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 Soupir sur le reflet d'une lame

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Soldat de l'Inquisition
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MessageSujet: Soupir sur le reflet d'une lame   Mar 16 Oct 2012 - 7:48

Une ombre dans la nuit.
Une cape noire, un capuchon, des mains serrées autour d'une bride.
Des sabots qui battent la terre meuble et qui soulèvent la boue derrière eux.
Le souffle rauque d'un cheval dont les naseaux humides laissent échapper par volutes l'air de poumons douloureux.

Un cavalier poussait son cheval à vaincre ses limites.

La lune à demi-voilée éclairait d'un air blafard les environs de l'unique ville qui siégeait dans les parages : Forbach. La nuit était maintenant tombée depuis quelques heures. Déjà, la brume envahissait les plaines. Elle sortait des bois comme pour tendre vers la route ses longs doigts fantomatiques et filandreux afin de dresser des barrières entre le monde des hommes, celui des bêtes et celui des habitants de Forbach.

Bientôt, le cavalier arriva au sommet d'une bute, sous un arbre dont le tronc bouffi et ouvert laissait voir ses entrailles décaties. Un arbre presque mort, vieillard plié sous le poids des âges et des ténèbres. Droit sur son cheval, le voyageur ramena sa cape sur ses omoplates. Lui, Armando Della Serata, soldat de l'Inquisition tout droit envoyé de Rome, sa patrie, n'avait pas l'habitude de ce genre de climat. Son regard sombre épousa la vallée qui s'offrait à lui. La brume semblait stagner dans une cuvette, l'humidité suintait de chaque parcelle d'air, dégoulinant le long des arbres, baignant les sabots de sa monture dans une herbe grasse et gelée. Quelques maisons apparaissaient au loin, des cheminées fumaient et l'on pouvait apercevoir deux ou trois lueurs se détacher de la masse opaque qui régnait en maîtresse sur ces lieux.

D'un coup de talon, l'Italien relança son cheval qui suivit la légère inclinaison du sol pour retourner sur le chemin qui menait à la ville en contre-bas. Il lui restait bien moins d'une lieue à parcourir, la fin du trajet fut courte. Cependant, son cheval, Crachin, était exténué. Lui-même, Armando, rêvait maintenant d'une bonne soupe chaude et d'un bon lit moelleux.
Cela faisait désormais cinq jours qu'il chevauchait à un rythme effréné depuis Rome. S'arrêtant dans des auberges au milieu de la nuit, repartant le lendemain avant l'aube, il n'avait ni ménagé sa monture, ni son propre corps. A vrai dire, il n'avait rien avalé depuis presque 26h.

Pourquoi tant de zèle et de ferveur ? Avait-il donc hâte de défier les sorcières de Forbach ? Était-ce son fanatisme qui le poussait ainsi à dépasser les limites et à fâcher autant son corps que son esprit ?
En vérité, Armando détestait voyager. C'était un homme amoureux de son pays et cette expédition le torturait presque dans le seul fait qu'il aie dû quitter sa ville chérie. En soit, l'homme n'avait qu'une hâte : arriver pour "nettoyer" Forbach de ses démons et repartir au plus vite retrouver les douceurs de son domaine. Mais surtout, c'était un arrière goût d'inachevé qui poussait Armando à ruer autant que son cheval. Il avait laissé derrière-lui de nombreuses folles tout juste bonnes à être brûlées en place publique. Sa tâche, sa malédiction et sa volontaire intention étaient de réduire à néant les sorcières de Rome et cette mission venait interférer dans son travail. Il n'avait pas fini de faire le vide chez lui, pourquoi s'occuper des autres ? Mais le Vatican avait décrété qu'il fallait envoyer quelques hommes supplémentaires à Forbach, sa décision était indiscutable, inacceptable, irrévocable...C'étaient son honneur, sa hargne générale de soldat vindicatif et son devoir d'obéir à la hiérarchie qui avaient conduit Armando jusqu'ici.

Enfin, la boue se fit moins profonde et les lumières des chaumières se rapprochèrent. Ramenant sa capuche sur son front, Armando pénétra dans Forbach. Les façades étaient ternes, l'eau ruisselait dans des tonneaux près des portes closes et s’égouttait sur les volets de bois qui aveuglaient les fenêtres. L'Italien conduisit son cheval le long des maisons et gardait la tête souvent levée vers les étages. Il cherchait une auberge pour la nuit, une enseigne quelconque. Évidemment, la Collégiale l'aurait accueilli en son rôle d'inquisiteur, mais l'heure avait tourné, il était presque 22h30, l'homme était affamé, sale, rompu : il avait besoin d'un lieu moins distingué pour passer au moins sa première nuit.
Il ne fallu pas beaucoup de temps au soldat pour qu'il trouve ce qu'il cherchait : l'auberge de la Croix Rousse s'offrait à lui. La lumière filtrait à travers les vitraux de sa devanture et quelques éclats de voix se faisaient entendre. C'était comme si l'on s'était amusé à poser-là, au milieu de la nuit et de la mort, un joyaux qui brillait de l'intérieur. Étrangement, la ville qui semblait déserte quelques instants auparavant exhibait en cet endroit une vie active, lumineuse et peut-être même joyeuse. Des chants s'élevaient, des rires aussi.

Armando sauta de cheval, enfonçant ses bottes de cuir dans une mélasse d'eau, de terre et de gravillons mêlés. Ces derniers crissèrent sous ses pas tandis qu'il attachait sa monture après un poteau. Il fit un bon nœud avec la bride, caressa du revers de la main le museau de l'animal et s'en fut vers l'entrée de la bâtisse.
Lorsqu'il ouvrit les portes de l'auberge, le petit groupe de fanfarons ne le remarquèrent pas tant ils étaient occupés à chantonner sur un rythme paillard en vidant le peu qu'il restait de leurs choppes. Pourtant une clochette avait laissé entendre son petit tintement aiguë pour signaler la présence d'un nouveau client. L'arrivée de l'Italien fit tout de même se soulever quelques sourcils dans la salle. Il y avait peu de monde ce soir, mais c'était suffisant dans une ville telle que Forbach pour que les rumeurs circulent bien. Un nouvel arrivant était vite repéré. Armando ignora les regards inquiets et curieux des badauds sur son chemin alors qu'il traversait la pièce. Arrivant au comptoir en chêne massif, il enleva sa capuche et se secoua les épaules pour éliminer une myriade de gouttelettes glacées qui s'étaient accumulées sur sa cape. Une femme l'accueilli d'un sourire à demi-forcé.

- Une chambre pour la nuit. Fit l'Italien en grognant tout en s'appuyant sur le comptoir, un poing fermé dans ses mitaines noires.

Ses doigts étaient noirs, ses ongles sales, ses cheveux ébouriffés en une crinière huileuse. C'était évidemment un homme qui avait beaucoup chevauché. Il ramenait d'ailleurs avec lui l'air froid de l'extérieur et l'odeur de la forêt. Il souffrait du froid, c'était marqué sur son visage et ses lèvres déssechés. Occupé à jeter des regards durs au groupe qui chantonnait, l'étranger parlait à la jeune femme sans même la regarder :

- Une chambre et de l'avoine pour mon cheval. Moi je prendrai ce qui passe, du moment que j'ai le ventre plein...Il ramena enfin ses yeux sur la belle. ...et que c'est chaud.

La jeune femme lui fit un sourire aimable, quoique son front indiquait clairement son dérangement face à un tel gaillard sorti de nulle part à pareille heure, d'autant qu'il n'était clairement pas des plus sympathiques.

- Très bien, je vais vous apporter cela...Voulez-vous un verre avec...

- Du vin, l'interrompit le soldat. Il jeta un regard sombre à la jeune femme et sortit une bourse d'une des poches de son pantalon. Il jeta ladite-bourse sur le comptoir. Et j'ai de quoi payer alors ne me faites pas attendre.

Laissant la bourse, Armando s'éloigna pour aller s'installer à une table le plus loin possible du groupe de chanteurs. La jeune femme le regarda s'asseoir dans un coin sombre et remettre sa capuche avant de croiser les bras pour se tasser sur lui-même, comme s'il allait dormir. Quel homme étrange ! Elle en avait vu des voyageurs mais des Italiens aussi bourrus...ce n'était pas tous les jours qu'elle en rencontrait. D'ailleurs, même si l'accent italien de celui-ci n'était pas le premier qu'elle entendait, il l'avait fort et marqué, d'autant qu'il avalait ses mots en les marmonnant dans sa barbe de quelques jours. Laissant de côté ses questions, la belle tourna le dos à la salle et servit un verre de vin qu'elle apporta au soldat. Sans même la remercier, ce dernier le vida d'un seul coup et le reposa aussitôt.

- La bouteille...vous perdriez moins de temps. Fit-il dans un soupir insatisfait.

Une fois la bouteille ramenée, la jeune femme s'en retourna pour préparer une assiette de soupe au choux avec deux pommes de terre, une petite miche de pain et un morceau de fromage. Enfin Armando commença à manger, usant d'une cuillère et d'un bon couteau. Les chanteurs, près de l'imposante cheminée, s’essoufflaient un peu, une chance pour eux, d'autant qu'Armando avait décidé d'éviter les bagarres dès son arrivée. La soirée se terminait de leur côté et ils se levèrent enfin pour se séparer. Sous sa capuche, Armando les observa d'un œil terne : au Diable ces bruyants ! Il était fatigué...Il remarqua alors l'énorme croix de cuivre qui siégeait au-dessus de la cheminée. Il tiqua, de fatigue et de surprise, et ramena son attention sur son repas.

Croquant dans sa miche de pain avec l'appétit d'un loup errant, l'Italien s'installa un peu plus à son aise pour savourer son troisième verre de vin. Il n'avait pas enlevé ses mitaines, aussi quelques miettes de son pain y avaient élu domicile, ce dont leur maître ne se souciait pas le moins du monde. Enfin, il sentait son corps reprendre quelques vigueurs qui l'avaient quitté. La chaleur de l'établissement, le vin, la soupe...il ne lui manquait plus qu'un bon bain pour se sentir tout a fait bien. Mais avant cela, une bonne nuit de sommeil s'imposait. Ses jambes étaient raides, son dos lui tirait et ses muscles fessiers n'avaient pas bien vécu ces cinq jours de chevauchée.

