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 Celle qui s’excusait

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Aguerri(e)
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MessageSujet: Celle qui s’excusait   Dim 31 Juil 2011 - 11:57

Sur son cheval, dans une tenue ordinaire et légère, Elena avait voyagé à travers les fourrés, les arbres, les collines avant d’atteindre le château de Frauenberg. Les pierres froides de l’édifice s’élevaient sans pitié et sans âme jusque très haut dans le ciel et la jeune noble s’arrêta face aux larges portes avant de reprend sa route au pas pour déposer son cheval et se présenter à l’entrée. Le fait de la voir souvent venir n’était pas un problème en soit, mais ce qui la dérangeait c’est que pour une fois elle cherchait vraiment l’un des membres de la famille Maestriani.

« Je viens m’entretenir avec Amaël. Savez-vous ou je puis le trouver ? »

Le maître d’hôtel répondit par la positive et la conduisit droit aux jardins luxuriants et délicieux en cette période de l’année. Stupéfaite par cette beauté verdoyante, la jeune femme profita quelques secondes du paysage avant d’y trouvé dedans la personne pour laquelle elle était venu : Noâz Loewenstein. Assis la près de cette fontaine aux effigies de la famille Maestriani, il semblait observer sa mère et s’entretenir avec elle comme dans un monologue cérébrale. Elle hésita puis se décida enfin à l’approcher. Une petite révérence comme il se devait fut faite.

« Messire Loewenstein. »

Elle avait laissé un maigre sourire sur ses lèvres avant de reprendre de façon beaucoup plus grave. Car à présent elle devait faire face à son gâchis. Elle avait été trop emportée dans sa missive, et lorsque le jeune homme lui avait répondu, c’était avec cette même éloquence qu’il avait recadré Antoine Vaudremont lors de son jugement hâtif le jour de la passation de pouvoir. Elle inspira pour se donner du courage et fit face au regard peut-être un peu dur du jeune homme.

« Je suis venue vous présenter mes excuses. » lâcha t’elle enfin pour donner le ton.

« Je sais que je n’ai pas été correcte avec vous dans ma lettre. J’ai même été très injuste et lorsque j’ai reçu votre réponse je l’ai compris trop tard. Cependant, si je n’ai pas répondu, c’est parce que je considérais qu’il était plus correct et sincère de vous présentez ces excuses de vive voix. »

Et ainsi, il aurait tout loisir de lire dans le visage d’Elena qu’il n’y avait pas cette hargne et cette mauvaise façon de le dépeindre. En recevant sa réponse Elena avait d’abord eu le sang qui bouillonnait, prête à lui renvoyer une sévère réponse en retour. Mais après réflexions et un peu de repos elle avait saisit tout le rôle du jeune homme et s’en était voulu d’avoir été si vindicative. Et puis l’été avait avancé, elle s’occupait de Luc, du Manoir et de Sœur Béatrice. Elle espérait juste que le jeune homme ne lui tiendrait pas rigueur de cette attente.

« Je sais également que j’aurai du venir plus tôt mais beaucoup de choses ont retenu mon attention, même si ce n’est pas un retard excusable, je vous prie de bien vouloir acceptez mes excuses.»

Elle regardait Noâz droit dans les yeux ne craignant pas son jugement. Elle ne le craignait plus. Si il avait décidé de lui en vouloir, ce serait un bien triste avenir pour le Lys, si cependant, il était ce Meneur il saurait passé l’éponge et oublier ce malentendu. Du moins, Elena l’avait pensé ainsi et qu’importe si il lui pardonnait. Elle était dévouée et c’était rendu compte que son attitude n’était pas opportune. Elle savait sa part de responsabilité et termina de s’excuser en le remerciant.

« Au lieu de vous insultez, j’aurai du vous louez pour vos bienfaits car vous m’avez redonnez ma voix, sans compter que vous avez permis à Antoine de combattre ce qui restait en moi. Il m’avait d’ailleurs dit de vous tenir au courant de ce que vous avez faillit voir. Il disait que vous aviez eu de la chance de ne pas avoir à combattre mes démons. »

Voilà, c’était dit. Si Noâz n’avait pas agit, Antoine n’aurait rien vu et Elena aurait perdu la raison et peut-être même la vie depuis longtemps.

