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 Lame d'Espoir

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Soldat de l'Inquisition
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MessageSujet: Lame d'Espoir   Dim 18 Nov 2012 - 22:50

Comme il l'avait prévu le Suisse s'était rendu au château de Frauenburg. Pour apprendre une bien triste nouvelle : on lui demandait d'emporter l'épée magique pour « l'exorciser ». Non content de le forcer à se déguiser en servant – il arrivera à un compromis en portant l'uniforme de capitaine de la garde du château – on lui demande en plus de partager son voyage en compagnie du Comte. Quelle ironie du sort, lui qui comptait l'interroger se retrouve effectivement en sa seule compagnie. Cependant la situation actuelle n'est guère de sa main préparée. Un individu fort irritant semble-t-il a organisé ce voyage de A à Z. Non contente de n'en faire que des siennes cette foutue bonne sœur accorde sa confiance au Comte – possiblement sorcier – simplement parce qu'il se rend régulièrement à l'église et qu'il s'est fait connaître comme un fervent serviteur de l'église. Si le vieillard ne le considère pas comme tel il n'en oublie pas qu'il s'agit d'un fin tacticien. Cependant dans sa mascarade il a incrusté une faille. Et cette faille à présent lui est parfaitement exposée.

Il ne sont que deux dans le carrosse, lui-même escorté par un éventail de gardes. Qui, sans doute, ignorent la réalité de leur maître. A moins qu'il ne s'agisse de ses complices ?
La route sera longue et éreintante, et le beau temps n'est pas au rendez-vous. Si la pluie n'est pas torrentielle, elle n'empêche pas moins le carrosse par moment de s'enliser dans la boue.
Mère Marie-Théodosine. Quel cadeau que vous nous faites là. En voulant prendre le contrôle de l'inquisition Forbarchoise vous lui tendez une arme dont vous n'imaginez pas même l'ampleur. Qui plus est en permettant à Cassandra de choisir un homme de confiance votre mission se trouve confier à un être que vous ne pourriez en aucune façon contrôler. Méfiez vous de ne pas vous piquez à ses épines.
Quant à Amaël Loewonstein il se retrouve à présent coincé entre les crocs du vieux loup. Celui-ci justement laisse s'échapper un léger rire discret alors que le carrosse s'enlise dans la boue.

«Herr Loewenstein... Vous jouez là une brillante mascarade. Non content de vous faire passer pour un Comte vous vous faites passer pour un serviteur de Dieu. »

L'idée même de faire allusion au dit Dieu fait intérieurement rire le Germanique. Que devriez-vous en conclure ? A mi-mot il vous déclare ses soupçons à votre égard, il vous soupçonne de n'être guère Amaël Loewenstein. Mais est-ce tout ? Bien loin de là, si vous n'êtes guère un serviteur de Dieu ne pourriez-vous guère être tout le contraire ?
Les gardes font signes qu'ils peuvent reprendre le voyage, le carrosse reprend sa course. Et le Suisse en profite pour vous détailler du regard. Il n'y a cependant pas de doute : Alicia De Sarreburg est bien sa mère, il a hérité de sa grâce, aussi antipathique lui fut-elle – encore que, s'il l'avait véritablement connu il aurait pu l'apprécier. Mais en le détaillant bien il confirme sa pensée première : cet homme n'est guère Amaël Loewenstein et si des similitudes persistent des détails se distinguent sur celui-ci. Les yeux par dessus tout choquent, les yeux sont les premiers à vous trahir. Car quoique vous fassiez vous ne pourrez les dissimuler sans perdre la vue.

« Si vous ressemblez effectivement à Alicia de Sarreburg vous ne ressemblez guère à Amaël Loewenstein... Étant donné que vous avez pris sa place j'en déduis qu'il nous a quitté. »

Non content de nier l'existence de Maestriani le Suisse ressort un nom que la comtesse n'a plus porté depuis nombre d'années. Cet enfant se souvient-il seulement de ce nom ressortit des méandres du temps ?
Quant à la disparition d'Amaël Loewenstein... Est-ce un mal en soi ? Pourquoi n'en parle-t-il qu'au comte ? Alors même qu'il aurait pu le révéler en place publique. N'a-t-il que des soupçons ou n'est-ce jamais que de son propre chef qu'il a dissimulé cette information ? Amaël Loewenstein se serait-il seulement démené pour ses sujets ? Sans doute pas.

« Si je vous parle du Livre des Anges et du Lys Noir, qu'en déduisez-vous ? »

En d'autres termes n'êtes vous point un sorcier. Est-ce là les seuls secrets dont il a connaissance ? Et d'où donc peut-il les sortir ? A-t-il un informateur parmi les sorciers ? Y a-t-il un traître dans vos rangs ? Comment cet étranger peut-il en savoir tant ? Quels secrets cette ombre du passé transportent-elle dans ses paniers ?
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MessageSujet: Re: Lame d'Espoir   Lun 19 Nov 2012 - 0:26

Noâz n’avait pas été mis au courant par l’effroyable bonne sœur pirate de l’objet transporté par ce faux commandant. L’épée du Gardien… Le Comte n’était pas dupe et de la longueur du coffre à la destination du voyage, le cœur d’un évêché, en passant par l’aspect terriblement confidentiel de la mission, tout menait à penser que Mère Marie-Théodosine comptait retirer le sortilège qui empêchait un mortel de toucher la lame. Noâz avait fait confectionner une épée presque identique à celle qu’il avait vu pourfendre les ailes noires de sa mère dès qu’on lui avait demandé son aide. La facture d’urgence était grossière mais finalement pas si éloignée de l’aspect organique de l’originale.

