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 Après la bataille

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Fugitive
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MessageSujet: Après la bataille   Dim 19 Fév 2012 - 23:49

'C’est pas vrai…'

Si seulement elle avait pu continuer sa route seule…et ne plus se coltiner sans cesse des subordonnées incompétentes! Des gens dont elle se serait volontiers passée, qui ne la comprenaient pas. N’obéissaient pas à ses ordres. Lui attiraient des ennuis en plus d’être des boulets! Pourquoi ces sorcières d’Olrun s’étaient-elles levées dans l’Eglise, lors du carnage de la Messe de Minuit, alors qu’Europe leur avait dit de rester assises? A cause de cela, elle n’avait pu en sauver aucune! Et sa fuite à travers la nuit glaciale lui avait donné tout le loisir d’entendre dans le lointain les échos des cris terribles de ses consœurs faisant le grand plongeon depuis le haut du clocher… Il n’y avait vraiment rien de pire que d’être assistée de personnes incompétentes, et devoir sans cesse réparer leurs pots cassés…

Elle avait passé la nuit dehors, cachée au fond des bois, à la limite de l’hypothermie. Les cruches d’Olrun qui s’étaient levées avaient au moins eu le mérite de lui fournir une distraction suffisante pour lui permettre de fuir sans trop de mal. Mais les vrais problèmes commençaient désormais… Les conséquences des événements de cette nuit n’avaient pas fini de retentir à Forbach! Europe ne se remettait toujours pas de sa dénonciation publique par Sébastien Garin. A présent, le comté entier savait qu’elle était une sorcière. Terminé, le confort de son alibi nobliot, qui lui permettait d’avoir le bras long sur à peu près tout. Et dire qu’elle avait conclu un accord avec cette pitoyable travestie, accord qui était sensé lui permettre de vivre sans être inquiétée! Il fallait croire que cette naine surexcitée n’avait pas eu la patience prévue… Europe l’aurait bien étripée de ses propres mains si elle n’était pas consciente que Sébastien Garin subirait de toute façon à la fin de l’année le courroux d’Anaël. Une juste punition pour avoir tenté de doubler Europe. On ne pouvait décidément compter sur personne… si seulement elle avait pu continuer sa route seule.

Ne compter sur personne, c’est-à-dire ni sur ses ennemis, ni sur ses amis –sous réserve que quiconque réponde au moins à cette définition. C’est pour ça qu’Europe détestait s’entourer de ces gens dont elle savait qu’ils n’attendaient qu’une chose: la poignarder dans le dos. Le trône d’Olrun: un îlot minuscule au centre d’un lac infesté de requins… Même Viviane avait déjà clairement affirmé son hostilité vis-à-vis de la Grande Prêtresse. Europe craignait à présent que sa condamnation à la clandestinité ne fournisse une occasion à ses détracteurs de fomenter un soulèvement au sein de la tribu. Il fallait réagir, et très vite, pour marquer son autorité, leur faire comprendre à tous qu’elle n’était tombée que publiquement, aux yeux des non-sorciers. Quelle infortune, de ne pouvoir diriger le clan toute seule, d’avoir besoin de personnes sous ses ordres… si seulement elle avait pu continuer sa route seule…

La maison des Silberholz se dressait dans les lueurs de l’aube. Heureusement, elle était à l’écart des autres habitations. Europe s’avança avec plus de précautions que jamais et observa alentour; rien, aucun Inquisiteurs dans les parages. La Grande Prêtresse s’approcha à pas feutrés de l’édifice et tambourina vigoureusement à la porte. On vint lui ouvrir quelques instants plus tard, le battant dévoilant comme prévu les visages ridés d’Isaline et Isorine Silberholz.

Il ne fallait se faire aucune illusion: même ces deux petites vieilles, qui étaient le soutien le plus officiel d’Europe, n’attendaient que le moment propice pour lui voler sa place à la tête du clan. Les loups étaient partout et il fallait sans cesse surveiller tout le monde, surtout les personnes à proximité immédiate. Ah, si seulement elle avait pu continuer sa route seule…


'J’ai failli attendre' grogna-t-elle en s’empressant d’investir le manoir et de fermer la porte derrière elle, en espérant que nul ne l’ait repérée.

