus de force. Elle ferma les yeux pour ne plus ressentir cette pression causée par la chute… Elle partit en fumée comme le brasier…
Dans son monde, dans leur cage argentée, le sang des gisants goutait, tombant sur l’immense tapis arachnéen en complétant à jamais son dessein, car de nouveaux éléments naquirent : pardon, humilité, patience, intelligence, imagination, créativité, foi et amour. Puis le silence avant l’aube, des grondements de l’océan pour l’aurore et des îles sortirent des eaux pour se transformer en continent quand le soleil fut au plus haut. Tous avaient leurs particularités, ses créatures, faunes, flores, magies propres. Chacun portait un des prénoms de ceux qui avaient péri. En détruisant ses illusions d’une façon toute symbolique, l’apprentie ignora qu’elle venait de s’offrir le plus beaux des cadeaux. En voulant embrasser la nature d’un autre être, elle avait sans le vouloir, fait sortir la sienne de la stagnation. Mais cela avait un prix. Chaque sort en avait un. Et ce dernier qui avait englouti une majeure partie de sa force vitale commençait à avaler l’énergie qui retenait son esprit à son corps. Il ne lui restait que peu de temps à vivre. Son esprit eut toutes les peines du monde pour ramener nos voyageurs sur un continent vierge comme pour pouvoir donner à la jeune femme une forme humaine. Certaines parties semblaient se désagréger en lumière douce. L’Agent du Diable s’écrasa sur un sol presque aride.
Grâce à son mal-être, sa culpabilité et ses complexes, le Mal avait trouvé un chemin pour s’implanter, détruisant tout sur son passage. Les ténèbres avaient un continent, le premier. Celui qui permit avec le sang des personnes aimées de créer son monde, sa lumière en la transformant. Le Mal était devenu son allié et ami.

Elle savait d’instinct que la terre à sa gauche était sa mère, que celle de droite sa tante, derrière elle Sarah et devant elle Ethan. Mais elle était incapable de nommer le sol que nos deux compagnons foulaient. Pourtant, plus le temps passait, plus ce continent devenait encore plus verdoyant et grandiose que les autres. Narcissa sans en comprendre la raison l’aimait de plus en plus et le continent lui répondait par de nouvelles créations plus audacieuses, elle faillit en pleurer de joie. Mais, ce qui lui restait de corps l’appela à la raison, la sortie de ce sort était peut-être le sacrifice d’un des prisonniers ? Elle s’approcha de l’Agent et décida de lui donner quelques conseils et observations :


- Le Mal est entré en moi, mais comme vous, je l’ai embrassé. Il est devenu mon allié et comme la lumière, je sais l’utiliser. Je voudrais vous prouver que votre vie aussi n’est qu’une mascarade, que vous ressemblez bien plus à nous par votre avidité et cupidité. Je comprends aussi que vous soyez trop pris par votre folie pour vous en rendre compte. Et le temps nous manque.

Elle ferma les yeux pour respirer une dernière fois les embruns.

- Je sais grâce à vous qu’avec ou sans un corps, je continuerai à vivre. Le Mal m’a prouvé que même n’ayant plus de corps, on est toujours avec ceux qu’on aime, qu’on ne les quitte jamais et qu’on veille sur eux. Je sais aussi comment faire pour les protéger et me protéger. Vous m’avez montré le chemin pour savoir donner ce dont l’autre a besoin pour grandir. Je suivrais mon chemin, il ne changera pas. Je veillerai sur ceux que j’aime bien mieux qu’avant, puisque je me suis débarrassé de toutes mes illusions. Je verrais aussi l’être humain comme il est et plus comme je voudrais qu’il soit.

Elle se redressa et sentit que le temps était venu de partir.