Noâz n’était pas sensé savoir ce que contenait le coffret que Sigmund tenait sur ses genoux. Il ne pouvait donc y faire allusion… Pourtant il fallait absolument séparer l’inquisiteur de ce bien tant convoité. Mais alors que Noâz réfléchissait très intérieurement sans jeter un seul regard à l’inquisiteur et son coli, celui-ci ouvrit par lui-même une brèche parfaite, mais inquiétante…

Noâz fut intérieurement sidéré d’avoir été ainsi lu et décrypté par cet homme si insignifiant à ses yeux jusqu’ici. Il en fut presque vexé et c’est là la seule expression qu’il laissa transparaître : l’exaspération. Il aurait pourtant eu les jambes coupées tant il se sentait déstabilisé. Heureusement Sigmund fier de sa prise hypothétique était bavard ce qui laissa le temps à Noâz de se remettre – après tout la chose était arrivée par le passé à sa mère et le peu de subtilité de Sigmund lui permettrait de prôner le cas échéant une stigmatisation héréditaire illégitime et simpliste - et de se préparer à exploiter ce qui par ailleurs était une chance d’arriver à des fins que son interlocuteur ne soupçonnait pas…


« Si vous me parlez du Livre des Anges de Lorenzo Maestriani et de la tribu du Lys Noir qui sévit nul ne sait trop où à Forbach, je vous rappellerai qu’en ma qualité de compte je suis habilité à connaître certaines informations quant à mes terres et ce qui s’y passe dont vous-même ne soupçonnez pas l’importance. En cette qualité également, je suis capable de faire remonter de très lourdes plaintes contre vos allégations infondées. Des inquisiteurs rêveurs et paranoïaques j’en ai débarrassé plus d’un du comté et je saurai le refaire sans peur. Je ne vous crains pas Sigmund Von Wädenswil, ni vous, ni l’Inquisition, car je suis bon chrétien et que comme tout bon chrétien le seul que je craigne c’est Dieu lui-même. Tâchez désormais d’adopter un langage et une conversation plus appropriée à nos grades respectifs s’il-vous-plaît…

Et oui, ne vous en déplaise, je suis bien Amaël Loewenstein et j’ai donc bien autorité ici-bas ! »


Le jeune homme soupira l’air détaché.

« Ils m’ont encore collé un siphonné… »

Un moment de silence prit place. La froideur légendaire des Loewenstein venait de faire claquer un grand coup de fouet et étirait à présent en cette aposiopèse toute sa superbe. Noâz resterait maître de la situation. Il le savait, il jouait trop gros, il devait réussir.

Le plan était simple. Pousser Sigmund à la faute. Noâz savait que l’inquisiteur n’avait aucune preuve tangible à présenter devant un tribunal. Or si le pouvoir des inquisiteurs était incommensurable, s’attaquer au premier homme de Forbach risquait de s’avérer délicat sans indices d’acier. Noâz contait bien profiter de la tension qui opposait le pouvoir religieux et royal : ici il était représentant d’un comté du Royaume de France et une vexation impropre risquait de virer en faute diplomatique dérangeante pour l’Inquisition qui se verrait alors amoindrie. C’est là que Noâz comptait pousser Sigmund. Il le mènerait à pousser l’argument trop loin sans fondements et simulerait une crise d’autorité pour appeler sa garde personnelle à bouter l’inquisiteur fautif hors de la diligence manu militari.

Une fois débarrassé de Sigmund Noâz se chargerait de faire l’échange d’épée. La tactique était assez grossière mais pas surréaliste, cinq hommes forts contre un vieillard… Et les gains étaient nombreux : discrédit sur Sigmund qui devenait gênant, l’épée du gardien dans la poche, odeur de sainteté devant l’inquisition qui récupérait une épée approximativement ressemblante à la description faite.
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MessageSujet: Re: Lame d'Espoir   Jeu 29 Nov 2012 - 19:55

Le vieillard écoute en silence, tout tapotant de l'ongle son coffret, comme pour irriter son interlocuteur. Interlocuteur qui, visiblement, s'imagine avoir l'avantage, oh nul doute que la présence de ses gardes lui donne quelqu'assurance, surtout si l'on considère qu'il a un vieillard face à lui. Il semble cependant avoir oublié qu'il ne connaît pas ce vieillard. Le vieux loup quant à lui a plus vraisemblablement cerné son adversaire du moment. En partie tout au moins. Animal sauvage face à animal politique. Qui sortira vainqueur de ce duel rhétorique ? Le Loup ou le Lys ? La lumière dans l'ombre ou l'Ombre dans la Lumière. Celui qui a pour habitude de se faire insignifiant, irritable au possible ou celui qui manipule sa cours. L'expérience du vieil âge ou la fougue de la jeunesse ? Qui sortira vainqueur de ce duel dont l'issue jusque là semble être en faveur du Comte ?
L'un qui se fiche des titres ou l'autre qui s'y tient. A juste titre, un usurpateur a tout intérêt à insister sur l'objet de son usurpation. Au yeux de tous il est effectivement Amaël Loewenstein, le Comte de Forbach, Seigneur du château de Frauenberg. Un détail, rien qu'un détail, dans son insolence il oublie qu'un titre peut facilement être enlevé, surtout si vous vous retrouvez du jour au lendemain excommunié. Est-ce justifié ? Ignore-t-il que des justifications ça se fabrique ? Ignore-t-il que son interlocuteur n'est pas né de la dernière pluie ?

