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 Ne soyez pas là le jour où je me réveillerai

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Vieille peau fripée à pustules
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MessageSujet: Ne soyez pas là le jour où je me réveillerai   Ven 2 Sep 2011 - 22:27

Les gouttes de pluies s’écrasaient sur son visage, elle courrait, plus vite que jamais, de toutes ses maigres forces alors qu’elle n’avait envie que d’une chose : se laisser tomber et hurler sa douleur. Dans sa tête, les mots résonnaient sans cesse, toujours plus fort... « Elle est morte, elle est morte, ELLE EST MORTE ! » Et la culpabilité la rongeait. Viviane ne valait rien, elle n’était pas meilleure que les autres, elle était même pire que tous : elle avait tué ! Elle avait assassiné celle qu’elle appelait autrefois sa sœur. Hélion était morte, foudroyée par la colère de Viviane. Ses larmes se mélangeaient à la pluie, la sorcière avançait à l’aveuglette tant son champ de vision était réduit. Cependant, elle connaissait suffisamment bien son chemin pour pouvoir s’y retrouver et ses pas la guidaient d’eux-mêmes vers la maison d’Antoine, au loin, là-bas, près de la forêt.

D’où lui venait cette inspiration de se rendre chez lui ? N’allait-il pas la condamner et la juger, tout comme elle-même venait de le faire ? Viviane n’était plus sûre de mériter de vivre... Elle avait échoué sur toute la ligne, et pire que tout, elle avait pris la vie de quelqu’un d’autre. Mais qui était-elle pour s’arroger ce droit ? Les mots et les pensées se bousculaient sans qu’elle ne puisse y faire le tri. Mourir serait une bonne chose, n’est-ce pas ? Mourir la soulagerait de toutes ses souffrances, et qui s’en préoccuperait si elle venait à décéder. Europe ? Non, certainement pas, il ne restait plus rien de leur amitié d’antan, réduite à néant par le manque de confiance et une colère inapaisable. Cassandra ? Non, elle allait partir se réfugier à Rodez pour fuir Forbach et ses atrocités, emportant sa fille avec elle. Antoine ? Non, il perdrait une ennemie, à la bonne heure. Louisa ? Elle avait sa propre vie et ses enfants pour l’occuper, Viviane n’était qu’un plus dont elle se passerait volontiers.

Si rien ne valait la peine de s’y raccrocher, alors à quoi bon ? Elle avait tué, ne méritait-elle pas la mort elle aussi ? Ce n’était que justice après tout. Aucun acte ne restait sans conséquences, cela avait été prouvé de nombreuses fois dans sa vie. Et peu importe le cœur qu’on y mettait, peu importe qu’on tâche d’être quelqu’un de bien, rien n’allait jamais. Toujours faillir à ses promesses, toujours échouer, toujours perdre les siens, alors quel intérêt à continuer ?

Soudain, sa résolution d’aller chez Antoine lui paraissait absurde. Après tout, il avait failli la tuer, non ? Il était incontrôlable, intégriste dans sa religion, incapable de réelle compassion, alors qu’attendait-elle de lui ? Était-elle-même en droit de lui infliger une chose pareille ? Pouvait-elle lui demander de l’aider alors qu’elle venait de tuer de sang froid une ennemie. Ce qu’était encore Antoine pour elle, il y a quelques semaines. Alors qu’ils avaient plus au moins vécu les mêmes épreuves, il semblait s’en être sorti beaucoup mieux qu’elle. Pourquoi ? Était-elle faible ? C’était peut-être ça après tout. Le sort s’acharnait sur elle depuis si longtemps, peut-être qu’elle luttait en vain en fin de compte. Que toutes ces choses lui arrivent et qu’elle en soit autant affectée n’était-ce pas une preuve qu’elle se battait pour rien ?
Hélion...

