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 Miserere mei

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MessageSujet: Miserere mei    Mar 17 Juin 2014 - 21:47

À cet instant, Noâz revoyait l'eau noire de Diefenbach, le jour où le Pacte d'Ailrun avait bien failli venir à bout de lui. Europe l'avait sauvé... Comment la vie pouvait-elle faire tant de vagues et de remous… de creux… de sommets… de gouffres. Comment Elena pouvait l’avoir tant aimé et au lendemain l’abandonner ? Dans les yeux de Noâz, où si peu de lumière filtrait si bas, le temps remontait.  

L’Histoire d’Elena Mirova n’était pas banale. Une histoire intimement liée à Forbach, née dans sa plus froide humeur, liée aux sorcières, née dans l’année même où s’enflammèrent les brasiers de la révolte, où la Grande Prêtresse d’Olrun mourut.

En effet, alors qu’Analysa, Grande Prêtresse d’Olrun, était enterrée, que les amitiés décennales se déchiraient pour le trône de pierre, qu’Alicia De Sarrebourg annonçait officiellement la scission de la tribu unique et déclarait officieusement la Guerre à la tribu d’Olrun, engageant le plus long et meurtrier affrontement jamais connu à Forbach, la noble Sonia Mironova accouchait d’une enfant vive et gracieuse dont on venterait les mérites et la beauté pour les décennies à venir, et le courage et la splendeur d’âme pour l’éternité.

L’an 1624 avait vu naître le pire, et le meilleur.

Mais, comme bien souvent, le pire ne saurait survivre sans détruire le meilleur, et la vie d’Elena Mirova fut rapidement projetée dans les enfers du deuil, de la douleur et de la solitude.

Elle s’était réfugiée chez le Lys Noir avec l’espoir d’obtenir le pouvoir de changer les choses. Vaincre l’inquisition. Pourtant, sans la scission, probablement Sonia serait-elle encore en vie. Sonia était morte pour sauver sa famille, récupérer le Livre de Lumière, redonner le pouvoir à Olrun, détruire le Lys Noir. Sans le Lys Noir, Elena aurait été l’enfant la plus heureuse. Mais peu lui importait à l’époque. Quelle importance que l’armurier ait vendu le couteau qui vous a blessé s’il peut vous vendre l’épée qui va vous venger. Elena s’était fait une place discrète au sein du Lys Noir, couvant de grandes idées, et l’espoir du changement. Mais cette promesse mourut avec Alicia, ou avec sa santé mentale. Le Lys Noir s’était finalement révélé être un piège pour la belle enfant.

Le poison final fut distillé, comme souvent, par la main de l’Amour gantée d’un joli visage nommé Noâz Loewenstein. Elena s’en était éprise au premier jour et s’en voudrait probablement le reste de sa vie. Il l’avait manipulé, s’était joué de ses sentiments pour la faire succomber et l’embrigader dans un complot terroriste de la plus horrible nature. La plus pure de toute avait alors sombré dans l’infâme bourbier du crime. Jusqu’à employer le plus sombre Grimoire jusqu’ici apporté à Forbach : le Livre des Anges, jusqu’à s’en faire – toujours malgré elle - la Grande Prêtresse, puisque nul autre n’en avait le pouvoir. Prenant inconsciemment la suite du terrible Lorenzo Maestriani, poursuivant son œuvre.

En moins d’un an, Elena avait basculé dans l’obscurité la plus complète. Et peu lui importait de voir dans la Nuit tant que les deux prunelles amantes brillaient pour elle au-dessus des cimes et des crimes.
Affligée. Voilà ce qu’elle fut en apprenant la relation ambiguë qui liait Noâz à Europe. Tout l’univers qu’elle avait bâti, orienté selon ses deux étoiles, tout s’effondrait. Et sa conscience enfin, la frappa en plein visage : elle avait tué pour le Mal. Elle avait condamné David Geisler, homme aussi mauvais qu’un autre, probablement meilleur qu’elle, certainement meilleur que Noâz. Sans pitié, sans jugement.

Lorsqu’elle prit le stigmate de David sur elle-même, Elena avait fait quatre actes télescopés : elle avait donné sa vie, sauvé celle d’un autre, brisé une alliance immorale et pardonné à celui qui l’avait offensé. Ce dernier point, personne ne le retint, que le nouveau prêtre en faction à Forbach.

Le Père Reybaud avait été le premier visiteur d’Elena Mirova lors de sa convalescence. Probablement ne se rappela-t-elle-même pas leur entretien tant elle était malade. C’est lui qui avait insisté auprès de l’inquisition pour observer la plus grande clémence avec la sorcière. Elle représentait à présent un enjeu symbolique pour la Paix. Et deux gardes protégeaient son entrée pendant que deux nones ayant fait le vœu de silence s’occupaient de la pauvresse de la toilette matinale au souper. Son lit avait été installé dans la cave d’une remise attenante au Manoir Mirova de façon à ce qu’elle puisse rester proche des siens mais isolée, pour éviter le bruit et la lumière. Et la toilette se devait d’être faite sans parfum et le souper sans goût car le camphre et le sel étaient devenus pour elle aussi éblouissants qu’un tintement de cloche. Elle perdait l’esprit tant la douleur était intense. Le Père Reybaud bénit la jeune femme et lui glissa à l’oreille que
« si le mal est en chaque homme, la rédemption reste le pouvoir des gens de bien ».

Elena devint une source d’inspiration pour de nombreux habitants, catholiques et païens. Et chaque jour étaient autorisées deux visites lors desquelles d’illustres inconnus et d’anciens amis venaient apporter des victuailles et mots de bon rétablissement que les nones jetaient et étouffaient avec d’aimables sourires. Elena pouvait parfois articuler des remerciements, et il lui arrivait d’ouvrir les yeux suffisamment pour discerner un visage ami bercé dans son aura brûlante.