« Nos grades respectifs ? En ce cas peut-être pourrez-vous me rappelez quels sont mes titres, ce vieillard est un peu « siphonné ». »

Il emprunte vos mots comme pour vous rappeler les insultes que vous aviez précédemment employé pour le décrire. Et ce, avec un sourire sarcastique. Inutile de vous préciser qu'il se fiche sincèrement de votre personne, surtout si l'on considère la mimique qu'il a fait de vous. Quant à la réponse, elle n'a que bien peu d'importance, il a suffisamment de patrimoine pour se passer des logements que le Comte accorde à sa cours.

« Mais ce n'est pas pour parler de moi que nous sommes là. » Ni de vous, direz vous, mais quelle importance cela peut-il avoir ?

« Vous vous évertuez à nier l'évidence, nous savons tous deux que vous n'êtes pas Amaël Loewenstein. Et vos mensonges – ou vos demi-vérité – aussi enjolivés soient-ils n'en restent pas moins creux. Mais dites moi, comptez vous également nier l'existence de votre duel face à Europe Eleonora-Sun ? »

En théorie les sorciers ne sont-ils pas les seuls à en connaître l'existence ? Se pourrait-il qu'il y ait une taupe en vos rangs ? Ou peut-être de l'autre côté ? Ce vieillard n'en connaît-il pas un peu trop pour un simple inquisiteur ? C'est également là la manière qu'il a choisit pour vous attribuer l'image du Sorcier Alpha. Car vous ne pourriez décemment être un sorcier lambda, autrement vous n'auriez pu en toute aisance usurper le titre de votre cher frère.
Inutile de vous préciser que Sigmund von Wädenswill a l'intention de pousser dans vos derniers retranchement. Ajoutez à ceci qu'il espère que la Bonne-Sœur Borgne ne soit pas suffisamment idiote pour lui faire transporter la véritable épée. Dans un coin de sa tête il espère n'être qu'un leurre. Pour autant il n'a aucune confiance en cette « Sorcière » qui a fait l'apparition à la collégiale.
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MessageSujet: Re: Lame d'Espoir   Dim 9 Déc 2012 - 21:03

Le travail de Noâz avait été long et difficile de puis son accession au pouvoir. Il lui avait fallu réparer l’image orthodoxe des Loewenstein que sa mère avait ternie. Car Alicia avait cédé à un écueil dans lequel ce dernier ne comptait pas sombrer à son tour. L’honnêteté fondamentale. Jamais elle n’avait fait de geste pour l’Inquisition, jamais elle n’avait fait le moindre sourire à Louis Institoris, jamais elle n’avait été polie avec Mère Mattea, jamais elle n’avait versé l’argent du Comté à l’église de Zetting. Il n’avait fallu qu’une étincelle de lucidité pour irradier toute la poudre d’hérétisme et faire exploser le scandale.

Noâz avait adopté une stratégie bien plus sombre et sournoise. Son premier discours en sa qualité de Comte en était un exemple parfait : il avait publiquement renié sa mère et promis son soutien à l’église. Il est parfois plus simple de reconstruire son image sur les ruines d’une précédente que de devoir la restaurer. Alicia avait mis le feu à son nom. Noâz n’avait plus qu’à le faire renaître de ses cendres. Ainsi, au file de fausses confessions il avait abaissé son sort à celui des victimes, victime d’une mère cruelle et satanique, et relevé son âme au rang de martyre : par-delà les fustigations que lui imposaient sa conscience, il essayait de se racheter par le courage et les indulgences…

Or l’Église adore les martyres, car il n’ya de plus pure pureté que celle de la révélation au milieu du combat sanglant. Ce nouveau statut avait permis à Noâz d’entrer dans les petits mouchoirs brodés de nombre d’ecclésiastes tout en se tenant suffisamment à leur disposition pour être un axe d’articulation de certaines informations et de certaines actions de l’Inquisition, de quoi lui donner un coup d’avance. C’est ce dont il avait été question ici. Les avis remontés au Saint-Siège concernant « Amaël Loewenstein » étaient parvenus aux oreilles de Mère Marie-Théodosine, à n’en pas douter. D’où cette demande officieuse auprès du Comte.

Noâz partageait cette qualité avec sa mère, peut-être plus qu’elle-même : l’oblativité. Il préférait de loin sacrifier son âme à sa tribu plutôt qu’à lui-même. Ainsi mentirait-il aux inquisiteurs, sans scrupule, tant que cela lui serait nécessaire à protéger les siens. Et encore aujourd’hui, s’il avait été excommunié du Lys Noir, il comptait bien se battre pour y retrouver sa place et sauver sa tribu de la folie d’Antoine Vaudremont. Il était question de réunification ! Il lui fallait trouver des armes de poids pour prétendre à la récupération de son siège. L’épée du Gardien était un espoir… tombé du ciel.


