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 Don Antoine, ton parrain

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MessageSujet: Don Antoine, ton parrain   Mar 2 Aoû 2011 - 11:48

Qui aurait soupçonné un sorcier dans une chemise beige tâchée et un pantalon à bretelles ? Les lourdes chaussures n’auraient pas davantage aidé. Là était la force d’Antoine Vaudremont face à l’inquisition : il était anonyme et terne dans le civil, et dans les dernières personnes qu’on pouvait deviner, sauf dénonciation. Et puis, être dans les notables, même de seconde zone, était toujours une petite protection contre les soldats chrétiens, il n’y avait qu’à voir Europe Eléonora-Sun…

A la scierie, on était dans une journée un peu creuse, les ouvriers n’arriveraient pas avant midi, selon les consignes du patron. En ce moment, on avait besoin de beaucoup de piquets de clôture, mais si personne ne venait les chercher, le parc était vite saturé… Parfois, le métier d’Antoine et ses petits problèmes techniques étaient une distraction bienvenue par rapport à la Tribu. De même que la foule qu’il y avait dans la grand-rue, où l’on croisait sorcières des deux tribus et tous les autres habitants. Du moins quand il y avait plus de monde que ca. Il était dix heures et on était mardi matin, ca ne s’expliquait pas trop, mais ce n’était pas vraiment le genre de question dont Antoine se préoccupait. Ce n’était pas bondé, bien qu’il y ait quelques personnes, il serait d’autant plus tranquille avec la petite Castelli.

En six mois, il n’avait peut être pas trouvé le temps ou l’envie d’aller voir sa filleule, mais on ne pouvait pas vraiment l’en blâmer avec l’Agent du Diable et l’Ange déchu… sans compter les bouleversements sans nombre qui étaient survenus dans la Tribu du Lys de la mort d’Alicia jusqu’au fricotage de Noâz et d’Elena… Mais maintenant, la tribu avait un meneur, la tombe d’Alicia était scellée, tout était en paix, mis à part les stigmatisés qu’on disait atteint d’un mal étrange. Personne dans l’entourage de Vaudremont n’était atteint, il s’en fichait donc.

Il appréhendait vaguement les retrouvailles avec cette femme qu’il n’avait connu que quand elle était un bébé… qu’elle soit belle ou laide peu lui importait, elle s’était visiblement trouvé un mari et investissait à Forbach à travers l’enseigne de librairie toute fraîche vers laquelle il se dirigeait. Peut être que la revoir allait lui faire remémorer sa mère, si jolie et si séduisante dans son adolescence… du moins avant Louise.

Il poussa la porte en frappant en même temps, entendit la clochette tinter au dessus, et fit un ou deux pas qui firent du bruit sur le plancher à cause des chaussures lourdes. Contemplant un peu l’intérieur de la boutique, il attendit légèrement mal à l’aise, mais gérant son malaise assez bien. Il allait falloir qu’il se présente pour qu’elle le remette, elle n’avait jamais vu son visage après tout.

Et elle arriva, il fallait improviser comme ca tout de suite.

« Euh… je ne suis pas là pour les livres, je n’ai jamais lu autre chose que des livres de compte et des… autres livres. »

Son mari était peut être derrière et parler de grimoires tout haut sans vérifier était de la bêtise pure.

« Il y a un papier à l’église qui dit que je suis ton parrain. Antoine. Bonjour Océane. »
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MessageSujet: Re: Don Antoine, ton parrain   Jeu 4 Aoû 2011 - 1:34

Un chaos calme. Une matinée silencieuse. Pas de clients et du temps pour terminer les dossiers importants pour le lieutenant de police passant dans deux jours. Pas de nouvelles facéties des deux chats, ni de la mule, aucune idée pour créer non plus. Pas de bruits dans la librairie, ni dans l’imprimerie pendant quelques heures, son époux devant régler une course urgente. Inquiète, elle quitta son secrétaire pour s’approcher de la fenêtre. Les carreaux étaient chauds comme la poignée. Plus confiante sur le temps, elle tourna le bouton et poussa les vitraux. À gauche quelques passants qui regardaient les vitrines du Fil Blanc, à droite une voiture. Le vent souleva ses cheveux. Cette caresse lui donna la chair de poule. Frigorifiée, elle ferma la fenêtre tout en maudissant l’été européen. Elle frotta vigoureusement ses mains, protégées par des longues mitaines en panne noire. La clochette de l’entrée résonna. Tiens ? Enfin de l’action ?

