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 Personne n'aime les adieux

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Inquisiteur Général
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MessageSujet: Personne n'aime les adieux   Mar 6 Sep 2011 - 0:03

Partir. En courant, en volant, vers Rodez qui avait peut-être déjà scellé leur destin.

Cassandra ne parvenait pas à s'ôter l'idée de la tête. Les lettres des de Saint-Loup l'avaient convaincue qu'elle ne devait pas perdre une minute. La sollicitude touchante de sa belle-mère, l'insulte brûlante de son neveu, le réconfort inattendu de sa belle-sœur, le mot griffonné à la hâte par son beau-frère depuis Paris, tout la poussait vers Rodez. Et si des milliers de choses la retenaient, rien n'était plus important que l'avenir de Narcissa.

Préparer leur retour vers Rodez à la catastrophe n'avait rien de divertissant. Outre la douleur liée à la séparation d'avec tous ses amis – et Viviane, qui allait lui manquer plus cruellement que jamais – Cassandra devait composer avec la nouvelle Narcissa. Discuter avec sa fille avait été le plus éprouvant de tout. La petite était visiblement triste de quitter Forbach, mais elle ne comprenait pas ce qui était en cours. Cassandra avait tenté de lui expliquer, mais tout rappeler était long et difficile. Comment expliquer Rodez à Narcissa ? Comment rappeler ses années d'enfance sous le soleil du sud ? Comment faire revivre les générations de la glorieuse lignée des de Saint-Loup pour celle qui était appelée à reprendre le flambeau ? Cassandra s'était courageusement attelée à la tâche, sans craquer, alors que chaque mot lui semblait être une insulte à son passé, à leur passé. Elle avait perdu Narcissa. Sa fille n'était plus sa fille. C'était une gamine enjouée et facétieuse, agréable à vivre et appliquée ; mais grands-dieux ce n'était pas sa fille.

Pourtant, l'espoir ne quittait pas Cassandra. Elle était présente, plus que jamais, pour son unique enfant. Et au détour d'une nouvelle malle à fermer, mère et fille avaient vécu des moments de complicité inattendus. Autant de lames enfoncées dans le cœur de Cassandra, pas même des baumes apaisants. Et pourtant, aurait-elle dû en souffrir mille fois plus, Cassandra n'aurait pas reculé : leur relation ne pouvait s'arrêter sous prétexte que Narcissa connaissait un moment de faiblesse.

La Veuve regrettait de ne pas avoir pu donner un petit dîner intime avec ses amis les plus proches, avant son départ. Elle aurait tellement voulu revoir Père Ethan, deviser amicalement avec Sarah Geisler, entendre le rire de Viviane, entendre les dernières fanfaronnades de David, voir le fusain de Sœur Béatrice gratter le papier, entendre la baronne Zimmerman parler avec amour de son enfant à venir... et profiter un peu de ce moment volé à la course effrénée de leurs quotidiens. Elle avait seulement eu le temps de voir Sarah Geisler afin de lui annoncer son départ ; elle n'avait pu envoyer qu'une note aux autres. Et voilà qu'elle se retrouvait en vêtements de voyage, un large chapeau à voilette posé sur sa volumineuse coiffure, sa bourse à la ceinture, tenant sa fille par la main, dans le Hall du Château de Frauenberg.

Tous leurs bagages étaient chargés : elles n'avaient plus qu'à prendre place dans leur voiture. Cassandra soupira, puis se retourna. Plus d'un an avait passé depuis qu'elle était venue s'installer chez sa pire ennemie, feu la Comtesse Alicia de Sarrebourg. La sorcière avait été démasquée, et son fils avait repris les affaires courantes. En prenant congé, la Veuve avait ressenti une étrange impression, celle de ne pas avoir correctement jugé son jeune hôte. Elle l'avait méprisé pour avoir renié sa mère, mais aussi approuvé pour avoir rejeté la sorcellerie avec droiture. Peu importait maintenant : elle n'aurait jamais le temps de se pencher plus attentivement sur la discutable personnalité d'Amaël Loewenstein.