La simple pensée de ce prénom l’accablât à nouveau. L’orage ne faiblissait pas, elle ne se contrôlait plus. Elle allait mettre la ville en feu si elle continuait, mais elle ne maîtrisait rien. Les éclairs frappaient, encore et encore sur la ville. Ce serait un miracle si aucune maison ne prenait feu, faisant encore quelques victimes de plus ce soir. Mais après tout, quelle importance ? Une, deux, dix ? Qu’est-ce que ça changeait ? Rien strictement rien. Viviane courrait toujours à perdre haleine et quand enfin, elle arriva devant la maison d’Antoine, elle s’oublia tellement dans ses pensées qu’elle s’écrasa sur la porte. À moitié assommée, elle s’écroula sur le perron et son visage se retrouva plongé dans une flaque d’eau.
Ses forces l’avaient quittée, l’orage, tout à coup s’était calmé. Viviane ne songea pas un instant à se relever, à lutter. Elle était bien, si bien dans cet état de demi-conscience. Ici, Hélion n’était pas morte, tout pouvait encore se produire. Commotionnée, elle divaguait complètement, elle ne respirait même plus, la première gorgée d’eau dans ses poumons l’ayant dissuadée de retenter quelque chose.

D’ici quelques secondes à peine, si personne ne lui venait en aide, Viviane mourrait noyée, à moitié assommée et la tête plongée dans une flaque de boue. Une triste fin, mais une fin nécessaire. Rien ni personne ne pourrait jamais lui faire oublier l’atrocité qu’elle venait de commettre, alors c’était mieux ainsi. Oui, définitivement, c’était mieux ainsi. Une vie pour une vie, sa dette serait rapidement payée. Un soulagement au fond.

La chevelure flamboyante d’autrefois n’était plus qu’un amas crasseux de boue et de cailloux. Le corps reposait dans une étrange position, les bras littéralement écrasés par le buste, preuve que Viviane n’avait rien fait pour empêcher sa chute.
Oui, définitivement, mourir serait la meilleure solution.
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MessageSujet: Re: Ne soyez pas là le jour où je me réveillerai   Dim 4 Sep 2011 - 16:06

Ce n'était ni le vent, ni un animal ce bruit fort contre la porte. Alors qu'il se préparait une infusion, coincé par la pluie et l'orage qui se calmait, le vacarme le fit sursauter. Antoine songea alors aux sortilèges qui protégeaient sa maison et qui lui signalaient toute entrée, mais se rappela que cela faisait bien longtemps qu'ils n'étaient plus opérants, depuis que Matthieu avait quitté le foyer. Il déposa la bouilloire, prit un torchon pour s'essuyer les mains et le mit sur l'épaule avant d'aller calmement vers la porte.

S'il avait su, il se serait précipité à l'huis et l'aurait ouvert à la volée. Il appuya posément sur le loquet et regarda par l'entrebâillement. Personne. La méfiance lui fit attendre encore une ou deux secondes avant qu'il n'ouvre plus largement et ne mette le nez dehors. Il la vit de suite dès lors.

« Oh mer..! »

L'urgence ne lui fit même pas finir le juron qu'il avait commencé. Sautant au dehors, il prit sauvagement Viviane par les cheveux et l'épaule et la tourna, le visage vers l'air libre. Il ne savait pas exactement ce qui s'était passé, mais aucun danger extérieur ne rôdait aux alentours, rien qui ne pouvait expliquer que la prêtresse se soit égaré ici, se soit vautré contre la porte, puis tombé dans une flaque sans se relever.

Elle était consciente. Et presque lucide qui plus est. Pourquoi n'avait-t-elle pas eu le réflexe de relever la tête? Antoine passa ses bras sous le dos et les genoux de Viviane, et en un ahan la souleva de terre, dégoulinante d'eau et affreusement crasseuse de boue, alourdie considérablement par l'humidité de ses vêtements. Il tituba jusqu'à la porte et franchit le seuil d'un pas. Il ne réfléchit pas au fait que Viviane était la dernière personne après Europe qui ne franchirait probablement jamais cette porte, ni que c'était la première sorcière d'Olrun dans la maison depuis près de quinze ans.