« Sans vous je ne serai pas ici pour m’excusez. Je vous dois la vie. »

Elle avait baissé les yeux en parlant de ses démons et à présent pour le clou final de ses excuses elle replantait ses prunelles noisettes dans celle de son Meneur. Les poings serrés, elle était prête à recevoir son jugement, sa décision. Oui ou non était-elle digne de recevoir l’absolution ? Sincèrement, elle le pensait car elle savait qui elle était. Mais d’un point de vu extérieur cela pouvait ne pas être interprété ainsi. Noâz aurait pu penser que c’était une manipulatrice qui cherchait à s’attirer les bonnes grâces du Meneur. Quoiqu’elle n’aurait jamais fait cette lettre incendiaire si c’eut été le cas. Ou peut-être qu’elle avait peur pour sa place dans le Lys Noir, aussi insignifiante soit elle vu son rang classique.

La vérité, c’était qu’Elena considérait que Noâz ferait le bon choix. Qu’il décide ou non de lui pardonner n’était pas vraiment la question, il ferait le bon choix pour le clan, elle en était convaincue.

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MessageSujet: Re: Celle qui s’excusait   Dim 13 Nov 2011 - 17:11

Alicia Loewenstein avait été une femme d’une force extraordinaire. Elle n’avait jamais accédé à la régence en le nom de son fils comme elle l’avait espéré. Mais elle avait atteint – bien que malgré elle – le but de devenir Comtesse de Forbach. Sans jamais atteindre ce sommet tant espéré sans autre instance décisionnaire qu’elle-même, elle avait passé sa vie à tournoyer comme un corbeau au dessus du clocher autour du pouvoir politique. La Comtesse Loewenstein était sa mère. Et il l’admirait infiniment. C’est pourquoi il ne comprenait pas cette chute grotesque entre les bras de l’infâme et majestueux Lorenzo Maestriani. Certes, stratégiquement il n’y avait plus valable. Mais si vite, si tôt après la mort de son mari… Et cet homme démoniaque… Qu’avait-il bien pu se passer. Elle avait alors tout perdu. Tout. Sa réputation de femme forte et puissante fut réduite à femme soumise et ombre d’un administrateur temporaire trop dur et austère.

Elle disparut progressivement. Noâz se souvenait des yeux durs et tristes de Mina qui décrivait sa sœur adorée dont la peau devenait diaphane, dont l’éclat des yeux ternissait, dont les rides creusaient la perfection picturale à n’être plus vue que par Maestriani tout comme l’injure de la sécheresse d’un collectionneur peut craqueler un tableau de maître. Alicia avait-elle réellement été amoureuse de cet homme ? Alicia avait-elle réellement cru au bonheur avec cet homme ? Ou bien avait-elle voulu sacrifier son image et sa joie pour rester au plus proche de son ennemi si séduisant… C’était finalement son arrestation et sa disparition publique extraordinaire signée du titre de Comtesse qui avait fait résonner l’écho tonitruant de sa verve et de sa splendeur passée.

Oui, cette période Maestriani avait été une erreur. Et le malheur voulut qu’Alicia, ayant la maîtrise paysagiste des Somptueux Jardins, se soit laissée influencer par Lorenzo pour installer en plein centre une fontaine aux effigies grandeur nature d’Alicia, Lorenzo et leur fils. Balafre insupportable pour Noâz qui la fixait à présent en attente du châtiment qu’il s’était senti obligé d’ordonner en tant que nouveau Comte de Forbach et officieux défenseur de la mémoire de sa mère.

Son attention fut attirée ailleurs lorsque la délicate silhouette d’Elena fit son apparition. Elle semblait mélancolique. Noâz relisait sa lettre dans son esprit. Il sourit subrepticement. Cette façon qu’elle avait eu de le blâmer alors qu’il avait bravé codes et morale – chose que bon nombre de gentils hommes n’auraient pas fait – pour la sauver. Il l’avait trouvée finalement pleine d’une force et d’une verve qui n’était pas sans lui rappeler un grand nom de Forbach dont-il fixait présentement le visage. Il se dit qu’elle aurait été fière d’elle. Une femme forte. Le Lys Noir avait besoin de femmes fortes. Noâz laissa Elena le saluer et discourir tout son souffle.