Cassandra se tourna vers Narcissa et tenta de sourire, en vain. C'était un adieu définitif, elles le savaient toutes les deux. Elles ne reviendraient sans doute pas à Forbach avant de nombreuses années, si elles revenaient un jour. Rodez, impitoyable fille de comtes, les rappelait à elle. Cassandra n'aurait jamais cru ressentir un tel sentiment de déchirement en quittant la ville. Le cœur lourd, elle avança de quelques pas vers leur voiture, sans lâcher Narcissa.

Mais la Veuve s'arrêta aussitôt, laissant retomber sa main le long de son corps. La surprise la cloua sur place tandis que l'émotion serrait sa gorge. Ses lèvres s'entrouvrirent en un remerciement qui ne franchit jamais sa bouche. Ils étaient là. Leurs proches, leurs amis, leurs compagnons. En un ultime adieu, ils étaient venus les serrer une dernière fois dans leurs bras.

Et, première devant tous, Viviane. Cassandra voulut garder contenance, se rappela qu'elle avait un rang à tenir et un statut à ne pas dévaloriser devant tout le monde, mais Rodez n'avait pas encore repris tous ses droits sur elle. Elle franchit en quelques pas la distance qui la séparait de Viviane et la serra longuement contre elle.

Vieilles peut-être, mais inchangées. Le temps de « Mystère tendre... Olrun » n'était pas tellement loin, finalement.
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MessageSujet: Re: Personne n'aime les adieux   Sam 10 Sep 2011 - 19:51

En automne, Narcissa avait son cœur et son âme pour découvrir le monde. Le monde découvrit son visage et parla sous les traits d’une sorcière et d’un meurtrier. La salive de la sorcière lui fit oublier son cœur, le verbe de l’assassin son âme. En hiver, Narcissa n’avait que des mains vides face aux Hommes. Les Hommes découvrirent leurs visages en offrant mille présents. Dans leur cœur, elle construisit une vie, dans leur amour, elle soigna ses blessures. Au printemps, Narcissa pensait que tout irait pour le mieux. Mais quand on pense que la vie vous offre ses cadeaux, souvent arrive une tempête qui emporte le temps des moissons. Si l’été est étouffé, quelle saison devra-t-elle vivre ?

Son destin se jouait en ce moment même à l’autre bout du Royaume et chaque minute lui était comptée. On négociait à prix d’or ce ventre prometteur au sang bleu, le plus affable flatteur remportera la mise. Ses rêves la vendirent comme esclave dont chaque maître aima faire attention à l’état des dents, au blanc de ses yeux, à la délicatesse de sa peau encore fraîche et humide comme des signes de sa fertilité. Son vendeur ne fut jamais avare de compliments, la qualifiant de « joyau de notre famille, entre équilibre et beauté, d’une grande fertilité en voyant ses hanches, les descendants glisseront sans soucis. Une bonne et brave jument assurément ». Mais, son angoisse la réveilla avant de voir la suite. Alors, le restant de la nuit, après quelques lettres d’adieux, Narcissa tenta de retrouver la mémoire, chercha des ressources pour agir, oubliant le bruit des objets que l’on rangeait. Puis peu avant l’aube, après avoir usé son esprit à penser à toutes les stratégies possibles, elle se rendormait plus sereine, croyant avoir une chance de revoir David, allant jusqu’à espérer être sa femme.
Les jours passèrent plus rapidement, entre les rangements et les nouvelles anecdotes à retenir. Quand l’envie de fuir lui prit, Narcissa s’efforça de se rassurer en nourrissant de tristes espoirs. Elle ne s’est jamais crue aussi folle qu’en cette semaine, alors ce jour de départ lui apportait malgré tout une délivrance, celle d’avoir bientôt les réponses à toutes ses questions.
Les derniers préparatifs furent pourtant pénibles à accomplir, chaque tâche terminée lui montra l’évidence même. La page forbachoise se tournait définitivement, emportant une partie d’elle. Elle eut si mal au point, parfois, d’être prise de vertiges, donnant quelques minutes de répit à Matilina pour le choix de sa tenue de voyage : une robe au léger décolleté, un voile en dentelle, des gants en cuir, une paire de bottes d’un noir absolu. Une sobriété plus importante fut mise dans sa coiffure composée d’entrelacs nattés montés en chignon.