En entendant les pas lourds d’un homme, Océane décida de faire son numéro habituel. Elle prit deux écharpes en mousseline de soie anthracite et sang de pigeon, qu’elle posa comme un gilet. Pas besoin de démarche spéciale, sa robe rouge de soie et de voiles vaporeux carmin ceinturée par un lien épais en cuir noir savait jouer de ses atouts sans aguicher. Un dernier passage devant le miroir, le tikka en argent bien posé, elle pouvait se jeter dans la fosse aux lions.
Elle poussa la porte attenante à la partie vente, se mit devant le comptoir sans un regard pour son nouveau client et fit mine de chercher un papier. Puis l’inconnu lui dit qu’il ne lisait que d’autres livres. Océane soupira, encore un qui désirait un ouvrage défendu, encore des comptes à modifier pour le lieutenant et un pot de vin plus conséquent à lui donner. Ce n’était pas comme ça que son couple allait faire des affaires, c’est à peine s’ils commençaient à faire des bénéfices. Elle décida enfin à lui jeter son premier regard, le charmeur, mais se ravisa aussitôt quand elle découvrit ce visage du passé.

Son parrain, son prêtre, son étincelle avaient compté dans sa vie. Quand Forbach était un havre de paix pour les enfants, il y a plus de vingt ans de cela, une petite brune cherchait toujours un moyen de voir son oncle de conteur. Son esprit s’éveilla avec les puissantes dryades. Son imagination s’excita en compagnie des ondines. Son intelligence creusa dans les profondeurs de la sagesse des sylphes. Sa curiosité grandit en voyant une flamme vive et mystérieuse dans les yeux du conteur. Enfin, admirative par tant de mystères, cachés dans de si savants pointillés pour désirer ressembler à cette Olrun. Elle lui avait promis qu’un jour elle aurait une grande foi pour qu’ils puissent parler d’égal à égal. Et puis…
Vingt années sans nouvelles, sans attentions, sans preuve de son existence autre que des lettres et sages paroles pour sa mère. Les hommes tous les mêmes, une bonne partie fait sur le même modèle. Cet air coincé et ces paroles poussant au bon souvenir ne pouvaient dire que deux ou trois choses. Elle le toisa un peu et fit une moue désapprobatrice. Ses longs ongles tapotèrent le marbre du comptoir.


- Ah bon ! J’ai un parrain ? Bonne surprise. Ne te gêne pas pour parler affaires, mon époux n’est pas à la maison. Je suppose que ce n’est pas Lisbeth qui t’a poussé à venir ? Encore moins ton sens inné des responsabilités familiales ?

Son regard se fit plus perçant, son sourire plus dur.

- Il t’a fallu vingt ans pour me parler. Ne crois pas que tu vas t’en sortir comme ça !

Elle posa ses mains à plat sur le comptoir. Il n’avait pas intérêt à tourner autour du pot.

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MessageSujet: Re: Don Antoine, ton parrain   Ven 5 Aoû 2011 - 10:47

Antoine ne fut pas franchement heureux d’avoir un tel accueil. Certes il ne l’avait que trop rarement approchée directement et la majorité des communications avec sa famille s’étaient faites entre lui et la mère d’Océane, mais lui reprocher d’avoir été un mauvais parrain touchait à l’indécence : le parrain était une notion chrétienne qui n’avait aucun sens dans la théologie d’Olrun, une cérémonie absurde à laquelle il s’était plié par amitié pour la mère d’Océane. Il manqua de le dire une première fois, puis se rappela que personne dans la pièce n’était seulement chrétien.

« Tu me reproches de ne pas avoir fait mon devoir de parrain ? Tu me reproches de ne pas avoir accompli une fonction chrétienne avec un minimum de zèle ? Me reprocher ca, c’est comme reprocher à un chrétien de ne pas faire le ramadan des mahométans. Je fais mon Nicodème d’accord, mais jamais en dehors de l’église. »

A l’origine le terme de Nicodème s’appliquait aux protestants qui allaient malgré tout à la messe catholique pour éviter d’être mis au ban, mais Antoine l’avait repris pour lui et ses semblables sorciers. C’était de l’hypocrisie dans sa forme la plus pure, mais de l’hypocrisie nécessaire, le joug de l’église était autrement plus écrasant contre les païens que contre les hérétiques, surtout sur le territoire de la Fille Aînée de l’Eglise. Vaudremont se considérait déjà comme suffisamment corrompu à fréquenter pendant quatre heures par semaine l’église, pour ne pas rajouter en plus des devoirs chrétiens en dehors. Les responsabilités familiales dues au statut de parrain n’avaient pas cours quand on rejetait la substance même de l’institution et de ce qu’il y avait autour.

