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 Celui qui avait vu le tort

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Fugitif
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MessageSujet: Celui qui avait vu le tort    Mar 28 Juin 2011 - 19:08

Les fleurs… le Printemps… La jeunesse éternelle et cyclique… Saison des amours… Tout ce à quoi ne pensait pas Noâz Loewenstein en marchant aux côtés de l’austère prêtre du Lys Noir. La situation était délicate : dès le premier jour Antoine Vaudremont avait protesté. Il avait émis des doutes sur le sérieux de cette affaire de transmission de flambeau. Noâz, 17 ans, ne pouvait avoir les épaules pour ce genre de responsabilités, ce ne devait être qu’un rigolo qui comptait profiter de la situation qui lui était offerte. Et pour en profiter, il en avait profité ! Violer une fleur du Lys, quelle trahison infâme ! Profiter de sa supériorité hiérarchique pour assouvir ses désirs les plus bestiaux, quelle infamie ! Oui, le regard qu’Antoine laissait rivé sur Noâz en disait long dans ce genre…

« Vous me voyez fort embarrassé Monsieur Vaudremont… Je n’ai pas besoin que vous me disiez les images que la complétion imaginaire a pu faire naître dans votre inconscient libidinal… C’est tout à fait déshonorant et j’aurais espéré qu’après notre accrochage aux Sous-sols vous compreniez que je n’étais pas de ces hommes, que j’étais digne de votre confiance, au nom d’Alicia. »

Noâz n’avait bien entendu pas choisi ce lieu pour discuter par hasard. Les Somptueux Jardins avaient été construit sur ordre d’Alicia de Sarrebourg comme chacun le savait. Noâz et Antoine s’étaient arrêtés devant une fontaine que le lierre travaillait : trois putti sous les ailes déployées d’un corbeau aussi grand qu’un aigle. Un des enfants avait le visage comme rongé par la pluie et le temps.

« J’avais convoqué Elena dans mes appartements en sa qualité d’unique témoin de la funeste action qui s’est déroulée aux Sous-sols. Malheureusement, je me suis retrouvé face à un mur, la jeune femme est traumatisée, en état de choc. Dans l’incapacité de remplir mon devoir d’enquêteur, j’ai donc décidé de remplir mon devoir de frère. J’ai invitée Elena à boire un verre de rhum ou deux. Si j’avais su… Celle-ci ne m’a opposé aucun refus, mais je la soupçonne de ne pas connaître le breuvage peut-être trop exotique et capiteux car dès le second canon elle s’est mise à vaciller. Elle s’est mise debout, titubante et est tombée au sol. Un instant j’ai cru qu’elle s’était blessée au point d’être assommée. Mais de toute évidence l’alcool avait eu raison d’elle avant le plancher…. Bref, je l’ai portée jusqu’à mon lit et là, une idée m’est venue. »

Noâz entrait dans la phase délicate du récit. Il réfléchit bien en quels termes il devait aborder la chose pour se faire comprendre par le religieux.

« Vous savez, en ésotérisme, la première chose que nous apprenons, c’est que la magie est un couteau aussi tranchant et pointu qu’une lame. Or que cette lame n’a aucune volonté propre. C’est au pratiquant de savoir quel usage il est bon d’en faire : découper un bœuf pour nourrir sa famille ou bien égorger un jeune homme qui n’a rien aimé de sa vie que sa mère… »

Le facteur émotion n’était jamais à omettre…

« Eh bien, je trouve que trop souvent nous utilisons nos talents à des fins néfastes et la magie est devenue une arme de guerre… C’est aussi un don des Dieux. Olrun est descendue sur Terre avec parmi ses dons le pouvoir de guérison. Devant une sœur qui souffrait, j’ai donc décidé de l’aider, de la soigner. J’ai donc usé d’un envoûtement, je le reconnais, mais sans la connotation démoniaque que trop de sorciers y confondent. Je n’ai rien touché à son esprit, qu’essayé de trouver d’où venait cet incurable silence. J’ai attendu qu’elle m’invite à m’exprimer pour insinuer en son esprit un message de paix. »