Quand elle traversa les couloirs en tenant la main de sa mère, elle ferma les yeux voulant inscrire cet instant pour toujours. Puis, le soleil frappa violemment ses yeux et elle dut prendre quelques secondes avant d’apercevoir des silhouettes familières dans la cour. Sa mère se dirigea vers sa tante, Narcissa chercha du regard David. Vieille folle, hurlait son esprit, crois-tu qu’il aurait la force de te faire ses adieux ? Contente-toi de votre première nuit et sois heureuse d’avoir eu la chance de lui offrir tes premières promesses. Tu n’as que des souvenirs pour te rattacher à lui, le revoir briserait ton cœur, il est trop fragile. Offre tes baisers à tous ceux qui te saluent, car ils te montrent que tu n’es pas une étrangère.
Alors, Narcissa ne voulut pas essuyer ses larmes, les voyants comme une bénédiction. Elle posa une main sur son cœur et murmura un simple merci.

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MessageSujet: Re: Personne n'aime les adieux   Jeu 15 Sep 2011 - 21:47

Son pressentiment c’était révélé juste ! Matilina avait fini par ventre la mèche. Madame de Saint-Loup pliait bagages. Elle quittait le château. Elle emmenait Narcissa avec elle. Cette nouvelle avait bouleversé la paysanne. En quelques semaines elle était littéralement tombée sous le charme de la petite amnésique. Elle ne voulait pas la voir partir. Elle courait vers la ville au rythme effréné de ses sabots. Le père gronderait plus tard. Danielle avait des adieux à faire. L’amitié n’attendait pas.

Pinceau la suivait en battant de la queue comme un fou. Il sentait la confusion de la jeune fille et la soutenait par ses aboiements énergiques. On les voyait souvent courir tous les deux dans la campagne. Mais aujourd’hui il n’y avait pas de rire clair, ni de sourire, il n’y avait qu’une angoisse. Celle de ne pas arriver à temps pour serrer sa sœur de cœur dans ses bras. Danielle ressemblait à une vraie vagabonde en bousculant presque une passante. Elle n’arrivait pas à y croire.

Tout ça arrivait trop vite. Qu’est-ce qui pouvait pousser une dame à quitter la ville si vite ? C’était probablement pour quelque chose de grave. C’était cela le plus inquiétant de tout. Elle n’avait pas réussi à en savoir quoique ce soit de la part de la servante. En désespoir de cause elle avait attrapé l’un de ses rubans préférés et avait pris ses jambes à son cou. La silhouette de la bâtisse imposait son ombre sur la rue. La demoiselle se força à ralentir en respirant à grandes goulées.

L’effort faisait tambouriner son cœur. Elle avait les cheveux en désordre et les joues en feu. L’un des gardes la reconnue et lui indiquait la cour avec un air un rien paternel. Les deux sorcières s’étaient vues assez souvent, ces temps-ci, pour qu’on ne lui impose plus les vérifications d’usages. Cette bergère dégageait une telle douceur qu’on lui aurait rapidement donné le bon dieu sans confession. Son sourire était sincère quoi que chagriné. Son chien ouvrait le chemin étrangement calme une fois à l’intérieur. Il n’alla même pas vers les jardins. L’heure était grave !

Dire qu’ils venaient à peine de fêter les noces de sa sœur. La paix était tout juste installée dans les âmes. Et voilà que Cissie s’en allait ! Ce n’était pas juste du tout. Comment allaient-elle faire avec tous ces kilomètres entres elles ? Et Olrun ? Et David ?! Il y avait déjà des voitures qui signalaient la présence de plusieurs personnes. Ses yeux verts fouillaient le périmètre à la recherche d’Europe ou même d’Alexandrine. Viendraient-elles saluer l’une des leurs ?