Une fois à l’intérieur, elle prit le temps de savourer la température plus clémente des lieux et retira le capuchon qui masquait jusqu’ici son visage. Ce manque flagrant de manières et de politesse envers les sœurs ne pouvait signifier qu’une chose, qu’Europe n’avait pas besoin de formuler à voix haute pour que ses interlocutrices en comprennent le sens: la Grande Prêtresse allait désormais loger ici. Les vieillardes Silberholz la cacheraient autant de temps que nécessaire.

N’écoutant même pas si les deux mamies se lançaient dans un concert de protestations, elle s’avança dans la demeure, la tête débordante de pensées personnelles. Une émotion surpassait toutes les autres, liée aux événements de cette nuit: la colère.


'Ce petit avorton!' s’exclama-t-elle d’un ton brûlant en faisant référence au rejeton d’Alicia, tordant sa cape entre ses mains comme pour figurer une strangulation. 'Il va me le payer, il va regretter d’être venu au monde même! Un plan aussi tordu… c’est bien le fils de sa mère…'

Car aussi coupables qu’aient été les Inquisiteurs dans cette boucherie, c’était encore et toujours le Lys Noir qui en avait été à l’origine…

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Sage
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MessageSujet: Re: Après la bataille   Jeu 23 Fév 2012 - 2:00

Au salon, Isaline tricotait patiemment des gants pour sa sœur. Isorine était à l’étage assise près de la fenêtre de leur chambre. Depuis cinq bonnes minutes le silence avait rompu leur flot continu de venin et Isaline commençait à sentir l’ennui pointer alors qu’elle finissait la deuxième main de sa paire de gant, sans pouce celle-ci. Isorine possédait bien cinq doigts à chaque main. Mais Isaline savait qu’en feignant une erreur de sénilité Isorine ferait semblant de la croire et capitulerait à lui tenir la main dans la rue.

- Dis-moi Iso, le règlement prévoie pas d’âge butoir pour candidater au poste de Prêtresse ? Non parce que… Soyons sérieuses deux minutes. La péronnelle en robe de soie et coupe de raisin va pas durer éternellement et même pas bien longtemps voire est déjà crucifiée en place publique à l’heure où on parle. Elle est seule, sans grimoire, probablement affaiblie. L’Hôtel de Saint-Loup n’est plus vraiment habité par des alliés de qualité : Viviane est une garce, la petite est cinglée. Autant dire que la môme est sans aucune bonne âme pour l’accueillir. Elle est perdue !

On frappa frénétiquement à la porte.

- Tu attends une commande Iso ? Des fleurs pour l’enterrement ou des robes pour l’élection ?

Isaline ouvrit la porte, radieuse. Toutes ses rides retombèrent d’un coup lourdement.

- Europe… j’étais persuadée que tu étais morte.

Isaline ne prit pas la peine de prévenir Isorine. Elle savait très bien que cette dernière avait vu Europe arriver et ne l’en avait pas prévenue, la laissant fabuler sur le radieux avenir des sœurs Silberholz au sommet de la hiérarchie d’Olrun, juste pour provoquer une terrible descente émotionnelle. Quelle peau de vache !

Isorine rejoignit sa sœur et otutes trois se rendirent au salon davantage sous l’impulsion d’Europe que des hôtes. Europe bombarda les sœurs Silberholz de la haine incontrolable qu’elle éprouvait envers Noâz. Les deux grands-mères écoutaient le récit de haine, assises l’une à côté de l’autre dans le canapé, la même expression désespérée et agar sur le visage. Car progressivement elles comprenaient ce qu’Europe n’éprouverait même pas le besoin d’oraliser : la Grande Prêtresse réquisitionnait le Manoir Silberholz.