Mais la question que se posait Noâz allongé sur la pierre froide de sa cellule était :


Elena le reconnaîtrait-elle ?


« La permission vous est accordée »

Cette phrase avait libéré deux larmes dans les yeux de Noâz qui ne coulèrent pas.
Il n’avait plus vu Elena depuis des semaines. Il avait beaucoup pensé à elle. Et il s’était senti coupable. Il avait vécu le désenchantement qu’elle avait connu face à lui avec Europe. Il se disait que dans un tel état, lui, avait tué Europe. Elle s’était condamnée elle-même. Il admirait son oblativité. Il la trouvait si pure. Il s’était dès lors mis en tête que seule Elena Mirova pourrait laver son âme. Et que si elle lui pardonnait, le tribunal lui pardonnerait. Que si elle lui donnait une dernière chance, alors la vie la lui donnerait également.

À dire vrai Noâz avait peur d’être exécuté. Non pas peur de la Mort, comme fatalité, comme instance supérieure, plus qu’il ne l’acceptait, il la respectait. Noâz avait peur de ce qu’il ne laisserait pas derrière lui. Noâz avait peur de n’être parvenu à bâtir aucun empire. Lui qui avait eu toutes les cartes. Il se retrouvait à présent défaussé. Lui qui avait nié tous ses sentiments et plus encore ceux des autres tout au long de sa vie. Il lui semblait à présent que tout ce qui lui restait et ses dernières armes étaient bien les effluves fossiles de son cœur juvénile et ses dernières larmes.  

Lorsque les gardes geôliers saluèrent les gardes portiers, Noâz se sentit dépité de n’en compter que deux de part et d’autre. Il ne représentait plus vraiment la moindre menace à l’évidence… Sans pouvoir ni épée. Mais dans pareille situation quelle aurait été leur utilité ? Noâz descendit les escaliers encadré par les gardes et atteignit la cave où se tenaient les nones qui le regardaient avec un air d’une neutralité saisissante. Après un rapide examen où elles saisirent armes, pièces et tout objet métallique susceptible de briller ou tinter, elles autorisèrent les gardes et le jeune homme d’approcher.


« 5 minutes »

Noâz ne les écoutait pas. Il regardait Elena, amaigrie, pâle, fiévreuse.
Il voulut s’approcher encore mais les gardes le retinrent.
Noâz chuchota :


« Elena, c’est moi... Amaël… »

Elle restait immobile. Ses lèvres étaient violines.
Noâz se rendit brutalement compte qu’elle était mourante.
Il tourna vers les gardes des yeux pleins de larmes. Il était désespéré. Il aurait voulu repartir en arrière, dans le passé, arrêter sa mère, Abigaël, Analysa, la Mort et Olrun elles-mêmes. Comment tant de souffrances étaient possibles ?! Il voulait récupérer son stigmate. Il voulait la libérer. Elle avait été si belle…


« Elena… Je viens te demander pardon ».
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MessageSujet: Re: Miserere mei    Mar 17 Juin 2014 - 21:51

Le monde changeait, les gens changeaient, les choses aussi… mais quand on était à la fin de sa vie, quand on se savait condamner depuis longtemps on finissait par laisser ces changements devant pendant que la course de son cœur ralentissait. Depuis quelques temps, depuis que David était passé, le rythme des visites et le confort d’Elena avait changé. Elle avait été transportée, non sans mal, vers une remise du manoir pour la laisser dans le silence le plus complet et dans une obscurité oppressante. Gardée et visitée régulièrement comme une sorte de sainte vivante, elle ne voyait plus le temps passé. En réalité, elle restait dans un état semi comateux, se laissant dormir tant qu’elle pouvait. Elle n’apportait plus d’importance à rien.

Luc avait râlé, il n’aimait pas cette façon de la prendre pour un objet, il n’aimait pas que tout ce monde gravite autour d’elle. Mais elle avait insisté pendant ces derniers instants de totale lucidité pour que le Pax Humanum puisse se servir de cette image qu’on véhiculait d’elle pour maintenir cet élan de paix. Au final c’est ce qu’elle voulait vraiment maintenant. La paix.

Elle avait eu un moment ou la folie faisait le pas sur la raison. Mais depuis quelques jours elle retrouvait sa raison doucement, comme si la fin s’approchait enfin à grand pas et cela la rendait heureuse. Et aujourd’hui ne signifiant plus rien, elle ne s’attendait pas à ce qui se passerait. Elle avait une visite encore, une nième. Etait-ce la première de la journée ? Ou peut-être la dernière ? Quel jour était-on ? Sa raison s’agita, comme si cette visite avait quelque chose de particulier, comme si cette aura était familière.

« Elena, c’est moi Amaël… »


Cela la tira de son état second sans pour autant qu’elle ne reconnaisse la voix.

Et soudain…

« Elena… Je viens te demander pardon ».

Pour une fois le rythme cardiaque d’Elena s’arrêta net dans course rythmée pour devenir hiératique. Elle n’ouvrait quasiment plus les yeux depuis longtemps mais là elle ne put empêcher cette réaction en chaîne de se produire. Elle ouvrit grand les paupières et hurla de douleur. Son propre hurlement se répercuta dans ses tympans la forçant à se boucher les oreilles avec ses mains. Et comme elle ne bougeait plus pendant la journée, la douleur de ses muscles lui semblait un déchirement. En position fœtale, elle laissa des minutes passer, la bouche ouverte dans un cri sourd.

