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 La vie est ponctuée d'héroïsme [Rosbruck]

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MessageSujet: La vie est ponctuée d'héroïsme [Rosbruck]   Ven 29 Juil 2011 - 13:46

*28 juillet 1645*


Certes madame Zimmerman était depuis peu une adepte de la sieste post-déjeuner. Un petit moment de détente, qui lui permettait d’échapper aux désagréments divers, qu’annonçait la digestion. En sortant de cette heure de repos, elle éprouvait, à chaque fois un rien de culpabilité. Cette grossesse était entrain de la rendre paresseuse. Si elle ne croyait plus ni à Dieu ni au Diable elle se souvenait parfaitement des règles familiale où la faignantise était l’une des premières choses à bannir de son hygiène de vie.
Cette conviction familiale –bien plus qu’un réel désir de marcher- l’entrainait à quitter le manoir au bras de sa fidèle Miranda. D’un pas lent elles sortaient de la propriété pour aller arpenter la campagne. Elles ne suivaient jamais le même chemin. Le plus important étant de dégourdir les muscles et de prendre un peu de soleil. Lou en profitait pour partager ses pensées avec amitié. Le sujet principal était, bien sûr, les enfants. Anna la préoccupait beaucoup. La marque sur son front ne partait pas. Le docteur n’avait rien trouvé. De quoi craindre un nouvel… enchantement.


L’un des sentiers débouchait sur l’une des grandes fermes des environs. Louisa fut elle-même étonnée d’avoir parcourue une si grande distance. C’était revigorant et rassurant d’en être encore capable. Ses yeux noirs suivaient les lignes de la bâtisse avec bienveillance. C’était une vieille dame qui habitait ici. Tous les ans elle employait les jeunes de la région pour travailler sa terre. Plus d’une fois David était venu aider pour les petits travaux d’urgence.
Le son de la scie s’entendait à des mètres à la ronde. Les deux femmes s’avançaient tranquillement vers l’ombre du porche. Madame Wagner était à moitié assoupie sur sa vieille chaise en bois. Un chien tout aussi vieux était à ses pieds et chassait les mouches, qui venaient le chatouiller sans fin, à coups d’oreilles. Une belle preuve de confiance envers la personne qui était entrain de travailler dans la coure arrière. La baronne contournait une pile de bois sec et décidée à voir de quoi il en retournait.


Ses pieds faisaient craquer l’herbe sèche. Elle avait les joues roses à cause de l’effort. Bien que sa robe soit un modèle de sobriété, elle n’en dénotait pas moins, la richesse de sa propriétaire. Lou, même pour une balade, mettait un point d’honneur à être élégante. Toute la ville savait qu’elle était la couturière de la région. Cette réputation elle comptait bien la garder.
La silhouette de l’homme ne lui disait rien. Ceci-dit même elle ne pouvait pas connaître tous les habitants de la baronnie. Après un regard interrogateur vers son amie confirmation fût faite qu’elle était face à une inconnue. La dame attendit que l’homme fasse une pose pour l’aborder d’une voix vive et pleine de bonne humeur.


-« Bonjour monsieur ! Pouvons-nous vous arrêter une petite minute ?
Je m’appelle Louisa Zimmerman je suis l’épouse du baron. »



Voir ce qu’il était entrain de faire donnait une petite idée à la femme d’affaire qu’elle était. Une lueur joyeuse habillait son regard noir. Cette femme n’avait jamais été très portée sur les signes ou les superstitions. Cependant après vingt ans sur la terre de sorcières on commençait à se faire une raison. C’était là l’occasion d’évoquer l’une de ses idées. Elle avançait encore un peu sans savoir que le soleil était un peu rude et que l’ombrelle –ignorée- lui aurait épargnée le tournis qui la prenait. Sa main saisissait promptement le bras de la paysanne qui l’accompagnait tandis que ses entrailles s’agitaient un peu.


Dernière édition par Louisa Zimmerman le Lun 5 Sep 2011 - 15:17, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: La vie est ponctuée d'héroïsme [Rosbruck]   Lun 1 Aoû 2011 - 18:41

« Oui oui, minute madame. »

L'homme se pencha sur la bille de bois et passa une main douce sur le grain du bois de hêtre, la mine soucieuse et pleine de doutes.

« Oh nom de... Louis! Arrive! »

Un apprenti, probablement pas plus de seize ans arriva avec une gigantesque scie, de celles qu'on manie à deux. Le Maître lui montra un endroit qui avait été écorcé par les chaînes, laissant voir le bois et son grain.

« Regarde où tu m'as mis les chaînes, pile dans une fragilité du bois: regarde, là le grain est déformé, et il y a un tout début de fissure: on va pas avoir le temps de quitter la route que déjà la bille sera foutue! Lâche donc la bandanne, tu ferais mieux de rectifier la position: mets les une bonne coudée plus loin et vérifie qu'on aura pas ce problème compris? »

L'apprenti, un adolescent boutonneux aux cheveux noirs, était dans la confusion la plus totale et Maître Vaudremont eut une bouffée de pitié pour lui sans pour autant s'adoucir à l'extérieur: on ne formait les jeunes qu'en leur mettant le nez dans leurs erreurs, pas en les bichonnant et leur donnant des mouchoirs. Un maître d'apprentissage n'était pas un père. Le gosse se pencha sur les lourdes chaînes qui enserraient l'arbre brut à peine ébranché. C'était sa première grume, il fallait être indulgent.

« Je suis à vous madame, c'est pour un travail, une réclamation, un conseil? »

Généralement il n'aimait pas être dérangé en plein milieu d'un chantier, surtout un délicat comme l'enlevage. Au milieu de tous les rémanents, les déchets de coupes comme les branches contournées et inexploitables, il y avait une atmosphère rustique et chaotique qui n'était pas compatible avec des négociations ou des conseils. Il y avait toujours un apprenti ou un compagnon pour vous déranger avec des détails techniques que seul le chef de chantier pouvait régler. Mais le client ignorait tout du travail des scieurs.

« Peut être devrais je dire Baronne à la place? Excusez moi d'avoir râté les présentations: Maître Vaudremont, patron de la scierie de la Schwarzwald. »

Il s'essuya la sueur du front, la moue renfrognée à cause du soleil, et regrettant fortement de ne pas avoir pris de chapeau de paille. Qu'est ce que ca devait être pour la Baronne de Rosbruck, enceinte jusqu'au cou... Louise en son temps affrontait vaillamment la grossesse, on ne pouvait qu'espérer que les femmes soient toutes du même bois que son épouse.