Le cœur lourd la petite blonde monta les marches. Son poing serré sur la seule chose qui lui permettrait de préserver le souvenir de cette rencontre avec l’une des filles plus extraordinaire qu’il lui avait été donné de rencontrer. Elle l’aperçue enfin dans le hall déjà toute prête pour son voyage. Un petit frisson fit trembler ses épaules. Par un véritable exercice de volonté Danie masqua de son mieux sa tristesse. Narcissa devait garder une belle image de Forbach !

Pinceau allait déjà saluer la petite bande de chiots comme à son habitude. Sa compagne avançait timidement vers l’adolescente. Byche n’était pas très douée pour dire « adieux ». Ses yeux cherchaient ceux de son amie. Un petit coucou de la main en préambule puisqu’elle ne savait pas quoi dire. Que devait-on dire dans ces cas là ? Elle n’aimait pas voir ce visage triste. Elle sentait ses yeux combattre la crue à venir. Danielle ne devait pas pleurer !

Sans attendre le moindre mot, de l’une ou de l’autre, ses bras allaient enlacer la jolie rousse. Plutôt les gestes que les longs discours. C’était bien sa philosophie. Pendant un instant le reste n’existait plus. Il n’y avait plus de hall, plus d’attroupement, plus de tragédie. Il n’y avait plus qu’une tendre déclaration d’affection. C’était bien trop tôt. Elles n’avaient pas encore vécu ce qu’elles avaient à vivre. C’était le plus douloureux : savoir qu’on leurs volait du temps.

Elles se séparaient en douceur. Danielle refusait de croiser son regard. Elle baissait ses yeux vers l’une de ses mains. Elle l’ouvrit délicatement et y déposa son plus beau ruban avant de refermer les doigts fins sur son présent.
–Tu penseras à moi ? Sa voix était si basse qu’on peinait à l’entendre. Elle avait si peur de craquer. –Je penserai à toi. Et je le surveillerai. Un petit sourire complice trahissait son humour. Il en fallait bien un peu. Les gens voulaient aussi parler à la jeune héritière. Alors avant de libérer la place et avec pudeur Byche avoua le secret qui n’en était pas un. –Je t’aime fort. Un baiser un rien humide achevait le tout. La bergère inspirait à fond en reculant pas à pas.
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MessageSujet: Re: Personne n'aime les adieux   Jeu 29 Sep 2011 - 0:23

A quelques encablures de là, à l’abri derrière un bosquet de frênes niché au sommet d’un talus, David observait la scène, demeurant dans l’ombre du feuillage. Son visage était dur, scellé, ses mâchoires contractées. Il eut du mal à contrôler la boule qui se formait dans sa gorge.
Malgré le fait qu’il n’y eut aucune présence autour, le jeune Geisler se refusa à laisser ses états d’âme transparaître sur son visage. Mais il avait du mal à se maîtriser. Ses envies du moment se résumaient à: 1) crier sa frustration 2) se précipiter vers le château pour serrer Narcissa contre lui et 3) bourrer ce tronc d’arbre de coups de poing salvateurs.

La scène qui se déroulait sous ses yeux était poignante: Cassandra observant avec émotion la foule des gens venus lui dire adieu, puis serrant sa sœur dans ses bras avec une émotion intense… Narcissa, saluant les personnes présentes avec un visage d’outre-tombe… L’amnésie l’avait peut-être débarrassée de ses souvenirs les plus douloureux, comme la mort de son père. Mais elle avait aussi perdu une partie de sa légèreté en chemin. De toute façon la situation ne s’y prêtait guère puisqu’il s’agissait d’adieux…
Ainsi c’était donc vrai. Il ne voulait pas l’admettre, mais c’était un fait.

Narcissa s’en allait pour de bon vers Rodez.

