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 Actus Fidei

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Vieille peau fripée à pustules
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MessageSujet: Actus Fidei   Jeu 23 Mai 2013 - 21:35

« Mmmmh... »

Depuis des heures maintenant, des gémissements s'échappaient de ses lèvres. Elle luttait contre l'effet des drogues, cherchant à reprendre pied avec la réalité, sans succès pour le moment. Personne ne gardait sa porte, c'était une directive imposée par Marie-Théodosine, parce que la Sorcière pouvait vous endormir d'un seul coup d’œil ! C'était seulement au bout du couloir que des gardes avaient été autorisés à se tenir, et ils ne possédaient pas les clés pour ouvrir la cellule de l'Hérétique. Sa sœur, désormais ancienne responsable de l'Inquisition, se trouvait dans une autre aile des cachots, aussi loin que possible de sa démoniaque jumelle. Aucun risque ne pouvait être pris, aussi, à intervalle régulier, Viviane Valdemar était droguée. À l'aide d'un entonnoir, on introduisait un liquide dans sa bouche, et elle repartait pour quelques heures d'un sommeil agité. Et il en était ainsi depuis qu'elle avait été amenée ici.

Depuis les événements de la Clairière, une demi-journée à peine s'était écoulée mais toute la ville était en ébullition face aux préparatifs pour la soirée. Qui pouvait encore ignorer que ce soir, les sœurs Valdemar, si reconnues dans la communauté seraient brûlées vives pour acte de sorcellerie ? Personne ne pouvait rester indifférent à cette nouvelle, de l'incrédule à celui qui s'en doutait bien depuis des années, la nouvelle était sur toutes les bouches. Certains parlaient même de Narcissa, la plaignant ou la condamnant au même titre que sa mère et sa tante. La jeune demoiselle était pourtant loin de la tourmente, vivant dans sa propriété éloignée, ignorant probablement le sort qui allait être réservé aux membres restants de sa famille. Narcissa avait disparu de la vie des siens depuis bien des mois déjà.

La dernière dose de drogue avait été administrée près de trois heures plus tôt à la Sorcière, bientôt, il en faudrait une nouvelle. Pour le garde à l'entrée du couloir, les minutes s'égrenaient à une lenteur exaspérante. Il avait tellement hâte de voir le soir venir, tellement hâte que les derniers rayons du soleil disparaissent et qu'un immense bûcher illumine le Parvis la plus grande église forbachoise. Lorsqu'un chat passa devant lui, il n'y prêta guère attention, l'animal devait probablement pourchasser les rats, grand bien lui fasse. Il ne le vit pas pénétrer dans la seule cellule occupée du couloir, et il ne se rendit pas compte qu'il y restât un temps anormalement long. Les gémissements s'étaient presque tus maintenant, et le garde se demandait ce que les autres attendaient pour administrer une nouvelle dose de drogue. Étant en première ligne en cas de rébellion, il craignait pour sa vie.

L'homme n'en savait rien évidemment, mais le chat était Antoine Vaudremont, venu dire à Viviane d'attendre son heure. Que sur le bûcher, la Tribu pourrait la sauver, mais pas avant. Il fallait surtout qu'elle ne tente rien. Qu'elle se laisse conduire là-bas sans lutter, qu'elle fasse mine d'avoir rendu les armes. L'esprit passablement ralenti par les drogues, Viviane avait acquiescé, confirmant à Antoine qu'elle avait bien reçu le message, mais toutes ses pensées allaient à sa sœur, sa sœur qu'elle n'avait pas vu depuis des jours, sa sœur qui allait mourir en même temps qu'elle d'ici quelques heures à peine, sous les yeux d'une foule en liesse, stupide et aveugle, incapable de comprendre que Marie-Théodosine n'était qu'une imposture et qu'elle n'était pas plus religieuse qu'Europe ou Alicia.

Une nouvelle dose de drogue fut administrée, mais plus légère cette fois-ci, il fallait que la Sorcière soit consciente au moment où elle serait emportée vers le bûcher. Le garde ne tenait plus en place, d'ici quelques minutes, ils viendraient pour la chercher et l'emmener avec sa sœur. Dans le couloir adjacent, il entendit la porte d'une cellule qu'on ouvrait et les pas de plusieurs personnes. Cette fois, ça y était. Un sourire carnassier se lisait sur son visage, il avait soif de justice, soif de mort et de vengeance. Rapidement un groupe de trois autres gardes arriva pour escorter la deuxième jumelle diabolique. Depuis le temps, tout le monde avait oublié que Viviane et Cassandra n'étaient pas jumelles, que la seconde avait quelques années de plus que la première. Dans l'imaginaire collectif, elle étaient désormais l'incarnation du Malin, le pouvoir de la duplicité, mais avec une telle chevelure rousse, aurait-il vraiment pu en être autrement ?

Viviane fût plus traînée vers le bûcher qu'elle n'y marcha. Dans un état proche de l'inconscience, elle se laissa attacher sans opposer la moindre résistance. Alentours, la foule invectivait les sœurs violemment, les insultant, lançant à leur tête des fruits pourris et des œufs. Certains, toutefois, gardaient le silence, osant à peine croire ce qui se déroulait devant leur yeux. Aux pieds des deux dames, quatre grimoires, ultimes preuves de leur connexion avec le Diable. Marie-Théodosine n'était pas là cependant, et c'est Sigmund von Wädenswill qui ordonna de mettre le feu à l'immense bûcher au sommet duquel trônaient les deux sœurs.

Un homme de main s'approcha alors des grimoires, armé d'une torche vivace, et y mit le feu dans l'ombre d'un regard pour les deux victimes, les derniers rayons du soleil venaient de s'éteindre derrière le clocher de l'église. Les flammes commencèrent à lécher paresseusement le parchemin et le cuir qui l'entourait, réduisant à néant les connaissances de plusieurs générations d'Ailrun. Alors qu'une fumée âcre commençait à s'élever vers le ciel, les deux rouquines semblèrent peu à peu se réveiller pour réaliser l'endroit où elles se trouvaient. L'horreur put se lire dans leur regard alors qu'elle voyaient les flammes à présent lécher avidement le bois sous leurs pieds. Dans la foule, des cris d'horreurs se mélangeaient aux rires, le spectacle des deux sœurs luttant vainement pour tenter de sauver leur vie était à la fois amusant et terrifiant.

Alors que l'ambiance générale était à l'effervescence, un vent glacial traversa la foule lorsque Viviane se mit à parler. Au début, ce n'était pas même des mots, un simple souffle rauque qui s'échappait de sa bouche à intervalle régulier. Et puis, sa voix se fit plus forte, ses mots plus clairs, et si personne n'en comprenait vraiment le sens, nul n'avait de doutes sur son objectif.

« Et venerunt ad me manu flammæ ! Quantum ad te exaudi verba mea Ailrun, et tandem vim meam ! Salamandra responde mihi ! Flammaeque se miennent mea parere ! »

Réveillée par les flammes, Viviane retrouvait une vigueur insoupçonnée sous les yeux d'une foule dans l'expectative. Malgré sa volonté, Viviane ne parvenait cependant pas à rendre son incantation efficace, elle était trop faible. Au bout d'un temps, la foule commença à éclater de rire, se rendant compte de l'inefficacité de la contre-attaque. Les flammes maintenant n'était plus qu'à quelques centimètres des pieds de deux sœurs, et rien ne semblait pouvoir les arrêter...