Noâz regarda Antoine avec au fond des yeux la pureté de l’homme sincère. Car son récit était véridique. Il l’avait simplement… romancé… et omis les détails peu glorieux. Quoi qu’il en soit, il n’avait pas à proprement menti.
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MessageSujet: Re: Celui qui avait vu le tort    Mer 29 Juin 2011 - 16:22

Antoine s’embrouilla sur le coup, et cela se lut facilement sur son visage expressif : il était assez vieux pour ne pas croire en bloc ce que disait le Meneur, une jolie version très propre sur elle qui n’était pas en accord avec la vision glauque qu’il avait eu et qui était resté très fraîche dans sa mémoire. En même temps, il ne souhaitait pas provoquer d’esclandres inutiles ni crier trop fort au scandale, ce n’était pas son style ni son but dans la vie. Le petit sentait le souffre, c’était un fait, mais Antoine ne se sentait pas de taille pour se lancer dans une accusation tourmentée qui finirait mal pour lui. D’une certaine façon aussi, Noâz avait maté le prêtre lors de l’enterrement d’Alicia, Antoine avait peur de la réplique du petit, qui avait des crocs comme sa mère déjà.

Il n’était pas près à l’accuser avec vitupérance et passion, mais il n’était pas prêt non plus à s’incliner. Quitte à être passif. La révolte, le ton et le verbe haut étaient des attributs de la jeunesse qu’Antoine d’ailleurs n’avait jamais vraiment eus. En revanche, l’opiniâtreté la tenacité et la stabilité étaient caractéristiques de chez lui. Il ne songeait pas à une opposition franche, mais une indépendance farouche était acquise, une indépendance claire, qui mettait le prêtre et son meneur à une distance respectable l’un de l’autre.

« C’est une jolie histoire, Comte Loewenstein, ronde et joliment racontée. Oui, ca a pu se passer comme ca évidemment. »

Le ton contredisait clairement la dernière phrase. La véritable opinion d’Antoine Vaudremont se situait dans la première : il était conscient que c’était romancée, croyait difficilement à cette version. Mais le prêtre resta dans la neutralité, ne poussa pas plus loin, soulageant ou au contraire inquiétant Noâz, peu lui importait.

« Si je vous crois bien, vous avez donc fait un usage honorable de la magie. J’aimerais tout de même éviter d’avoir la possibilité de confondre à l’avenir. Vous comprenez mieux que moi à quel point la confusion est dangereuse en tous domaines, et surtout et bien… quand vous êtes le Meneur. »

L’artisan employait plus de précaution que d’habitude dans son discours mais il ne parlait pas non plus aux même personnes que d’habitude : il n’était pas familier avec Noâz, et le petit avait en plus un niveau de langage au dessus du sien. Le résultat faisait incongru dans la bouche d’un patron de scierie.

« J’espère que je ne reverrai jamais ce que j’ai vu, dans tous les cas. En tant que prêtre, j’ai toujours fait attention à la conformité de l’usage de la magie. La magie, c’est l’héritage de la Déesse, on ne badine pas avec. Après, puisque vous me dites être d’accord avec ceci… »

Antoine Vaudremont était un gardien de traditions dans l’âme, mais est ce que Noâz Loewenstein avait besoin d’un homme comme celui-ci, plus marqué par la tribu d’Olrun que par celle du Lys Noir ? C’était quelque part l’enjeu principal. Concernant ce qui s’était passé entre le Meneur et mademoiselle Mirova, on pouvait encore douter, et s’il avait du temps il regarderait après. Quand il n’aurait plus de soucis. Dans longtemps.
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MessageSujet: Re: Celui qui avait vu le tort    Mer 29 Juin 2011 - 17:25

Le prêtre était un frein à la tentaculaire montée du Lys. Pourtant l’inassouvissable impératrice Alicia l’avait choisi lui parmi une dizaine d’autres. C’était là la preuve d’une qualité de Meneuse extraordinaire aux yeux de Noâz qui n’était dupe de rien déjà concernant les choses de la politique tribale. Lorsqu’on se sait trop ambitieux et désireux de tout, on sait que c’est ce qui mènera notre clan à sa perte. Or la tribu prévaut face à la gloire personnelle. Alicia n’en avait jamais douté, et Noâz – malgré sa récente immersion – avait trop de respect envers Mina et cette mère qu’il n’avait jamais vue qu’en tableau et qu’il idéalisait comme un esprit supérieur sinon divin, pour ruiner le travail de leurs vies. Quand on a su prédire par humilité et clairvoyance la chute de son clan, on peut le sauver. Il suffit d’en entraver les ennemis. Or le plus grand ennemi du Lys Noir, c’était Alicia, c’était Noâz, c’était le pouvoir, c’était sa propre âme.