Alors, Isaline n’espérait qu’une chose : vivre suffisamment longtemps pour pouvoir mourir dans une maison calme et sereine désinvestie de ce parasite caquetant.
Elle prépara une tasse de thé à Europe qui éprouverait – espérait-elle – à un moment ou à un autre le besoin de recharger sa sialorrhée venimeuse. Elle incorpora discrètement à l’infusion quelques herbes de nuit pour la calmer de manière efficace et rapide. Elle jeta un regard par-dessus son épaule pour vérifier qu’Europe ne la voyait pas et croisa le regard d’Isorine qui, hochant la tête discrètement mais vigoureusement, lui signifiait qu’elle pouvait insister sur les doses.

Isaline revint auprès de la Grande Prêtresse et lui coupa la parole,


- Certes Europe, on t’accueillera ici avec beaucoup de... politesse. Tu dormiras au salon ou on doit gracieusement t'offrir notre chambre ?

Isaline, le visage toujours aussi neutre que son ton, servit les trois tasses de thé et resta alors médusée. Elle ne savait plus laquelle des tasses d’Isorine ou Europe était un somnifère pachydermique. Or les sœurs ne pouvaient se permettre de ne pas boire face à leur Grande Prêtresse déjà naturellement au bord de la paranoïa. Devait-elle avertir Isorine ?
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MessageSujet: Re: Après la bataille   Ven 2 Mar 2012 - 19:59

Isaline avait toujours eu le talent de tirer parti de chaque situation. La messe de minuit avait tourné au vinaigre pourtant cela dévoilait des opportunités. Isorine partageait l’avis de sa sœur. A présent que la grande prêtresse était en fuite il y aurait peut-être matière à profiter de la situation pour gagner du galon. A soixante ans passés, il était grand temps pour les sœurs Silberholz.

- Tu rêves tout debout mon Isa, tu as vu ta tête de pruneau tout fripé? Nul ne voudra de toi en prêtresse !

Lança Isorine d’un petit rire sec. Ses yeux se posèrent sur les gants confectionnés par sa sœur, elle reprit:

- Moi en revanche, j’ai mes chances, je suis encore si pinpante. Ah ! ne te souviens-tu pas de nos jeunes années ? J’en ai gardé toute ma fraîcheur.

Des coups mats frappés à la porte de la demeure interrompirent les deux petites vieilles. Isaline alla ouvrir révélant le visage d’une Europe échevelée et sur le qui-vive. La malotrue s’invita territoire conquis dans la maison et se mit à cracher un fiel acerbe contre l’adolescent pré-pubère que la tribu adverse avait élu pour chef. Isorine vécut très mal cette immixtion sur leur territoire mais ne dit rien. Se contentant de s’asseoir sur le canapé en compagnie de sa sœur pour saisir la subtile mais flagrante vérité : la grande prêtresse réquisitionnait désormais la demeure Silberholz et demeurerait ici.

Femme frustrée, caquetante et brassant du vent… inutile de préciser que sa présence était indésirable, pourtant, les sœurs ne pouvaient se permettre de congédier séant leur grande prêtresse. Quand Isaline répondit favorablement à la demande tacite, Isorine lui vira un grand coup de coude dans les côtes. Sous le regard alors soupçonneux d’Europe elle adressa un grand sourire presque dépourvu de dents.


- Certes, et… Europe, combien de temps comptes-tu rester exactement ? A propos, pourquoi nous ?

Que diable attendait donc Isaline pour servir cette satanée tasse tranquillisante? Isorine jeta un regard. Sa sœur contemplait sa propre tasse avec un air effaré. Elle comprit qu’Isaline ne savait plus où se trouvait la tisane piégée et n’osait boire, de conséquence. Mais elle ne pouvait non plus rester inerte sans éveiller les soupçons de la grande prêtresse… Isorine chercha à détourner le sujet :

- Alors, que comptes-tu faire à partir de maintenant Europe ?

Bref regard au baluchon de la grande prêtresse, laissée non loin d’elle dans le salon.

- Tu as pensé à emporter le grimoire de Lorenzo ? Mais non, ne t’inquiète pas, je plaisante !