Jusqu'à ce que Cassandra ouvre la bouche. C'était probablement la chose la plus inattendue et la plus surprenante, celle que personne ne s'attendait à voir arriver. Cassandra, au milieu de ses larmes, très partiellement au début, puis avec de plus en plus de confiance, joignit sa voix à celle de sa sœur pour invoquer les Salamandres et maîtriser les flammes qui se propageaient sous leurs pieds. Tout le monde put voir le regard des jumelles s'accrocher, leur incantations s'unir, et, à la plus grande peur du public, leur pouvoir se révéler. Elles récitaient désormais à l'unisson l'incantation latine.

« Flammaeque se miennent mea parere ! Flammaeque se miennent mea parere ! Flammaeque se miennent mea parere ! »

Si certains avaient encore douté de l'existence de la sorcellerie jusqu'ici, ce n'était désormais plus possible. Les flammes semblaient désormais mues de leur propre volonté, celle de ne point faire de dommage aux deux sœurs. Elles s'envolèrent du bûcher en se dirigeant vers la foule qui s'encourrait désormais en hurlant. Les serpentins de feu sillonnaient la place dans une danse orientale des plus singulières, menaçant tout le monde, à l'exception des deux rousses sur le bûcher. Toute à leur affaire, celles-ci n'avaient pas vu l'Argousin grimper au bûcher désormais éteint, munis d'une grosse branche. Il assomma Viviane avant Cassandra et le feu réintégra sa place originelle, léchant avec une nouvelle ferveur le bois qui lui était offert. L'Argousin sauta hors des flammes, sa robe à peine brûlée, et sourit d'un air satisfait en regardant le spectacle qui s'offrait à lui.
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MessageSujet: Re: Actus Fidei   Jeu 30 Mai 2013 - 0:55

Il était là, le jour où toutes les décisions prenaient une conséquence. Alix, d'ordinaire, se targuait de n'avoir peur de rien, mais aujourd'hui, tout était différent. Savoir que Viviane s'était faite capturer alors qu'elle était en sécurité dans la tour avec Europe avait affecté quelque peu sa volonté. C'était la tribu. La famille. Et Alix allait la trahir.

Elle avait d'abord cru avoir rêvé. Un mauvais coup sur la tête, peut-être, mais comment pouvait-elle croire qu'elle avait pris une vraie place dans cette guerre ? Et surtout, une place contre son clan, contre sa famille, tout cela pour lui rendre la paix. Europe lui avait bien fait comprendre que ce serait douloureux aux premiers abords, mais elle devait le faire pour le bien de Forbach. La jeune femme n'avait donc pas le choix. Elle avait réussi à retrouver sa rapière dans un coin de la clairière, et était rentrée chez elle, prétextant avoir eu du mal à se débarrasser de l'inquisiteur qui la poursuivait, et avoir attendu que les choses se tassent. Ce qui n'était pas totalement faux non plus.
Mais Eleonor était toute retournée. Toutes les sorcières en parlaient : Viviane avait été capturée par l'Inquisition. Aucun doute sur le fait qu'ils la feraient brûler en exemple. C'est à cet instant là qu'Alix comprit qu'elle ne serait pas le traître anodin dans cette guerre.

D'un côté, il y avait le bonheur de contribuer à la chute de l'élément malsain de la chaîne. Ce serait un peu grâce à elle que Forbach reviendrait au calme. D'un autre côté, elle n'aimait pas devoir contribuer à la mort de Viviane. Pas ainsi. Viviane méritait elle aussi la mort digne que reçoivent tous les grands guerriers. Mais elle savait que si Viviane s'en sortait, le Pacte irait détruire la Tour. La Cabbale prendrait alors un coup qui l'empêcherait de se relever. Europe ne lui avait pas tout expliqué, mais Alix sentait que cette révolte reposait sur un équilibre inattendu. Un équilibre que l'ancienne Grande Prêtresse maintenait d'une main de fer, comme à son habitude.

Il était étrange de penser qu'Alix pouvait avoir une certaine affection pour cette femme. Après tout, elle ne l'avait connu que sombre, sévère, exigeante. Mais Europe faisait partie de la famille depuis qu'elle était petite. Elle venait prendre le thé avec sa mère toutes les semaines, et Alix gardait sur elle un regard nostalgique, incapable de voir l'horrible sorcière diabolique dont on lui avait dépeint le portrait, ou de croire à toutes les terribles choses qu'on lui avait raconté à son sujet. Lorsque la brune posait ses pupilles vertes sur Europe, elle n'y voyait qu'une femme qui avait sacrifié sa réputation pour le bien de la tribu, et qui n'arrivait plus à retrouver le chemin de la maison.
Et si l'ancienne Grande Prêtresse avait pu accepter la piètre sorcière qu'elle était au sein de la tribu, Alix ne voyait pas pourquoi elle ne pourrait pas lui donner une seconde chance.

Si Alix avait pensé qu'Europe restait inactive, elle avait rapidement compris qu'elle avait tort. L'ancienne Grande Prêtresse semblait avoir des yeux partout, et était au courant de tout. Même du plan pour sauver Viviane des flammes de son bûcher. Le Pacte d'Ailrun avait perdu tous ses Grimoires. Le Livre des Ombres et le Livre du Crépuscule, déjà perquisitionnés par l'Inquisition il y a quelque temps déjà, se sont vus rejoindre par le Livre de Lumière et celui de l'Aube, juste après l'arrestation de Viviane. Aucune cachette ne paraissait résister à l'Inquisition ces derniers temps. Et aucune grande puissance n'était donc à attendre de la part des sorcières. C'était donc certainement pour cela que l'Inquisition pensait pouvoir faire brûler un des membres du Pacte sans craindre de représailles. Mais les sorcières étaient comme la peste, prêtes à s'insinuer partout pour accomplir leurs actes.

Elles étaient toutes venues sauver Viviane. Un instant, Alix pensait qu'elle n'aurait besoin de personne, car même sous l'effet visible d'une drogue, la rousse dégageait une aura de puissance, et le sort qu'elle lança, aidée de Cassandra, fit virevolter les flammes dangereusement. Les flammes léchèrent la foule, ondulant comme si elles étaient en vie, parfaite figuration d'une Forbach à l'humeur dévorante. Alix sentit dans sa main celle de sa mère. L'angoisse était particulièrement visible chez cette fervente partisane de Viviane, et la jeune femme commençait à culpabiliser.
Mais il était dit, écrit même peut-être, que c'était aujourd'hui qu'Alix trahirait sa famille. L'Argousin assomma Viviane, et les flammes revinrent immédiatement à leur place.

C'était l'instant.
Les sorcières dans la foule, dissimulées comme elles savaient si bien le faire, entamèrent une incantation. Elles formaient un cercle rituel autour de Viviane, et priaient pour ne pas se faire remarquer. L'incantation à voix basse était la même que celle qu'avait entamée Viviane, et Alix y prenait part. La rumeur grimpait dans la foule, faisant frémir les badauds qui détachèrent un instant les yeux du morbide spectacle qui s'offrait à eux pour chercher l'origine de ce chœur mystique. Et les salamandres firent à nouveau leur entrée, s'écartant du bûcher, jouant avec la foule, courant sur terre et flottant dans les airs. L'incantation continuait.

