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 La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt

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MessageSujet: La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt   Lun 18 Avr 2011 - 20:08


Monsieur Byche était intraitable depuis que cette blessure le forçait au repos. L’oisiveté le mettait dans une humeur de chien. Ses bougonnements raisonnaient sur les champs toute la journée. Eu et gare à ses années de service le propriétaire lui offrait le temps nécessaire pour guérir sans le renvoyer. Mais le reste de la famille devait assurer les taches à sa place.
Hors cette ferme était l’une des plus importantes du coin. Elle avait le plus gros troupeau de mouton de la région. Son entretient réclamait un effort quotidien et harassant. Conscient que ses filles ne pourraient pas tout faire le patriarche s’était résigné à engagé un garçon de ferme. Un jeune homme, un inconnu qui était venu proposer ses services. Mathieu offrait un peu de nouveauté dans ce monde de labeur.
Madame Byche essayait de lui donner un minimum de confort. Mais il devait se contenter d’une couche faite de paille et d’une couverture dans un coin de la grange. Les six filles de la famille étaient au petit soin avec lui. Ce n’était pas souvent qu’un garçon entrait dans leur petit monde. Chacune avait sa façon d’être avec lui. La quatrième d’entre elles, Danielle, était la moins envahissante. Elle lui apportait son déjeuner chaque jour dans le champ. Elle ne s’attardait pas plus que nécessaire par peur de l’ennuyer. Pourtant quelque chose chez lui la rendait curieuse.
Comme tous les matins Danie sortait, de la masure, avant l’aube. Elle enfilait ses sabots et mettait sa toile de jute sur ses cheveux. Sa main agrippait le bâton qui l‘attendait. Depuis qu’elle savait marcher on lui confiait le travail relatif aux animaux. Ils l’écoutaient. Personne ne pouvait réellement expliquer ce charme qu’elle exerçait sur les bêtes. Une chose était sûr c’est que cela leur rendait bien service. Alors l’aube accompagnait les pas de cette joliette bergère.
Pendant que tout le monde se réveillait la petite sorcière rassemblait les moutons en silence. Elle aimait ce moment de tranquillité. Tout était encore calme et frais. Elle pouvait les câliner sans que l’une de ses ainées ne vienne la rabrouer. Mais surtout elle pouvait leur raconter ses petits malheurs. La vie n’était pas tous les jours faciles pour une adolescente.
Elle était inquiète pour Inès. L’agression avait été d’une violence étonnante et choquante. Heureusement les bons soins d’Europe allaient certainement la guérir. Mais pourquoi refusait on que la jeune Initiée aille aux nouvelles ? L’imagination faisait parfois plus de dégâts que le réel. Après dix jours, d’attente insupportable, Danielle s’était promis d’aller à l’Herboristerie après son travail. Elle aussi voulait prendre soin de la prêtresse.
Prise dans ces milliers de pensée la jeune fille était entrée dans la grange sans faire assez attention. Les nuits étaient plus chaudes à présent. Le chien allait chercher confort à l’ombre de la bâtisse pour dormir. Mais il devait l’accompagner. Sans lui les brebis s’égareraient un peu plus dans les méandres alentours.
Elle ne s’attendait pas à tomber sur un spectacle aussi attendrissant. Ce chien si hargneux avec les inconnus était couché à deux pas de Mathieu. Il veillait sur le jeune fermier. Des petits soubresauts indiquaient qu’il rêvait. Peut être arrivait-il à attraper l’un des lièvres qui le narguait tant pendant la journée. Danielle ne prit à observer cet inopiné duo. Un rayon de soleil vint lui chauffer les épaules pour la rappeler à l’ordre.
Dans un mouvement un peu trop vif elle avait percuté un saut vide. Le bruit provoquait ses réprimandes internes. La rêverie la rendait maladroite encore une fois. Elle jetait un regard inquiet aux deux dormeurs. Elle s’approchait précautionneusement accroupie et attentive aux mouvements. Avec un soupire désolée elle se mit en devoir d’interrompre le repos du berger allemand. Le chien bougeait une oreille en gardant les yeux fermés. Dans la pénombre ses prunelles vertes trahissait son embarra.

-Pinceau debout petit paresseux. On a du travail…
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MessageSujet: Re: La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt   Mar 19 Avr 2011 - 11:32

Mathieu Mevel, ou plutôt Alexander Von Voegelstein, était arrivé à Forbach par le biais d'une connaissance de la Cour d'une petite bourgade seigneuriale un peu plus proche de Paris. Il avait réussi à charmer une jeune femme de bonne famille. Niaise mais très gentille, il n'avait pas hésité à en tirer parti, tout en restant gentleman jusqu'au bout. Profitant ainsi de la traversée de la campagne en leur compagnie, il se vit confier une chambre dans les appartements du Château grâce à elle. Il savait qu'il était en vue et que probablement elle attendait plus de lui qu'une aimable compagnie, mais ce n'était pas le genre de Mathieu, qui même s'il mentait sur sa vie ne pouvait se résoudre à aller plus loin que de chastes propositions. Qui plus est, comme il ne comptait pas s'attacher, il ne voulait pas d'ennuis avec la famille des jeunes femmes qu'il côtoyait. Ainsi respectées, il ne pouvait ainsi jouir de mauvaises rumeurs à son égard, ce qui était toujours le bienvenu lorsque l'on souhaitait séduire une autre jeune femme. Bien entendu qui se serait intéressé à un noble étranger, passant presque inaperçu, dont on disait qu'il passait beaucoup de temps en balade avec son cheval. Mais mieux valait ne prendre aucun risque, oui c'était beaucoup mieux. Mal située, la chambre d'Alexander Von Voegelstein était parfaite pour lui. Certains nobles se seraient offusqués d'autant d'éloignement vis-à-vis de la vie du Château, pas lui. Au contraire, ce serait parfait pour quitter les appartements et les regagner sans se faire voir ou surprendre. Sans compter qu'il lui serait facile de passer par le quartier des serviteurs, avec un peu d'attention.

Peu après son arrivée, il avait prit soin de prendre ses marques et de se montrer un peu dans le château avant de laisser une lettre à l'attention de la jeune femme qu'il avait accompagnée pour lui dire qu'il était parti découvrir Forbach et ses environs comme il l'avait l'habitude de le faire à chaque fois qu'il découvrait une ville. Il justifiait cela par le fait que son père, Karl Von Voegelberg désirait avoir des détails concernant le paysage, les us et coutumes de ce qui se faisait au Royaume de France. Bien entendu, la vraie raison était toute autre. Alexander était redevenu Mathieu, jeune homme de modeste condition, bien portant toutefois. De bonne carrure, il portait encore les stigmates d'un travail de bucheron qu'il avait effectué avant de rencontrer la jeune femme qui l'avait amenée ici. Il lui fallu quelques heures pour trouver les fermes et se proposer à qui avait besoin de main d'oeuvre. Son prix n'était pas élevé, juste de quoi dormir et de quoi manger. Il n'avait pas besoin d'autre chose, pas de rémunération supplémentaire. Ce fut un certain monsieur Byche qui vint le prendre comme aide. Apparemment blessé, il avait besoin de quelqu'un pour le remplacer dans les champs histoire de quelques jours, le temps qu'il se remette. On lui promit une paillasse et des repas chauds, tout ce que demandait Mathieu, il n'hésita alors pas.

Cela faisait deux jours qu'il travaillait pour la famille Byche. Le fermier avait six filles. D'abord étonné d'être ainsi entouré d'autant de jeunes femmes, mais il ne s'en formalisa pas davantage. Loin d'être timide, il s'était pourtant contenté d'être poli et courtois ainsi que de faire son travail. Chacune des filles semblait pourtant être aux petits soins avec lui. Avec certaines il échangeaient quelques mots quand l'une venait lui ramener ses vêtements lavés, ou quand l'autre venait le chercher pour le diner. Elles étaient très charmantes, mais Mathieu n'était pas nécessairement intéressé aussi se contentait-il de faire poliment la discussion. La nuit dernière, comme la nuit précédente, il s'était couché dans la grange après avoir prit le repas avec la famille et mit en mémoire ce qu'on attendait de lui pour la journée suivante. Le berger allemand de la famille, Pinceau, l'avait rejoint un peu plus tard. Mathieu l'avait accueillit dans un sourire avant de s'endormir. La journée d'un paysan était harassante, s'endormir n'était jamais bien difficile.

Il fut néanmoins réveillé à l'aube, lorsqu'un seau valdingua, dérangé par une présence soudaine. Gardant les yeux fermés, habitué à se faire réveiller par l'une des autres filles du berger, il entendit la voix familière de celle qui venait lui apporter son déjeuner aux champs : Danielle, la quatrième fille de monsieur Byche. Elle était apparemment venue chercher le chien qui l'aiderait dans sa mission de bergère. Mathieu ouvrit les yeux, la lumière faiblarde de l'aube ne l'éblouissant pas, il put reconnaître immédiatement la jeune femme.


« - Il a du être marmotte dans une autre vie. » Commenta le jeune homme avant de bailler à s'en décrocher la mâchoire et en s'étirant. La paille était chaude mais il fallait l'admettre, c'était bien moins confortable qu'un lit de soie.

Il s'était assis, la couverture l'emmitouflant était un peu tombée, rappelant qu'il dormait torse-nu, Mathieu était loin d'être un frileux, d'ailleurs il travaillait généralement ainsi, cela évitait d'avoir à laver trop souvent sa chemise. Il jeta un oeil par l'ouverture de la grange, le soleil n'était encore qu'à une bonne heure de se lever.


« - Tu pars déjà ? »Fit-il à l'attention de la jeune femme, non sans un bâillement qu'il ne put retenir tout à fait.
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MessageSujet: Re: La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt   Mar 19 Avr 2011 - 15:26

D’un même mouvement la jeune fille et le canidé avaient levé les yeux vers Mathieu. Malheureusement le boucan l’avait réveillé. Danielle s’en voulait. Elle savait qu’il travaillait beaucoup et avait besoin de ces quelques heures de repos pour avoir une chance de récupérer. Les yeux agrandis par la culpabilité elle se retrouvait la nuque penchée en position de pénitente.