Armando soupira, ramenant un peu plus sa capuche sur son visage. Quel pays ! Des plaines, des forêts, pas âme qui vive, un temps de chien et des villages moisis...Ah comme Rome lui manquait déjà !
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MessageSujet: Re: Soupir sur le reflet d'une lame   Mar 16 Oct 2012 - 23:56

Une ombre toutes les nuits.
Voilà tout ce qu'il fallait être. Personne n'avait vu Forbach avant de s'être glissé dans les ruelles la nuit, où chaque personne ordinaire frémissait à l'idée de croiser un enfant de Satan. Des ruelles où le moindre bruit vous faisait hérisser les poils, comme un animal sauvage surpris dans sa sortie nocturne, prêt à s'enfuir au moindre mouvement suspect.

Alix avait le pas leste de ceux qui font ça toutes les nuits. Chaque jour était une ode à son emprisonnement, et chaque nuit, en s'échappant subrepticement du manoir, elle composait la symphonie de sa liberté. Lorsque le soleil tombait, et qu’apparaissait alors la lune, la jeune femme revêtait sa cape douillette. Elle traversait les couloirs en douce, passant devant les scènes de chasse poussiéreuses datant de l'époque de son père ; évitait de croiser le regard accusateur des portraits de famille ; descendait d'un pas vif les grands escaliers, et enfin se glissait derrière un battant de porte qu'elle entrouvrait à peine. La nuit commençait alors, nappée de cet anonymat animal.

Presque toutes les nuits se transformaient en échappée. Presque toutes les journées aussi, mais la nuit avait de cela agréable que c'était facile. Tout le monde dormait, et les quelques domestiques encore réveillés organisaient la journée du lendemain, ou bien profitaient du calme pour discuter. En bref, plus personne ne surveillait, et l'ordre d'Eleonor de guetter les allées et venues de sa fille disparaissait. Certes, si sa mère découvrait où elle finissait ses soirées, elle aurait toutes les raisons du monde de lui en vouloir, mais Alix n'y pensait même pas. Cette possibilité était exclue. Parfois, elle passait quelques heures près de la clairière, d'autres fois encore elle se contentait d'espionner la place du marché, ou bien de traîner près du château de Frauensberg, mais certaines fois c'était à l'auberge qu'elle passait sa soirée.

Avec le froid qu'apportait la nuit ces derniers temps, Alix se sentait d'humeur d'aller à la Croix Rousse. L’aubergiste avait fini par s’accommoder des visites nocturne de la jeune femme, qui s'inquiétait bien peu de traîner dans un endroit peu convenable pour son rang. Jamais encore la tenancière n'avait été prévenir Eleonor, et pour cette raison, Alix lui faisait pleinement confiance. Les seuls encore à être surpris étaient les gens du coin, mais l'énergie dont faisait preuve la brune en cas de soucis les encourageait à garder leurs distances. Il était déjà arrivé qu'elle se retrouve au milieu d'une bagarre pour des raisons particulièrement futiles.
De même, ses vêtements, un peu trop onéreux pour les lieux, lui valaient quelques regards envieux, mais sa réputation gardait les pleutres à l'écart. Bien évidemment, hormis un corset qui maintenait sa chemise blanche, aucun vêtement "réglementaire" pour la gente féminine n'habillait son corps. Elle s'habillait le plus souvent d'une chemise, d'un pantalon léger, et d'une paire de bottes de bonne facture, bien que ce genre de tenue ne convienne pas à une jeune fille de bonne famille.

L'ambiance de l'auberge lui plaisait pour cela, d'ailleurs. Rien n'était fait pour son rang. Tout y était léger et frivole, et tout la faisait sourire. Les conversations anodines des clients, les chants des buveurs, et les danses des ivrognes, tout était une échappatoire à sa condition. Son oncle n'aurait peut-être pas apprécié sa présence ici, à vrai dire elle n'en savait rien, et ne tenait pas à le savoir. Parce qu'ici, les conversations mondaines ennuyaient, les leçons de violon n'existaient pas, et le défilé des prétendants ne serait pas vexé d'un poing dans la figure. Ici, ça n'était pas le paradis, mais ça y ressemblait presque.

C'est donc un soir pareil à tout autre, dans cette auberge, alors que Alix sirotait tranquillement son verre d'Hypocras tout en chantonnant de temps en temps des airs connus, qu'Armado della Serata choisit pour faire son entrée. Enroulé de poussières comme une ombre qui aurait hanté trop longtemps un château en ruine, il traversa la pièce carrée jusqu'au comptoir. De là où elle était placée, au fond de la pièce à observer la salle, la jeune femme n'entendait rien, mais il lui était néanmoins difficile de ne pas remarquer cet homme. Les longues histoires de Sigmund avaient toutes un point commun, et elle avait fini par avoir un sixième sens pour reconnaître tous ces italiens qui avaient parcouru de nombreuses contrées pour se rendre ici. Toute la ville n'était pas dupe, et tout le monde savait qu'ils étaient envoyés par le Vatican. Et c'était bien pour cela que tout le monde les craignait.

Puisque l'étranger était encapuchonné, ce n'est que lorsqu'il s'installa à la table à côté d'elle, et après de longues secondes à le scruter, qu'elle pu voir le visage typique des italiens. Cela ne présageait qu'un nouvel Inquisiteur.
Retenant un soupir, alors que l'homme s'attaquait carrément à la bouteille de vin qu'on lui avait apportée, Alix but une nouvelle gorgée d'Hypocras pour cacher sa déception. Comme tout le monde, elle avait espéré qu'il n'en viendrait plus, mais il fallait reconnaître que cette histoire d'Ange devait bien faire jaser en Italie. Non, les Inquisiteurs ne quitteraient jamais Forbach, à moins que les sorcières ne les en délogent, elle le sentait, et cela la partageait.

Quel genre d'homme était cet Inquisiteur ?...

« Vous devriez faire attention avec ce vin, Messire, il a tendance à être bouchonné... »

Reposant son gobelet sur la table, Alix jeta un coup d'oeil curieux sur son voisin de tablée. Croisant les jambes, elle osa un sourire aimable, en une approche importune. A le voir ainsi, l'homme donnait l'air de ne pas s'être arrêté depuis qu'il avait quitté Rome. Quel homme sain d'esprit parcourrait toute cette distance au galop pour pouvoir condamner des innocents ? Au moins pour l'instant, du peu qu'elle pouvait voir, l'étranger ne semblait pas parcourir l'assemblée du regard pour choisir une victime.

« La bière, par contre, a la réputation d'être la meilleure de la région. »

La curiosité avait cela de vilain, qu'une fois qu'elle vous agrippe, vous ne pouvez plus vous passer de l'envie de savoir.


Dernière édition par Alix de Charme le Lun 22 Oct 2012 - 0:55, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Soupir sur le reflet d'une lame   Jeu 18 Oct 2012 - 17:16

Courbé sur sa chaise, les deux coudes sur la table et les main autour de son verre, Armando gardait son visage enfoncé sous sa capuche noire. Il était fatigué, complètement harassé même. Ses muscles le faisaient souffrir, il était endolori au niveau des jambes et se sentait vieux, soudainement vieux. Le froid n'était pas pour lui, ni cette humidité insupportable. Chevaucher ainsi pendant des jours l'avait broyé mais arriver dans ce village suintant de ténèbres et d'eau l'avait réellement achevé. Il sirotait son vin, de piètre qualité, le regard perdu dans le vide, l'esprit errant dans les méandres de sa mélancolie. Il était d'une humeur encore plus massacrante que d'habitude. Quitter Rome pour brûler de la sorcière lui plaisait, évidemment, sa hargne contre ces catins l'avait toujours motivé depuis qu'il était inquisiteur, mais il n'avait pas terminé de faire le ménage chez lui, alors pourquoi le faire chez les autres? Et si loin? Finalement, il commençait à songer avec amertume qu'on ne l'avait pas envoyé-là pour son bon plaisir, ni pour ses capacités. On l'avait écarté...

Alors que l'Italien ruminait pareilles pensées, une voix féminine le tira de son univers sombre et acariâtre. Il tourna la tête, lentement, surpris que l'on s'adresse à lui. Il n'était pourtant pas des plus avenants. Sourcils froncés, dérangé dans sa solitude, Armando dévisagea la jeune femme qui siégeait à la table d'à côté. Elle était vêtue comme un homme, d'un pantalon de toile et d'une chemise, quoiqu’un corset venait agréablement souligner ses formes. Elle se tenait jambes croisées, signe d'une aisance particulière, marque de confiance en soi, et elle se permettait d'ailleurs des conseils à un étranger sortit de nulle part. C'était évidemment une de ces femmes fortes qui sortent de temps à autre leur lame pour en découdre. Armando n'esquissa aucun sourire. Gardant ses yeux de chien errant sur son visage enfantin. Elle devait bien avoir une dizaine d'années de moins que lui. Quelle imprudence! Ses mains n'étaient cependant pas celle d'une domestique, encore moins d'une prostituée. Que faisait donc une bourgeoise, ou une aristocrate, Armando ne pouvait deviner son rang, dans une auberge à une heure aussi tardive? Mais bien plus que la curiosité, c'était un sentiment d'ennui qui piqua l'Italien. Il se sentait envahi dans son intimité, par une femme qui plus est! Il avait autre chose à faire que de palabrer avec une donzelle! Un bon repas, un bon bain et un bon lit, voilà tout ce dont il avait besoin! Nulle conversation avec une femme ne pouvait l'intéresser!