« Pardonnez-moi, vous aurais-je froissé ? »

Le ton doucereux était indigeste. C’est que Noâz comptait bien faire craquer ce cher Sigmund avant d’arriver au point de rendez-vous.

Sigmund perpétua l’accusation d’usurpation envers Noâz. Ce dernier en ressentait tout autant l’effroi d’avoir été percé à jour que la jouissance d’atteindre son but. Une fois que le bruit aura couru qu’Amaël Loewenstein a défendu son identité jusqu’à braver un inquisiteur, il sera difficile de ne pas en douter – certes, c’était déjà le statu quo - mais il sera également difficile d’oser s’y attaquer de ci-tôt !

Noâz retira son gant de cuir pour s’apprêter à toquer à la cloison les séparant du cocher.


« Monsieur ! Vos accusations infondées sont indignes d’un homme de votre rang, précisément, et d’autant plus vis-à-vis d’un homme de mon rang, justement ! Je vous ordonne de… »

Mais alors que Noâz était à deux doigts de congédier l’inquisiteur, une secousse provoquée par une ruade des chevaux l’arrêta net. Il n’avait pourtant pas encore toqué. Furieux d’avoir été ainsi coupé dans son élan de grandiloquence, Noâz sortit en trombe.

« Mais qu’est-ce que… »

Pour la seconde fois Noâz ne put terminer sa phrase, sidéré.
[PAUSE DANS LE RP : la suite c’est une surprise… <3]
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MessageSujet: Re: Lame d'Espoir   Ven 14 Déc 2012 - 1:29

La pluie torrentielle s’abatant sur la contrée ce jour-là n’avait rien de naturel –et ceci, des yeux profanes comme avertis ne pouvaient le distinguer, tant le subterfuge était adroit. Un tempestaire synchronisé faisait jaillir en continu des flots de ciel liquides et noirâtres dans le but manifestement réussi de détremper le chemin de pierrailles, d’enliser le convoi dans une bouillasse insidieuse. Vêtue d’ocre, dissimulée derrière un gros rocher couvert de mousse en bordure de la route, Europe ne pouvait empêcher l’ironie de saturer sa pensée. Sigmund et Noâz, à l’intérieur de leur carrosse ridiculement orné, devaient être si occupés à se lancer des piques mutuelles, qu’ils ne s’apercevaient même pas de l’évidence ni des plus gros indices révélés pourtant à leurs yeux: la pluie diluvienne, le crépuscule qui tombe, la route qui se rétrécit, trace son chemin au creux d’une combe toute indiquée pour une embuscade…

"Maintenant."

Son ordre ne couvrit pas le bruit de l’ondée. Elle s’exprima donc par gestes et les autres comprirent.

Un archer banda son arme et la flèche alla se ficher directement dans la poitrine du cocher, qui émit aussitôt des hoquets et des spasmes de douleur. Ces bruits furent couverts par celui de l’averse, si bien que pendant quelques secondes, aucun des gardes du convoi ne réagit. Puis une seconde flèche traversa l’omoplate d’un des miliciens qui s’écroula de son cheval. Europe réprima un sourire. Avec la pluie, leurs adversaires peinaient à les voir. Le temps que l’effet de surprise se dissipe, ils avaient déjà éliminé plus de la moitié de la troupe, et l’autre moitié ne tarderait pas à suivre.
Un embusqué de l’autre côté du chemin, jaillit d’un fourré pour trancher les jarrets des chevaux du carrosse. Celui-ci s’immobilisa alors dans un soubresaut, complètement enlisé par la force d’inertie. Au milieu des hennissements stridents, ce fut là qu’Europe et ses sbires jaillirent du couvert des arbres, maculés de boue tels des golems de pierre et de glaise. La sorcière vit un adversaire fondre sur elle, épée au clair, en apercevant une mèche de cheveux violets caractéristique dépassant de son bonnet; mais la crosse de son arme était déjà bien callée contre son épaule, et la balle embrasa le canon du mousquet en provoquant une détonation retentissante qui sonna la mort de l’homme.

L’ironie, encore et toujours, pensa-t-elle en baissant son arme, tandis que le fracas de la pluie s’apaisait quelque peu maintenant que ses troupes relâchaient l’action du tempestaire. Lorsqu’on était au pouvoir, on était seul –elle en avait suffisamment souffert durant son règne pour le comprendre mieux que personne. Mais jamais, en revanche, elle ne s’était imaginé qu’elle serait encore entourée une fois privée de ses pouvoirs… Et pourtant.
Pourtant le règne d’un roi même haï laisse des traces, pourtant même le pire des dictateurs a toujours des partisans. Et ceux-là, cette poignée d’extrémistes, prêts à en découdre, presque une quinzaine, l’avait suivie dans cette vie ingrate et clandestine, même quand tout pouvoir avait déserté Europe par l’action de l’Ange, même quand Viviane avait destitué la Grande Prêtresse en dépit de toute loi et de toute raison.

Viviane… Oui, Viviane serait sa cible numéro deux. Mais pour l’instant, il y avait plus urgent.