Enfin la souffrance retomba à son stade de départ. En boule, dans des vêtements qui aurait pris la poussière si on ne la lavait pas régulièrement, elle ressemblait à une folle, un être qui n’était plus habité par son âme mais par quelque chose d’automatique. Sa peau était pâle, ses joues creusées et ses cernes marquaient le visage, la vieillissant d’au moins dix bonnes années. Elle était à l’article de la mort, c’était certain, son corps en portaient les stigmates. LE stigmate. Et pourtant le restant du corps fonctionnait à merveille, il n’y avait que de l’usure mentale et physique apportée par la fatigue et la douleur constante. Et si ce corps semblait sans réel vie, Elena venait de se raccrocher à la réalité brusquement.

Noâz… elle aurait pu tout imaginer ici, sauf lui. Sa trahison à son égard ainsi que la certitude qu’elle avait sur la non existence d’une possible relation entre eux à cause d’Europe l’avait amené à écarter le jeune homme de ces possibles visiteurs.

Et depuis qu’elle avait compris ce qui lui arrivait, elle pensait que son amour pour Noâz était mort au moment où elle l’avait trahi. Elle n’avait plus pensé qu’à Luc, tout en prenant soin de ne rien lui avouer pour le protéger. Et là, alors qu’elle avait apaisée sa conscience pour de bon, elle se sentait glisser, comme happée par des sentiments sournois qui vibraient au fond de son cœur.

Elle mit beaucoup de temps à ouvrir les yeux, mais dès qu’elle put, elle s’y força pour revoir ses traits. Il était toujours aussi doux à regarder quoi que son visage fût peint de tristesse. Il était escorté. Elle ne s’en inquiéta pas. C’était la raison de sa présence qui l’intriguait. Elle se sentait à nouveau capable de craquer, de se laisser prendre au piège.

Ce fut un long combat en elle, qu’elle mena. Devait-elle lui parler ? Qu’attendait-il ? Il était bien tard pour être sentimentaliste pensa-t-elle avec une pointe de mécontentement. Et d’un autre côté elle eut la satisfaction sadique qu’il l’a voit ainsi. Il avait fait ce qu’elle était maintenant. S’il avait prêté attention à elle, elle ne se serait peut-être jamais détournée de lui en reprenant ce qu’elle avait donné. Elle le haïssait tellement et pourtant elle comprenait qu’elle l’aimait bien plus. Impossible de lui laisser pourtant prendre le dessus. Elle devait rester neutre.


« Noâz… »

Sa voix était plus rauque qu’à l’accoutumé et ses mots presque inaudibles. Mais elle ne pourrait pas supporter de parler plus haut. Elle voulut tendre le bras pour le frôler mais elle n’y parvint pas, restant le bras ballant, dans le vide.

« Pardonne moi de cette tenue. »

En toute circonstance il fallait être propre sur soi, c’était dans son éducation. Mais là, elle ne ressemblait plus à rien qu’une masse douloureuse, sale, baignée de sueur. Et elle ne savait pas quoi dire à cet homme qui restait si cher à son cœur. Alors elle attendrait qu’il s’explique, car elle n’aurait pas la force de lui reprocher tout ce qu’elle souhaitait. Il disait vouloir s'excuser. De quoi? Elle voulait l'entendre détailler ses motivations


Dernière édition par Elena Mirova le Dim 3 Aoû 2014 - 16:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Miserere mei    Ven 1 Aoû 2014 - 12:32

Le cri d’Elena arracha un torrent de larmes aux yeux de Noâz. Cet effroi le renvoyait tant à lui-même, à sa conscience et à ses péchés, c’était intenable. Il dut se maintenir à une main sur le pied du lit pour ne pas tomber. Il avait honte de se montrer ainsi pitoyable devant les nones et devant les soldats. Le Comte était un enfant. Un orphelin sans amour et sans espoir. Et Noâz eut honte d’oser revenir à sa condition alors qu’Elena continuait à mourir devant ses yeux. Il lui prit la main, ignorant le geste de protestation d’une des bonne-sœurs. Il essaya de balbutier des mots de réconfort, d’excuses, mais rien que de courts et ridicules gémissements ne sortirent de ses lèvres frémissantes. Il voulut poser sa joue contre la main d’Elena et une nonne le retint par le col. Il lui attrapa fermement la main et les soldats firent un pas pour l’arrêter mais Noâz les darda d’un regard d’autorité que l’autorité de son père et l’altesse de sa mère rendirent imprenable. Il se redressa, les pointa d’un index accusateur et leur fit signe avec ses doigts qu’il lui restait quatre minutes et qu’ils devaient rester silencieux.
Lorsqu’Elena lui demanda d’excuser sa tenue, Noâz resta muet. Il venait s’excuser et c’est elle qui demandait pardon.


« La grâce, plus belle encore que la beauté… »

Elena n’était pas belle, son état lui donnait un air de mort et l’odeur qui en résulte. Pourtant sa capacité à tenir cette douleur existentielle, à combattre la nature mortifère et à porter sa nature humaine par-dessus les bassesses de la fin lui donnait une aura, de sainteté dirait le père Reybaud, de noblesse dirait la famille Mirova.
Après un silence qui avait duré trente nouvelles secondes à chercher par où commencer pour s’excuser, Noâz renonça.