Méfiant, il resta silencieux un moment, grognant dans son début de barbe un "ouai..." des plus rauques. Fallait-il répondre au risque d'engager la jeune femme à la discussion? Certainement pas! Ce n'était pas très stratégique. Se lever soudainement et partir rejoindre sa chambre était une idée qui faisait envie à l'Inquisiteur. Cependant, il fallait admettre que le vin n'était décidément pas très bon...

- Un vin français...en même temps...grommela-t-il en soulevant la bouteille pour s'en resservir un verre.

Lorsqu'il reposa la bouteille, appuyant un moment sa main dessus pour jeter un regard à la jeune femme, ce fut comme le point de départ qu'il choisit pour entrer dans le vif du sujet.

- La bière est une boisson pour les rustauds et les catins, fit-il en se penchant en arrière sur sa chaise.

Il découvrit sa tête, laissant sa capuche tomber sur ses épaules. Croisant les jambes à son tour, une main sur la table, un coude sur de dossier de sa chaise, il toisa la jeune femme d'un oeil méfiant.

- Et que fait une femme dans pareil lieu à cette heure? Ce n'est pas banal, à moins que vous ne soyez justement...une catin.

L'art et la manière d'être désagréable, ça Armando les connaissait. Il n'avait rien pour être aimable, il n'aimait pas la compagnie et il opérait toujours seul. L'atmosphère de l'auberge avait beau être chaleureuse et conviviale, quoique le groupe de chanteur aie enfin quitté les lieux, Armando ne se remettait pas de la pluie.

Laissant son verre sur la table, il ramena ses mains l'une contre l'autre dans un mouvement de friction afin de se réchauffer les extrémités. Ses mitaines étaient décousues au niveau de son pouce droit et il s'occupa bientôt de bourrer les fils qui dépassaient dans le trou qui s'était formé, délaissant la jeune femme.

La belle pouvait aussi bien être une voyageuse, mais il en doutait fortement puisqu'elle portait du tissu de bonne qualité et qu'elle n'avait pas l'air terrassée par une quelconque fatigue, mais surtout Armando n'avait pas vu de diligence près de l'auberge et elle n'avait pas l'air d'être arrivée à cheval.
C'était peut-être une femme adultère qui avait rendez-vous avec un homme dans une des chambres de l'établissement. Armando s'en contrefichait du moment qu'il pouvait dormir tranquillement sans avoir à défoncer une porte pour exiger du calme.

Abandonnant les fils de ses mitaines qu'il n'arrivait pas à rentrer, Armando se mit à jouer avec le couteau près de son assiette vide. Il le tenait d'un doit sur le manche, pointe vers le bas, et s'amusait à le faire pencher tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Cela n'avait aucun but, ni ludique, ni dans le domaine de la menace. L'Italien le faisait plutôt par habitude, comme un tic qui le prenait.
Ses yeux, perdus sur la lame brillante, observaient son propre reflet. On le surnommait "el Cutello" et cela l'amusait. Depuis sa plus jeune enfance, il maniait les couteaux. Il les adorait et les vénérait presque. Celui-là était d'ailleurs d'une qualité si médiocre qu'il doutait pouvoir couper du rôti avec. Cependant, son manche était ferme, sans défaut. Le ramenant dans ses deux main pour l'observer de plus près, il chercha sa marque et vérifiait du doigt la qualité de ses crans.

Cependant, après ce long silence, il s'adressa à la jeune femme en lui jetant un regard par dessus sa lame:

- Vous feriez mieux d'éviter ce genre d'endroit si vous n'y avez pas industrie. Rentrez chez vos parents ou votre mari, que sais-je...Ce type d'établissement n'est pas fait pour une femme et si vous désirez m'accompagner cette nuit, sachez que je n'y vois aucun avantage.

Armando était un homme avec ses désirs mais aussi ses peines. Il n'acceptait que très rarement une présence féminine dans son espace. A dire vrai il haïssait les femmes. Depuis qu'il était devenu Inquisiteur, même si ce n'était qu'un soldat et que sa foi était largement altérée par ses années de souffrance, il n'imaginait même plus ce que c'était que de sentir sur sa peau la chaleur d'une poitrine. Cela ne l'intéressait plus guère et, au contraire, il se méfiait des relations homme-femme comme de la peste elle-même.
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MessageSujet: Re: Soupir sur le reflet d'une lame   Dim 21 Oct 2012 - 18:18

Être avenant n'était pas une nécessité pour être abordé. Alix se contentait d'avoir la curiosité taquinée. Et quoi de plus intrigant qu'un nouvel Inquisiteur en ville ? Car oui, cela ne faisait aucun doute. Il fallait être fou pour vouloir venir à Forbach pour du pur tourisme. Même s'y arrêter pour la nuit. Cela n'arrivait plus très souvent, et la ville s'enfermait presque sur elle-même. Les rumeurs concernant Forbach devenaient tellement virulentes que plus personne ne voulait mettre un orteil ici. Et il fallait admettre que son séjour en Suisse chez son oncle avait été un repos bien mérité. S'il n'y avait eu la lettre de sa mère à propos des stigmates, la jeune femme aurait pu supplier Sigmund de ne pas rentrer tout de suite.

Et finalement, elle était rentrée pour quoi ? Pour voir des gens marqués comme du bétail. Les plus vieux avaient été sacrifiés pour l'exemple, et les autres... Les autres subissaient un sursis, à n'en pas douter. Peut-être que le fait de ne pas avoir été à Forbach avait sauvé son oncle, et il ne se passait pas une seule journée sans qu'elle ne se demande pourquoi elle était toujours là. Qu'est-ce qui la retenait ici ? Ne pouvait-elle pas prendre sa famille sous son bras et partir, juste comme ça ? Non, bien évidemment, il y avait la tribu... Et la tribu était comme une famille aussi.
C'était un fait : les sorcières ne pouvaient pas partir, les Inquisiteurs non plus. Mais qu'en était-il des autres ? … De pauvres idiots, quand on y réfléchissaient. Rester ici pour sauver sa maison, au lieu de sa vie...

Alix se laissa donc dévisager, acceptant d'être jaugée par cet individu qu'elle ne connaissait absolument pas, un petit air de défi sur le visage. Il ne répondit pas tout de suite, et à vrai dire, Alix ne savait pas trop à quoi s'attendre. Allait-il partir, lui jeter son verre au visage, ou bien lui répondre ? C'était cela, en vérité, qui l'intéressait : savoir à quel genre d'Inquisiteur Forbach allait encore avoir à faire. La ville avait déjà subi les assauts de quelques fanatiques, et il lui était insupportable de se dire qu'un autre se tenait peut-être devant elle. Il ne s'agissait pas d'un petit jeune qui cherchait à faire du zèle pour monter en grade, mais bien d'un homme peut-être déjà chevronné. Et alors, ne serait-il pas plus simple de s'en débarrasser maintenant ?... Et cela, malheureusement, elle ne se voyait pas l'accomplir.

Contre toutes attentes, l'homme commença à bougonner une réponse inaudible. Et puis, enfin, une phrase digne de courtoisie. Alix émit un petit sourire poli qui se figea lorsqu'il enchaîna par une insinuation. Néanmoins, l'homme venait de se découvrir, et la jeune femme eut tout loisir de pouvoir contempler un visage tout à fait charmant malgré ses traits semblant avoir été coupés au couteau et un air plutôt froid. Réprimant un petit sourire devant sa propre réaction devant l'insinuation, Alix repris une gorgée d'hypocras histoire de reprendre un peu contenance. Et qu'est-ce qui la retenait de lui enfoncer son verre dans le nez ? Oh, juste un tout petit peu, juste histoire de lui faire comprendre qu'il pouvait aller chercher les prostitués ailleurs. Mais après tout, elle cherchait les ennuis toute seule, autant ne pas déclencher la première agression physique tout de suite. Elle le laissa donc terminer, décroisant les jambes, certainement un peu plus mal à l'aise que quelques minutes auparavant.

Il se mura à nouveau dans un silence contemplatif devant son couteau. Attitude étrange pour un homme qui semblait si irascible face à l'aubergiste... Et c'est lorsque Alix s'apprêtait à lui répondre que c'était bien parce qu'elle n'avait jamais bu de bière qu'elle parlait de sa réputation, que l'Inquisiteur reparti dans quelques paroles, où son accent rendait chaque mot mal articulé difficile à comprendre.

Cette fois-ci, elle allait rétorquer qu'elle ne fricotait pas avec quelqu'un de cet âge, surtout qu'elle ne fricotait avec personne, mais à bien y réfléchir, il y avait eu un prétendant, peut-être même un peu plus vieux que lui, elle ne savait pas trop, qu'elle avait fait fuir. Ah, les idées de sa mère... Alix se contenta donc de sourire aimablement, légèrement amusée par cet Inquisiteur qu'elle était encore bien loin de cerner.

Vous me voyez flattée, bien évidemment, par vos conseils quant à l'endroit où je dois me trouver, mais je ne vois aucune raison qui rendrait ce lieu inadéquat pour une femme. Même si elle ne vend pas ses services.
Vous ennuierais-je, peut-être ? Car je peux comprendre que vous soyez fatigué, vous donnez l'impression d'avoir parcouru un pays entier. Néanmoins, ma curiosité quant à votre présence en ces lieux est légitime, vous imaginez bien qu'à Forbach les visiteurs sont rares.


Alix sourit à nouveau d'un sourire de façade particulièrement évident. Après tout, elle venait de se faire insulter sous cape, et ne comptait pas en rester là. Mais il lui était plus important encore de savoir si son intuition était juste, ou bien si elle voyait encore le mal partout. Mais ces Inquisiteurs étaient une vraie plaie et s'infiltraient partout. Alix ne savait plus vraiment à qui se fier.

Je me sens presque obligée de vous demander ce qui vous amène en ces lieux.

Et il y avait toujours cet air de défi dans le regard, qui ne la quittait presque jamais. L'ami de ses déboires, attisant l'ennui le plus faiblard.
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MessageSujet: Re: Soupir sur le reflet d'une lame   Mar 23 Oct 2012 - 6:03

Il y était.
L'Italien avait obtenu ce qu'il voulait.