« Si je suis venu, ce n’est pas pour avoir le droit de voir ta mère ensuite. Sinon je serais allé la voir directement elle, mais peu importe… Pense ce que tu veux, mais aujourd’hui je suis là juste pour voir la petite fille que je n’ai plus vu depuis qu’elle a cinq ans. Celle à qui je racontais des histoires de nymphes… »

Antoine n’était pas du genre à tendre la joue gauche après s’être reçu une gifle sur la joue droite mais il n’était pas non plus du genre à lyncher pour une peccadille. Il était toujours le même prêtre du Lys qui s’était battu en duel contre la prêtresse d’Olrun. Il avait grogné comme un vieil ours embêté, il espérait maintenant juste quelque chose de paisible, mais d’après sa mère, Océane n’était pas toujours aussi calme qu’un lac.

Ce n’était pas fondamentalement ce qui gênait Antoine. Son premier flirt avait été une fille aux cheveux noirs qui avait transmis les pointes de son caractères à sa fille Océane, son épouse Louise était une vraie femme qui ne laissait pas son mari prendre plus de la moitié des décisions, et Alice du temps où elle était encore vivante n’avait pas eu de mal à balancer à la face de son père qu’elle ne souhaitait pas vivre avec et comme lui. Antoine n’avait jamais côtoyé que des femmes qui ne cédaient rien, et encore récemment, il avait accroché Viviane Valdemar qui n’avait pas démérité. Et à force de côtoyer des femmes fortes, il ne pouvait plus que fréquenter celles-ci. A d’autres de se rapprocher des perruches qui avaient besoin d’être protégées et chouchoutées, le jour où on avait besoin d’elles, elles ne peuvent vous aider.

« Tu crois toujours aux nymphes au moins ? »

C’était un grand soulagement qu’elle soit officiellement du Lys Noir, mais ce n’était pas elle qui avait fait ce choix, c’était ses parents et la deuxième génération était parfois moins motivé que la première à s’impliquer dans la Tribu, Matthieu Vaudremont était un bon exemple de ceci, il ne serait jamais aussi utile à la tribu que son prêtre de père. Est-ce qu’Océane était une vraie sorcière, c’était un choix qui ne se prenait pas à la légère, l’apprentissage était autrement plus lourd qu’un baptême chrétien, qu’on distribuait à tout le monde libéralement et qui ne signifiait plus rien finalement. On n’était pas sorcier par défaut, mais on pouvait malgré tout renier sa foi sur le tard.
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MessageSujet: Re: Don Antoine, ton parrain   Dim 28 Aoû 2011 - 23:41

Son sang ne fit qu’un tour emportant toute joie de ces retrouvailles, remettant au jour une liste longue comme le bras de reproches. Son parrain avait porté dans ses premières années le secret espoir qu’un jour, il pourrait remplacer un peu son transparent de père. Mais son silence montrait une vérité bien cruelle, il ne pensait qu’aux personnes qui étaient sous son nez. Cela ne pouvait pas en être autrement. Mais bon sang ! La môme qu’elle était avait eu besoin de lui, de ses contes, d’une leçon moralisante, n'importe quoi, mais pourvu qu’il lui donnât une attention ! Et tout cela passé sous silence devint de plus en plus indigeste au fil des années. Elle allait hurler maintenant à la face du monde, vider son sac enfin ! Car le voilà qu’il arrive comme une fleur, aux bons souvenirs, l’air de dire : « Ben non, j’ai pensé à toi un peu, hein ! ». Non, mais quel…

