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 Le Phénix Noir

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MessageSujet: Le Phénix Noir   Mar 3 Mai 2011 - 21:21

Les sous sols ont longtemps abrités mon image, antre sombre et solitaire, ils ont été le refuge de mon âme noire que seule la nuit reconnait. Aujourd'hui mon âme ne trouvera le repos que lorsque le chagrin s'effacera devant l'insoutenable que la vie si cruelle m'a encore infligé...
Alicia, ma sœur, mon alter égo de l'ombre, celle qui durant toute ces années a veillé sur les sorcières du Lys Noir, repose en paix dans ce refuge qui désormais sera le tiens...


La main de Mina caressa une nouvelle fois le visage de la Meneuse avant de le recouvrir d'un voile de soie blanche et de sa voix mélodieuse réciter une dernière prière. Alicia reposait sur son linceul immaculé, telle un lys aux pétales fragiles dont la beauté ne peut se faner. Bientôt, ils viendraient tous lui rendre un dernier hommage, celui que l'histoire du Lys noir citera comme le plus grand témoignage de respect et d'amour que l'on puisse porter.
Mina fit quelques pas et porta son regard vers celui qui reposait à ses côtés. Sang de son sang, chair de sa chair, celui qui la suivrait jusque dans la mort...La main délicate renouvela son geste pour voiler le visage de l'enfant au visage d'ange, elle s'y attarda quelques secondes, cherchant les traits communs que celui ci possédaient avec sa mère et ses frères.

Amaël, je t'ai vu accueillir la vie à pleins poumons...Repose en paix mon enfant...

Reculant lentement, elle contempla une dernière fois la mère et le fils avant de jeter dans l'ombre béante que dessinait le tombeau ouvert dans les entrailles de la terre, quelques pétales de lys au parfum enivrant. Puis, en silence, elle fit face à la double porte d'ébène et qui déjà s'ouvrait sur le cortège du lys noir endeuillé.
Tous s'installèrent en silence, le visage grave, et les yeux souvent rougis par les larmes intarissables de la douleur, reflexe absolu de l'horreur de la non existence et du manque que celle ci engendrait. Mina ne les compta pas, mais elle savait que tous seraient présent, autant que les bouquets de Lys qui décoraient la pièce devenue trop petite d'un seul coup. Lorsque tous furent installés, les lourdes portes se refermèrent sur l'assemblée.
Les bruissements de robes, et les souffles légers se turent à l'unisson attendant qu'une voix ne s'élève enfin pour marquer le début d'un adieu que nul n'avait souhaité. Alors, d'une voix claire et déterminée, celle qui fut longtemps la favorite commença.

"Aujourd'hui le lys noir est en deuil. Il en faudra du temps pour que la douleur de celui ci ne s'atténue et cette longue convalescence ne débutera que lorsque le repos de l'être absent deviendra notre propre repos...Il est des souffrances muettes qui ne trouveront remède que lorsque qu'elles se révéleront, d'autres plus expressives passeront avec le temps, mais toutes resteront dans nos esprits et dans nos cœurs comme une cicatrice indélébile qui nous rappelle que ceux que nous pleurons aujourd'hui ont existé.
Je ne vous parlerais pas D'Alicia et d'Amaël, aucun mots ne pourraient leur rendre hommage comme il se doit... À l'humanité, qui semble parfois égarée et dominée par le pouvoir du mal, de l'égoïsme et de la peur, priez mes frères, priez mes sœurs que vos pensées unies envoient un dernier message à ceux qui nous manqueront à jamais. Offrez en don votre amour qui convertie les cœurs et offre la paix..."


Les têtes se baissèrent lentement et le silence revint ...
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MessageSujet: Re: Le Phénix Noir   Mer 4 Mai 2011 - 9:56

C'était apparemment un jour difficile pour le Lys Noir. Apparemment, parce que Luc n'aurait pu en jurer de lui-même. C'était Eléna, son Aguerrie, qui était venue le voir pour lui raconter ce qu'il venait de se passer. Alicia de Sarrebourg, ou Maestriani, était morte la nuit précédente, au sein même des sous-sols qui tenaient lieu d'abri aux Sorcières et Sorciers du Lys. Eléna avait semblé bouleversée, complètement retournée, écœurée d'une vision qu'elle ne partagea toutefois pas avec lui. Elle s'était contenté de lui faire comprendre que l'heure était grave et qu'il lui fallait l'accompagner pour une cérémonie qui aurait lieu au château, loin des regards de tout ceux qui n'avaient pas eu l'immense privilège d'être mené par la Comtesse. Ébaubi, Luc n'avait pas posé de questions, il n'était même pas certain d'en obtenir une de toute façon. Eléna, semblait beaucoup trop préoccupée. Encore une fois, il lui faudrait probablement lui tirer les vers du nez pour comprendre son état. Bien entendu, la mort de la Meneuse avait sans doute son importance dans son état, mais elle semblait bien trop choquée pour que ce ne soit que cela, ou alors, il y avait eu une relation entre les deux femmes dont il ne soupçonnait pas assez l'importance. Il fallait dire que Luc venait littéralement d'arriver. En quelques mois, il avait à peine aperçu la Comtesse et n'avait pas pu juger de lui-même des qualités de cette femme que tout le monde qualifiait d'exemplaire. Il avait bien sûr entendu toutes sortes de rumeurs, peut-être abracadabrantes, peut-être véridiques, il n'y avait jamais porté davantage d'attention car il ne s'abaissait jamais à juger une personne sur ce qu'en disait les autres. Quoiqu'il en fut, Luc ne pouvait refuser d'accompagner son Aguerrie pour faire le deuil d'une personne qu'il ne connaissait pas et dont, surement, la réciproque était d'autant plus vraie.

Après s'être vêtu convenablement pour un tel événement, arborant une couleur noire qu'il n'approuvait pas totalement, il joua les apparences et accompagna en silence son Aguerrie sur le chemin habituel qui les menait au Château et, plus précisément, aux sous-sols dans lesquels Luc avait quelque fois pratiqué, même si cela était rare. Ils avaient retrouvé l'ensemble du Clan qui se regroupait silencieusement. Parfois quelques sanglots éclataient pour être étouffés aussi rapidement qu'ils étaient nés. Le jeune noble était mal à l'aise. Il ne comprenait pas la détresse de toutes ces personnes présentes. Une femme était morte oui, mais là où pour lui il ne s'agissait que d'une femme, pour eux, il s'agissait de bien plus, de beaucoup plus, et cela, il ne pouvait le comprendre. Maintenant comment lui en vouloir, à lui, l'étranger, le nouvel arrivant qui ne connaissait de l'histoire du Lys que ce qu'on lui avait dit ? De toute façon, Luc était à l'aise pour jouer le jeu, aussi, mimer le deuil n'était pas quelque chose de difficile, il suffisait de rester silencieux, le visage fermé. Tout cela finirait par passer, il suffisait d'être patient.