- J’ai tenté de vous montrer un chemin pour changer, il n’est pas trop tard. Oh ! Quand vous reviendrez dans notre monde, méfiez-vous de cette phrase « pour Narcissa », car ennemis ou amis, cela peut vous tuer comme vous sauver. Nous sommes en ce moment même les meilleurs exemples. Et pour ce mal-ci…

Elle pointa de son doigt, une île couverte de nuages épais et grisâtres où tout tentait de se construire, mais il y avait toujours une force qui l’empêchait : les grêlons, inondations, ouragans…

- Pour ce mal qui aura beaucoup de difficultés à guérir, je vous pardonne. Oui, cette terre est l’une de vos œuvres, vos dernières victimes, et représente ma culpabilité de n’avoir pas pu sauver cette famille qui avait été là pour moi. Et…

Devant eux, un rideau d’eau apparu. On pouvait distinguer sans peine le couloir de la maison abandonnée et leurs corps immobiles baignés d’une lumière crépusculaire. Celui de la jeune fille était très abimé : sa tête couverte de sang comme son bras droit entaillé par des crocs d’une bête inconnue, ses chaussures étaient plus foncées par endroits (signe que ses pieds ont bien été blessés) et par-ci par-là des brûlures encore fumantes sur sa chair, d’ailleurs sa robe brûlait à certains endroits.
Mais l’Apprentie se sentait happée par quelque chose de plus agréable. Son regard se tourna vers une lumière plus forte et belle sans éblouir, au bout, quelques silhouettes familières d’êtres disparus lui tendant les bras : Vicenç, sa famille, son père heureux et souriant. Ses craintes confirmées, elle se tourna vers son Maître et d’une voix inquiète, lui expliqua :


- Je ne sais pas si elle vous conduira dans votre monde ou le nôtre. Le sort m’a volé ma force. J’ai assez d’énergie pour tenir l’ouverture et sauver qu’une personne. J’ai fait mon choix : c’est vous. Le temps est compté. Dépêchez-vous ! Car vous n’aurez plus de nouvelle chance.

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MessageSujet: Re: De peur que la nuit...   Mar 7 Juin 2011 - 23:09

« Par l'enfer, quand est ce que vous me lâcherez les basques avec votre hystérie mystique? Je suis qui je suis, je fais ce pour quoi je suis fais.  »

Ces appels répétés au changement commençaient à lui échauffer les oreilles, surtout que ces paroles, obscènes dans la bouche d'une petite fille de quatorze ans, lui passaient largement au dessus. De quel droit s'instituait elle juge et Dame Morale? Si elle avait continué ne serait ce que cinq secondes de plus son galimatias de curé, il lui aurait éclaté le crâne contre la pierre.

L'Agent du Diable n'était pas un homme de symbole, il était l'opposé d'un mystique. Il avait assez de spiritualité pour connaître le Diable quand il le voyait, mais pour le reste, vivait par sa lame, pour le sang. Rédemption, conversion, expiation, confession... Pour lui ces mots n'existaient pas, même dans une église. Il ne réfléchissait jamais à la profondeur des choses, aux sens cachés. C'étaient les batisseurs qui avaient besoin de connaître la profondeur, les destructeurs avaient seulement besoin d'être habiles et vigilants. Même corrompue, Narcissa restait dans le camp des bâtisseurs, et tentait d'y attirer l'Agent du Diable.

Or, on ne bâtit pas de maisons avec des barils de poudre.

L'Agent du Diable était le meilleur destructeur de tous les temps, celui qui le concurrencerait n'était pas encore né. Que Narcissa vienne donc taquiner son passé, qu'elle tente donc de prédire le temps, qu'elle fasse donc face à son côté obscur. Libre à elle de se reconstruire sur une autre voie, mais qu'elle ne tente pas de convertir l'Agent du Diable. Un agneau ne pouvait convaincre un lion de devenir végétarien.