Surtout ne pas laisser croire à la grande prêtresse que les soeurs Silberholz tentaient de la doubler... Absorbée dans sa tentative de diversion Isorine mit par inadvertance du sucre dans sa propre tasse, alors qu’elle ne buvait jamais son thé sucré –diabète oblige. Elle tenta donc de refiler sa tasse à sa sœur qui elle, ajoutait toujours du sucre dans le breuvage. Isaline secoua la tête vigoureusement :

- Non, je n’en veux pas, c’est la tienne ! je ne veux pas boire dans une tasse où tu as déposé ta bave d’escargot !


Les chamailleries des sœurs étaient monnaie courante. Leur quotidien même. Et peut-être un bon moyen pour dissimuler cette gênante histoire de tasse piégée. Mais personne ne savait vraiment où se trouvait le somnifère…
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MessageSujet: Re: Après la bataille   Sam 3 Mar 2012 - 16:49

Le dilemme était simple à partir de maintenant. Tout dans les décisions d’Europe comporterait une part de risque, bien plus importante que si elle avait pu préserver son alibi de noble. Elle n’avait pas de sympathie particulière pour ces deux petites vieilles, pourtant celles-ci demeuraient un de ses derniers soutiens affichés, et les sœurs Silberholz étaient des vétérans de la tribu d’Olrun.

"Pourquoi vous? Tu as vraiment besoin que je te fasse un dessin?" dit Europe d’un ton mécontent. "Ne t’inquiète pas, je n’ai pas l’intention de rester éternellement dans votre taudis de manant…"

La taille et la fasteté de la demeure, fort respectable, n’avait aucune comparaison avec le manoir Eléanora-Sun. Europe s’était habituée à péter dans la soie et ne s’en rendait pas même compte. De toute façon en cet instant elle avait bien d’autres préoccupations plus urgentes, surtout qu’Isorine la pressait de questions sur ce qu’il convenait de faire à présent… La grande prêtresse avait été prise de cours par l’événement de la Messe de Minuit. Malheureusement pour ses adversaires elle savait posséder un temps d’avance, et avait déjà un plan de bataille en tête.

"Ce que je vais faire à présent? C’est simple. J’en ai plus qu’assez de devoir changer les couches d’Inès, gérer la susceptibilité d’Elisabeth et subir les humeurs infantiles et insolentes de Vivianes. Mes petites mamies, je vous assure: tout ça va changer prochainement. Il y aura deux places de Prêtresse qui vont tendront les bras. (Europe leur jeta un regard perçant, mauvais). A condition que vous remplissiez votre part du marché bien sûr."

Oui, les deux petites vieilles seraient très utiles si l’on savait agiter devant leur nez une carotte appétissante. Après tout telle était une conséquence l’accord que toutes trois avaient conclu, quelques années auparavant.
Agacée par le bruit et les chamailleries des sœurs, qui l’empêchaient de réfléchir clairement, Europe arracha promptement la tasse des mains d’Isorine.


"Donne-moi ça" lança-t-elle impatiemment. "Je prends cette tasse trop sucrée et ça règle le problème, un point c’est tout. (Elle touilla quelques instants son thé, perdue dans ses songes. Qui allaient tous vers Amaël, au point qu’elle ne prête qu’une attention minime aux gestes effectués avec la tasse. Lorsqu’elle porta celle-ci à ses lèvres et qu’une petite gorgée de liquide chaud coula dans sa gorge, elle reposa brusquement l’ustensile avec une grimace). Beurk! Qu’as-tu mis dans ton thé? Ce truc a un arrière-goût… Bref, peu importe. Je n’ai pas le temps de siroter, et vous non plus. Levez-vous!"