Vint enfin le moment où le cortège funéraire se mit en branle pour rentrer dans une grande salle où reposait les cercueils. Les ? Apparemment la Comtesse n'était pas la seule à être morte. Un regard de surprise se posa sur son Aguerrie, qui marchait à côté de lui, mais elle ne sembla pas le remarquer, aussi reprit-il son visage neutre et s'immobilisa lorsque tout le monde fut entré et posté devant une femme qu'il ne connaissait pas, probablement l'une des Prêtresses du Lys, car si la Meneuse venait de mourir, il n'y avait pas d'autre personne mieux placée pour se permettre de prendre la parole, à part un proche peut-être. Luc écouta en demi-teinte les mots prononcés. Pour lui, ces mots étaient creux et manquaient de sens, un sens que seuls ceux qui avaient effectivement pleine conscience de ce deuil dont elle parlait. Mais cela importait peu. Il comprit que le deuxième cercueil était celui d'Amaël, le fils – adoré – de la Meneuse. Luc avait entendu parlé de lui par des rumeurs provenant de personnes qui parlaient des deux frères jumeaux. Amaël avait toujours eu les faveurs de sa mère, contrairement à son jumeau. Voilà qu'il avait eu le « privilège » de partir avec elle, la même nuit.

Cette scène semblait presque surnaturelle pour Luc. Il se sentait étranger à toute ce qui n'était pour lui qu'une mascarade. C'était peut-être même un affront de faire le deuil d'une personne avec laquelle on avait aucun lien, car même si elle avait été techniquement sa Meneuse, l'avoir si peu rencontrée la reléguait presque au rang de parfaite inconnue dont on connait juste le nom par hasard... Il aurait même pu, ou du, tourner les talons pour sortir de cette pièce tant son attitude, si elle avait était non dissimulée, avait tout du blasphème. Mais il était là pour Eléna, et pour elle, il ne pouvait quitter cette salle...
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MessageSujet: Re: Le Phénix Noir   Mer 4 Mai 2011 - 13:38

Après avoir vu de ses propres yeux le corps d'Amaël, les horreurs n'avaient pas finit de s'abattre sur le clan. Mina, favorite d'Alicia avait pénétré le Bureau de son amie et la découvrait morte. Elena, tellement choquée ne l'avait pas remarqué, mais quand elle croyait revenir au monde normal, elle vit sa Meneuse étendu sur le sol, dans les bras protecteurs de Mina. Elena perdit ce qu'elle gardait de sang froid et se laisser happer par la pénombre. Après être restée prostrée durant un moment, elle avait finit par trouver la force de rentrer chez elle.

Son arrivée au manoir fit un choc aux deux hommes de la maison. Par chance, Soeur Béatrice n'était pas là. Elle expliqua que Alicia de Sarrenbourg n'était plus sans s'étendre plus, sans en être capable. Elle ne mentionna même pas la mort d'Amaël, perdant tout contrôle sur sa voix. Si Luc prit ce silence pour du deuil, il se trompait. Mais il était avec elle, en ce jour de deuil. Elena était restée muette depuis l'annonce qu'elle avait faite à grand peine à son frère et son apprenti.

Elle ne parlait plus, semblait enfermée dans un monde parallèle et restait terré dedans. C'était bien pire qu'un simple état de choc qui l'ébranlait. Elle était en train de glisser dans les dangereuses profondeurs de l'abîme. Elle s'enfermait peu à peu sur elle-même, mangeant peu et gardant les yeux rivés vers le vide, voyant sans arrêt le corps d'Amaël et celui d'Alicia.

Lorsqu'elle pleurait, c'était en silence et ses larmes roulaient le long de ses joues sans aucun sanglots. Elle n'arrivait pas à laissé le moindre son de sa voix sortir. Et son visage semblait vide d'une réelle expression. Elle était profondément affectée, nul ne dirait le contraire, car la rumeur se répandait déjà qu'elle avait découvert le corps d'Amaël. Et même si personne n'avait de sincère empathie pour ce garçon de son vivant, aujourd'hui était un coup très dur pour le Lys.

Habillé d'une robe noire, d'une confection simple mais efficace, Elena prit place, suivit de son apprenti. Si elle avait fait parti du monde actuel, elle aurait sentit que celui-ci était inquiet et se demandait en même temps qu'elle était son rôle. En réalité, c'était plus par égoïsme et parce qu'elle avait besoin de sa présence qu'elle lui avait demandé de venir. Même si l'entier du clan était présent, personne ne la connaissait aussi mieux que Luc et sa présence lui permettait de garder une infime part de raison sans sombrer dans la folie.

Lorsque Mina s'exprima, Elena fixa encore et toujours le vide, croyant voir à travers les cercueils les corps de leurs habitants. Elle pleurait sans s'en rendre compte, les yeux rougis.

Elle n'avait rien pu faire. Impuissant petit pantin, elle avait seulement découvert l'horreur de son voile sombre pour le montrer aux yeux des autres. Mais ces yeux à elle étaient éteints, vide de toute vie, comme si Elena ne faisait plus parti de ce monde qu'elle jura trop cruel.

Assise sur sa chaise, comme une enfant perdue, elle resta dans le silence dans lequel elle c'était enfermée.

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MessageSujet: Re: Le Phénix Noir   Mer 4 Mai 2011 - 18:53

Dans l'assistance qui arborait des vêtements sombres, les habits d'un patron tranchaient légèrement. Un brassard noir, plus discret et plus prudent, seul témoignait du deuil porté. Monsieur Vaudremont avait cependant autant de peine que les autres, d'autant plus qu'il appartenait à la génération d'Alicia, et même s'il n'était pas des pionniers du Lys, il était dans les plus important cadres de la tribu. Il ne s'était jamais préparé pour la mort de la Meneuse, tout comme il ne s'était jamais vraiment préparé à son absence prolongée avant, et tout le prenait au dépourvu. En tant que prêtre, il avait une forte responsabilité dans la tribu et sa survie, mais aujourd'hui, ce ne pouvait être lui qui sauverait la journée: Alicia en son temps avait concentré l'essentiel entre ses mains, et Antoine avait davantage été un serviteur qu'une autorité indépendante. Tout était entre les mains de Mina désormais, et elle annoncerait bientôt -on l'espérait- qui hériterait du rôle de la Meneuse.