On pouvait suivre la trace de la blessée aux taches sur le parquet en sapin. L'artisan la posa à même le sol, devant la cheminée qui ne dégageait qu'un faible feu pour le moment. A toute vitesse, dicté par l'urgence, le prêtre du Lys balanca une bûche dans le foyer, alla dans la chambre sortir des draps propres des armoires, et en fit un oreiller pour la tête de Viviane en les pliant en quatre. Il ramena également des serviettes et veilla au confort de la réfugiée.

Il se serait agi de n'importe quel vagabond, ou bien d'un ennemi, pour peu qu'Antoine l'ai retrouvé dans la même situation il aurait bénéficié du même traitement. Même si ça avait été Europe qui avait été le nez dans un trou d'eau à s'étouffer, il l'aurait porté à l'intérieur. Il ne voyait pas Viviane en la réfugiée, il voyait un besoin d'hospitalité. Et il le voyait toujours alors qu'il frottait vigoureusement les vêtements trempés avec une serviette bientôt aussi humide que ce qu'elle essuyait.

Puis il commença de nouveau à réfléchir, et des multiples questions naquirent de cette interruption soudaine de son existence morne et sans histoire. Sa maison était jusqu'ici un sanctuaire où il n'y avait rien à craindre, à cause de son isolement dans la Schwarzwald, à côté de sa scierie, et une telle chose était assez extraordinaire. Ce n'était pas que Viviane, c'était tout Olrun, la guerre fratricide, les conflits de Forbach qui s'invitaient dans sa maison. Et alors? Allait il la mettre à la porte? Ce n'était pas comme ca qu'on méritait d'être Prêtre.

Elle était sous le choc, mais il semblait qu'on pouvait lui parler. Il fit attention à ce qu'il allait dire néanmoins. Il songea à entrer directement dans le vif du sujet, mais vu l'état dans lequel elle était, la meilleure idée était peut être de la laisser faire à son rythme. Il décida plutôt d'achever de l'installer ici, qu'elle se remette de ses émotions et se réchauffe. Aussi ne posa-t-il pas une seule question sur ce qu'elle faisait là. Elle avait quitté Forbach sous un orage fantastique pour se taper la lisière de la forêt jusqu'à la Scierie, il fallait de la motivation pour cela.

« Il faut que tu changes de vêtements... J'ai des vieilles robes qui appartiennent à Louise si tu veux être au sec. »

Nul besoin d'être sorcier pour avoir profondément pitié de cette femme à l'apparence ruinée, le regard fou et le corps fatigué. Antoine sentit qu'il aurait très vite à utiliser le prêtre en lui.
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MessageSujet: Re: Ne soyez pas là le jour où je me réveillerai   Sam 1 Oct 2011 - 0:54

Pourquoi ? Pourquoi n'avait-il pas pu la laisser dans cette flaque ? Elle avait choisi bon sang, ne pouvait-il comprendre cela. Jamais elle n'aurait dû aller chez lui, elle aurait dû aller dans la forêt, là elle aurait pu être tranquille. L'horreur de ce qu'elle venait de faire la frappait avec d'autant plus d'acuité qu'elle reprenait peu à peu conscience. Antoine s'occupait d'elle, et elle n'avait pas la force de lutter contre. Transie de froid et de peur, elle ne bougeait pas. Pâle comme la mort, elle ne réagissait à rien. Pas au début en tout cas, tout cela lui semblait tellement obscur, pourquoi Antoine l'aidait, elle ne le méritait pas. Oui, c'est cela, il fallait dire à Antoine qu'il ne devait pas, que ce n'était pas nécessaire.