Il avait demandé des excuses. Elle lui en offrait de sincères. D’apparemment sincères… Car de tout ce discours Noâz n’aurait su jurer de l’honnêteté, de la droiture morale d’Elena. N’essayait-elle pas de le manipuler ? Noâz n’avait pas ce don des héros légendaires pour percer le mensonge en un regard. Il savait que tous les codes physiques et rhétoriques qu’utilisait Elena étaient ceux de l’aveu sincère d’une faute culpabilisante. Impossible de dire si ces codes étaient spontanés ou non. Si Elena était bonne comédienne ou non. Et quelque part… Noâz s’en fichait… Ou plutôt, il y trouvait son compte dans les deux cas.

Si Elena ouvrait son cœur alors il trouvait face à lui une humaine digne de confiance qui souhaitait simplement retrouver les bonnes grâces d’un humain par amour de la paix. Si Elena mentait, alors il trouvait face à lui une humaine ambitieuse désireuse avant toute chose de sauvegarder sa place au sein du Lys Noir et faisant passer sa tribu avant sa sérénité morale propre. Chose quelque part admirable. Amie ou manipulatrice. Les deux trouvaient un écho positif. Il lui faudrait un jour faire la distinction clairement. Mais pour l’heure seul l’apaisement comptait. Et puis, calculatrice ou non, pareille élégance ne demandait qu’à être pardonné.


« Mademoiselle Mirova, sourit calmement Noâz en lui prenant poliment la main, cessons-là nos conflits nubiles. J’ai parfois eu l’impression que nous réécrivions maladroitement un chapitre raté d’un roman pastoral raté… Apaisons-nous. Asseyez-vous auprès de moi. Observons le spectacle de cette fontaine qui sous peu étranglée ne donnera plus d’eau. Discutons calmement et vous verrez que je ne suis pas un mauvais homme. »

Noâz ne lâcha pas immédiatement la douce main d’Elena, pour ne pas paraître trop rustre, ou pour sentir encore quelques secondes ce pouls mélodique.

« Je ne souhaitais sincèrement pas vous offenser comme je vous l’ai déjà formulé. Et je vous promets avoir été absolument civilisé durant l’envoûtement, et avant, et après. Mais je vous avouerais avoir été très troublé par ce chaos qui vous assiégeait. »

Noâz hésita un instant, le regard perdu dans cette famille de pierre qui n’était pas la sienne. Se demandant finalement quelle était la sienne…

« Je n’oserais vous faire parler de vos failles traumatiques passées, terriblement personnelles. Mais j’avoue être obsédé par cette nuit où mon frère et ma mère ont été assassinés… Si vous n’êtes pas encore apte à en parler, je ne vous en voudrai pas. Mais par pitié, vous êtes unique témoin de la scène du crime qui m’a retiré ma famille avant même que je la connaisse, le jour où vous le pourrez… j’ai besoin de comprendre. »

Nulle larme pour brouiller le regard du Meneur. Mais deux légères rides d’amertume de part et d’autre de ses lèvres.
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MessageSujet: Re: Celle qui s’excusait   Dim 13 Nov 2011 - 20:36

Alors que Elena plaidait pour sa cause, elle ne pouvait s'empêcher de se rappeler de la proximité qu'ils avaient partagé et sentit ces joues rosir. En se saisissant de sa main, le Meneur du Lys l'invita à être à côté d'elle pour contempler Alicia une dernière fois. La statue serait sûrement retiré à cause de la découverte faite sur la véritable identité de la Comtesse. Avec douceur il voulait apaiser les esprits en lui prouvant qu'il avait toute sa vertu en lui et qu'il n'avait jamais eu des idées saugrenues. Il avait tenter de savoir et c'était somme toute naturel. Sa manière de procéder n'était peu être pas bien vu et facile à comprendre, mais avec le recul il avait fait le bon choix. Et à présent il tentait de se racheter auprès d'elle tout en dévoilant son désir encore constant de connaître la vérité sur la mort de son frère et de sa mère. Il avait hésité à lui parler, elle l'avait ressenti dans son ton. Cette main tenant toujours la sienne avec douceur elle repensa à sa propre mère qui lui parlait toujours en lui prenant les deux mains. Les joues encore rosies elle planta son regard dans celui de Noâz.