-Pardon Mathieu ! Je ne voulais pas te réveiller. Je n’en ai pas pour longtemps. Malgré sa gène elle sa curiosité était piquée au vif par cette petite remarque. –Tu crois qu’on se réincarne ? Moi j’y crois. Je suis sûre qu’avant j’étais un poisson ! Un poisson rapide avec des écailles toutes brillantes et…

Elle s’arrêtait d’elle même, consciente qu’elle allait encore partir dans l’une de ses sempiternelles digressions, qui n’intéressait pas grand monde. Danie avait sut parler très tôt. Sa langue avait naturellement apprit les mouvements pour pouvoir communiquer avec ses semblables. Elle adorait parler. Elle était une vraie pipelette. Mais on lui avait toujours dit que c’était une parte de temps. Il fallait être économique. Elle faisait de son mieux pour ne pas agacer son entourage. Pourtant le désir de partager ses pensés reprenaient souvent le dessus.

Pinceau se secouait l’échine sans le presser. Il étirait ses muscles de tout son long pour chasser l’engourdissement nocturne. Danielle profita de cette petite diversion pour détourner le regard de la silhouette du fermier. Elle n’était pas particulièrement pudique. On la lavait dans la petite coure au soir tombé depuis qu’elle était bébé. C’était autre chose qui la perturbait. Une attirance physique pas encore vraiment consciente. Ses pensées adolescentes commençaient à effleurer des idées plus précises des relations entre homme et femme.


-Oui. Je les emmène avant que la rosée ne soit absorbée. C’est meilleureElle se redressait lentement en lançant un regard entendu au chien. Cécile va en ville cette après midi je dois la remplacer.

Une petite lueur complice illuminait ses yeux. C’était la deuxième fille des Byche. Elle était fiancée à son ami d’enfance. Ils voulaient se marier le moins prochain. Le mariage était toujours une étape très importante. On liait deux familles pour la vie. Les choses devaient être bien faites. La dote n’était pas bien grosse. Mais leur mère faisait en sorte que le trousseau soit correcte. C’était une cause d’excitation et de dépense collective.

-Il y a encore du vin chaud à la cuisine si tu veux. J’ai trouvé des épices. Il se boit tout seul ! Tu seras là pour son mariage dit ?

Les filles disaient que le père faisait tout pour écourter sa convalescence. Ce n’était guère étonnant. Mais aucune d’elles ne voulait que le jeune Mevel soit remercier trop vite. Le printemps n’était pas encore là. C’était pendant les beaux jours que la vie à la ferme était plus agréable. Et puis… mariage signifiait bal. La jeune fille mourrait d’envie d’y danser. Mathieu avait quelque chose … de princier, de séduisant, impossible à définir. Il donnait envie d’être une jolie cavalière.

Elle rattrapait juste à temps le châle qui glissait de ses cheveux. Mille et une question venait titiller son esprit. Un petit jappement provoquait un petit sourire résigné sur sa bouille. Ce n’était pas le moment de traîner pour la demoiselle. Elle ramassait rapidement le saut et y remettait les carottes pour les chevaux. Déjà elle était attirée par la montagne. L’odeur des pierre et le silence du matin l’appelaient. Cette vie était bien loin de la rendre malheureuse. Des petites mèches folles volaient déjà hors de sa longue natte. Mais elle s’arrêta dans son intention accaparée par une nouvelle idée. Une façon comme une autre de se faire pardonner sa maladresse.


-Tu aimes la tarte aux pommes ?
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MessageSujet: Re: La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt   Mar 19 Avr 2011 - 20:46

Il aurait probablement pu dormir quelques heures de plus avant de se réveiller pour aller travailler si effectivement la jeune Danielle n’avait pas fait preuve d’un peu de maladresse, mais ce n’était pas très grave, après tout Mathieu était jeune et il avait besoin de moins de repos pour récupérer d’une dure et longue journée de labeur aux champs. Qui plus est, il adorait travailler, faire quelque chose de manuel, d’harassant, de fatiguant. Il en avait besoin pour se rappeler sa vraie place, pour ne pas oublier qui il était vraiment, un paysan, rien de plus, rien de moins. C’était un jeune homme qui aimait la terre, le labeur et les choses bien faites. Il n’acceptait pas de rentrer tant que le travail que lui avait confié le père Byche n’était pas terminé. Qui plus est, avec ses journées passées à feindre la noblesse, il fallait bien admettre qu’il pouvait largement se reposer. Non, il fallait profiter de sa jeunesse, de son goût du travail, de sa capacité à pouvoir le réaliser. C’était bon de se sentir transpirer, sous le soleil et un petit vent frais, à réaliser quelque chose qui avait un impact important dans l’avenir, contribuer à une future récolte, à des travaux qui étaient importants pour certains. Qu’avaient les nobles pour se sentir importants ? Des flatteries ? Des mots ? Non cela ne suffisait pas à Mathieu.

Les iris bleu ciel du jeune homme croisèrent ceux, d’un vert feuillu, de la jeune femme qui se confondait en excuses pour l’avoir réveillé. Il eut un petit sourire lorsqu’elle se lança dans l’idée d’une possible réincarnation précédente en poisson. Oui, Danielle aimait parler, il le savait. L’une de ses sœurs l’avait gentiment mis en garde contre cette « pipelette » qui, une fois lancée, ne savait pas s’arrêter. Apparemment ce n’était pas tout à fait vrai puisqu’elle venait de le faire. Mathieu se gratta distraitement la tête tout en répondant :


« - Ne t’en fais pas, j’étais déjà réveillé. » Un gentil et petit mensonge, mais après tout, il se sentait déjà parfaitement reposé. Puis peut-être dormirait-il encore mieux ce soir. « Pour la réincarnation… Je n’en sais rien, peut-être est-ce le cas, peut-être pas. Si c’est le cas, je ne vois pas ce que j’aurai pu être dans une autre vie… »

Mathieu attrapa sa chemise qu’il avait accrochée non loin et l’enfila tandis que Pinceau se réveillait doucement. La petite Danielle lui avoua sortir les moutons avant que la chaleur du soleil n’évapore la rosée du matin, lui expliquant qu’elle remplaçait Cécile ce matin. Mathieu avait entendu parler du mariage de la seconde fille du berger. Extérieur à la famille, il ne s’était bien entendu pas immiscé dans cette histoire importante pour elle et ne s’était permis aucun commentaire. Son futur mari semblait un jeune homme très capable et très aimant, c’était probablement tout ce qui comptait. Danielle lui proposa un vin chaud qui reposait à la cuisine. L’attention était aimable mais le jeune homme n’aimait pas l’alcool. Le père Byche lui avait déjà proposé un peu de liqueur un soir, ce qu’il avait poliment refusé en expliquant les raisons.

« - Merci, mais je me contenterais d’un peu d’eau fraiche du puits, je ne suis pas amateur d’alcool, tout aussi épicé et délicieux fut-il. »

Il passa sa tête dans le col de sa tunique.

« - Pour le bal, je ne sais pas. Je ne voudrais pas m’imposer tu sais, après tout je ne suis pas de la famille. »

Mathieu se releva et remit un peu d’ordre dans sa couche, pliant notamment la couverture tandis que la jeune femme ramassait le seau et y replaçait les carottes. Elle eut terminé avant lui et alors qu’elle sortait, elle lui demanda soudainement s’il aimait la tarte aux pommes. Ayant terminé, il sortit à la suite de la jeune femme.

« - C’est peut-être ma tarte préférée. »

Il eut un large sourire.

« - Tu m’attends ? Je vais juste tirer un peu d’eau du puits. Maintenant que je suis réveillé, autant t’accompagner un peu, je t’abandonnerais à l’heure où on m’attendra sur les champs, un peu d’air frais me fera le plus grand bien. »
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MessageSujet: Re: La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt   Mer 20 Avr 2011 - 15:38

Elle lui était reconnaissante de ne pas se fâcher, de ne pas la gronder. Il n'était pas obligé d'être gentil avec elle. Il était le plus vieux et l’autorité en présence. Danie savait qu'elle était en tort. Sa vigueur, était certes très utile aux travaux, mais elle pouvait devenir épuisante pour les autres. Cette énergie elle la dépensait de son mieux pendant la journée. Après tout elle était jeune, en pleine santé, et surtout pleine de bonne volonté. Est-ce qu'elle cru à ce mensonge ? Oui. Il eut un effet direct sur son état d'esprit. Elle osa même partager son opinion sur la question.

-Peut être... un renard, vif, rusé et curieux. Ou un cygne, patient, charismatique et beau... ou...

Ils ne se connaissaient pas encore très bien. Il faut dire que Mathieu ne parlait pas beaucoup de lui. Cela l’entourait d’un certain mystère qui jouait en sa faveur. C’était peut être de la pudeur. Il n’était pas obligé de tout partager avec les filles de son patron. Mais quand on vivait sous le toit de quelqu’un c’était bien normal d’être confronté aux questions. La jeune sorcière savait qu’elle devait être prudente. La tribu le répétait sans cesse, le mal a plusieurs visages. Ce pouvait-il qu’il est celui de ce garçon ?

-Pas d’alccol d’accord… fais attention, avec les garçons, leur gourdes ne sont pas toujours remplies d’eau.

A la dernière fête il avait déjà défié la demoiselle à boire un dé d’eau de vie. Cela lui avait fait tourner la tête en un instant. Dans un élan d’orgueil enfantin elle avait accepté. Elle avait toussé pendant cinq bonnes minutes. Une expérience assez désagréable ci ce n’est la douce chaleur qui était montée à ses joues. Ils aimaient bien lancer des défis idiots. La jeune recrue stimulait déjà leur imagination. Sans pouvoir trahir les siens Byche pouvait bien le mettre en garde.

-Tout le monde est invité ou presque. Ça donne l’occasion d’être ensemble et de ne plus penser à ces affreuses choses…

Son visage avait prit un air boudeur. Tout le monde était très inquiet à cause de ce tueur qui attaquait les habitants. A Olrun, plus qu’ailleurs, Danielle avait vu l’angoisse des adultes grandir. Elle espérait de tout son cœur ne jamais croiser la route de ce fou. La mésaventure de Narcissa était sur toutes les lèvres des apprenties. Elle nourrissait une angoisse collective. Sans vraiment la connaître la paysanne compatissait sincèrement pour cette nouvelle arrivée. C’était pourtant l’histoire de sa chère Aguerrie qui l’inquiétait le plus.

Heureusement la réponse de Mathieu chassait pour l’instant ces soucis. Il aimait la tarte aux pommes.


-Alors je t’en ferai pour le déjeuner !