« Peut être un peu plus à l'ombre? La chaleur nous fait vite tomber comme des mouches quand on n'est pas habitués. »

A force de travailler à l'extérieur, il avait développé un vilain hâle assez peu harmonieux qui le protégeait au moins du soleil, mais il était bourgeois pas noble et il y avait des limites que lui pouvait franchir. Il pressentait déjà que Louisa Zimmerman ne se sentirait pas comme un charme très longtemps, elle avait une démarche un peu trop crispée et ne souriait pas tout à fait.


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MessageSujet: Re: La vie est ponctuée d'héroïsme [Rosbruck]   Ven 5 Aoû 2011 - 13:52

Une vraie noble aurait du se vexer de passer après un adolescent gourd. Mais une vraie noble ce serait-elle arrêtée dans cette ferme ? Miranda avait le regard un peu rieur devant ces deux artisans. C’était que la formation n’était pas tout à fait étrangère à la maison Rosbruck. Romain comme Louisa se faisaient régulièrement formateurs. C’était l’un des nombreux aspects de ce couple qui continuait d’étonner les alentours car ils n’avaient d’autres qualifications que celles du vécu.
Un peu comme ce qu’elle faisait –régulièrement- avec cette jeune noble, mademoiselle Mirova. Cette commerçante avait toujours aimé la pédagogie c’était un outil essentiel pour perpétrer un savoir-faire. Bien sûre il n’y avait qu’avec la couture que sa formation valait celle des employés royaux où autre grands noms. Jeune déjà elle avait miroité les ateliers des palais. C’était en fin de compte ses apprenties qui quittaient boutiques pour aller conquérir la France.


-« Ce serait pour un peu des deux, monsieur … ?
Mais je ne veux pas non plus vous indisposer. »



Elle observait surtout le jeune garçon. Il avait l’air bien embrassé. Elle imaginait Dimitri à sa place dans quelques années. Serait-il un bon apprenti ? Apprendrait-il seulement un métier de création ? Lui qui ne jurait que par les épées et les Richards cœurs de lion. C’était une préoccupation permanant dans l’esprit de cette mère. Qu’allait devenir ses enfants ? Elle gardait des Maulne le désir de poursuivre une œuvre familiale. Mais aucun des deux grands ne semblaient attirés par sa passion.
La dame acquiesçait d’une simple inclinaison du menton. La scierie de la Schwarzwald ne lui était pas tout à fait inconnue. Elle avait envisagée de faire appelle à elle, il y avait de cela quelques années, pour des travaux au Fil Blanc. Tout en reculant vers la bâtisse pour éviter le soleil elle portait la main à son bas ventre. La raison de ce monsieur lui tirait l’ombre d’un sourire. Lou était une file de la neige, une fille du blanc. Si d’ordinaire elle supportait le chaud c’était parce qu’elle ne portait pas la vie en elle.


-« Je préférerai volontiers choir à cause d’un peu de gèle.
Miranda peux-tu me trouver de l’eau s’il te plait ? Je ne me sens … Aie… »



La violence du coup éveillait une douleur assez désagréable. La baronne s’errait un peu plus le bras de son amie. Pourquoi sa progéniture s’agitait-elle ainsi ? On la conduisit lentement devant la maison pour qu’elle puisse s’assoir sur un autre petit banc. Attentifs on pouvait deviner d’infime bosses arriver et repartir sur la peau de son ventre. Louisa se sentait confuse de se faire ainsi assister. Elle essayait de reprendre un peu contenance malgré tout.


-« Je m’en veux à présent de vous avoir arrêté. Excusez-moi. Je ne sais pas ce qui se passe. Je… »


Un grand frisson venait faire trembler son échine. Sa peau perdait un peu plus de sa couleur. Non vraiment elle ne se sentait pas bien. Une angoisse sourde commençait à naître au creux de son cœur. C’était la première fois qu’elle vivait une chose pareille. Son cœur s’accélérait progressivement comme pour affronter un ennemi invisible. Sans les prunelles sombres montait la panique.
Ce fut pire encore lorsqu’elle eu l’impression de sentir ses cuisses s’humidifier. Non ! Ce n’était pas possible. C’était trop tôt. Par instinct la porteuse serrait les jambes de toutes ses forces. Miranda arrivait avec son verre. L’inquiétude apparue instantanément sur ses traits. Le chien, qui sentait l’atmosphère changer, aboyait un bon coup. Une tentions se mettait en place. La fileuse était incapable de bouger de peur d’encourager le processus.


-«Ce n’est pas encore l’heure. Aidez-moi. »


S’il existait une potion pour arrêter tout ça. Haine ou pas la métisse aurait dit oui.
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MessageSujet: Re: La vie est ponctuée d'héroïsme [Rosbruck]   Lun 8 Aoû 2011 - 15:36

Antoine Vaudremont commença par ignorer tout à fait ce qui se passait, ne faisant pas le lien entre un chien qui aboyait, un spasme de la baronne, et la servante qui s’arrêtait interdite. Son cerveau d’homme mit du temps à réaliser ce qu’il se passait et ce que voulait dire les mots « Ce n’est pas encore l’heure. » Et lorsqu’au bout de quelques secondes de perplexité il comprit enfin, ce fut un :

« Merde ! »

Qui franchit ses lèvres. Des souvenirs affluèrent alors comme une armée levée à la hâte, un peu chaotiques, éprouvants et qui glaçaient le cœur : Louise et ses quatre grossesses dont seul deux avaient donnés des adultes sains. Il avait accompagné sa femme des premiers signes jusqu’à ce qu’Alice, Jean, Matthieu et Stéphane voient le jour et chacun des accouchements avait été unique. Mais jamais dans une cour de ferme, loin de la ville et des sages-femmes.

Et l’autre servante restait plantée là à essayer de prendre une décision. Comme plus de serviteurs qu’on ne pensait, surtout les jeunes, ils ne savaient pas faire ce qu’on ne leur commandait pas. Antoine décida à sa place : il prit la baronne violemment par les épaules, et la guida au pas de course dans la maison, alors que les eaux se perdaient de plus en plus. Lorsque les femmes étaient en situation de faiblesses, il était vital que les hommes soient forts et ne perdent pas le nord. Et vice-versa bien entendu. La vieille femme du paysan qui exploitait la ferme eut une réaction méchante en voyant l’artisan censé dégager son arbre :

« Vous avions point dégager l’âbe ? Il é aihi de faire pourtant ! »
« Bauii pas la vieille, la faume est pas bien, mé et sa babette allons l’aider, mais il nous faut un let ! »
« Aaaaaah doux Jésus, mais il fallait y dire plus tôt ! Allez dans la chombre de mon trouand de mari, à l’heure qu’il est il doit être en train de…
« Cesse de trosser elle va mal ! »
« Oh c’est bon, je faisais qu’y dire Mâtre Vaudremont. »

Avec plusieurs bordées de juron en patois que seuls les campagnards les plus chevronnés connaissaient, elle claudiqua jusqu’à une porte en bois qui menait directement en une pièce au sol encombré de paille avec un lit en bois robuste mais pas vraiment tout confort. Antoine Vaudremont se précipita d’installer la baronne.