"Antoine Vaudremont à fait tout son nécessaire pour faire disparaître le démon qui était en moi. Et vous êtes en droit de savoir."

Inspirant profondément, elle jeta un œil autour d'eux méfiante puis se retourna vers lui à nouveau. Elle baissa d'un ton et garda sa gravité.

"Je venais aux sous-sols du château, pour quelques prières et m'entraîner auprès des confrères et consœurs. Quand je suis arrivée, il n'y avait personne d'autre qu'une sorcière ennemie face à moi, la fille d'Adrien d'Hasbaueur, qui fut possédée il y a de ça plusieurs années par l'Oracle. Cette fille est la cause de la confiance qu'on les inquisiteurs sur nos terres. L'Oracle était un piège et les sorcières sont tombés dedans. Ma mère y a laissé sa vie."

Elle marqua une pause inspirant un peu plus fort pour éviter d'être animée par des émotions trop fortes.

"En la reconnaissant, je me suis tout de suite engagée en combat singulier avec elle. J'ai tenté un sort d'envoûtement dont mon Aguerrie m'avait parlé. Mais je ne le maitrise pas et j'ai réussi à faire une paralysie très temporaire. Mais elle portait avec elle l'un des Grimoires et s'en ait servit."

Elle baissa les yeux. C'était le moment de vérité. Est-ce qu'Antoine et elle avait assez agit pour ne plus lui faire regretter son incompétence?

"J'ai... c'est là que j'ai échoué. Si j'avais vaincu cette fille, j'aurai pu sauver au moins votre frère. J'ignore si j'aurai pu aider votre mère. Mais je me suis sentie responsable de cela. Lorsque je me suis relevée, j'ai couru à la salle pour découvrir votre jumeau la gorge tailladée avec violence. Je voulais le soigner, j'aurai fait n'importe quoi."

Elle cessa de parler. Elle laissa à Noâz le temps de digérer toutes ces informations. Il prenait une claque mentale non négligeable. Bien sûr qu'il savait qu'ils étaient morts, qu'ils avaient été tué, mais maintenant il pouvait se l'imaginer plus en détail.

"Je suis désolée Messire. Je ferais tout ce qui sera en mon pouvoir pour vous servir et me rachetez de mon erreur. Et je veux être un soutien pour vous si vous le désirez. Parce que je comprend la haine que vous nourrissez contre les responsables de ces morts."

Elle en avait ainsi finit avec le démon d'Adal mais pas avec Adal et Alexandrine. Elle désirait plus que tout se rendre utile pour Noâz et tenter de racheter sa dette. Après ses révélations, peut-être qu'il ne la regarderait pas avec ces yeux si doux.

Et à dire vrai, maintenant qu'elle analysait ce regard plus intensément elle se sentait transpercée et légèrement mal à l'aise. Elle l'esquiva donc pour garder un peu de contenance. Elle préféra fixer ses prunelles sur la fontaine de cette gloire passée. C'est vrai qu'Alicia était partie à présent et cette femme modèle laissait derrière elle une ville qui virait toujours plus au cauchemar.
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MessageSujet: Re: Celle qui s’excusait   Lun 5 Déc 2011 - 14:27

Noâz dès les premiers mots d’Elena sentait dans sa voix la chaleur de l’âme amie qui s’exprime avec sincérité voire candeur. Sans même s’en rendre compte elle déchaînait un flot de haine tout coercible et bien retenu mais incroyablement intense. Une haine qui n’était en rien dirigée vers elle, victime avant d’être témoin et sûrement pas coupable. Noâz posait sur la jeune femme un regard doux et complaisant. Un regard rassurant : il sentait bien qu’elle était de son côté et il ne lui en voulait de rien. Mais un regard faux : il n’avait en tête que le désir de faire éclater sa rage.