La jeune femme qui venait de l'aborder s'était vue accueillie d'un ton dur et insultant, quoiqu'assez courtois pour nier toute brusquerie à son égard. Armando avait été assez subtile pour lui être désagréable tout en laissant un doute quant à son amabilité. Fatigué? Certes il l'était, mais cela ne justifiait pas ses insinuations clairement douteuses. Il n'avait pas envie d'être dérangé, c'était un fait, mais il avait surtout répondu de manière assez habile et faussement détachée pour éviter le scandale tout en laissant surgir sa rage interne contre les femmes et leurs artifices.

La belle ne s'était d'ailleurs guère défendue, cela prouvait à l'Italien qu'il avait usé de la parole avec assez d'astuce pour qu'elle ne puisse qu'entrer dans son jeu hypocrite. Il allait lui tirer les vers du nez. Car après tout, se faire aborder de cette façon par une femme aussi jeune, dans une auberge, si tard le soir, ne pouvait que présager un piège ou une bien désagréable coïncidence. Aussi son attitude à son égard était-elle franchement réfléchie depuis le départ. Maintenant, elle souriait, déviait du sujet et se retenait certainement d'exploser. Armando souriait en son fort intérieur au fur et à mesure de ses paroles.

Puis la question fatale fut posée.
Armando fut fixé.
Il y était.

Cette jeune femme avait évité de répondre à sa question première: que faisait-elle là? Et elle venait tout simplement de la renverser. Oui...Sa curiosité la poussait à se demander quel était cet étranger nouvellement arrivé...Sa curiosité ou sa malice! Armando était un fanatique quelque peu paranoïaque et son arrivée à Forbach avait tout aussi bien pu être révélée par avance aux sorcières...Cette jeune femme était étrangement là, alors qu'il venait de poser le pied dans le village...et elle lui demandait presque de front ce qu'il faisait là. Il était évident qu'il venait de Rome et nul n'était sans savoir que les Inquisiteurs y étaient en nombre. Armando n'était pas assez stupide pour s'imaginer qu'il allait passer inaperçu à Forbach. Il était loin d'être le premier Inquisiteur envoyé directement du Vatican. Son visage, son accent, son épuisement: tout le révélait. Et même s'il avait prévu d'agir en plein jour une fois Cassandra de Saint-loup rencontrée, ce soir il n'avait pas l'intention de crier dans toute l'auberge qu'il était mandaté pour faire le ménage à Forbach. Cela se lisait sur son visage mais il n'allait pas le révéler directement. Il n'était pas encore tout à fait fou non plus.

Maintenant, le tout était de savoir ce qu'il avait exactement en face de lui.
Il allait devoir la jouer serré.

L'Italien grogna et repoussa son assiette pour poser ses coudes sur la table tout en laissant le couteau devant lui. Il observa la jeune femme un moment, sans rien dire, joignant ses mains comme pour réfléchir. Puis il lui sourit d'une manière bancale.


- Je m'excuse si j'ai été un peu brutal, mais je suis effectivement très fatigué. J'ai fait un long voyage, comme vous l'avez deviné, et vous me voyez-là couvert de poussière et de boue. Je n'ai pas encore eu le temps de prendre un bain, je sens le cheval et je suis aussi fourbu que ma bête. Je n'avais pas mangé depuis presque trois jours.

Armando sonda le regard de la jeune femme. Elle ne semblait pas belliqueuse, à première vue, et son faciès était doux, presque noble. Malgré ses vêtements quasiment masculin, il était aisé de comprendre qu'elle venait d'un milieu respectable. Non ce n'était décidément pas une catin, son ironie de tout à l'heure prenait d'autant plus d'ampleur. Cela l'amusa quelque peu. Mais il allait jouer la carte de l’ambiguïté jusqu'au bout car il savait que les sorcières étaient passées maîtresses dans l'art de la dissimulation et du déguisement. Mais lui aussi était désormais maître des mots autant que de son couteau.

- Quant aux raisons qui rendraient inadéquat un tel lieu, continua-t-il aimablement, j'en vois plusieurs, si vous me permettez, la première étant que les voyageurs tels que moi et autres badauds, soiffards, rustauds de tout bord pourraient vous forcer à avoir cet industrie dont je parlais tout à l'heure...

Armando soupira et se redressa sur sa chaise.

- Si cela peut vous rassurer, mademoiselle, fit-il en appuyant sur l'apostrophe pour préciser qu'il faisait des efforts de politesse, je ne suis ni un voleur, ni un badauds, ni un de ces Robin des bois fébriles qui vont de taverne en taverne pour jouer les héros.

Son regard se fit plus noir mais son sourire se fit également plus franc. L'Italien se réinstalla plus confortablement sur sa chaise, laissant la jeune femme tranquille, pour attraper la bouteille de vin afin de se resservir.

- Je ne peux parler des raisons exactes de ma venue, mais je vous dirai ceci: je viens de Rome, ce n'est pas un secret, même un aveugle s'en rendrait compte...

Armando resta attentif face aux réactions de la jeune femme. Il l'observait minutieusement tout en parlant, avec la suspicion et la méfiance les plus raides.

- Je viens de Rome, répéta-t-il, et je suis un bon chrétien.

Son regard se fit plus perçant. Il venait de révéler les raisons de sa venue, sans pour autant les dire clairement. Il voulait instaurer le doute dans l'esprit de la jeune femme, la faire tourner en rond avant de l'abattre si le besoin s'en sentait.

- Et vous ? Fit-il en regardant le breuvage sanglant couler le long de la paroi translucide de son verre, Vous ne m'avez toujours pas dit ce que vous faisiez là. Si vous ne vendez pas vos services, continua-t-il en laissant trainer ses yeux sur la gorge blanche de la belle, vous devez être une voyageuse de passage, non?

Oui, elle pouvait tout aussi bien être une itinérante qui se rendait dans quelque autre village pour retrouver sa famille ou un amant. Mais son visage ne semblait pas acquiescer cette hypothèse.

- En tous cas, reprit-il en croisant les jambes après avoir reposé la bouteille presque vide, si à Forbach les femmes ont l'habitude d'errer le soir, seules, dans pareil lieu, pour boire à la façon des hommes, ce n'est pas dans les miennes.

En effet, à part les catins et filles de mauvaise vie, Armando n'avait jamais vu à Rome de jeune femme se délasser dans un établissement de cette manière.

- Par ailleurs, continua-t-il en lui jetant un regard noir par-dessus son verre, je n'ai pas non plus pour habitude que l'on me questionne ainsi dès mon arrivée. Je veux bien croire que Forbach soit assez isolée pour que les voyageurs n'y soient pas monnaie courante, mais vous me paraissez tout de même bien imprudente d'aborder ainsi le premier homme qui s'amène.

Armando continuait de l'observer, sirotant son verre. Il hésitait. Jeune, belle, seule, insolente, froide, provocante...cette jeune femme méritait la question...trouver une excuse pour l'arrêter était une idée qui lui plaisait déjà. Était-ce une sorcière? Il en doutait, à moins qu'il ne soit véritablement tombé dans un piège. Il priait pour que ce ne soit pas le cas, pas ce soir, il était épuisé. En tout cas, c'était forcément une voleuse, une prostituée dans l'illégalité ou une fille de bourgeois en vadrouille pour quelques fantaisies infantiles dues aux caprices féminins. Elle n'avait rien à faire ici, quoiqu'elle en dise. L'époque n'était pas encore à l'égalité des sexes et les rôdeuses étaient bien rare dans ce monde.

L'Italien se leva. Il prit lentement le couteau qui était devant lui et se dirigea tranquillement vers la table où siégeait la jeune femme.


- J'aurais pu...être un homme violent...fit-il avec un sourire narquois en arrivant devant elle. J'aurais pu...vous attraper par le col et vous clouer au mur avant de lécher votre beau visage...

L'Italien voulait la mettre mal à l'aise et la pousser à la crainte. Ses mots étaient soigneusement choisis pour instaurer un climat de terreur. Il se pencha vers la jeune femme, le couteau pointé devant son visage.

- Qu'est-ce qui vous dit que je ne suis pas un assassin? Un violeur? Un habile bandit venu-là pour brûler cette misérable ville?

Il sourit d'un air affreusement sadique puis planta brusquement le couteau dans la table en bois tout près de la belle. Le son de l'ustensile fut bref et sec. L'Italien le lâcha, puis son visage s'éclaira soudainement.

- Mais rassurez-vous...rit-il, je n'ai pas d'allumette...

Abandonnant sa position de domination, il s'éloigna un peu pour saisir la chaise qui se trouvait en face de la jeune femme. Il la ramena plus près d'elle et s'assied à califourchon dessus afin de laisser entre eux le dossier de bois comme une frontière infranchissable pour chacun d'entre eux. Il posa sa tête sur des bras croisés devant lui sur le dit-dossier et sourit d'un air plus calme et charmant.

- Vous devriez vous méfier des voyageurs et éviter les auberges le soir...Certains hommes sont de vrais bêtes. J'espère que je vous ai fait assez peur pour que vous fassiez désormais attention...Excusez ce langage outrageant...

Le ton employé par l'Italien était tranquille et aimable. Il semblait avoir pris part à un jeu sordide pour effrayer la jeune femme afin de lui donner cette petite leçon de morale et ces conseils. C'était comme s'il révélait enfin son vrai visage: celui d'un homme charmant, éduqué et quelque peu avenant, derrière ce masque de brutalité et de froideur qu'il avait affiché depuis le départ.
Cependant, la vérité venait alors d'être inversée avec habileté et seul Dieu savait ce qui se tramait dans l'esprit de cet homme...