Tout le rituel tenait sur une seule chose : la cohésion du cercle. La liaison entre chaque sorcière était importante. Si l'une d'entre elle venait à oublier un mot, ou se déconcentrer, tout serait perdu. Alix perdait peu à peu son attention, portant son regard sur sa mère. C'était aussi un peu pour elle qu'elle faisait cela. Pour que la paix à Forbach soit retrouvée. Pour cela, la gangrène devait cesser. Viviane ne méritait pas une telle mort, mais toute sa famille méritait de finir ses jours tranquillement.
Alix acceptait donc le poids accablant de sa trahison, et arrêta d'entonner l'incantation, ses yeux coupables rivés sur Viviane.
Les braises se rallumaient. Elle venait de faire échouer la tentative des sorcières.
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MessageSujet: Re: Actus Fidei   Lun 10 Juin 2013 - 13:23

*23 avril 1647*


Louisa écoutait la voix affolée de Miranda… Le Pax Humanum était sur le point d’échouer.

Les pavés de Forbach vibraient de nouveau sous les pas de la démence collective. Les villageois réclamaient le jugement des sœurs Vademar. Viviane était enfermée dans un cachot.
Viviane. Viviane qui était la plus vieille amie d’entre toute. La femme avec qui Lou avait partagé chaque moment important de cette vie. Pourquoi fallait-il qu’ils s’en prenne à cette femme là ?

Soudain, le rire de Lucile, perça le silence dans lequel s’étaient absorbées les deux femmes. La petite frimousse aux boucles brunes, avança à petits pas droit vers sa mère, pour attraper le bas de ses jupes. La pression de ses deux minuscules mains sur le tissu attira un tendre sourire sur les lèvres de celle-ci. Les longs doigts de la fileuse formèrent un étau tendre et protecteur autour de la taille de la petite fille pour la porter jusqu’à sa poitrine.

Ainsi… toute son énergie n’y aurait pas suffit.

« Peux-tu demander à David de préparer mon cheval ? »

Pourtant, elle ne pouvait abandonner les deux sœurs, à leur sort. L’intervention de la représentante du mouvement pacifiste rendrait peut-être l’Inquisition plus charitable. Peut-être que Louisa pouvait modérer le jugement. Même si son tempérament rationnel l’emmenait à en douter elle se devait d’essayer, par respect pour le lien, qui l’avait unie aux deux sorcières rousses.

« Dis à Romain, que si je tarde trop, je dormirai au village. J’en profiterais pour aller faire un tour à la boutique. »

Depuis, l’échec cuisant du Conciliabule, madame Zimmerman s’était encore plus coupée de ses activités commerçantes. Elle laissait à Nastasia Maulne les bons soins de l’affaire familiale. Toutes ces occupations étaient vides de sens depuis qu’une menace continuelle planait sur la vie d’Anna. Où était la jeune fille d’ailleurs ? Cette enfant, fruit du plus fort des désirs de Louisa et Romain. Les symptômes avaient empiré pendant l’hiver. Le retour du soleil l’obligeait à se terrer dans les ombres de Rosbruck. Quelle était la sagesse des Dieux, pour priver une enfant, des plus belles choses de la Nature ?

Dimitri observait sa mère à travers la fenêtre qui les séparait.
L’année qui venait de s’écouler l’avait fait grandir. La silhouette d’homme prenait forme. Il dégageait un charme fou. Son sourire ne cessait de ramener Lou à sa jeunesse. L’esprit aussi avait mûrit… Elena ne saurait probablement jamais, quel formidable avocat son élève, avait été pour elle. Combien il s’était passionné, pendant des heures, pour défendre la place des sorcières dans l’univers. Comme il avait réussi à apaiser la louve qu’il avait pour mère. Les hommes de cette demeure avaient des pouvoirs bien plus puissants que touts les charmes des païennes.
Ils échangèrent un sourire entendu. C’était tout ce dont avait besoin Louisa pour se mettre en route.

« Miranda… peut-être devrions nous envisager un petit voyage pour cet été… »

Le seul voyage qui leur serait permit serait peut-être le plus long et mystérieux d’entre tous.

Lou reposa sa fille au sol. Elle serrait affectueusement l’épaule de sa complice éternelle et disparue sans un bruit du village familial.



Le soleil entamait sa descente lorsque Lou arriva devant les portes de la Collégiale. Elle remarqua que les effectifs étaient réduits. Une folle intuition provoqua une formidable montée d’adrénaline. Son regard erra sur la rue.

L’Inquisition avait déjà choisi la sentence.

Non. Non !

« Ouvrez ! Ici la baronne Zimmerman ! Je veux parler à Marie-Théodosine ! C’est urgent ! Il faut qu’elle entende ce que j’ai à dire ! OUVREZ ! Vous m’entendez ?! MÈRE SUPRÊME ! »

Les coups de poings sur la porte n’y firent rien. La religieuse ne se manifesta pas. Un soldat daigna enfin approcher pour lui annoncer ce qu’elle avait déjà comprit. Viviane allait être brûlée.

Il faut parfois toute une vie pour pardonner. Il ne faut parfois qu’un battement de cœur.


Le ciel rougissait tandis que Lou dévalait les rues pour se rendre sur le Parvis de l’église. Ça ne pouvait que là. Ces quatre murs de pierre où s’étaient déroulé le meilleur comme le pire des trois dernières décennies.

Elle arriva, reconnue la forme du bûcher et l’odeur du bois brûlé.

« Non… non… VIVIANE »

Plus rien ne comptait, ni les guerres de clans, ni les trahisons. Viviane ne pouvait pas mourir. Viviane méritait d’avoir une vie longue et harmonieuse et de prendre encore soin de sa famille et de ses proches.
Louisa, joua des coudes avec une telle férocité, un tel acharnement, qu’elle parvient à remonter dans la foule, pour arriver au premier rang des spectateurs. Une petite rumeur commença à parcourir la masse humaine : Les pacifistes étaient présents. La plupart détournèrent le regard, ou reprirent leurs cris, de plus belle. Mais il y eu quelques courageux pour murmurer deux mots sacrés.

Pax Humanum.
Pax Humanum.
Pax Humanum.


Louisa Zimmerman continuait d’avancer. La peur faisait battre sa poitrine à la chamade. Ses grands yeux noirs exprimaient une terreur rarement égalée. Les plus anciens se souvenaient peut-être encore, que des années plus tôt elle avait bravé ainsi la foule, pour aller cracher aux pieds des femmes condamnées. Elle s’avança vers l’inquisiteur le plus proche. C’était un soldat, dont elle apprendrait plus tard, qu’il s’appelait Von Wädenswill et qu’il était l’un des meilleurs éléments de l’armée religieuse.
Il ne fit rien se contentant de lui sourire.



Lou regarda les flammes…

« Attendez… ATTENDEZ ! »

La voix porta vers les quatre premiers rangs. Les Forbachois se tournèrent intriguée vers la dame en blanc. La silhouette s’avança, au beau milieu du parvis, au plus proche du bûcher. Progressivement les alliés de la baronne réclamèrent le silence.

« Ne comprenez-vous pas ce qui se passe ? Ne voyez-vous pas ce qui est en train de nous arrivez ! Nous répétons la même erreur pour la centième fois !!
Souvenez-vous ! Souvenez-vous ce que nous a dit l’Ange l’été dernier ! Mais regardez ! Vous êtes sur le point de condamner Forbach tout entier !!
Ce qui nous arrive depuis un an ne vous a donc rien apprit ?!! Voulez-vous voir vos mères, vos père… vos ENFANTS mourir, par la faute de votre sauvagerie ?!