Elle s’avança au milieu des cadavres de chevaux et d’hommes ruisselants de pluie, tandis que les retardataires de ses troupes continuaient à jaillir de dextre et de senestre. Noâz Loewenstein, tel une fillette terrifiée, ses beaux vêtements et ses fards trempés, était sorti du carrosse en ayant l’air de ne pas en croire ses yeux. Europe tendit le bras et pointa sur lui un pistolet à rouet –une arme de collection d’excellente facture qu’un grand ami armurier lui avait fait parvenir d’Italie. L’autre bras mit pareillement en joue Sigmund von Wädenswill avec une arme identique.

La dernière fois que Noäz s’était tenu à sa merci, c’était au château de Frauenberg, plusieurs mois auparavant, lorsqu’elle avait fait irruption dans ses appartements pour le provoquer. A l’époque, elle avait joui de sa peur et de sa faiblesse exsudée par le stigmate. Mais aujourd’hui, martyriser et terrifier ce gamin pré-pubère ne l’amusait plus. Elle n’était pas venue pour ça. Elle s’adressa aussi à Sigmund, ne sachant pas lequel possédait l’arme du Gardien:


"L’épée… Donnez la moi immédiatement, ou je vous colle une balle entre les deux yeux."

_________________
.
Ces figures, ces êtres humains
absorbent pareillement la lumière cosmique, l'air ou l'eau salée -
et chacun réfléchit à une nouvelle ontologie
Mais ces dessins eux-mêmes, sont paysages de l'esprit...
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MessageSujet: Re: Lame d'Espoir   Mer 19 Déc 2012 - 22:20

Froissé ? Juste un peu, il ne se sent pas véritablement visé, disons plutôt qu'à sa manière il tente d'amener le Comte sur des sentiers peu recommandés. Cela à ses risques et périls. Cependant un détail n'avait pas été prévu : Le carrosse s'est arrêté trop rapidement, et les hennissements qui suivent cet arrêt momentané ne présagent rien de bon. A l'inverse de l'Usurpateur l'inquisiteur ne sortira pas à l'instant. Ces quelques minutes pendant lesquels personnes n'avait les yeux posé sur le vieux fou seront pourtant fatidique. Bien qu'il se ferait un plaisir de faire, à jamais, tomber le Comte Sigmund a donné la priorité à cette mission qui possède décidément trop de failles. Vous vous rappelez certainement du coffret qu'il transportait, coffret qui s'avère être l'objet de son déplacement – bien que ce soit surtout son contenu qui est d'une importance capitale.
Alors que le vieux Loup s'est retrouvé esseulé celui-ci ouvre le coffre dans l'intention de provoquer un subterfuge : l’Épée du Gardien, dans son fourreau, prend place à la ceinture de l'inquisiteur alors que celle qui fait office d'épée de Capitaine trouve sa place dans le coffret. Coffret qui est rapidement refermé.
Si l'épée est reconnaissable celle-ci est cependant dissimulée dans l'ombre de la cape des Gardes. Notez qu'il dissimule également une dague sous sa cape.
Et c'est ainsi qu'il descend du carrosse, nullement affolé, il ne peut que constater l'ampleur des dégâts et le canon qui vient lui faire face. Et surtout, Europe Eleanora-Sun, et sa tignasse violine si singulière.
Considérez l'ironie de la situation : Ce n'est que quand il ne la recherche pas qu'elle se tient devant lui. Bien que cette fois-ci il n'y ait aucune flamme, aucune étincelle, aucune explosion qui se soit invitée au bal. Il n'y a que quelques cadavres et une douzaine d'individus. Rien de bien extravagant donc.
Et bien sûr la Sorcière déchue ne réclame qu'une chose : l’Épée. Ô divine épée, toi qui est descendue du ciel, prêtes nous ta force. Ou pas. L'épée dort et il n'est pas dans son intention de la sortir de sa torpeur. Bon admettons que le fait même de ne pouvoir la toucher sans risque ne fait que le pousser à ne guère en faire usage. Soyez cependant assuré que le vieillard ne compte en aucune façon accéder à la demande de cette bien chère Europe, ou tout au moins s'il le fait, ce ne sera – comme vous l'avez certainement compris – jamais qu'un appât pour une gamine aveuglée par son arrogance sans fin. Et là où le Comte est affolé, dépassé par la situation, le vieillard, lui, se contente tout juste de pousser un léger gloussement avant de prendre la parole. Il le fait cependant en regardant l'enfant apeuré.

« Monsieur le Comte, vous devriez lui remettre cette épée dont vous me vantiez les qualités précédemment... Oh, mais j'oubliais, vous ne la possédez pas. Devrais-je alors la remettre à cette jeune fille fort sympathique ? »

Oui, il ment, en partie tout au moins : leur conversation n'a jamais mentionné la moindre épée. Et la Sorcière a déjà dépassé la date de péremption. A sa façon il vous souhaitez l’Épée vous devriez vous adressez à lui.

