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 Un chef d'oeuvre en hommage

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Meneur
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MessageSujet: Un chef d'oeuvre en hommage   Ven 1 Juil 2011 - 12:13

Un mois s’était écoulé depuis le séisme consécutif à l’enterrement de la Meneuse. Séisme qui avait eu quelques répliques auprès d’Antoine lorsqu’il avait surpris Noâz et Elena. Une page qui à priori était tournée pour de bon, et il avait pleinement récupéré, comme souvent. Comparée à cette crise, la période qui avait suivi était d’un calme olympien, au point où Antoine avait soudainement disposé de temps et surtout de tranquillité, n’ayant plus à s’inquiéter de l’absence d’un Meneur ou d’une Meneuse. Certes, c’était Noâz, mais c’était mieux que personne ou qu’un fantôme. Cette tranquillité relative et soudaine lui avait permis de se pencher sur un projet, au départ simple idée, qui lui était venue dès l’enterrement d’Alicia.

La Grande-Prêtresse Analisa Prévin reposait désormais en terre, la cérémonie était quasiment finie, il ne restait plus qu’un acte. Jean Vaudremont poussa son fils, fraîchement aguerri vers la tombe. Antoine, blanc comme un linge, marcha comme un automate vers le cercle qui s’était formé autour du petit tumulus de terre retournée. Il donna la main à d’autres aguerris baptisés à la dernière initiation. Dans le cercle, il y avait Antoine et ses boutons tardifs, Europe et sa chevelure sauvage d’adolescent, déjà violette, il y avait Viviane et sa moue de tristesse vague, qui n’avait pas encore digéré l’exil de sa sœur, et Alicia de Sarrebourg, qui avait une posture de statue grecque. Il y avait en somme toute la future élite de la Tribu d’Olrun, et celle du Lys Noir, qui n’existait pas encore à l’époque, mais qui allait déchirer le monde des sorciers quelques semaines plus tard…

Alors que l’assemblée se mettait à chanter, les jeunes aguerris se prirent la main, puis fermèrent les yeux et ensemble, se mirent à appeler les dryades, les sylphes et tout ce que la Terre connaissait d’esprits élémentaires. Le contact était bon, en ce temps là, les esprits accouraient en riant. On ne pouvait les voir, mais on pouvait sentir leurs rires, leur empressement et leur amusement. Antoine y était particulièrement sensible, il ressentait une euphorie particulière à côtoyer ainsi les nymphes et les vents. Il espérait pouvoir ressentir ceci toute sa vie, et faire de ce royaume étranger le sien. Tous les pratiquants du rituel entamèrent leur chorégraphie toute simple, mais le faire à quinze décuplait la puissance de celle-ci : on entraînait plus facilement les nymphes dans la sarabande. Le chant était rythmé, festif, les claquements de main ponctuaient le tout. Alors que les dryades dansaient, dansaient, et riaient, s’amusaient comme des folles, la tombe de l’ancienne Grande-Prêtresse, se couvrait de végétations, de multiples herbes et même un buisson poussèrent sur le petit tumulus à une vitesse défiant toutes les lois physiques. La Vie prenait l’ascendant sur la Mort pour la dissimuler et la circonscrire là où elle ne serait pas visible. Et Antoine, lui, voyait la végétation et la terre répondre à ses sollicitations, et les nymphes le tirailler pour le faire entrer dans la sarabande. L’héritage d’Olrun ne lui avait jamais semblé aussi beau que dans ce moment qui aurait dû être funèbre.

Tout était en paix et en joie à ce moment là.

Europe, Alicia, Antoine et Viviane ne devaient plus jamais être en paix après ce moment précis.


Antoine se secoua la tête pour se débarrasser de ce souvenir, venant de se rendre compte qu’il avait passé plusieurs minutes les yeux dans le vague, parfaitement immobile. Oui, c’avait été un moment parfait. La tradition qui voulait que l’on camoufle ainsi la tombe de la Grande Prêtresse pour la dissimuler de tous regards avait une connotation particulière aux yeux d’Antoine qui de toute façon était un véritable gardien de traditions : cette tradition, c’était une des plus belles, voilà tout. Et il n’avait pas pu la faire pour Alicia, sa Meneuse, l’équivalent de la Grande-Prêtresse pour la tribu qu’il avait choisi. Ce qu’il allait faire serait son hommage personnel, un chef d’œuvre pour sa Meneuse. Alicia y serait sensible.