(La main vola en direction d’un enfant marqué. Chacun savait ce que signifiait ce stigmate. Beaucoup avait pu voir celui inscrit sur le front blanc de l’aînée des Zimmerman.) Cette guerre ne rime à rien ! Que croyez vous qui va se passer quand leurs cendres refroidiront ? Ce ne sera jamais fini ! JAMAIS !
A moins que l’on ait le courage d’arrêter cet engrenage ! Pourquoi voulez-vous voir ces deux femmes mourir ? Que vous ont-elles fait ? Que vous ont-elles fait de mal ? Vous ont-elles fait le moindre mal un jour ?
Nous les pensons mauvaises, car ces hommes, nous l’ont dit. Mais réfléchissez une seconde. Que vous ont-elles fait ?
J’ai été la première à les haïr. J’ai perdu autant que vous, à cause de ce conflit, qui nous ronge…

(Dans le regard de la couturière se reflétèrent les fantômes de ses proches. La lumière des flammes créait une aura mystérieuse.)
Mais la vengeance appelle la vengeance.
Chacun a fait ce qu’il avait à faire. Les sorcières défendent leur terre, les inquisiteurs servent leur dieu, et nous nous tentons de vivre au milieu de tout ça. Nous avons obéit pendant des années. Nous avons du élever nos enfants dans la peur, à cause de choses, qui ne nous concerne pas ! Pourquoi ne pas arrêter ?
Les sorcières se sont intégrées parmi nous. Elles ont respectés notre mode de vie. Elles ont soigné vos hommes blessés mesdames. Elles ont mit vos filles au monde messieurs. Sans elles ma fille serait sous terre aujourd’hui. Elles ne sont pas nos ennemies. Elles ne l’ont jamais été. Elles font partie des nôtres.
Si nous prenons cette décision ensemble tout peut s’arrêter ce soir. Enfin…

(A cet instant Lou se tourna face au bûcher. Son regard chercha celui de Viviane. Elle lui adressa un sourire qui demandait pardon. Ce qu’elle s’apprêtait à faire était risqué. Mais c’était le moment où jamais d’avoir foi en Forbach. Sa voix ferme tonna à nouveau sur la place.)
Pour ma part j’en ai fini avec la colère. Je respecte et j’aime ces femmes. Si vous voulez les tuer, alors, mettez moi aussi au bûcher.
Je ne veux plus voir ma terre se déchirer et saigner sans raison. »




Tout était clair à présent.
La chaleur du feu caressait la peau opaline avec tendresse. Louisa était enfin parvenue à trouver la paix. Pour la première fois, depuis la mort de son père, elle sentait son âme libérée. Comment n’avait-elle pas pu voir plus tôt ? Elle n’avait plus peur. Elle avait enfin comprit. Forbach avait besoin d’un miracle. Pour l’avenir. Pour la sécurité. Pour l’amour. Le choix était fait. La vie, avait apporté suffisamment de bonheur à cette femme, pour qu’elle ait le courage d’y renoncer.

Le vent souffla faisant éclater une gerbe de braise. La baronne fit un pas vers le feu. Elle ne pria ni Dieu, ni Ange, ni mais Enchanteresse. Mais Anna, Dimitri, David, Lucile… et surtout Romain de comprendre et de pardonner.
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MessageSujet: Re: Actus Fidei   Mar 11 Juin 2013 - 19:24

"Aux versets 12 et 13 du chapitre 16 de L'Ecclésiastique, il est dit que la miséricorde et l'indignation sont toujours avec Lui. La supplication est puissante sur Lui, et Il répand néanmoins Sa colère. Ses châtiments égalent Sa miséricorde, et Il juge l'homme selon ses œuvres."



Arriver à temps. C’était tout ce qui comptait. Arriver à temps.
La nouvelle de l’exécution publique de Cassandra s’était répandue jusqu’à Orléans, où David avait atterri après de longs errements. Nul doute qu’en tant normal, une telle rumeur aurait réuni à Forbach nombre de personnalités vaticanes venues de toute l’Europe, qui connaissaient de près ou de loin la Comtesse de Saint-Loup, connue parmi leurs rangs. En fait, le Vatican aurait peut-être pu même faire quelque chose pour intercéder en sa faveur, si Mère Marie-Théodosine n’avait pas précipité les choses, fait volontairement en sorte que Cassandra se retrouve six pieds sous terre le plus rapidement possible -car une fois cela fait, personne, alors, ne pourrait inverser le cours des choses.

Il saura à bas de cheval et contourna l’Eglise, se ruant vers le Parvis en passant par le cimetière. Cette affreuse mégère borgne avait fait trop de mal autour d’elle, pour que tous se soumettent encore à ses caprices insensés… Son règne s’arrêtait aujourd’hui.
Pourtant il dut s’arrêter un moment tant les élancements de douleur provoqués par son stigmate étaient vivaces. La chevauchée l’avait rendu incroyablement faible, nauséeux, et sa tête sonnait telle un gong. Son séjour à Orléans avait été comme une retraite de l’esprit, un repos qui avait adouci les effets cruels de la marque de l’Ange… mais ceux-ci n’avaient pas disparus pour autant.

Parvenu en vue du Parvis, David encocha une flèche et banda son arc, dissimulé derrière une tombe. Ce simple effort lui arracha une grimace de souffrance. Il connut un instant d’effroi en voyant les flammes du bûcher danser telles des naïades, croyant être arrivé trop tard… mais c’était là l’œuvre d’un enchantement parmi les sorcières, qui cependant s’éteignit subitement, concentrant le foyer là où il était né: aux pieds de Cassandra et Viviane.
Le temps pressait. David visa la foule, prêt à embrocher la tête de Marie-Théodosine. Il savait au fond de lui que cet acte ne resterait pas sans conséquences, mais peu importe… Tout ça n’avait plus d’importance.
Un stigmate ornait désormais son front, alors de toute manière, il périrait au solstice. Mais il ne voulait pas mourir avec des regrets.

Pourtant, il remarqua avec stupéfaction que la harpie n’avait même pas daigné se montrer; elle n’était pas présente parmi la foule. Ce fut, constata-t-il avec stupeur, Louisa Zimmerman qui s’avança vers le bûcher, animée par l’intime foi toute puissante qui couvait dans son Pax Humanum, afin de clamer à la foule que tout ceci n’était qu’insanité, et qu’en persistant ainsi dans l’erreur les forbachois se ruaient vers leur propre perte...
Subjugué, David s’avança parmi la marée humaine, arc baissé, yeux rivés vers cette femme qu’il croyait anonyme et qui venait pourtant, avec une force d’esprit et un courage incroyable, de défier les bourreaux de prendre sa vie, si ils souhaitaient prendre celles de Cassandra et de Viviane... Une vague de honte, telle qu’il n’en avait jamais connue, déferla sur le jeune homme. Une femme qui n’était même pas de la famille Valdemar, qui était au plus une amie, s’élevait au prix de sa propre existence pour les sauver. Tandis que lui avait fui comme un lâche…
Ç’aurait dû être lui, devant ce bûcher. Lui à la place de Louisa. Protégeant la mère de son épouse coûte que coûte.
Il n’existait pas de mots assez forts pour décrire la honte qu’il ressentait.