Abandonnant définitivement le thé, sans remarquer que cela occasionnait un grand soulagement aux sœurs Silberholz, Europe quitta son siège et se dirigea vers son baluchon. Isorine ne croyait pas si bien dire: la Grande Prêtresse sortit du paquetage un lourd grimoire dont le titre, rédigé en sicilien, apparut en léger relief à la lueur matinale. Le grimoire de Lorenzo… durement arraché aux mains du Lys Noir, au terme d’un duel auquel Viviane et quelques autres avaient participé. Europe avait épluché l’antique ouvrage pendant des jours et des jours, ainsi qu’elle l’avait fait pour le Livre des Ombres. Au bout de quelques semaines de recherches intensives, elle était obligée d’admettre l’évidence: il n’existait pas, du moins dans ce livre, de moyen indiqué pour se débarrasser de l’ange Anaël et de la menace que celui-ci faisait planer sur Forbach. En revanche, il s’y trouvait une multitude d’autres informations très utiles et d’une nature extrêmement particulière… En vérité, la dirigeante d’Olrun se fichait bien que son entourage clanique succombe pour partie au stigmate, du moment qu’elle-même restait en vie. Quelque force occulte avait visiblement entendu ses prières et lui avait envoyé ce livre afin de les exaucer.

"Place-toi là" dit-elle à Isaline. "Aller, vite. Et toi, ici."

Elle-même se plaça de façon à ce que les trois protagonistes soient disposées en triangle. Puis elle posa le livre au centre, sur un guéridon, et leva les bras. La page était rédigée dans un langage abscons, sans doute du très vieux latin, qu’il avait été fastidieux de déchiffrer; mais si une qualité ne faisait pas défaut à Europe, c’était la persévérance.

"Locos umbrae regnans… Jactum extendentes circuli!"

Aussitôt elle sentit une sorte de puissance dolente, couvant dans ses veines en permanence, répondre docilement à son appel. Europe continua de psalmodier en enjoignant d’un regard sévère les sœurs Silberholz à faire de même. Heureusement, celles-ci ne posèrent aucune question ni piaillerie intempestive qui risquerait d’interrompre le sort.

"Malos spiritus sigillent! Cælum non animum mutant qui trans mare currunt…"

La lumière illuminait à présent le salon, mais c’était une lueur diffuse, très différente de l’éblouissante explosion lumineuse qui avait surgi lors de la Messe de Minuit. Un phénomène qu’Europe n’expliquait toujours pas d’ailleurs… Des fourmillements agitaient la Grande Prêtresse, qui se sentait au bord d’une sorte d’extase. Elle ne trouvait vraiment d’accomplissement que dans l’occulte, auquel elle avait dédié sa vie.
Des fuseaux noirs jaillissaient en tout sens, ourlés de crêtes irridescentes. Il y avait quelque chose dans l’incantation de vraiment différent de d’habitude. La dirigeante d’Olrun récita de plus en plus fort, sa voix à l’unisson avec celle des deux sœurs.


"SINUS MAGNUS!"

L’essence noire et lumineuse atteignit un stade apical, se répandant dans la pièce telle une déferlante. Il sembla aux trois personnes présentes sentir sur elles un souffle d’air étranger à tout phénomène naturel. Quand la bourrasque inexistante se fut calmée, et que tout fut revenu à la normale, Europe put reprendre son souffle. Elle attendit quelques secondes, vérifiant qu’elle était toujours entière. Puis elle se précipita vers le miroir le plus proche, et un sourire cruellement satisfait étira les coins de ses lèvres.

Sous ses mèches de cheveux, il n’y avait plus trace d’aucun stigmate. Un front nu, vierge. Dépourvu de toute menace.


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MessageSujet: Re: Après la bataille   Lun 12 Mar 2012 - 0:42

Tout de même, parfois, que sa sœur pouvait être bécasse ! Pourquoi elles ? Mais parce qu’Europe avait le sens de l’abus voyons. Car elle avait la tyrannie dans le sang ! Car elle ne voulait pas plonger seule, elle voulait entraîner ses seuls soutiens politiques dans sa chute enflammée. N’importe quel être humain décent aurait voulu protéger à tous prix ses derniers amis ! Mais NON ! Europe avait peur de s’ennuyer toute seule au fond de son enfer, alors pourquoi se priver de deux copines ?! Garce.

