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 Tout se sait un jour ou l'autre

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Fugitive
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MessageSujet: Tout se sait un jour ou l'autre   Mer 15 Aoû 2012 - 15:49

Sans indications précises, elle n'aurait jamais pu repérer cette porte mystérieuse, dérobée, au fin fond d'un dédale d'autres portes similaires, dans une venelle sombre et anonyme perdue dans un quartier de Forbach.
Europe était noble. Elle ne venait jamais par ici, fréquentait rarement le centre-ville, et s'amusait encore moins à en fouiller les moindres recoins. Mais cette fois, à la faveur de la nuit sans lune, son visage dissimulé par une mantille, elle s'était fondue dans les ombres pour parvenir ici.

Elle colla son oreille contre le battant; des murmures de voix étouffées lui parvinrent. Si le stigmate avait encore orné son front, ces paroles lui seraient parvenues claires et distinctes… Mais ce n'était plus le cas. Elle dut fournir un effort. Des bribes de phrases montèrent vaguement jusqu'à elle, parlant de droit d'expression, de nécessité de préparer l'avenir…

Alors c'était donc vrai.

Avant de mourir, Isaline Silberholz lui avait avoué la vérité: la vieille femme avait surpris en flagrant délit un groupe de jeunes sorciers d'Olrun se réunissant en secret pour fomenter on ne savait quel complot contre le pouvoir en place. Que ce fut vrai ou non, Europe n'avait pas eu le temps de s'en soucier avant aujourd'hui. Elle s'était désintéressée de la question, car possédée par le pouvoir des Gardiens, et donc accaparée par des enjeux bien plus importants, dont cet affrontement apocalyptique avec Alicia revenue des limbes…

Ses poings se serrèrent. Elle tenta de déglutir, mais avait la gorge aride.

L'Ange Anaël l'avait privée de ses pouvoirs.


"SALES PETITS CHIENS GALEUX!" explosa-t-elle en faisant brusquement irruption dans la pièce, faisant sursauter tout le monde et envoyant valdinguer la porte avec violence.

Europe ne s'interrogea même pas de l'allure qu'elle devait présenter aux yeux des autres en cet instant: décoiffée, débraillée, les yeux fous où brillaient une lueur d'hystérie… Elle était dans cet état depuis la sentence de l'Ange. Nulle déprime, nulle neurasthénie; seulement une hargne sans limites, à la frontière de la folie, qui cherchait absolument un coupable à punir ou du moins une victime qui aurait fourni un exutoire à sa colère…

Grande Prêtresse déjà très décriée, elle était maintenant dénuée de ses pouvoirs. Depuis le jour du solstice, garder son autorité sur le clan n'avait jamais été aussi dur… elle avait senti sa main-mise partir en déliquescence, un peu plus chaque jour. L'opposition se faire plus forte. Son hégémonie se réduire comme peau de chagrin. S'y accrocher de manière aussi désespérée et hystérique ne faisait que la rendre plus antipathique et incompréhensible aux yeux des autres…


"Parce que je n'ai plus de pouvoirs, vous vous croyez tout permis? Vous pensez que vous pouvez instaurer comme bon vous semble des opinions dissidentes? Mais rentrez ça une bonne fois pour toute dans vos crânes de petits merdeux: Olrun, c'est MOI! JE fais la loi au sein du clan et VOUS obéissez!"


Jamais elle ne pourrait tolérer une telle trahison de la part de ces mioches! Être privé de tout ce qui faisait d'elle une sorcière ne faisait que décupler sa frustration déjà sans bornes. Europe, frémissante de hargne, darda un regard aigu sur Narcissa.

"C'est toi qui leur a insufflé ces pensées frondeuses! Tu es à l'origine de toute cette bouffonnerie!" cria-t-elle en s'avançant pour secouer violemment la gamine par le bras… puis, oubliant toute prudence, perdant toute raison, la gifler sans retenue devant le reste des personnes présentes, médusées…

"Avoue! Sous tes airs niais, tu es la plus fourbe de toutes! Je me ferais un plaisir de t'administrer moi-même le rituel d'amnésie!"