"Sauve ce qui peut encore l’être"



Un miracle se produisit à Forbach ce jour-là. Nul ne savait encore si c’était LE miracle attendu, mais en toute hypothèse, jamais de mémoire d’homme on n’avait vu un être se dresser de la sorte, comme un rempart, pour défendre deux sorcières… Et aussi incroyable que cela paraisse, lorsque Louisa Zimmerman avait parlé, les gens l’avait écoutée avec une sorte de prise de conscience diffuse, collective, comme un sentiment couvant depuis longtemps mais qui venait enfin d’éclater au grand-jour.
Progressivement, il y eut un mouvement de foule tandis que les propos de la Baronne étaient relayés parmi l’assemblée. Et les membres les plus fervents du Pax Humanum vinrent peu à peu rejoindre leur chef de file, formant une chaîne humaine autour du bûcher pour empêcher l’Argousin et les autorités d’y accéder, tandis que d’autres personnes s’activaient déjà pour éteindre les flammes…

Au milieu de cette scène, les Inquisiteurs connurent d’ultimes moments d’hésitation, partagés entre leur intime conviction et le devoir hiérarchique d’obéir aux directives de Marie-Théodosine. Mais celle-ci était absente, ses fidèles partisans minoritaires, et le souvenir de toutes les années de bons et loyaux services de Cassandra au sein de l’Inquisition, encore bien trop vif. La Comtesse de Saint-Loup et Viviane reprenaient d’ailleurs peu à peu conscience sur le bûcher. David s’avança d’un pas décidé et, enfin, se mit aux côtés de Louisa Zimmerman; non pas face aux villageois, mais face aux Inquisiteurs. Toutes les têtes lui étaient connues. L’immense majorité était des amis.

"Madame la Baronne de Rosbruck dit vrai. C’est en arrêtant tout, aujourd’hui et maintenant, que se trouve notre salut. (Il observa brièvement Cassandra par-dessus son épaule. Ce simple mouvement exposa son visage à la chaleur des flammes et le stigmate lui donna l’impression qu’on lui enfonçait la tête dans un brasero). Il m’a fallu toute une vie… mais j’ai enfin compris: Dieu juge l’homme selon ses œuvres. Ce n’est pas le hasard de la naissance, mais le choix de ce que l’on fait dans la vie, qui détermine qui l’on est. "

Tous les Inquisiteurs qui, comme David, avaient un jour été sous les ordres de Cassandra et avaient éprouvé pour elle loyauté et respect entendirent ses paroles. La grande majorité d’entre eux ne s’étaient jamais résolus à obéir à Marie-Théodosine, si illégitime en comparaison… En fait, ils n’attendaient qu’un moment, qu’une parole, pour que la situation se renverse. Et ce signal était arrivé.

"Eteignez-moi ce bûcher! " cria-t-il en levant le bras.

Dans une vague unanime, tous progressèrent vers l’avant pour aider les villageois à éteindre les flammes.

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Émissaire du Roi
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MessageSujet: Re: Actus Fidei   Mer 12 Juin 2013 - 13:42

La fumée avait pris la place des flammes. Une brume épaisse et toxique aux parfums de chêne et de sapin avait envahi la foule déjà prête à s’en aller. Toute la tension était retombée à peine l’ordre d’extinction de David formulé. Pourtant, une silhouette d’un rouge carmin fendit l’atmosphère nébuleuse en direction du bûcher. Et la foule de se retourner sur son passage, s’immobilisant, sentant toute la puissance et la cruauté de la Mort revenir à la charge droit sur les sœurs Valdemar. A mesure que Symphorienne s’approchait, l’atmosphère entière semblait se crisper, tendre le dos, attendant l’éclat fantastique de son fouet sanglant.

Arrivée au centre du parvis, elle brandit un pistolet en l’air et tira une fois pour attirer l’attention des derniers badauds et inquisiteurs qui ne l’auraient pas reconnue à travers la fumée épaisse.


«  VETO ! »


Le mot tomba comme une pierre sur la tête d’un curé : lourd, absurde et fatal. Après toutes ces incantations, tous ces discours pleins de verve et de rhétorique, ce simple mot allait renverser à nouveau toute la situation. Symphorienne embrassa la scène d’un regard presque amusé. Quel bordel… Tout était sens dessus dessous, les villageois ne savaient plus s’ils devaient rentrer chez eux ou s’ils devaient rester, les inquisiteurs ne savaient plus s’ils devaient brûler les sorcières ou les sauver et les sorcières si elles devaient prier ou pleurer. C’était là un enchevêtrement de paradoxes humains concourant à une seule question : les sœurs Valdemar, mortes ou vives ?

Mère Marie-Théodosine avait dit oui, le Pacte d’Ailrun avaient dit non, la Cabbale avait dit que si, mais Louisa Zimmerman avait infirmé, infirmation confirmée par David Geisler.

Symphorienne attendit quelques secondes que la masse se re-concentre sur elle et prit la parole. Elle était vêtue d’une sublime et exhubérante robe rouge aux motifs exotiques et sa coiffe était la plus haute et compliquée de toutes les coiffes. Une toilette pour le moins déplacée pour une exécution. Mais tout le monde le sentait ici, elle n’en avait cure, il ne s’agissait pas plus d’une exécution pour elle que d’un feu d’artifice.


« Je suis Symphorienne de Lucrèce, émissaire de la Reine pour le maintien de l’ordre et de la Paix à Forbach. En son nom, et au nom du Pax Humanum aussi longtemps que j’en serai la plus haute représentante, je possède le pouvoir ultime de m’opposer à quelque décision ou ordre qui me semble mettre en péril les desseins royaux.

J’oppose mon veto au contrordre d’exécution.

Si la Sainte Inquisition réclame que ces âmes brûlent, Ainsi soit-il. »


Le regard de Symphorienne ne reflétait aucun espoir, aucune merci, aucune humanité. Il se planta dans celui de Louisa Zimmerman que l’Argousin aidait à descendre du bûcher.

« Et que brûle avec elles qui le voudra… »

Ce dont Louisa n’avait pas pris conscience dans son acte de courage impulsif, c’est que sa décision d’empêcher l’exécution commandée par l’émissaire Vaticane - et depuis peu Inquisitrice Générale remplaçante de Forbach - était l’équivalent d’une déclaration de guerre ouverte entre le Royaume de France et le Vatican. En effet, agissant sous le nom du Pax Humanum désormais investi de l’autorité royale depuis l’arrivée de Symphorienne à Forbach, elle contrariait au plus au point l’Eglise catholique et risquait de provoquer un conflit dont aucun des deux partis ne voyait avantage à ce qu’il fut ouvert. Les sœurs Valdemar étaient les victimes d’un engrenage monstrueux et politique qui ne se souciait ni d’elles ni d’aucun homme. Enserrées dans cet étau sans pitié, rangeant en un mot le Pax Humanum du côté de l’Inquisition, Symphorienne venait de les condamner.

Oh, non pas que Symphorienne n’ait elle-même pensé à toutes ces nuances politiques, non ça ne lui avait pas effleuré l’esprit, simplement : les sorcières devaient mourir, pas au nom de la Pureté chrétienne, pas au nom de l’hérésie, mais au nom de la Supériorité divine, au nom de celle qui avait trahi le ciel en peuplant la Terre de ses merveilles.

Il y eut un instant d’hésitation, encore. Symphorienne fit signe à ses dragons, les hommes de main écartèrent Louisa Zimmerman et les quelques partisans du Pax Humanum qui essayaient de se révolter. Elle regarda Sigmund Wändeswill avec insistance, celui-ci fit signe à ses hommes d’écarter David Geisler. Enfin elle ramassa à ses pieds une branche de fagot encore luisante et la plaça de force dans la main de l’Argousin.