Aussi Noâz ne se posait pas une seule seconde la question de s’il garderait ou non Antoine. Vaudremont était le frein nécessaire au Lys pour ne pas s’écraser contre un mur à toute vitesse. Il devait empêcher la tentaculaire montée du Lys car la montée du Lys ne devait pas être tentaculaire. Elle devait se faire par des procédés minutieux, un tâtonnement prudent, sans foudroyer l’éthique au risque d’aliéner l’humanité des sorciers. Noâz, sans savoir exactement qu’il tenait ça de sa mère, voulait tout, brûler la forêt qui cachait son arbre, écraser les hommes qui se mettraient sur la route de la gloire. De la gloire de sa tribu. Car si un homme ne triomphe sans gloire à ne pas lutter sans difficulté, il triomphait également sans gloire à ne lutter que pour lui. La gloire que Noâz espérait, c’était l’hégémonie du Lys Noir.

Antoine était un frein, un garde-fou, un être moral inaltérable dans une marre de vices. Noâz ne l’aimait pas, il avait trop froid, de l’entre-jambe aux yeux. Mais il était l’antibiotique nécessaire… Et puis ce regard… Ce regard était celui du sage. Mina avait ça au fond des yeux. L’inverse d’une lueur, une ombre terrifiante à qui l’affronte, rassurante à qui l’a affidé. L’ombre de ceux qui savent et qui savent que savoir ne veut pas dire briller. Noâz ne pouvait que respecter ça, mais ne pouvait pas le montrer outre mesure. Il était nécessaire qu’il reste sur son grand cheval. Il n’avait que dix-sept ans et devaient se prendre pour un Meneur.


« Vous ne me croyez pas… »

Noâz sourit car Antoine allait là où le Meneur l’attendait. Il était prévisible, il était constant, il était immuable, homme de caractère et digne de sa réputation.

« Je n’en suis pas aise… Mais en même temps, si vous êtes là aujourd’hui, c’est précisément car vous ne me croyez pas. »

L’ambigüité des mots de Noâz portait à confusion de quelle anecdote parlait-il ?

« C’est votre manque de foi en votre Meneur qui m’a poussé à vous blâmer et à vous convoquer aujourd’hui. C’est à présent votre manque de foi en mes louables intentions qui me pousserait à vous écarter de moi et de notre tribu. Car si je n’ai pas votre confiance Monsieur Vaudremont, vous serez un poison pour le Lys... »

Les mots étaient forts, les paroles distillées avec une invisible précaution.

« Je me retrouve un peu perdu dans tout ça… À peine arriverais-je au sommet de la tribu que déjà je devrais couper des têtes ? Ne serait-ce pas là le meilleur moyen d’être craint plutôt qu’aimé ? Mais Nicolas Machiavel conseillait justement le Prince en ces mots : ‘Il est plus sûr d’être craint que d’être aimé’… Votre chute serait un exemple magistral.
Mais dites-moi Antoine Vaudremont, vous pensez-vous indispensables au sein du Lys Noir ?
Quelle est précisément votre utilité ?
Savez-vous pourquoi ma mère vous a choisi ? »


Le but de Noâz n’était pas de faire fléchir mais réfléchir. Antoine Vaudremont ne craquerait pas devant lui, le suppliant de ne pas effacer sa mémoire – et Dieu merci, Noâz ne saurait comment réagir – mais Antoine Vaudremont réviserait toute sa position au sein du Lys et l’éventualité de son départ. Le jeune homme voulait explorer un peu plus le cœur d’un des piliers de la tribu. Cet homme comprenait-il vraiment ce qui se passait ? Entre sagesse et obsolescence, la frontière était faible…
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MessageSujet: Re: Celui qui avait vu le tort    Jeu 30 Juin 2011 - 9:48

Antoine renifla fort et sa bouche devint rictus un instant.