« Je ne sais pas pourquoi je t’ai fait tout ça Elena…
J’ai eu des parents adoptifs merveilleux. Ma mère, m’a donné la ferveur et la patience des petites gens. Mina m’a éduqué selon les principes de ma mère avec rigueur et amour. J’aurais du devenir un digne héritier de la Comtesse Loewenstein, fort d’idéaux intangibles et d’une puissance indiscutable et respectée.
Mais nous vivons à Forbach Elena…
Alicia je ne l’ai connu qu’un instant après sa mort et elle ne m’a jamais reconnu. Ma mère adoptive est morte des suites du stigmate d’Anaël tout comme Mina. Le Pacte d’Ailrun s’est servie de son âme pour me piéger et essayer de me tuer. Et la seule personne présente pour me porter secours a été Europe, le tyran.
Alors oui, je dois avouer que j’ai fait des mauvais choix. Non…
Je n’ai fait que des mauvais choix.
Mais ces choix m’apparaissaient naturels et légitimes et ne pas les faire aurait été pour moi une aliénation. Dès lors ma nature, probablement, est diabolique, et je ne dis pas ne pas avoir de remords, mais je jure n’avoir aucun regret. Je ne crois pas qu’aller de l’avant soit une erreur, c’est du moins ce qu’Alicia, Mina ou Madame Duverger m’ont toujours appris. Ma faute est de ne pas avoir eu d’étoile. Aucune âme lumineuse pour me guider à travers le Noir.
Je ne promets pas d’arrêter ma course, de changer ma nature, car elle est humaine et que la colère que je porte ne se changera jamais en amour. Et quoi qu’il en soit, je serai bientôt pendu ou brûler en place publique pour mes méfaits et ça non plus je n’ai pas le droit de le regretter, car c’est la fin logique à un jeu auquel j’ai perdu.
Tout ce que je veux que tu saches avant qu’on m’emmène loin de Forbach, de la vie et de toi, c’est que si je n’ai pas de regret, tu resteras à jamais mon plus grand remord. Et je pleurerai pour toi entre les flammes, je pleurerai de ne plus avoir les pouvoirs suffisant à te guérir. Je mourrai en pleurant de ne pouvoir prier pour ton âme. Je pleurerai d’espoir même, que nos mânes se croisent dans l’Au-delà et que là-bas tu puisses me pardonner. »


Le soldat, pas ému pour un sou par la soupe du Comte, annonça qu’il ne restait qu’une minute.
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MessageSujet: Re: Miserere mei    Dim 3 Aoû 2014 - 16:09

Elena n'avait pas la force d'être sarcastique, ni même l'envie d'être cynique avec l'homme qui l'avait fait s'éloigner du droit chemin. En se condamnant elle avait payé le prix de son comportement, elle voulait se racheter de tous les pêchés qu'elle avait commis pour cet homme. Elle avait cru que cet amour qu'elle nourrissait pour lui serait un moteur pour suivre ces objectifs. Au contraire elle était aliénée à lui et sa loyauté sans borne avait finit par voler en éclats quand elle s'était vu éloigné de lui par une vieille harpie décharnée. La jalousie, la prise de conscience, on pouvait donné milles noms à ce qui lui avait rendu la vue sur la situation actuelle.

Et elle avait haït Noâz aussi fort qu'elle l'avait aimé à l'instant où elle avait compris qu'elle n'était qu'un vulgaire outil de pouvoir, une marionnette aux pouvoirs divins. Oh, elle ne valait pas mieux que Noâz sur un point, elle n'avait pas eu la force de rester sur le droit chemin tout ce temps. Alors le prix à payer pour pouvoir le longer à nouveau avait été fort et douloureux et elle offrait sa vie pour celles qu'elle avait prise. Cela ne serait pas suffisant mais Olrun ou Dieu, celui qui aurait pitié d'elle accepterait peut-être ce rachat radical. Ce n'était pas un suicide mais un juste retour des choses. Quoi que dans un sens la mort serait sûrement plus douce que de vivre avec le poids des vies prises ou brisées, celui des trahisons.

Sa famille payerait aussi le prix de ces folies, car Luc comme Vincent aurait sa mort dans l'âme. Mais si seulement ils savaient à qu'elle point Elena espérait voir ce moment arriver pour ne plus rien ressentir de ce qu'elle endurait chaque jour. Car elle continuait de se battre chaque minute, surtout depuis qu'elle savait qu'elle restait un modèle d'empathie vivant, un modèle de la cohabitation. C'était avec humilité qu'elle prenait ce rôle au sérieux en se battant contre Anaël. Et aussi parce qu'elle ne pouvait pas le laisser gagner si facilement. Son jugement approchait. Elena ne le verrait pas mais au moins elle se serait longtemps accroché pour que son âme ne figure pas au compteur de son rachat.

Un seul homme n'avait pas encore payé le prix de son acharnement à prendre le pouvoir et c'était cet être pleurnichant qui se tenait proche d'Elena. Elle voulait encore le détester, jusqu'à la fin et se raccrocher à un amour plus doux qui ne la consumait pas de l'intérieur. Mais quand elle le voyait souffrir quand il supportait de la regarder, elle n'obtenait aucun jouissance qu'elle aurait espéré. Elle n'eut aucune satisfaction de le savoir bientôt pendu ou brûler vif. Au contraire, elle se sentit défaillir. Elle ressentit tout une vague de sensations divergentes la submerger quand elle se rendit réellement compte de ces paroles. Plus que de simples excuses, qu'il mettait sur le dos de son humanité diabolique, il lui offrait le droit d'avoir une place dans ce qui lui servait de cœur. Il aurait voulu avoir le temps de s'excuser dans l'Au delà, de se revoir encore. Peut-être que sans tous ces pouvoirs, ni ces tentations Noâz saurait reconnaître en Elena le guide si lumineux qu'il n'avait pas eu jusque là. L'enfant secret d'Alicia se révélait n'être qu'un tout jeune garçon qui craignait la mort d'un proche bien plus que sa propre condamnation. En apparence il se sentait plus frapper par la vision morbide qu'il vivait que par ses échecs passés.

