AccueilPortailFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partagez | 
 

 La Terre des Hommes #23

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Baron(ne)
 Baron(ne)
avatar


MessageSujet: La Terre des Hommes #23   Mar 4 Nov 2014 - 22:25



* Mi juin 1647*


Le brouhaha qui s’était répandu dans le hall du château de Frauenberg, s’estompa dès que la grande porte de bois s’entrouvrit, pour laisser passer les trois protectrices de Forbach. Ainsi étaient à présent appelées les deux sœurs emblématiques, Cassandra de Saint-Loup, Viviane Valdemar et leur alliée Louisa Zimmerman. Elles, qui avaient servi le bras ferme de la Justice, étaient admirées par tous. Les Trois Muses. Ainsi, l’exceptionnel tribunal temporaire populaire, qui accaparait Forbach depuis des jours, était sur le point de prendre fin. Le moment tant attendu était venu. Après une semaine complète d’étalage de faits, de dizaines d’interrogatoires, d’autant témoignages, et plusieurs heures de délibération, le verdict allait être donné, concernant le sort de l’accusé, Noâz Loewenstein. Il était grand temps. La tension monta dans la salle, rendant le silence aussi pesant que du plomb, tandis que chacun reprenait sa place. Le moindre son se répercutait contre les murs de pierre. Même les enfants avaient cessé de jouer. Car ils le comprenaient que, l’instant était grave, plus grave encore qu’au temps des bûchers et des guerres intestines. Tout se figea. De mémoire d’Homme jamais, pareil instant n’avait eu lieu dans ce village. Forbach, vivait l’un de ces moments historiques, dont chacun parlerait avec passion, bien longtemps après que toutes les personnes présentes, leurs enfants, et les leurs après eux, ne s’en soient allés vers les cieux. Ils diraient sans doute ceci : ils avaient réussi. Pour cette raison, sans doute, La Baronne avait demandé à prendre la parole devant l’assemblée, une dernière fois, avant que la sentence ne soit prononcée. Elle avait longuement réfléchi à la façon dont elle allait aborder ce dernier discours. Cet ultime morceau d’éloquence lancé aux cœurs de ses compatriotes. Elle avait d’abord pensé revenir sur les premières heures de discorde, remonter le Fil du temps, à travers les exemples les plus frappants de conflits, et de conciliation, qu’ils avaient connus, pour montrer combien ils avaient été forts. Mais, était-il vraiment nécessaire de raconter une fois encore, tous ces malheurs à ses frères et sœurs ?  Non… aucune parole négative ne devait marquer ce moment unique. Ils avaient mérité plus. Tous. Ils avaient mérité d’entendre sa gratitude, car sans eux le Pax Humanum n’aurait jamais eu une chance de vaincre la malédiction.La lumière du jour commençait à peine à décliner. Loin devant résonnaient les jappements des chiens restés dans la Cour. Et face à tous les Forbachois, la couturière s’avança, plus grave que jamais, dans sa robe blanche. Elle ressemblait à l’imagine d’une noble romaine venue s’adresser au Peuple. Splendide, malgré la fatigue sur son visage et le deuil dans ses yeux. Elle pouvait sentir auprès d’elle la présence de Viviane et de Cassandra. Le regard de sa mère, de son époux et de ses enfants posés sur elles. Ils y étaient presque.

« Maman ! »

Lou senti son cœur enfler dans sa poitrine. Son air solennel s’effaça sous un élan de tendresse maternelle impossible à dissimuler. Mais, en vérité, pourquoi aurait-elle eu à cacher cet amour ? Après tout, il avait été la source de sa force, de son pouvoir, qui bien qu’il n’ait rien de sorcier, lui avait permis d’accomplir ce que personne ne pensait possible. Voilà peut-être ce dont elle devait parler. 

« Merci à tous et à toutes pour votre présence et votre patience. Nous avons conscience que ces derniers jours ont été pénibles. Mais, rassurez-vous, tout cela est bientôt fini. Avant que nous ne vous donnions le verdict, chacune de nous tenait à vous adresser quelques mots. Nous allons faire vite. Pour ma par, aujourd’hui, je n’ais qu’une chose à vous dire. Peu importe, le verdict que nous allons vous donner maintenant. Le plus important n’est pas de savoir si la culpabilité de Noâz Loewenstein est avérée. Mais de voir, de se rendre compte…  

Lou laissa sa phrase en suspend. Stoppée par une image formidable. Ses yeux noirs d’onyx semblaient fixer un point précis dans la pièce. Là où une minuscule créature agitait ses ailes translucides dans la lumière solaire. Symbole de toute une lutte. Le papillon sembla hésiter entre plusieurs directions, avant d’aller se poser, au creux de la paume du Baron de Rosbruck.  Alors, pendant une poignée de secondes, le présent s’étiola pour permettre à Romain et Louisa Zimmerman de ressentir la présence de leur enfant, leur fils, leur amour, et leur donner la force de poursuivre.  