______________________________

Danielle, Adal, Eli, vous êtes libres de poster^^ Jusqu'à ce que Narcy poste. Ce qui devrait arriver vers fin août environ, donc ça vous laisse deux semaines Wink N'hésitez pas à poser vos questions si vous en avez!

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absorbent pareillement la lumière cosmique, l'air ou l'eau salée -
et chacun réfléchit à une nouvelle ontologie
Mais ces dessins eux-mêmes, sont paysages de l'esprit...
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MessageSujet: Re: Tout se sait un jour ou l'autre   Jeu 16 Aoû 2012 - 19:08

Beaucoup de choses s’étaient déroulées ces derniers temps, beaucoup trop pour que l’on puisse encore croire que Forbach était une simple petite ville perdue dans le grand est du Royaume de France. Les sorcières et les sorciers connaissaient l’étendue de l’horreur qui s’était abattue sur leur ville et, pour Adal, s’il prenait le nom d’ange, il n’en avait pas moins les traits du démon. Tout ce qui se rapprochait pour ou moins de cette ville n’était que mort et désolation. Combien tomberaient encore durant ces macabres histoires ? Subsisterait-il encore quelques personnes au dernier acte, lorsque les derniers vers seraient prononcés ? Ou serait-ce une simple voix narratrice qui compterait les derniers souffles de Forbach avant de la noyer définitivement dans le silence ? Il y avait tellement de personnes à regretter, tant de disparus qui méritaient pourtant de continuer à vivre, encore et encore, et, surtout, tellement de vivants qui méritaient de mourir… Il était un peu égoïste pour Adal de penser cela, mais si quelqu’un avait surpris ces pensées, ce quelqu’un se serait aussi rendu compte que le jeune homme ne se comptait pas parmi ceux qui devaient vivre. Après tout, il était celui qui avait tué son frère, sa mère. N’avait-il pas commis deux fois l’irréparable ? Quelle vie pouvait en valoir deux autres ? Aucune, vraisemblablement, et même si son existence aux côtés d’Alexandrine était aussi douce que ne l’est le miel lorsqu’il vient délicatement sucrer une tasse de thé, il restait toujours les vestiges sanglants de son passé pour le hanter lorsque la femme qui émerveillait ses jours n’était pas là. Mais pourtant, il était inutile de pleurer ou de se lamenter, il le savait, car cela ne faisait pas revenir les morts et cela ne tuait pas les vivants. Ils devaient continuer à aller de l’avant, tous autant qu’ils étaient, peut-être pour essayer de remettre de l’ordre dans cette histoire qui ressemblait de plus en plus à un navire prenant l’eau et menaçant d’envoyer par le fond tous ses occupants avec lui.

C’était pour cela qu’ils s’étaient encore réunis, ce soir. Ils n’avaient pas cessé depuis la première fois. Alexandrine et Narcissa avait su fédérer autour d’elle, brandissant cette idée qui était née et qui ne faiblirait plus, il en était désormais convaincu. Certains n’étaient pas revenus de l’affrontement apocalyptique qui avait opposés le Lys à Olrun et ils pleuraient la perte de leurs amis, mais d’autres étaient venus, bien plus nombreux. Le futur du Clan se dressait pour des valeurs qui n’étaient plus partagée par sa Meneuse. Il l’avait vu en action durant le combat, il avait vu le déchainement de puissance, cette rage alors qu’elle essayait à tout prix d’anéantir son ennemie… Une telle rage était un véritable danger à la tête d’un Clan, car c’était à cause d’elle que beaucoup trop d’âmes pures étaient mortes, mortes en sacrifice pour des objectifs vains et sans queues ni têtes. Durant ces semaines, Adal et Alexandrine avaient beaucoup parlé tous les deux, dans l’intimité de leurs chambres dans les appartements de la famille d’Hasbauer. Le jeune noble s’était renseigné sur le père de son aimée et bien qu’il le connaissait déjà bien, il avait appris à le redécouvrir, à se rendre compte à quel point il n’était pas né dans la bonne famille et que, même si cela lui permettait de peut-être prétendre à la main d’Alexandrine, il aurait été plus que fier d’avoir un père comme l’ancien Sage d’Olrun. Son père à lui ne déméritait pas pour autant, mais il ne l’avait pas connu non plus, et si c’était un modèle de vertu, il était bien différent de lui, puisqu’il n’était pas sorcier. Oui, il pouvait se féliciter d’avoir hérité de cet homme-là plutôt que de sa mère, revenue d’entre les morts pour causer davantage de peine, de rage et de colère. Comment en était-on arrivés là ? Il n’aurait su le dire.