La chaleur réchauffait peu à peu ses membres engourdis par le froid. Antoine prenait soin d'elle, quelque chose que plus personne n'avait fait depuis bien trop longtemps. Viviane, en cet instant, ressentait plus que jamais la solitude qui l'avait amenée à devenir si cynique et mélancolique. Le simple fait d'être prise dans les bras de quelqu'un lui faisait un bien fou, quand bien même il ne s'agissait que de la porter vers un lit ou un fauteuil. À propos, était-ce un lit ou un fauteuil sur lequel elle était ? Mais il était encore trop tôt pour vouloir être dans les bras de quelqu'un, tout cela n'avait aucun sens, elle avait tué, elle méritait ce qui lui arrivait.

Des maigres forces qu'il lui restait, elle lutta contre la couverture qui la recouvrait. Elle voulait s'enfuir, partir loin d'ici, et mourir seule, comme elle l'avait toujours été. Les mots qu'Antoine avait prononcé lui passèrent totalement au dessus de la tête, elle n'en n'avait cure de ses soins. Elle voulait partir. PARTIR !

« Laisse-moi Antoine ! »

A la place du cri qu'elle avait espéré, elle n'entendit qu'un faible murmure. Elle était donc si misérable que ça. Même se tuer et lutter contre les autres, elle ne pouvait pas le faire correctement ? Alors elle tenta de se concentrer pour recouvrer quelques forces.

« Laisse-moi moi ! Je veux m'en aller. Je ne mérite pas d'être ici, il faut que je m'en aille! »

Même avec toute la conviction et la colère qu'elle parvenait à y mettre, c'était toujours faiblard et inhumain, comme si sa voix était désincarnée. D'une geste du bras, elle enleva le reste des couverture, et se leva. Elle s'en irait, avec ou sans l'accord d'Antoine. Ça avait été une erreur de venir ici, jamais elle n'aurait dû ! Mais elle n'avait pas fait trois pas que d'un geste autoritaire, Antoine la replaça dans le fauteuil, et sa lutte dérisoire tourna court. Qu'il la traite ainsi alors même qu'elle prenait enfin sa vie en main fit naître en elle une colère qu'elle ne pensait plus jamais ressentir. La fatigue et l'épuisement, sous le coup de l'adrénaline, s'effacèrent. Ses yeux devinrent brillants et reprirent des couleurs.

« Bon Dieu Antoine ! Ne peux-tu pas me laisser le peu de dignité qu'il me reste. Venir ici ce soir était une erreur, je n'aurais jamais dû. Laisse-moi partir ! Je ne le redirai pas, laisse-moi m'en aller ou je te jure que tu ne t'en sortiras pas indemne ! »

D'un bond, elle se leva et commença à frapper Antoine qui se trouvait dans son chemin et lui barrait la route. Si la colère l'avait ranimée, ses forces étaient loin d'être suffisantes pour mettre à mal un Antoine parfaitement en forme. Alors, en dehors de toute rationalité, elle se mit à lui hurler dessus.

« LAISSE-MOI PARTIR ! JE VEUX M'EN ALLER, TU ES DONC INCAPABLE DE COMPRENDRE ÇA ? C'EST POURTANT PAS COMPLIQUÉ ! JE VEUX Y ALLER, IL FAUT QUE J'Y AILLE, TU NE COMPRENDS PAS, tu ne comprends pas ce que j'ai fait. Je ne... Je ne mérite pas d'être ici. Laisse-moi partir, s'il te plaît ! »

Son ton était devenu suppliant. Elle voulait partir, c'était vital pour elle. Il ne fallait pas qu'Antoine sache, elle ne devait pas lui imposer un tel fardeau. Alors elle éclata en sanglots hystériques, hurlant et murmurant à la fois qu'elle voulait s'en aller, qu'il fallait qu'il accepte de la laisser partir, pour son propre bien. Était-il stupide à ce point qu'il ne comprenait pas ?
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MessageSujet: Re: Ne soyez pas là le jour où je me réveillerai   Sam 1 Oct 2011 - 17:34

Stupide, non. Borné, oui.

« Non! »

Il l'agrippa par les épaules et la remit dans le fauteuil encore une fois. Elle ne resta pas plus longtemps. Elle lui donna encore quelques coups de chaton maladroit, qu'il encaissa sans difficulté.