… Merci.Merci à chacun de vous d’avoir pris le risque de croire…Non pas d’avoir cru au Bien ou au Mal. À la Magie à Dieu ou à Anaël. Mais d’avoir cru et de croire, en vous, en chacun de nous, d’avoir cru en l’Homme avant tout.  Le Pax Hummanum a été élaboré dans un but précis. Et aujourd’hui, je crois pouvoir dire sans me tromper que ce but est atteint. Nous avons réussi. Vous avez réussi. Chacun de nous est parvenu à réaliser ce Miracle. Regardez autour de vous. Nous sommes unis, comme jamais encore Forbach n’avait pu l’être, hommes et femme, roturiers et nobles, chrétiens… et sorciers. Personne n’aurait pu imaginer cela ! Moi la première. Pourtant… Nous avons été contre tout le pronostic. Nous avons défié une certitude divine. Là se trouve NOTRE victoire. Je me souviens qu’un homme m’a dit une phrase, il y a longtemps, celle disait, elle disait que « Les hommes sont dépendants de la terre, et ils sont aussi dépendants les uns des autres. Mais que s’ils apprenaient à se connaître et à s’apprivoiser, à respecter la Nature, un équilibre devenait possible et avec lui arrivait l’harmonie.  L’homme qui m’a dit cela s’appelait Jean Maulne, c’était mon père, et en ce jour je suis heureuse de pouvoir dire haut et fort, qu’il avait raison et que grâce tout ce que nous avons vécu, nous sommes enfin en harmonie. Digne de vivre. »

Ces derniers mots semblaient s’adresser à l’Ange de Pierre lui-même. Puis le papillon reprit son envol et la Baronne recula jusqu’à son siège.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://witchslay.forumactif.com/fiches-personnages-f3/mademoisel
Vieille peau fripée à pustules
avatar


MessageSujet: Re: La Terre des Hommes #23   Dim 1 Fév 2015 - 20:56

Viviane se leva et s’avança d’un pas, l’air las, les traits tirés de fatigue. Ces derniers jours avaient été épuisants mais l’espoir que tout serait bientôt fini pour de bon lui permettait de tenir encore debout et d’affronter cette dernière épreuve. Le discours de Louisa avait été comme d’habitude, touchant, plein d’espoir, son amie avait ce don de croire encore en l’impossible et de transmettre cet espoir à tous. Ou presque… Viviane, elle ne croyait plus en rien, la culpabilité ou l’innocence de Noâz lui importait peu, de même que l’espoir d’une vie meilleure. Sa vie à elle était passée, loin derrière, dans des temps où elle croyait encore que tout pourrait s’arranger, que les humains n’étaient pas condamnés à l’inéluctabilité de s’entre déchirer. C’était avant. Aujourd’hui, elle était là, à s’adresser à une foule qui la respectait mais pour laquelle elle n’éprouvait plus rien. Si elle avait pu, elle serait partie, dès la fin de la lutte dans la Clairière. Mais Cassandra l’avait encouragée, poussée à mener cette dernière bataille jusqu’à la fin, lui assurant que tout serait fini après cela. La Grande Prêtresse, pour sa sœur, et pour sa sœur uniquement, avait accepté de se mener cette dernière bataille, ou plutôt d’achever un combat commencé tant d’années auparavant. Il n’était plus question ici de croire ou non en un avenir meilleur, il était question de terminer ce qui avait commencé.

Serrant les poings, le visage fermé, Viviane se mit enfin à parler. Devant elle, l’assemblée retenait son souffle, sachant que de ce qu’elle dirait dépendrait beaucoup de choses.

« Bonsoir à tous, et merci d’être venus ce soir. »

La Grande Prêtresse ménagea une pause, cherchant les mots les plus justes possibles. Pas de mélodrame ou de grandiloquence, juste les faits, s’en tenir aux faits.

« Je ne serai pas longue, je souhaitais simplement faire trois annonces avant de laisser la parole à ma sœur. »

Ce disant, elle plongea son regard dans celui de Cassandra, pour trouver le courage de poursuivre. Des deux décisions qu’elle avait prises, l’une avait été décidée avec l’aval de ses Prêtresse. L’autre, pas contre, venait d’elle et d’elle seule. Une décision unilatérale, la dernière probablement. Le regard de sa sœur était empli de compassion, elle seule savait ce qui allait se jouer maintenant. Viviane prit une inspiration et poursuivit.

« En accord avec les Prêtresse de la tribu d’Ailrun, il a été décidé qu’aucune sanction ne serait retenue contre Alix de Charme, malgré sa trahison. Une amnistie complète lui est offerte et elle est libre de rejoindre à nouveau les rangs d’Ailrun si elle le désire. »

Un murmure se répandit dans la salle, de l’étonnement principalement car Viviane n’était pas connue pour sa capacité à pardonner. D’un geste de la main cependant, elle fit à nouveau taire la foule et reprit la parole.