C’était à son tour de sourire à la proposition. Elle hochait vigoureusement du chef visiblement ravie. Personne ne l’accompagnait jamais sur les collines et encore moins dans les montagnes. C’était une bonne surprise. Tant pis pour ses petits entraînements matinaux. De toute façon elle avait besoin de l’avis d’Inès sur sa méthode. Pinceau prenait les devant pour aller prés de l’enclos. Danielle le suivait d’un pas un peu plus gai que d’ordinaire. Elle reprenait le bâton et commençait tranquillement à faire sortir les bêtes.

En secret elle les avait tous baptisé. Ils avaient tous un petit quelque chose. Elle les aimait et c’était réciproque. Sa langue claquait doucement contre son palais pour entamé l’organisation de leur petite troupe. Sous la brise elle murmurait des petites remarques malicieuses et affectives. Le jeune fermier les rejoignait et son hôtesse ordonna clairement le départ. Elle restait derrière le troupeau. Le chien ouvrait la marche il connaissait le chemin. Les iris douces suivaient la lente progression avec attention.


-Alors est-ce que tu aimes Forbach ? C’est une ville un peu spéciale tu ne trouves pas ?

Un rien de fierté et de malice s’était glissé dans sa voix. Malgré toutes ces horribles choses elle aimait cette terre elle aimait la magie. Elle marchait tranquillement en communion avec son environnement. L'air du matin emplissait ses poumons. Il faisait beau la journée commençait bien !
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MessageSujet: Re: La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt   Mer 20 Avr 2011 - 16:33

Il aurait été bien malvenu pour Mathieu de se fâcher. Non seulement parce qu'il n'avait pas l'habitude de le faire, mais également par respect pour la famille Byche. Il travaillait pour elle, et non l'inverse. Certes les repas et la paille pour dormir étaient des conditions du contrat, mais le patriarche des Byche pouvait très bien décider de le rompre à tout moment pour chercher quelqu'un de plus habile et de moins dérangeant si Mathieu commençait à créer des vagues. Qui plus est, ce n'était pas dans son caractère. Le jeune homme était très reconnaissant de l'attention qu'on lui portait et n'en demandait pas tant. Malgré ses incursions dans la vie de la noblesse, il avait gardé son âme et savait se contenter de peu. Il aurait été traité avec une parfaite indifférence que cela aurait presque été pareil pour lui. Bien entendu, personne ne préférait l'indifférence à l'attention, mais pour Mathieu, ce n'était pas forcément une condition nécessaire à l'accomplissement du travail demandé. Certaines familles s'étaient contentées de l'embaucher et de le mettre dans un coin sans jamais s'approcher de lui autrement que pour lui donner son repas ou les directives de la journée. Il ne s'en était jamais formalisé. Certaines personnes étaient ainsi, pas les Byche. Il sourit lorsque la jeune Danielle évoqua la possibilité qu'il ait été un renard ou un cygne dans une autre vie. Peut-être un renard oui, solitaire et rusé, c'était probablement ce qui collait le mieux, car il était loin de se penser aussi charismatique et beau qu'un cygne.

« - Un renard oui, pourquoi pas. Espérons que je ne me mette pas à pourchasser les poules... »

Il écouta le conseil avisé de la jeune femme au sujet des gourdes des autres garçons. Oui, il avait déjà pu le remarquer la veille lorsque l'un d'eux lui avait proposé une gorgée de sa gourde. Mathieu avait poliment refusé dès qu'il avait senti le fumet s'échappant de cette dernière et qui n'avait rien à voir avec l'absence d'odeur de l'eau. En parlant de gourde, il attrapa la sienne, suspendue à un clou et la mit autour de la taille. En allant se rafraichir au puits, il en profiterait pour la remplir.

« - Si je suis invité, alors je viendrais. »Rajouta-t-il alors que Danielle lui indiquait que tout le monde, ou presque, était invité. Mathieu n'était pas du genre à refuser une invitation, et puis un mariage était toujours un heureux événement où la bonne humeur était toujours au rendez-vous. Qui plus est, il ne voulait pas froisser la jeune bergère. Après tout, serait-il encore là ?

A la porte de la grange, il lui répondit d'un sourire alors qu'elle avait le sien jusqu'aux oreilles, volontaire pour lui faire de la tarte aux pommes pour le déjeuner. Tandis qu'elle acquiesçait pour lui dire qu'elle l'attendrait, il prit la direction du puits pour remonter un seau d'eau fraiche. Il utilisa la louche pour remplir sa gourde. L'eau ne serait plus fraiche d'ici la mi-journée, mais elle désaltérerait toujours. Le but était de s'hydrater pour ne pas attraper une insolation, pas de se rafraichir. L'espace d'un instant, il se regarda dans le miroir d'eau. Avec le reflet, des interrogations jaillirent. Il y mis fin en plongeant les mains dans l'eau avant de se mouiller le visage. Sa petite toilette terminée, il remit le seau en place et se dirigea vers le troupeau qui était presque prêt. D'ailleurs le départ fut donné lorsqu'il la rejoignit. Laissant partir Pinceau et les bêtes en tête, il marcha aux côtés de Danielle.


« - Je viens d'arriver, mais c'est vrai qu'elle n'a pas l'air comme les autres. On a pas l'air d'y vivre plus mal qu'ailleurs toutefois et ses habitants sont fort aimables »

Dans la fraicheur de la nuit mourante, il faisait bon se balader.

 « - Et toi jeune bergère ? Tu aimes ta ville ? Qu'est-ce qui te plait le plus chez elle ? »
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MessageSujet: Re: La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt   Mer 20 Avr 2011 - 21:48

Il y avait eu des ravages causé par un couple de renard pendant l’hiver. La faim les avait attirés vers le gibier facile. Ils avaient fait festin. La demoiselle avait pleuré en découvrant les dépouilles dans le poulailler. Chaque vie sur cette Terre était précieuse. Chacune participait à l’équilibre. Chasseurs et proies étaient les deux camps à intégrer. Mais pouvait-on rester insensible devant la mort à seize ans ? Danielle était la vie et la lumière était sa voie. Elle croyait en elle plus que tout !

La perspective de voir le jeune fermier au bal suffisait à embellir toute la journée à venir. La vie était aussi simple que cela. Quand on ne possédait rien alors on appréciait tout. C’était ce qu’on lui avait apprit. En bonne fille elle avait retenue ce précepte et l’avait fait sien. Bien sûre, quand elle voyait les belles dames de Forbach, elle rêvait de porter leur jolie toilette. Ce n’était qu’un fantasme que le réel écrasait en un instant. Le réel c’était que Mathieu serait peut être là pour le mariage de sa sœur. Et que peut être il accepterait de danser avec la quatrième des sœurs. C’était un espoir dénué de calcul ou même de séduction.


-Tu me réserveras une danse ?

Sa besace pendait déjà le long de sa hanche. Le principal était réuni. Une gourde en effet, un couteau et un peu de pain constituaient ses bagages. Parfois un mouton se perdait dans les chemins. Elle ne pouvait pas rentrer avant de l’avoir retrouver. Ces imprévisibles excursions lui permettaient de se tester. C’était un très bon moyen pour apprendre. D’autant plus quand personne n’avait vraiment le temps de s’inquiéter pour vous. La bergère pouvait disparaître un bon moment avant d’alter. C’était normal.

Forbach n’était à quelques centaines de mètres. Elle était déjà agitée par les commerçants. La ville n’était pas vraiment le terrain des paysans. Ils ne faisaient qu’y passer. Les Byche n’étaient pas des citadins. Ils étaient plus à l’aise avec la nature. La nature ne trichait pas. Les jeunes filles pouvaient croire au paradis bien plus longtemps aux milieux des champs. Cela n’empêchait pas de songer à ce qui se passait derrière l’horizon. Quelles merveilles peuplaient ce monde ? Un jour peut être Danielle les verraient. Elle en doutait.


-Tu as beaucoup voyagé ? Quelle ville as –tu vus ? »

C’était encore le plus sûr moyen d’élargir ses connaissances. Elle adorait écouter les autres lui parler de leurs expériences. Le regard avide et quémandeur elle plongeait dans ces beaux yeux bleus. Dés la première fois ce regard l’avait arrêtée. La question de Mathieu provoquait une petite ride de réflexion sur son front. Elle voulait lui donner la réponse la plus honnête possible. Malheureusement certains aspects devaient être ignorés. C’était bien compliqué.

-Oui je l’aime. Je suis née ici. C’est ma terre. Ce que j’aime le plus c’est… son caractère, elle est forte ! Et toi, où es-tu né ?

Ils s’éloignaient des fermes. Le chemin était dégagé et calme. Danie avançait vers les petits rebelles du groupe en grondant avec tendresse sans même à avoir à menacer du bâton. Ils se comprenaient très bien. Elle était douée dans ce rôle. C’était probablement celui de toute sa vie. Cela la satisfaisait. Elle avait sa place. C’était le plus important dans une vie, non ? Dérivant vers la droite elle cueillait des pâquerettes pour en faire une couronne printanière. Ses doigts créaient d’eux même tant ils étaient habitués de faire ces fins mouvements. Ce matin les collines allaient accueillir un nouveau prince.
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MessageSujet: Re: La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt   Jeu 21 Avr 2011 - 9:38

Il fut légèrement surpris que la jeune femme lui demanda de lui réserver une danse à ce fameux bal. Pas surpris de ce procédé, non, il en avait eu déjà l'expérience avec les bals de la noblesse d'une ville lointaine, mais il commençait à s'interroger sur les motivations des filles Byche. Se pouvait-il qu'elles voyaient en Mathieu un mari potentiel ? Il préféra chasser cette idée de son esprit.

« - Avec plaisir Danielle. »

Ils avaient ensuite prit la route. Qu'il était agréable de marcher à cette heure-ci de la matinée. Enfin pour peu que l'on puisse appeler cela la matinée étant donné que le soleil n'était pas encore levé. Il y avait une fraicheur agréable et diffuse, une humidité ambiante que le jeune homme aurait apprécié toute la journée pour travailler dans les champs. Hélas, il ferait surement encore beau en ce jour de printemps. Le soleil frapperait surement encore ses épaules. Heureusement, Mathieu était du genre à avoir le teint de peau mat. Il bronzait facilement et ne craignait pas les coups de soleil. Finalement, si marcher dans cette fraicheur était comme revivre, travailler sous le soleil était simplement se sentir vivant.