« C’est pas le château, la sage-femme est loin, mais je vais vous aider ma brave dame. »

La servante était sorti de sa stupeur et faisait des tas de choses invraisemblables et allant contre toutes logiques. Antoine Vaudremont contourna le lit vite fait et avec ses deux pattes la stoppa en pleine action :

« Toi, tu vas prévenir mon apprenti dehors qu’il aille courir à la ville chercher quelqu’un de compétent d’accord ? Et qu’il courre ! Au retour tu demanderas à la vieille des linges propres. Elle va gueuler mais dis lui que je la rembourserais. »

On n’avait pas le temps de négocier ou de chipoter. La babette sortit en soulevant ses jupes, et l’artisan se retrouva seul avec la baronne. Que faisait-on déjà quand on était un homme et qu’on assistait à quelque chose qui étaient à mille lieues de ce que l’on pouvait concevoir ? Tout était le travail de la femme, il fallait la soutenir et la rassurer. Comme Louise en son temps.

« Tout est bien, on va pas trop brusquer les choses, on attend que la sage-femme revienne et là je pourrai vous laisser entre de bonnes mains. »

Il espérait encore au fond de lui de ne pas avoir à intervenir lui-même, mais vu la distance à la ville, et vu que les eaux se tarifiaient déjà, le travail commencerait d’ici très peu, et les probabilités qu’il soit rapide étaient aussi forte que les probabilités qu’il mette suffisamment de temps pour que l’aide arrive.

Antoine Vaudremont prit la main de Louise Zimmerman dans sa patte droite.


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MessageSujet: Re: La vie est ponctuée d'héroïsme [Rosbruck]   Ven 12 Aoû 2011 - 16:18

Toute son énergie était accaparée par le dernier contrôle musculaire dont elle pouvait encore faire preuve. L’effort physique l’empêchait de prendre réellement par à ce qui se passait autour d’elle. La voix éraillée de madame Wagner lui parvenait de façon décousue. Que racontait-elle ? Miranda était là aussi. Elle parlait de plantes pour calmer les contractions. Pas si croyante que cela elle jurait sur la tête de la sainte Marie. Pourquoi provoquer la délivrance alors qu’elles étaient éloignées de tout ?!
La baronne Elle obéissait et se laissait guider à l’intérieur de cette vieille chambre. Elle s’appuyait sur le bras de paysan pour essayer de s’assoir sur le lit sommaire. Sa respiration était un peu plus pénible
Louisa prenait progressivement conscience que l’accouchement allait avoir lieu.


-«Non, non, j’ai une sage femme au village de Forbach. Sandrine Delacroix elle, s’appelle Sandrine Delacroix. Vous devez la trouver ! »


Le ton était paniqué et empli de cette autorité naturelle. Certes tout ne se passait pas comme prévu mais madame Zimmerman voulait que ses bébés ne courent aucun risque. Une contraction lui prit le bas ventre. Elle avait déjà donné la vie deux fois. Elle savait qu’il était trop tard pour envisager de regagner le manoir. Pourquoi son corps voulait-il accélérer les choses ? Rien n’indiquait que la poche avait put être rompue… aucune chute.
Miranda regardait Vaudremont et écoutait en silence. Elle se contentait d’acquiescer du menton. Le type avait raison de toute façon. Il n’y avait plus une minute à perdre. Lou tendit la main vers elle au moment où elle allait disparaître. Leurs regards se croisèrent. Les deux amies avaient la même lueur inquiète dans les yeux.


-«Préviens Romain. Il doit être aux plantations. Fais vite. »


L’hôtesse forcée ralla ensuite tout son saoul en préparant le linge pendant que l’employée courrait vers l’apprenti charpentier.
Louisa s’était redressée, tant bien que mal, contre la charpente. Elle avait renoncée à la pudeur. L’heure était grave. Les deux mains tentaient de retenir le bas-ventre. C’était vain. Mais n’importe quelle mère lutterait jusqu’au bout. Elle sentait la sueur couler le long de sa nuque. Elle ne devait pas paniquer. C’était le meilleur moyen d’accélérer un peu plus les choses. Il fallait qu’elle se calme pour le bien des petits. Alors elle cherchait quelque chose d’apaisant dans la pièce. Un petit détail sur lequel se concentrer.
La poigne de son protecteur lui fit faire un piteux sourire. Ça aurait put être pire. Au moins elle n’était pas toute seule. Ses yeux noirs fouillaient les siens. Il avait l’air plutôt calme. C’était rassurant en soi. Lou avait eu de la chance. Entre deux respirations sa voix porta jusqu’à lui.


-«Vous avez des enfants ? J’en ai déjà deux. Tout s’est très bien passé à chaque fois. Ce sera pareil cette … »


Une douleur lui coupait le souffle. Ses doigts fins se contractaient sur celle de son interlocuteur. C’était douloureux. Peut être anormalement douloureux d’après son souvenir. Mais pourquoi maintenant ? Sa tête se cognait contre le mur dans un mouvement de rejet. Le visage levé vers le plafond elle serrait les dents de toutes ses forces pour ne pas crier. L’orgueil des Silvanov la maintenait en éveil.
Elle voulait surtout voir Romain. Savoir qu’il était là, qu’il allait la soutenir, faire que tout aille bien. Ses entrailles étaient de plus en plus mouvementées. Son corps se préparait à expulser la vie. Pour tromper son intuition la dame préférait entretenir un semblant de conversation. Si elle ignorait les contractions peut être que…


-«La sage-femme m’a dit qu’il en avait deux. Vous vous rendez compte ! Il faut que tout se passe bien. Vous comprenez ? Je veux qu’ils… »


Parler allait être de plus en plus compliqué. Les contractions ne se calmaient pas. Pire elles augmentaient douloureusement. Lou ne pouvait pas se battre indéfiniment contre mère nature. Sa chair n’aspirait qu’à la fin du calvaire. Elle tremblait à force de contracter ses muscles. La lutte était inégale. Dans ce moment si dangereux au bord du miracle la femme pensait à sa mère : Nastasia Maulne. Elle était à des milliers de kilomètres d’ici. Sentait-elle la peur de sa fille ?
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MessageSujet: Re: La vie est ponctuée d'héroïsme [Rosbruck]   Sam 13 Aoû 2011 - 13:32

« C'est bon, madame, vous êtes entre de bonnes mains, tout va bien se passer je vous l'assure. »

Antoine n'était même pas à moitié convaincu par ses propres paroles, mais il ne fallait surtout pas que la mère le sente, ce qu'elle allait faire serait héroïque, comme lorsque chaque femme accouchait et il ne fallait pas lui rajouter la pression d'une quelconque inquiétude sur les épaules.