« Comme beaucoup d’entre vous souhaitent probablement avoir une explication, et si je lui en avais donné autrefois, peut-être qu’Alix n’aurait pas pris les décisions qui furent les siennes, je voudrais ajouter ceci : notre capacité à pardonner fait de bien meilleurs miracles que notre soif de vengeance. Je ne suis pas morte sur ce bûcher, pas plus que Cassandra… À titre personnel, je n’en n’ai jamais voulu à cette jeune demoiselle d’avoir suivi la voie qui lui semblait la meilleure. Nous l’avons tous fait à un moment donné. »

Les murmures reprirent, mais plus faiblement cette fois. Que Viviane pourrait-elle bien annoncer maintenant ? Qu’avait-elle à dire qui était plus important que la sentence de Noâz ? Pourquoi retarder encore ce moment que tous attendaient avec la plus grande impatience ? La Grande Prêtresse n’avait cure des questions de ce peuple. Tout ce qu’elle souhaitait, c’était partir, partir pour de bon, mais elle ne pouvait pas. Pas encore tout à fait.

« Par ailleurs, et dans la suite logique de cette amnistie, nous avons également décidé d’abolir le rituel d’amnésie qui frappait tous ceux qui quittaient la Tribu et dont ma propre sœur en fut la victime. Je ne souhaite à personne d’autre de vivre l’enfer que notre famille a traversé alors, et nous souhaitons que chacun puisse être libre de ses choix. Le rituel d’amnésie est donc banni des traditions d’Ailrun. »

Gagnée par l’émotion à cette annonce qui lui tenait à cœur, la seule qui lui tenait vraiment à cœur, Viviane prit son temps pour se recomposer avant de continuer.

« Enfin, je souhaitais également vous faire part d’une décision que j’ai prise. La fin de cette guerre marque la fin d’une époque et je ne ferai pas partie de ce futur que vous allez tous construire ensemble. »

Comment le pourrait-elle de toute façon ? Viviane était vieille, aigrie, et tellement lasse.

« Je me retire de mes fonctions au sein de la Tribu d’Ailrun. »

Et ce fut tout. Sans un regard pour la foule qui s’agitait de plus belle, elle se rassit à côté de Louisa, cherchant à apaiser ses tourments en se raccrochant à nouveau au regard de sa sœur.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://witchslay.forumactif.com/fiches-personnages-f3/viviane-va
Inquisiteur Général
Inquisiteur Général
avatar


MessageSujet: Re: La Terre des Hommes #23   Dim 26 Avr 2015 - 20:47

Cassandra soutint le regard de sa sœur sans flancher. Un léger sourire, emprunt de mélancolie et de tristesse, se dessina sur ses lèvres. Forbach était peut-être surpris par l’annonce de Viviane, mais pas elle. Elle inclina imperceptiblement la tête, en dernier hommage à sa sœur, cette femme d’exception, et à tout ce qu’elle avait accompli. En cet instant, Cassandra était emplie d’une admiration sincère pour Viviane.

Les deux sœurs vivaient leurs derniers instants sur le devant de la scène forbachoise. Et combien leur avaient coûté ces quelques jours de procès ! Siéger comme juges au simulacre de justice – justice pourrait-elle jamais être rendue ? – nécessaire pour enclencher le processus de pardon, leur avait ôté leurs dernières forces. Elles, tour à tour sorcières, parias, tyrans… placées comme garantes de l’exécution des volontés du tribunal populaire. C’était une plaisanterie cruelle.

Et pourtant, la Veuve avait soutenu jusqu’au bout – en particulier face à Viviane – l’importance de leur implication. Le pardon était la meilleure base du nouveau départ que pouvait prendre Forbach. Et c’était à elles de finir le cycle, de prendre leurs responsabilités, et de s’assurer que les générations futures ne traversent pas le même rideau de haine qu’elles.

Les deux sœurs avaient demandé aux habitants d’enterrer la hache de guerre et elles avaient commencé par balayer devant leur porte, comme en témoignaient les décisions de Viviane. C’était maintenant à la Veuve de se lever et d’annoncer les décisions qui relevaient de son autorité. Cassandra ressentait plus que jamais le poids du pouvoir. Elle avait un ultime devoir à accomplir en tant que tête de l’Inquisition. C’était un geste symbolique fort, qui pourrait permettre aux anciennes victimes de se relever, et qui serait lourd d’implications pour l’Inquisition. C’était crucial et la Veuve n’imaginait pas y couper, quoi qu’il lui en coûte.

Elle agrippa sa canne et se redressa péniblement pour faire face à la foule.

- Les événements qui ont été exposés devant le tribunal populaire nous amènent à réfléchir aux violences de notre passé, en particulier celles faites à l’encontre des sorcières. Il est temps pour l’Inquisition de tourner une page de son histoire en reconnaissant les torts de son activité à Forbach. L’Inquisition présente ses excuses aux sorcières pour les lois, poursuites et condamnations qui leur ont été infligées, ainsi que pour leurs souffrances et leurs pertes. Aux hommes et aux femmes victimes de nos actions, nous demandons pardon.