Lorsqu'elle lui demanda, suite à sa réponse, s'il avait beaucoup voyagé, Mathieu eut une hésitation. Oui, il avait beaucoup voyagé. Il avait pratiquement traversé toute la france d'Ouest en Est, de la Bretagne à la Lorraine, sans oublier de passer par des régions plus centrales ou méditerranéennes. Il n'était pas descendu trop bas, le climat avec l'Espagne étant toujours très tendu, mais oui, il avait découvert beaucoup de villes différentes. Il avait eu la chance de les découvrir pour la plupart sous leurs deux aspects : noble et paysan. A ne pas en douter, la vie était meilleure pour la noblesse mais il n'y avait qu'un homme pauvre pour profiter pleinement de la vie. Cela il l'avait compris depuis longtemps. Ainsi, il devait admettre qu'il n'y avait qu'un paysan dans un habit de noble pour profiter pleinement de tout ce qui lui était offert.


« - Oui, j'ai beaucoup voyagé. Je ne me souviens même plus de la plupart des villes que j'ai vue. Tu sais, ce n'est pas le genre de détails que je retiens. Je préfère me souvenir du paysage, des gens, des moments de vie que j'ai passé là-bas. »

C'était vrai. Et, en même temps, ne pas retenir le noms des villes était un moyen de ne pas s'attacher. Mathieu se rendait compte à quel point il s'était éloigné de sa Bretagne natale. Qu'elle était loin la demeure familiale, surement remplacée par une autre masure à l'heure actuelle. Quelqu'un s'était sans doute approprié les maigres terres de la famille Mevel. Mais de cela, Mathieu ne se formalisait pas. Il savait qu'il était parfaitement capable de retourner chez lui et de racheter, avec ce qu'il avait pu glaner, la terre de ses parents. Mais à quoi bon racheter une terre sur laquelle on ne désire pas vivre ? Mathieu n'avait plus de terre d'attache, plus d'endroit qui lui donne envie de rester, de vivre, de se battre. Voilà pourquoi il voyageait autant. Il sortit de ses pensées tandis qu'elle lui demandait où il était né, après avoir expliqué pourquoi elle aimait Forbach. Il était vrai que, de ce qu'il en avait entendu, cette ville avait de quoi être forte. Il eut un sourire triste.

« - Je suis né en Bretagne, dans une maison non loin d'un petit village sur la côte dont je ne me souviens plus du nom. »

Oublier, oublier le passé, les lieux, la géographie. Ne comptaient plus que les personnes, les interactions... Surtout ne pas s'attacher. Surtout pas. Le regard un peu vide, il regardait la jeune femme qui tressait une couronne de pâquerettes.
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MessageSujet: Re: La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt   Jeu 21 Avr 2011 - 12:57

L’accord sembla augmenter un peu plus sa bonne humeur. Il déposait un peut de légèreté sur ses frêles épaules. Etait-ce là une façon de faire la cour à Monsieur Mevel ? Pas de la part de Danie. Elle ne savait pas comment ni pourquoi séduire quelqu’un. Elle pensait avant tout à s’amuser. Après tout elle aimait bien Mathieu et sa compagnie. C’étaient, à ses yeux, deux raisons suffisantes pour être ravie. Cependant Emilie n’aurait peut être pas été aussi catégorique. La sœur née juste avant elle avait déjà plusieurs fois laissé sous-entendre son trouble concernant ce jeune employé. Un fait qui avait faisait sourire les filles de la maison.

La jeune fille fût un peu déçue par la réponse évasive de son compagnon de route. Il était un homme de main itinérant et il ne voulait même pas se souvenir de ses aventures. C’était bien dommage ! Pourquoi ne voulait-il pas lui conter ses anecdotes ? Fort heureusement à seize ans on ne s’arrête pas devant la première embûche. Avec toute sa fraîcheur et sa curiosité la petite sorcière continuai sur sa lancé.


-Quel est le paysage qui t’a le plus marqué ? Est-ce que tu as déjà vue la mer ? Les bateaux ?

Danielle n’avait jamais vue la mer. Elle ne connaissait même pas toute la Lorraine. C’était le chef de famille qui avait le plus parcouru le royaume. Cela se résumait à quelques trajets commerciaux pour le rendre aux foires les plus intéressantes à l’année. Il emmenait parfois sa femme mais jamais ses filles. Cela faisait parti des petites déceptions de la vie.

La bergère interprétait le petit chagrin du jeune homme comme de la nostalgie. Ce n’était sûrement pas facile d’être loin de son pays. La Bretagne était de l’autre côté. Petite on lui avait raconté la légende de ce roi et de sa fée Viviane. Si Olrun existait les autres sources de magie existaient peut être aussi. La demoiselle fouillait sa mémoire. Toutes ces histoires avaient été chassé par les tracas quotidiens. Mais le principal avait retenu son attention depuis tout ce temps.


-Est-ce qu’il y a vraiment de la magie là bas ?

Ils étaient seuls. Au loin devant eux se dessinait la chaîne de montagne. Danie entendait les insectes tournoyer dans l’air. Les papillons blancs volaient pour prévenir la nature. Ils venaient lui chuchoter des petits secrets. Elle les observait jusqu’à tendre son visage vers le ciel endormi. Il n’y avait pas un seul nuage. L’un des jeunes agneaux sortait pour la première fois de la ferme. Il était peureux et marchait tout doucement. Dans un élan l’adolescente alla à sa rencontre. Elle lui caressait l’encolure avec délicatesse. Il sentait encore le lait de sa mère.


-Il a peur. Il ne faut pas avoir peur. Il y a pleins de surprises qui t’attend ! Sa laine servira peut être à faire quelque chose de magnifique.


Elle le menait prés de Mevel pour le garder sous son aile un petit moment. Au bout de quelques pas elle ralentissait un peu et observait le garçon. Les yeux joyeux elle se présentait en face de lui. En s’inclinant avec la grâce de sa jeunesse, présentait lui la couronne, au creux de ses deux petites mains. La tête penchée comme une dame en pleine cérémonie. Tout cela était animé par sa naïveté. Pour elle s’était l’un de ces milliers de jeu d’enfant.

-Prince Mevel ! Voici le symbole du royaume de l’Aurore. Celui que seuls les plus matinaux peuvent approcher. Vous entrez sur le territoire des Marcheurs.

Dans un sourire elle allait déposer sa création sur le haut de sa tête. Elle trouverait que cela lui allait bien. Elle reprenait sa place entre lui et la bête presque bondissante. Le soleil n’était pas encore là. Cette création avait tout le temps de prendre vie. Ils passaient à côté d’un escargot qui cherchait un peu d’eau.

-Voici l’Ambassadeur de la lenteur !
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MessageSujet: Re: La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt   Jeu 21 Avr 2011 - 14:54

En marchant, il ne pensait déjà plus au bal. Il se souviendrait de sa promesse quand on l'inviterait à cet événement mais pour l'instant c'était déjà loin de son esprit. S'il avait été au courant de l'intérêt que lui portait Emilie, la troisième fille de la fratrie des Byche, peut-être aurait-il décidé d'accepter avec des pincettes une telle invitation. Il aurait pu peut-être s'en rendre compte s'il avait réfléchit dans cet état d'esprit là lorsqu'elle venait le voir de temps en temps lorsqu'elle apportait de l'eau pour les hommes qui travaillaient dans les champs. Mais Mathieu était trop occupé pour penser à ces choses-là à ces moments-là. Toutes les filles de la famille étaient charmantes, mais Mathieu doutait de faire un excellent parti pour ces demoiselles, de surcroit, il ne s'imaginait pas encore marié. C'était probablement trop tôt pour lui. Peut-être dans un ou deux ans, si la vie qu'il menait le lui permettait. Mais se marierait-il avec n'importe quelle jeune femme ? Elle devrait lui plaire s'était évident mais parviendrait-il à se détacher de son envie de ne plus vivre dans la pauvreté ? Mathieu ne voulait pas reproduire le schéma de ses parents. Non, jamais plus. Il ne supporterait jamais de vivre ce qu'avait vécu son père et encore moins de vivre sa vie. Il avait déjà réfléchi à l'opportunité de se faire passer pour un noble et de s'arranger pour se marier à une jeune femme de bonne famille pour obtenir la fortune familiale et ainsi vivre très bien pour le reste de sa vie. Il serait toujours temps de trouver une raison pour laquelle la famille du Vicomte serait absente et ne voudrait plus entendre parler de son fils.

Songeur, il observait le ciel s'illuminer doucement. De bleu profond, le ciel s'éclairait progressivement laissant petit à petit place à l'azur qui serait leur compagnon pour la journée. Il fut interrompu par la jeune Danielle qui lui demanda quel était le paysage qui l'avait le plus marqué, s'il avait connu la mer, les bateaux... Mathieu observa l'horizon et répondit:


« - Oui, je vivais près de la mer quand j'étais jeune. C'est surement là-bas que j'ai vu le plus beau des paysages. L'infini de l'océan, la rudesse de ses assauts contre les falaises de la terre dans un combat sempiternel, en un incessant recommencement. »

Il soupira.

« - La beauté de l'océan vient de sa force indomptée, de son absence de limite, de son mystère. Tour à tour calme ou dévastateur, sa force est la plus puissante qu'il existe, quand à ce que peut abriter le bleu profond de ses entrailles... Nul ne le sait vraiment. »

Il sembla réfléchir un moment.

« - Non il n'y a rien de plus beau que l'océan. »

Tout ces souvenirs de Bretagne lui serrèrent le coeur. Des fois, il se demandait réellement ce qu'il faisait ici, affublé d'un costume de noble, à mentir au monde. Mais il s'était fait une promesse et il comptait bien la tenir. Il haussa un sourcil lorsqu'elle lui demanda si la magie existait réellement là-bas.

« - Je n'en ai pas vu une étincelle, si elle existe, elle est bien cachée. La légende de Viviane est probablement juste une légende, mais qui peut réellement le savoir ? »

Il haussa les épaules et continua de marcher derrière le troupeau. Il regarda Danielle aller à la rencontre d'un agneau qui semblait peureux. Elle lui flatta l'encolure avec délicatesse et le ramena avec elle auprès du jeune garçon. Quelques instants plus tard, elle ralentit le pas et Mathieu, cadencé sur son pas, ralentit lui aussi. Il l'observa avec surprise alors qu'elle lui présentait la couronne qu'elle venait de terminer. Sa déclamation finit de l'étonner. Que faisait-elle ? Il n'eut pas le temps de répondre qu'elle posa la couronne sur ses cheveux pour ensuite se remettre à ses côtés et reprendre la marche.