Avec les réunions, Adal s’était affirmé. S’il ne parlait pas au début, il avait ensuite appris à défendre ses idées. Son appartenance au Clan faisait peut-être toujours doute pour les autres, mais ceux qui venaient à ces réunions ne doutaient plus, eux. Il savait qu’il n’était pas jugé pour ce qu’il avait été, ou s’il l’était, cela semblait maintenant suffisamment loin pour croire que ses actes récents effacent un peu cette « dette ». C’était main dans la main qu’il se présentait avec Alexandrine, sans honte, sans peur, sans doute. Il avait trouvé son modèle, la voie qu’il devait suivre et n’hésitait pas à le faire. Quelqu’un devait réveiller cette voix du passé que plus personne ne semblait entendre, celle d’un sage mort bien avant l’heure… Mais l’interruption vengeresse d’une voix féminine implacable mit un terme prématuré à cette réunion. Europe. Que faisait-elle là ? Comment était-ce possible ? Qui avait trahi ? Etait-ce possible ? Il se rappela de l’intervention de Viviane lors de leur première réunion… Avait-elle raison ? Il était inutile de se poser des questions maintenant, le mal était fait, il ne restait plus qu’une chose à faire : se battre. Mais contre quoi ? Une folle. Un épouvantail ébouriffé qui hurlait sa colère avec une véhémente hargne. Ainsi donc elle pensait être la loi ? Le pouvoir corrompt. Elle en était la preuve ultime. Il ne connaissait pas la femme qu’elle avait été par le passé mais Olrun n’aurait sans doute pas accepté une telle femme à sa tête, pas ainsi, à moins qu’elle n’eut trop bien caché son jeu. Alors que tous regardaient médusés, elle s’en prit directement à Narcissa, l’accusant de tous les torts. Certes c’était elle qui avait fourni le lieu, qui partageait et défendait leurs idées, mais ce n’était pas elle l’instigatrice et tandis que la malheureuse se faisait violenter injustement, le sang d’Adal ne fit qu’un tour avant qu’il ne s’avance vivement et ne saisisse la main de la « Grande » Prêtresse au vol l’empêchant de poursuivre son exutoire à sa colère. « Assez ! » Il posa ses yeux sur les siens. Si elle irradiait de colère, ce n’était pas de la douceur qui s’échappait de son regard à lui. « C’est moi qui suit à l’origine de tout ceci. Narcissa n’a fait que suivre son cœur, comme tous les autres ici présents. » Il ne lâchait pas sa main, la serrant avec une certaine force, car il fallait bien cela pour contenir cette furie qui finalement n’était rien de plus qu’une vieille femme remplie de haine. Ne l’avait-elle pas dit elle-même ? Elle n’avait plus de pouvoirs…
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MessageSujet: Re: Tout se sait un jour ou l'autre   Dim 2 Sep 2012 - 17:05

Les personnages ont été placés. Silence. Projecteurs braqués sur l’adolescente. Narcissa seconde toujours un des protagonistes, sert parfois de moteur, de temps en temps met un peu d’huile sur le feu, valorise ou donne un peu de profondeur. Les projets où elle tient un rôle plus important ne sont jamais écrits, à peine suggérés, car ils ne touchent jamais les héros. Pour ces raisons, elle ne jouera jamais le premier rôle dans une histoire. Elle déglutit.
Dans le script, Europe lui lâcha le bras. Sans doute le trac. La gamine tourna son poignet et se dégagea. Un regard inspiré vers le ciel caché par le plafond. Prit un tabouret et fendit la foule qui s’écarta, le posa au milieu de la salle, rassembla sa robe en montant dessus. Silence. Une inspiration, regard grave pour la Grande Prêtresse puis avec un air mutin, pour l’assemblée, commença sa tirade :