Pourquoi tourmenter une âme déjà jugée? Elena savait que Noâz ne changerait pas, comme il le disait d'ailleurs, mais pourtant il savait reconnaître que sans la présence d'un être qui vous jure allégeance pour toujours et dans toutes circonstances, le monde semblait plus amer. Alors il s'excusait de n'avoir peut-être rien vu, de n'avoir pas eu les mots ni les gestes qu'Elena attendait. Il n'aurait rien changé sauf ça. Ainsi, il n'aurait pas eu à supporter sa mort sur la conscience.

Il ne restait plus qu'une minute au comte. Elena entrouvrit très lentement les paupières pour le regarder une dernière fois. Il serait sûrement mené d'ici peu à son bucher. Le temps n'avait jamais été aussi précieux. Elle ne put sourire ni même le toucher mais elle garda son énergie pour quelques mots.


"Si ils ont pu me pardonner, je serais cruelle de ne pas t'accorder une seconde chance. Demande leur le droit de t'exiler, de partir faire une vie ailleurs. Si ils prônent la paix et qu'ils sont capables de se pardonner les uns et les autres, alors ils doivent te libérer."

On ne pouvait pas demander à Forbach de croire en une rédemption soudaine. Mais Noâz, privé de ses pouvoirs n'était qu'un cerveau machiavélique d'enfant malheureux et malade et il ne pourrait plus nuire si il était expatrié. Il vivrait reclus, mais au moins il pourrait tenter de se racheter durant cette maigre existence. Mais si ils le conduisait au bucher, alors toute cette paix soudaine qui embrasait les bonnes gens n'aurait plus le sens qu'elle se devait d'avoir. Noâz n'était pas une mascotte à abattre, il n'aurait pas dû être l'ennemi public numéro un. Il n'avait été que le jouet d'Europe après tout. On n'exécutait pas tous les paysans qui avaient maudit les sorcières. Louisa elle-même avait une haine farouche envers elles avant de brandir les drapeaux blancs. Si ils s'étaient pardonnés entre eux, il devait pardonner à cet enfant. Il y avait eu bien pire que lui. Il y avait eu Symphorienne. Le temps restant était mince. Elena se contenait en continuant de sculpter du regard le visage de Noâz pour s'en souvenir à jamais. Dans quelques secondes il ne saurait plus qu'un souvenir, et qui sait dans quelques heures il ne serait peut-être plus qu'un corps sans vie? L'idée lui arracha une unique larme qui restait au creux de son oeil.
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MessageSujet: Re: Miserere mei    Lun 4 Aoû 2014 - 14:10

Elle serait cruelle de ne pas lui pardonner. Mais n’avait-il pas été cruel, lui ? Avait-il un jour pardonné à quiconque ? Jamais. Noâz avait longtemps cru que les hommes demandaient pardon sur leur lit de mort comme Elena, pour être sûrs d’accéder au Paradis, lorsque ça ne leur coûtait plus rien. Mais alors que lui-même avait un pied dans la tombe, que bientôt il serait cendres au vent, il ne trouvait nulle part ni la force ni la faiblesse de pardonner. Il en voulait toujours à Antoine Vaudremont, à Viviane Valdemar, au Pacte d’Ailrun et plus récemment à Europe dont la révocation tonitruante n’était pour lui que le soulagement d’une plaie qui continuerait à suppurer aussi peu longtemps qu’il continuerait à vivre. Le jeune homme contenait en lui une haine universelle dont peu d’âmes s’exemptaient.

Elena, pour sûr. Elle était le dernier être en lequel Noâz avait foi. Non pas parce qu’elle était devenue la sainte que tous adulaient et portaient au pinacle comme le symbole absolu de la Paix. Non, c’en deviendrait vite absurde et ridicule. Elle était grande dans son humanité oscillant entre le Bien et le Mal sans savoir les reconnaître ni les désigner mais en restant toujours fidèle à ce que son cœur lui dictait. Et depuis le commencement de leur relation à l’ambigüité bilatérale Elena était restée fidèle à son respect pour Noâz, malgré l’avoir vu tantôt amant indécis tantôt tyran avili. Elle était la seule à reconnaître un homme avant toute chose. Pour cela, Noâz lui serait reconnaissant pour toujours. Pour cela, il resterait éternellement attaché à elle.

Pour cette raison, son pardon libéra un frémissement libérateur chez le jeune homme. Elle était toujours à son côté. Elle lui souhaitait du bien. Noâz, les yeux rouges et la main frémissante, n’était plus sûr duquel des deux était au chevet de l’autre. Le garde annonça la fin de l’entretien. Noâz embrassa la main d’Elena.


« Merci Elena… »

Il ne savait qu’ajouter à ces mots si forts qui sauvaient son âme. Il formula alors l’incantation sempiternelle :  

« Je t’aime »

C’était un mensonge.

Mais si Elena venait de racheter son âme au jeune Comte, lui l’aurait vendu pour rien pour redonner l’espoir et la force nécessaires à Elena pour survivre à son stigmate. Les soldats vinrent le rattacher et le menèrent vers la sortie. Ses yeux étaient boursouflés et son teint livide. Pourtant en dedans, il se sentait mieux, et il ne l’aurait jamais soupçonné : une personne vous tend la main et le monde entier vous semble ouvrir ses bras. Noâz se laisserait bercer pas le monde pour s’endormir à jamais et le procès qui viendrait ne saurait juger que le sang sur ses mains car son cœur était gracié.
 