Il n’avait pas préparé sa version, se disant que la sincérité vaudrait mieux que l’aisance. Il se retrouvait ainsi à devoir justifier sa présence dans la tribu en improvisant à moitié. Il savait plus ou moins quels étaient ses atouts, mais il n’empêchait que parmi les trois prêtres, il était celui dont on s’attendait le moins à ce qu’il soit du Lys Noir. Il avait été aussi le seul à s’offusquer d’être mené par un jeune de dix-sept ans. Un ovni dans le monde de la sorcellerie, mais il était sûr et certain d’être à la bonne place. Chez l’ancienne tribu, il aurait probablement déjà été broyé par l’engrenage, devenu engrenage lui-même, destiné à perpétuer la tradition dans sa lettre la plus pure. Dans le Lys, il servait de contrepoids, avait un rôle de soutien, et connaissait très intimement l’ancienne tribu et ses membres. Par ailleurs, il était de la même génération qu’Alicia, Europe, Viviane… cette génération qui avait connu tous les temps de gloire et les temps de misère de Forbach sous l’Inquisition. Il était un vétéran à lui seul.

Et alors, était ce suffisant pour être prêtre ? Le petit avait raison quand il disait qu’il valait mieux pour lui avoir des moutons que des fidèles : son pouvoir était encore récent, et donc fragile, particulièrement considérant qu’il était arrivé de nulle part. Plutôt qu’un prêtre indépendant mais zélé, il pouvait nommer une fille du même âge que lui, sotte comme une dinde, et pourrait ensuite la chevaucher pour arracher ses souvenirs comme il l’avait fait à Elena Mirova certainement. Cette vision de l’avenir du Lys le fit frissonner.

« Je sais pourquoi je suis prêtre : je ne transige pas. »

Sa meilleure qualité et son pire défaut à la fois : une fois que Vaudremont était lancé, il était plus facile de dévier la route elle-même que de dévier le prêtre. Quelle que soit la route et sa destination, bonne ou mauvaise.

« Je ne transige pas avec ce que l’on fait de l’héritage de la Walkyrie. Parce qu’Olrun ne nous l’as pas donné pour que nous soyons des dieux tout puissants, mais pour que nous soyons une humanité meilleure. »

Il venait de se remémorer comment et pourquoi Alicia avait fait de lui le Prêtre du Lys Noir : face à elle, dix ans auparavant, il avait prononcé la même phrase, qui avait trouvé écho chez la Meneuse. Alicia Maestriani avait foi en l’Homme, et Antoine avait foi en ce qui pouvait améliorer l’Homme. Cette approche complémentaire avait finalement bien marché toutes ces années. Il y avait bien sûr d’autres moyens d’améliorer l’humanité, il y avait par exemple la Science, que même les chrétiens commençaient à cesser de bouder, il y avait l’utopie politique, que personne encore n’avait exprimé, mais la Religion était le plus ancien et probablement un des plus efficaces remèdes utilisés contre le barbarisme. La meilleure façon pour l’Homme de faire son ascension.

Pour toute tribu qui voulait mettre l’Homme au centre, un homme comme Antoine était nécessaire. Un homme qui n’était pas nécessairement un saint, mais qui avait au moins conscience de ses responsabilités, et qui était assez assuré sur le chemin du religieux et de la croyance pour guider les autres. Voilà l’utilité et la vocation d’un Antoine Vaudremont.

Noâz Loewenstein malheureusement n’était pas sa mère, il n’avait rien vécu de ce qu’elle avait vécu ni expérimenté ce qu’elle avait expérimenté. A dix-sept ans, il ne pouvait avoir la sagesse nécessaire pour comprendre l’importance de l’Ascension, ou alors il était exceptionnellement bien formé. Peut être fallait il cependant lui laisser cette chance…

« Tout est là, Comte Loewenstein : je travaille à une Tribu meilleure, j’y consacre toute mon énergie et toute mon âme. Ne me considérez pas comme un dissident politique, je suis juste un prêtre du Lys Noir, tout simplement. »

Il chercha un instant, mais se contenta : il n’aurait pas pu dire autrement les choses.
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MessageSujet: Re: Celui qui avait vu le tort    Ven 1 Juil 2011 - 18:43

