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 Le Sceau de l'Ange .:[Scénario-15]:.

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Meneuse
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MessageSujet: Le Sceau de l'Ange .:[Scénario-15]:.   Mer 29 Juin 2011 - 13:21




À dix-huit heures alors que l’étalon d’Owen martelait les pavés cendreux en direction de Frauenberg, la plus grande chambre du château était vide. En transition. L’ancien locataire avait quitté les lieux et le nouveau propriétaire ne les avait pas encore investis. La grande salle était démeublée jusqu’aux tentures sur les murs dont les pierres froides absorbaient les lueurs chaudes des quelques bougies disposées dans la pièce. Dans cette chambre vide ne restait qu’un meuble grand et fin drapé d’une toile grisâtre. Le soir était bien avancé et les derniers rayons du soleil traversant cieux obscurs, nuages tristes, et rideaux de soie sombre, baignaient la pièce dans une lueur diffuse et agonisante aux reflets ni bleus ni verts ni tout à fait argent. Une teinte ambiante propre à Forbach aux heures précédant l’orage. Au dehors le ciel frémit à l’approche de la Lune et un air frais et dur fit ployer les rameaux de saule. La brise glaçante s’engouffra par l’entrebâillement de la fenêtre, ondula les rideaux, éteignit les bougies et souffla la toile grise avant de suffoquer au creux du jour.

Dans ces ténèbres pâles le grand miroir à l’instant dénudé miroitait l’obscurité hésitante d’un soir d’été dans une alcôve abandonnée. Pourtant, à la surface de cette nuit réfléchie, une altération brisa la fixité et par là, la logique scientifique elle-même. Une ondulation argentée s’était esquissée dans le miroir sans pour autant se matérialiser dans l’espace de la chambre. La forme trouble vacillait gracieusement dans les ténèbres de la glace devenue fenêtre sur une réalité inconnue, s’approchant lentement, se précisant progressivement. La macule pâle tournoyait de plus en plus vite à mesure qu’elle approchait. Puis elle vint s’écraser contre la surface froide. C’était une petite plume, frémissante, délicate, irréelle. Enfin la plume se projeta à travers le miroir dans un bruit de soupir, quittant le monde des illusions. La rémige légère resta dans la chambre, en suspension. Alors qu’elle entamait son flottement descendant, elle ternit, du blanc au gris, elle se raidit, de la soie au marbre, et sa chute précipitée la fit se briser au sol comme une ardoise trop fine.

S’en suivirent quelques autres du fond des ténèbres qui se brisèrent pareillement contre le plancher, après avoir traversé le miroir dans un vacarme de murmures, avant qu’une silhouette plus imposante ne s’approche à son tour de la surface, sans vacillement, d’une allure régulière et assurée. La forme floue et blême avait taille et corporéité humaine. Elle apposa une main parfaite contre l’aire de réflexion qui ondula finement pour laisser passer des doigts diaphanes, puis une paume blanche. À mesure que le bras puis tout le corps de la créature tâtaient l’air de notre réalité, accompagnés d’une mélopée litanique dissonante et fantastique, ils se teintaient de gris du bout des ongles au coude, du talon à la cheville, de l’aisselle à l’épaule, de la jambe au genou. C’était un humain ou une humaine – car sa beauté n’était définissable par aucun genre – qui surgissait des eaux troubles et sèches du grand miroir pour se changer progressivement en statue mouvante. À la suite de ce corps drapé d’une robe aux plis figés émergèrent deux ailes magnifiques qui se changèrent également en pierre bien que chaque plume eut pu être comptée.

Au milieu de la chambre du Comte se tenait droit et fier un ange pétrifié. Son aile s’agita d’un sursaut nerveux et brisa le miroir. Plus nul retour possible… Son visage à la beauté sculpturale animé par la lumière tamisée de la presque nuit semblait exprimer la subtile mélancolie d’une déception profonde. L’ange s’approcha de la fenêtre. Ses doigts de pierre se replièrent sur les rideaux avec un grincement mécanique et les arrachèrent sans haine. À l’horizon brillait encore la trace violine du soleil endormi. Au zénith irradiait une lune incandescente. L’ange sentit l’air frais venu d’en haut, traversant l’entrebâillement de la fenêtre, caresser ses narines minérales. Il recula et sourit, craquelant imperceptiblement son masque marbré. Il courut droit devant lui et sauta au travers les carreaux de verre qui éclatèrent en mille morceaux.

Plongeant dans le vide, il ouvrit alors ses ailes de pierre, ébrouant ses fines plumes dans un cliquetis pulvérulent. Il les fit battre trois fois pour reprendre de l’altitude et plana au dessus de Forbach. L’ange sombre caressa du bout des ailes les girouettes hâves des manoirs bourgeois et les cimes grinçantes de la Schwarzwald. L’ombre de sa formidable carrure allaire interrompit un instant le scintillement de l’étang et le chant des cigales dans les vignes. L’effroi de son vol dérouta les tourterelles de la collégiale mais pas les badauds du parvis de l’église de Zetting, silencieusement hypnotisés par les braises encore fumantes du Diable et de son Agent. L’ange tournoya dans les vapeurs noires autour du clocher avant de se poser au sommet, d’écarter les ailes et de se fixer ainsi, statue majestueuse guettant de ses yeux vides et implorants le peuple de Forbach.

La dernière épreuve pouvait commencer.



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Quelques jours après l’envol de l’ange de pierre, une étrange marque est née sur le front de nombreux habitants de Forbach, un petit symbole rougeâtre que nous appellerons stigmate. Les individus stigmatisés vont développer tout l’été une progressive hyperesthésie : d’ici fin septembre la lumière du jour deviendra presqu’éblouissante, le bruit du tonnerre sera aux limites de l’assourdissant, et la douleur d’une brûlure sera plus que cuisante.

Voici la liste des personnages stigmatisés :
    Danielle Byche
    Francis Daitz
    Europe Éléanora-Sun
    Sébastien Garin
    Laetitia Gaumont
    Mina Illénavitch
    Noâz Loewenstein
    Mathieu Mevel
    Narcissa de Saint-Loup
    Isaline Silberholz
    Isorine Silberholz
    Anna Zimmerman


Pour toutes vos questions, le Cahier de Doléances vous est ouvert. Wink

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