La Veuve s’arrêta, espérant que la portée de son acte ne serait pas diminuée parce qu’elle était elle-même une ancienne sorcière. Ces excuses officielles impliquaient l’Inquisition de Forbach dans son intégralité. Les réparations qu’elle allait proposer ne seraient jamais suffisantes, mais elles constituaient le sommet de ce qui était en son pouvoir. Le silence était maintenant de plomb. Lentement, en un geste solennel, la Veuve s’inclina face aux habitants.

Les mesures qu’elle allait rendre publiques constituaient le point final de sa chute personnelle, la preuve qu’il ne subsistait plus rien de la personne qu’elle avait été jusqu’au bûcher. En dépit de sa courte incarcération et de son accusation de sorcellerie, elle restait la plus haute autorité de l’Inquisition à Forbach – une aberration qui aurait fait hurler l’ancienne Mattea. C’était donc sa parole qu’elle avait engagée auprès de sa hiérarchie quand elle avait écrit à Rome que plus aucune sorcière ne subsistait à Forbach. Elle avait menti de front, secondée par les autres Inquisiteurs qui avaient contresigné son rapport, David en première ligne. Elle ne devait plus rien à l’institution à laquelle elle avait dédié la majeure partie de sa vie. S’il restait une certitude dans l’esprit de Cassandra, c’était bien que Dieu ne se cachait pas au cœur de la haine. Au contraire.

- Afin que ces événements ne se reproduisent plus jamais, je parle moi aussi pour la dernière fois au nom de l’Inquisition. À partir de ce jour, l’Inquisition de Forbach est démobilisée. L’autorité exceptionnelle mise en place au nom de la situation d’urgence en matière de sorcellerie est révoquée : toute autorité religieuse retourne entre les mains de l’Ordinaire – de l’évêque. Les procès de sorcellerie en cours sont déclarés nuls et non avenus.

La Veuve songea soudainement aux morts, à tous ceux qui avaient lutté au cours des dernières décennies pour un camp ou pour l’autre. Qu’auraient-ils dit ? Auraient-ils accepté de pardonner pour aller de l’avant ? Ou auraient-ils rouvert les hostilités à la première opportunité ? Elle posa son regard sur les habitants de Forbach. Ils n’avaient qu’à tendre la main pour se saisir de la paix qu’ils espéraient tous.

Mais ce n’était guère à elle de leur donner des leçons. Elle n’ajouta rien, parce que c’était à eux de se saisir de la chance que Louisa, Viviane et elle avaient péniblement rendue possible. La Veuve se rassit et se sentit plus sereine.

Viviane et elle en avaient vraiment fini avec Forbach. Elle avait tenu sa promesse à David. Elle avait tout donné.

L’heure de se retirer était enfin venue.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://witchslay.forumactif.com/fiches-personnages-f3/mere-matte
Baron(ne)
 Baron(ne)
avatar


MessageSujet: Re: La Terre des Hommes #23   Mar 15 Sep 2015 - 13:36


    Louisa fixa l’ancienne inquisitrice debout face à l’assemblée de Forbach. C’est là, alors que la foule s’exclamait de surprise, que lui apparut tout le temps écoulé, depuis le début de cette guerre interne. Ils avaient perdu tant d’années à se battre les uns contre les autres.
    Près de deux générations avaient été sacrifiées sur l’autel de la haine. Maintenant, plus que jamais, les raisons de cette guerre semblaient stupides. Ils avaient été opposés, pendant des années, par simple méconnaissance des faits. Combien de vies auraient été sauvées si les Hommes avaient été capables de se parler ? Combien de malheurs épargnés ?

    Le Mal aurait-il seulement réussi à se reprendre, dans les foyers et dans les cœurs de cette Terre ? La Baronne comprenait les décisions prises par les sœurs. Elle-même avait d’ailleurs envisagé sa vie après l’été 1647.

    Cependant, Lou devait faire une dernière chose, avant de rejoindre son Éden. Elle quitta sa retraite pour reprendre place devant les habitants. Ses longues mains reposèrent contre son bas ventre tandis qu’elle attendait que le silence se fasse. Celles-ci avaient cessé de trembler. Madame Zimmerman était parvenue, enfin de compte, à retrouver la Paix.
    D’un regard, elle embrasa la foule et lui adressa un sourire. Un sourire comme on n’en avait plus vu sur ce visage, depuis la naissance d’Anna. Puis, elle porta la voix et dans le plus grand calme énonça enfin ce qu’ils attendaient tout.

    « Le tribunal a décidé que Noâz Loewenstein ne sera pas exécuté.
    Néanmoins étant donné le double-chef d’accusation à son encontre, l’usurpation d’identité de son jumeau, ainsi que la création d’une organisation criminelle, il est dés à présent destitués de son titre et n’a plus aucun droit de participation à la vie politique de Forbach, ou de quelque autre ville que ce soit dans le Royaume de France. »


    La clémence des trois juges était grande, mais aussi judicieuse. Ce pays maudit luttait pour arrêter de faire le sang, depuis plus d’un an. Il avait tout donné, tout fait, pour mériter son dû. Le temps des exécutions était terminé. Révolu. Il n’y aurait plus de pendaison, plus de bûchers, ainsi que le voulaient les pouvoirs divins.
    Lou sembla chercher quelqu’un du regard dans la foule et fini par reprendre l’énoncer du verdict final.