Isaline plissa ses yeux que ses rides étirèrent sur toute l’horizontalité de son visage. Damnée soit-elle ! Si elle n’avait pas fait cette confusion dans les tasses, les sœurs auraient pu profiter du sommeil d’Europe pour trainer son corps sur une route non loin et appeler les inquisiteurs feignant une rencontre fortuite lors d’une promenade. Bien que même à deux elles n’en auraient probablement pas eu la force… Elles auraient aussi bien pu brûler Euope directement dans leur cheminée pour effacer les traces. Non… trop maestrianiesque…

Et dire qu’à présent c’était Isorine qui allait sombrer dans le coma et qu’Isaline devrait excuser la sénescence de sa sœur et supporter seule Europe. Qu’elle pouvait regretter d’ouvrir sa porte parfois ! Lorsqu’Isorine voulut interchanger de tasse avec elle, Isaline se rebiffa, bien entendu ! Cette chipie avait en vérité parfaitement vu la méprise de sa sœur et voulait le lui faire payer le prix fort. Elle ne pouvait pourtant pas refuser violemment, Europe allait se douter d’un truc ! A force de simagrées, c’est pourtant bien Europe qui s’envoya la tisane quasiment cul sec.

Les deux sœurs écarquillèrent les yeux à l’extrême, alternèrent un regard abasourdi sur Europe puis sur leur jumelle respective. Que les dieux existaient, elles n’en avaient jamais douté, mais qu’ils veillent sur elles… Isaline s’en serait sentie presque bouleversée si sa tisane avait pu avoir un effet sur la Grande Prêtresse qui sembla éructer le somnifère en un bâillement. Raté ! Cette femme était surhumaine, un monstre, increvable.

Trêve de badinages, Europe sortit le Livre des Anges et Isaline recracha toute sa tisane sur sa sœur. Grands Dieux ! Il eut fallu être une sorcière complètement néophyte pour ne pas s’extasier devant pareil ouvrage… Le Grimoire du sorcier le plus sombre que Forbach ait connu. Un livre qui avait taversé l’Europe dans toute sa verticalité pour tomber entre les mains de la sorcière la plus puissante de Forbach (Alicia était morte, on pouvait donc le dire). Isaline sentit une pulsion ineffable porter sa main flétrie vers la couverture aussi ancienne que celle du Livre de Lumières.

C’était donc vrai. Olrun avait eu cette victoire. Le Lys pouvait signer son épitaphe.

Europe ouvrit le livre. Isaline sentit un frisson ébrouer ses vieilles artères : qu’allait-elle faire ? Elle leur demanda de réciter la formule après elle et il ne fut pas un instant possible d’imaginer dire non. Ainsi les sœurs commencèrent à se regarder avec une lueur d’inquiétude. Qu’allait-elle leur faire ? Quoi que cela puisse être, si cela sortait du Grimoire de Lorenzo, ce serait terrible. Mais que disaient ces paroles ? « Animum mutant » ?!!! Isaline se voyait déjà changée en crapaud à tête de cheval.

L’effusion de ténèbres iridescentes retomba enfin. Des gouttes de sueur emperlèrent dans les sillons de ses rides frontales. Elle était essoufflée. La grand-mère braqua ses yeux sur sa sœur et souffla rassurée comme s’il s’était agi d’un miroir : elle était toujours humaine. Mais si aucune d’elles deux avait changé… Elle tourna la tête vers la Grande Prêtresse. Un pincement brutal au cœur lui fit croire un instant que c’était la fin. Europe n’avait plus de stigmate !!! Elle avait utilisé les sœurs pour se sauver sa vie d’une maladie qu’elle savait pourtant partagée. Quelle infamie !!!


« Mais où est passé ton stigmate ?!! »

Isaline était pâle. Elle ne pouvait jurer de rien face à ce livre recelant une magie complètement inconnue, mais le monde ésotérique était un système, nécessairement régi par des lois, et l’une des grandes lois calquée sur celle du monde physique était que rien ne se perdait, rien ne se créait, tout se transformait… Europe ne pouvait avoir fait disparaitre le Stigmate.

Le rapace de la menace ne s’était envolé, il planait.

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MessageSujet: Re: Après la bataille   Sam 17 Mar 2012 - 0:20

Isorine fut effrayée par le rituel, l’idée même du rituel d’ailleurs, car Europe lui semblait bien trop énervée pour pouvoir entamer une telle procédure calmement, or une erreur était si vite arrivée... Et ce serait alors sur les sœurs Silberholz que cette erreur retomberait, autrement dit, mieux valait ne pas tenter le coup.