« Dans ce cas, je vais la chercher. »

Aucun des deux Sorciers ne semble actuellement mesurer l'ampleur de sa propre mascarade. Il ne laisse guère le temps à la Sorcière de réagir et s'en retourne au carrosse pour en ressortir avec un coffret, qui, vraisemblablement contient l'objet de ses plus chers désirs.
Tout semble se passer selon les prédictions de Mademoiselle Eleanora-Sun... Et pourtant, alors qu'il s'approche dangereusement d'elle le vieil homme glisse – ou tout au moins prétend-t-il glisser – et ce faisant le coffret entre en collision avec la Sorcière. Voilà bien un accident opportun. Le coffret a volé mais le vieillard s'est rattrapé à temps pour ne pas suivre ce précieux coffre dans sa lancée – il l'avait lâché, logique.
Europe cependant n'aura pas eu le temps de réagir – trop préoccupée par la douleur causée par la collision pour faire attention au vieux loup qui change rapidement de trajectoire. L'un des Fidèles de l'ancienne dirigeante du clan d'Olrun se trouve dans sa trajectoire... Pas bol pour lui, avant qu'il ne puisse réagir il se prend une dague dans la gorge et passe alors de vie à trépas.
Sigmund Wolf von Wädenswill Stube zum Rüden saute littéralement sur le seul cheval survivant, l'animal a une robe ombragée et est immédiatement lancé au galop. Sa cape se soulève, révélant ainsi l'ampleur de sa mascarade : l’Épée n'était pas dans le coffret.
Les flèches volent, dans l'espoir de l'arrêter, définitivement cette fois. Cependant la tempête qui leur avait permis de faire cette attaque surprise se retourne contre eux. Certes oui, elle s'est calmée... Mais la visibilité n'est pas parfaite et la pluie tombe toujours un minimum. Une flèche l'atteint à la cuisse mais ne l'arrête pas pour autant. De fait, il sera rapidement hors de portée de ses éventuels poursuivants. Ils n'avaient probablement pas imaginé que quelqu'un puisse s'échapper, tant pis pour eux.


Dernière édition par Sigmund von Wädenswill le Mer 19 Déc 2012 - 23:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Lame d'Espoir   Mer 19 Déc 2012 - 23:42

C’était irréel. De toutes parts des flèches fusaient, emportant avec elles des morceaux de chair et d’âme qu’elles éclataient en mille éclaboussures de boue. En quelques secondes, à peine moins d’une dizaine de corps avaient chu et gisaient dans les flaques de sang noirâtres, des carreaux suintant plantés dans toute leur anatomie. Noâz en eut un haut-le-cœur. Sa main posée contre sa poitrine laissa tomber le gant qu’il venait d’enlever, noyant dans la glèbe toute la conversation qu’il venait d’avoir avec Sigmund, tout son plan pour se débarrasser de ce dernier et tous ses espoirs de récupérer l’épée du Gardien. Car il apparaissait comme évident que cette embuscade au cœur d’une sombre montagne n’était pas du fait de n’importe quels coupe-jarrets. Noâz, lorsqu’il releva les yeux du sol jonché de cadavres, était déjà en joue de dix pointes acérées et d’un mousquet dont il analysa moins l’italianisme que la taille du canon, le dissuadant efficacement d’essayer d’atteindre le mousquet qui était à sa propre ceinture. Ses yeux écarquillés parcoururent toute l’arme puis la main qui la possédait remontant son bras jusqu’à ce visage et cette mèche violine. Europe avait sorti les grands moyens.

« Comment ?! Comment avez-vous su ?!! »

Et au-delà du savoir, se cachait la question du pouvoir bien que Noâz en ait eu une petite idée… L’ironie du sort avait fait que ces deux antagonistes éternels avaient eu le même destin tragique, privés d’une couronne qu’ils comptaient bien reconquérir au nom de leur honneur ou de celui de leur tribu. Aussi, Noâz devinait ce qui avait pu arriver à Europe. Comme lui, elle n’aurait pas tenté de coup d’état misérable immédiatement après sa destitution. Comme lui, elle aurait obtenu un inattendu soutien de certaines de ses sœurs qui auraient quitté leur tribu à l’heure d’une unification intolérable. Comme lui, elle aurait médité et ruminé des jours et des semaines une vengeance digne de ce nom. Et comme lui, elle aurait guetté le meilleur moment. Ainsi, Noâz et Europe étaient nécessairement destinés à se croiser. Mais là où lui avait un coup d’avance en étant Comte, comment avait-elle pu savoir pour le transfert de l’épée ?

Europe lui ordonna de lui donner l’épée ou de mourir. Noâz hésita longuement à lui offrir la fausse épée qu’il avait faite forger. Mais l’absurdité de son idée le frappa alors qu’il dévisageait Europe, se souvenant d’elle durant ce combat apocalyptique qui l’avait confrontée à Alicia sur le parvis. C’était de sa main qu’était née l’épée. Elle verrait immédiatement qu’il s’agissait d’un ersatz. Mais alors que Noâz cherchait un moyen, Sigmund était déjà en marche pour livrer l’épée à l’ancienne Grande Prêtresse d’Olrun… PLEUTRE !!! Criaient les yeux du jeune noble d’un éclat mauvais. Il ne calculait pas l’importance de cette lame pour elle, pour lui, pour tous ! Puis ce fut le faux pas, la péripétie, le trait d’humour invraisemblable qui sembla désarçonner Sigmund mais ne fit finalement chanceler qu’Europe qui perdit ses cibles un instant, un instant suffisant à l’Inquisiteur pour s’échapper. La lueur arrogante qui se reflétait sur le fourreau frappa Noâz entre ses deux yeux éblouis.

