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 Quand la Justice se fait complice...

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Enquêteur Royal
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MessageSujet: Quand la Justice se fait complice...   Sam 25 Juin 2011 - 19:53

C’était une belle soirée d’été…

Le parvis de l’Eglise de Zetting était noir de monde. Et pour cause ! Le peuple allait enfin avoir justice pour toutes les vies qui avaient été volées depuis près de quinze années. Qui plus est, la populace ne venait pas assister à la crémation d’un simple criminel, mais bel et bien à l’immolation par le feu d’un véritable esprit démoniaque qui avait manipulé tout le monde tel un marionnettiste et avait créé sa propre scène de spectacle avec la ville toute entière. A côté de lui, sa plus fidèle marionnette, celle avec laquelle il avait poussé son art à la perversion absolue, celle sans qui, paradoxalement, il aurait peut-être eu une chance d’échapper à cette justice qui le rattrapait aujourd’hui.

***

Alors que la situation avait subitement dégénérée dans la grande salle du manoir d’Europe Eléanora-Sun, Owen et les hommes de mains de l’Inquisition avait eu grand peine à protéger le Conti des assauts des hommes et des femmes qui avaient perdus un être cher ou simplement été les victimes de l’Agent du Diable. L’Enquêteur Royal avait fini par faire parler la poudre de ses mousquets une première fois en l’air, en promettant ensuite une balle au premier ou à la première qui élèverait encore la voix ou tenterait de s’en prendre à l’Administrateur de Forbach, menace qu’il aurait parfaitement mis en application si les nobles ne s’étaient pas immédiatement calmés, remis en place par le premier coup de feu. Dans la folie qui s’était emparée de la noblesse, l’Agent du Diable avait lui aussi tenté de s’en prendre au Conti, une réaction logique qu’Owen avait un peu prévue mais c’était celle des habitants de la commune qui lui avait paru fantasmagorique. Heureusement, un jeune Inquisiteur avait réussi à protéger Lorenzo Maestriani d’une attaque furieuse de l’assassin, le stoppant net d’une lame meurtrière. Ce dernier n’avait pas survécu à cette échauffourée.

***

Le parvis de l’Eglise de Zetting était noir de monde. Et pourtant, paradoxalement, la population était si silencieuse qu’on aurait pu croire qu’elle était là pour un recueillement et non pour regarder brûler deux criminels afin d’exorciser les crimes qu’ils avaient commis, afin de redonner à Forbach un avenir plus radieux que les ténèbres dans lesquels ces hommes les avaient plongés. Dans ce genre de crémation publique, la foule ne tarissait généralement pas d’éloges cocasses et prononcées pour les criminels qui finiraient enflammés, pourtant elle restait silencieuse et discrète. Elle attendait patiemment que les Inquisiteurs mettent feu aux supports de bois qui surélevaient les deux criminels qui paieraient pour leurs horribles exactions et peut-être exulterait-elle une fois que cela serait fait.

***

Une fois la foule maîtrisée, Owen s’était personnellement occupé de Lorenzo Maestriani, lui passant les fers et l’escortant en dehors du manoir, menaçant toujours l’éventuel petit malin de son mousquet. Le premier qui ferait un pas non autorisé vers le Conti se verrait gratifié d’un troisième œil pour son passage devant le Tout-Puissant. Une fois à l’écart, direction la Collégiale, le Conti fit une proposition qu’Owen ne pouvait pas refuser. Pot de vin ? Loin de là. L’enquêteur est plutôt du genre incorruptible. Non, l’Administrateur de Forbach venait de lui proposer de lever la zone d’ombre sur ce qu’il n’avait pas réussi à mettre en évidence, comme, notamment le pourquoi des yeux décolorés et pourquoi il possédait toujours un temps d’avance sur lui. Curieux de nature et certain qu’il ne pourrait rien se passer, l’intéressé prit avec lui trois hommes et prit la direction du Château de Frauenberg à défaut de la Collégiale. Ils traversèrent la ville en silence, dans la nuit, seul le bruit des fers de Lorenzo résonnait un peu dans l’obscurité muette et sourde.

Arrivés à destination, Owen mit les gardes qui l’accompagnaient en faction devant la porte des appartements du Conti, un autre devait déjà attendre sous les fenêtres au cas où il tenterait quelque chose d’extrêmement stupide. Il pénétra ensuite à sa suite dans les appartements, Lorenzo le guidant inexorablement vers son bureau. Alors qu’ils pénétraient dans la pièce, ce dernier semblait extrêmement sûr de lui. Owen observa le bureau avec attention, ne trouvant rien de particulier si ce n’était la présence d’un énorme miroir dont il ne voyait pourtant pas l’utilité dans une pièce comme celle-ci. Owen s’était alors retourné vers le Conti, interrogatif. Ce dernier jubilait presque.


« - Voyons Owen, ne voyez-vous point les preuves dont vous avez besoin pour lever le voile d’ombre ? Regarder dans le miroir, vous trouverez ce que vous êtes venu chercher. »

Un délicieux stratagème qui marcherait à coup sûr pour le Conti. Alors qu’Owen s’avançait vers la glace, ne voyant rien de particulier, il se détourna à nouveau, mais trop tard, Lorenzo, l’air un peu désappointé, pointait déjà vers lui un mousquet qu’il avait probablement récupéré dans un tiroir de son bureau.