C’était Sarah Geisler qui lui avait appris la nouvelle, quelques jours auparavant. David avait crû d’abord qu’elle lui faisait une mauvaise farce et s’était énervé contre sa mère, avant de s’apercevoir à son visage affligé qu’elle ne faisait que dire la vérité. C’était en effet une nouvelle peu réjouissante pour elle aussi, car elle perdait une amie très chère. Mais pas aussi peu réjouissante que pour David qui voyait tous ses espoirs s’effondrer.
En apprenant la nouvelle, il était parti de chez lui sans un mot pour s’isoler de longues heures, à l’abri dans les champs, là où il pourrait ruminer son chagrin sans que quiconque vienne le déranger.

Pourquoi? Pourquoi un peu de bonheur leur était-il systématiquement refusé? De tous ses proches, il était la seule personne à aimer la nouvelle Narcissa autant que l’ancienne, sinon plus. Il savait que c’était réciproque, il le savait aux rares moments de complicité mêlés de timidité qu’il avait eu avec la jeune rouquine. Ce jour où elle lui avait remis Erythrós… Ces promenades dans les somptueux jardins du château… Ce baiser échangé dans leur endroit secret… Cet autre moment d’intimité le jour du meurtre de l’Agent du Diable… Il y avait six ans, David avait connu un premier amour désastreux, un fiasco total qui l’avait anéanti. Dès lors, il s’était juré d’en avoir fini définitivement avec ces bêtises, fréquentant la gente féminine sans jamais s’attacher. Puis Narcissa était arrivée voilà presque un an et avait bouleversé toutes ses certitudes. Au terme d’un très long et intense conflit intérieur, il avait fini par mettre ses convictions de côté, et accepter les sentiments éprouvés pour celle qu’il considérait auparavant comme sa petite sœur. Assumer ces sentiments aux tendances incestueuses avait été dur et pénible. Mais alors que les efforts semblaient enfin porter leurs fruits, alors que Narcissa se remettait de ses blessures, alors qu’un avenir s’entrouvrait à peine pour eux…

Tout s’effondrait.

Le même schéma se répétait: ce à quoi il tenait le plus lui était brusquement retiré de la façon la plus cruelle. Etait-ce un contrecoup divin, une façon d’être puni pour avoir ôté la vie à l’Agent du Diable? Mais si Dieu était véritablement si bon, une telle sanction était-elle justifiée? Comment cela fonctionnait-il au juste? David n’en savait rien, mais même l’apport de réponses ne l’aurait pas apaisé. L’amour! Quelle belle connerie! Cette expérience lui avait bien prouvé qu’il ne fallait jamais mettre ses espoirs en quelque chose d’aussi futile et instable car il n’y avait pas d’avenir pour cela. Quel imbécile de s’y être laissé prendre deux fois de suite! Il n’était plus près de connaître la même erreur…

David sentit soudain une traction dans son bras et s’aperçut qu’Erythrós tirait avec toute sa vigueur sur la laisse, tendu et prêt à détaler en direction des Saint-Loup. Le jeune Geisler n’avait pas l’habitude d’attacher son chien qu’il laissait d’ordinaire parfaitement libre de gambader à sa guise; mais il avait eu peur que l’animal trahisse sa présence en allant renifler les jupons de Narcissa. Alors il raccourcit la laisse et caressa longuement les poils soyeux du canidé pour l’apaiser.

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MessageSujet: Re: Personne n'aime les adieux   Dim 20 Nov 2011 - 20:22

Depuis cette fameuse nuit d’orage, Viviane s’était murée dans le silence. Cette nuit-là, elle avait longuement parlé avec Antoine, mais depuis, elle s’était enfermée chez elle, refusant de voir qui que ce soit. À la veille du départ de sa sœur et de sa nièce, elle n’avait toujours pas mangé et bu à peine quelques verres d’eau. Sa servante était affolée et ne comprenais pas ce qui minait sa maîtresse à ce point-là. Viviane ne vivait plus, elle se laissait aller et ne lutter plus contre la langueur qui l’envahissait. Antoine avait bien tenté de la convaincre que c’était une bonne décision, mais Viviane ne pouvait le croire. La vie était sacrée, de quel droit s’était-elle arrogée de la prendre ?