« J'ai assisté ma femme lors de quatre accouchements, je m'y connais un peu... »

Tous étaient vivants à la naissance, c'était le principal, ce qu'il fallait retenir. Ce qu'il fallait absolument mettre de côté en revanche c'est que jamais Antoine n'avait accouché de jumeaux. Comment cela se passait, qu'est ce qui était particulier à ces accouchements, Antoine n'en avait aucune idée. Mais on ne pouvait plus espérer attendre la sage-femme, le travail n'attendait pas, il laisserait volontiers sa place à Delacroix lorsqu'elle arriverait, en attendant, il lui fallait déchausser ses bottes et se mettre sur le lit entre les jambes de Louisa Zimmerman. Il était loin le moment où il s'occupait d'une bête grume qui ne demandait rien à personne.

« C'est pour vous aider madame, pas de craintes. »

En tant que sorcier, Antoine avait moins d'interdits autour de la pudeur qu'un chrétien, mais il ménageait la baronne qui il est vrai avait d'autres chats à fouetter qu'un homme puisse la voir nue. Il la chevaucha le temps de lui déboutonner la robe et avec autant de rapidité qu'il put, pouvoir enlever les si petits boutons avec ses gros doigts. Suant déjà à cause de la peur, il put enfin écarter les vêtements et dégagea les vêtements. Pour les sous-vêtement, il lui paraissait trop compliqué de les retirer vu l'urgence, aussi les arracha-t-il, qu'on lui pardonne de saccager ainsi de la si belle soie. Il ne ressentit rien face à la nudité soudain dévoilée de Louisa Zimmerman, il y a plus excitant qu'une femme en train d'accoucher, surtout quand on n'a plus vingt ans.

« Je m'occupe de vous, détendez vous! Respirez profondément et ne vous occupez que de vous! »


Que faisait-t-on déjà? Dans quel ordre? Quelles erreurs fallait il absolument éviter? Antoine s'en souvenait assez bien, pour l'avoir répété assez de fois. Dans des phases plus avancées il serait moins sûr de lui mais pour le moment tout allait bien. Il ne pouvait pas faire grand chose pour l'instant mis à part...

Il posa la main sur le ventre arrondi de la baronne et détourna le regard, ferma les yeux. Il fit appel à ses talents de sorciers. A moitié dans le plan spirituel, il fit une exploration confuse des esprits qui s'agitaient autour des enfants à naître et de la mère. Il vit accourir des mauvais esprits, confus mais maléfiques. C'étaient des esprits différents des élémentaires, des annonciateurs de malheur, des malins.

« Et merde. »

Il commit l'erreur d'ouvrir les yeux et de regarder la mère, elle put voir pendant deux secondes les pupilles entièrement noires d'Antoine. Elle put voir le sorcier dans l'homme. Il se rendit compte du danger et ferma sa vision spirituelle. Les mauvais esprits arrivaient, ils avaient décidé de réclamer cette naissance ci. Nul ne savait pourquoi ni comment ils fonctionnaient mais la médecin moderne avait du mal à lutter, bien des naissances qui se passaient mal avaient pour origine ces esprits qui se nourrissaient de la vie de la mère ou des enfants.

Antoine resta stupidement en suspens quelques secondes, ne sachant pas s'il avait été détecté ou non. Mais s'il voulait que cette double naissance se passe bien il fallait qu'il use de nouveau de ses talents de sorciers, descendant lointain des premiers chamans. Il y aurait d'autre occasions de se trahir.

« Quoi qu'il arrive faites moi confiance. Je sais ce que je fais. »

Il gèrerait plus tard les retombées de ceci. En fait, il était presque rassuré de s'être trouvé une vraie utilité et d'avoir des ennemis à combattre. Il ne retira pas sa main sur le ventre et décida de faire à plein temps son travail de Prêtre d'Olrun: protéger la vie, et élever l'humanité.

« Allez y, je suis prêt! »

Et il replongea à moitié dans le domaine spirituel, prêt à éloigner les esprits mauvais.
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MessageSujet: Re: La vie est ponctuée d'héroïsme [Rosbruck]   Dim 14 Aoû 2011 - 19:52

Ils tentaient de se convaincre mutuellement. Louisa était lucide. Cet accouchement était risqué. Elle n’était plus toute jeune. Il y avait deux bébés. La grossesse avait progressivement épuisé ses réserves. Rien n’était à leur avantage pas même le lieu. Son regard était planté dans celui du bourgeois. Dans ces moments de crise n’importe quel être humain pouvait devenir un allier. Madame Zimmerman n’y arriverait jamais toute seule.
Elle se concentrait sur lui. Puisque la situation ne laissait aucune issue… Il devait savoir une chose importante -ses désirs- si jamais les choses tournaient mal.


-«Si un choix s’impose c’est eux que vous devez sauver.»


C’était une décision qui ne regardait qu’elle. Romain aurait refusé. Mais il savait à quel point Lou était une mère. Il en avait été de même pour les deux autres enfants. Elle était en accord avec elle-même. Sa propre mort ne l’effrayait pas. Ce n’était pas le cas concernant celle des siens. Ces derniers mois l’avaient bien démontré. C’était ainsi depuis qu’elle était tombée amoureuse et que l’amour lui avait été offert.
Tout à sa souffrance elle n’objectait rien en se voyant dénudée par un inconnu. Elle devait se résoudre à faire confiance. La progressive disparition des vêtements baissait un peu sa température. Sa peau, à l’air libre, respirait un peu mieux. Un confort qui était bienvenu. La destruction de ses créations ne la faisait même pas sourciller. Elle se rendait également compte que c’était la première fois, qu’un autre homme la voyait nue, depuis qu’elle était mariée. Pendant prés de vingt ans la baronne avait –jalousement- gardé son corps à l’abri ne n’importe quel autre regard. Telle la femme aimée qui, loyale et symbolique, préservait les dons promis. Que voyait-il ? Si ce n’est une femme mûre à la peau claire et aux courbes rondes.
Son esprit était à l’écoute de ses entrailles.


-«Ma belle-sœur avait eu des jumelles. L’une d’elle se présentait par l’arrière. Cela arrive quand les bébés manquent de place. Peut être n’ai-je pas assez de place pour eux… »


Les mains de fées étaient à présent des serres à la recherche d’une prise. Lou obéissait et se coupait peu à peu du reste du monde. La dame n’était plus. Il n’y avait qu’une louve. La protectrice qui devait accomplir la plus importante des missions. Les mouvements lui revenaient au fur et à mesure. La respiration approfondie pour accompagner les spasmes et calmer la douleur. Les reflexes archaïques de la survie. Elle l’avait déjà fait.
Que ce soit le fait du hasard, ou non, leurs yeux se croisaient au mauvais moment. Les pupilles onyx, durent faire face, au regard sombre d’une mortelle. Le cœur de Louisa manquait quelques pulsassions. Ses traits exprimaient la surprise, la peur, et plus loin encore la colère. Ce n’était pas vrai. Impossible.Comment ? Comment se pouvait-il que son sauveur soit l’un de ces…
Dans un sursaut d’émotion Lou repoussait les mains du sorcier. Ce type ne toucherait pas à ses enfants ! Jamais !