- Quel est votre prénom? demanda-t-il avec un grand sourire. Que j'identifie enfin ce beau visage? Je me nomme Armando della Serata, ajouta-t-il pour se présenter d'abord afin de faciliter l'échange. Il écarta un peu son manteau et sortit de sous sa chemise une croix d'argent qui pendait à une chaine à son cou. Je suis ici pour m'assurer que la ville fonctionne correctement au niveau de ses paroisses, il semblerait que certains membres de l’Église soient marqués par le Démon, mais ce peut-être une maladie quelconque. Il faudrait éviter une épidémie...

Mensonges, non-dits, dissimulation, masque de bienveillance...Il pouvait passer pour un bon samaritain quelque peu extrême mais l'Inquisition ne semblait pas réellement faire partie de son vocabulaire. Qui était-il? Il pouvait aussi bien être envoyé par la milice du Vatican et les médecins, il avait l'étoffe d'un mercenaire et d'un chrétien instable...Mais, de toute façon, il n'était visiblement pas armé. Seule sa croix d'argent se balançait sur son torse et le couteau de l'auberge n'était qu'un objet qu'il venait d'avoir sous la main. Son doux sourire ne pouvait faire oublier son geste effrayant, mais il ramenait autour de lui une aura de bienveillance qui le faisait apparaître à son avantage.
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MessageSujet: Re: Soupir sur le reflet d'une lame   Mar 23 Oct 2012 - 19:49

La candeur de la jeunesse ne vous quitte jamais vraiment. Surtout si vous refusez de grandir. C'était peut-être bien pour cela que du haut de ses vingt-quatre ans, Alix n'était toujours pas mariée, et préférait jouer à éviter les cours de bienséance que voulaient lui prodiguer sa mère. C'était peut-être aussi pour cela qu'elle sortait en pleine nuit, se convaincant qu'elle n'avait rien à craindre, et que de toute façon, elle n'avait peur de rien. C'était peut-être vrai, après tout, peut-être n'avait-elle peur de rien d'autre que de fonder cette famille. Se marier, faire un enfant, vivre une vie rangée... Même si cela était attirant, l'idée répugnait parfois Alix tant cela semblait étouffant. Elle ne pouvait qu'admirer sa mère pour supporter une telle vie avec autant d'aisance.

A vrai dire, lorsque l'on cherchait encore à vivre des aventures comme lorsqu'on était gamin, on a tendance à se mettre dans des situations plutôt dangereuses. C'était peut-être même le cas ce soir, face à cet italien. S'il n'avait démarré la conversation uniquement par des grommellements, il ne tarissait plus de mots, laissant son accent chanter une once de menace. Les italiens finissaient par tous représenter des menaces, en ces temps orageux, et l'étranger ne faisait rien pour arranger ce cas. Il jouait même avec ces images qui terrifiaient tant les enfants.

Il changeait d'intonation avec aisance, passant d'abord par des excuses quant à son état de fatigue. A vrai dire, c'était à cela qu'Alix s'attendait, et à cela uniquement, pensant que la discussion resterait sur un ton poli avant qu'il ne s'excuse encore, prétextant un trop plein de fatigue, et qu'il ne parte se coucher. L'homme semblait bel et bien avoir parcouru tout le chemin depuis Rome qu'avec si peu d'arrêts qu'il n'avait pas pris le temps de manger. Elle n'imaginait même pas l'état de la monture de l'étranger, à l'heure qu'il était.
Il avait cette classe naturelle qu'ont les gens bien éduqués lorsqu'ils se rendent compte avoir été impoli. Et il réussissait l'exploit de faire passer son insulte précédente à l'état de broutille, ce qui rendit Alix plus ou moins perplexe. Elle se contenta donc d'observer, se doutant que l'étranger n'allait pas en rester là.

Il continua donc sur ce ton doucereux, aimable, charmant la brune par la mélodie de sa voix moins brutale que quelques minutes auparavant. Le changement était tellement tranché qu'il imposait un silence attentif à son auditoire. Alix émit néanmoins un sourire amusé à ses propos quant à sa sécurité.

Et soudain, quelque chose changea à nouveau dans le regard de l'étranger. Il se resservit en vin, se contentant d'annoncer sa ville d'origine, certainement sûr de l'effet que cela produirait. Il avait d'ailleurs raison, difficile de ne pas associer Rome et Inquisiteur, et il ne fallait que cela à la jeune femme pour qu'elle soit confortée dans son opinion. Son regard à elle s'éteignit un instant, songeur à l'idée qu'une nouvelle plaie allait s'abattre sur la ville. Il était déjà peu évident de gérer la guerre entre les deux clans, les Inquisiteurs n'arrangeaient rien.
Qu'il fallait être stupide pour rester en ces lieux, lorsque l'on ne prenait pas part au combat ! Combien de temps faudrait-il à un Inquisiteur pour avoir l'idée de brûler la ville, et ainsi régler le problème définitivement ?... Étonnant que personne ne l'ait fait jusqu'à présent...

Son attention fut ramenée brusquement à la réalité par l'interrogation directe qu'il lui faisait. Que faisait-elle ici ? Elle avait presque oublié cette question, mais cela était amusant de voir que l'homme s'en inquiétait. Avait-il peur d'être espionné par un quelconque dirigeant de la collégiale ?
Le regard qu'il lui portait était de plus en plus noir, malgré son ton poli, et Alix, en tout honnêteté, n'aimait pas vraiment cela. Un homme à plusieurs visages n'était déjà pas vraiment rassurant. Alors lorsqu'il venait d'Italie...

L'appréhension ne fit qu'augmenter alors qu'il s'approchait d'elle avec un couteau. Elle haussa d'abord un sourcil, étonnée d'un tel revirement dans la conversation sans qu'elle n'ait eu le temps de protester, mais resta silencieuse face à son sourire narquois, se contentant de le défier du regard. Il aurait certainement noté que tel un animal à l’affût du danger, elle se tenait prête à lui asséner un quelconque coup dans le nez si jamais il comptait passer à l'attaque. Aucun doute : elle ne se laisserait pas embrocher aussi facilement. Il était tout aussi clair que les images qu'implantait l'italien dans son esprit la répugnait et la mettaient plutôt mal à l'aise.

Lorsqu'il se pencha vers elle suffisamment pour qu'elle arrive à sentir son haleine d'homme peu entretenu depuis trois jours, Alix était plus crispée qu'il n'était possible, se demandant à quel moment elle devrait mettre fin à ce petit jeu elle-même. L'italien serait resté ainsi une ou deux secondes de plus, et sa main, avec le verre à moitié vide qu'elle serrait encore, serait venue s'écraser sur le charmant visage de celui qui la menaçait. Mais heureusement pour elle, il choisit de son propre chef de planter de couteau dans la table plutôt que dans la gorge de la brune, qui ne put que sursauter face à un tel geste.
Finalement, l'idée de mettre le feu à la ville arrivait rapidement...

Quelques secondes plus tard il lâchait son emprise mentale, et Alix se détendit. Jetant un coup d’œil à l'aubergiste qui n'avait rien vu de la scène, la jeune femme reprit le contrôle de son attitude, en croisant à nouveau les jambes et dardait son regard sur l'étranger qui prenait ses aises et à nouveau son ton doucereux, cherchant à l'envoûter encore une fois. Armando della Serata. Elle prit soin de bien noter ce nom, pour demander des informations à son oncle à ce sujet. Toutes ces facettes la perturbaient. Ca n'était certainement pas un de ces petits nouveaux dans l'Inquisition. Celui-là savait pertinemment ce qu'il faisait.

Je suis Alix de Charme, se contenta-t-elle de dire d'une voix sèche, le temps de rassembler quelque peu ses pensées, et ne voyant pas trop quoi rajouter face à un telle laïus. Mais sa bonne éducation -car après tout la particule servait à lui indiquer qu'elle n'était pas la prostitué du coin- savait alimenter les discussions, et son ego ne voulait pas le laisser penser qu'elle n'était qu'une midinette qui recherchait des sensations fortes. Elle menait bien sa vie comme elle l'entendait. Du moins, elle essayait.

Buvant une nouvelle gorge d'hypocras sans quitter l'homme du regard, Alix se redressa sur sa chaise, certainement pour se redonner de l'aplomb.

Je ne suis pas ici pour boire comme un homme, mais simplement pour m'échapper un moment, car je vous assure que vous n'avez pas connu l'ennui avant d'avoir subi un cours de violon. Au reste, soyez certain qu'ici, chacun sait à quoi s'en tenir. Tous n'ont pas reçu une éducation telle que la votre, mais il n'est un secret pour personne que j'ai été élevée avec le goût des armes. Chacun sait que je peux me défendre, et que ce n'est pas la vue d'un couteau qui me fera trembler.

Lâchant son verre, Alix délogea ledit couteau d'un air serein et le posa sur la table, au côté d'Armando, manche en avant. Elle avait parfaitement noté qu'il ne tenait pas la lame comme n'importe quel pecnot cherchant à arracher une bourse, mais bien comme quelqu'un sachant maîtriser une arme. Il n'était pas dans son intérêt à elle de préciser que tout le monde la connaissait pour être la nièce d'un Inquisiteur et qu'il fallait être fou pour s'en mettre un à dos. Non, elle ne pouvait pas lui dire cela.

Maintenant que vous m'avez prouvé être capable de menacer une jeune femme, annonça-t-elle d'une voix plus calme et insolente, peut-être me laisserez vous vous expliquer que mon interrogation n'est pas question d'imprudence, mais bien d'inquiétude. Et si vous ne supportez pas quelques questions lors de votre arrivée, vous feriez mieux de repartir. Autant vous prévenir qu'ici, les envoyés de Rome sont déjà nombreux, et leur cruauté n'est pas réputation à refaire. Chaque habitant vous questionnera, que ce soit en paroles ou bien du regard, et tremblera lorsque vous passerez devant lui. Mais ceci, qui sait, peut-être allez vous l'apprécier ?