« Non tu n'es pas en état de partir! »

Encore une main qui frappa sa joue. Il prit Viviane par les bras et la colla à lui, la ceinturant pour qu'elle ne puisse plus bouger et se débattre. Le but était qu'elle cesse de s'agiter, de se faire mal et de lui faire mal en l'entravant solidement dans ses bras d'artisan. Elle se tortilla, cria encore, mais il tint bon, refusant de croire que c'était bien Viviane Valdemar qui parlait. Elle n'était pas en état de prendre une décision rationnelle, il la mettait sous sa tutelle jusqu'à ce que la raison lui revienne. Il continuait de l'entraver contre son torse, solide et stable en attendant qu'elle retrouve un point où s'ancrer.

« Je ne peux pas te laisser partir. »

Ce n'était pas une méthode parfaite, Antoine détestait ainsi la contraindre, mais fallait-t-il lui laisser l'accès libre à la porte pour qu'elle aille se déchirer les vêtements dans la forêt et se trouver une mare où plonger? Certes pas. Il refit sa prise, qui commençait à glisser. Il ne s'autorisa aucun geste déplacé, il n'approcha pas même sa tête de la sienne, s'arrangeant pour qu'elle soit aussi loin que lui permettait son cou.

« Laisse toi faire, abandonne tout. Abandonne toi. Chhhhhht. »

Il songea un bref instant à créer une petite musique de l'âme, comme il l'avait déjà pratiqué récemment avec Elena Mirova et Louisa Zimmerman, mais c'était une petite intervention magique qui avait toutes les chances d'être mal prise, et Antoine avait le sentiment que moins il utiliserait de magie, mieux ce serait. Alors il berçait de façon presque imperceptible à la place.

« Je m'en fiche de ce que tu as fait, tu étais là dehors trempée et refroidie, je t'ai pris dans ma maison, c'est tout. »

Laisse moi m'en aller ou je te jure que tu n'en sortiras pas indemne avait-t-elle dit. Antoine ne craignait absolument pas la colère de Viviane: ils s'étaient déjà mesurés une fois, mais tout deux était en pleine forme alors. Qu'elle s'attaque donc à lui, elle ne pourrait le remporter face à un prêtre du lys alerte et pleinement valide. Mieux, il se demandait si le mieux n'était pas que cela arrive, pour qu'elle s'épuise et puisse enfin se reposer. Ce ne serait pas la première tape magique qu'il se prendrait.

« Tu es en sécurité ici, au chaud et rien ne peut t'arriver. Détends toi, oublie. Oublie. C'est passé, c'est fini. »

C'est pardonné aurait-t-il pu dire, mais il n'imaginait pas encore qu'elle puisse avoir été le bourreau. Selon lui, elle était la victime misérable d'on ne sait quoi. Viviane fit une dernière ruade pour se dégager, et faillit bien y réussir. Antoine s'emporta enfin:

« Bon sang! Es tu si pressé de regagner les bois? Tu veux y faire quoi d'ailleurs? Te déchirer les vêtements sur les branches et te jeter dans une mare? Te prostrer dans un coin et attendre qu'un loup vienne t'y chercher? Je ne te laisserai pas faire ça, »

Il la poussa doucement pour qu'elle se remette enfin sur le fauteuil, mais continua de la prendre par les bras, pour qu'elle ne bondisse pas comme un diable hors de sa boite.

« Quelque soit ce qui s'est passé et d'où tu viens, je ne laisse pas les gens sortir dans cet état de chez moi. Je tiens trop à toi pour le faire. »
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MessageSujet: Re: Ne soyez pas là le jour où je me réveillerai   Dim 20 Nov 2011 - 21:04

La sollicitude d’Antoine aurait pu être touchante en d’autres circonstances, là, Viviane avait juste envie de l’assommer et de le planter sur place. Mais elle savait qu’elle n’en n’avait pas la force, pas ce soir, alors elle arrêta de lutter. Vaguement résignée, elle commença par s’enfermer dans un mutisme de grande mauvaise foi. Il ne coopérait pas, elle ne coopérerait pas non plus. On n’avait rien sans rien dans la vie.