« Bien au contraire… Vous êtes là car vous savez transiger.
Vous avez accepté de quitter une tribu apparemment plus pure et pieuse et de vous engouffrer dans une voie sombre que votre éthique, l’éthique humaine (en vérité chrétienne) semble mépriser au plus haut point. Vous avez accepté les ombres déplaisantes du visage du Lys pour accéder à plus de profondeur religieuse.
Il y a quelques jours, vous, être fort, puissant, de caractère et d’esprit, avez accepté de vous plier publiquement à mon autorité en adoptant le silence. Mais Monsieur Vaudremont, vous auriez pu me foudroyer… Faire une mutinerie – vu votre réputation, nul doute que vous auriez été suivi. Mais vous avez concédé à me laisser une chance. »


Noâz devait aussi calmer le jeu. Il ne s’était pas montré d’une clémence exemplaire depuis son arrivée. Il avait blâmé Antoine, il avait fauté avec Elena – du moins telle serait la version persistant dans les esprits de tous ceux que la rumeur contaminerai -, il poussait à présent Vaudremont dans ses retranchements alors que ce dernier était prêtre depuis des années. Il agissait comme élément du chaos alors que sa grandeur n’était pas faite. Pourtant, il se devait de déstabiliser un tant soit peu les fondements pour se faire une place. Il lui fallait trouver un dosage juste. Se montrer ferme, mais affirmer un respect mérité.

« N’oubliez pas qu’honorer Olrun n’est pas suffisant pour être prêtre. Nous sommes en période de trouble, la guerre a repris à l’instant où le traître à assassiné ma mère. Il faut penser à la tribu avant de penser à Olrun, il faut penser aux hommes avant de penser aux Dieux. Et je sais que vous le ferez… Vous êtes membre du Lys car vous êtes apte à réfléchir et à transiger, pour le bien de votre tribu. »

Une des choses qui avait fondamentalement différencié le Lys Noir de la tribu d’Olrun, ce qui faisait dire aux ignares que le Lys était la tribu du mal, la tribu de la violence, des ténèbres chaotiques. La naissance du Lys Noir signifiait la scission de la tribu d’Olrun, autant dire la déclaration d’une guerre qui ne se finirait que par l’annihilation d’au moins un camp. Le Lys avait donc germé et grandi dans un lac de sang, irrigué de larmes. Aussi, toutes les sorcières du Lys Noir se savaient en perpétuel danger. La hiérarchie elle-même s’est organisée comme s’organiserait un plan militaire. On n’acceptait pas au sommet de la hiérarchie des figures trop pacifiques.

Noâz s’était donc longuement demandé comment sa mère avait bien pu accepter Antoine, le moinillon, sur l’un des quatre grands sièges du Temple. La réponse était subtile et Noâz en comprenant se sentait fier d’être fils d’Alicia Loewenstein. Antoine n’était pas un guerrier. Pas encore. Mais il avait la flamme en lui. Une lueur théorique de morale et d’amour qui enflammerait les poudres le moment venu. Antoine était peut-être l’une des plus puissantes armes du Lys Noir, latent, dans un fourreau de sagesse et de quiétude litanique. Noâz ne devait se le mettre à dos.


« Nous sommes fort différents monsieur… Peut-être ne nous apprécierons-nous jamais. Mais tant que nous poursuivrons le même but, nous serons légitimes à notre place, chacun à notre façon, nous serons légitime l’un face à l’autre, l’un à côté de l’autre. »

Noâz se leva du banc et se plaça devant Antoine, fixant ses yeux dans les siens. Il prit une longue inspiration et s’exprima avec calme et bonté.

« Non Antoine, je ne vous anathématiserai pas. Vous n’êtes pas irremplaçable, nul ne l’est, mais vous êtes légitime, et c’est une raison suffisante. »

Le jeune homme se dirigea à pas lents vers la fontaine aux chérubins, caressant les ailes du grand corbeau avec une douleur difficilement dissimulable. Sa main retomba sur l’enfant au visage effacé, le troisième, inconnu pour ses frères, oublié de sa mère, mais sûrement pas du Destin…

« Car qui est légitime saura toujours ce qu’il a à faire et pourquoi… »
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