Vous êtes ici sur un terrain en guerre, Messire, pas en terrain conquis. Entre les Sorcières et l'Inquisition, nous n'avons aucun moyen de nous défendre, si ce n'est de nous tenir au courant de qui compte passer une nuit ou plus à Forbach. Le danger ne vient pas toujours de Forbach en elle-même. Etre assise dans une auberge, la nuit, et parler avec un inconnu n'est pas le plus grand danger que l'on court à Forbach.


Alix s'adossa contre sa chaise, certaine qu'il n'en croyait pas un mot. Après tout, n'était-elle pas qu'une petite idiote venue échapper à son quotidien doré dans un endroit où elle risque pire que la mort ? Un sourire honnêtement amusé s'afficha sur le visage de la brune qui repris une gorgée de sa boisson. Une fois son verre terminé, elle devrait partir. Sigmund saurait lui dire qui était cet homme exactement. Mais Sigmund n'était pas facile à attraper ces derniers temps. L'évitait-elle ?

Les chants de beuverie reprirent dans la salle, ce qui arracha un nouveau sourire à la demoiselle, qui se sentait retourner à un esprit plus tranquille. Son regard quitta celui d'Armando pour courir jusqu'à sa croix qui se balançait sur sa chemise. Ah, les bons chrétiens...

Vous allez avoir beaucoup à faire, Messire della Serata. Déloger le Démon n'est pas une mince affaire, que ce soit en ville ou bien dans les paroisses. Beaucoup d'hommes avant vous ont échoués. Saviez-vous que des exorcistes étaient même passés par Forbach ? Je suis trop jeune pour m'en souvenir, mais il paraît que tous les habitants étaient hantés par des fantômes, et que ces hommes auraient réussi à les chasser. On n'a plus vraiment entendu parler d'eux par la suite...

La jeune femme reprenait une conversation banale, polie, et fixait à nouveau l'italien, non plus sa croix. Au final, il paraissait faire part de celle que portait Forbach depuis des années. La croix de Dieu était bel et bien la plus lourde à porter.
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MessageSujet: Re: Soupir sur le reflet d'une lame   Mer 31 Oct 2012 - 23:55

L'Italien était à l'aise malgré la tournure que prenait la discussion avec la jeune femme qui lui faisait face. Installé à cheval sur sa chaise, il la dévisageait doucement, un demi-sourire figé sur son visage mal rasé. Il était heureux d'avoir réussi à lui faire peur. Car, alors qu'il tenait le couteau et tandis qu'il s'approchait d'elle quelques minutes auparavant, il avait clairement senti chez elle monter une forme d'appréhension retenue. Ses yeux s'étaient agités, ses muscles s'étaient tendus... Imperceptiblement, la jeune femme s'était tenue prête à réagir face à la menace physique qu'il représentait. Mais Armando avait mis fin à son petit manège très rapidement. Son but, il l'avait atteint, et ce n'était pas de faire entrer la belle dans une peur panique. Pour lui, il était important de connaître ses intentions et donc de la tester. Si elle avait été mandatée par quelque organisation pour lui porter atteinte, elle aurait certainement réagit à ce moment-là. Cependant, la jeune femme avait fait preuve d'une maîtrise plutôt surprenante. Malgré ses regards vers l'aubergiste qui dénotaient ses criantes du scandale, malgré ce petit air soudainement perdu et cette agitation interne qui se reflétaient dans la prunelle de ses yeux qui dénotait sa crainte soudaine, elle était restée droite, fière, sans esquisser un seul geste de défense ou d'attaque. C'était une femme forte, apparemment habituée à la vision d'une lame.

Pourtant, il semblait évident que sa mise en scène l'avait piquée. Aussi la jeune femme lui donna-t-elle son nom si sèchement que cela arracha un sourire à l'Italien.


- Alix...de Charme...répéta-t-il pour lui-même comme pour graver ce nom dans sa mémoire et chercher s'il en avait déjà entendu parler. Noble descendance...

Il l'observa. Elle n'avait pas perdu sa contenance mais elle le regardait d'un air plus dur et entendu. Ses yeux brillaient derrière son verre qu'elle levait à nouveau. Armando avait bien saisi que son nom servait désormais à mettre une barrière tangible entre ses origines et l'industrie dont il venait de lui parler. Ce n'était certes pas une catin, évidemment, maintenant il en avait le cœur net, quoiqu'il était déjà tombé sur des filles qui se donnaient des surnoms de duchesses pour s'appeler entre elles. Ils allaient donc continuer leur discussion sur un meilleur pied d'égalité, bien que leur âge et leur passé laissaient une frontière entre leurs types de pensées.

Alix, ainsi se nommait-elle donc, enchaîna sur sa défense, ou du moins sur l'exposition des raisons de sa présence. Enfin Armando en apprenait un peu plus sur elle. Il avait réussi à la faire parler d'elle-même. C'était donc bien une bourgeoise en fuite, une jeune femme lasse des enseignements coincés et carrés de sa famille, une jeune aventurière, farouche, sauvage, libérée de ses chaînes au moins dans son esprit. Elle parlait de cours de violon et se disait femme d'armes par amour de ces dernières. Armando ne pu s'empêcher un rictus désapprobateur.


- J'admets que les cours de violon ne doivent pas être gais tous les jours, mais une jeune femme est bien plus à sa place violon en main plutôt que fleuret dans le coeur...

En soit, Armando n'était pas de ces machistes qui considéraient que la place des femmes était forcément chez elles, enfermées, entre deux cours de musique et de couture, aux fourneaux avec la charge des marmots. Cependant, il ne pouvait s'empêcher de trouver les armes inappropriées au genre féminin. C’était évident qu'elles étaient d'une constitution plus fragile et que leurs émotions, plus développées que celles des hommes, ne pouvaient être qu'un handicape dans le dur travail de la violence. Une femme habillée en homme, assise dans une auberge, qui parlait d'armes et qui fuyait l'éducation habituelle des jeunes femmes de son âge et de son rang, voilà qui était nouveau pour l'Inquisiteur. Forbach n'avait pas fini de le surprendre.

La belle décrocha le couteau de la table. Pendant une seconde, l'Italien songea qu'elle pouvait avoir un geste malheureux dans sa direction, mais elle se contenta de poser l'objet entre eux, laissant le manche vers lui. Armando le récupéra donc lentement et se remit à analyser la lame.


- Mon éducation...fit-il en appuyant son doigt sur les crans émoussés du couteau, doit avoir été bien moins heureuse et moins noble que la vôtre, mademoiselle de Charme. Ne vous méprenez pas.

Il plongea ses yeux dans les siens.

- Mais je ne suis pas du genre à étaler ma vie, encore moins mon passé...Toujours est-il, qu'en effet, je n'ai pas connu les cours de violon...

Puis il écouta la jeune femme le mettre en garde et lui expliquer les raisons de sa curiosité. Tout d'abord, Armando ne réagit pas le moins du monde, laissant la belle s'exprimer librement sans l'interrompre. Il voulait en savoir le plus possible sur elle, sur cette ville, sur l'atmosphère qui régnait en ces lieux. La moindre information était bonne à prendre. Sa mission, qu'il aurait pu appeler "purgation", nécessitait de connaître parfaitement le terrain sur lequel il allait opérer.

Cependant, il finit par perdre patience face au ton d'Alix. Il ne pu s'empêcher de grogner, plus pour lui-même qu'autre chose :


- Faire peur aux femmes est peut-être un de mes passes-temps favori...oui...

Alors Alix parla de guerre, d'Inquisition, de Sorcière. Le sujet sur lequel elle avait voulu l'amener, de manière évidente, surgissait enfin en des termes précis. Armando se redressa sur sa chaise et lui jeta un regard plus sombre. Elle parlait de danger, d'un terrain "non conquis"...L'Italien lui sourit d'un air mauvais. Enfin ils abordaient le topic qui les intéressait tous deux.

- Il n'y a rien à conquérir, mademoiselle...fit-il en se penchant en arrière sur sa chaise. Entre les Sorcières et les Inquisiteurs, il y a certes une guerre, je suis au courant, cependant ce n'est pas pour des questions de territoire mais bien de liberté d'esprit que nous nous battons. Les Sorcières s'emparent de la peur des habitants et font de cette région un véritable foyer du Mal. Elles s'y sont installées physiquement, certes, mais elles sont bien plus présentes dans l'âme des habitants, âme qu'elles souillent de leurs maléfices ! Les Inquisiteurs espèrent libérer Forbach de ses peurs et de cette menace constante qui plane au-dessus de ses familles. Un possédé méprisé, une malade improbable, une eau empoisonnée...Jamais ces pauvres gens ne seront tranquilles temps que l'Inquisition n'aura pas agi plus vivement.

Armando donnait son point de vue sur la situation. Il jouait à nouveau avec le couteau, le faisant tourner dans sa main avec habileté.

- Le but n'est pas de récupérer un espace physique mais bien mental. Il faut que Forbach soit capable de vivre enfin à sa façon et non pas en suivant les Sorcières qui utilisent leur crainte pour arriver à leurs fins. Il peut y avoir, dans l'Inquisition, quelques actions qui ont paru aux yeux des habitants comme des excès de zèle et de violence, mais face au Malin, je pense que tous les moyens sont bons pour l'anéantir.

L'Italien révélait en partie ses manies fanatiques. Cependant, il paraissait idéaliser une certaine forme de châtiment divin et défendre la liberté des âmes plutôt que de prôner la destruction immédiate. Il jouait habilement avec les mots, lui qui aurait décapité cette jeune femme au moindre geste suspect...En tous cas, même s'il oscillait volontairement entre la brutalité, un semblant d'idéal chrétien et des conceptions bienveillantes pour les habitants de Forbach, il était désormais inutile de tenter de se faire passer pour un simple inspecteur religieux : c'était un membre de l'Inquisition, il n'allait pas le cacher plus longtemps, d'autant qu'Alix était clairement de ceux qui avaient l'esprit assez vif et curieux pour le comprendre et conserver cette idée malgré tout ce qu'il pourrait dire pour s'en défendre.