Ils avaient perdu. Mais il n’était pas question de se morfondre et d’attendre pathétiquement la suite. A la fin de cette furtive péripétie qui venait de changer tout l’enjeu de la situation, Noâz tenait à son tour Europe à bout de son pistolet noir et brillant. Il l’arma. Les archers étaient visiblement déstabilisés. Noâz récupérait son assurance. Fils de fermiers, il n’avait pas d’avance sur Europe au tir, mais l’épée envolée, sans grimoire, il n’avait plus rien à perdre que sa petite vie. Il était prêt à tout.


« TAIS-TOI !

Je sais très bien que je suis fait, Europe. Inutile de vociférer une autre réplique assassine tirée d’une mauvaise pièce ! Si je suis presque mort et que tu n’as rien à perdre, alors écoute-moi.

Nous entre-tuer serait absurde. Nous sommes à l’heure la plus critique de notre Histoire commune. Pire que la guerre qui nous opposait l’an passé au risque de vaincre ta tribu ou la mienne, la menace qui nous presse à présent est la fusion définitive de nos tribus, soit leur disparition essentielle… Sous prétexte de vouloir épargner la vie de nos sœurs, Viviane et Antoine les ont réduits à une seule et même allégeance idéologique. Comme si les hommes vivaient pour respirer plutôt que pour penser… Quels idiots…

Je sais que tu partages au moins pour l’essentiel ma haine et mon désir de vengeance. Je sais pourquoi tu es là, pourquoi tu veux cette épée et pourquoi tu veux retrouver ta place à la tête de ton clan. C’est pour sauver tes sœurs, pour sauver ta tribu, ta religion et ta foi. Et même si je ne partage pas cette religion, je comprends ta peur et ton courage, je les respecte, et je crains à mon tour de ne pouvoir jamais plus les combattre d’égal à égal.

En faisant disparaître nos tribus, Antoine et Viviane pensaient nous faire disparaître. Mais nous sommes toujours là. Misérables et amers. Bien sûr que tu comptes te battre, je n’en doute pas. Je t’y exhorte ! Mais à quel prix vas-tu te lancer dans cette bataille Europe ? Tu n’as qu’une dizaine d’hommes, tu n’as plus de pouvoirs, tu as été rejetée de la vie officielle de Forbach, certes tu as un grimoire - très puissant ! -, mais eux en ont quatre… dans un langage qu’ils connaissent, d’une confession qui est la leur... Tu sais pertinemment que tu n’y parviendras pas.

Pas seule.

Non, je ne te propose pas une union éternelle et naïve de tes forces et des miennes, mais une alliance temporaire, jusqu’à la récupération en bonne et due forme de nos trônes respectifs. Que puisse reprendre la dualité primordiale à la survie de nos tribus.

Pense à ce que nous pourrions nous apporter l’un l’autre Europe… J’ai moi aussi quelques fidèles qui m’ont suivi dans ma chute. Et si je n’ai pas de pouvoir magique ni de grimoire, il me reste, quant à moi, un grand pouvoir politique - preuve en est : j’ai été plus proche que jamais plus tu ne le seras de l’épée du Gardien – et je ne parle même pas de ma récente accointance fort utile avec l’Inquisition…

A nous deux, nous aurions juste assez de puissance de feu pour vaincre Viviane et Antoine et remettre les choses en place… »
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MessageSujet: Re: Lame d'Espoir   Ven 21 Déc 2012 - 1:48

L’épée, l’épée était à portée de main. Qui d’autre qu’Europe aurait eu plus le droit de la posséder? L’arme était issue de sa propre chair et de son propre sang… Au-delà de tous les enjeux qu’elle représentait, cette lame était organiquement et intrinsèquement sienne. Les yeux d’Europe s’allumèrent d’une lueur de convoitise tandis que le coffret se rapprochait… Puis l’Inquisiteur glissa. Le coffret heurta Europe et la diversion fut suffisante pour permettre à Sigmund de s’enfuir, assassinant au passage un des compagnons de la sorcière. Celle-ci vit avec horreur la cape du fugitif se soulever et dévoiler ainsi la supercherie: il s’enfuyait avec l’épée du gardien au côté. Dans un geste inutile, Europe ouvrit le coffret qu’elle tenait dans les bras et eut la confirmation de la ruse: ne s’y trouvait qu’une simple rapière de soldat sans la moindre valeur à ses yeux. Elle jeta lame et emballage au sol avec un vibrant cri de hargne. Sigmund s’était enfui à l’aide du seul cheval survivant, étant donné que les auteurs de l’embuscade avaient tué tous les autres.

Hé bien, il avait intérêt à galoper très vite. Car ce n’était que partie remise.

Europe riva son regard de rapace, déformé par la fureur, sur Noâz qui s’était étonné qu’elle ait si facilement trouvé le convoi. La sorcière ne put s’empêcher d’émettre un rire plein de mépris, qui ressemblait plus à un sifflement entre ses dents serrées. Elle était originellement venue pour l’épée; le rejeton Loewenstein n’était qu’un figurant qui se trouvait sur son chemin, et qui s’étonnait encore de choses pourtant évidentes.