Pourtant elle ne pouvait refuser, d’autant sous l’autorité de la grande prêtresse. Elle tira donc ostensiblement la langue à sa sœur, traitant cette dernière de froussarde, alors qu’elle même ressentait la même crainte devant les formules à rallonge d’Europe qui eurent des effets lumineux fantasmagoriques, baroques et impressionnants.

La petite vieille psalmodia aussi. Il faut dire que son timbre n’était plus celui qu’il était, mais elle gazouillait encore aussi bien que les pucelles en leur jeune temps. Quand le panache noir et lumineux fut à son apogée, Isorine ferma les yeux en priant pour que les retombées du sortilège ne leur gicle pas en pleine figure. Mais tout était revenu au calme. Elle constata qu’Europe ne trouvait rien de mieux à faire que de se mirer dans une glace, et eut une moue de mépris, avant de s’apercevoir que le front de la grande prêtresse était désormais exempt de la marque rougeâtre qui auparavant l’ornait.


- Grands dieux !

Glapit Isorine en écho à Isaline. De réflexe elle s’agrippa à sa sœur en écrasant malencontreusement la petite proéminence rabougrie qui servait de poitrine à cette dernière. Elle observait le grimoire de Lorenzo, qui auparavant l’attirait par son aura de mysticisme et de pouvoir, comme si il risquait dorénavant de lui exploser à la figure. Elle était abasourdie… et aussitôt une jalousie violente, piquante, enfla en elle. Europe serait tranquille désormais. Elle ne se soucierait pas du châtiment angélique, quelque fut sa nature, qui tomberait sur les stigmatisés le jour du solstice…

- Non… il n’a pas disparu…

Souffla Isorine comprenant soudainement, ses yeux se rétrécirent. Décidément ce grimoire contenait plus que sa couverture voulait bien laisser paraître. Le même genre de magie qui avait posé sur eux un stigmate… Il était impossible que cette magie si noire, si cruelle, consente à retirer la marque rougeâtre d’une front d’un quidam sans une contrepartie au prix douloureux…

- Tu l’as… tu l’as refilé à quelqu’un d’autres, c’est ça ? avoue !

Oui, c’était forcément ça, c’était bien le genre d’Europe, sournoise et cruelle, en parfaite adéquation avec la magie qu’elle venait d’invoquer… soudain Isorine eut une frayeur de la grande prêtresse et se colla contre sa sœur en lui tirant à moitié les cheveux pour marmonner à son oreille:

- Tirons-nous, Isa, elle va nous bouffer !

Mais le monstre européen ne les laisserait sans doute pas partir impunément, non, on ne laisse jamais ni témoins ni traces sur les lieux du crime…
Puis prise soudain d’une curiosité morbide, qui supplantait sa peur et sa répulsion, Isorine demanda:


- A qui l’as-tu transmis, Europe ? Qui est l’âme qui va devoir souffrir un fardeau qui n’était pas le sien ?
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MessageSujet: Re: Après la bataille   Mar 20 Mar 2012 - 15:09

Vierge. Son front était vierge! Le rituel avait réussi! Elle était plutôt confiante sur ce point, mais il demeurait toujours une part d’incertitude dans ce genre d’opérations. Europe poussa un soupir de soulagement, et ses lèvres se retroussèrent en un rictus, dévoilant la blancheur de ses dents dans le miroir. Elle disposait du Livre de Lumière, du Livre des Ombres et du grimoire de Lorenzo. Sa côte de popularité n’avait jamais été aussi basse, mais son pouvoir ne s’était jamais mieux porté qu’en ce jour. Dotée de ces ouvrages, elle avait la force d’affronter n’importe quel ennemi.
Elle entendait déjà Viviane couiner jusqu’ici. « Pourquoi n’as-tu plus de stigmate? ». Hors de question de lui avouer qu’elle l’avait transféré volontairement à quelqu’un d’autre. Cet acte cruel donnerait un prétexte à sa Prêtresse pour fomenter une rébellion. Mieux valait dorénavant apparaître devant son clan avec un couvre-chef, afin que nul ne se doute de rien.