- Hypocrite ! Menteur ! N’as-tu pas honte ? Nous vivions dans le monde des Gens du Livre. Notre vie n’est qu’une mascarade, car nous devons respirer, penser, jouer, chanter, prier comme un chrétien. Nous avons bon nous contenter de quelques instants de répit et nous convaincre que nous sommes encore d’Olrun. Nous avons bon vouloir nous purifier dans nos grimoires, dans notre culture, mais rien ne cachera notre responsabilité envers les plus jeunes. Nous vivons en terre chrétienne, ce monde ne nous appartient plus ! Nous sommes obligés de transmettre à nos descendants comment survivre le plus longtemps possible dans ce monde. Tu as accepté le contrat en devenant mon parrain. Même si cela blasphème même Olrun et sa Parole, tu aurais dû m’apprendre ce que c’est de faire son Nicodème ! Tu m’as complètement oublié pendant vingt ans ! Tu ne m’as pas appris à comment vivre en paix avec eux ! J’ai été obligée de le faire toute seule et j’ai failli perdre ma vie, plus d’une fois ! OU ÉTAIS-TU ?

Sa respiration était saccadée, sa colère foudroyante presque terminée avait épuisé une partie de ses forces. Place à la tristesse et aux blessures, elle pointa son cœur battant plus fort, l’esprit écœuré de penser à cette trahison envers sa Déesse, sa foi, sa vraie culture, sa tribu.

- Pourtant, je me persuade que malgré tout dans mon âme, dans mon sang que je suis une fille d’Olrun, que je l’ai toujours été. Mais comment ne pas se persuader de l’avoir trahie ? Hein ? Tu peux me le dire ? Comment ne pas se sentir blessé dans sa foi en vivant comme eux ? Tu aurais dû être là pour me répondre à toutes ces questions ! MAIS OU ÉTAIS-TU ?

Elle essuya ses larmes.

- Et oui, je crois aux Nymphes. Termina-t-elle un peu plus apaisée.

Elle tapota nerveusement le comptoir de ses longs doigts, chantonna pour se donner du courage, une vieille mélodie qui avait fait en son époque les danses des nobles espagnols. Rien que l’idée lui donnait envie de s’écorcher les mains. Elle croisa les bras et après une grande respiration et une moue, elle avoua d’une petite voie :

- Tu m’as manqué quand même.

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MessageSujet: Re: Don Antoine, ton parrain   Lun 29 Aoû 2011 - 15:39

S’il n’y avait pas eu le ton plus calme sur la fin, Antoine serait parti sans remords. Il n’était pas venu se battre, pour cela il n’avait qu’à débarquer chez n’importe qui appartenant à l’Ancienne Tribu. Il l’avait déjà fait le coup du duel, et ne souhaitait pas recommencer. Si tout n’avait été que cris, il serait sorti de la boutique, mais elle se calma en un coup, décidant ce qui valait la peine de crier ou pas à la façon d’un juge. Quelle femme, pensa-t-il malgré lui. Cela n’empêcha pas un ton cassant et sarcastique :

« J’étais à Forbach, avec des inquisiteurs, des anciennes sœurs décidées à se venger et une fille qui est passée de vie à trépas pour bien montrer qu’elle était meilleure que son enfoiré de père. J’étais à Forbach occupé à faire survivre la Tribu qui perdait peu à peu Alicia, menacée par une Ancienne Tribu toute puissante, et lorsqu’Alicia est morte, l’apparition de Noâz a provoqué quelques ébranlements. Mis à part ces petits détails, une vraie vie de rentier oisif. »

Ce n’était pas un concours de qui en avait le plus dans les tripes, mais il montrait néanmoins qu’il ne craignait pas une fille deux fois moins âgée que lui, qui n’avait rien vécu de plus traumatisant qu’un voyage en Grèce. Les janissaires étaient ce qu’ils étaient, mais Antoine était à peu près sûr qu’ils étaient moins dangereux que des inquisiteurs en quête de justice céleste.

« Et je suis content de te revoir aussi. »

Le ton était assez sombre, contrarié de s’être fait rouspété, mais le dialogue n’était pas rompu, grâce à l’adoucissement final. Et puis peut être soulagé de ne pas rencontrer une sorcière ayant renoncé aux fondamentaux aussi. Et qui en fait, y accordait beaucoup d’importance et faisant grand cas de ceux-ci. Une fille qui avait le sens du sacré.