Armando hésita un instant à poser le couteau mais il ne le pu. Sa manie de jouer avec était plus forte que lui. Ce soir, la fatigue annihilait une partie de ses sens et ce mouvement habituel l'aidait à rester à la fois éveillé et attentif. Alix s'était elle aussi faite plus lasse, c'était flagrant.


- Du travail...oui...certainement...murmura-t-il en laissant son regard dans le vide. En tous cas l'Inquisition ne peut plus laisser passer aucune saison supplémentaire sans nettoyer une fois pour toute ce village. Cette histoire de stigmates...est une attaque qui ne mérite qu'un châtiment. On ne peut se laisser menacer et tourner en ridicule ainsi indéfiniment.

Il ramena ses yeux dans ceux d'Alix. Son regard était empli d'une furieuse détermination.

- L'Inquisition ne peut plus passer pour une faible institution gérée par des extrémistes ou des traîtres. Le Vatican est fatigué d'entendre parler de Forbach.

L'Italien se leva soudainement pour replacer sa chaise sous la table, comme s'il allait prendre congé sur cette phrase sèche et menaçante. Cependant, il continua :

- Je comprends bien évidemment que vous puissiez trouver cette auberge plus sûre que vos ruelles...et les voyageurs de mon acabit moins cruels que vos violons...Il sourit laissant échapper un rire rauque. J'ai appris beaucoup de choses sur Forbach avant mon voyage. Continua-t-il en s'appuyant sur la table comme pour s'y asseoir. Il croisa les bras et baissa la tête d'un air las et plus sérieux encore. Le Vatican archive tous les scandales qui y sont liés, toutes les manœuvres de l'Inquisition...J'ai entendu bien des murmures, des rumeurs, des effluves sonores que j'ai confirmés via le témoignage de quelques anciens. Les exorcistes sont en effet passés ici...à une époque...Je ne les apprécie pas...évidemment...Son regard tomba à nouveau sur la croix au-dessus de la cheminée. Quand ce sont pas des charlatans ou des opportunistes, et la nuance est faible, ils passent leur temps à considérer l'Inquisition comme une épine dans leur pied, et nous le leur rendons bien...

Armando commençait à s'étaler sur ses pensées. Quelque chose le poussait à expliquer à Alix sa façon de voir les choses. C'était comme s'il voulait lui prouver qu'il n'était pas qu'un homme bourru, fourbu par le voyage, désagréable de nature, envoyé par l'Inquisition comme un chien à sa solde prêt à mordre le premier renard qui s'approcherait du sombre poulailler qu'était Forbach, mais bien un soldat qui prenait à cœur sa mission et qui avait ses propres opinions. L'Italien avait toujours agit sans se soucier réellement de la hiérarchie. Il avançait dans la brutalité et le sang pour satisfaire avant tout une vengeance personnelle qui motivait désormais toute sa vie. Il avait appris à user de la ruse et à jouer avec ses victimes, ses informateurs, ses alliés comme ses ennemis. Il portait toujours un masque et lui-même ne pouvait cerner toute sa personne lorsqu'il se regardait dans un miroir.

- Et vous ? Fit-il soudainement en se tournant clairement vers Alix. Que pensez-vous des Sorcières ou des exorcistes ? Que savez-vous des Inquisiteurs ? Je crois que de vous à moi c'est à vous de me renseigner...

Il lui sourit, bien qu'il n'eut qu'une envie : se coucher. Il était las, très las et il n'avait pas prévu de parler de tant de chose le premier soir de son arrivée. En réalité, il avait choisi l'auberge plutôt que la Collégiale pour se reposer une bonne nuit avant d'entrer dans le vif du sujet. Mais cette jeune femme venait de l'y faire plonger. Maintenant qu'il était engagé, il ne voyait pas l'intérêt de faire demi-tour.

- Je ne vous demanderai pas de m'apprendre le violon, sourit-il, mais bien si l'ombre qui rôde dans Forbach est définie ou non par ses habitants. Attraper les fantômes n'est pas mon métier.
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MessageSujet: Re: Soupir sur le reflet d'une lame   Sam 3 Nov 2012 - 15:09

Cachant sa curiosité par un masque d'ennui, Alix fit mine d'avoir un geste machinal, et fit tourner sa boisson dans son verre, le regard ailleurs. En vérité, elle écoutait avec attention tout ce que l'Italien lui disait. Il ronchonnait un peu, et la jeune femme ne put s'empêcher de hausser les sourcils en entendant son petit laïus sur la place des femmes. Mais hormis croiser le fer avec lui, elle ne voyait pas comment lui prouver son point. Elle espérait avoir cette opportunité, plus tard, histoire de pouvoir rabattre cette grande bouche, néanmoins ça n'était pas vraiment le moment. L'étranger était fatigué, et Alix commençait à l'être aussi. Même si sa jeunesse lui prodiguait au moins un avantage, sans compter qu'elle voulait bien parier être plus agile que ce vieux bourru, elle estima qu'il n'y avait rien dans ses dires qui justifiait qu'elle n'ait envie de le frapper. Enfin, si, bien sûr, mais pas au point de frapper un Inquisiteur.

Elle ravala donc sa fierté, et ne dit mot, attendant une meilleure occasion d'en placer une. Et elle obtenait ce qu'elle voulait, au final, puisqu'elle comprit parfaitement que cet Inquisiteur était des fanatiques. Les plus dangereux. Sigmund devait être au courant. S'il savait, peut-être pourrait-il éviter le pire. Enfin... il lui faudrait lui expliquer ce qu'elle faisait dans une taverne à une heure pareille... Oui, bon, elle trouverait bien une explication. Ou elle noierait le tout dans un flot de paroles très rapide, ça marchait parfois, aussi.

Mais plus Armando parlait, et plus Alix avait du mal à se contenir. C'était bien un Inquisiteur qui avait certainement de la bouteille, certes, mais il était aussi stupide que les plus jeunes. Il arrivait là, comme un cheveu sur la soupe, et pensait pouvoir résoudre tous les problèmes.
L'imbécile. Sous couvert d'une bonne intention, il pensait pouvoir utiliser n'importe quel moyen, et ce genre d'attitude effrayait la jeune femme. Il aurait été plus simple d'en finir là, tout de suite. Lui planter son couteau dans la main, et lui briser la nuque. Être arrêtée n'aurait rien changé au fait qu'elle aurait libéré la ville d'un fanatique. Malheureusement, Alix n'était pas prête pour un tel comportement.

Secouant la tête pour sortir de ses idées lugubres qui ne lui ressemblaient que moyennement, la jeune femme fixa à nouveau l'étranger, ne pouvant dissimuler une lueur inquiète dans son regard.

« Le Vatican est fatigué d'entendre parler de Forbach. » L’italien se leva, augmentant le taux de drame qu'impliquait cette phrase, et Alix ne tenait plus. Son regard se durcit, et elle le jaugea, toujours assise, comme l'on jauge un prédateur, pour la première fois depuis leur rencontre. Elle commençait à se rendre compte de l'intelligence dont faisait part son oncle, dans l'Inquisition. Il n'était pas fanatique, mais bien réfléchi, et certainement que le fait que des membres de sa famille fassent partie des sorcières avait fait de lui ce qu'il était aujourd'hui. Puisqu'il savait, il lui était possible de comprendre qu'être une sorcière n'impliquait pas être forcément mauvais. Tous les Inquisiteurs ne savaient pas faire cette différence.

Et ainsi menée, Alix n'aimait pas la crainte qu'elle commençait à ressentir. Le prédateur, assis sur un coin de table, la dominant de toute sa hauteur, était de plus en plus inquiétant de minute en minute. La conversation subtile qu'elle avait essayé de mener était devenue évidente, ouverte, et à présent Alix avait l'impression d'être en plein interrogatoire. Sensation peu plaisante, surtout au milieu d'une taverne remplie de chants. Pour détendre son impression, la jeune femme leva son verre une dernière fois pour terminer sa consommation.

Le silence qu'elle garda durant de longues secondes après sa question était un silence de réflexion profonde. La fatigue la rendait moins prompte à se décider, c'était visible à présent. Elle sentait néanmoins qu'elle rentrait dans un terrain un peu plus glissant encore. C'est pourquoi elle fit son possible pour garder un ton toujours aussi courtois et poli.

Eh bien messire, j'aurais du mal à vous enseigner le violon, puisque j'ai plutôt l'envie de vous enfoncer un archet dans le nez, avec tout le respect que je vous dois. J'ai peine à croire que le Vatican, aussi fatigué soit-il, décide de nous envoyer encore un homme qui pense pouvoir résoudre tous les problèmes de Forbach. J'ai l'impression que vous n'avez pas bien réfléchi à cette histoire de stigmates qui ne donne pas vraiment l'impression de venir des sorcières, à mon avis. Ou bien tous les non-stigmatisés en sont, et je pense que je le saurais moi-même, si j'en étais une. Chercher à punir sans savoir est bien là le reproche que je fais à l'Inquisition. L'envie d'avoir un coupable à châtier vous aveugle... Vous pensez des exorcistes qu'ils sont charlatans, ou bien opportunistes, et pourtant ce sont bien les seuls à avoir pu régler un quelconque problème à Forbach, en quelques mois. L’Inquisition est à Forbach depuis des décennies sans résultat, si ce n'est faire preuve de cruauté.

Je vous souhaite de trouver ces Sorcières, messire, et de défaire les sombres histoires de cette ville, mais je ne peux m'empêcher de trouver que vos confrères et vous ne vous y prenez pas de la bonne façon. Heureusement je sais qu'il reste quelques Inquisiteurs qui font preuve de plus de vigilance dans leur jugement.

Alix avait essayé de rester d'une politesse sans faille, malgré sa petite phrase d'accroche qui aurait fait pâlir sa mère. Mais elle était comme cela, et ne se changerait pas. Ce trait de caractère à lui seul réussissait à faire fuir quelques prétendants, mais risquait néanmoins de l'emmener répondre de ses mots dans les flammes un jour ou l'autre. Peu d'Inquisiteurs supporteraient cette impertinence très longtemps.