-« Vous ! Vous êtes l’un d’eux ! »


Une contraction stoppait les élucubrations de la mère. Elle s’appuyait un peu plus contre le mur. Cette fois un cri jaillissait de sa bouche. Un son brut qui trahissait son désaccord. Il évacuait la douleur et la rage spontanée qui se logeait dans ses tripes. Elle ne voulait pas qu’il soit là ! Elle ne l’écoutait plus, perdue dans des émotions contradictoires. Pourquoi parler de confiance ? On ne pouvait pas faire confiance à ces gens là. Qu’il aille au diable retrouver l’Agent ! Miranda était partie. La vieille ne pouvait certainement pas affronter un quarantenaire. Et elle… dans son état.
Son esprit tout entier voulait repousser Vaudremont. Mais sa chair voyait les choses autrement. Le col était ouvert, élargi, les bébés bougeaient pour suivre le chemin de la naissance. Ses pieds s’enfonçaient dans le lit jusqu’à crever les couches de pailles. Des larmes s’écoulaient des yeux sombres de la métisse. Elle avait mal.


-« Non ! »


Pourtant elle poussait avec toute la force qu’elle pouvait en respirant à grandes goulées. Ses nerfs étaient proches de la rupture. Le sang battait dans ses tempes comme une vague infinie et puissante. Louisa ne pouvait pas retenir le travail. Malgré sa peur elle se mettait à suivre les ordres de la nature. L’adrénaline l’empêchait de s’effondrer. Elle grondait contre les pointes de douleur. Ses yeux se teintaient de sauvagerie. Lou revenait aux premières heures de l’humanité.


Les minutes qui suivaient n’étaient plus qu’effort et souffrance. Elle oubliait son appréhension à l’encontre de son accoucheur. Elle ne pouvait pas gérer tout en même temps. Seuls les jumeaux habitaient son présent. Le garçon se présentait en premier. Sa mère sentait son petit corps glisser lentement. Plongée en elle-même Louisa murmurait les mots russes qui donnaient la fois et le courage. On sentait la résolution mais aussi la vulnérabilité.

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MessageSujet: Re: La vie est ponctuée d'héroïsme [Rosbruck]   Lun 15 Aoû 2011 - 13:04

Elle n’aimait pas la sorcellerie, mais l’accouchement lui prenait toutes ses forces. Les explications arriveraient plus tard, et c’était tant mieux. Jusqu’ici, bien qu’à risques, la mise au monde se passait sans complications, pour les secondes à venir du moins. Antoine remonta ses manches, déboutonna le haut de sa chemise, et se prépara à une longue séance de danse avec les esprits.

Il remit ses mains sur le ventre agité de Louisa, et ouvrit sa vision spirituelle, restant entre le monde physique et le monde spirituel à part égales. Les esprits malins pour le moment se rassemblaient à l’entrée du vagin, prêt à y pénétrer par légions de petites créatures. On ne pouvait pas les tuer, aucun esprit ne pouvait être tué, c’est le privilège des choses matérielles, mais on pouvait les éloigner. Dans le temps, quand on pouvait pratiquer le culte d’Olrun en paix, les accouchements des sorcières se déroulaient souvent dans un cercle de protection tracé et ritualisé à la hâte ou de façon plus perfectionnée, ce qui éliminait ce genre de danger. Si Antoine avait eu le temps, le matériel, la possibilité et la certitude de ne pas être pincé, il aurait fait de même, mais l’ennemi serait déjà à l’intérieur des murailles s’il en construisait un maintenant. Le bébé glissait petit à petit vers la sortie, et Antoine sentit une volonté maligne grandir en face. Quels pouvaient être les mots qui pourraient l’aider dans une telle situation ? Ils étaient nombreux, il aurait besoin d’incantations.

Les mauvais esprits allèrent enfin au contact de la future mère, le bébé cessa de progresser, et l’autre tourna, comme s’il allait se décider à sortir par le siège.

« Au nom de la Walkyrie
Dont je détiens le Savoir
J’interdis aux esprits
De prendre leur part ! »


Ils furent troublés, gênés, lâchèrent un peu prise. Antoine par ses yeux spirituels voyait l’autre bébé se remettre dans la bonne position. Les malins continuaient néanmoins à s’agglutiner autour de la mère, qui au plus profond d’elle-même, savait ce qu’il se passait, le ressentait au fond de ses entrailles.

« Au nom de la Walkyrie
Dont je détiens le Savoir
J’interdis aux esprits
De prendre leur part ! »


Ils durent lâcher prise et s’intéresser au sorcier. Vaudremont était comme un chasseur face à une meute de renards : il était plus fort qu’eux, mais il était seul et n’avait que deux yeux. Il devait maintenir une attention permanente et une vigilance sans faille en protégeant la Mère. Mais il avait confiance en lui, comme à chaque fois qu’il pratiquait la magie : Il était un homme d’Olrun, qui suivait consciencieusement son chemin. Il ne pouvait être vaincu en restant sur son chemin. Le premier bébé reprenait sa descente normale, il pourrait sortir dans quelques minutes, poussé par l’autre. Les esprits retentèrent un assaut.

« Au nom de la Walkyrie
Dont je détiens le Savoir
J’interdis aux esprits
De prendre leur part ! »


Une colère désincarnée vint frapper Antoine, qui ne s’en émut pas. Il était un sorcier, ils n’étaient que des mauvais esprits, nuisibles certes, mais pas plus que des rats dans un grenier. Il avait un peu de répit maintenant, assez pour venir en aide plus directement à Louisa. Dans cet accouchement tourmenté et difficile, il pouvait faire une chose qui l’aiderait. Il s’immergea un peu plus dans le monde d’en dessous, se mettant un peu plus en danger, et conçut une musique de l’âme pour Louisa, tout comme il en avait fait une pour Elena après le passage de Noâz, quelques mois auparavant. Cette musique là était plus violente, plus entraînante, elle encourageait et redonnait des forces, elle était assez joyeuse pour redonner des forces et laissait imaginer une fête importante. Il ne savait pas bien à vrai dire comment Louisa la ressentirait, si elle l’entendrait bien ou si la démarche échouerait et que les sensations qu’Antoine essayait de faire passer seraient peu ou pas senties.