« Et j’aurais peut être dû prendre de tes nouvelles directement, je suis désolé. Mais ca peut se rattraper maintenant. »

L’éducation de l’enfant était la tâche des parents selon Antoine, et des parents uniquement, il aurait été bien mal à l’aise de s’interposer ainsi. En revanche, former l’adulte lui plaisait davantage, et il y avait encore des domaines où il pouvait se rendre utile, peut être pas pour enseigner et éduquer, elle était trop vieille pour cela, mais il connaissait assez de raccourcis qui économisent des années de recherche.

« Je suis content de te savoir toujours croyante, et radicale en plus. C’est trop rare, on a toujours besoin de gens comme ceux là. »

C’était une filleule de bien. Un caractère de cochon, mais une filleule qui n’était pas sans intérêt.

« Enfin, si tu ne peux pas me pardonner, je ne resterai pas, j’ai déjà bien assez de gens dans le village qui souhaitent plus ou moins ouvertement ma mort, je n’ai pas grand-chose à faire avec des caprices en plus. »

Il lui vint à l’idée que le mot « caprice » était une erreur. Dommage, il était prononcé.

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MessageSujet: Re: Don Antoine, ton parrain   Mer 31 Aoû 2011 - 22:30

Cet oncle héroïque pris en flagrant délit d’humanité sortit de sa poche, une somme astronomique de défauts dont son cœur trop fragile manqua quelques battements. Océane resta bouche bée tant une peur violente par le souvenir d’un homme hurlant à la vue du Meneur sur sa jeunesse et son manque de charisme, l’a pris à la gorge. Il avait évité de peu de perdre la mémoire et par-là tout ce qui constituait sa personnalité. Malgré tout, pour la libraire, Antoine restait ce gros ours au cœur tout chaud et tout doux, pas méchant au fond tant qu’on ne le taquinait pas trop, insufflant aux cœurs ouverts une passion et une foi inédite par quelques paroles inspirées. Il était encore ce géant aux grandes mains qui adorait faire des petits biscuits tout durs, fondants dans la bouche au bout de plusieurs minutes d’assaut, laissant un goût de brûlé et des grains noirs entre les dents.
Elle soupira et se trouva bien sotte d’être dotée de cette fierté toute Castelli qui empêchait de dévoiler simplement ses sentiments. Attendrie, mais animée par une inquiétude toute maternelle, la librairie s’anima et sans remarquer, ses mains parlèrent quand ses émotions devenaient trop fortes.


- Cela fait du bien de vider son sac. Tu ne te sens pas plus léger ? Mais ne t’avise plus à faire ta tête de mule pour des conneries, sinon je te les botte tes fesses. Crois-moi je suis une légende dans le domaine. Bon sang, tu as oublié ce que c’était d’avoir seize ans ? Noâz doit gérer son entrée dans le monde adulte chez les nobles et les sorciers, sans compter une trahison qui nous a couté nos Grimoires et deux personnes précieuses et puissantes, mais surtout, de son sang et puis la gestion d’une Tribu comme la nôtre est je pense, pas une sinécure. Et c’est pour ton bien que je dis ça, puisque tu es encore Prêtre. À cet âge on coupe la conversation pour un rien et c’est souvent définitif, en plus, on fait plus de bêtises. D’accord, il en fera comme tout le monde, mais surtout ne fait plus ta tête de mule ! Cela pourrait te coûter cher et il a besoin de bons conseillers et tu l’es. Je le sais, Mimi me l’a dit. Fais attention à toi aussi, si la guerre est de nouveau déclarée, je ne voudrais pas que tu te fasses mal. Surtout que tu es du genre à te fâcher pour un rien, regarde-toi, la moitié du village veut ta mort comme tu dis. Et puis dans quelques mois, je vais avoir besoin de toi.

Elle pensait que si avec ça, il n’avait pas compris qu’elle l’aimait… Elle renifla indignée et grogna un peu, tapotant encore le marbre du comptoir. Comment donner ses condoléances sans paraître idiote ?

- Il a été difficile pour Memnon et moi de montrer notre foi à nos parents. Ils sont croyants et exemplaires, mais disons qu’ils sont moins radicaux. On leur a fait voir de toutes les couleurs, tu peux me le croire. Je crois que cela n’est pas fini. Mais bon, on n’est pas là pour parler mauvaises nouvelles. Et toutes mes condoléances pour ta fille. Tu tiens le coup ? Je suis là au besoin, tu sais, tu fais partie de la famille.