« - Prince ? C'est trop d'honneur que vous me faites, ma dame. »

La surprise passée, il avait décidé de jouer le jeu, après tout, cela pouvait être amusant. Jouer ce qu'il faisait d'ordinaire : mentir. Lorsqu'elle lui présenta l'Ambassadeur de la lenteur, il s'inclina avec grâce en direction de l'escargot:

« - Votre Excellent, c'est un plaisir que de vous rencontrer. Peut-être pourrions-nous nous voir à l'occasion d'un diner pour discuter d'aménagement particulier pour les vôtres. Que diriez-vous de venir diner dans une semaine, pour vous laisser le temps d'arriver ? »
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MessageSujet: Re: La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt   Ven 22 Avr 2011 - 16:00

Elle sentait l’amour que ressentait ce jeune homme pour cet élément. Sa voix prenait les inflexions d’une passion. C’était totalement différents de la Moselle. Elle n’arrivait pas à entrevoir tout ce qu’il dépeignait. On aurait dit une entité vivante et presque dangereuse. Un peu comme ce que lui inspirait son village. Mais cette fois c’était plus grand. C’était quelque chose d’hors norme qui dépassait les humains. En posant son regard sur la cime des montagnes Danielle se sentait soudain toute petite.

Ces paroles un peu poétiques avaient de quoi épanouir une rêverie. Elle avait l’impression d’entendre des passages d’un livre. Cette description lui donnait envie d’aller voir cette merveille de ses propres yeux. Dans l’idée peut être un peu romanesque qu’on ne pouvait pas manquer les plus beaux spectacles de la nature. Elle devait découvrir ce trésor ! Mais comment voyager quand on était clouée à sa terre par corps et cœur ?

Chacun dans leur pensées. Il était à son passé. Elle était vers son avenir. Elle était prête à croire que l’Océan pouvait être la plus belle chose du monde. Puisqu’il semblait plus loquace la jeune fille en profitait avec joie.


-As-tu été marin ? Tu as vu des sirènes ?

Danie ne s’arrêtait pas sur la surprise de cet autre. Après tout dans une ville comme Forbach parler de la magie était « normal ». Ce sujet hantait les villageois depuis des siècles. La présence des Inquisiteurs le rappelait sournoisement à chaque étranger. On pouvait tout faire pour occulter les horreurs perpétrées. La mémoire vive empêchait toute hypocrisie collective. Ils étaient prit au piégés.

-Peut être ceux qui était là pour le voir. Les plus anciens savent toujours la vérité… Tu n’as jamais voulu savoir, toi ?

Ce n’était qu’un thème parmi tout ceux qu’elle aimait aborder. On pouvait s’intéresser aux plus petits détails de la vie et en faire un débat passionné. C’était comme d’allumer une étincelle en effet. Une toute petite étincelle qui avec un peu de chance pouvait devenir une splendide flamme. Danielle avait besoin de croire en touts ces choses. C’était sa façon d’être. Elle se sentait heureuse dans ces extrapolations. La réalité, la vraie, était souvent trop banale tel quelle… ou trop dure.

Alors la tolérance de Mathieu la rendait heureuse en toute simplicité. C’était peut être idiot mais c’était son idiotie. Parce qu’ils étaient encore jeunes. On leur donnait des responsabilités. Ils étaient raisonnables jour après jour. Ils avaient bien le droit de s’échapper de temps en temps. Ça n’avait rien de risqué. Ils ne faisaient que s’amuser. Tout sourire la petite bergère se laissait entraîner dans une charmante fiction.


-Dans ce royaume, la noblesse n’est pas choisie par son sang, mais par son âme. Vous êtes le fils de l’Océan. L’eau et la lumière ont fois en vous ! Vous devrez préserver ces terres de la souffrance et de la méchanceté !Je serais là pour vous y aider.

La demoiselle donnait libre cours à son goût pour le lyrisme. A travers une improvisation ses aspirations les plus intimes apparaissaient. Elle était convaincu qu’il y avait plus de noblesse dans les choix que dans les arbres généalogiques. Ce jeune homme était brave et doux il méritait son titre plus que les jumeaux de la Comtesse !

Elle l’imitait en faisant une marque de respect plus féminine devant leur premier interlocuteur. Bien sûr Danie ne savait pas faire de révérence. Ce n’était que de l’imitation dont la sincérité était attachante. Elle prenait une voix pondérée rappelant les dames de la haute société.


-Son Excellence accepte et viendra en compagnie des vers et autres amis discuter autour d’une salade composée. Ce sera aussi…

Pinceau aboyait d’un seul coup coupant ses élucubrations. Elle reconnaissait l’intonation et remontait au milieu du troupeau jusqu’à lui. Babines retroussées il était en garde contre trois chats sauvages. D’ordinaires ils ne s’approchaient pas autant des moutons. Ils avaient une allure famélique. La sorcière observait la scène quelques secondes. Debout face aux enragés elle respirait la compassion.

-Ils ont faims. Arrêtes de les grogner Pinceau. Ceux sont les émissaires de la Famine.

Ses prunelles vertes se voilaient lentement de tristesse.
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MessageSujet: Re: La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt   Sam 23 Avr 2011 - 18:29

Oui, Mathieu aimait l'eau, la mer, l'océan. Petit cela avait été son rêve. C'était son échappatoire. Lorsqu'il en avait la possibilité, il quittait la maison familiale, les champs et partait vers la falaise. Il s'installait tout au bord, les pieds ballants dans le vide, et il observait. Il observait l'océan se déchainer contre la terre, vague après vague, il le regardait se briser contre cette étendue rigide et tenace. Pourtant Mathieu savait que l'océan finirait par gagner. Un homme lui avait expliqué comment l'océan gagnait petit à petit sur la terre, rongeant avec patience la roche. Il avait même vu de ses yeux des énormes rochers se détacher sous l'action insidieuse de cette entité si véloce et puissante. Oui, l'océan était libre et indomptable, et Mathieu rêvait de devenir comme lui, hélas, c'était impossible. Peut-être aurait-il était plus agréable de naître comme une créature marine. L'espace d'un instant, il envisagea sa vie en poisson, libre et tranquille au milieu de l'océan. La question de Danielle le ramena sur terre là où, malheureusement, il était né.

« - Non, je suis né dans une famille de fermiers, je n'ai pas eu le loisir de pouvoir être marin. J'y avais pensé mais j'étais destiné à autre chose. Pour les sirènes, j'ai entendu beaucoup d'histoires à leur sujet, mais même les personnes qui disent en avoir vu n'ont pas de preuves, peut-être ne sont-ce que des chimères d'hommes. »

L'homme a, de tout temps, toujours été fasciné par la mer. De cela a découlé de nombreuses envolés lyriques, des poèmes, des récits... L'océan suscite des fantasmes, des rêves, des songeries. Son impétuosité fait également peur, réveille les craintes et les angoisses, les amplifiant parfois. Il était parfois difficile de faire la part des choses entre la réalité et la fiction. Peut-être que ces créatures existaient bel et bien, qui aurait pu le dire ? Le seul moyen serait probablement d'en ramener une, de l'exhiber, pour que tout le monde puisse avoir conscience de leur existence. Mais capturer de tels êtres était il seulement possible ? Mathieu n'en savait rien.

« - Il y a suffisamment à faire avec le présent et le futur pour s'occuper en plus du passé. Non pas que je ne sois pas curieux, mais pour l'instant je n'ai pas le temps de vivre le regard tourné vers l'arrière. »

Oui, s'occuper du futur, se tourner intégralement vers l'avenir. Ne pas songer au passé, ne pas le remuer, ne pas le réveiller. Tout était difficile derrière, non, mieux valait ne jamais se retourner. Il plongea volontiers dans ce petit jeu amusant. Il s'écouta être décrété fils de l'Océan et prit avec solennité son devoir à la lettre. Leur rencontre avec l'escargot n'était qu'une facétie de plus dans cette gigantesque imagination rocambolesque. Danielle se chargea de la transmission des paroles de l'émissaire de la Lenteur, affirmant qu'il serait honoré de venir partager une salade composée. Ils furent néanmoins interrompus par Pinceau qui aboyait contre ce qui semblait être trois chats sauvages. Mathieu observa la jeune femme « défendre » ces pauvres animaux. Mathieu l'observa un moment et finit par dire :

« - Tu ne crains pas qu'ils s'attaquent à toi un jour ? Ils pourraient être dangereux, s'ils se regroupaient. »

Il observa les animaux d'un regard circonspect. Ils étaient aux abois à cause de la présence de Pinceau mais on pouvait sentir qu'ils regardaient le troupeau avec envie. Oui, ils pourraient être un problème...
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MessageSujet: Re: La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt   Dim 24 Avr 2011 - 21:07


-Ho, tu crois au destin ? Vraiment ? Quel est le tiens ?

Il était né dans une ferme comme elle. Pourtant il était à ses cotés loin de cette ferme. Danie se demandait comment il avait obtenu cette liberté. Une ferme avait toujours besoin d’une paire de bras. Ces quelques jours avaient bien montré que ce jeune homme avait de la valeur. Qu’est-ce qui avait put le pousser loin de sa terre ? Cette nouvelle interrogation envahissait son esprit. Elle en était si curieuse que même les sirènes n’attiraient plus son attention. C’était toujours plus stimulant de comprendre les mystères de l’être humain.

Il était déjà un peu vieux dans l’âme. Elle avait l’impression d’entendre Emilie. Ils n’avaient le temps de rien. Ce n’était pas vraiment de leur faute à eux. Il y avait toujours du travail. Toujours quelque chose à faire pour quelqu’un. C’était un peu triste tout de même. Pourquoi les gens comme eux ne pouvaient ils pas, prendre le temps, d’apprendre ? Heureusement qu’elle avait été acceptée dans la Tribu. Sinon personne n’aurait éveillé sa soif de connaissance à ce point. Ses questions seraient directement posées aux sages d’Olrun.


-D’accord ! Qu’est-ce que tu vois devant ?

Il y avait un peu de malice dans sa voix. Le pragmatisme d’autrui n’arrivait pas à la décourager. La demoiselle était bonne joueuse. Elle n’allait pas insister. Le but n’était pas de le braquer. Puisqu’il préférait parler d’un autre monde autant continuer. Le chemin était riche et les rencontres ne manqueraient pas.