« BRÛLEZ-LES !!! »
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MessageSujet: Re: Actus Fidei   Mer 19 Juin 2013 - 12:36


Au moment même où la branche passait de main, un coup de feu retentit dans la foule, faisant s’écarter les plus proches, mais attirant surtout l’attention vers un seul homme que tous connaissaient fort bien, même si, au fond, peu étaient ceux qui l’avaient véritablement vu depuis sa dernière véritable apparition. L’arme encore fumante dans une main tendue vers le ciel, Owen se tenait droit dans une tenue qu’il n’avait plus arboré depuis longtemps mais qui ne pouvait sembler plus juste pour l’occasion. Alors que le silence se faisait, malgré quelques murmures, et que les têtes s’étaient tournées vers lui, l’ancien étranger rangea tranquillement son arme à sa ceinture tout en commençant à parler. « Puisque chacun semble y aller de son petit discours, j’aimerais me joindre à la danse. Vous permettez ? » Un léger sourire sur les lèvres, il fendit la foule qui s’ouvrait instinctivement devant lui pour atteindre la base du bûcher où étaient toujours ligotées les deux sœurs prétendument sorcières, condamnées à mourir par le feu. Au pied de l’édifice de bois, il jeta un regard aux deux condamnées avant de se retourner vers son assemblée et plus particulièrement par Symphorienne. « Avant que mon effet de surprise ne s’estompe et qu’il vienne à l’idée de certains, ou certaines, de m’interrompre… » Alors qu’il parlait d’un ton parfaitement calme, bien qu’il ne put échapper aux personnes des premiers rangs qu’il pensait notamment à la Noble qui se trouvait non loin de lui, il sortit un parchemin de l’intérieur de son manteau. « Si je ne conteste en rien le statut de mademoiselle de Lucrèce, je tiens à rappeler à celle-ci qu’il m’est donné par la présente lettre, signée également de la main de la Reine, toute autorité sur les questions de Justice et d’Ordre relatives à Forbach. » Sa voix était forte, afin que chacun puisse l’entendre et il n’avait pas hésité à dérouler le parchemin pour y montrer le sceau royal. En effet, la Reine n’avait jamais accepté la démission qu’il lui avait envoyée après l’affaire de l’Agent du Diable. Elle avait toutefois consentit à le laisser tranquille, lui ordonnant néanmoins de tenir un rôle de sentinelle, pour veiller au bien de cette ville qui en avait décidément besoin.
 
Tandis qu’il repliait la lettre, il jeta un regard sur Symphorienne. « Qui plus est, je possède deux armes à feu dont je n’hésiterais pas à me servir si cela devait être nécessaire. » Il eut un petit sourire et la quitta du regard pour le poser sur la foule qui était, visiblement, suspendue à ses lèvres. Il se tourna vers l’Inquisition. « On m’objectera surement que je n’ai nullement à intervenir dans les affaires de l’Inquisition, et vous aurez probablement raison, mais, soyez rassurés, je n’ai nullement l’intention de remettre en cause directement les chefs d’accusation contre ces deux demoiselles derrière moi. » Sentant qu’on allait certainement lui dire que cela ne servait à rien de se donner en spectacle ainsi s’il ne comptait pas remettre en cause l’exécution, il se tourna de nouveau vers Symphorienne et Louisa Zimmerman. « Toutefois, je suggère que nous réglions cela ici et maintenant, c’est une question de vie et de mort, au sens littéral du terme. Si vous voyez ce que je veux dire. » Reprenant une position plus adéquate au milieu de cette scène, il sembla chercher un peu ses mots, posant une main sur la poignée de son arme. « La plupart des gens ici présents savent que je suis du genre pointilleux et que, généralement, les détails attirent rapidement mon attention. A vrai dire, si je suis ici à vous parler, c’est exactement pour ces mêmes raisons… » Il esquissa un petit sourire à l’attention de la Noble. « Quand on m’a demandé d’enquêter sur Mademoiselle de Lucrèce, je n’étais pas certain du bien fondé de mon action, probablement parce qu’elle était une envoyée de la Reine et que surveiller ses pairs n’est jamais très agréable. » Il soupira. « Toutefois, il m’est rapidement apparu que vous aviez quelque chose à cacher et, avec moi, le mystère appelle la curiosité. Aussi, votre généalogie trouble et votre passé inaccessible me poussèrent tout droit vers vous. »

Il haussa les épaules. « Cela aurait pu s’arrêter très vite en réalité, s’il n’y avait pas eu votre empressement à me renvoyer, ou, et c’est en fait un peu plus important, l’ingéniosité avec laquelle vous vous employiez à rencontrer Marie-Théodosine sans que personne ne puisse s’en apercevoir. Une connivence secrète n’en est que plus suspecte, mais je suppose que cela, vous le savez déjà. » Il eut un petit regard vers la Baronne Zimmerman. C’était elle qui l’avait lancé sur cette affaire mais il était inutile de le rappeler ici. « Le problème avec moi, Mademoiselle de Lucrèce, c’est que je suis curieux et têtu. Plus ou m’en cache, plus j’essaye d’en savoir et, dans ce cas, plus je finis par trouver. » Il eut un sourire quelque peu malicieux tandis qu’il se tournait vers l’arrière du bûcher, croisant à nouveau le regard des deux condamnées. Un signe de main et un sifflement caractéristique plus tard, un mouvement commençait à poindre dans la foule. « Pour terminer ma démonstration, j’aurai besoin d’un petit accessoire que deux charmants garçons me font le plaisir de m’apporter. » Quelques instants plus tard, émergeaient deux jeunes hommes portant un coffre aux couleurs assez criardes qu’une personne ne pouvait manquer de reconnaître. Ils posèrent l’objet aux pieds de l’Enquêteur. « Merci, Messieurs. » Le pied sur le sommet de la réalisation en bois, il fixa à nouveau la foule. « Je sais bien que tout ceci vous a tenu en haleine depuis fort longtemps et que vous ne tenez déjà plus. Aussi, vais-je être, cette fois-ci, un peu plus bref que la dernière fois. » Il faisait bien entendu référence à sa précédente enquête que nombreux étaient ceux qui devaient s’en souvenir.
 
« Ce coffre provient des appartements de Mademoiselle de Lucrèce. J’ai plusieurs témoins qui peuvent m’en assurer ayant eux-mêmes déplacé le coffre jusqu’à ses appartements le jour de son arrivée. J’admets ne pas avoir été totalement dans la légalité sur ce coup, mais il faut savoir se salir un peu pour arriver à ses fins. » Il porta son attention sur l’intéressée. « Je suis certain qu’une femme comme vous peux le comprendre. En tout cas, lorsque je l’ai trouvé, il contenait une petite surprise… » Il fit le tour du coffret, puis en ouvrit le sommet, révélant ainsi un corps, celui d’une nonne, portant un bandeau. « Permettez-moi de vous présenter Sœur Marie-Théodosine. » Il s’interrompit, remarquant avec quel point la surprise pouvait se lire dans les regards des personnes présentes, mêlée à un sentiment d’horreur, probablement dû à l’état de décomposition avancée du cadavre. Il eut un sourire. « Je parle de la « vraie » Sœur Marie-Théodosine bien entendu. » Le sourire aux lèvres, il capta à nouveau l’attention de la foule présente. « Je dispose de plusieurs lettres signées par des personnes haut-placées de l’Eglise Catholique affirmant que cette personne… » Il désignait celle qui se trouvait à ses pieds.  « … est bien celle qu’avait envoyée Rome pour prendre les rennes de l’Inquisition de Forbach. » Bien. Il était maintenant temps d’en finir. « Tout ceci, me permet d’arriver à mes conclusions, et je pense que cela mettra tout le monde d’accord sur plusieurs points. La première : Symphorienne de Lucrèce, en vertu du statut que m’a conféré la Reine, vous êtes en arrestation pour le meurtre de Sœur Marie-Théodosine. En particulier, vous êtes déchue de toutes les responsabilités qui vous étiez incombées, octroyant ainsi, par la même occasion, l’autorité du Pax Humanum à la Baronne Louisa Zimmerman ici présente. » Il resta silencieux quelques instants tandis que des hommes venaient encadrer la noble, lui empêchant toute possibilité de fuite. « Oh… Je me permets de signaler que cela rend rétroactivement votre véto parfaitement caduc, enfin, je laisse les personnes adéquates ce charger de cette information. »
 