Antoine Vaudremont… Cet homme ne payait rien pour attendre. Il avait été le premier à mettre en doute la légitimité de Noâz à la tête du Lys Noir, à remettre en question sa sagesse et sa puissance. Par la suite, inattendu témoin de l’envoûtement thérapeutique d’Elena, il avait très durement jugé le jeune homme. Remettant plus ou moins tacitement ses capacités occultes à lutter contre les chimères anamnestiques d’une femme prostrée. Mais pour qui se prenait-il ?! Du haut de quelle suprême autorité s’autorisait-il ces doutes infondés ?! Il osait non seulement formuler devant une de ses sœurs que le Meneu avait eu « de la chance » de ne pas avoir eu à affronter ces démons. Mais il avait pardessus tout le toupet de lui demander de venir le lui dire en face.

Mais bien entendu ! Grâce soit rendue au preux chevalier Vaudremont ! Que les Dieux du ciel, de la Terre, et de l’Outre-Monde bénissent sa naissance, sa vie, et sa mort. Surtout sa mort oui !!! Comment osait-il ainsi le rabaisser… devant une damoiselle en sus ! Noâz se sentait blessé dans son orgueil de jeune lion. Il voyait à présent l’image qu’Antoine avait insufflée à l’intérieur de l’esprit d’Elena. Qui ne savait à présent ce dont il avait été véritablement capable ? Qui pouvait assurer qu’Elena était saine et sauve à long terme ? Peut-être avait-il mis en place une bombe à retardement pour qu’elle séduise le Meneur et qu’ensemble, Elena et Antoine, le renversent. Un complot ! Antoine, un traître. Elena, un doux piège dans lequel Noâz se sentait tomber éperdument malgré tout son flegme.

Noâz sentait les prémisses d’une rampante paranoïa lui ronger les tempes. Le récit qu’Elena continuait d’avancer n’avait rien de calmant pour le Meneur. La pauvre sorcière n’avait aucune chance contre le Livre des Ombres lui-même. Et son courage eut pu être pris pour de la témérité ou du fanatisme. Noâz la voyait finalement bien candide, pas stupide, mais intense et pure. Prête à se battre pour la bonne cause. Une grande femme comme il en fut au sein du Lys et tel qu’on les reconnaissait sur les statues et les fontaines.

Elena cacha son regard.
L’eau de la fontaine Maestriani cessa subitement.


« Elena, j’admire votre courage et avancerais l’hypothèse tragique que même si vous aviez pu neutraliser Alexandrine, vous n’auriez pas eu le temps de sauver Amaël. L’étude de la scène du crime nous amène clairement à penser qu’Adal l’a égorgé par surprise, par derrière. Il n’est rien de plus vif que la sournoiserie Mademoiselle… Rassurez-vous, vous n’êtes coupable de rien et sans vous nous n’aurions pu identifier la présence d’une complice. Vous n’êtes pas un maillon faible, vous êtes un rouage moteur de notre tribu. »

Noâz posa délicatement sa main dans le dos d’Elena.

« Et sachez Mademoiselle que j’accepte volontiers votre proposition de m’aider à régler notre affaire. Non car je veux de vous une rédemption, mais car je place désormais en vous et votre force retrouvée une confiance lumineuse. Seriez-vous prête à bousculer les limites fragiles et tangibles de l’étique bourgeoise pour atteindre ce but d’implacable vengeance ? »

Noâz lui-même ne savait plus s’il mentait ou non. Il la sentait forte, ça il n’y avait pas à en douter. Mais avait-il réellement confiance ? Savait-il encore qui était en face de lui ? Certes il avait senti une aura de sincérité telle que les pires démons ne sauraient en simuler, mais c’était bien là le danger : Elena était tout à fait sincère, Noâz le savait. Le souci était de savoir si elle se rapprochait de lui dans un but absolument personnel ou bien pour obéir inconsciemment aux obscurs desseins d’Antoine. Elena était-elle une poupée de porcelaine au cœur d’or ou bien un pantin de bois patiné aux ficelles jaunies ?

Quatre hommes s’approchèrent armés de pioches et de piques et commencèrent à briser le bac de la fontaine.