Politiquement, c'était un moment de grande tension, et cela déplaisait énormément à Antoine Vaudremont: il n'était pas véritablement fait pour l'administration et le gouvernement de ce petit groupe. C'était le rôle de la Meneuse. Il n'était pas non plus Prêtre pour assurer un rôle d'intendant. Il était Prêtre pour être prêtre, et là était son rôle, qu'il ne voulait quitter sous aucun prétexte: il était l'intermédiaire entre les sorcières et Olrun, il était là pour garantir la bonne conformité entre la direction que prenait la Tribu et les règles de la Walkyrie. Il était l'élément le plus religieux de la direction du Lys, pas le plus ambitieux ni le plus à l'aise avec la gestion.

Les deux autres prêtres s'avancèrent vers les tombes, il suivit le mouvement, ayant oublié dans l'émotion du moment s'il y avait même une étiquette particulière. Les deux autres piliers du Lys attendirent leur collègue, et l'invitèrent à passer devant, sans qu'Antoine ne sache vraiment pourquoi, et sans non plus qu'il cherche à savoir. Il acquiesca simplement, comme si cet honneur lui était dû, et se retrouva seul de nouveau devant, dans ses habits de travail et son brassard noir, et prit discrètement une poignée de pétales noirs.

Ce n'était que quelques secondes, mais elles étaient une éternité. Antoine ne pouvait plus être brisé, pas après la mort de sa femme, plus après avoir survécu à son départ de l'ancienne tribu. Antoine ne pouvait pas être brisé, il était beaucoup trop croyant pour cela. Mais Antoine était secoué, largement secoué. Il ne pouvait détacher son regard du voile qui couvrait Alicia, et dans une moindre mesure celui qui recouvrait Amaël, pris d'une fascination morbide et puissante. Si puissante, si visionnaire... et si morte.

Cette femme avait réconcilié Antoine avec sa foi, l'avait délivré du joug du ritualisme d'Olrun. Cette femme avait vu son potentiel et lui avait donné la place qu'il lui fallait. Cette femme avait été clairvoyante, absolue, remplie d'assurance. Cette femme avait su se faire suivre et construire une nouvelle sorcellerie, toujours axée autour de la Walkyrie, s'offrant même le luxe de l'ouverture et explorant les champs de l'occulte. Ce n'était pas la Meneuse du Lys, c'était aussi un pionnier de l'humanité. Elle avait certain des meilleurs traits de celle ci.

Ce n'était que quelques secondes, mais elles étaient une éternité. Il se rendit compte qu'il n'avait toujours pas jeté ses quelques pétales de lys noir, mais se demanda s'il n'allait pas un peu rendre hommage à Alicia en faisant un peu de magie avec. Et s'il les multipliait, que dix pétales en deviennent cinquante? Qu'elles jetaient une lumière brève mais glorieuse? Qu'elles prennent vie et fassent une trajectoire compliquée avant d'atterrir dans la tombe? Antoine réfléchit encore quelques secondes.

Il jeta les pétales de fleur sans spectacle.

Alicia s'était toujours battu pour l'Humanité, pas pour la Sorcellerie.
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MessageSujet: Re: Le Phénix Noir   Dim 8 Mai 2011 - 13:58

Lorsque les prières cessèrent et que les visages se relevèrent pour la fixer, Mina inclina la tête, signal pour quelques sorciers entendus, qu'il était temps de procéder à la longue et lente descente des corps vers leur dernière demeure. Les lourdes cordes furent alors tendues et glissèrent le long des parois des cercueils pour s'enfoncer dans les entrailles de la terre. Ce n'est que lorsque les cordes furent enroulées vides sur le sol que Mina reprit la parole, le visage fermé et dur. Son regard balaya alors l'assemblée et versa sur celui ci toute l'étendue de la noirceur de son âme aujourd'hui meurtri.

"Le lys noir connait aujourd'hui l'une de ses plus sombres destinées, celle de la fin d'une époque. La trahison terrible, mère de ce funeste jour, n'appelle pas au pardon. Car le pardon qui conduit au deuil et à l'oubli exige la mémoire absolue, intacte et ineffaçable du coupable et du mal... Au delà du travail de deuil, de réconciliation, de restauration restera la réminiscence d'un acte qui ne pourra rester impuni..."

Quelques instants passèrent, lourds d'un silence que seuls les plus avertis prirent comme une menace terrible sur les évènements qui s'étaient déroulés la veille. Les murmures s'élevèrent, en réponse à ces quelques mots tombés comme une sentence de mort avant d'être interrompus par les mots que la sombre dame prononça à ce moment là.

"La plupart d'entre vous me connaisse peu ou mal...Longtemps, je suis restée dans l'ombre de votre meneuse. Pour beaucoup je reste la favorite celle qu'Alicia gardait auprès d'elle comme sa plus fidèle alliée, pour d'autres je suis la dague puissante d'un clan que nul ne pouvait détruire...Aujourd'hui et en l'absence d'un héritier je deviens celle qui devrait mener le Lys noir pour le perpétuer..."

Les murmures reprirent, surpris, apeurés, ébranlés par cette nouvelle somme toute prévisible mais pourtant si soudaine. Tous prenaient enfin conscience que la mort d'Alicia annonçait la fin d'une époque... Mina souveraine de l'ombre, devenait celle du clan...Une silhouette jusque là passée inaperçue, car derrière une lourde tenture s'avança alors à la lumière des bougies dansantes, répondant au signe de la main que Mina venait de lancer.

"Mes frères et mes sœurs, laissez moi vous conter ce que nul ici n'a jamais soupçonné... Il y a de cela 16 années naquirent trois enfants rois, Vous connaissez les deux premiers et nous pleurons l'un d'entre eux aujourd'hui. Le troisième vous est inconnu, car élevé dans le secret afin déjouer les manigances dont le lys à souvent fait l'objet...Ombre parmi les ombres il reçut l'enseignement de celle qui en restera la reine aujourd'hui pour devenir un sorcier dont la puissance surpassera sans nul doute celle de sa défunte mère..."

La silhouette s'avança un peu plus découvrant alors son visage à l'assemblée. Mina recula alors de quelques pas, laissant sa place à celui qui bientôt serait reconnu comme le seul héritier du Lys noir et dont le nom résonnerait au delà des murs du château, synonyme d'un renouveau...Lentement Mina ouvrit ses bras, paumes tournées vers le ciel et leva son visage au chandelier imposant qui distillait sa lumière dans la salle et chuchota une prière dont seuls les sorciers aguerris comprendraient la portée.

" Que la lune éclaire l'avènement de cet héritier, que la terre bénisse ses premiers pas sur le sol de ses ancêtres aujourd'hui réunis, pour que de nouveau le Lys noir connaisse des heures glorieuses..."

Les bras se baissèrent lentement avant que Mina ne se tourne vers l'adolescent dont la stature n'avait rien à envier aux grands hommes et qu'elle incline doucement la tête devant lui.