L’après midi s’écoulait paisiblement, Viviane, assise dans son salon, le regard perdu vers le vide, semblait vivre dans un autre monde. Sa servante vint la prévenir qu’il était temps qu’elle parte si elle ne voulait pas être en retard pour l’adieu qui avait été organisé pour le départ des siennes. C’était elle qui avait prévenu tous ceux qui le souhaitaient, qu’ils pourraient dire au revoir à Cassandra à ce moment-là. Tout cela lui semblait à des années lumières maintenant, et elle n’avait nulle envie de s’y rendre. Mais il le fallait.

La sorcière se changea, mettant une tenue plus présentable pour les circonstances, une robe d’un pourpre foncé, brodée de fils d’argents. Cette robe avait l’avantage de couvrir entièrement son corps, masquant ainsi les marques de cette nuit-là. Devant son miroir, elle prit également le temps de se maquiller un peu, que son teint ne soit pas aussi terreux qu’il ne l’était. Malheureusement, ses cernes étaient bien trop importantes pour qu’elle puisse les masquer. Qu’importe, Cassandra se méprendrait peut-être sur leur origine et les attribuerait à son départ.

Inspirant un grand coup, elle espérait que la marche lui ferait récupérer quelques couleurs, sinon Cassandra s’inquiéterait trop. La marche lui parut littéralement épuisante alors qu’elle était habituée aux longs trajets à pieds. Plusieurs fois, elle dût s’arrêter pour reprendre son souffle mais elle finit par arriver. Parmi les quelques personnes présentes, elle reconnut les visages de Danielle, une jeune apprentie d’Olrun et celui de David, le jeune prétendant de Narcissa. Elle se souvint de la violente altercation qu’elle avait eue avec lui et un maigre sourire s’étira sur ses lèvres. Quel jeune impétueux, un brin stupide aussi, mais au fond, il n’était pas aussi mauvais qu’elle n’avait voulu s’en convaincre. Sans lui pardonner son comportement, elle éprouva pour lui une once de pitié : avec seul un père pour éducateur, comment pouvait-il être droit dans sa tête ?

En attendant qu’elles arrivent, Viviane admira l’endroit dans lequel elle se trouvait. C’était la première fois qu’elle se rendait au château de Frauenberg, jusqu’à présent, ça lui avait été strictement interdit. Mais Europe n’avait plus aucun pouvoir sur Viviane qui n’obéissait que quand elle le voulait bien. La Grande Prêtresse pouvait faire ce qu’elle voulait, elle avait perdu un immense soutien... Les boiseries qui ornaient le plafond étaient absolument magnifiques. Ceci n’était que le hall du château, et pourtant, on devinait déjà toute la magnificence qu’il devait receler au-delà des portes closes. Le tapis rouge, brodé d’or avait dû, à lui seul, coûter une petite fortune. Si la Prêtresse n’était pas pour ce genre d’étalage des richesses, elle devait admettre que c’était sublime.

Mais elle n’eut guère l’occasion de s’attarder sur ces pensées, une porte s’ouvrit, laissant place à Cassandra et Narcissa. L’émotion et la surprise pouvaient se lire sur leur visage, surtout celui de Cassandra, Narcissa, devait être moins à l’aise face à cette foule d’inconnus. Un instant, sa sœur s’arrêta sur le seuil, véritablement submergée par la gratitude. Puis, elle s’approcha de Viviane qui se trouvait devant les autres. Dans un moment de tendresse et de complicité, les deux sœurs s’étreignirent, mais les yeux de Viviane restèrent secs. Elle n’avait que trop pleuré ces derniers temps. D’une voix rauque, elle prit la parole : « Je voulais te dire au revoir. Tu ne comptais pas t’éclipser sans me revoir une dernière fois, n’est-ce pas ? » Sans trop savoir comment, elle avait réussi à parler d’un ton relativement enjoué, parvenant presque à plaisanter. « J’espère que tout sa passera bien là-bas pour vous. Je vous souhaite le meilleur ! » Libérant sa sœur de son étreinte, elle serra quelques instants sa nièce contre son cœur avant de laisser la place aux autres.
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