Elle quitta son comptoir pour l’enlacer rapidement, manquerait plus de verser dans le sentimentalisme. Puis, elle repensa à ces dernières paroles et estima que le moment était venu d’y répondre.

- Qu’est-ce qui te fait croire que je t’en veux ? Mais quelle idée ! Mais puisque tu parles de caprice et que tu ne veux plus être traité de menteur, en cela je te comprends, tu seras notre invité pendant un soir par semaine. Je te préviens que si tu manques une semaine, je te ramène ici par la peau des fesses.

Une tape amicale sur son épaule et un rire franc, Océane semblait calme et avenante, pour combien de temps ?

- Au fait, comment comptes-tu te rattraper pour toutes ces années ?

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MessageSujet: Re: Don Antoine, ton parrain   Ven 2 Sep 2011 - 18:08

Caractère de cochon, mais capable en plus de souffler le chaud et le froid. Antoine n’aurait pas aimé être son mari, mais il ne disait pas non à reprendre des activités de parrain avec elle, une filleule qui en avait dans la tête et le cœur promettait d’être intéressante et de le faire vivre un peu. La flamme qu’exprimait Océane semblait pure et déterminée, ce qui la rendait d’autant plus intéressante, et le Prêtre ne considérait plus ces retrouvailles comme fastidieuses. La question que posait Océane était finalement intéressante.

« Et bien… nous sommes tous les deux des adultes, je ne ferai pas ce que j’aurai dû faire pendant ton adolescence. Ce serait stupide et trop tard. Laisse-moi réfléchir. »

Qu’y avait-t-il à guider auprès d’une femme désormais aguerrie, désormais mariée, avec une boutique, un travail et une place dans la tribu ? Elle connaissait à peu près toutes les bases de la vie, et pouvait pleinement construire, ce qui n’appartenait qu’à elle et son mari. Que pouvait-on offrir de mieux que les bases ? La suite ? Antoine Vaudremont réfléchit encore un peu de temps, avant de dire, comme s’il concevait au fur et à mesure de la parole :

« Ca doit bien faire six mois que tu es ici et tu n’as pas encore fait ta place propre dans la Tribu c’est bien ca ? »

C’était un cas courant, pas une honte, mais il était toujours possible de faire mieux, le Lys Noir était en demande de gens particuliers, et non d’une grande masse de moutons inutiles et manipulables. Ca faisait la différence avec la Tribu voulue par Europe. Ce n’était cependant pas évident de faire reconnaitre ses qualités, et Antoine se souvenait de longues années passées à prouver sa valeur avant de pouvoir être qualifié à la prêtrise, qui il était vrai était le grade le plus haut auquel la plupart dont lui pouvait aspirer.

« Ma foi, j’aurais bien aimé il y a vingt ans avoir quelqu’un pour me montrer le fonctionnement interne, j’aurai probablement économisé quelques années. Ceci je peux proposer. »

Antoine avait commencé par remplir une fonction liturgique sans grande importance, il était un simple exécutant de rituel. Une tâche fastidieuse et répétitive, mais qu’il avait rempli sans faille jusqu’à être responsable de certains rituels, puis de l’aumônerie, tache qui lui avait réellement tout appris puis l’assistance directe du prêtre, puis la prêtrise… Et il n’imaginait pas autre chose pour Océane : hors de question de lui faire sauter des échelons, ce serait tomber dans la corruption de l’autre Tribu, mais lui donner une chance, ca oui. Pour le reste, qu’elle se démarque par ses propres mérites, tels étaient les principes qu’il voulait imposer.

« On pourrait avoir des responsabilités vacantes dans le Lys, si tu l’acceptes, je peux t’y positionner. Ce sont des responsabilités de bas niveau, qui demandent de la persévérance, mais on y accueille des volontaires. »


Tout était dit, c’était entre les mains d’Océane. Si la flamme qui l’habitait n’était pas fausse, elle ne se défilerait pas devant des taches qui s’avèreraient humbles au départ, voire ingrates.
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MessageSujet: Re: Don Antoine, ton parrain   Dim 25 Sep 2011 - 17:32