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MessageSujet: Re: Miserere mei    Jeu 7 Aoû 2014 - 18:20

La chute était difficile. Tournant en rond dans une seule pièce, Alix n'en pouvait plus.­ Eleonor, sa mère, en avait décidé ainsi : la jeune fille ne sortirait plus de sa chambre, tant qu'elle n'aurait pas spécifié le contraire. Depuis, Alix vivait au rythme du déclic de la serrure de sa chambre, lorsqu'on venait lui porter son repas, ou un peu d'eau pour faire sa toilette. Sa mère ne lui adressait plus la parole, et les domestiques, fort heureusement bavards au Manoir de Charme, étaient les seuls porteurs de nouvelles de l'extérieur. La jeune sorcière se sentait tout bonnement impuissante et abandonnée, et plus les jours passaient, plus son humeur se dégradait.

Du temps pour réfléchir, elle en avait plein. La solitude avait cet effet désastreux. Et Alix se posait de plus en plus de questions sur ses actes des dernières semaines. Elle sentait qu'elle avait glissé, qu'elle avait trahi ses valeurs, son clan et sa famille. A dire vrai, elle ne se reconnaissait plus vraiment. Rejetée par le pacte, elle se demandait si certains sorciers la recherchaient pour ce qu'elle avait fait, et c'est certainement pour cela qu'elle se la jouait discrète, consignée dans sa chambre comme une enfant ayant commis une bêtise. Mais tout son monde s'était écroulé, plus aucun clan ne voulait d'elle, et la solitude était une amie oppressante. Il n'y avait plus personne. Plus rien que le silence de sa chambre.

C'est lorsqu'on lui expliqua la condition nouvelle d'Elena qu'une idée lui traversa l'esprit. Une idée simple, réalisable. Quelque chose qu'elle devait faire, et qui lui apporterait alors les réponses qu'elle cherchait quant au bien-fondé -ou non- de ses dernières actions. Quelque chose qu'elle devait faire avant qu'Elena ne rende son dernier souffle. Car en prenant le stigmate sur elle, Alix en était persuadée : Elena avait compris quelque chose qui avait échappé à la jeune femme.
C'était évident ; Elle devait rendre visite à Elena.

Il ne fut pas simple de convaincre les domestiques de la laisser passer. Tant, qu'elle envisagea même d'escalader la façade pour descendre, mais après des jours de négociations, une jeune domestique avait fini par plier sous les requêtes incessantes de la jeune de Charme. Alix savait qu'elles s'attireraient toutes deux les foudres de sa mère, mais elle n'y accorda aucune importance pour l'instant. Elle réfléchirait à ce problème en revenant. Elle prit son manteau, et avec la complicité de la domestique, réussit à sortir sans alerter le manoir. Il ne lui restait plus qu'à faire profil bas.


Le Manoir Mirova semblait être déjà en deuil. Comme si tous cherchaient à se faire à l'idée de l'inévitable qui allait arriver. Mais si Elena était devenue une source d'inspiration pour de nombreux villageois, Alix ne sentait qu'une affreuse tristesse émaner de ces murs.
Alors qu'elle se demandait comment aller à la rencontre d'Elena, il vint du bout du couloir, une surprise à laquelle la brunette ne s'attendait pas. Alix s'écarta, pour laisser passer le surprenant cortège. Escorté de deux gardes, Noâz Loewenstein traversait le couloir en prisonnier. Les prunelles vertes de la sorcière croisèrent un instant le regard du jeune Comte, et cela lui glaça le sang. Alix n'aurait su dire si Noâz l'avait vraiment remarquée, tant il avait l'air éploré. Ses yeux boursouflés indiquaient clairement qu'il avait laissé s'échapper quelques larmes, et son teint blême lui donnait l'air d'être à bout de forces. Sur ce visage, on avait bien du mal à reconnaître le jeune Comte, celui-là même qui avait bâti la Cabbale et qui avait tenu tête à une ville entière, malgré la perte de ses pouvoirs. Il n'était plus qu'un enfant offert à la mort. Le même enfant qu'elle avait aperçu sur l'étang de Diefenbach. Alix aurait préféré qu'il puisse s'enfuir. Qu'il parte de cette ville, de ces manipulations constantes. Qu'il abandonne tout derrière lui. Car tout ce qu'il lui restait ici était la promesse d'une mort certaine.

La jeune femme regarda d'un air confus le Comte et les gardes s'en aller, avant de se tourner vers l'endroit d'où était venu le cortège. C'était là ; Il suffisait de passer les deux gardes.
Elle se concentra sur le premier en s'approchant. Elle n'avait pas besoin qu'ils dorment vraiment. Juste une somnolence, le temps de se faufiler. Un Somno Oppressus plus tard, et le garde baillait avant de fermer les paupières. Alix répéta l'opération sur le second qui portait sur son collègue un regard réprobateur, et elle pu se faufiler derrière la porte, sans faire de bruit, si ce n'est un soupir satisfait d'avoir réussi sans problèmes.

Comme Noâz l'avait fait quelques minutes plus tôt, Alix descendit les escaliers pour atteindre les caves. Les nonnes ne lui adressèrent pas plus la parole qu'à lui, et la déchargèrent de tous les objets qui pouvaient gêner Elena.
Et ce fut peut-être à cet instant que la jeune femme se demanda ce qu'elle allait trouver. Les stigmatisés étaient tous à présent terriblement atteints, elle le savait.

Étendue dans un lit, elle était là. Elena Mirova, symbole de rédemption, source d'inspiration, espoir de paix... toutes ces conneries étaient à jeter ! Elena était juste là, en train de mourir, et l'on tirait partie de son état. Alix en était écœurée. Elle était en colère, contre Forbach pour avoir laissé cela arriver, et contre l'ange Anaël qui infligeait ce fléau avec tant de cruauté. Elle jeta un œil un instant aux nonnes, étrangement neutres face à ce spectacle qui empêcherait n'importe qui de dormir, avant de secouer la tête et de reposer son regard sur Elena.