    « Pour avoir perpétré les meurtres d’Alicia et d’Anaël Loewenstein, Adal Loewenstein est lui aussi privé de tous ses droits concernant le comté. »

    Une sentence bien douce aux regards de ses actes. Mais ainsi en serait-il afin que s’arrête le bain de sang dans la Moselle. Les dames de Forbach avaient décidé que plus personne ne mourrait autrement que de cause naturelle.
    Évidemment, à la suite de tout cela, la confusion naquit sur les visages des villageois. Forbach restait donc sans maître, sans protecteur ? Jamais cela ne s’était produit et quoique le départ de l’Inquisition les ravisse, qui allait à présent les guider ? Cette question, Cassandra, Viviane, et Louisa y avaient pensé avant eux. La réponse s’était fait grâce au dernier document rédigé par un grand homme.
    Le regard de la Baronne s’attarda une fois encore sur l’assemblée sans trouver celui qu’il attendait.

    « Dans ces conditions et compte tenu des informations fournies par feu le Comte, dans don testament, le Comté revient de droit, à la descendance de son frère cadet, autrement dit don neveu : Lazare Loewenstein
    Le Comte Lazare Loewenstein ne devrait d’ailleurs plus tarder. »


    Consciente qu’il serait difficile de contenir la curiosité des Forbachois, Louisa reprit rapidement la parole pour les distraire. Elle avait acquis quelques facilités pour improviser des discours en prenant la tête du mouvement de pacification. Sans doute, sa fibre commerciale, lui apportait une aisance supplémentaire pour la théâtralisation. Cependant, elle haussa légèrement le ton pour bien capté l’attention de tout le monde.

    « Ainsi en a décidé le tribunal exceptionnel du Comté de Forbach. Afin que soient assurés la paix et l’avenir de chacun de nous. »

    La silhouette d’Anna Zimmerman bougea à l’angle du regard de la Baronne. La fille et la mère échangèrent un regard furtif. Toutes deux étaient épuisées. Comme les deux autres femmes qui patientaient sur cette estrade, elles avaient donné de leur personne, pour sauver ce village.
    L’approche de la fin rendait leurs épaules plus lourdes, et leurs esprits plus las. Pourtant, il leur fallait tenir encore un peu, avant de retourner chez elles.

    « Tout comme Viviane et Cassandra je vous annonce officiellement ma démission à la tête du Pax Hummanum. Il me semble d’ailleurs que ce mouvement n’a plus sa place maintenant que nous avons réussi. Mais c’est un avis qui m’est propre et je vous laisse le soin de décidé de la suite de cette entreprise collective. J’aimerais terminer, simplement en vous disant une dernière fois, combien ce que nous avons accompli est… »

    Un bruit sourd, provenant de l’extérieur, couvrit la voix de la Baronne. On eu dit une… explosion ! Un grand silence se rependit. Tous se tournèrent en direction l’entrée principale. Deux hommes de la Pax s’avancèrent pour aller voir. Mais, à ce moment-là, la porte commença à grincer sur ses gonds pour s’entrouvrir.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://witchslay.forumactif.com/fiches-personnages-f3/mademoisel
Meneur
Meneur
avatar


MessageSujet: Re: La Terre des Hommes #23   Sam 19 Sep 2015 - 10:38

Une fumée noirâtre pénétra l’embrasure de la porte qui s’ouvrait, voilant partiellement la silhouette sombre qui pénétrait au ras du sol. Ophéline avançait droite et fière en direction du tribunal, fendant la foule de son aura surnaturelle. Le grand et sage Antoine Vaudremont aurait-il imaginé un jour se réincarner en une bête aussi fragile et vaniteuse ? Certes non, et à raison… Au milieu de sa marche, la chatte au pelage de nuit fondit en une fumée céruléenne scintillante qui éclata comme un feu d’artifice pour laisser place à Mère Marie-Théodosine qui continuait la marche du félin avec la même allure et le même regard fauve.

La porte qui s’était ouverte en grand à l’entrée du hall offrait le spectacle monstrueux d’un carrosse en feu au milieu de la cour du château, les chevaux affalés dans leurs propres cendres, le cocher pétrifié assis, noir et fumant, les brides à la main.


« Lazare aura un peu de retard… »


Mère Marie-Théodosine explosa à son tour en fumée bleue pour se transformer en Symphorienne dans une robe pourpre digne des plus grands bals de la cour. Les gardes du château se saisirent de lances sans oser avancer vers Symphorienne. Celle-ci les observa un instant incrédule, levant un sourcil. Elle fit un pas vers le plus jeune. Il suait d’angoisse. Elle jeta un regard à Louisa en chuchotant, « il lui ressemble n’est-ce pas ? ». Elle saisit d’une main la lance du garde et caressa son visage d’ange qui se fractura entre ses phalanges pâles couvrant son visages d’écailles, brisant ses os, effondrant ses membres, envolant son humanité pour en faire un serpent ni plus beau ni plus grand qu’un autre serpent. La foule retint difficilement son horreur.