« Si je vous le demande ma chère, c’est car notre réponse se doit d’être implacable. Car qui trahit le royaume et le roi mérite plus que la mort… »
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MessageSujet: Re: Celle qui s’excusait   Lun 5 Déc 2011 - 21:30

C'était aussi difficile que d'avouer son amour à quelqu'un, plus dur que de conter la mort d'un proche, c'était témoigner de son incapacité. Il fallait l'avouer, la gorge de la jeune femme était sèche et nouée et son flot de parole était légèrement ralenti. Les images flashaient. La douleur était différente que les premières fois. Ce coup-ci, elle sentait le poids de sa culpabilité différent. Elle allait donner la vérité à Noäz et s'en sentait quelque part soulager. De l'autre, elle sentait sa compassion grandir pour lui. Si elle avait des images réelles de la scène, lui en aurait des romancées. Il façonnerait des souvenirs fictifs en leur aposant un amour inconnu et rangeant derechef contre le criminiel. Ce qu'Elena ressentait concrètement, le jeune Loewenstein le connaîtrait plus intensément, exagérant sa douleur en imaginant le crime. Mais ce regard sans haine, cette sensibilité palpable et ce calme la désharçonnait.

Bouillonnait-il de l'intérieur? Allait-il exploser à la fin de son histoire pour la trucider et laisser son sang couler dans les derniers flots que libérait la fontaine de sa défunte mère? Elle hésitait à se détendre totalement. Et si il lui en voulait réellement, la faisant subir pire chatîment que son rôle de témoin de l'horreur? Elle voulait avoir foie en lui. Il était son Meneur. Elle devait lui faire confiance, sinon qui le ferait à sa place. Il était celui qui héritait d'Alicia. Il était le nouvel exemple à suivre. On ne sentait aucune maladresse dans son comportement, Mina avait fait un travail plus que remarquables et avait du employér moultes méthodes pour inculquer au jeune homme des valeurs qu'il ne possédait pas naturellement. Pourtant cette distinction et cette attraction qu'il dégageait n'avait rien d'un apprentissage. C'était la marque d'Alicia. Cette classe sans nom, ce racé et cette façon de parler. Il était aussi autoritaire qu'il pouvait être tendre.

A cette pensée et parce qu'elle attendait le verdict non sans crainte, elle avait baisser le regard. Elle ne supportait plus les prunelles calmes de son interlocuteur. Pourquoi ne lui en voulait-il pas? Bien évidemment, le lieu n'était pas favorable à une esclandre, mais il n'en restait pas moins que le jeune garçon avait de quoi avoir de la rancoeur. La fontaine se tarit. Le silence s'imposa, donnant presque un sursaut de frayeur à la sorcière. Enfin Noâz délivra sa réponse.

Mais ce n'était pas ce à quoi elle s'attendait. Il la louait presque d'avoir fait ce qu'elle avait fait. Mais c'était un échec non? Noäz s'expliqua sur cette réaction et il fallait avoué qu'il n'avait pas tout à fait tord. Elle n'aurait pas pu vaincre le livre de Ombres, ni même celui de la Lumière. Et elle n'aurait sûrement rien pu faire pour les deux victimes. Ainsi le sort en avait été jeté et elle, pauvre pantin, elle n'avait pas une chance de réussir son entreprise. Pourtant, elle voudrait refaire cette journée autrement et changer le destin funeste.

La main du Meneur se posa dans son dos, la faisant se redresser de surprise. Il la rassurait. Il sentait sa crispassion en lui offrant l'objet de ses désirs : une vengeance brute, pure, simple. Non pas pour la laver de ses pêchers, mais parce qu'il avait confiance en elle. Elle se détendit un peu, le croyant avec sincérité. C'était peut-être bien naîf, mais elle préférait mourir de s'être tromper que mourir de honte pour avoir douter de lui. Il voulait se venger mais avec plus de panache que cet acte bas et diabolique. Il voulait être machiavélqiue et montrer que le Lys en plus de renaître ne perdait pas de sa fougue et gagnait en rancoeur. Si il y eut un jour une possible entente entre les deux clans, celle-ci venait de disparaître à jamais, le jour où Alicia avait pérrit des mains de son fils.


"Messire, vous avez plus que ma loyauté."

Des hommes vinrent brisé la fontaîne. Elle prit le bras de Noâz pour le tirer un peu vers elle et fit quelques pas pour lui faire signe de marcher dans les jardins. Elle préférait qu'il n'y ait personne autour d'eux pour qu'elle continue de parler.