- Mesdames et Messieurs les Juges, parfaits et impartiaux, suis-je digne de ce soufflet ? Fourbe, pour ceux qui ignorent ce mot, veut dire un renard qui se cache sous un masque honnête et droit. Droiture et Honnêteté sont des biens que l’on me prête dont je n’use point. J’ai manipulé, caché, tué, suivi des faux prophètes, fait des caprices, courus pour tous les pouvoirs, insulté et craché à la face de tous ceux qui m’emmerdent. Ah oui, la semaine dernière, Mademoiselle Aphrodite de la Roseraie a eu des fleurs avec un petit papier : celui-là je me suis le tapé et je le garde. Au fait, tes autres gigolos ont dit que tu étais une grosse morue mal-baissée, finie à l’urine. Mais ne t’en fais pas, je t’aime quand même. Gros bisous ma chérie. Évidemment, je ne dis pas tout, sinon on me traitera de fourbe. Narcissa n’est point un renard insipide. Vous parlez à un esprit supérieur !

Rires et applaudissements dans la foule.

- Oui, Madame, ce soir nous allons faire le chemin qui vous montrera tel que vous êtes. Que les preuves de sa culpabilité marchent vers moi et que chacune raconte les méfaits d’Hélion cautionné par la Grande Prêtresse Europe. Interprétation libre pour les initiés et bière pour tout le monde.

Nouveaux applaudissements. Narcissa demanda le silence en battant des mains. Un jeune homme se chargea de faire passer les preuves écrites par son ancien intendant et des lettres de la main même d’Hélion. Pendant ce temps, les anciens apprentis montrèrent sur le tabouret pour expliquer toutes les tortures subies pendant ces longues années ; certains osèrent dévoiler l’invention ultime pour maîtriser les enfants récalcitrants : la potion du labyrinthe capable d’effacer la mémoire, rendre fou ou au pire vous tuer sans laisser de traces. Mais qu’est-ce qui vous dit qu’Europe cautionne ça ? A scandé un sorcier, Narcissa choquée répondit :

-Les papiers que vous détenez sont les résultats de mon enquête, peu de temps après la seconde agression de l’Agent du Diable. Vous avez bien compris qu’Hélion n’est pas étrangère à ce fait et ignorant à cette époque ma nature, j’ai demandé audience auprès d’Europe et de ma tante Viviane pour en faire part. J’appris plus tard que mon ancienne aguerrie fut le soir même amnésiée et foudroyée !
-Cela pouvait être Viviane !
-Comment ? Le sort d’amnésie use beaucoup d’énergie surtout pour un prêtre. Impossible d’être d’humeur foudroyante. Nous sommes capables de prodiges, mais absolument point endurants.
-Pas faux. Et sinon, tu as autre chose à dire ?
-La raison qui m’a conduite à ne point accompagner mes frères et sœurs lors du dernier combat. Toute l’année j’ai poursuivi la trace d’un jeune apprenti dispar…
-Joshua ? Mais c’est Lorenzo qui l’a…
-Joshua, lui-même. Je vous épargnerai toutes les mésaventures pour arriver à une petite cabane tenue par les sbires d’Hélion, récupérer son grimoire et réaliser un antidote à la potion du labyrinthe. N’étant point de nature ingrate, je remercie chaleureusement Europe pour avoir créé une grande diversion, la grande bataille. Les sbires étant tous partis, j’ai pu avoir le champ libre pour…
- Arrive aux faits.
-Joshua, viens, je te prie.