Elle avait sans aucun doute le caractère d’une vieille mule, mais elle connaissait parfaitement la vieille astuce de la carotte au bout du bâton pour faire avancer. Océane fronça les sourcils tant la conversation se dirigeait vers un terrain glissant. Une telle proposition pouvait être un cadeau empoisonné comme une façon élégante de se défiler. Après tout, Antoine avait une excuse pour ne plus la voir en l’occupant par l’accomplissement de tâches ingrates et longues. Il pouvait s’enorgueillir de rattraper ces années absences, la traiter d’ingrate à la moindre remontrance, la rabaisser si elle n’arrivait pas à prendre du galon, mais surtout avoir de l’ascendant pour éviter tous esclandres ; ou tout simplement, la libraire venait de le mettre au pied du mur et pour avoir plus de place pour bouger, il avait jeté ce morceau de viande. Naïve et stupide ? Elle ? Jamais ! Par contre, oublier certains petits détails…

- Mon ambition est de servir Olrun et notre Tribu, mais pas au détriment de ma famille et de mes futurs apprentis. Tu dois comprendre que je dois reprendre le flambeau des Castelli qui, je te le rappelle, est celui d’un enseignement d’un dogme rigoureux, mais pas sans modernité. La popularité de Rosaline en parle et j’ai déjà trois propositions. Si, j’accepte, je vais avoir moins de temps à consacrer. Et qui dit moins de temps pour les plus jeunes dit un enseignement mauvais et des bêtises plus grandes de leur côté. Tu ne penses pas que nous devrions nous connaître un peu avant ? Je ne refuse pas, mais je…

Elle grogna un peu, puis ferma la porte à double tour et tira le petit rideau à côté pour dire à son époux qu’ils avaient de la visite. Elle se retourna et avec une moue, continua :

- Et puis, que feras-tu, mon parrain ? Il y a beaucoup de petites lignes dans ton contrat et j’aime les connaître avant de signer. Tu veux dire quoi par responsabilités de bas niveau ? Avec quel sorcier comptes-tu m’associer ? Pourquoi me fais-tu cette proposition ? J’espère pour toi que ce n’est pas une carotte ou une excuse pour te défiler, car là, tu connaîtras ma colère. Tu ne veux pas vivre ça, n’est-ce pas ?

Les bras croisés, son esprit attendait la moindre faute pour s’enflammer de nouveau mais dans une direction plus constructive. Antoine était chanceux que sa filleule soit de très bonne humeur et qu’en plus, qu’il fasse partie des personnes aimées en sursis.

- Voudras-tu discuter affaires là-haut ? Y’a un repas qui t’attend et pas de griffes dehors, promis.

Un rire franc retentit dans la pièce. L’annonce d’un repas avait le don de la rendre plus chaleureuse, on pouvait partager de meilleurs moments et les négociations étaient plus saines. D’un signe de tête, elle l’invita à monter les escaliers.

-Une dernière chose. Que veux-tu manger ? Cela ne te dérange pas, si je ne cuisine pas vraiment de chez nous ? Avec tous mes voyages, j’ai créé mon propre style, mais ne t’en fais pas, je sais m’adapter aux goûts de chacun. Je mets beaucoup moins d’épices. Il y a des ingrédients interdits chez toi ? Bêtes à sabots, aux sabots fendus, écailles, tout ce qui vit ? Je connais même un peuple qui ne mange pas ce qu’il estime vivant et ne boit même pas de bière.

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MessageSujet: Re: Don Antoine, ton parrain   Lun 26 Sep 2011 - 11:41

Antoine regarda la porte, comme s’il pouvait voir à travers tout le chemin qui lui restait à parcourir pour rentrer chez lui dans la forêt, et anticiper le temps que lui-même se prépare à manger…

« Oui je peux bien rester pour manger. De tout. »

Ni Matthieu, ni Louise, ni personne ne l’attendaient là bas, et il mangeait trop souvent tout seul. Supporter Océane et son mari pouvait bien se faire une fois, si elle rentrait ses griffes une bonne fois pour toutes. Il ne dit rien à propos de la cuisine orientale, mais c’était sous-entendu que ca ne le dérangeait pas : il n’avait jamais fait la fine bouche devant aucune nourriture.

« Moi non plus je ne mange pas ce qui est vivant : je pense toujours à tuer la volaille avant de la manger. »

Il sourit en riant doucement, la bouche en coin parfaitement ironique. Il suivit Océane à l’étage, dans la cage d’escalier en bois qui gémit sous le poids du prêtre. En se raccrochant aux murs, il put s’empêcher de tomber en arrière avec les marches étroites. Une fois arrivé dans la cuisine, il se mit de côté pour laisser faire la ménagère, et buta contre une bassine d’eau noire, qu’il faudrait changer bientôt.