Car ce qui allait être fait serait inédit, et considéré jusque là comme impossible. Dans cette crypte de pierre sans vie, il était inutile de songer à dissimuler la tombe de la Meneuse et de son fils avec quoi que ce soit : faire pousser de la végétation sur la dalle qui recouvrait Alicia ferait au contraire un excellent fanal. Les sorciers ne connaissaient pas de moyens de manipuler la pierre comme il pouvait traiter avec les plantes à travers les dryades ou l’eau à travers les ondines. Pour la pierre, il n’y avait guère eu que des expérimentations sur les golems, plusieurs siècles avant, expérimentation qui avaient échoués : il était impossible d’insuffler de la vie à la pierre, et sans vie, pas d’esprits. Antoine Vaudremont avait dû mettre en place quelque chose de totalement nouveau pour un objectif à peu près équivalent à dissimuler une tombe : sceller la tombe d’Alicia, la rendre inviolable par tous moyens physiques ou magiques.

Antoine se mit torse nu, enleva ses chaussures et son pantalon. En simple pagne, il frissonna un instant à cause de l’air frais de la crypte, puis s’activa de nouveau avec la sacoche qu’il avait apportée, oubliant ainsi cet inconfort. Il en sortit quatre godets, un bol, une craie, une provision de bâtonnets odorants, et une outre tâchée pleine. Il prit la craie et commença à tracer de mémoire le dessin qu’il avait concu chez lui ou dans sa scierie. Ici, une ligne de passage qui guiderait le flux, là un arc de cercle qui le contiendrait, qu’il faudrait barrer exactement ici pour soulager la pression qui s’exercerait mieux la répartir vers cette pointe, qui concentrerait l’énergie jusqu’au point où… elle serait redistribuée vers ce point là, guidée par cette ligne là. Ne pas marcher sur le dessin, ne rien oublier. Cette activité exigeante plaisait beaucoup à Antoine, qui même s’il n’avait pas beaucoup d’expérience en magie des dessins, avait le bagage théorique suffisant pour innover et faire juste.

Dès que le dessin, autrement plus compliqué qu’un pentagramme vite tracé, fut terminé, il disposa les godets pourvu des bâtonnets odorants à chaque pointe et les alluma. La fumée douce et lourde d’odeur commenca à monter. Antoine se précipita sur son outre et se positionna au centre du cercle, proche de la dalle qui recouvrait la tombe. Sans hésiter ni avoir peur, il but la potion qu’il avait préparé à l’avance. Avec ca, il serait prêt et bien armé pour le voyage à venir. Il but en trois fois, exposant à l’air à chaque fois, puis jeta l’outre au loin et se mit en méditation. Autrement mieux préparé que lors de l’envoûtement d’Elena grâce à la potion, et entraîné depuis longtemps, il accéda à la dimension des esprits en une seconde. Et de la dimension des esprits, il passa à celle des morts.

Qu’est ce que la roche ? Le premier qui dit « caillou » a perdu. Pour un sorcier, c’est de l’élément terre. Or, il n’y a pas d’esprit avec qui dialoguer pour la terre, contrairement aux autres éléments qui ont les salamandres, les sylphes et les ondines. A la limite, les dryades nous permettent-elles de dialoguer avec les plantes, mais rien qui ne soit utile ici. On ne peut donc pas manipuler la roche. Mais si on prenait le problème dans un autre sens ? Qu’on manipulait ceux qui voudraient manipuler la roche… ?

Aux franges du monde des Morts, il y avait un esprit solitaire, et qui appartenait à quelqu’un de bien vivant. Incapable de rentrer seul dans le royaume des morts, Antoine Vaudremont attendait plutôt qu’un de ceux là vienne à sa rencontre. Gonflé par l’effet de sa potion et portant en guise d’arme son dessin au sol, il ne craignait pas ce qui pourrait venir, il aurait au moins le temps de fuir si jamais… Ce royaume était encore tellement inconnu.

Il attendit un temps très long, le temps que les fantômes s’aperçoivent de sa présence. Il valait mieux ne pas crier et agiter les bras ici, sinon une armée de spectres assoiffée d’âmes pouvait venir siroter un sorcier devenu proie. C’était l’autre raison pour laquelle théoriquement on n’y allait jamais seul. Antoine fut soudain glacé à l’épaule, comme si on lui enfonçait une aiguille de glace dedans. Un cri cristallin de douleur suivit et la sensation disparu.