Un rouquin squelettique, regarda Europe en tremblant tout en traversant la salle. Certains spectateurs, les yeux écarquillés, murmurèrent : « Les MacLogan sont vraiment de grands sorciers, c’est bien lui, je te jure ». Joshua se posta à la gauche de Narcissa et encouragé par un regard bienveillant, raconta son chemin macabre et prouva par ce fait, la culpabilité de la Grande Prêtresse ne serait-ce pour son inaction. Narcissa renchérit.

-Si vous ne nous croyez pas, regardez alors les regards de nos parents. Messieurs et Mesdames les Juges, au nom de toutes les victimes pas seulement d’Hélion, mais de toutes les actions de notre Grande Prêtresse, nous demandons justice.

Fin de l’acte I, Scène II.

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MessageSujet: Re: Tout se sait un jour ou l'autre   Mer 12 Sep 2012 - 0:40

Autrefois, Viviane aurait tenté de s’abandonner dans l’oubli et se serait terrée chez elle pendant de longues semaines avant d’être capable de sortir en plein jour. Autrefois, elle aurait pleuré de longues heures sur l’absurdité de sa vie. Autrefois, Cassandra était loin et Narcissa intouchable. Mais les temps avaient changé, et cette femme si faible autrefois avait trouvé la force de se relever et de lutter d’une nouvelle manière. Le massacre auquel elle avait assisté à cause de la folie d’Europe l’avait indéniablement marquée mais elle s’est était trouvée grandie pour une fois. La Grande Prêtresse n’était plus que l’ombre d’elle-même, incapable de communier encore avec leur déesse, mais elle n’en restait pas moins dangereuse. Un animal blessé n’est-il pas plus dangereux que n’importe quel autre ? C’était pour cette raison que Viviane avait décidé d’assister discrètement aux réunions des plus jeunes. Nul ne savait ce qu’Isaline avait entendu et ce qu’elle avait ou non été répéter à Europe.

Dans l’ombre du hangar, à l’abri des regards, elle vit les jeunes entrer un à un. Le manque cruel de précautions qu’ils prenaient n’était pas sans agacer Viviane mais elle n’intervint pas. Ce n’était pas son rôle, elle les avait déjà avertis, c’était à eux de prendre leur vie en main et de tirer des leçons de leurs erreurs.

Au début, elle ne la vit pas, absorbée par ses propres réflexions, mais la silhouette qui se dessinait dans la rue était reconnaissable entre mille. Même sans ses pouvoirs, Europe restait redoutable et sa venue ne présageait rien de bon. Consciente que s’opposer une fois encore de front à la Grande Prêtresse ne ferait que lui apporter des ennuis, Viviane décida de la laisser entrer et d’entendre ce qu’elle avait à dire. La sorcière déchue n’ayant même pas pris la peine de fermer la porte, Viviane n’eut aucun effort à faire pour entrer et rester dans l’ombre. La diatribe d’enragée qu’elle entendit l’aurait presque fait rire si ses accusations sans fondements ne s’étaient pas déversées sur Narcissa. La Prêtresse retint un cri de frustration et écouta avec attention Adal défendre sa nièce et puis celle-ci prendre la parole à son tour pour se lancer dans un étrange monologue. La capacité de cette dernière à se tirer des situations les plus rocambolesques et inextricables n’en finirait pas d’étonner Viviane. Le tumulte qui suivit sa réaction fut vite apaisé par les jeunes venant témoigner, un à un, des méfaits d’Hélion, et par là-même, d’Europe. Les preuves étaient accablantes et cette fois-ci, la Grande Prêtresse ne pourrait s’en tirer sans dommages. Viviane comprit qu’il était pour elle temps d’intervenir. Sortant de l’ombre, elle s’avança et prit la parole à son tour.