"Teguhan, l’ange veilleur cité dans le livre d’Enoch… ça te dit quelque chose? N’oublie pas que j’ai toujours le grimoire de Lorenzo, gamin. Et n’oublie pas non plus que cette épée, c’est moi qui l’ait créée… Si ça peut te rafraîchir la mémoire, je m’en suis servie pour couper les ailes de ton cadavre de mère.
(Europe se tourna de nouveau dans la direction vers laquelle avait fui Sigmund. Celui-ci était maintenant hors de vue mais le regard de la sorcière sondait le paysage comme si elle pouvait voir à travers arbres et collines). L’ange invoqué surveille l’épée depuis qu’elle a été ramassée par l’Inquisition, et m’informe de ses déplacements. Je n’attendais que ça…"

Mais c’était un fiasco total. A présent, dans une scène noyée par l’averse et la boue, Noâz s’était relevé et pointait le canon brillant de son pistolet sur Europe, qui ne frémit pas d’un poil. Alicia était la plus grande sorcière depuis des siècles et Europe avait passé son temps à craindre sa simple vue; mais sa progéniture n’avait pas hérité de son panache, de son charisme, de son aura. Cela ne signifiait pas qu’il en était dépourvu, au contraire. Mais il était d’un genre totalement différent, un genre qui n’effrayait nullement Europe. Surement pas lorsque le gamin, après avoir cru sa dernière heure arrivée et mouillé ses fonds de culotte, se cramponnait à présent à son arme à feu en la présentant comme une menace, mais conscient qu’elle était désormais sa seule planche de salut.

Ou plutôt, non. Sa planche de salut résidait dans la tentative désespérée de conciliation qu’il proposa à Europe.

Celle-ci plissa les yeux, attentive à ces paroles. La pluie collait ses mèches sur son visage et lui envoyait des gouttes d’eau dans les yeux, sans parvenir à effacer tout le mépris qu’on pouvait y lire.
Comment ce gosse pouvait-il se permettre de s’adresser à elle de la sorte? En la tutoyant, elle qui avait plus du double de son âge et mille fois plus d’expérience... En lui disant de se taire, comme on le dit à un vulgaire laquais de rang inférieur... En essayant de lui faire croire qu’il lui était indispensable…

"Une alliance? Avec toi? Tu t’es bien regardé?" s’exclama Europe, d’un ton à la fois dédaigneux et sarcastique. "Qu’est-ce qu’un merdeux comme toi pourrait bien m’apporter, dis-moi?"

Décidément, elle détestait ce gamin. Pas seulement parce qu’il était le fils d’Alicia... mais aussi et surtout à cause de sa faculté de mettre en exergue les échecs d’Europe et de les lui renvoyer à la figure… Ainsi que de deviner ses préoccupations et les exprimer à voix haute…
Une proposition d’alliance. Europe avait attendu toute sa vie que quelqu’un lui tende la main de cette manière; mais une telle main aurait dû être tendue par un personnage exceptionnel, responsable et influent, du genre d’Alicia ou d’Adrien… Sûrement pas par un gosse insignifiant, vautré dans la boue, que tout le monde ou presque avait lâché et qui tentait de se raccrocher aux branches. Il était entouré d’ennemis et prêt à trépasser; dans une telle situation de faiblesse, au nom de quoi pouvait-il diable se permettre de donner des conseils? Le pire dans tout cela, étant que ces conseils paraissaient avisés...

Sa fierté naturelle la poussait à refuser en bloc une telle proposition. Et pourtant elle devait admettre que les arguments de l’adolescent se tenaient. Oui, elle était animée par le désir de vengeance et voulait récupérer son trône. Et non, elle n’y arriverait pas seule. Son interlocuteur essayait de se vendre en se rendant indispensable. Il ne l’était pas –mais malgré tout, il ne serait pas inutile non plus. Les partisans qu’il amènerait dans l’alliance seraient forcément un ajout appréciable. Et son statut social –comte, rien que ça- ne pouvait être qu’une plus-value également…

Les paroles d’Alicia lui revinrent en mémoire.
Coexister sans cohabiter… voilà une subtilité, un équilibre parfait.

Oui, après tout, ce n’était pas impossible. Noâz et Europe s’unifieraient. Ils lutteraient jusqu’à reprendre leurs trônes respectifs, et mèneraient chacun sa tribu en tolérant l’existence de l’autre sans jamais s’y mêler.

La sorcière, après être restée un long moment silencieuse sous la pluie battante qui déclinait, s’avança finalement vers Noâz, jusqu’à ce que le pistolet de celui-ci entre en contact avec sa clavicule. Elle l’observa un moment dans les yeux en tâchant d’y lire ce qu’elle n’y avait jamais lu.


"Très bien… Voyons comment tu vas faire tes preuves, Noâz Loewenstein. Suis-nous."


Elle fit un signe de la main à ses troupes qui avaient déjà rassemblé leurs armes et se tenaient prêts au départ. Avant de se mettre en route, Europe regarda une dernière fois son interlocuteur par-dessus son épaule.

"Une dernière chose… Adresse-toi encore une fois à moi d’une manière aussi cavalière, et je te fais trancher la gorge."

[Suite de ce topic : La Tour des Anges]

_________________
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Ces figures, ces êtres humains
absorbent pareillement la lumière cosmique, l'air ou l'eau salée -
et chacun réfléchit à une nouvelle ontologie
Mais ces dessins eux-mêmes, sont paysages de l'esprit...
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Lame d'Espoir

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