Le Vatican se fatigue peut-être, mais Forbach aussi. Je me demande parfois s'il ne faudrait pas laisser cette ville tranquille pour qu'elle se soigne d'elle-même...

Mais je ne vais pas vous retenir plus longtemps, car il est clair que la fatigue l'emporte sur nos esprits. Et votre voyage fut plutôt éprouvant... Je vais vous laisser aller vous reposer à présent.


Alix se leva à son tour, de manière moins soudaine que l'italien, mais avec une grâce qui ne manquerait pas de lui échapper. Elle aimait ne pas passer pour une menace... un temps. De toute façon, tant qu'elle ne fichait pas son poing sur le nez de son adversaire, celui-ci avait du mal à l'imaginer comme telle.

Je prends donc congé de votre compagnie plutôt intéressante, même si le sujet abordé ce soir me paraît un peu trop houleux. Néanmoins, je ne suis pas certaine que ce soit la bonne heure pour aborder une telle question. Il est à présent temps pour moi de retrouver mes violons.

Revêtant sa cape, la jeune femme prit les deux pans du vêtement et mima une petite révérence parfaite, comme lorsqu'elle avait l'habitude de faire étant enfant. Eleonor avait toujours aimé la voir effectuer ce geste. Après un sourire amusé, Alix prit direction de la sortie de l'auberge, pas vraiment sûre d'avoir bien fait d'engager la conversation avec cet homme. Être en ces lieux était déjà un motif de suspicion, et la brune se demandait si elle n'avait pas rajouté quelques dossiers à sa charge.
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MessageSujet: Re: Soupir sur le reflet d'une lame   Ven 21 Déc 2012 - 3:28

La discussion avait pris un tournant des plus désagréables. Car, même si Armando jubilait intérieurement d'avoir pu repousser quelque peu la jeune femme dans ses retranchements, il trouvait lui aussi que le moment n'était pas bien choisi pour engager pareil débat. Évidemment, même au bord de la mort il aurait continué cet interrogatoire qui passait pour un simple échange d'idéaux sous couvert de fausse galanterie.
Mais Alix n'était pas idiote, loin de là, et Armando se retrouva rapidement face à une verve farouche. La belle était prête à lui faire face et à affirmer ses idées, dû-t-elle en venir à franchir certaines frontières de courtoisie. Et ce fut bien elle qui, la première, le menaça directement. Car si l'Inquisiteur avait joué avec le couteau, jamais il ne lui avait dit concrètement qu'elle l'énervait ou qu'il était prêt à la frapper si elle osait aller trop loin dans ses écarts de comportements. Ce fut elle, oui elle, qui fut la première à confirmer sa hargne personnelle.

A ses mots au sujet de l'archet qu'elle lui mettrait bien dans le nez, Armando leva un sourcil et en rit franchement. Les bras croisés, il la regarda de haut et rit avec ironie:


- Hahaha! Je ne pensais pas vous énerver si facilement...Et à votre air revêche, je jurerais que je vous ai tout de même fait peur tout à l'heure...Un archet...hé bien...si vous vous mettez à mêler les armes et le violon, me voilà cuit!

Puis la belle étala son opinion sur le Vatican et l'Inquisition. Elle mit en avant le travail des exorcistes et rabaissa celui des inquisiteurs qui, à ses yeux, semblaient simplement former un groupe de fanatiques violents, sans cervelle et sans âme. Armando ne dit mot, laissant Alix exposer sa rancoeur. Gardant un masque de sourire retenu, emprunt de la galanterie la plus élémentaire, (puisque la jeune femme ne méritait pas mieux à ses yeux), l'Italien réfléchissait. D'où lui venait donc cette haine des Inquisiteurs? Avait-elle déjà eu affaire à eux? Avait-elle eu une amie, un proche, un membre de sa famille inquiété par un de ses collègues? Ou était-ce là les craintes d'une pauvrette que la bourgeoisie avait éduquée dans la colère générale qui grondait à Forbach? Qui étaient donc ses parents? Comment pouvait-elle se retrouver ainsi dans une taverne à pareille heure? Et pourquoi s'enflammait-elle si facilement lorsqu'il était question de nettoyer la ville de ses sorcières?
Armando était un homme éminemment belliqueux et cette jeune femme était tout ce qu'il détestait: une petite poulette endimanchée qui jouait les héroïnes et qui se croyait assez mature pour pouvoir savoir ce qui pouvait bien se tramer dans le coeur d'un homme tel que lui! Non seulement elle venait clairement de le cataloguer comme fanatique, pour le jeter en pâture aux médisances générales qui se trouvaient déjà encrées à Forbach au sujet des inquisiteurs, mais en plus elle se permettait de l'affronter du regard et de le provoquer directement par les mots. C'était une insolente, une ingénue et une insolente. Et elle était belle, dangereusement belle, une pécheresse à n'en pas douter...
Que faisait-il donc avec semblable guenon? C'était une perte de temps!

En tous cas, Armando dressa l'oreille lorsque la jeune femme lui balança qu'elle connaissait des Inquisiteurs autrement plus réfléchis que lui. Que savait-elle donc de lui? Comment pouvait-elle le juger aussi rapidement, sur quelques paroles échangées? Elle se permettait de le mettre dans le panier des fanatiques irresponsables sans même le connaître! Sur quelques mots plus hauts que les autres elle avait décidé d'en faire un simple meurtrier? C'était fort! C'était trop fort!
Mais après tout, lui l'avait bien clouée sur son tableau de fille perdue...


- Que savez-vous de moi...? ne pu-t-il pas s'empêcher de murmurer dans un grognement rauque en serrant le poing. Vous êtes bien présomptueuse mademoiselle...

Lui aussi restait poli. C'était une manière d'atteindre ses buts: jouer avec les nerfs d'autrui, pousser à la confession et l'explosion des idées, retenir chaque détail et tendre des filets tout autour...Une araignée était moins calculatrice que lui...

La belle parla alors de Forbach et de sa fatigue comparée à celle du Vatican. Et elle osa incriminer ce dernier qui se contenterait de noircir un tableau déjà trop sombre. Armando tiqua à nouveau et pouffa d'un air dur:


- Pfff! Laisser la ville se débrouiller seule? AUx mains des sorcières? Ha! Et laisser tout ses habitants devenir les esclaves de ces mégères décaties? Non, non! Jamais! Ho non...mademoiselle... continua-t-il en la dévisageant plus méchamment. Ce serait leur laisser trop de liberté et risquer qu'elles ne deviennent de vraies menaces...Et puis, laissez les habitants en prise avec les forces du Mal sans intervenir serait une honte! Vous ne voudriez tout de même pas me faire croire que vous préférez les sorcières aux Inquisiteurs?

Le regard de l'Italien se fit flamboyant.

- N'est-ce pas...? Appuya-t-il comme un inspecteur ferait avec son accusé pour le pousser à l'erreur nerveuse.

Pour qui se prenait donc cette petite gourde? Elle était en train de s'enfoncer dans des considérations hautement dangereuses en sa présence. Laissez la ville aux sorcières pour qu'elle ne se défende seule? Ha! La belle idée! Cela sonnait comme une véritable trahison face au Vatican! Alix était à deux doigts du bûcher pour blasphème et atteinte à l'ordre.

Mais la belle sembla se soucier soudainement de l'heure et en profita pour mettre un terme à la conversation. Armando la laissa se lever et se rhabiller sans qu'il ne bronche. Il avait son nom, son visage, ses opinions...c'était bien suffisant pour l'amener à devenir son petit jouet. Qu'elle ne soit qu'une insolente parmi d'autres ou une auxiliaire des sorcières, il saurait la remettre à sa place ou la brûler vive! Le temps allait jouer en faveur de son amusement. C'était fini, Alix ne serait plus tranquille temps que l'Italien n'aurait pas suffisamment de preuves pour en faire une innocente jeune femme. Ses regards, son ton, ses murmures noirs sur l'Inquisition, ses blasphèmes...c'était bien assez pour qu'elle ne se soit fait d'Armando un ennemi. Même si l'Inquisiteur la classait dans la catégorie des mijaurées délaissées par quelque mari imprudent plutôt que dans la catégorie des coupables, il n'allait certainement pas la laisser filer sans qu'il n'y ai de suite à leur conversation. Soit elle s'excuserait et reconnaitrait la puissance et l'efficacité de l'Inquisition, soit elle s'énerverait à nouveau et il la pousserait assez au blasphème pour la blâmer en public. C'était son bon plaisir que de faire souffrir les femmes qui ne savaient pas garder leur place. Il avait une dent contre toute la gente féminine et il n'allait pas se laisser insulter ainsi, dès son arrivée, sans lui brûler la peau par "inadvertance" lors d'une prochaine soirée...

Inclinant la tête, l'Italien salua le jeune femme qui prenait congé:


- Oui, la fatigue est le lot de tous les mortels...et ce n'est pas l'heure pour de telles conversations, en effet...

Armando décroisa les bras et planta définitivement le couteau dans la table.

- Je vous souhaite une bonne soirée. Au plaisir de vous revoir...

Son sourire sadique en disait long: Alix n'allait pas avoir le bonheur de pouvoir éviter sa route très longtemps.

Une fois que la belle eut quitté l'établissement, Armando englouti une nouvelle pinte de bière et s'en fut se laver. Le bain était chaud, les serviettes moelleuses: cette auberge était en vérité d'une hospitalité bien appréciable...
Une fois propre, l'Italien partit se coucher. Sous l'édredon, débarrassé de tout ses vêtements, il songea à Alix: cette donzelle aux airs de noble cachait bien son jeu...Elle avait osé lui cracher sa haine au visage, ça ne se passerait pas comme ça! Il lui montrerait, tôt ou tard, qu'il ne fallait pas se rire de l'Inquisition.

Sa première soirée à Forbach, avait été bien déplaisante...et son rendez-vous à la Collégiale n’allait certainement pas être plus gai...


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