Preuve fût faite peu après. Le chien avait obéit à contrecœur. Pinceau n’avait pas réellement de maître. C’était bien la bergère qui l’avait veillé et nourri chiot. Cependant elle avait pour principe de ne jamais dominer un animal. Chaque créature vivante avait droit au même respect. Les humains, n’étaient pas, et ne seraient jamais les maitres du monde. Le trio feulait en position d’attaque. Leurs pupilles étaient d’un jaune sombre intimidant.


-Ils peuvent le faire c’est vrai. Nous sommes sur leur territoire.

Danielle avait accueillie des dizaines et des dizaines d’animaux errant dans la grange de ses parents. Elle ne supportait pas de voir une bête blessée ou en danger. Elle s’était prit des coups de griffes, des morsures, qui lui avaient parfois fait monter les larmes aux yeux. Mais son amour pour eux l’aidait à les comprendre et à les soulager. L’hiver avait été dur par ici. Les conséquences étaient sous leurs yeux.

D’un geste lent elle commençait à ouvrir son sac de toile. Elle n’avait pas assez de vivre pour en nourrir trois. Avec un air dépité elle se séparait de lui pour le poser au pied de son compagnon canin. Il était toujours tendu et fixait ces chats avec animosité. Si elle avait été seule l’Initiée aurait put user du « Somno Oppressus » pour les apaiser en toute sécurité. Mais elle n’avait pas le droit d’utiliser la sorcellerie devant témoin.

Elle fit un pas dans leur direction. Ils en courbèrent l’échine en crachant. Danie qui était si gauche avec les siens devenait sereine avec les autres espèces de la Terre. Elle avait la nuque légèrement plus droite. Son maintient était plus altier. Pour passer elle devait leur faire comprendre qu’elle en avait le droit. Elle ne dégageait aucun danger mais une étrange fermeté.


-Je reviendrai tout à l‘heure. Mais vous ne pouvez pas les toucher.

Son bâton en avant elle faisait un pas supplémentaire. Ils hésitaient un peu. C’était tout ce qu’il fallait pour gagner ce petit duel. La jeune fille leur souriait. Elle annulait la distance qui les séparaient ce qui les fit reculer sur les côtés. Alors elle resta en bordure de route et claqua de la langue pour un nouveau code. Le berger allemand reprenait le chemin et les bêtes suivaient. Les chats étaient dans son dos. Ils regardaient passer pourtant ils n’attaquaient pas.

Quelques minutes plus tard ils étaient loin et la colline était à leur pied. Elle allait en éclaireur en haut de ce petit mont. Le terrain était désert, l’herbe était parsemée de gouttes brillantes. Tout allait bien. Les moutons avançaient vers leur repas l’œil gourmand. Ils étaient guettés par des yeux verts de nouveaux heureux. La hiérarchie du groupe se dessinait tranquillement sous l’aurore printanière. Pinceau s’allongeait à côté d’un arbre en prévision de la chaleur.
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MessageSujet: Re: La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt   Lun 25 Avr 2011 - 14:20

Mathieu s’était mal exprimé. Il ne croyait pas vraiment à la destinée, la preuve en était son existence à lui, paysan de naissance, noble de vie… Non, on pouvait faire un pied de nez au destin si on le désirait, l’homme était le maitre de sa propre vie, il n’y avait aucune entité supérieure pour dicter ses actes et son avenir.

« - Ce n’est pas ce que je voulais dire quand je parlais de « destin ». Nous ne sommes pas destinés dès notre naissance à faire telle ou telle chose. C’est à nous qu’il incombe de choisir notre route, et libre à nous de changer de direction quand nous le voulons. La vie impose des choses mais nous restons maîtres de notre personne. »

Oui, Mathieu était convaincu de cela. Rien ne saurait mettre en défaut cette idée que Dieu ou aucune autre puissance ne saurait dominer sa vie et l’empêcher de faire ce qu’il désirait faire, quand il le voulait. Bien entendu, il fallait parfois s’accommoder de certains désagréments, mais la vie était ainsi et réaliser nos objectifs, nos rêves et nos envies, qu’importent les aléas de l’existence, était une manière de se faire des armes et d’avancer encore et toujours. Il n’y a que ceux qui se plaignent du mauvais temps pour ne pas profiter d’une ballade sous une petite pluie et ainsi découvrir des paysages qu’on ne verrait pas sous le soleil.

Le jeune paysan était probablement déjà un homme, oui, surement. Mais après ce qu’il avait vécu, qui n’aurait pas grandi ? Perdre ses parents et, plus généralement, sa famille, n’était pas quelque chose d’agréable, et forçait souvent à la victime de grandir, de prendre des responsabilités plus tôt que prévu. Mathieu ne s’en formalisait pas. Le passé était le passé. S’il était un homme dans un corps de jeune homme cela ne le dérangeait pas. Mieux valait cela à être un garçonnet dans le corps d’un homme adulte.

Lorsqu’elle lui demanda, non sans malice, ce qu’il voyait devant, il ne put s’empêcher de sourire. Que voyait-il ? Il n’en savait rien, il n’y avait probablement rien à voir de toute façon. Quel avenir pouvait-il avoir lui qui mentait au monde entier ? Probablement aucun.


« - Je ne sais pas. » Il haussa les épaules. « Des moutons. »

Un peu d’humour oui, c’était un bon moyen de se sortir de cette impasse qui ne mènerait à rien. Il n’allait pas parler de son passé, ni de son avenir, ni de ce qu’il faisait actuellement, pour la simple et bonne raison qu’il ne voulait pas évoquer la perte de ses parents, qu’il ne voulait pas dire qu’il mentait, qu’il ne voulait pas envisager l’avenir qui l’attendait : un manque complet d’avenir. La vie de Mathieu s’apparentait à de la survie, c’était ainsi. C’était tout. Il aurait pu être ces chats sauvages sur le bord de la route, affamés, qui auraient bien voulu un des moutons pour pouvoir se repaître à satiété.

Le jeune paysan observa Danielle s’affirmer face à eux. Si une chose était certaine, elle n’en avait pas peur mais ne voulait pas les dominer non plus. Elle s’était contenté de leur faire comprendre qu’elle passerait, il le fallait, mais qu’ils ne pourraient rien faire contre ça. Suivant le troupeau tel un mouton de Panurge, Mathieu regardait la scène surpris. Peu de bergers auraient réagis de la sorte. C’était très étonnant. Finalement, ils furent loin ces chats sauvages et ils étaient arrivés à destination. Le jeune homme se rapprocha de la bergère après que les moutons aient prit possession de leur nouveau garde-manger.


« - Tu as bien plus de courage qu’on ne pourrait le croire au premier coup d’œil Danielle. N’as-tu donc jamais peur de faire face au loup ? »

C’était une image bien entendu, le loup étant le méchant habituel face aux moutons.
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MessageSujet: Re: La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt   Ven 29 Avr 2011 - 10:07

Comment pouvait on être son propre maître, quand un homme plus puissant, avait quasiment droit de vie ou de mort sur nous ? Les Byche étaient aux ordres des nobles depuis toujours. Leur libre arbitre se résumait en quelques décisions agricoles. Cela n’était pas prêt de changer. Aucun riches de s’intéresserait à des petites paysannes sans dot ni esprit. Du haut de ses seize ans Danie connaissait déjà son destin…

-Je n’en suis pas si sûre. Ici la liberté… elle s’achète.

Malgré ce futur un peu gris la légèreté était de mise. La demoiselle saluait le petit trait d’humour d’un sourire. Il était peut être un peu tôt pour aborder des questions personnelles. La patience était dit-on la mère de toutes les vertus. Une jeune bergère en plein apprentissage n’aspirait-elle pas à la vertu ? Danielle voulait devenir quelqu’un de bien. Une femme qu’on écouterait avec respect. Quelqu’un qui malgré ses origines pourrait faire évoluer leur village.

-Moi j’adorerais m’occuper de chevaux… As-tu déjà vu les chevaux royaux ? On dit qu’ils sont splendides …

La scène à laquelle Mathieu assistait n’était qu’un exemple parmi tant d’autre. Cette fille était une fille de la nature. On aurait put l’appeler Diane. Il lui était déjà arrivé de fuir les travaux des champs pour aller retrouver la forêt. Elle ne pouvait pas résister au chant de la Mère. Sans aucun doute aurait-elle fait une parfaite guérisseuse. Mais ses sœurs y voyaient le signe de son appartenance à Olrun. C’était trop risqué. Elles n’avaient pas tout à fait tort.

Une fois sur la colline tout était tranquille. C’était la partie la plus facile de ce travail. Un petit moment de langueur perdu dans le tourbillon du labeur. Un berger devait rapidement apprendre à apprécier le silence et la solitude. Cela faisait partie intégrante de leur quotidien. Ce qui expliquait le plaisir de cette jeune fille à avoir un peu de compagnie. Elle allait s’assoir sur l’herbe comme si celle-ci était un tapi. Cet endroit était un peu son domaine.


-C’est gentil de me dire ça. Je ne sais pas si c’est du courage… je crois que je les comprends, c’est tout… Elle lissait le tissu un peu élimé de son tablier. Il protégeait ses jambes du petit vent matinal. –Ho j’en ai déjà vus, là bas sur dans la montagne. Ils ne sont pas beaucoup. Ils sont magnifiques. On dirait, je ne sais pas, qu’ils sont des rois…

Les moutons mangeaient sans se préoccuper de leurs gardiens. La jeune fille les surveillait avec une sorte de tendresse maternelle. Au loin un premier rayon rouge montait au dessus de l’horizon. Le soleil se décidait tranquillement. C’était le plus beau moment de la journée. Il fallait le partager ! D’un bond elle se levait et aller lui attraper la main sans cérémonie. Elle était en confiance avec lui ce qui se sentait.

-Viens… L’empereur va monter sur son trône !

Elle embarquait le fermier jusqu’à l’un des plus grands arbres. C’était un énorme centenaire bien planté au tronc imposant et aux branches solides. Une inclinait du buste équivoquait à son salut respectueux envers un maître. Elle désignait l’une d’entre elle avec complicité. On ne savait plus vraiment si celle-ci concernait l'arbre ou le jeune homme. C’était le perchoir de tous les curieux. Danielle en avait fait un point d’observation. Avec les années son passage avait dessiné des marques sur l’écorce. Des petites rainures qui racontaient l’histoire de son enfance.