Il vit la tête du petit premier commencer à sortir. C’était le moment où il fallait le plus de sang froid, et Antoine revint en majorité dans le monde matériel, abaissant ses défenses et son immersion dans la magie pour ne garder que la Musique. Il récupéra les draps et attendit que celui-ci soit tout à fait sorti. Il ne dit rien, pas une parole car ses encouragements et ses directives, ils les convoyaient grâce à la magie. Le bébé voulait vivre, la mère luttait pour qu’il vive et enfin, dans un cri de Louisa, la tête entière émergea, le reste du corps suivit tout seul. Le nourisson vagit vigoureusement, d’une façon éclatante. Antoine sortit immédiatement la lame qu’il avait à sa ceinture, noua le cordon ombilical et coupa d’un geste net celui-ci. Il était né. C’était un garçon.

« Puisses tu toujours être chaleureusement entouré, et devenir un homme de bien. Puisses-tu être un bon fils qui fera la joie de tes parents et un bon époux qui comblera ton épouse. Puisses-tu découvrir ta voie dans ce Monde et la Vérité dans l’Autre. Puisses-tu vivre sans regret ni chagrin pour que, quand le moment viendra tu puisses faire ton passage l’âme en paix. »

La bénédiction du nouveau-né était le privilège et le devoir du prêtre d’Olrun, et ce n’était pas parce que l’enfant ne serait jamais sorcier qu’il ne méritait pas qu’on le bénisse et lui permette un départ sain dans la vie. Les paroles étaient assez longues, bien qu’Antoine saute volontairement les passages confiant le petit aux soins de la Walkyrie, une déesse en laquelle la mère ne croyait pas. Vaudremont ne voulait pas imposer à l’enfant sa religion et son dieu tutélaire, c’était une pratique de chrétien. Il arrivait à la conclusion :

« Que de cette minute jusqu’à la fin des temps, tu sois chéri par tous et que tu aimes… OUTCH ! »

Déboussolé, aveuglé par la douleur vive, Antoine chercha de ses deux visions où était la blessure. Sa vision physique lui signala une grande estafilade sur l’avant-bras droit, béante et qui saignait. Il mit un linge dessus en le nouant vaguement pour éviter que son sang et celui de la mère ne se mélangent. Sa vision spirituelle montrait un tableau plus inquiétant : les mauvais esprits avaient profités de la distraction du prêtre pour le blesser et le diminuer et croyant avoir le champ libre se ruait à nouveau à l’attaque de la mère, qui travaillait pour le second. Les choses allaient beaucoup plus mal maintenant, ils n’avaient plus peur du sorcier.

Antoine dût abandonner le monde physique en grande partie, laissant juste ce qu’il faut pour tenir droit. Vu de l’extérieur, il semblait comme vidé, sans réactions mis à part des grimaces de temps en temps et la blessure à son bras qui ne cessait pas de saigner. Puis après une ou deux secondes on l’entendit de nouveau murmuer l’incantation :

« Au nom de la Walkyrie
Dont je détiens le Savoir
J’interdis aux esprits
De prendre leur part ! »


Et il la répéta. Encore et encore, et encore. Il ne savait pas comment ca se passait du côté de Louisa, mais de son côté à lui ce qu’il voyait, c’est que les mauvais esprits étaient dans la place, et agissaient de manière à provoquer une catastrophe. La bénédiction donnée par le prêtre protégeait l’autre bébé, mais celui-ci n’était qu’une bête menée à l’abattoir par les malins. Antoine plongea en pensée au milieu de l’essaim et déploya toutes ses réserves pour les repousser, vague après vague, blessure après blessure. Plus profondément plongé dans le monde spirituel, il était davantage de taille, mais les mauvais esprits s’étaient enhardis et ne craignaient plus l’homme. Antoine alterna les incantations avec les prières, en langue vernaculaire et liturgique, donnant à l’extérieur l’impression qu’il mâchonnait un galimatias incompréhensible. De temps en temps l’estafilade de son bras se rouvrait, voire s’élargissait, mais ce n’était qu’un signe et non une véritable blessure.

Le bébé, à peu près protégé des influences malignes, avait repris sa course normale, bien que turbulente et dérangée par les assauts des malins venus de toute part, exaspérés qu’on leur mette hors de portée ce qu’ils avaient décidé de réclamer. Le prêtre était sur tous les fronts, soulageant la mère comme l’enfant, comme il le pouvait. Cette partie du travail fut longue, pénible, et dès qu’Antoine relâchait un peu son attention, des complications survenaient. Un sursaut se manifestait alors et la pression diminuait. La pauvre Louisa était pourtant la plus battante de tous, car c’était elle qui soutenait la naissance de son bébé de toutes les forces et sans pouvoir un seul instant se défendre contre cette menace immatérielle, mais elle continuait, encore et encore.

La tête du deuxième put être vue. Antoine n’était pas prêt à le recevoir, pas du tout. Le travail continua, progressa, et le deuxième jumeau vint enfin au monde, projeté sur le lit. Il ne cria pas. Il ne geignit pas. Il lui manquait une petite flamme de vie. Le prêtre revint en catastrophe dans le monde physique, il n’y avait de toute façon plus grand-chose pour que les malins ne ripaillent désormais. La tête qui tournait, passablement fatigué et en sueur, Vaudremont prit le bébé encore relié au cordon ombilical et écouta son souffle. Il le mit sur le ventre et lui administra une petite tape sur les fesses. Rien.

« Que la Walkyrie me donne la capacité de faire vivre et éclore. »

Une autre petite tape sur les fesses. Le bébé toussa, puis s’enclencha enfin les braillements tant attendus. Antoine fut soulagé, il noua le cordon ombilical et le coupa en une seconde. C’était une fille. Elle était née.

Il ne récita pas la bénédiction tout de suite, s’intéressant plutôt au sort du placenta, qui ne vint pas, alors qu’au contraire du sang affluait. Les enfants étaient sauvés, mais la mère pas encore. N’attendant pas de voir si c’était ce qu’il craignait ou pas, Antoine resta dans ce monde, les pupilles normales, apposa ses deux mains au dessus du ventre douloureux de Louisa et se retira en lui-même, à essayer de réparer les dégats dû aux mauvais esprits et les dégâts collatéraux dû à la confrontation entre les malins et le sorcier, qui avait donné sa part aussi. Le corps était endommagé par la magie et les esprits, mais le sorcier répara les brèches, les tranchées, et les ornières. Il apaisa toutes douleurs, gomma toutes courbatures. Entre ses mains et le ventre circulaient un fluide léger, visible si on s’y concentrait. Puis il cessa et revint regarder. Le placenta fut expulsé normalement et les écoulements cessèrent. C’était une vraie femme. Elle avait survécu.

