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 Fin de journée libraire

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Oblivius
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MessageSujet: Fin de journée libraire   Ven 26 Aoû 2011 - 10:54

Le problème quand on travaillait ici et qu’on avait chaud, c’est qu’avant le milieu de la journée on avait le front barbouillé d’encre et de plomb. Il paraissait qu’on ne vivait pas toujours vieux dans le métier à cause de ça, mais ce n’étaient que des racontars pour effrayer les apprentis. On avait tenté de lui faire boire de l’encre aussi, il avait dû en balancer à la gueule du compagnon. La suite s’était finie sur une belle rouste mais c’étaient des avatars normaux de la vie d’un apprenti, qui étaient finis aujourd’hui.

Nathaniel tira une dernière fois sur le levier de la presse et releva la vis, pour ensuite récupérer sa page. Le résultat était correct, pas de caractères cassés. Il la mit à sécher bien à plat, et sortit de l’atelier dans lequel il travaillait depuis onze heures de temps. C’était l’avantage d’être son propre patron : on pouvait raccourcir sa journée si on voulait. D’ici à ce que le livre soit vendu de toute façon, Océane pouvait bien attendre. Dans la cuisine à l’étage, il y avait une bassine d’eau qui servait à se laver rapidement. Nathaniel enleva sa chemise et plongea sa tête sous l’eau, fit des bulles, et se releva en soufflant et se frottant vigoureusement le visage. A cause de l’encre sur les mains et le front, l’eau se colora bien vite en noir obscur et glauque, ce qui n’empêcha pas l’imprimeur de continuer de se laver les mains le visage et même le torse pour se débarrasser de la sueur. Une fois fini, il fallait de toute évidence changer l’eau, avec l’aide de sa femme hélas : ce serait trop lourd pour lui seul.

Ayant en tête une idée malicieuse, il ne remit pas sa chemise, resta torse nu, et descendit aussi vite et silencieusement qu’il put les escaliers, retenant un rire naissant. Arrivé en bas, il pointa la tête dans la boutique et n’y vit que sa femme qui la fermait. Il se mit en embuscade derrière le cadre de la porte comme un gamin qui joue à cache-cache, et n’attendit pas longtemps. Océane franchit le cadre de la porte et il se précipita sur elle, l’enserrant par derrière et la plaquant contre lui, alors qu’il l’embrassait dans le cou. Enfin seuls.

« Tu m’as manqué, ma tendre et belle. »

Un autre baiser au creux du cou. Cela faisait certes un an qu’ils étaient mariés, mais Nathaniel ne voyait pas encore l’intérêt d’arrêter ces jeux stupides d’amoureux car après tout, qui le lui reprocherait ? Aurait-t-il mieux fallu l’aborder la mine qui tirait la gueule et lui dire qu’il fallait changer l’eau de la bassine ?

« La journée était comment à la boutique ? »

Murmuré à l’oreille, avec les mains qui se baladaient, on sentait que la réponse ne l’intéressait pas vraiment en premier lieu. De lui ou de sa femme, on ne savait pas toujours qui était le plus sérieux, mais ils avaient souvent le bon goût de ne l’être qu’en alternance, l’un compensant l’autre.

« Rien à dire à ton polisson de mari ? »


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Mort(e)
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MessageSujet: Re: Fin de journée libraire   Lun 2 Jan 2012 - 20:32

Bon pour le feu de la cheminée ou en curiosité noyée dans le formol, dans un bocal. Il fut là ; ravis des mains de la sage-femme, sous la main bienveillante de sa mère ; dormant dans une boîte sur un lit de soie brute, avec sa poupée et une couverture brodée pour l’occasion. Un petit monstre aux yeux vitreux, noirs et implorants, les poings serrés, la bouche béante et déformée, pourrissait l’air chaud du rez-de-chaussée.
De la fenêtre ouverte, les cris d’allégresse des garçons brisant des poteries couvrirent la voix rauque de la Vosgienne. Son reflet piqueté de mercure observa tristement le comptoir. Océane ferma le cercueil de fortune, un regard coupable vers l’atelier de son mari vide, avant de l’enrouler de son plus beau châle et de fermer la boutique. À mi-chemin de la cuisine, Nathaniel la happa pour la caresser. Elle le repoussa en lui promettant un retour tard dans la soirée, car Antoine avait besoin d’elle pour un rituel, pour preuves, le paquet sous son bras et cette pelle près de l’escalier. Une fois libérée, elle s’enfuit sur dos de mule.

Loin du cimetière pour ne pas que les esprits le pervertissent, si loin des villages et des fermes pour que son fils puisse être entouré des Sylphes. Océane descendit de Mevda, cherchant désespérément le lieu idéal. Tout était orange et d’or près des collines dont les herbes font des vagues sous le vent, léchant les troncs des arbres aux doigts crochus. Pelle sur l’épaule, tremblante, elle hurla :


- Alors, Déesse, viens me le dire. Sa poussière nourrira-t-elle les racines du sorbier, les rosiers de Rosaline ou le champ de trèfle ? Seras-tu une bonne mère si je te le confie ? Souviens-tu et enseigneras-tu le fait d’être humain ? Ou l’abandonneras-tu quand il fera une bêtise ? Pour l’avoir porté, je sais qu’il aurait pu être un homme fort et beau, j’ai entendu son rire et son dernier souffle. Le veux-tu pour avoir plus de serviteurs à tes pieds ? Alors ! Bouge tes fesses, viens me le dire !

La Déesse accepta l’offrande ; un corbeau et un plus maigre se posèrent près du saule, en réponse. Elle commença à creuser.

- Je te hais, toi qui sais être si bonne. Tu nourriras de ton sein notre fils, tu l’élèveras et le présenteras à nos Dieux. Il sera si heureux que tu effaceras de sa mémoire, sa vraie mère et son vrai père, car dans ce monde, je n’ai le droit qu’aux larmes devant sa tombe.

Un coup de pelle, une larme. D’une voix douce, elle parla au cercuei:

- Tu aurais été adoré de tes frères, tu le sais ? Tu aurais sauté sur les planches des parquets pour les faire chanter et par-dessus les tombes à la nuit tombée, car derrière se trouvent les sangsues, pour les mettre dans la poudre de riz de la vieille Eléanora-Sun. J’entends leurs rires en découvrant tes aventures au petit matin et te donner des idées pour le lendemain.

Le corbeau croassa. La brume lécha ses pieds.

-Dire à ton père que tu existes ? Jamais, c’est une affaire de femme.

Un autre coup de pelle, puis un autre et encore un autre… Une larme, puis une autre et encore une autre… Il n’aura pas de pierre tombale, ni de prénom, juste la bénédiction de sa mère et le désir secret que les signes soient vrais. Peut-être qu’en lui parlant, de temps en temps, elle ne l’oubliera pas ?

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