« - Vous êtes un imbécile Owen, à tout point de vue. Même si tout ne se déroule pas comme prévu, je veillerai à vous rayer de la carte moi-même s’il le faut. »

Tout en parlant, Lorenzo était venu se placer devant son propre reflet, faisant ainsi face à Owen. Bientôt tout serait réglé, il suffirait d’un nouveau tour de passe-passe, de visionner l’avenir une nouvelle fois et il trouverait un moyen de retourner la situation à son avantage, tant pis pour l’Anglais.

« - Adieu Owen. »

Mais alors qu’il pressait sur la détente, condamnant Owen pour l’obscurité totale, une immense lumière enveloppa la pièce entière. Elle se retira rapidement et alors que l’Enquêteur s’attendait à avoir quitté ce monde, c’était le Conti qui gisait par terre, inanimé. S’approchant du cadavre en lui ôtant le mousquet de la main, l’Anglais constata avec surprise que Maestriani était mort, mais surtout, que ses yeux étaient décolorés. Cherchant avec stupeur qu’elle avait bien pu être la cause de cette supercherie, il finit par abandonner, appelant les hommes pour qu’ils portent le cadavre de l’Administrateur du Comté sur son lit, définitivement inoffensif pour la population. Il serait apporté pour le bûcher le lendemain.

***

Le parvis de l’Eglise de Zetting était noir de monde. Et voila pourquoi il était si silencieux. Il n’y avait aucun criminel à brimer, aujourd’hui, on ne brulait que des cadavres. Pourtant chacun trouverait surement son soulagement à voir les flammes lécher les corps et les engloutir. Alors peut-être que la foule s’autoriserait à laisser exprimer sa joie, alors peut-être que le parvis s’enflammerait d’une nouvelle vie, similaire à celle qu’elle aurait pu être si Forbach n’avait pas hérité de deux criminels violents et mortels. Mais rien n’était moins sûr… Après tant de liesse inespérée et pourtant soufflée par de nouvelles terreurs, Forbach se relèverait-elle encore fanfaronne devant cette victoire ? Ou garderait-elle sa suspicion jusqu’à ce que le bonheur vienne de nouveau frapper à sa porte ? Telle serait probablement la décision à venir de chacun de ses habitants…

Oui, c’était une belle soirée pour tourner une autre page…

Du haut d’un cheval, Owen observait la scène d’une petite ruelle annexe de laquelle il avait une bonne vue sur l’ensemble de la population et sur les bûchers. Pour lui cette misse en scène n’avait aucun intérêt, la seule chose qui comptait était ce qu’il remuait encore et encore dans son esprit. Quelque chose n’allait pas, pire encore, il était certain que quelque chose lui échappait et pourtant il ne parvenait pas à mettre le doigt dessus. La clef était probablement Lorenzo, mais il ne savait pas comment agencer cette pièce maitresse pour compléter le puzzle et faire tourner les engrenages de la manière dont ils devaient tourner.

Le parvis de l’Eglise de Zetting était noir de monde. Un monde rivé sur le clocher qui se mit à sonner les premiers coups indiquant dix-huit heures. Au dernier son de cloche, plusieurs inquisiteurs, torches à la main, s’avancèrent en silence, pas réglés au millimètre et mirent le feu aux deux bûchers simultanément. Quelques murmures s’élevèrent dans la foule aussi vite que les flammes gagnaient en intensité. Le brasier ne durerait pas longtemps, l’huile et la paille catalyseraient le feu rapidement et déjà une fumée noire s’élevait dans les airs. Tout serait bientôt fini, encore une fois le feu mettrait un terme à tout cela…

Le feu… Le feu… Le feu ! Ce mot avait frappé l’esprit d’Owen comme le marteau du clocher frappe la cloche de bronze pour sonner l’un des coups de l’heure, quelle année étaient-ils ? 1645… Laura… 1644… Terre. Quel élément suivait la Terre ? Le Feu ! Pris d’un énorme pressentiment, l’Enquêteur fit faire demi-tour à son cheval et lui donna plusieurs coups de talons pour le lancer au triple-galop. Il était peut-être encore temps. Quel idiot il avait été ! Pourquoi ne pas y penser plus tôt ? Alors que son cheval courrait probablement au plus vite, il n’arrêtait pas de le talonner, il ne pouvait pas se permettre de perdre du temps, pas maintenant. Un bref regard en arrière lui donna une idée du temps approximatif qui lui restait : très peu. Il passa l’entrée du château en furibond, pénétrant même dans le Grand Hall à cheval, sous les protestations des gardes. Sautant en pleine course, il grimpa l’escalier principal quatre à quatre, avant de se ruer dans les appartements du Conti. Salon, chambre, bureau… Trop tard. Le souffle court, il s’approcha de la fenêtre ouverte vers l’extérieur. Ses pas craquant dans les restes de verre, il fixa l’horizon où une silhouette qui s’éloignait déjà dans le crépuscule mourant. Trop tard. Trop tard. Trop tard…
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