La brune resta interdite un instant, ne sachant pas comment déranger le pauvre corps fatigué qui avait été un jour une femme pleine de vie. Alix se demanda si elle devait partir et laisser Elena se reposer, mais la vision de Noâz dans un état pareil l'avait étrangement touchée. Elle s'approcha donc du lit, doucement, se plaçant de telle sorte qu'Elena n'ait pas à tourner la tête pour la voir.
Alix prit une inspiration calme, avant de chuchoter doucement :


« Elena ? … C'est Alix.
J'aurais souhaité échanger quelques mots avec toi. Si tu t'en sens la force, bien évidemment... 

J'aimerais discuter avec toi de ce qu'il s'est passé, et... de Noâz...»


Elle se sentait égoïste parmi les égoïstes. Être ici, à observer une mourante comme on observe un monstre de foire. Alix aurait aimé pouvoir lui venir en aide.
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MessageSujet: Re: Miserere mei    Mar 4 Nov 2014 - 16:17

Etait-ce que sa fin était plus proche qu'elle ne le devinait déjà? Alors que Noâz avait quitté les lieux, laissant planer derrière lui trois mots diaboliquement tourmentant, Alix faisait son entrée.

Elena ne connaissait que le visage de cette jeune femme, une enfant parmi tant d'autres qu'on avait éduqué avec les valeurs d'Olrun. Elle savait qu'elles avaient fait tantôt parties du même clan, puis elles avaient été face à face plus d'une fois. Et Europe avait siffler de sombres mots si bien qu'elle partageait le même clan de nouveau, en clandestines. Depuis que la cadette des Mirova c'était condamnée, le clan de la Cabbale avait probablement éclaté en même temps que la paix se répandait. La pauvre enfant avait servit de jouet pour briser le sort de protection des soeurs Valdemar et depuis tous ces évènements elle était perdue dans sa propre conception des choses.

Qui mieux qu'Elena pouvait le comprendre? Qui mieux qu'elle c'était perdu par amour et par fidélité? Elena était sûrement l'une des mieux placé pour aider Alix à mettre au clair toute cette vie qui dérivait sans but ni repère. Et pourtant... Elena ne savait pas quoi lui dire. Elle ne pouvait pas lui donner la clé de la connaissance. Tout simplement parce qu'il n'en existait aucune et que la jeune femme se devait elle-même de faire le ménage.

Par ailleurs elle voulut lui parler de Noâz. Malgré sa grande fatigue, son esprit se douta qu'ils s'était croisés à l'instant. Elle n'avait pas eu le temps de se remettre de la fragilité mentale dans laquelle le Compte l'avait plongé et elle ne tremblait pas que par faiblesse physique.


"Noâz... toute cette guerre semble être née de lui... et pourtant..."

Elle semblait délirer dans cette réponse, pourtant ce qui suivit n'était que purs faits. Elena pris tout son temps pour expliquer toute la vérité sur ce qui c'était produit depuis le début. L'existence de Noâz avait été rejetée dés sa naissance. Pourtant, Mina avait souhaité pour lui une vie plus paisible. Cette vie, on le lui arracherait quelques années après, juste pour qu'il est le temps de s'y habituer et de s'y plaire. On le mettrait sur un trône pour lequel on l'avait préparé mais qu'il n'avait jamais forcément souhaité. Et là tout son monde c'était effondré. Cette mère qui ignorait jusqu'à son existence étant morte, personne ne pouvait prouver que cet enfant était celui d'Alicia et pourtant la ressemblance avec Amaël était plus que frappante et forçait la tribu du Lys à mettre à sa tête un jeune garçon sortant à peine de l'adolescence, un garçon qui aurait aimé faire ces preuves.

Mais il n'en avait pas eu l'occasion. Dés le départ on l'avait mal vu, si bien que ces décisions étaient loins de faire l'unanimité. Cela causerait sa perte plus tard quand il choisirait de ressusciter Alicia pour sauver le Lys du mal que représentait Europe dévorer par le pouvoir des Gardiens. Antoine Vaudremont, grand prêtre du Lys se chargea personnellement de faire partir Noâz alors que celui-ci subissait déjà la punition divine, privé de ses pouvoirs.

Europe ayant subi quelque peu le même sort, ils se retrouvaient, deux âmes en peine : l'une avide de pouvoir et l'autre de reconnaissance maternelle. Europe et Alicia étaient si proches qu'au final l'enfant s'y perdit et naquit la Cabbale. Elena aurait aimé cet être cher à son coeur et elle avait échoué au final, ne lui rendant pas service en ne l'empêchant pas de gâcher sa vie avec une femme qui n'avait plus gout à rien depuis trop longtemps.

Il avait failli mourir, attaquer avec une vile ruse que Viviane Valdemar, jusque là porter au rang de saintes parmi les saintes, avait mis en place. Et puis il y avait les derniers évènements dont Elena ignorait presque tout qui avait finit par mettre Noâz dans une position de coupable facile.

Pour tout mal, il fallait un bouc émissaire, et c'était un jeune garçon qu'on avait élevé dans l'ombre de sa vraie mère qui en faisait les frais.

"Il n'y qu'une chose à dire. Rien n'est complètement noir ou blanc. Mais il y a parmi les coupables des gens qui ont subit un sort qu'on a choisit pour eux. Noâz est de ceux là. Bien qu'il ne soit pas totalement innocent, il n'a surtout eu jamais droit d'avoir sa chance."

Elle souhait de tout coeur que pour une fois, durant ce procès on la lui donnerait. Qu'il ait le droit de se choisir une vie à lui en espérant que le spectre de sa mère cesserait de jouer sur ses actes.