Les sœurs Silberholz n’en finissaient plus de piailler d’épouvante derrière elle. Europe se retourna brusquement, agacée, provoquant un sursaut chez ses hôtes.


"Bien vu Isorine, il a été transféré. A une personne que vous ne connaissez pas, je crois. Elle répond au doux nom d’Océane Castelli."

Lorsqu’elle s’était sue en possession du pouvoir de transférer son stigmate, Europe avait disposé d’un très large éventail dans le choix de sa future victime. Bien entendu, elle aurait sans hésitation stigmatisé Amaël Loewenstein si celui-ci n’arborait pas déjà la marque rougeâtre sur son front. Privée de cette option, il ne lui restait désormais plus qu’à laisser parler sa rancœur personnelle. La Grande Prêtresse avait donc longtemps hésité pour Viviane, dont elle ne supportait plus l’insolence et qui constituait une menace grandissante à mesure que le temps passait. Finalement, son choix s’était porté sur cette péronnelle du Lys Noir, engeance de ceux qui avaient autrefois déshonoré le nom d’Eléanora-Sun…

Europe jeta aux sœurs un regard impérieux, glacial, assassin:


"Ce qui vient de se passer ici est un secret absolu. La première qui en parle, je l’égorge."

Elle ne doutait pas que son ton venimeux fasse effet. Après l’avoir vu délibérément transférer son stigmate à autrui, les sœurs Silberholz n’auraient plus aucun doute quant à la capacité d’Europe de mettre ses menaces à exécution.
La Grande Prêtresse saisit le grimoire de Lorenzo et le leva à la lueur des chandelles. Un sourire satisfait s’éternisait sur ses lèvres: l’incident de la Messe de Minuit était fâcheux, pourtant depuis, tout semblait se dérouler comme prévu. A présent, c’étaient aux deux petites vieilles de jouer un rôle crucial dans la bataille à venir.


"Mes petites mamies, vous vous rappelez de notre accord, n’est-ce pas?"


Pure question de rhétorique: évidemment qu’Isorine et Isaline s’en rappelaient. Il y avait de cela quelques années, les sœurs lui avaient proposé leur soutien officiel, en échange de quoi la Grande Prêtresse ne les mettrait plus à l’écart des plans d’Olrun.

"Vous vouliez être dans le feu de l’action? Vous allez y être, croyez-moi. Il y a maintenant plus de quinze ans, l'ancienne Grande Prêtresse Abigaël Asmaloth a été capturée par les Inquisiteurs. Dans leurs locaux demeure la dernière trace de cette sorcière: le médaillon des Gardiens."

Europe s’approcha jusqu’à poser un doigt de chaque main sur le front ridé des deux sœurs, en plein sur leur stigmate.

"Vous allez me le récupérer. Ça devrait être facile, non? Tous vous sens sont décuplés avec ce stigmate, comme l’étaient les miens."

Intelligent, non? Maintenant que la dirigeante d'Olrun s'était débarrassée de son stigmate, elle ne pouvait plus accomplir cette mission elle-même. Mais les sœurs elles, bénéficiaient toujours des symptômes d'hyperesthésie... Cette mission était cependant risquée. Pour leur lancer un hameçon, Europe conclut:

"Si vous faites ça, je m'arrangerais pour dégager Viviane et une autre Prêtresse dans les quelques mois."

Maintenant que son alibi de noble était officiellement tombé, Europe ne pouvait plus continuer sa route seule. Il lui fallait d'ultimes alliées. Entre menaces et intérêts communs, elle pensait avoir judicieusement choisi, en les personnes des soeurs Silberholz.

_________________
.
Ces figures, ces êtres humains
absorbent pareillement la lumière cosmique, l'air ou l'eau salée -
et chacun réfléchit à une nouvelle ontologie
Mais ces dessins eux-mêmes, sont paysages de l'esprit...
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Après la bataille

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