"Sois le bienvenu chez toi Noâz Loewenstein, nouveau meneur du Lys Noir"


Dernière édition par Mina le Lun 9 Mai 2011 - 9:02, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le Phénix Noir   Dim 8 Mai 2011 - 23:22

Mina lui avait tout appris. Sa mère biologique était morte, assassinée par son frère aîné, Adal, qui avait également tué son frère Amaël, pour pouvoir voler les Grimoires du Lys Noir. Noâz ne put s’empêcher de penser que la folie devait courir dans les veines de cette famille et que ça n’était en rien rassurant pour lui-même. Mina lui avait tout appris du Lys Noir, de la scission, de la splendeur hiératique de sa mère, Meneuse d’une tribu progressiste. Le jeune homme s’était senti très fier et triste à la fois. Il aurait aimé connaître cette femme dont il se sentait proche sans pouvoir pour autant la pleurer. Pourtant, si Mina l’avait éloigné de sa mère, c’est qu’elle n’aurait su lui rendre cet amour, Adal en était la preuve. Aussi Noâz comprenait le geste d’Adal : un enfant grandissant sans amour ne pouvait trouver un bon équilibre mental… Mais Noâz ne cautionnait naturellement pas ce double geste bestial. Il était donc décidé à le traquer et à lui faire payer.

Car les Duverger lui avaient bien appris que les valeurs morales étaient les piliers de l’humanité et que la famille était le pilier central. Noâz n’avait jamais trouvé de famille chez ses parents adoptifs, des êtres d’une générosité formidable, de l’amour, mais jamais ce signe distinctif qui rassemblait les membres d’une lignée. En ce sens, sa seule famille avait été Mina. Il était à présent propulsé dans le salon d’honneur de la Maison du Lys Noir sans être passé par l’antichambre, et doutait fort d’une acceptation immédiate de la part de tous. Il espérait simplement que ses frères et sœurs du Lys Noir seraient semblables en quelques points à Mina. Il avait bien compris du fond de sa pénombre à l’écouter parler et à observer le grand respect qu’elle inspirait, que cette grande femme était une figure primordiale de la tribu, dotée d’une influence indéniable.

Elle lui avait raconté il y a bien longtemps comment elle avait fui la tribu d’Olrun la première avec Alicia et comment elle n’avait plus jamais fait d’apparition publique. Elle ne lui avait jamais caché ses sombres actions et Noâz espérait être capable d’autant de puissance et de courage pour sa tribu. Il ne connaissait pas personnellement chaque membre, Mina les lui avait décrits, mais il se sentait investi d’un devoir immense. Pour chaque larme de tristesse qui coulait dans cette alcôve immense, Noâz devrait faire vider d’une goutte de sang le grand traître et ses alliés. Il devrait redonner l’espoir, faire renaître les sourires, rallumer les torches d’une tribu depuis trop longtemps placide et fatiguée.

Les Sous-sols étaient plus beaux encore que son imagination ne le lui avait laissé présager, cette grande salle encadrée de colonnes dont sortaient ces hommes et femmes de pierre portant le feu primordial, ces lanternes de fer oscillant subrepticement bien au dessus des têtes des fidèles tous de noir vêtu, couleur du deuil, couleur d’une femme, d’une voie à travers les ténèbres qu’il faudrait honorer. Au centre le corbeau crachait son eau noire vers le ciel jusqu’à ses pieds où la surface reflétant ombres enveloppantes et lueurs scintillantes résumait toute la magie de ce lieu et de cette tribu : ici, on ne s’enivrait pas de fausses clartés pour s’embourber dans le noir, en toute harmonie, on marchait avec les ténèbres pour avancer plus sereinement vers la lumière, celle que les autres ne voulaient plus voir…

Ici on apprenait la Mort pour mieux comprendre la Vie. Un enterrement ici-bas avait plus de sens qu’à la surface. Les malheureux Loewenstein seraient inhumés bien plus au creux de la terre que de simples hommes. C’était un hommage à une recherche du savoir éternellement plus abyssale. C’était la manifestation d’une grande foi en la puissance de leurs âmes qui ne devaient craindre un plus long voyage vers le monde céleste. Tel était leur lot. Alicia avait toujours voulu le savoir absolu et sa puissance inhérente, et la Mort lui susurrerait tous ses secrets. Elle serait exaucée. Noâz s’était avancé devant l’assemblée. Il scrutait les regards et fut intérieurement bouleversé. Certains voyaient un fantôme, d’autres un assassin, beaucoup un usurpateur, d’aucuns un sauveurs, personne un jeune homme déraciné projeté dans un nouveau monde. Il ne dit mot, s’avança encore pour bien observer et être vu. Qu’ils sentent sa matérialité, qu’ils s’assurent de son existence.


Dernière édition par Noâz Loewenstein le Jeu 12 Mai 2011 - 12:25, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le Phénix Noir   Mar 10 Mai 2011 - 12:20

Mina disait vrai! Le Lys noir connaissait le plus sombre jour de sa vie. Elle parla de trahison. Elena revoyait encore et toujours le corps inanimé d'Amaël sous ses yeux. Même si il reposait à présent sous terre, elle ne cessait de vivre cet instant, les yeux semblaient vide pour ceux qui l'entourait.

Luc à ses côtés, elle n'écoutait que peu la diatribe de la favorite d'Alicia qui parlait de l'avenir de la tribu. Pourtant la salle s'agita et Elena tenta de sortir de sa torpeur, elle voulait être la nouvelle Meneuse? Après tout, Alicia l'aurait sûrement décidé ainsi, non? Le bourdonnement qui grondait dans la salle semblait agir sur la sorcière en lui offrant un joli mal de crâne en perspective. Elle leva les yeux vers Mina, tentant de se raccrocher à cette réalité qui lui semblait si lointaine. Une prière fut dite. Elena la connaissait, en tant qu'Aguerrie, elle avait du l'apprendre.

Elle semblait gagner un peu de réactivité face au monde qui l'entourait et fixa Mina. Un homme c'était avancé.

"Sois le bienvenu chez toi Noâz Loewenstein, nouveau meneur du Lys Noir."

La phrase n'atteint pas l'encéphale de manière entière car celui-ci fut envahit d'une réaction inattendu.Elena voyait face à elle la copie conforme d'Amaël Loewenstein. Le message nerveux coupa la respiration de la jeune noble et ses yeux s'ouvrir face à la réalité. Ébahie et choquée elle ne sentit pas sa réaction physique. Elle s'agrippa d'une main au bras de Luc, serrant son poignet avec une force inhabituel et posa l'autre main sur sa bouche entrouverte par le choc. Elle tenait Luc comme si il était son dernier espoir pour survivre à la folie qui était à la limite de l'envahir. Elle voyait à côté de Mina cet homme ressemblait trait pour trait à Amaël. Il était pourtant mieux battit et d'une carrure plus impressionnante que son frère. Car même si Elena croyait voir le fantôme d'Amaël, elle finit par comprendre qu'il n'en était rien.