Antoine prit le premier-né et le donna à la mère.

« Vous avez un garçon. »

Il prit le puiné mais ne le donna pas tout de suite : il récita d’abord la bénédiction qu’il avait donné au petit. En une minute, ce fut fini, et il le donna à son tour à la mère.

« Vous avez une fille. Et ils vivront, forts et sains. »

Il ne raconta pas à quel point il avait été difficile de la garder en vie, et tout ce qui avait failli se passer. Il ne raconta pas sa bataille avec les esprits, ni tout le détail des opérations magiques accomplies. Louisa les avait toutes senties, confusément certes, mais c’était en son corps que tout s’était joué, c’était en ses enfants que tout s’était accompli.

Et Olrun avait agi : la Vie avait gagné.

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MessageSujet: Re: La vie est ponctuée d'héroïsme [Rosbruck]   Ven 19 Aoû 2011 - 16:08


Bien que ses yeux ne fussent pas faits pour voir les démons Louisa en sentait, la présence, l’aura furibonde, le souffle machiavélique de ceux-ci. C’était une impression de plus en plus intense qui lui donnait la chair de poule. Le malaise naissant la replongeait bien des années en arrières. Quand la maison Maulne avait été envahie par des esprits disparus. La sensation de ne pas être seule. Epiée par des malins.
Elle revoyait les mines des femmes. Non vraiment, les mortels, n’avaient pas à cohabiter avec l’au-delà. Les mots du sorcier avaient un effet qu’elle n’aurait put décrire. La « Walkyrie » n’était-ce pas cette femme au sein coupé qui dirigeait une tribu de femmes ? Monsieur Vaudremont était entrain de… les protéger ? C’était du moins le sens de sa litanie.
Interdire aux esprits de faire du mal à ses petits. Son intuition ne la trompait donc pas. On essayait de faire du mal à ses enfants ! Son ire changea de cible. L’homme en face d’elle était un protecteur ? Un sorcier protecteur… Ce concept bousculait les convictions de la baronne. Elle avait crut que les sorciers se contentaient de vivre entre eux et de semer le chaos quand ils le voulaient. Mais cette fois l’un d’eux prenait des risques pour l’aider. Une véritable révolution. Cela renouvelait la détermination de la femme à mener cet accouchement à terme. Ils pouvaient y arriver. Ensemble.


Au moment même où la mère recommençait ses efforts elle entendait un son –infime-. Ce n’était pas un son que pouvait produire un instrument. Elle ne l’avait pas non plus entendu dans la nature. C’était quelque chose de cristallin don tout son être avait envie de se regorger. Elle ne savait pas ce que c’était, ni même, d’où cela venait, mais c’était beau. La tentions dans ses muscles diminuait un peu. Son instinct lui chuchotait que la sorcellerie ne devait pas y être étranger. Dans la brume de ses ressentis Lou savait qu’elle lui souriait.
Nourri, son corps, arrivait à déloger le premier enfant. Le cœur en suspend elle attendait un signe de vie telle la condamnée l’annonce de sa Grâce. Ses yeux noirs se penchaient vers eux. Son fils était là. Le cri amenait des larmes de joie et de soulagement. Il allait bien. Les mauvais esprits ne l’avaient pas eu. Il serait fort. Un beau bébé en pleine santé. Lou était trop faible pour se pencher vers lui. Combien elle aurait voulu caresser cette petite tête.
Les paroles bienveillantes du charpentier éloignaient la fatigue pour quelques secondes. C’étaient de bons souhaits. Elle voulait tout cela pour lui. Tout cela et bien plus encore dans cette vie qui débutait. Ses pensées étaient l’écho de la bénédiction. Dans une espèce de reflexe, ses lèvres soufflaient, ceux que sa mère avait dits lors de la naissance des filles de Michael. Ce n’était pas tout à fait une prière. Une incantation peut être.


-« Aie ! »


La douleur –simultanée- et fulgurante l’obligeait à puiser en elle des ressources dont elle n’avait même pas conscience. La paix n’était plus. Un feu violent prenait son bas ventre. La sueur revenait la faire trembler. Plus de musique, ni de mots protecteurs, pour l’aider. Ses mains se contractaient de toutes leurs forces. Elle aurait voulu taillader les responsables en petits morceaux.


-« Que se passe-t-il ? »


L’incantation était la seule réponse. Une réponse qui n’était pas très engageante. La dame poussait de toutes ses forces. Elle cherchait l’aura de son bébé. Ce n’était pas normal. Jamais les choses ne s’étaient passées comme ça. Etait-elle maudite ? La force maléfique avait prit le dessus. Lou refusait de perdre son enfant. Sans un sursaut maternel elle affrontait la douleur pour aller au secours de sa chair. Ils ne pouvaient pas gagner. Ils avaient eu leur tribu depuis longtemps.
Le combat était acharné. Sans voir son ennemi la couturière le devinait. On disait que madame Zimmerman était une entêtée. Cette épreuve était l’occasion de voir à quel point c’était le cas. Son orgueil également aidait bien à l’affaire. On ne touchait pas à ses enfants. C’était sa loi. Elle criait pour chasser les attaques.


-« Laissez mon bébé tranquille ! »


Ce n’était plus Vaudremont l’ennemi. C’était le monde de l’Invisible. La délivrance n’en fut pas entièrement une. Lou avait une peur monstre pour le petit. Elle ne se relâchait pas un instant balayant l’épuisement avec angoisse. Comment s’en sortait son petit ? C’était une petite fille. C’était une toute petite fille qui ne bougeait pas. Ça ne pouvait pas se finir comme cela.
Sa mère suivait les gestes du guérisseur. Elle était tendue. Son propre état l’indifférait totalement. Elle savait qu’elle n’allait pas très bien. Pourtant, elle attendait le miracle, le cœur gonflé de conviction. La vie de sa fille était tout ce qui lui importait. Son enfant ne pouvait pas mourir. Impossible.


-« Oui donnez-lui toutes les capacités du monde. S’il vous plait… »


Elle avait parlé sans réfléchir avec cette fois de femme désespérée. Prête à croire à n’importe quoi pour que l’issue soit heureuse. Appelant à elle les croyances des Silvanov. Les vieilles histoires de Roza concernant la magie blanche. Elle voulait bien payer un dû. Ventre son âme au Diable s’il le fallait.
Le cri failli lui faire avoir un arrêt cardiaque. L’adrénaline qui la maintenant alerte se diluait un peu. Sa fille était sauve. Ses enfants ne craignaient plus rien.