Avec une agilité digne d’une petite cascadeuse elle rejoignait le lieu-dit. Son parcourt était simple. Une ascension amusante qu'elle aurait put faire les yeux fermes. Elle avait des points d’appuis. Chacun de ses gestes semblaient être une caresse amicale. Chaque souffle devenaient un petit message pour son hôte.
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MessageSujet: Re: La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt   Ven 29 Avr 2011 - 11:00

Tout le monde pouvait être son propre maître. Certes la noblesse était propriétaire des terres et la faisait cultiver par des paysans sur lesquels ils avaient pas mal de droits, mais cela n'empêchait pas ces derniers de mener leur vie comme bon leur semblaient après tout, il fallait bien comprendre que sans paysans pour cultiver la terre, les nobles seraient bien embêtés. Et puis, il suffisait de regarder la propre expérience de Mathieu pour comprendre que chacun était maître de son destin, que chacun pouvait tracer son propre sentier dans la forêt de la vie et le suivre, qu'importe qu'il soit semé d'embuches ou évite miraculeusement les ornières. Contrairement à ce que pensait la jeune femme, la liberté ne s'achetait pas, elle se conquérait et, plus important, encore, il suffisait de s'en rendre compte pour y parvenir. Vivre par ses propres moyens pouvait être difficile, certes, mais c'était peut-être le seul « prix » de la liberté, si tant est que l'on puisse réellement parler de prix pour cela. Mais cela, les gens ne le comprenaient pas, ils se croyaient trop souvent enfermés sans réaliser que ceux qui mettaient des barreaux autour de leur existence n'étaient pas ceux auxquels ils pensaient mais bel et bien eux-mêmes. Réaliser cela, c'était devenir libre.

« - Aucune liberté ne s'achète, Danielle, aucune. Crois-moi. On l'obtient lorsqu'on la cherche vraiment, c'est tout. »

Celui ou celle qui désirait s'échapper de sa vie pouvait le faire mais généralement on préférait se complaire dans quelque chose d'insuffisant mais de stable que dans quelque chose de merveilleux mais profondément instable. Pourtant, il n'y avait aucune mesure, et il pouvait en témoigner. Car si son existence n'était pas assurée comme celle des membres de la famille Byche, il vivait selon ses principes et pas ceux dictés par ceux des autres, et cela, ça n'avait pas de prix. (Pour tout le reste, il y a master card.) Il ne regrettait rien et, de toute façon, il n'y avait rien à regretter.

« - Je n'ai pas vu de chevaux royaux, mais j'ai croisé un noble qui avait un haras très impressionnant avec de superbes étalons. Oui, cela doit être agréable de s'occuper des chevaux, mais je préfère travailler la terre. »

Il rajouta:

« - Mais je te vois bien t'occuper des chevaux. Je t'imagine bien leur raconter des histoires tandis que tu les brosses ou que tu t'occupes de leurs stalles. »

Ce n'était pas un mensonge. Cette petite bergère aurait tout à fait sa place dans une écurie mais ce rôle de meneuse de moutons lui allait également comme un gant. Il imaginait mal Danielle enfermée dans une écurie.

Une fois en haut de la colline, Mathieu observait la clarté envahir le paysage. La nuit cédait la place au jour et bientôt il lui faudrait retourner aux champs. Le chemin ne serait pas long et il profiterait de la descente. Peut-être même pourrait-il le faire en courant, dévalant la pente comme il dévalait parfois quelques descentes lorsqu'il était enfant.


« - Tu es bien la première qui me dit que tu comprends les loups. Mais enfin peut-être as-tu raison, peut-être qu'il s'agit de r... Hé ! »

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Danielle s'était relevée et l'avait prit par la main pour l'emporter, en courant vers un grand arbre centenaire en prétextant qu'il ne fallait pas manquer l'empereur qui s'installait sur son trône. Le jeune homme ne comprit pas tout de suite et il ne le put que lorsqu'elle daigna s'arrêter devant l'arbre et désigner une branche. Il comprit alors qu'elle voulait regarder le soleil se lever sur Forbach. Il grimpa à sa suite, suivant le chemin qu'elle avait tracé depuis plusieurs années et arriva à sa suite sur la branche désignée plus tôt et, en silence, observa « l'empereur » daigner offrir à ses sujets ses plus merveilleux rayons...
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MessageSujet: Re: La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt   Dim 22 Mai 2011 - 10:06


-Je ne sais pas. Tu es libres toi ? Comment fais-tu ? J’aimerai vraiment pouvoir faire ce que je veux. Mais… je suis trop jeune je crois.

Mathieu faisait des jolis discours mais la réalité était plus ferme. Elle était faite de contraintes auquel une jeune fille ne pouvait échapper. Danie était consciente qu’elle ne pouvait pas agir comme elle le voulait. On comptait sur elle. Ses parents avaient prit soin d’elle pendant des années. Ce n’était qu’un juste retour des choses qu’aujourd’hui elle prenne soin d’eux ! Même si elle rêvait de charmants sorciers … Si elle avait sut combien son interlocuteur prenait des risques pour sa liberté !

Le compliment la toucha en plein cœur. Ses joues rougissaient de plaisir. Son savoir-faire était considéré comme normal ici. Quand on vivait avec les animaux on savait s’en occuper, point. C’était totalement faux ! La jeune fille connaissait des fermiers sadiques qui maltraitaient leurs bêtes. Ils évacuaient toute leur rancœur sur les chevaux- de-trait. Ce comportement la mettait en très grande colère. Souvent elle voulait alpaguer le tortionnaire.


-Quand le maître vient au champ c’est moi qui s’occupe de son cheval ! Tu verrais comme il brille…

Ils papotaient gentiment. C’était un moment privilégier loin de toute l’agitation. Danielle pouvait rester des heures à bavasser dans l’herbe. Elle appréciait la répartie de ce compagnon imprévu. Il avait un regard sur ce monde qui la surprenait. Plus elle le côtoyait et plus elle avait l’impression qu’il était… spécial. Quelqu’un de spécial devait voir la magie de ce monde. Il l’avait fait rêver avec sa mer. Elle voulait le faire rêver avec son soleil.

A califourchon sur sa branche la sorcière ouvrait de grands yeux admiratifs. Les mains posées sur l’écorce arrivaient presque à s’imprégner. Petite elle s’imaginait devenir un arbre ou bien une fleur et de pouvoir communiquer avec tout ce qui l’entourait. C’était… un peu fou. Mais cette enfant était faite pour vivre à l’air libre. Quand elle observait le ciel se draper de rouge elle sentait dans sa poitrine son cœur battre plus fort. Médusée par le spectacle elle restait muette. Son corps se tendait un peu vers les rayons comme pour profiter de leur bienveillance.

Au bout de longues minutes perdues dans l’immensité des cieux elle eu un petit soupire de bonheur. Son regard était plus clair à force d’avoir défié la lumière. La mélanine s’activait lentement et elle souriait comme une enfant. Elle avait beau voir cette scène touts les jours, touts les jours, elle était aussi transie. Dans son esprit se créaient des fantasmes magnifiques où le soleil donnait vie à une magie blanche et merveilleuse.


-… Je me demande souvent ce que ça fait d’être tout là haut.

Au pied de l’arbre le chien les espionnait en battant de la queue.
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MessageSujet: Re: La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt   Dim 22 Mai 2011 - 10:49

Oui, Mathieu était libre. Il faisait ce qu'il voulait, vivait pour lui, loin de toutes entraves. Il devait certes parfois travailler un peu pour obtenir de quoi manger et éventuellement de quoi dormir, mais il aimait travailler, aussi n'était-ce pas vraiment une contrainte. Et puis cela forgeait le corps et l'esprit. Un travail accompli avec brio était une satisfaction sans pareille. Ce sentiment du devoir accompli lorsque l'on s'endormait, le corps encore endolori, était indescriptible pour ceux qui n'avaient jamais travaillé. Voilà pourquoi la liberté était à portée de main pour ceux qui la désiraient vraiment. Mais il convint que c'était peut-être plus difficile pour d'autres. Lui n'avait donné, en échange, qu'une maison vide où il n'avait que de mauvais souvenirs, d'autres, comme Danielle, auraient surement davantage à quitter, comme une famille unie et aimante, une maison accueillante et chaude en hiver. Oui, pour ces personnes-là, le prix de la liberté était probablement plus dur à payer, mais c'était ainsi, le poids du malheur n'était pas facile à porter non plus.

« - Je suis libre oui, je vais où bon me semble, je fais ce que je veux. Je voyage, je travaille pour me nourrir, me loger, et parfois gagner quelques pièces, mais je le fais parce que j'aime ça. Il n'est plus rien que je fais parce que je suis forcé de le faire. »

Sa vie avait prit un tout autre tournant lorsque sa famille avait éclaté en morceaux...

« - Mais, je ne pense pas que ce soit parce que tu es trop jeune, moi-même j'ai pris ma liberté à ton âge, mais j'avais probablement moins à quitter que toi. Tu as une famille qui t'aime, une vie agréable et plus de libertés que je n'en avais, crois-moi. Quitter tout cela pour un peu plus de liberté serait peut-être inutile, pour moi c'était une nécessité. Tu as le temps devant toi Danielle, profite de la vie.

Il eut un petit sourire lorsqu'il vit la jeune femme rosir devant le compliment qu'il venait de lui faire. Ce sourire s'élargit lorsqu'elle sous-entendit que c'était elle qui s'occupait du cheval du propriétaire des champs et qu'elle était aux petits-soins avec lui. Oui, il n'en doutait pas, le cheval lui-même devait être heureux de venir aux champs avec son maître à l'idée de revoir la petite Danielle.

Alors qu'il arrivait en haut de l'arbre, à hauteur de la branche où la jeune fille s'était installée à califourchon, il resta debout, une main serrée autour du tronc pour observer, derrière elle, le soleil se lever. C'était quelque-chose de magnifique, il fallait l'admettre. Parfois, lorsqu'il voyageait et qu'il se levait tôt pour reprendre la route, le soleil se levait à l'horizon, face à lui, et il pouvait l'admirer alors qu'il marchait « vers lui ». Mais, ces instants là ne souffraient aucune comparaison. C'était un peu comme si le temps s'arrêtait. Il revint sur terre lorsqu'il entendit la petite bergère soupirer. Et dire qu'elle venait ici tous les matins pour avoir cet avant-goût de paradis.