Il se tourna maintenant vers l’Inquisition. « Deuxièmement, il va de soi que la personne que vous pensez être Sœur Marie-Théodosine n’est en fait qu’une usurpatrice, agissant en connivence ou non avec Mademoiselle de Lucrèce. En particulier, elle ne peut jouir de l’autorité suffisante pour ordonner la condamnation de qui que ce soit, quels que soit les chefs d’accusation. Je vous serais d’ailleurs gré de bien vouloir lui notifier sa mise en arrestation et de me la confier dès que vous en aurez le temps. J’ai encore quelques questions à lui poser. » Il se tut à nouveau, semblant réfléchir quelques instants, se retournant vers le bûcher. « Voilà, il me semble avoir terminé mon discours. Toutefois, j’imagine que tout ce que j’ai pu révéler et l’arrestation de Mademoiselle de Lucrèce change plus ou moins la donne sur ce qui se passe ici… Enfin, ce n’est pas de mon ressort aussi je laisse la nouvelle personne en charge de l’Inquisition se charger de cette affaire-là. » Il eut un regard pour les probablement futures ex-condamnées. « Mesdames. » Il se tourna à nouveau vers l’ensemble de la populace. « Bien, je crois en avoir terminé. Encore désolé d’avoir un peu chamboulé le programme mais il est des obligations que chacun est obligé de tenir, et ainsi sont les miennes. » Il se tourna vers les hommes qui s’étaient approchées de Symphorienne. « Messieurs, si vous voulez bien me suivre, nous avons deux trois petites choses à régler avec cette dame. » Il jeta un coup d’œil vers le coffre où reposait toujours le cadavre. « Une dernière petite chose si vous permettez, je laisse à l’Inquisition le soin de faire le nécessaire pour cette pauvre femme. » Puis, avec un sourire d’immense satisfaction, il suivit ses hommes qui emmenaient Symphorienne vers un endroit qu’elle n’apprécierait certainement pas.
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MessageSujet: Re: Actus Fidei   Mer 19 Juin 2013 - 16:12

La pauvre Mère Marie-Théodosine n’avait pas souffert bien longtemps. Probablement même s’était-elle sentie soulagée de mourir enfin. Peut-être fière de finir sur cette croix dans l’église abandonnée comme le Christ sur le Mont Golgotha. Ou alors avait-elle ressenti le désespoir de son impuissance face à Elle. L’ire pure et éternelle du Saint face au Démon. Alors que la poussière étoilée emplissait le chœur et noyait son âme, son cœur priait : puisse Forbach ne pas rester aveugle et sourd à l’évidence de cette cruauté. Puisse ce comté infidèle et maudit percer l’apparence de noblesse de la Bête. Mais tout le génie de Symphorienne résidait ici. Elle était si manifestement inhumaine, comment aurait-on pu douter qu’elle soit humaine ?

Mais l’ultime prière de l’inquisitrice n’avait finalement pas été vaine. Car c’est bel et bien une bête que tenaient en joue les regards forbachois sur le Parvis. Louisa l’avait flairée. Le loup de la Reine l’avait traquée. Ils l’avaient piégée. A présent elle était au centre d’une embuscade sans pitié. Car si la Bête avait été démasquée, la Bête n’était plus le prédateur ce soir. Elle était la proie. Son regard était froid et la peur n’y dessinait que des ombres passagères. Elle regardait de droite et de gauche, moins par panique que par calcule. Elle n’avait jamais eu d’autre crédibilité en ces lieux que son statut d’émissaire de la Reine. Personne ne l’aimait. Owen quant à lui avait sauvé le comté en démasquant Lorenzo Maestriani. Il devait compter parmi les personnalités les plus respectées de Forbach. Symphorienne avait lu tous ces éléments dans les rapports qu’elle avait confisqués à Mère Marie Théodosine – qui après tout ne les aurait pas emportés au Paradis. Elle avait donc pleine conscience de la gravité de la situation.

La scène était formidable. Au milieu de ce fouillis humain, entre les braises voletantes et dans la fumée, alors même que nul ne pouvait tout à fait distinguer aucun visage, que la voix d’Owen, de part et d’autre du parvis, seul fendait la brume opaque le rouge impitoyable, le rouge accusateur, celui de la robe exotique de Symphorienne, celui du coffre chinois de Mère Marie-Théodosine. C’était le rouge preuve, le rouge tâche, le rouge sang. Symphorienne foudroyée par l’évidence chromatique ne trouvait plus rien à dire pour sauver sa position. Elle n’avait plus aucun droit de Veto : comme elle venait à l’instant de le dire à l’assemblée, elle ne possédait ce droit de Veto qu’au titre d’émissaire royale et plus haute autorité du Pax Humanum. Son arrestation prononcée elle n’était plus la plus haute autorité du Pax Humanum, Louisa Zimmerman reprenait les rênes.

Alors que les hommes d'Owen Mansholther s'approchaient de la noble pour la saisir, les dix dragons à cheval de Symphorienne se déployèrent alors comme un seul homme autour d’elle, pistolets en main, tenant en joue la population immobile, Louisa, David et Owen en première ligne. Symphorienne, monta derrière l’un de ses hommes de main. Dans un silence de mort la foule intimidée s’écarta pour laisser passer le cortège sombre. Pourtant, au bout de l’allée qui se formait, une silhouette dans la fumée se tenait droite et fière, derrière lui d’autres encore, une vingtaine, peut-être plus. En ligne, un genou à terre, ils braquaient le bout de leurs mousquets sur les dragons. Le cortège s’arrêta. Les hommes de main de Symphorienne descendirent de leur monture et rendirent les armes, sans négociations, toujours sans un mot. Symphorienne excédée par l’absurdité de toute cette situation tacite où tout le monde – sauf elle-même - semblait avoir compris qu’elle avait perdu n’eut même pas la prestance de les traiter de pleutres ou de jurer. Elle les observa se rendre lamentablement.

Elle tourna un regard agacé vers la silhouette droite et fière, celle en première ligne qui l’observait avec la peur au fond des yeux et le courage au fond du cœur. Un cri entre effroi et joie brisa enfin le silence du parvis. C’était Louisa accourant :


« DIMITRI ! »

Symphorienne plissa les yeux et reconnut en approchant sa monture le visage aux traits fins, jeunes et forts du fils de la Baronne. Elle esquissa un sourire qui fit passer un froid dans le dos de tous les hommes du jeune Baron.

« Dimitri… »

Elle l’avait croisé quelques fois au cours de l’année en visite à Rosbruck, ce jeune avocat... Elle l’avait trouvé misérable comme sa mère et pataud comme son père. Mais aujourd’hui… Non, aujourd’hui ce n’était plus l’enfant pitoyable, c’était l’homme puissant et prétentieux.

« Symphorienne de Lucrèce, votre arrestation a été prononcée, vous ne passerez pas le barrage de ma volonté représentative de celle de tous les habitants de Forbach, ou vous mourrez. »

Louisa porta sur son fils un regard qui enserra l’ersatz de cœur qui ne battait pas dans la poitrine de Symphorienne. C’était une fierté amère et gigantesque. Un regard de parent accompli sur un enfant chéri. Quel orgueil que celui de l’humanité… Se targuer de sentiments si hauts, c’était révulsant. Symphorienne, de son attitude calme et sereine, la tempête dans les prunelles, s’adressa pensive à Dimitri comme à un souvenir :

« Oh… Dimitri… Comme tu manqueras à ta mère… »

Elle sourit presque mélancolique au jeune homme. Elle déposa délicatement un baiser sur sa main en regardant Louisa et le souffla passionnément en direction de Dimitri dont tout le corps se fractura soudainement en une myriade de particules ailées qui s’envolèrent frénétiquement, nuée de papillons de nuits soufflée au vent.