Cette présence était réelle et l'autre est déjà au creux de la terre, aux côtés de sa mère. Un haut le corps secoua l'Aguerrie et elle s'agrippa un peu plus à Luc. Il ne bougeait pas, planté devant cette assemblée en émois. Son arrivée était fracassante, effrayante, déroutante. Mais pourtant c'était la meilleure chose que la tribu vivait depuis ces dernières vingt-quatre heures. Personne ne le réalisait encore, il fallait le temps de s'habituer à cette histoire de fils cachée. Après tout Alicia était quelqu'un de secret, alors caché un enfant pour le faire réapparaître en cas de problème. Pourquoi pas. Si ça se trouvait, il était déjà promu au rang de futur Meneur depuis longtemps et Alicia avait préparée son arrivée trop tard.

Aucun son ne sortait de la bouche d'Elena contrairement aux autres qui piaillaient un peu dans tous les coins. Même Luc avait perdu son visage neutre, sans pour autant se décomposer littéralement. Il était rester le plus stoïque possible. Mais cette nouvelle était un peu déroutante et il laissa exprimé quelque peu sa surprise. A moins que ce ne soit une crispation de douleur face à la main de fer qui lui enserrait le bras de plus en plus fort?

Entre ceux qui criaient aux scandales de voir arrivée ce fils prodigue au moment opportun et ceux qui étaient prêt à l'idolâtrer en sauveur, il ne restait plus que cette pauvre Elena, bouleversée et à deux doigts de quitté la salle pour vomir de dégout. Elle se pouvait s'empêcher d'imaginer cet individu égorgé devant elle. Les hauts le cœur se répétait et pourtant elle ne cessait de le fixer étrangement. Ses yeux finirent par se refermé quelques peu comme si elle se concentrait. Elle se planta dans les prunelles de ce jeune homme et ne les quitta plus, toujours aussi muette, et sa prise sur Luc fut moins importante. Ses jointures sur la main gauche cessèrent d'être visible et elle inspira profondément. Comme si elle le sondait, elle resta là entre ces visions d'horreur et la réalité. Un coup elle le voyait avec la gorge sanguinolente, un autre elle le croyait fantomatique et parfois elle voyait sa véritable identité.

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MessageSujet: Re: Le Phénix Noir   Mer 11 Mai 2011 - 22:04

Antoine Vaudremont était médusé et ressemblait à un foudroyé. Il ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, puis quitta son état de stupéfaction pour ruminer de sombres pensées. Il ne se réjouissait visiblement pas du tout de la nouvelle. Son regard s'obstina à fixer le sol.

Il aurait accepté que Mina prenne la relève, c'était ainsi avant même qu'il n'arrive dans la Tribu, et il l'avait accepté comme faisant partie de l'ordre naturel des choses. A vrai dire, ca ne le dérangeait pas plus que cela qu'une femme comme Alicia soit remplacée par Mina. C'était certes remplacer un phénix par un serpent, mais au moins était elle du même âge qu'Antoine et Alicia. Et puis elle avait une éminence grise de la Tribu pendant si longtemps... Mais ce gosse, décidemment, ne pouvait pas être digne de confiance.

En terme de confiance, Monsieur Vaudremont ne l'accordait guère qu'à sa propre génération. Tout ceux qui avaient moins de trente cinq ans ne trouvaient pas grâce à ses yeux, car ils leur manquaient trop souvent la pondération apprise par l'expérience. Alors que la vieille garde avait déjà tout vu, la jeune garde n'avait jamais connu ni les Spectres libérés, ni l'Oracle. Elle n'avait même pas connu le pire des rigueurs inquisitoriales. Ils parlaient de choses qu'ils ne connaissaient pas, étaient prêts à se lancer dans des projets insensés sans se rendre compte qu'ils courraient à l'échec. Des jeunes chiots, voilà ce qu'ils étaient.

Et c'était un jeune chiot qui allait reprendre les rênes du Lys Noir. C'était la catastrophe assurée.

Et puis premièrement, qu'est ce qui prouvait qu'il méritait ses prétentions? Alicia n'avait jamais eu que deux fils, seulement deux et l'apparition d'un troisième au meilleur moment était vraiment trop fort. Mina l'avait dit certes, mais dans son obsession de renverser Noâz de son piédestal, Antoine était prêt à pactiser avec les puissances infernales pour avoir raison. Noâz Loewenstein? C'était un complot, c'était un

« MENSONGE! »

Il avait continué de fixer les pierres, mais il avait parlé, en fait crié plus fort qu'il n'aurait jamais cru. Il était pacifique d'ordinaire, ne haussait pas le ton mais il se sentait tellement joué à cet instant précis... Il avait crié ce qu'il pensait. Il eut la politesse de relever la tête et d'assumer pleinement ce qu'il avait sorti plus fort et plus cinglant que ce qu'il n'avait voulu. Et de développer sa pensée.

« Alicia avait deux fils, en a toujours eu deux. Pourquoi cacher l'existence du troisième? Son assassinat était donc prévu? Par quel complot, par quel mensonge cet... adolescent se retrouve à la place de notre Fondatrice? »

Ce n'était pas une diatribe passionnée, ni même éloquente. C'était simplement un homme borné qui refusait de comprendre ou d'admettre ce qu'il avait sous les yeux et qui décrivait ses impressions. Mais dans tout ca, la véritable raison n'était pas encore arrivée.

« Et c'est celui ci qui va nous guider? Cet enfant? Où est donc son aplomb, son assurance, son charisme? Comment peut il savoir nous guider alors qu'il commence à peine sa vie d'adulte? Vais je vraiment devoir remettre mon existence entre les mains d'un adolescent qui n'a pas vécu la moitié de ce que j'ai vécu? »

Le problème critique était le respect que devait inspirer le nouveau Meneur du Lys. Dans le cas d'Antoine, le vieux prêtre farouche n'était visiblement pas conquis d'office.

Ce n'était pas une révolte, ni même une dissidence, mais Noaz ne s'était même pas encore assis à la place de sa supposée mère que déjà la remise en cause se faisait.
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MessageSujet: Re: Le Phénix Noir   Jeu 12 Mai 2011 - 12:24

À peine Noâz avait-il rejoint le gouffre creusé au centre du temple que les deux cercueils païens disparaissaient dans l’ombre. Il eut voulu demander à ce qu’on fasse tourner les manivelles dans l’autre sens, que les cordages lui ramènent cette mère et ce frère qu’il était condamné à ne jamais rencontrer. Mais il ne pouvait se permettre ce genre de caprices. Il devait rester fort et accepter. Il découvrait sa famille à l’heure où elle disparaissait. Les sentiments naturels qu’il avait toute sa vie cherché à poser sur des êtres chers plongeaient droit dans les ténèbres à la rencontre de tombeaux. Et bientôt, on refermerait la dalle frappée du sceau du Lys Noir, un pentacle splendide incrusté d’inscriptions ésotériques, sur ses proches qu’il n’avait pu aimer, sur une vie qu’il n’avait jamais eu. Car ce sosie aux côtés de sa mère, Noâz ne pouvait s’empêcher de s’y identifier. Plongeait au cœur de la Terre la relation de bonheur fusionnel qu’il n’avait jamais eu.