« Ainsi, Europe, tu as cru que tu pourrais duper un esprit aussi aiguisé que celui de Narcissa ? Je t’ai pourtant toujours dit que tu la sous-estimais ! » Consciente que le moment était crucial et qu’une seule parole suffirait à faire capoter l’occasion, Viviane prit le temps de choisir se mots et de réfléchir avant de poursuivre. « Tu t’es crue toute puissante, intouchable, rien ne pourrait te faire choir, n’est-ce pas ? » Se disant, elle darda un regard pénétrant sur celle qui était devenue son ennemie plus d’un an auparavant. « Pourtant, tu as échoué Europe, tes manigances ont été mises à jours, tes crimes découverts, tes pouvoirs enlevés, que te reste-t-il désormais ? Ton rôle de Grande Prêtresse ? »

Le regard hagard de la Grande Prêtresse aurait éveillé la pitié de Viviane si la vieille avait manifesté un sincère repentir pour tous ses actes.

« Tu as failli Europe, au lieu de nous protéger, nous, tes frères et sœurs, tu as œuvré pour le plus grand mal afin de satisfaire ton ambition personnelle et ta soif sans limite de pouvoir. Tu as failli à ta mission, et plus encore, tu nous as mis toi-même en grand danger. Alors pour le bien de tous les nôtres, de ceux qui avaient du respect pour toi autrefois, de ceux que tu aurais dû protéger au prix de ta vie si cela avait été nécessaire, moi, Viviane Valdemar, Prêtresse de la Tribu d’Olrun te destitue toi, Europe Eleanora-Sun, de ta fonction de Grande Prêtresse et te bannis de la Tribu d’Olrun. » Un silence oppressant suivit cette déclaration. Viviane n’avait pas la moindre idée de ce qui allait suivre parce qu’elle savait pertinemment que ce qu’elle venait de faire était contre toutes les lois de la Tribu mais le règne sans partage d’Europe n’avait que trop duré, il était temps de mettre fin à ses malversations. Songeant qu’il était peut-être nécessaire d’ajouter un dernier point à son discours, la Prêtresse reprit. « Par égard pour ce que tu as été pour nous, par égard pour notre amitié passée et pour ce que tu as pu autrefois faire pour nous, nul rituel d’amnésie ne sera pratiqué sur toi... Et si Elisabeth et Inès sont d’accord avec cela bien évidemment. C’est fini Europe, tu n’es plus rien désormais. »

L’émotion étreignit Viviane, si jusque là, elle avait parlé d’une voix ferme et sans faillir, elle sentait désormais son corps trembler. Europe avait été son plus grand soutien à une époque, Viviane lui avait donné toute sa confiance, et son amie n’avait fait que la bafouer, jour après jour. Aujourd’hui plus que jamais, la conscience de cette perte l’attristait. Tout aurait pu être différent, tout aurait pu aller pour le mieux si Europe ne s’était pas laisser corrompre par ses démons.
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MessageSujet: Re: Tout se sait un jour ou l'autre   Mer 12 Sep 2012 - 0:48

"Alors tu vas payer toi aussi!" cracha Europe à Adal en agitant vigoureusement son bras pour échapper à la prise du jeune homme. "N'oublie pas que tu es en vie et dans cette tribu uniquement parce que je le tolère!"

Comment cette immonde petite punaise, le fils d'Alicia, osait-il lui dicter sa conduite? D'un geste plus brusque que les autres, elle s'arracha à l'étreinte d'Adal et fit face à l'assemblée, frémissante de fureur. Mais ce qui se passa ensuite fut encore pire: Narcissa dévoila devant tous les ficèles de l'affaire Hélion, appuyée par des témoignages. Les yeux de la Grande Prêtresse s'agrandirent sous le coup de la surprise, l'effarement, et la colère. Comment était-ce possible? Elle avait pourtant bien veillé à ce que les traces des forfaits d'Hélion soit dissimulés! Même morte, celle-ci demeurait donc toujours une emmerdeuse de première catégorie! Elle aurait dû la tuer de ses propres mains, tiens!

L'intervention de Viviane la fit sursauter. Europe sentit son cœur bondir dans sa poitrine, réalisant l'effroyable vérité: c'en était fini d'elle. Viviane était écoutée et respectée, peut-être plus que toute autre, au sein de la tribu, et nourrissait des liens affectifs avec les autres Prêtresses. Tandis que la femme qui autrefois avait été son amie, prononçait une sentence de destitution avec un aplomb ridicule qui n'était que le résultat de ce petit public pré-pubère, la Grande Prêtresse secoua énergiquement la tête comme pour chasser ce châtiment. Viviane n'en avait pas le droit! C'était contraire à toutes les lois d'Olrun!