L’assemblée poussa un hurlement d’effroi qui ne put couvrir celui de désespoir de Louisa. Symphorienne partit au galop s’enfoncer dans les profondeurs ténébreuses de la Schwarzwald. Nul n’osa la poursuivre.


[Louisa, comme tu l'auras constaté, nous avons pris de grandes liberté quant à ton personnage et ses PNJ, si ça te déplaît n'hésite surtout pas à nous en avertir par MP qu'on puisse s'arranger]
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MessageSujet: Re: Actus Fidei   Mer 11 Sep 2013 - 0:28

Le galop de la monture de Symphorienne de Lucrèce sembla résonner longtemps sur les pavés, alors même que celle qui avait tout manigancé avait disparu depuis un long moment à l’horizon. Un attroupement s’était formé autour de l’endroit où s’était tenu une dernière fois Dimitri, mort en héros pour préserver la paix et l’œuvre de sa mère. David fut secoué d’un violent frisson d’empathie en réalisant que cette affreuse garce maléfique n’avait même pas laissé à ses parents le corps de leur fils pour le serrer une dernière fois dans leurs bras ou lui rendre hommage. La silhouette de Dimitri s’était évanouie en une multitude ailée éparpillée en murmures dans le vent.

Une grande confusion régna sur le Parvis dans l’heure suivante. Des ordres étaient déjà donnés pour tenter de retrouver la piste de Symphorienne, même si personne n’avait osé la poursuivre sur le moment -et pour cela, on ne pouvait blâmer personne. Mais les espoirs que la piste mène aux buts étaient minces. La meurtrière savait user de magie; personne n’était en sécurité face à celle. Une fois encore, David mesura à quel point il avait eu tort à propos des sorcières -à quel point la magie n’était qu’un instrument, et que l’important n’était pas cet instrument en lui-même mais l’usage, bon ou mauvais, qui en était fait.

Owen Mansholther avait fait éclater la vérité comme il l’avait fait pour l’Agent du Diable, deux ans auparavant. Et cette fois-ci la vérité fut plus incroyable encore, si c’était possible: la véritable Mère Marie-Théodosine reposait, sans vie, au fond d’une grande malle, tuée selon les déductions de l’enquêteur par Symphorienne de Lucrèce.
L’ampleur de la mascarade s’imposa soudain à David. Pendant des mois, celle qui avait pris la tête de l’Inquisition n’était qu’un imposteur. Celle qui avait mis Cassandra sur le bûcher n’était qu’une usurpatrice… Ce n’était pas la véritable femme de foi qu’avait connue Mère Mattéa à Rome, ce qui expliquait maintenant la raison du fossé entre les deux femmes. Cassandra ne risquait pas de reconnaître sa rivale de jeunesse. Ce n’était plus la même personne.
Comment un sosie avait-il pu duper à ce point quelqu’un qui avait fréquenté la vraie Marie-Théodosine plusieurs années durant? Même une grande ressemblance physique ne pouvait suffire. La magie était à l’œuvre. Une magie aux sombres desseins, qui rendait caduques toutes les décisions qu’avait pu prendre celle qui les avaient prononcées.

Pax Humanum, Inquisiteurs, simples habitants -dès la fuite de Symphorienne, beaucoup de personnes s’étaient approchées du bûcher pour y faire descendre les deux sœurs sorcières. David se tourna vers les membres présents de l’Inquisition, dont bon nombre de ses amis, qui l’avaient aidé à parler à Cassandra une dernière fois avant qu’il ne s’enfuie à Orléans. Et ce qu’il lit dans leurs yeux décupla sa sensation déjà présente: ces gens-là n’avaient attendu que ça. Depuis l’arrivée de Marie-Théodosine, ils n’avaient attendu qu’un signe, un seul, qui leur prouve que cette femme n’était pas celle qui devait les diriger, qu’elle était illégitime à évincer Cassandra de Saint-Loup, la seule dirigeante possible de l’Inquisition à Forbach. Que ce qu’elle avait fait n’était pas bien, qu’il y avait un moyen de tout changer, de faire en sorte d’éviter l’exécution publique de celle qu’ils considéraient comme la véritable Inquisitrice Générale.

Un peu plus tard, David put à son tour présenter ses condoléances à Louisa et Romain Zimmerman. Il n’avait pas connu personnellement Dimitri, mais la réputation et la droiture du jeune homme, qui en cela était le portrait de ses géniteurs, avait fait le tour de Forbach. Une âme si jeune, qui avait encore toute la vie devant elle… Ca aurait pu être moi, pensa David effaré. Il s’était tenu en premier ligne avec l’enquêteur, la baronne de Rosbruck et sa descendance. Symphorienne aurait parfaitement pu le prendre pour cible. Sans trop savoir expliquer pourquoi, il eut le sentiment que ce fait le pousserait à éprouver une gratitude éternelle pour Dimitri Zimmerman.

Enfin, il approcha de Cassandra. Il ne savait pas bien si elle accepterait de lui parler encore. Ni même si elle était en état de tenir une conversation -car elle devait être bouleversée d’avoir frôlée ainsi la mort. Quoi que… elle était sans doute plus forte que ça.
Leur dernière conversation leur revint en tête. Cassandra derrière les barreaux, aux sous-sols de l’Inquisition. Lui, prenant la fuite.

"Pardon de vous avoir abandonnée."

Certes, il était revenu au dernier moment dans l’espoir de lui éviter la mort, mais ça n’effaçait pas son geste premier. Une autre scène lui revint en mémoire, datant de plusieurs mois cette fois: Narcissa et lui annonçant à la Comtesse de Saint-Loup leur mariage, la grossesse déjà bien entamée, l’achat de leur domaine, le cours de leur vie commune… Et à quel point cette conversation avait ébranlé la Veuve, ternit les liens qui l’unissait à sa fille. Ils lui avaient fait tant de peine, ce jour-là. David avait espéré que cette souffrance s’atténuerait avec le temps… Mais il était à court de temps. Ce n’était plus le moment d’attendre que les choses se tassent.

"Et pardon aussi… pour tout le reste. Le bébé, le mariage… On n’a pensé qu’à nous. Je ne sais pas comment il est possible d’être aussi stupide… On ne voulait pas faire de peine à qui que ce soit, pourtant."

Sa voix se tarit, puis il eut un geste vague et écarta ses mèches de cheveux, dévoilant le stigmate qui ornait désormais son front. Comme le symbole était apparu après sa fuite, Cassandra n’avait pas pu être au courant de cela.
Maintenant que la même chose était sur le point de lui arriver, David comprenait à quel point ils avaient eu tort de s’isoler. Les proches comptaient plus que tout. En mettant Cassandra à l’écart, ils avaient commis la bêtise la plus stupide au monde… Et peut-être que ce sursis, cette année supplémentaire accordée par l’Ange, était un moyen qui leur était offert de se racheter.

"Narcissa et moi mourrons au solstice, dans moins d’un mois. Je sais que ces excuses arrivent trop tard et qu’elles ne résoudront rien… et je ne demande pas votre bénédiction… Mais si je pouvais mourir avec votre pardon… je serai serein, je crois."

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