Sa mélancolique réflexion fut interrompue par une accusation qui lui fit comprendre que ses craintes étaient fondées. Mensonge ? Mais qui avait osé..? Le regard sombre de Noâz se posa sans froncement de sourcils sur l’assemblée. L’accusateur restait caché ? Non, il parlait encore. Il plongeait dans l’abyssale liste noire que tout dirigeant tenait inconsciemment. Cet homme blasphémateur ne portait de noir qu’un brassard. Noâz se dit alors qu’il s’agissait d’un misérable hostile qui se révélait à la mort de celle qu’il ne respectait pas. Puis il vit son âge avancé, c’était un vieil homme aigri qui ne pouvait s’empêcher de cracher sa haine. Enfin il reconnut une tenue de roturier artisan et de traits physiques qu’il rattacha à une description qu’il avait lu dans le journal que Mina lui avait transmis pour mieux connaître le Lys Noir. Nul doute, ce ne pouvait être qu’


« Antoine Vaudremont si je ne m’abuse… Prêtre ? Je suis surpris, on m’avait vanté le bon goût de ma mère... Si vous avez la hauteur morale de votre rang, j’ose espérer que vous brûlez de honte à l’intérieur. »

Noâz fit un pas en sa direction, l’air grave, ni en colère, ni ironique, d’une froideur exemplaire. D’un geste vif, il sortit une dague de sous son manteau et la pointa vers Antoine.

« Votre remarque est une injure grave...
Accuser Willelmina de mensonge et même de complot alors qu’elle était Favorite, autrement dit, le prolongement par-delà la mort de la voix d’Alicia elle-même, femme que vous étiez sensé aimer, c’est punissable ! Nier mon existence alors que je suis là devant vous, et par la même renier mon pouvoir et mon autorité, c’est impardonnable ! Me traiter d’enfant incapable alors que je ne vous ai pas encore traité de vieillard sénile, c’est un irrespect mémorable ! Enfin, mettre en doute mon assurance et mon charisme alors que je n’ai pas encore prononcé un mot… c’est stupide.
Vous me décevez, profondément, car vous êtes ambassadeur du pouvoir de ma mère et que vous vous montrez faible. Vous insultez sa mémoire, et je ne saurai le supporter.
Soyons directs et précis : si vous ne comptez pas vous soumettre à la loi de votre Meneur, quittez cette tribu avec toutes les lourdes conséquences inhérentes à un pareil choix. Je ne vous connais pas, je ne vous aime déjà pas, je ne vous regretterai pas. »


Noâz baissa la lame en la gardant bien en main. Il retourna auprès de Mina en haut de l’estrade de pierre, prit sa respiration et s’adressa à toute l’assemblée.

« Le ton est donné ! Je suis conscient que j’ai tout à prouver. Mais je vous demande de garder foi en Alicia Loewenstein. Elle avait choisi Mina, Mina m’a choisi. Je ne suis en rien illégitime.

Aujourd’hui, membres du Lys Noir, je vous vois pleurer une femme que je n’ai pas connue. Je reconnais simplement l’ampleur de sa gloire dans l’éclat de vos larmes. Peut-être mon discours vous choquera-t-il pour cette raison, et j’espère également que vous verrez en cette distance, non pas une apathie, mais un regard neuf pour une évolution efficace.

Car oui, le Lys Noir est au plus mal et il va nous falloir faire face. Adal, le traître, enrôlé par la Grande Prêtresse d’Olrun, nous a volé notre Grimoire, le Livre des Ombres, celui que nous avions astucieusement pris aux sorcières d’Olrun, le Livre de Lumière, notre Meneuse, et un de nos jeunes frères. De plus, Amaël ayant disparu, Adal héritera du comté une fois que Lorenzo Maestriani se sera retiré. En une soirée nous avons donc perdu trois éminences, toute notre force de frappe, notre avantage politique, et notre honneur. Je n’aborde même pas le sujet de la guéguerre générationnelle qui nous désunit. Le Lys touche le fond…

Ne nous leurrons pas, c’est en partie notre faute. Alicia, ces derniers temps, trop absente n’a plus assuré comme il se doit son rôle de gestionnaire de la tribu. Je ne prétends cependant en rien qu’elle n’a pas été une bonne Meneuse. Bien au contraire…

En effet, membres du Lys, ce soir nous avons tout perdu. Mais notre clan a ceci de particulier qu’il connaît les ténèbres et sait pactiser avec elles… Nous ne sommes pas une fleur fanant jusqu’à en devenir poussière soufflée au vent. Nous sommes le phénix noir, renaissant de ses cendres en une effusion d’ombres ardentes… Alicia n’a pas été une mauvaise Meneuse. Car elle avait prévu la fin, mais avait surtout préparé la suite. Non, je ne parle pas de moi, mais d’un Grimoire. Ses longues absences, Alicia les a passées à compulser le savoir des grimoires des deux tribus pour en faire un seul et même livre, le Livre du Crépuscule. Je l’ai bien observé, il recèle une puissance à nulle autre pareille. Je peux donc vous assurer que nous resterons aptes à répliquer face à Europe et ses sbires.

Pour ce qui est des conflits entre générations, je vous supplie de les mettre de côté. Nous sommes en période de crise, il est temps d’oublier ces griefs. Aussi, je compte réformer la hiérarchie de manière à rendre équitable la part d’anciens et de plus jeunes. Mina restera Favorite, je m’occuperai des prêtres et prêtresses plus tard, vous devinerez que j’ai déjà quelques idées de changement…

Enfin, et nous arrivons au plus délicat… Nous allons garder l’avantage politique. Nous ne laisserons pas Adal accéder à la direction de Forbach. C’est bien à Amaël d’accéder au grand siège. Sa mort n’a pas été répandue, tout comme ma naissance… Oui, vous voyez clairement où je veux en venir… »


La seule différence notable entre Amaël et Noâz était la récente taillade que Lorenzo avait osé sur la joue de son beau-fils lors de leur duel en décembre. Noâz dirigea lentement la lame vers sa joue et trancha légèrement, avec rapidité. Faisant fi du sang, il continua avec la même assurance :