Symphorienne recula, la lance à la main. Les gardes osèrent un pas. Elle brandit la lance dans leur direction et en moins de temps qu’il fallait pour l’imaginer plus aucun d’entre eux n’existait dans sa forme humaine, jonchant le sol de reptiles lymphatiques. Mouvement de panique. La foule commençait à se précipiter hors du château.


« SILENCE !!! »

Hurla Symphorienne, impérieuse.
Les portes du château se refermèrent dans un claquement tonitruant, déclenchant une rumeur de gémissements au sein des stigmatisés présents dans la salle.


« Vous êtes tous responsables de ce qui se passe aujourd’hui ! Personne ne sort ! »

Symphorienne se retourna vers le tribunal.

« Vous êtes pathétiques… Croyez-vous véritablement en votre paix ridicule ?! J’ai parcouru des millénaires d’humanité, autant de guerres. La paix n’est pas dans votre nature, pas plus qu’elle n’est dans celle des dieux. Vous croyez sans cesse pouvoir nous surpasser, vous pensez pouvoir être meilleurs que nous. JE VOUS ABHORRE !!! »

Symphorienne concentra son regard sur les juges autoproclamés en hochant la tête.

« Vous vouliez un miracle n’est-ce pas ? Eh bien le voici : ce soir nous réparerons l’irréparable ! »

Symphorienne brandit la lance en direction du tribunal et la projeta avec une force monumentale en direction de Viviane.  
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Inquisiteur Général
Inquisiteur Général
avatar


MessageSujet: Re: La Terre des Hommes #23   Mer 21 Déc 2016 - 22:34

Avait-elle vraiment cru que tout était fini ? Tout n’était jamais fini à Forbach. Était-elle finalement devenue naïve, elle aussi, qu’elle en venait à croire qu’elle pourrait se retirer ?

Le chat… le chat était de retour, se transformant successivement en plusieurs figures haïes, visions cauchemardesque qui étaient la promesse d’une souffrance à venir. Symphorienne était de retour parmi eux. Avec un meurtre pour annoncer la couleur. Avec quelles larmes Cassandra l’aurait-elle pleurée, cette nouvelle victime ? Elle était aussi sèche que la mort.

Écouter les discours dramatiques des fous qui semblaient attirés à Forbach aurait pu devenir sa spécialité. Pourquoi donc se sentaient-ils obligés d’abreuver leurs victimes d’insupportables logorrhées ? Comme tous les autres, Symphorienne était suffisamment en rage pour s’oublier – réparer l’irréparable ? – et quelqu’un retournerait probablement ses paroles contre elle. Quelqu’un, mais pas elle.

Sauf que la lance, Cassandra la vit avec une acuité qu’elle ne pensait plus posséder. Elle calcula sa trajectoire avec la même précision que le reste de la salle, qui semblait retenir son souffle. Cassandra jeta un coup d’œil à sa sœur pour s’assurer qu’elle avait bien conscience du danger, et qu’elle préparait un bouclier de protection – n’importe quoi qui soit issu de son grimoire – ou un simple pas de côté.

Le temps semblait avoir suspendu son cours. Viviane regarda droit devant elle, immobile. Ces yeux, Cassandra les connaissait par cœur. Ils reflétaient la peur, l’angoisse et la lassitude, portées à leur paroxysme par une décision finale. Et soudainement, l’incrédulité se fraya un chemin à travers les murailles de la Veuve. Pas maintenant, pas comme ça. Pas devant elle.

Atteinte au plus profond de son être que Viviane puisse avoir le même désir de mort contre lequel elle-même luttait depuis… Elle n’avait plus de temps. Elle était à un infime instant de perdre la personne la plus importante de sa vie. Elle n’avait plus le temps de réaliser qu’à travers toute sa vie, malgré Amaël, malgré Narcissa, malgré David… la relation la plus significative de toutes, c’était celle qu’elle partageait avec sa sœur. Cimentée par le sang et par la douleur, leur histoire à Forbach était une longue épreuve. Elle n’avait plus le temps de voir le calme renoncement de Viviane. Elle n’avait plus le temps de dire quelque chose.

Cassandra avait un jour juré qu’elle ne serait plus jamais abandonnée. Elle préférait de loin abandonner la première. Quitte à s’attirer la haine de Viviane et à lui faire endurer ce qu’elle-même n’aurait pas supporté. Avec tristesse, Cassandra songea qu’elle-même n’aurait jamais pardonné à Viviane ce qu’elle était prête à lui faire.

En grommelant, la Veuve se redressa d’un bond et se jeta devant sa sœur. Quand la lance transperça son épaule, Cassandra se sentit défaillir sous la douleur. Elle ne sentit même pas le choc de sa chute à terre, uniquement préoccupée par l’importance de pouvoir dire, si ce n’était par la parole, au moins par le regard, ses derniers mots à Viviane.