« Tu oublies une chose, jeune fille: je suis venu pour te tuer à l'origine, et je crois que j'ai trop retardé la chose. Reste dans ton monde fantasmagorique, crève parmi tes licornes, moi je ne suivrai pas ta voie, je ne vivrai pas selon tes choix. »

Une réflexion lui vint et le fit rire:

« Je suis un être de mort, condamné à mort. Ne me parle pas de changer de vie, je suis déjà mort. »

Ne réfléchissant pas davantage à une quelconque solution humaine, il s'engagea vers le portail, et se retourna, pénétrant à travers le portail en disant:

« Crève, petite. Seule. Dans ce monde et dans tous les autres. A jamais. »

Sur cette malédiction, il fut de l'autre côté à reculons. Le temps de voir distinctement cette malédiction agir: Narcissa mourut sous ses yeux.
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MessageSujet: Re: De peur que la nuit...   Jeu 9 Juin 2011 - 23:54

L’odeur de chair brûlée flottait dans l’étage. D’autres brûlures d’un degré plus avancé apparurent, sa respiration se fit plus faible et quelques secondes plus tard, le silence reprit son droit : Narcissa n’était plus. Puis un froissement de mousseline et un bruit sourd, le corps fumant tomba lourd, les yeux ouverts, vides. Le poison avait agi. L’Agent du Diable admira le travail d’un autre, peut-être heureux ou triste de ne pas avoir pu réaliser sa vengeance. Tant de mois pour la préparer et l’honneur venait d’être volé par une simple servante. Comme quoi, tout reposait sur si peu de choses…
Quelques mois auparavant, après la visite sanglante du meurtrier, Narcissa avait ressenti que son esprit tombait, une chute oppressante, impossible à réfréner, pour se perdre dans des ténèbres inconnues, dévorant ce qui resta d’espoir. Sa mère ne pouvant comprendre ce qui se passait la consola avec des gestes et des paroles tendres. Que pouvait-elle faire d’autre ? Savait-elle, pendant ses longues minutes, que la jeune fille cherchait désespérément un moyen de vivre avec ? S’était-elle rendu compte, depuis tous ces mois, que Narcissa n’avait fait que de survivre ? Enfin, le temps vint à montrer que ce fut un pressentiment.
Pourtant prise par ce mal et ressentant une échéance approcher, la petite sorcière se pencha sur les personnes aimées, veillant maladroitement à leur bien-être, échafaudant mille stratégies pour leur sécurité, tentant d’alléger leurs peines. Puis Hélion décida d’agir à son tour, en commençant par des petites attaques morales afin de terminer par de vraies séances de tortures psychiques, pour ne pas laisser de traces. Narcissa fatiguée et découragée oublia de profiter du temps qui lui était imparti, décidant avec plus d’opiniâtreté à chercher la nature de son pressentiment, sachant que cette femme était l’une des clefs avec l’Agent du Diable. Mais on n’échappe pas à son destin. Elle ne trouva jamais la solution même quand tout fut évident. Le petit papier du ravisseur, la potion sur la table à la place du poison, la facilité pour échapper à toutes les personnes qui la protégeait… Elle ne pensait qu’aux autres et n’en récoltât que de deux récompenses…
Les minutes passèrent et certain de sa mort, l’Agent du Diable quitta la maison abandonnée. La nuit était tombée, la lune pleine, le ciel à peine chargé de nuages. Le temps s’écoula plus lentement dans l’étage même si les cadavres furent accompagnés de rats grouillants.