"Qu'importe la façon dont nous procéderons, notre honneur et notre clan à été baffoué et il ne peut y avoir qu'un silence en réponse. Nous devons les marquer! Ma notoriété et mon intégrité n'ont pas de valeur face à ce crime et je réitère mon engagement auprès de vous. Si il vous faut un bras droit pour fomenter quelques plans que ce soit, je le serais. Même si cela implique de faire couler le sang. J'ai juré de servir cette tribu à mon arrivée et je ne demande qu'à le prouver un peu plus chaque jour."

Elle fit encore quelques pas et tourna la tête vers le jeune homme. Elle était proche de lui encore, il entretenait cette proximité pour la garder en confiance et cela lui rappela un drôle de souvenirs, la faisaint rosir.
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MessageSujet: Re: Celle qui s’excusait   Ven 20 Jan 2012 - 19:32

« Ma chère Elena, votre dévouement à notre tribu est le signe suffisant à prouver à tous la grandeur du Lys Noir… »

Noâz comptait bien redonner sa chance à Elena. Car même si elle s’avérait être manipulée par Antoine, ce dernier restait soucieux de l’élévation de la tribu du Lys Noir. Noâz le savait. Le seul risque véritablement encouru était non pas un sabotage du clan mais un conflit de pouvoirs. Le Meneur ne laisserait pas Elena intervenir dans une quelconque médiation avec le Prêtre du Lys. Il ne la laisserait pas être le truchement d’aucune parole. Et il la ferait surveiller ainsi qu’Antoine. Ainsi en serait-il.

Tel était le lot d’un Meneur : la méfiance absolue pour la pérennité de l’empire. Du moins, c’est ainsi que le concevait Noâz repensant à sa mère qui à l’inverse avait tout misé sur une confiance absolue en ses membres et qui avait été trahie par plusieurs membres de sa famille et plusieurs sœurs de sa tribu. Cette confiance, cette foi en l’humanité, l’avait conduite à sa perte. Noâz ne ferait pas les mêmes erreurs. Il suivrait certes sa voie de force et d’audace écrasante, mais il préférait se tenir distant de l’homme et ses charmes ravageurs. Jamais il n’aimerait, car un Meneur qui souffre ne mène sa tribu qu’à se perte. Jamais il n’aimerait.

Sur ces pensées, ses yeux – animés d’une fascinante lueur de paradoxe - caressaient la nuque d’Elena, une peau douce et belle dans laquelle planter un baiser ou déposer une lame. Elle était tout et son contraire. Et Noâz eut un frisson dans le dos pareil à celui que bien des années auparavant sa mère ressentit alors qu’elle tombait amoureux du Comte Loewenstein, amour dangereux, qui scellerait son destin, la contraignant à jamais à suivre le voie de la gloire en direction de la Tragédie.


« Je dois à présent vous quitter, j’ai des ordres à donner au château pour préparer les rénovations d’automne, les fêtes d’hiver et les cataclysmes traditionnels du printemps… Je vous recontacterai sous peu pour reparler de nos affaires et… de choses un peu moins austères peut-être »

Alors qu’ils s’apprêtaient à sortir des Jardins, Noâz jeta un dernier regard en arrière. Les ouvriers avaient enserré les gorges d’Alicia, Lorenzo et leur fils de cordes solides et tiraient à présent sur les liens faisant vaciller la triple statue à présent dépourvue de son bac déjà brisé en mille morceaux. La statue tomba enfin au sol dans un éclat mat et sonore. Alicia avait le buste éclaté, Lorenzo la tête tranchée et leur enfant le visage fendu. La fin d’un empire, le commencement d’un autre. Des erreurs oubliées, de nouvelles fautes à amnistier. Des larmes enterrées, du sang à faire couler. Il s’agirait d’une ère jeune et puissante, belle et virile, cruelle et violente. Somme toute éternelle. Entre rupture et continuité. Un rêve sans nouveauté que le pouvoir jamais égalé d’y arriver.

Noâz prit la main d’Elena pour y déposer un baiser sans pouce interposé.


« A très bientôt Mademoiselle… »

[Sorry c'est vraiment court mais je suis juste trop tout pourave en ce moment or il faudrait vraiment achever ce topic un jour ^^]
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