Derrière lui, en traître, un spectre sans visage avait espéré le toucher et lui absorber son feu vital, mais il y en avait trop dans le sorcier, et le fantôme couinait de douleur alors qu’une flamme lui dévorait sa main spectrale. Antoine en ouvrant la main récupéra la parcelle de feu intérieur que le fantôme avait manipulé sans précaution.

« Méchant ! Méchant ! »
« J’ai besoin de vous. »
« Pourquoi venir ici, aberration de l’autre monde ? »
« Pour jeter une malédiction. »
« Ne comptez pas sur moi ! Allez consulter plutôt des ombres plus noires que moi.. »
« Pas pour tuer quelqu’un ou le rendre malade juste pour le rendre impuissant à faire quelque chose. »
« Pourquoi ferais-je ca ? »
« Pour ceci. »


Il tendit la main doucement vers le fantôme, qui se retira dans un premier temps, puis revint sur la pointe des pieds. Il tendit précautionneusement le bras et toucha enfin la paume de Vaudremont. Aussitôt, une partie de l’énergie vitale circula du sorcier vers le spectre, savourant ceci comme un nectar précieux. Alors que le spectre commencait à enfin apprécier pleinement, Antoine retira sa main.

« QUOI ? J’en veux davantage !!! »

Le fantôme se jeta sur Antoine et le toucha au cœur. Une détonation retentit, et le spectre fut violemment projeté en arrière. Les morts étaient le reflet de ce qu’ils étaient de leurs vivants, ils étaient aussi le reflet de leur colère, et de leur fourberie. Le prêtre se félicita d’avoir prévu ce dessin et visiblement, il fonctionnait. A la prochaine réunion du Lys, il en parlerait à la Tribu.

« Tu n’auras rien de plus avant que j’ai obtenu ce que je veux. »
« Méchant ! Méchant ! »
couinait le spectre.
« Es tu prêt à m’obéir ? »
« Méchant ! Méchant ! »
« Et tu pourras avoir ta part de fluide. »
« … Que faut-il que je fasse ? »


Il fallait maudire tous ceux qui tenteraient d’ouvrir la dalle qui couvrait la tombe d’Alicia. Que quels que soient leurs moyens de vouloir l’ouvrir, physiques ou magiques, ce soit un échec. Les grues se casseraient, les rituels seraient sans réponse, les gens seraient soudainement trop faibles pour la porter. Une petite malédiction mais qui serait certainement très efficace.

« Et voilà ton salaire si tu le fais. »

Antoine concentra entre ses mains une réserve de plus en plus grande de feu intérieur, jusqu’à avoir une boule aussi grosse qu’un cœur. Le spectre, bien que dépourvu de visage, vibrait de désir pour cette vie en bouteille.

« Qu’est ce qui me garantis que tu le feras si je te le donne ? »
« Dans ce monde, la parole lie directement l’âme, sorcier. Même la tienne. »
« J’ai ta parole que tu assureras cette malédiction ? »
« Tu as ma parole. »
« Je te donne ma parole que je te donnerai ceci en échange de tes services. »


Antoine diffusa le flux jusqu’au spectre qui absorba goulûment. Il ne se passa rien d’autre avant que ce soit fini. Le prêtre songea que sans la potion qu’il avait préparée, donner toute cette énergie l’aurait tué. Enfin, le fantôme parut satisfait, il avait par ailleurs doublé de taille.

« Retourne dans ton monde, sorcier, nul ne pourras violer cette tombe. »

Antoine Vaudremont acquiesça et quitta les marches du royaume des morts avec soulagement, refaisant le chemin inverse aussi vite qu’il pouvait.


Les bâtonnets étaient éteints, et une des pointes du dessin à la craie était effacée. Le prêtre vérifia rapidement que tout tournait rond, et que son esprit était intact. En une minute, il fut rassuré : il sortait indemne de sa randonnée dangereuse. Restait à vérifier que la malédiction était bel et bien mise en place.

Il sortit encore un ciseau de sa sacoche, et tenta de l’insérer entre les jointures des dalles qui entouraient la tombe. Pas une fois, il ne réussit à même se positionner en face des rainures, et il semblait encore plus impossible de s’y introduire. Antoine eut un grand sourire. Le spectre agissait déjà.


Voici mon cadeau, Meneuse. Un chef d’œuvre rendu possible par toi seul.

La tradition perdure.


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Un chef d'oeuvre en hommage

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