Alors qu’Océane commencait à rassembler ses épices et ses outils, il reprit le fil de la conversation :

« Pour en revenir à ce qu’on disait, je pense te mettre sous ma tutelle directe, il n’y a pas autant d’intermédiaires entre les fidèles et le prêtre chez le Lys que chez l’ancienne tribu, je ne vois pas qui je pourrais mettre entre toi et moi. »

Il ne connaissait pas cette odeur, mais ca sentait bon. Et fort. Ca irait vraiment avec ce qu’elle sortait des pots ?

« Et puis, concernant tes apprentis, il y aura bien assez de temps encore pour les former. Si l’apprentissage dure plusieurs années, c’est bien parce qu’on ne peut pas de base leur consacrer dix heures par jour, alors enlever quelques heures en moins… Tu les associerais à ton travail, ils n’en seront que plus satisfaits. »

Jean Vaudremont n’avait eu aucune véritable responsabilité alors qu’il formait son fils Antoine, et ce dernier avait pu faire la différence entre cet apprentissage là et celui qu’il avait donné à son propre fils Matthieu. Antoine avait pu faire toucher à son fils un peu plus de concret et de palpable. Après tout dépendait de l’apprenti et de l’aguerri.

Il buta encore une fois sur la bassine, et se fit un peu mal à la cheville. Il rectifia sa position pour aller prendre une chaise ou là au moins il ne taperait pas dans un bac d’eau douteuse. Dans cette cuisine certes grande mais assez encombrée, il n’y avait pas beaucoup de place pour un artisan comme lui.

« Pure curiosité sinon: qu’est ce que tu prépares ? »

Il posait la question alors qu’il était incapable de reconnaître ce qu’Océane était en train de commencer à préparer. Etait ce de l’autruche ou de la girafe ? Il n’aurait même pas été étonné si ca devait s’avérer vrai.

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MessageSujet: Re: Don Antoine, ton parrain   Lun 2 Jan 2012 - 20:14

La cuisine était encombrée par une petite bibliothèque où furent entreposés des livres de cuisiniers et d’apothicaires et en serre-livres, quelques pots de terre et de liège, contenant des essais de vinaigres, verjus et d’alcools ; des macérations d’épices fortes comme des huiles essentielles.
Océane décida qu’il était grand temps de sortir son vinaigre de vin rouge de l’année dernière, ouvrit le pot et par l’odeur piquante, se posa quelques questions… Après tout, elle avait bien dit que le repas n’était que pour lui donc si cela n’était bon… Est-ce que ça avait une importance ? Elle pouvait manger au retour de Nathaniel. Et puis il faut qu’il soit dé-pay-sé et qu’il sente, les bons effluves des cuisines du monde. Elle ne mit que deux grandes cuillères dans ses oignons suants, plus une pour la forme. Oh ! Une bonne pincée de curcuma. Pour la viande ? Voyons voir… Le poulet de la veille, quelques carottes et du blé pour accompagner le tout. Un peu de pignons, du miel et des pruneaux, pour le faire sourire dans la journée. De plus, il ne pourra pas l’accuser puisqu’il n’y connaissait rien en ce domaine. Donc sa vengeance ne pouvait être que parfaite ! C’était petit, mais tellement jouissif !

Il fallait au moins ça pour commencer leur partenariat, après tout, elle n’allait pas refuser de servir Olrun dans les plus hautes sphères, simplement parce que cela semblait trop beau pour être vrai, même pour une éternelle optimiste comme elle.


-Donc, si j’ai bien compris, tu me proposes de t’aider dans ta tâche pour peut-être, si je suis assez méritante, devenir Prêtresse à mon tour… Mes apprentis auront la possibilité d’être mieux formés… J’aurai une bonne occasion de sortir de la librairie dans la journée… D’accord, mais je ne travaille pas les dimanches. Et pour répondre à ta question, c’est du blé à la Chichnak. Elle se transmet de mère en fille, c’est une courtisane qui me l’a enseigné, même si dans son pays, on ne les nomme pas ainsi. Oh ! Iris ne t’a pas raconté l’histoire, je te parie ? Alors…

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Don Antoine, ton parrain

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