"Tu… Tu ne peux pas faire ça!" glapit-elle au bord de l'hystérie.

Malgré tout, Europe était une femme dotée d'une grande capacité d'adaptation; elle changea d'angle d'attaque à la vitesse de la lumière en constatant que son trône lui était bel et bien subtilisé par ce méprisable coup d'état. Ce qui l'avait maintenue à la tête du clan toutes ces années, avait d'abord été la légitimité -désormais perdue depuis longtemps- ainsi que le pouvoir, lui permettant d'exercer pression et menace sur ses sœurs. Mais à présent qu'elle était privée de toute puissance magique et que ses derniers soutiens, les sœurs Silberholz, mangeaient les pissenlits par la racine…

Europe recula de quelques pas, outrageusement indignée, tremblant de colère et de mépris sous le poids extraordinaire de tous ces regards accusateurs braqués sur elle.


"Et qui serait ma remplaçante, hein? Toi, Viviane? Parce que tu penses que tu vaux mieux que moi?" éructa-t-elle en direction de la Prêtresse, son ton allant crescendo jusqu'à crier.

"Je ne suis plus rien? Mais pauvre imbécile ignorante, tu n'as même pas idée de à qui tu t'adresses! Vous me devez tout! Tout ce qui a été construit ou détruit depuis les vingt dernières années, le moindre événement qui s'est produit à Forbach, c'est moi qui en suit l'instigatrice! A ton avis, à cause de QUI ton commerce s'est-il si mal porté ces derniers temps? A cause de QUI la gamine d'Antoine Vaudremont a-t-elle fini en première ligne sur le Parvis en 1640? Sur les manigances de QUI Hélion a-t-elle accepté sans sourciller le rituel d'amnésie? QUI a proposé de vendre ce morveux d'Adal au Lys Noir en échange d'informations sur le stigmate? Et QUI a conclu un pacte secret avec Sébastien Garin, vous permettant de vivre vos petites vies futiles sans êtres inquiétées pendant plus d'un an? (La sorcière brandit les bras, englobant d'un geste les alentours). Absolument TOUT ici, porte la putain de signature d'Europe Eléanora-Sun!"

La Grande Prêtresse, qui ne l'était plus aux yeux de personne, ni même des siens, s'interrompit à bout de souffle. Cela faisait si longtemps qu'elle mourrait d'envie de vider son sac, de dire à quel point chacun des insectes présent dans cette pièce n'avait fait que lui mettre des bâtons dans les roues depuis tout ce temps… Elle battit en retraite, reculant vers la porte et prête à défendre chèrement sa peau si quiconque s'avisait d'essayer de la poursuivre.

"Mes pouvoirs m'ont été enlevés, mais je vous jure que ce n'est pas comme ça que vous serez débarrassés de moi! Surveille bien tes arrières, Viviane… Un jour, tu me supplieras de pardonner ce qui s'est passé aujourd'hui!" cria-t-elle une dernière fois en disparaissant dans la nuit, le visage tordu par une hargne inédite.

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MessageSujet: Re: Tout se sait un jour ou l'autre   Sam 13 Oct 2012 - 0:26

Si Viviane avait pu constater quelques minutes plus tôt à quel point Europe n’était devenue plus que l’ombre d’elle-même, elle fut tout de même saisie de voir à quel point la folie l’emportait sur la raison dans toutes ses paroles. La hargne de la désormais ancienne Grande Prêtresse aurait pu être comique si elle n’avait été aussi tragique. Autour d’elles, une distance respectable se maintenait désormais, comme si ce qui se tramait devant eux les dépassait. Et c’était le cas. Viviane elle-même ne savait trop comment prendre les choses en main. Les nouvelles révélations des manigances d’Europe n’étaient qu’un bois de plus à l’édifice de son bûcher. Toute seule, et sans l’aide de personne, Europe venait de se rendre plus haïssable que n’importe qui d’autre, y compris Adal Lowenstein, qui pourtant était déjà bien placé dans la compétition. À cette pensée, Viviane eut un petit sourire avant de se concentrer à nouveau sur le spectacle affligeant qui s’offrait à ses yeux.