Un peu de force, pour ce qui avait été détruit. Une ultime promesse, qui ne serait jamais brisée. Une reconnaissance de tout ce qui avait été accompli. La capitulation du dernier bastion. Du vert pour l’espoir, comme leurs yeux, comme l’herbe de leur enfance, comme la Clairière. Elle continuerait à le voir chez le petit Octave.

« Je serai toujours avec toi »

De l’écume se formait au coin de ses lèvres, et sa respiration était saccadée. Une nouvelle douleur traversait son corps, finalement presque supportable en comparaison de tout ce que la Veuve avait déjà subi. Elle en aurait dit à Symphorienne : « j’ai connu pire ».

Quel monde de fous furieux.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://witchslay.forumactif.com/fiches-personnages-f3/mere-matte
Vieille peau fripée à pustules
avatar


MessageSujet: Re: La Terre des Hommes #23   Mer 21 Déc 2016 - 22:39

Tout s’était passé si vite, Viviane n’avait rien vu venir : Symphorienne, la lance, sa sœur… Elle était par terre, le côté terriblement douloureux. À ses côtés, Cassandra gémissait douleur, l’arme plantée dans l’épaule, du sang s’échappait de la plaie et l’ancienne inquisitrice palissait à une vitesse alarmante. Sans trop réfléchir aux conséquences de son geste, Viviane arracha la lance qui qui avait déchiré sa sœur, se releva et fit face à Symphorienne.

« Ça, très chère Symphorienne, ce fut la dernière de tes très nombreuses erreurs. »

Envolés les beaux mots prononcés quelques minutes plus tôt à peine, pendant quelques secondes, Viviane n’eut qu’une seule idée en tête : se venger.

Et sans un regard pour sa sœur qui gisait au sol, de toutes ses forces décuplées par la colère qui l’envahissait, Viviane lança le projectile en direction de son ennemie. Comme si ce simple geste pourtant lourd de sens lui avait remis les idées en place, la rouquine se jeta auprès de Cassandra. Elle ne vit pas si elle avait atteint sa cible ou non et se concentra sur la suite de son plan totalement improvisé. En tant que Grande Prêtresse d’Ailrun, Viviane avait eu entre les mains le Livre des Ombres, elle se souvenait des mots et du rituel. Autour d’elle déjà, des fumerolles aussi noires que l’ébène se formaient, les protégeant rapidement elle et sa sœur du regard des autres membres présents dans l’assemblée. À mesure que les mots sortaient de sa bouche, le brouillard s’épaississait et se mua bientôt en une sombre horde de corbeaux qui partit à l’attaque de l’assaillante.

Un chaos ambiant régnait, Viviane n’avait pas la moindre idée de ce qui était en train de se passer autour d’elle. Dans la confusion générale, toute son attention était portée sur sa sœur, allongée sur le sol dans une mare de sang. Il n’était plus temps de tergiverser, si elle n’agissait pas rapidement, Viviane risquait de perdre sa sœur. Elle entreprit alors de compresser blessure tout en récitant tous les sorts de guérison qu’elle connaissait. Bientôt le sang cessa de s’écouler de la plaie et Viviane pu relâcher la pression.

Tout ce qui était étranger à elle ou à sa sœur ne l’atteignait plus, que Symphorienne fut touchée ou non lui importait peu. Elle ne souhaitait qu’une chose, partir d’ici et panser les plaies de sa sœur. Quelle folie lui avait prise de se jeter ainsi pour la sauver ? Une part d’elle était en colère contre sa sœur maintenant qu’elle la savait hors de danger. Entre ses dents, elle siffla : « Idiote ! » Elle regarda à nouveau la plaie partiellement refermée et vérifia que sa sœur n’avait rien d’autre. Ses gestes étaient tremblants, maladroits, tant la tout juste ancienne Prêtresse était gagnée par l’émotion. Jamais elle n’aurait pu supporter de perdre Cassandra.

Le noir autour des Valdemar se dissipait, des cris retentissaient de partout et pour la première fois depuis de longues minutes, Viviane levait le regard vers le reste de l’assemblée. Ce qu’elle vit était indescriptible.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://witchslay.forumactif.com/fiches-personnages-f3/viviane-va
Aguerri(e)
Aguerri(e)
avatar


MessageSujet: Re: La Terre des Hommes #23   Lun 6 Fév 2017 - 15:15

Alix n'était plus qu'une ombre, elle le sentait. Sa mère, Eleonor, n'avait accepté de lui adresser que quelques phrases, et l'avait laissé finalement vaquer à ses occupations. La jeune femme s'en était sentie blessée. Sa mère avait passé tellement de temps à essayer de la rendre à son image, qu'à présent, voir qu'elle avait baissé les bras lui avait brisé le cœur. Mais ça n'était que justice.

Alors après de nombreux jours à avoir essayé de comprendre ses propres choix, la jeune femme s'était rendue, comme tout Forbach, au château de Frauenberg. Les mots d'Elena vibraient encore dans ses oreilles, comme si elle les avait entendus quelques heures auparavant.