Puis comme des grains de sable entrant dans le nombril, diffusant une chaleur bienveillante et agitant chaque organe pour apporter de nouvelles couleurs aux joues pâles de la jeune fille. Ses yeux s’ouvrirent, lumineux, son corps se contorsionna de douleur tant la première respiration fut piquante. Elle s’étrangla pour se mettre à plat. Ses blessures se réveillèrent d’un coup, elle hurla. Quand la lumière aveuglante devint paysage, elle observa.
Une pièce éclairée par la lune dont la poussière avait formé une pâte gluante avec le sang. À gauche, les cadavres d’une famille dont un qui avait perdu la tête, les autres dévorés par les rats. À droite, la tête sans peau et un œil avaient roulé près de la porte. Où pouvait être l’Agent du Diable ? Cherchait-il une de ses armes dans une pièce annexe ? Elle sentait que son corps était faible et très lourd à porter, il avait besoin d’énergie pour rester en vie. Elle se traina vers la sortie et épuisée, s’arrêta pour se reposer. Devant elle, une ombre noire avec une hache fonçait dans le couloir. Près de son épaule, la forme d’une enfant qui se débattait, retenue par ce qui semblait être un homme tenant une corde. Narcissa fit un effort pour voir ce qui se passait à ses pieds : une femme était en train de menacer une autre avec un tesson de bouteille. Prise de panique se croyant encore en plein esprit pouvant se retrouver rattachée à cette demeure, la rescapée se força à avancer, toujours en se trainant sur le sol. Un couloir de passé, le suivant abrita un nouveau bal des ombres, plus macabre. Les danseurs étant bien trop occupés ne la remarquèrent pas quand elle tenta de se laisser glisser sur les marches de l’escalier. Mais à mi-chemin, une partie céda et Narcissa se retrouva suspendue dans le vide, entendant en bas, le bruit de milliers de rats.
Son corps n’avait pratiquement plus de force pour se hisser, même avec toute sa volonté. Une ombre plus sombre la vit et fit signe aux autres de descendre. Son estomac se souleva tant la peur fut vive. Prise dans son élan, elle décida de quitter pour de bon tout ce qui avait fait l’ancienne Narcissa, celle qui ne cherchait que dans ses forces pour avancer, celle qui pensait avoir foi en tout et ne croyait en rien ; pour celle qui aurait dû être là…


- Amaël, Cassandra, David, Viviane, Nicolas…

Elle murmura ces noms précieux tel un sort puissant, dans leur amour pour puiser une énergie étincelante. Ses poumons se fortifièrent. Au moment de se soulever, sa robe fut prise par un morceau de bois brisé, mais prévu pour avoir une chance d’échapper à un violeur grâce à une astuce de Louisa, la jeune fille tira fort sur un fil. Le vêtement s’enleva de lui-même, de nombreux morceaux tombèrent sur ce sol mouvant et couinant. Puis, une fois hors de danger, pour le reste des escaliers, elle se laissa tomber comme une poupée de chiffon.

Le rez-de-chaussée, une vaste pièce emplie d’obstacles, le plus grand fut un vaste trou dans le parquet pourri ; tout autour une foule d’ombres tapant dans les mains et acclamant une armée de squelettes opalescents qui tentaient de faire une montagne de leur crâne, pour pouvoir y accéder. Tandis que des silhouettes verdâtres prenaient de l’élan pour sauter, afin de se glisser par la porte d’entrée. Personne n’y réussit, car arrêté par deux gardes ténébreux mêmes dans la lumière lunaire.


- Amaël, Cassandra, David, Viviane, Nicolas, Catherine, Ethan, Louisa, Romain…

Elle traversa péniblement la salle, tentant d’aller au plus vite, craignant qu’en mourant de nouveau d’être leur prisonnière, ne put s’empêcher de voir le désespoir des décharnés et tenta de se lever en prenant appui sur un pilier pour ensuite foncer tête baissée dans les gardes et tomber lourdement sur de la terre humide. Mais ces êtres décidèrent de la suivre. La jeune fille se releva en hurlant plus fort pour supporter de nouveau la douleur de ses pieds coupés et se força à marcher le plus vite possible. En jetant un regard sur la maison, elle vit au premier étage des formes blanches faire des gestes pour l’encourager avant de se faire happer. Le vent soufflait de plus en plus fort dans sa direction, plaquant sa fine robe en coton aux trous aussi grands que les brûlures pour la soulager un peu et en la poussant, l’aidait dans sa fuite. La route était à deux pas. Les gardes disparurent.

- Amaël, Cassandra, David, Viviane, Nicolas, Catherine …

Enfin sur la route, dix mètres plus bas, Narcissa s’écroula épuisée. Elle se mit sur le dos et regarda le ciel étoilé. Sans s’en rendre compte, ses mains cherchaient le contact avec la terre battue. La jeune fille sentit la vie comme jamais : le mouvement des insectes, la sève dans les arbres, le chant du vent… Elle pleura. Il a fallu qu’elle meure pour enfin communier avec la nature et sentir Dieu lui donner ce qu’elle avait besoin pour rester en vie. Rassurée, elle s’endormit.


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