Quand Europe l’accusa de vouloir prendre sa place, Viviane encaissa le coup sans broncher. Elle ne pouvait nier que l’idée lui avait traversé l’esprit plus d’une fois ces derniers temps mais il était hors de question pour elle de s’imposer. Si le reste de la Tribu voulait d’elle, alors elle se prêterait volontiers au jeu, mais si tel n’était pas le cas, alors tant pis pour eux. De toute façon, il lui restait un atout dans sa manche, un atout dont tout le monde ignorait l’existence, et surtout Narcissa. À l’instant même où Viviane était dans cet entrepôt, en train de démettre Europe de ses fonctions, Inès et une autre acolyte s’étaient introduites chez Europe afin de reprendre leur dû, ce qui avait fait perdre la tête à Europe : les quatre grimoires. Une fois en sa possession, Viviane les garderait bien à l’abri afin que nul ne puisse plus s’en servir contre ses frères et sœurs. Et si d’aventure quelqu’un se mettait en travers de son chemin, elle le renverrait d’où il venait comme s’il s’agissait d’un vulgaire insecte.

« Contrairement à toi, Europe, je n’ai pas la prétention de dominer le monde et de l’écraser de ma colère et de mon ressentiment, alors oui, je pense que je vaux mieux que moi. Tu as peut-être manipulé avec brio ton monde pendant longtemps, mais plus personne n’est dupe, et tu ne peux plus rien contre nous désormais. Je n’ai pas peur de toi, je n’ai plus peur… Depuis bien longtemps… Et ne compte pas sur moi pour te supplier de quoi que ce soit, quand bien même tu me mettrais un couteau sur la gorge ! »

Lorsqu’Europe s’en alla, un silence bourdonnant s’installa dans la salle avant que les conversations ne reprennent toutes en même temps et à vive allure. Viviane était le centre d’attention de tout le monde et elle se trouvait désemparée. Que devait-elle faire maintenant ? Résignée plutôt que résolue, voyant que les jeunes semblaient attendre quelque chose d’elle, d’une voix forte, elle reprit la parole pour la dernière fois de la soirée.

« Bien, je pense que c’est assez pour ce soir. Élisabeth, Inès et moi convoquerons un conseil dans les prochains jours afin de voir ce qu’il convient de faire. Je vous conseille de rentrer chez vous, ce n’est pas parce qu’Europe n’a plus de pouvoir que personne ne pourra plus vous faire du mal. L’Inquisition rôde et votre réunion est plus que certainement suspecte. »

Adressant un bonsoir de la tête à ceux qu’elle croisait sur son chemin vers la sortie, Viviane quitta les lieux sans un regard en arrière. Ce soir venait de se jouer un événement qui la dépassait probablement mais dont les conséquences pourraient être plus que jouissives. La suggestion d’Europe ancrée dans ses pensées, elle marcha d’un pas automatique vers l’Hôtel des Saint-Loup. Grande Prêtresse, elle ? Oui, ce serait une bonne idée. Elle pourrait enfin entreprendre ce qu’elle désirait depuis des mois : la fin de cette guerre vaine et stupide. Ses pensées tourbillonnaient plus vite qu’elle n’était capable de les assimiler, et bien vite, elle fut devant chez elle. Dans l’ombre, deux silhouettes l’attendaient, les bras chargés de paquets. Viviane comprit que la mission avait été accomplie et d’un simple merci, congédia les deux comparses.

Une fois à l’intérieur, elle cacha les précieux livres dans un endroit à l’abri des regards et des découvertes impromptues avant d’aller se coucher, épuisée. Cette soirée avait été riche en émotions et il en viendrait encore bien d’autres avant que toute cette histoire ne se termine.
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Tout se sait un jour ou l'autre

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