« Je prendrai la place d’Amaël.
Seuls vous, membres du Lys, saurez ma véritable identité et il est primordial que vous la gardiez secrète naturellement. Toute sa vie m’a été résumée. Nul danger que des proches puissent déceler l’usurpation, ils sont tous sous cette dalle de pierre. Pour ce qui est du changement probable de façon d’être, la disparition de sa mère après l’accusation pour sorcellerie aura été un traumatisme suffisamment crédible. À ce propos, je compte sous peu faire un discours public afin de protéger ma vie et celle de la tribu, il est probable que ce que vous entendrez alors vous choque terriblement. Il s’agira de mise-en-scène, je vous le promets. »


Il s’agissait toujours de mise-en-scène après tout…
Noâz scruta les visages. Certains le prenaient pour un fou, d’autres pour un génie. Il était donc en cet instant digne de sa mère, il le sentait.
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MessageSujet: Re: Le Phénix Noir   Jeu 12 Mai 2011 - 18:57

Mina n'avait jamais su lire l'avenir comme la plupart de ses tantes qui avouons le ne le faisaient pas vraiment, juste de quoi plumer quelques badauds lors de leurs arrêts en roulotte. Elle se souvenait enfant d'en rire et aujourd'hui encore ce souvenir arrachait un sourire à ses lèvres. Non, Mina ne connaissait pas le futur, elle se contentait d'écouter, d'observer et de lire ce que la nature, le monde et les hommes ne pouvaient cacher.

Lorsqu'elle avait su qu'Alicia offrirait au Lys noir trois héritiers, elle s'était contenté de faire ce qui lui semblait juste au regard de la personnalité de sa meneuse. Sans prévoir qu'un des fils tomberait sous le glaive de l'autre, rejouant ainsi un épisode de la bible, elle avait su que la rivalité et la jalousie viendraient ternir le duo. Que serait il advenu du troisième ? Celui qui aujourd'hui prenait une importance capitale dans l'histoire du Lys Noir et qu'au fond de son cœur Mina aimait comme un fils...Oui, Mina avait un cœur, sombre, dur et froid mais capable d'amour. Alicia l'avait compris, Noâz le pressentait, le lys le découvrirait lorsqu'il comprendrait combien sa vie toute entière lui était dévoué.

Aujourd'hui encore lorsqu'il avait fallu présenter Noâz et légitimer sa venue, elle avait deviné que cela ne se ferait pas sans heurt. La plupart la craignait et la respectait parce que justement puissante, mais combien lui faisait vraiment confiance ? Lorsque Noâz se présenta, elle écouta en observant les réactions que son intervention suscitait, là encore elle devina qu'il faudrait se justifier. Les poings serrés elle avait fait un pas pour ce retrouver au même niveau que l'héritier, lui assurant aide et soutien si besoin, et lorsque le mot "mensonge" résonna dans les sous sols, elle jeta un regard glacial à son instigateur avant de le faire couler vers celui qui déjà répondait à l'attaque avec le panache et la puissance d'un sorcier aguerrie.

Le regard glacial, se figea quelques instants pour très vite se muer en une expression de fascination et d'admiration telle, qu'il fut très vite impossible à la favorite de cacher tout le respect que Noâz forçait.
Elle le vit, piqué au vif, défendre sa parole digne prolongement de la mémoire d'Alicia, puis enfin le Lys noir, lui promettant une renaissance à lui et tous ceux qui en faisaient le cœur. Elle tressaillit lorsqu'il entailla sa joue, non pas qu'elle eut craint pour lui , mais parce que l'émotion était à son apogée.
Noâz en cet instant n'avait pas failli à sa tâche, ni à son rang, digne héritier de la plus grande des sorcières de Forbach. Le silence s'installa quelques instants et avec lui l'extase d'un destin en voie d'accomplissement. Le visage souriant d'Alicia passa, nébuleux, dans l'esprit de Mina tandis que Noâz scrutait la salle, attendant quelques réactions...
Peu importait ce qui arriverait à la suite, et parce que Mina savait déjà, elle inclina lentement la tête avant de reculer de plusieurs pas, là où dorénavant sa place demeurait : Dans l'ombre du plus grand...
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MessageSujet: Re: Le Phénix Noir   Lun 16 Mai 2011 - 18:13

Antoine Vaudremont brûlait intérieurement de honte, mais certainement pas par repentir. Il s'était senti insulté gravement, et par sa propre hiérarchie, qui n'avait pas encore gagné toute la légitimité à ses yeux. Et le sommet était cette menace voilée d'expulser Antoine de la tribu. Noaz ne pouvait se permettre de douter de sa loyauté: certes il n'avait pas accueilli Noâz comme il se devait, mais il tenait à la Walkyrie plus qu'au Lys Noir, et au Lys Noir plus encore qu'à sa meneuse. Rendant déjà un culte encombrant à Olrun, il n'était pas adepte du culte de la personnalité autour d'Alicia. Expulser Antoine pour cela équivalait à un blasphème envers Olrun, dans l'esprit du prêtre. Si Noaz était réellement prêt à le faire, alors Vaudremont partirait de son propre chef.

Il ne pourrait jamais réintégrer l'Ancienne Tribu, mais il était prêt à vivre en ermite si nécessaire. Tout tant qu'il était en accord avec sa Foi.

Celle ci ne lui commandait pas de se rebeller contre l'autorité du Lys Noir, mais elle ne pouvait cohabiter avec un impie. C'était ce qui était arrivé avec l'ancienne tribu, et il avait déjà fait l'expérience une fois, il fallait dans ce cas fuir. Mais il ne prit pas la décision immédiatement, et écouta jusqu'au bout, tant pour boire le calice jusqu'à la lie que pour découvrir qui était finalement ce petit meneur.

Et à la fin du discours, il dut admettre qu'il avait parlé trop vite. Les insultes étaient encore coincées dans sa gorge, mais Noaz ne semblait pas si perdu que ca, et Antoine reconnaissait en lui la morgue de sa mère. Une morgue qui la rendait parfois insupportable, mais qui faisait définitivement partie du personnage et sur laquelle avait été bâtie la Tribu. Le Lys Noir n'aurait pas été le même sans cette arrogance constructive, il n'aurait jamais pu attirer Antoine Vaudremont. C'était l'expression d'une forme d'élitisme qui avait entraîné une épuration profonde du culte d'Olrun, qui avait sauvé l'actuel prêtre.

Le Meneur semblait marcher scrupuleusement dans les pas de sa mère, dans une continuité stricte. Pour un conservateur comme Antoine, c'était suffisant pour se la fermer. Il avait jugé trop vite, s'était pris un retour de flamme, mais c'était après tout son privilège de prêtre, et si jamais les prêtres étaient réduits au silence, alors on serait au niveau de l'ancienne tribu, clientèliste jusqu'au plus hauts niveaux...