-« Merci … »


A la Walkyrie, au sorcier, à la chance. Ce mot était le signe de la fin. Louisa sentait son corps, son âme, se relâcher en même temps. Les blessures –vicieuses- se combinaient pour la vaincre. Elle avait le teint trop pâle. Le sang perdu la vidait progressivement de vie. Ce n’était pas si grave. Les jumeaux allaient bien. La perspective de ne plus rien ressentir la guidait vers l’inconscient. Elle avait bien mérité ça.
A moitié évanouie la mère sentait qu’on agissait encore sur sa chair. Elle n’avait même plus envie de protester. Il n’y avait plus que les deux mains chaudes de l’accoucheur pour la rattacher au réel. Son esprit avait presque rendu les armes.


-« Romain… je suis fatiguée. »


C’était vers lui que son esprit allait dès qu’elle cessait de le retenir. Celui prés de qui son sommeil aurait été parfait. Mais le baron n’était pas encore là. Le petit délire ne pouvait prendre forme. Le charpentier continuait d’agir. Que faisait-il ? Lou l’ignorait. Mais elle n’était pas inquiète. Sa respiration devenait une berceuse. Jusqu’à ce qu’une petite chose chaude et vive soit déposée dans ses bras. Lou eu la force de rouvrir les yeux. Les yeux des Zimmerman. Ses doigts doux découvraient lentement le petit être qui venait de survivre à sa propre mise au monde.


-« David, bienvenue sur cette Terre, mon amour. »


Puis elle observait sa petite fille. Une petite fille toute rose qui bougeait tranquillement. Les nerfs rendirent grâce au moment où Lucile posait son regard onyx sur elle. Le pleur silencieux en disait plus qu’un long discours. Ils avaient réussis. Ils s’en étaient sortis tous les… quatre.
La ferme était de nouveau silencieuse. Ils étaient seuls. Les adultes étaient épuisés. Les bébés eux profitaient des premières sensations à l’air libre. La mère avait naturellement retrouvé les gestes protecteurs. Elle se sentait incapable ne serait-ce que de s’allonger. La température de son corps diminuait peu à peu. Ses sens revenaient eux aussi à la normal. Quand tout fut reconnecté elle se rendit compte qu’elle n’avait toujours pas parlé. Elle vit enfin que l’homme avait été blessé dans la bataille. Elle en était désolée.


-« Vous avez fait un miracle. Je vous serais éternellement reconnaissante.
Merci. Merci de les avoir sauvés. Sans vous nous aurions été perdus.
Je respecterai cette Déesse et… ses serviteurs. »



Ainsi Louisa Maulne Zimmerman promettait-elle, ce qu’elle s’était juré de ne jamais promettre, faire la paix avec la magie. Elle serrait doucement les jumeaux. Ils l’avaient échappé belle. Même si elle ne savait pas pourquoi on s’en était pris à eux. Mais il y avait d’autres détails à prendre en compte. Ce qui venait de se passer était hors norme. Ils avaient eu de la chance d’être près de Rosbruck et non de Forbach. Ils le savaient tout deux. Cet homme venait de faire preuve d’un héroïsme sans mesure. Malgré son passé Lou n’était pas une femme foncièrement mauvaise.


-« Et je ne parlerez de ça à personne. Vos ennemis ne sont pas mes amis. »


Jolie façon de porter un petit coup à l’Inquisition. Un sourire presque amical celait l’entente entre une fileuse et un sorcier. Qui l’eut cru.
Madame Wagner se rapprochait, claudiquant, de la chambre de son défunt époux. La porte qui s’ouvrait laissait entrer une lumière de crépuscule. La fermière étudiait la scène comme si cela avait été naturel. Le présent reprenait déjà ses droits. On proposait au héros de le soigner. On recouvrait la mère et ses enfants d’une couverture.
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MessageSujet: Re: La vie est ponctuée d'héroïsme [Rosbruck]   Mar 23 Aoû 2011 - 10:54

Combien de temps s’était-t-il passé au final ? Il n’avait absolument aucune conscience de la durée. Cela avait mis longtemps c’est sûr, tout n’avait pas pu être réglé en une petite heure, cette bande de démons avaient été plus teigneux que cela. Où était donc les secours demandés ? Le baron Zimmerman et la sage-femme de Forbach n’étaient donc pas chez eux à ce moment là ? Assis sur le lit, les deux jambes pesant un quintal chacune, Antoine Vaudremont reprenait son souffle le regard dans le vide, n’aspirant à rien de plus que le repos et la tranquillité.

Et la Vieille Wagner qui en profitait pour jacasser aussi fort qu’elle avait eu peur avant. Elle épuisait encore davantage le sorcier qui ne demandait certainement pas de l’animation après avoir livré plusieurs heures d’un combat acharné.

« Elle a ben bauii la pauvre faume. J’en étais toute equevotté moué. Mâtre Vaudremont, vous y allez ben ? »
« Ca va la mémé, ca va. Je vais juste rentrer chez moi et m’effondrer sur mon let. »
« Et la pauvre, vous allez l’y laisser comme ca ? Avec deux petits races ? »
« Tu es là non ? »

De plus en plus pâle, avec un linge tâché qui lui ceignait l’avant bras, il ne faisait plus très fière allure désormais et pour un peu on aurait dit que c’était lui qui avait besoin de soins et d’attentions.

« Doux Jésus ! D’où vient tout ce sang à vot’bras ? »
« Elle s’est raccroché à quelque chose quand elle a eu mal. C’est pour ca. Trosse pas trop. »
« Ah les sagars, tous les même ! Heureusement que je suis là pour veiller sur vous madame. »

Se faire traiter de simple scieur quand on était patron valait bien toutes les petites piques qu’ils lui balançaient depuis le début de l’après midi. Il réussit à se lever, d’une façon maladroite certes, mais il était sur deux pieds, et il regarda Louisa Zimmerman et ses bébés. Son visage fatigué laissa la place à un grand sourire sincère. Il lui faisait confiance pour garder le secret, ce qu’il avait espéré –convaincre la baronne de ne pas le dénoncer en l’aidant- était arrivé, il pourrait se coucher ce soir en ayant l’âme en paix, en ayant accompli une bonne action.

Il ne parlerait pas devant la vieille de ce qui s’était passé, elle n’était pas une sorcière, elle avait toute les chances de tomber raide sur le coup. C’était une naissance difficile, mais qui s’est finalement bien passé par miracle. La vérité ne serait connue que de deux personnes, ca lui convenait amplement. Pas besoin que les autres sachent qu’il était capable d’héroïsme, car ce n’en était pas : c’était du devoir, du devoir de Prêtre.

Antoine Vaudremont partit sans tarder davantage, à reculons, sans regrets. En se massant le bras, il disparut au coin de la porte, rejoindre son apprenti et sa grume, laissant Louisa Zimmerman aux soins de sa famille : son rôle était amplement terminé.


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La vie est ponctuée d'héroïsme [Rosbruck]

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