« - Si tu étais tout la haut, tu profiterais surement d'une vue exceptionnelle, inimaginable où tu verrais ta propre lumière éclairer petit à petit notre monde. Chaque jour tu t'émerveillerais devant un autre détail mis en lumière, observant les changement opérés pendant la nuit où tu dormais. Mais, tout là haut, je crois que tu te sentirais un peu seule, non ? »
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MessageSujet: Re: La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt   Lun 23 Mai 2011 - 9:52

Danie écoutait ce fermier sans dissimuler son admiration. Il avait le visage d’un héros à ses jeunes yeux. Il avait réussi à quitter son foyer et à de venir maître de lui-même. C’était quelque chose d’inimaginable quand on naissait dans la ferme dans la quelle on allait passer sa vie. Il avait de la chance. Il était nomade. Etait-ce cela le prix de la liberté ? Être libre au point de disparaître sans laisser sa trace sur la Terre ? Cette perspective avait de quoi calmer les grands élans d’aventures de la jeunette.

-Et, alors, ta famille ne te manque pas un peu ? C’était sûrement ce qui aurait été le plus dur en quittant la maison. Plus de parents, de sœurs, pour la chicaner, ou la câliner. Elle hochait vivement de la tête à l’affirmative. La petite bergère se rendait bien comte qu’elle n’était pas mal lotie. Ce n’était pas le problème. Mais… elle était une fille d’Olrun. Et on lui racontait depuis des années le destin de ces femmes. Elle était initiée. Un jour elle serait une grande sorcière ! C’est que je voudrai être spéciale…

Elle ne pouvait pas parler du sujet comme elle le voulait. Mais c’était un fait. Depuis qu’elle avait apprit l’existence des tribus Danielle Byche rêvait. Pourtant rien ne démontrait qu’elle avait un talent particulier pour la magie. Elle n’avait aucune véritable facilité. Ses connaissances augmentaient régulièrement grâce à beaucoup de passion mais surtout du travail.

Peut être qu’elle resterait quelqu’un d’ordinaire au bout du compte. Que pouvait-elle désirer qui nourrisse son avenir ? A part les animaux rien n’arrivait à éveiller une flamme en elle. Oui décidément le Père lui avait donné un mauvais rôle. Plus elle regardait la toile de mère nature plus ses pensées dérivaient. Elle était encore jeune. Pourtant le temps passait tellement vite. L’époque des jeux avec ses deux petites sœurs lui semblait déjà si loin.


-Oui, peut être un peu c’est vrai. Mais si Pinceau venait avec moi…

Ses jolis yeux de la couleur d’un ciel d’été étaient rieurs. Son pauvre chien n’aurait jamais supporté d’être un observateur. Il jappait au bout d’à peine cinq minutes quand il devait rester statique. Danie surveillait son troupeau. Les moutons étaient sages. Ils profitaient des dernières minutes de l’aurore. Ils avaient bien raison. La journée allait être longue pour tout le monde. Sans crier garde elle cessait de se balancer sur sa branche. En s’appuyant sur ses bras elle put profiter d’une impulsion pour se mettre debout. Et la blanche devenait une poutre pour cette adolescente plutôt dégourdie.

-Quand j’étais petite je voulais être un ange…

Elle faisait un pas sur le bois en tendant les bras pour conserver son équilibre. Elle avait vue des tableaux dans l’Eglise. Le son d’une cloche attirait soudainement l’attention vers le bas. Une partie des bêtes commençait à aller un peu trop loin en amont. Il n’en fallait pas plus pour stopper les rêveries de la fille Byche. En deux temps trois mouvements elle incitait son camarade d’observation à rejoindre le sol. Le chien avait filé vers les rebelles pour entamer le rassemblement.

Danielle se saisissait du bâton avec une détermination pleine de bonne humeur.


-J'aime bien parler avec toi Mathieu.
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MessageSujet: Re: La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt   Lun 23 Mai 2011 - 10:57

Sans le savoir, elle avait touché là où cela pouvait faire le plus mal : la famille. Si sa famille ne lui manquait pas un peu ? Si, forcément, sa mère lui manquait beaucoup évidemment. Son père et ses frères un peu moins, mais leur absence se faisait forcément ressentir lorsqu'il pensait à sa mère. Il avait toujours une petite prière silencieuse pour elle le soir avant de s'endormir, mais il ne se faisait pas vraiment d'illusions, il ne la verrait plus jamais. Il doutait que l'on rejoignait ses proches lorsque l'on mourrait. On n'avait qu'une seule vie, il ne tenait qu'à nous de ne pas la gâcher. Il eut un sourire presque triste lorsqu'elle lui avoua vouloir être spéciale. Oui, tout le monde voulait l'être un peu, laisser une petite marque de son passage sur cette Terre avant de mourir. Mais Mathieu était persuadé que ce petit brin de fille laisserait sa marque d'une manière ou d'une autre.

« - Ma famille me manque parfois un peu, oui, forcément. Mais c'est le choix que j'ai fait, je l'ai accepté et je vis avec. C'est parfois un peu difficile mais j'ai gagné ma vie et je la vis comme je l'entends. »

Il regarda Pinceau un moment puis rajouta :

« - Tu es déjà spéciale, Danielle. Je suis certain qu'il n'existe pas deux petites bergères comme toi. Peut-être n'as-tu pas besoin de chercher ailleurs ce dont tu as besoin. J'avais besoin de faire ce que j'ai fait, mais peut-être que tu auras tout ce que tu souhaites en vivant la vie que l'on t'a donné. Tu n'as rien d'une jeune fille ordinaire, vraiment. »

C'était sincère. La preuve en était qu'il était fort agréable de discuter avec elle. Il y avait une certaine légèreté qui n'existait pas dans toutes les discussions. On avait l'impression de pouvoir tout aborder sans gêner, sans choquer. Ce n'était peut-être qu'une impression d'ailleurs, après tout, ils s'étaient contentés de bavarder, le jeune homme attendant que le jour se lève pour poursuivre son travail dans les champs. Il lui faudrait d'ailleurs bientôt partir. Le temps de redescendre de la colline, il aurait tout juste le temps d'être à l'heure pour récupérer les outils et se mettre au travail. Le patriarche de la Famille Byche attendait beaucoup de lui, surtout depuis son premier jour de travail où Mathieu avait pu lui montrer tout ce qu'il pouvait faire en un temps record. Mais le jeune homme aimait travailler, aussi ce n'était pas très difficile pour lui. Suer au travail était un honneur que certains hommes ne semblaient pas connaître.

Il regarda la jeune fille jouer les équilibristes sur la branche. Ainsi voulait-elle devenir un ange ? C'était un souhait peu commun. Généralement les petites filles voulaient devenir des princesses, trouver le prince charmant, l'épouser et vivre heureuses toute leur vie. Il eut un sourire amusé :


« - Peut-être que ce rêve-là c'est déjà réalisé. »

Soudain, son regard s'était porté vers le bas où quelques moutons s'étaient écartés du groupe. Pinceau s'était déjà porté à l'encontre des récalcitrants mais Danielle devait veiller sur son troupeau aussi pressa-t-elle Mathieu de descendre de leur perchoir et elle glissa à sa suite en bas de l'arbre avant de récupérer son bâton. L'heure était à la séparation, le jeune homme devait aller travailler, il avait un honneur à défendre et une rémunération à mériter. Il sourit au compliment qu'elle lui fit et répondit :

« - J'aime bien être en ta compagnie Danielle, et n'oublie pas, tu n'es pas une fille ordinaire, tu es déjà bien plus spéciale que tu ne le penses. »

Il s'avança de quelques pas et l'embrassa gentiment sur la joue.

« - Je dois filer. J'ai du travail et il faut que tu t'occupes de tes moutons. Nous nous reverrons surement, prends soin de toi. »

Et sur ces mots, il s'éloigna en marchant, le sourire aux lèvres, prêt pour une nouvelle journée de travail.
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MessageSujet: Re: La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt   Mer 25 Mai 2011 - 9:55

Danie le trouvait bien solennel. La lueur de tristesse ne lui avait pas non plus échappée. Une nouvelle fois elle se demanda qui était Mathieu Mevel. Malgré son enthousiasme elle eu accès de tact pour laisser le sujet en suspend et ne pas alourdir l’instant partagé. Dans certains cas le silence était d’or.

Mais ils quittaient un sujet gênant pour aller vers un autre. La jeune fille ne savait pas comment réagir devant les compliments. Elle se sentait rougir de la tête aux pieds. Ses yeux allaient irrémédiablement rejoindre le sol tandis qu’elle bafouillait des remercîments. On lui avait apprit à être humble et sage.


-Merci ! Je ne… je ne pensais pas être comme ça… Mais toi tu es vraiment spécial ! Tu as voyagé, tu as vus des milliers de choses… comme les aventuriers !

Elle le pensait du plus profond de son cœur. Elle était certaine d’avoir de la chance qu’un garçon aussi atypique ce soit arrêté chez les Byche. C’était aussi la raison pour laquelle elle ne cachait rien de sa petite vie. Elle n’avait pour ainsi dire qu’un seul vrai secret. On ne lui donnait pas le choix. Protéger et servir Olrun étaient l’un de ses buts premiers. Impossible de lui répondre que le rêve s’était réalisé sous une forme inattendue.

-Alors qui est-ce que je dois protéger à ton avis ?

De nouveau sur le sol ferme tout les deux ils devaient se dire au revoir. Le travail n’attendait jamais ici bas. Le jeune homme réitérait son appréciation la faisait un peu plus rosir. Elle se demandait en quoi elle pouvait sortir de l’ordinaire à ces yeux. Elle n’était qu’une jeune bergère pipelette et envahissante. C’était ce que répétait sa famille à longueur de temps. Elle ne savait plus quoi dire ?

D’ailleurs le joli fermier la déstabilisa en un instant par son petit baiser. Danielle était surprise et se demandait si elle avait le droit de répondre à cette preuve d’affection. Elle était tactile et adorait faire des câlins. Dans un élan l’adolescente se mit sur la pointe de ses pieds et l’embrassa à son tour.


-Bon courage… fais attention au soleil ! Je t’apporterai de la tarte bientôt ! Et … Merci de m’avoir accompagné. J »espère que ça pourra se refaire.

La jolie bergère lui adressait un dernier sourire ravi avant d’aller vers le troupeau. Sa langue claquait déjà contre son palais avec énergie. Son pas était léger. Elle se serait même mise à chantonner. La vie était parfois si simple !

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