Il se considérait comme l'élément stabilisateur de la Tribu, ce n'était pas à lui de faire l'esclandre. Dans le bien de tous, il se tut, et baissa la tête, même si sa totale soumission n'était pas encore acquise. C'était décidé, toute remarque se ferait en privé, et jamais aucun membre du Lys n'entendrait parler d'hésitations de la part d'Antoine Vaudremont. Si Noâz s'avérait être un parfait Meneur, ce dont il semblait malgré tout être capable, alors Antoine continuerait de servir le Lys comme avant, totalement et loyalement.

Mais il était une chose que Noâz n'aurait jamais, que même sa mère n'avait jamais eu: une soumission aveugle. Car chaque homme n'a qu'un seul maître, et celui d'Antoine Vaudremont était la Wakyrie.
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MessageSujet: Re: Le Phénix Noir   Ven 20 Mai 2011 - 10:57

La salle était de plus en plus bruyante, ajoutant au malaise grandissant qu'éprouvait Elena. Assise sur sa chaise, ancrée comme un mollusque à son rocher, elle ne bougeait pas, mais son esprit gardait le cap, tentant de rester dans la réalité. Soudain elle sursauta quand le prêtre du Lys s'insurgea en hurlant au mensonge. Ce qui dérangeait cet homme averti était la jeunesse de cet enfant. Oui, il était jeune, venant de nul part, mais sincèrement, aurait-il réagit ainsi en apprenant que c'était Amaël qui prenait la tête du Lys, si Alicia l'avait décidé?

Aurait-il fait l'affront de s'opposer à une décision de leur Meneuse? Difficile de savoir mais pourtant la balance aurait penché en faveur du silence. Alors que le prêtre dévoilait son point de vu et son désaccord certain, Noâz Loewenstein désarçonna ce sage homme. Il donna son nom, comme si il le connaissait et avec panache et magnificence, il étendit les ailes de la grandeur qu'il héritait à n'en point douté de sa mère. Il démonta les maigres remarques du prêtre et le fit rentrer dans ses retranchements. Antoine sembla accepté sa défaite et comprendre qu'il c'était trompé en reculant et rentrant à nouveau dans les rangs.



Durant ce temps le jeune homme expliqua qu'il savait les craintes de la tribu et qu'il comprenait que sa place n'était pas acquise, qu'il devrait se battre pour leur montrer de quoi il était capable. Son âge disparaissait derrière sa qualité d'orateur et son pouvoir de séduction. Car le jeune homme séduisait cette Tribu pour qu'ils comprennent tous qu'il n'était pas un sage pantin mais un homme déterminé. Il n'était pas non plus un enfant gâté qui prenait le trône pour répandre ses caprices.

Il était un Meneur! Voilà tout. Et il était prêt à remuer le Lys Noir pour le laver de la marque de la trahison commise par Adal, fils d'Alicia. Elena serra à nouveau les mains, broyant derechef le bras de son apprenti qui lui jeta un regard inquiet alors qu'il voyait son Aguerrie fixer Noâz avec un regard haineux. Ce n'était pas Noaz qu'elle regardait, ni même qu'elle voyait, mais Adal. Elle se souvenait d'Alexandra et de son combat avec elle.

Elle avait été pitoyable. Méprisable. Inutile. Elle se targuait de vouloir empêcher des morts et n'avait même pas été capable de répliquer contre une gamine de l'autre tribu? Luc, un peu inquiet et désintéressé par la politique du clan murmura.

"Elena, que t'arrive t'il?"

Son regard lâcha prise et elle fixa Luc, étonnée. Elle ne répondit pas, se contentant de le regarder, et ne comprenant pas son inquiétude. Puis il lui désigna du regard sa main enserrée sur son bras. Elle lâcha alors prise lentement, sentant sa main douloureuse d'avoir serrée si fort. Elle n'entendit pas les paroles qui suivirent, lorsque Noâz expliqua son plan et s'entailla la joue. Elle releva le visage bien tard et la vue du sang lui offrit un nouveau haut le cœur. Elle ne pouvait plus voir que le visage d'Amaël, mort, la gorge massacrée par son propre frère. Et Elena le regardait impuissant. Une larme coula de sa joue.

Si elle avait été dans la réalité, elle aurait désiré parler à Noaz, lui expliquer ce qu'elle avait vu, ce qu'elle savait. Et surtout, elle se serait demandé ce que Noâz comptait faire pour l'emplacement de réunion du Lys. En effet, à présent, la tribu d'Olrun savait pertinemment où ils étaient et leur faiblesse pouvait peut-être attirer Europe ici pour faire un nettoyage. En tant normal l'esprit vif d'Elena aurait choisit la bataille. Elle avait échoué dans sa tentative pour sauver deux des plus importantes vies du clan et avait laissé s'enfuir un couple de traîtres avec les livres. L'avantage n'était plus pour eux pour le moment, même si le plan du dernier des fils d'Alicia était prometteur. Rien que le choc pour Adal de voir son frère vivant le rendrait fou. Il suffisait de voir la réaction d'Elena et on savait parfaitement celle qu'aurait Adal en partie.

Tout en respirant de plus en plus rapidement pour tenter de faire face à ses visions d'horreur, la cadette des Mirova chercha de quoi ne pas tomber en syncope et surtout, elle voulait quitter les lieux, ou du moins se retrouver seule dans un petit coin pour ne plus voir ses visages, fermer les yeux et oublier qu'elle avait été inutile. Se faire toute petite. Et perdre le peu d'estime d'elle même qui lui restait en avouant qu'elle était responsable de ces morts et disparitions parce qu'elle n'avait pas été assez capable face à l'ennemi.

Si sa mort soulageait Noaz, alors elle donnerait volontiers sa vie. A quoi lui servait-elle après tout. Elle n'était qu'une catastrophe ambulante et ne s'était avérée d'aucun secours en cas de danger, alors qu'elle voulait monter au rang supérieur pour rejoindre le savoir sorcier et aider toujours plus les siens. Sagement, elle attendait la fin de la réunion, tentant de ne
pas paraître plus touché que cela. Mais ce sang qui coulait lui faisait tourner la tête. Luc à présent se fichait plus qu'éperdument de ce qui se déroulait autour et il était prêt à embarquer son Aguerrie quelque part pour qu'elle lui explique ce qui lui arrivait. Inquiet et déterminé à porter secours à celle qu'il pouvait considérer comme grande sœur, il prit à son tour la main d'Elena et la posa dans la sienne, pour qu'elle comprenne qu'il était présent.

Cette chaleur parvenait péniblement dans son esprit, et Elena continuait de fixer le sol, masquant de plus en plus mal son malaise, son visage terrorisé.
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Le Phénix Noir

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