Au final ces derniers mots concernaient aussi Alix. Elle devait elle aussi se donner une seconde chance, le droit de changer, de faire ce qu'elle semblait juste. Et tant pis si cela ne plaisait pas à tout le monde. Le plus important n'était-il pas d'agir en simple conscience pour ne faire que suivre une route qu'on se choisissait et non quelque chose qu'on avait soigneusement tracé pour vous?
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MessageSujet: Re: Miserere mei    Lun 17 Nov 2014 - 0:42

Alix avait envie de s'asseoir.
Elle avait parcourut sa courte vie, en ayant l'impression de tout savoir, de tout connaître. Pensant connaître tout des autres rien qu'en les regardant passer. Elle avait aimé ses soirées à regarder les gens se saouler dans une auberge, à admirer la ville bouillonner du haut de sa fenêtre, pensant qu'elle voulait en être elle aussi. Elle n'avait plus voulu être spectatrice.

Aujourd'hui, les événements s'accéléraient. Elle les regardait passer, incapable d'avoir une prise sur eux. Sous le poids des choses qu'elle n'avait jamais su, Alix sentait ses jambes trembler.
La jeune femme écoutait Elena lui expliquer malgré la douleur, tout ce qu'elle n'avait jamais su. A mi-chemin entre le délire et la pugnace vérité, la triste stigmatisée, symbole de la rédemption Forbachoise, lui peignait l'envers du décor. Et Noâz, accomplissant sa marche lente, encadré par deux gardes, repassait sans cesse sous les yeux d'Alix. Il n'avait pas mérité cette fin. La pensée que peut-être était-ce mérité, ne fit qu'effleurer lentement son esprit, car Elena lui relatait l'histoire d'un garçon forcé à grandir trop vite. Un garçon qui n'avait pas eu le choix, et qui avait dû réagir en fonction des circonstances.

Si Alix savait parfaitement qu'on ne lui dévoilait pas le portrait d'un homme au plus haut de son innocence, elle sentait malgré tout que Noâz n'était pas que ça. C'était un homme qui n'avait finalement pas eu d'indépendance dans ses actes.


Avec une vivacité d'esprit qu'elle pensait avoir perdu après avoir passé plusieurs jours à tourner en rond dans sa chambre, Alix fit le tour de ses possibilités.

Elle pouvait très bien en rester là. Après tout, elle avait joué son rôle. Un rôle décrié, certes, mais qu'elle ne comptait pas nier. Elle avait pour l'instant la chance de n'être passée devant aucun jury, et pouvait très bien jouer profil bas jusqu'à ce que les choses se tassent.

Néanmoins, il ne fallait pas se voiler la face : pour que les choses se tassent, il fallait compter sur un événement en particulier : le jugement du Comte, et il n'était que peu probable que le jugement soit équitable. Pour que ce soit le cas, il fallait que le jury ait connaissance de ce que venait de raconter Elena. Autrement dit, c'était hautement improbable.
D'un autre côté, il n'était pas difficile de prédire que cela ne changerait rien : ils avaient le coupable parfait. La jeune femme réprima un frisson à cette idée.

A la fin des explications d'Elena, un lourd silence encombra la pièce. Alix avait le regard dans le vague, toute à ses pensées. Il était hors de question qu'elle reste dans un coin à attendre de voir quelqu'un être sacrifié sur un soit disant autel de la paix. Elle était certaine que le Comte serait jugé coupable de ses crimes. Pourtant, sa gorge était pâteuse rien qu'à l'idée de prononcer ne serait-ce qu'un mot.

L'ignorance était un poids lourd à porter. Pourquoi Elena avait-elle pris ce stigmate sur elle ? Quelle était la raison d'une telle action suicidaire, alors qu'il restait tant à faire ? Pourquoi toute la ville lui avait tout pardonné pour cette simple action ? Qu'est-ce qu'Elena savait, que le reste de la ville semblait ignorer ?


Elena... Je te remercie de m'avoir expliqué toute cette histoire.

Alix prit une lente inspiration pour bien prendre conscience du poids des mots qu'elle allait prononcer. Elle ne savait pas trop comment commencer, aussi se lança-t-elle un peu au hasard.

Tout ce que tu viens de me dire, je n'en avais aucune idée, jusqu'à présent.  A vrai dire, je ne sais plus quel camp est le bon. Ou même s'il y en a réellement eu un bon un jour...

Elle fit une pause en réfléchissant à tout allure à tout ce que lui avait dit Elena. C'était absurde. Toute cette histoire était absurde. Un peu comme si une mauvaise fée était venue se pencher sur le berceau du Comte pour lui promettre une vie de misères.

... Mais je ne peux rester dans un coin, à attendre un verdict qui sera, et tu le sais aussi bien que moi, complètement faussé. Les habitants de cette ville subissent les assauts des sorciers depuis tant d'années qu'ils en sont arrivés à vouloir des têtes au bout des pics ; Ils ne seront calmés qu'une fois qu'on leur donnera un coupable en pâture. Et il est plutôt évident que Noâz représente le coupable idéal : pour reprendre tes mots, toute cette guerre semble née de lui. Son seul espoir serait de pouvoir quitter Forbach. C'est la seule solution que j'entrevois, pour qu'il ait une chance de choisir la vie qu'il veut mener.

Alors, c'est parfaitement injuste de ma part de te demander cela, et je m'en excuse, mais penses-tu qu'il existe une chance pour qu'on arrive à le sortir de là ?


Elena, allongée sur son lit, en proie à la souffrance d'un mal quasi divin, était subitement passée du statut de paria à celui de puits de sagesse. Passait-elle ses journées à conseiller les autres, alors qu'elle était allongée sur son lit de mort ? Ne pouvait-elle pas mourir en paix ?
La vie ressemblait parfois à une succession de mauvais choix qu'il fallait bien payer un jour.
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