Allongée sur le fauteuil, elle laissa la chaleur du feu la réchauffer et ferma les yeux. Non elle ne dormait pas, elle réfléchissait au meilleur moyen de partir d’ici. Antoine ne pouvait pas la couvrir, pas après ce qu’elle venait de faire. Elle songea à lui demander une boisson chaude, chose qui l’amènerait probablement à quitter la pièce, pour quelques instants au moins. Elle s’apprêtait à le faire lorsqu’elle remarqua une crémaillère dans l’âtre, et une petite marmite à côté. Vu la scène qu’elle venait de lui faire, Antoine ne quitterait certainement pas la pièce en la laissant seule, il n’était pas aussi stupide...

La Prêtresse ne se rendait absolument pas compte qu’elle délirait totalement, que la fièvre embrouillait ses pensées et qu’elle n’était sans doute pas capable d’aligner plus de trois pas, quand bien même elle parviendrait à échapper à l’attention de son hôte. Aussi rapidement qu’elle était passée de la colère au chagrin que du chagrin à la mauvaise fois, elle décida de prendre un autre tournant. Expliquer posément à Antoine pourquoi il fallait qu’il la laisse partir. Il était trop bon pour être mêlé à cela.

« Écoute Antoine, je sais que tu penses bien faire, mais tu te trompes. En m’accueillant chez moi, tu te rends complice de mon crime. Et tu ne veux pas cela, n’est-ce pas ? » Peut-être qu’il allait demander ce qu’elle avait fait, mais ça, elle n’était pas encore prête à le faire. La seule chose qui lui paraissait importante de faire maintenant, c’était rentrer chez elle, se mettre à l’abri. « Je suis touchée de ta sollicitude, sincèrement, mais il faut que je parte. Je vais mieux maintenant, je me sens capable d’y aller. » Son esprit brumeux se souvint qu’Antoine voulait savoir où elle comptait aller et ce qu’elle comptait faire. « Je ne compte pas aller dans les bois. Je vais rentrer chez moi, posément. Et demain, j’irai expliquer à l’officier ce que j’ai fait. Il avisera alors de mon sort, comme sa compétence le lui permet. »

Il était étonnant de voir à quel point, tant que Viviane n’y réfléchissait pas trop, elle était capable d’avoir un semblant de cohérence avec elle-même et avec ce qu’elle racontait à Antoine. Elle ne voulait plus vraiment se laisser mourir, enfin, elle ne voulait pas poser l’acte elle-même d’encore prendre une vie, quand bien même ce fut la sienne. Mais elle serait punie, comme il se doit. Elle irait voir l’officier ou l’Inquisiteur le plus facile à trouver pour lui avouer qu’elle était une sorcière, et qu’elle avait tué Hélion. En avouant cela, même sans l’ombre d’une preuve, elle serait jetée en prison, puis on la brûlerait vive, comme tant d’autres avant elle. C’était une solution simple et efficace, il ne restait plus qu’à la faire admettre à Antoine. Une petite voix dans sa tête lui murmura qu’il ne laisserait pas berner par ce scénario fumeux, mais Viviane ne pouvait pas encore prendre conscience de cela. Si elle reprenait réellement conscience, si son esprit atterrissait de nouveau sur terre, alors l’horreur de ce qu’elle venait de faire la frapperait de plein fouet et elle était loin d’être prête pour cela.

« Tu comprends donc pourquoi il faut que je m’en aille Antoine. Ne te rend pas complice de ce qui te dépasse, et tout ira bien. » Si elle avait été en pleine possession de ses moyens, Viviane n’aurait pas manqué de noter l’ironie de cette phrase, si Antoine était dépassé, alors elle se situait à des milliers de lieues d’ici.
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