Alix était restée en retrait. Elle n'avait plus sa place dans sa propre famille, qu'elle soit de sang, ou bien de magie. Son regard parcourait l'assemblée d'un air distrait et détaché, jusqu'à ce qu'apparaissent alors les trois représentantes du tribunal extra-ordinaire. La brune baissa les yeux. C'était à se demander par quelle hypocrisie elle avait osé mettre les pieds dans ce lieux. Elle se pinça les lèvres, presque nerveusement. Il était certain qu'on allait prononcer la condamnation à mort du Comte. C'était intolérable d'en être arrivé à ce stade. Inacceptable. Et terriblement triste.
Alors, lorsque Viviane annonça qu'elle ne retiendrait aucune rancune contre elle, Alix releva vers elle des yeux brillants de larmes qu'elle retint un instant. Prise au dépourvu, elle ne savait plus quoi penser. Que Viviane arrive à lui pardonner...

« Suivre la voie qui semble la meilleure »... Elle espérait tellement avoir fait le bon choix.

Mais la plus grande surprise, celle qui remua l'assemblée, ce fut l'annonce de la clémence envers le Comte. Alix ferma les yeux, soulagée une première seconde, et ne sachant si elle devait s'en réjouir complètement ensuite. Il était libre. On lui offrait une seconde chance. Une chance de pouvoir fuir cette ville à présent, et recommencer, ailleurs, une vie plus calme, et de paix. Mais aurait-il seulement accepté ? De toute façon il n'était plus question de cela désormais.
Quant à l'annonce qui vint après... Lazare Loewenstein … ? Alix était perplexe. Ça avait donc fonctionné ? Non, non, non... Si Noâz était libre, alors qu'allait-il se passer ? Quelque chose clochait. Dans quoi s'était-elle encore embarquée ?


Car elle l'avait fait. Après avoir discuté avec Elena, après qu'elle lui ait apporté un soutien, Alix s'était sentie déterminée. Tellement que ce ne fut même pas un problème de rentrer dans la Collégiale. Certes, la jeune femme n'avait jamais été une très bonne sorcière, mais cela ne l'empêcha pas de mettre énormément de concentration à ses Somno Oppressus pour endormir les gardes sur son chemin. Elle savait que l'effet ne serait pas éternel, et se dépêcha de chercher les cachots. Heureusement, les divers récits de Sigmund, son oncle, lui avaient donné une vague idée de comment s'y rendre, et elle s'employa à être la plus discrète possible. Noâz était évidemment sous bonne garde, et Alix dû remettre à l'épreuve ses sortilèges pour pouvoir l'approcher. Voir le Comte ainsi lui brisa le cœur. D'une façon complètement inexplicable, Alix se sentait responsable des malheurs de Noâz. Depuis la nuit sur le lac, où Viviane avait forcé le Pacte à manipuler l'âme de la mère adoptive du Comte, la jeune femme se sentait responsable de tout ce qui touchait à Noâz.
Mais ce jour là, le Comte avait été étonné de voir la brune débarquer devant la porte de son cachot. Alix l'avait trouvé amoindri, brisé, et s'était sentie en colère. Les paroles d'Elena Mirova, représentante de la paix à présent à Forbach, l'avaient enivrée ; Alix ne voyait plus en Noâz que l'homme qui n'avait pas eu le choix de sa destinée, et elle ne voulait pas le laisser finir ainsi. Elle voulait lui donner le choix.



L'explosion qui retentit à l'extérieur fit sursauter toute l'assemblée, et tira Alix de ses lamentations intérieures. C'était Symphorienne. Encore elle. Le sous-entendu de la mort du Comte Lazare Loewenstein enleva instantanément un fardeau des épaules d'Alix. Tout irait bien, tout irait bien.

Symphorienne faisait à nouveau sa représentation. Elle avait toujours eu besoin d'un public. Alix cherchait sa mère des yeux, mais la panique qui avait envahit la foule l'avait visiblement dissimulée. Ce fut le moment que Symphorienne choisit pour attaquer Viviane d'une lance. La brune ne put s'empêcher de fixer ce spectacle des yeux, sans rien pouvoir faire.

Comment les choses pouvaient-elles tourner aussi mal, aussi vite? A chaque fois. Et tout alla encore plus vite... L'inquisitrice Cassandra de Saint-Loup se jeta devant Viviane et se reçut la lance... que Viviane relança à son tour. Alix avait l'impression d'assister à un ballet sans sens. Et les choses s'emballaient.
La jeune femme ne pouvait pas rester à ne rien faire en pareille situation.  Eleonor était ici ! Alix ne laisserait pas quoi que ce soit arriver à sa mère. Alors que la foule reculait au fond de la pièce, Alix se dépêcha d'attraper la lance, qui était retombée au sol, bien loin de sa cible. Elle n'avait jamais manié ce genre d'arme, mais qu'importait, Symphorienne était juste là, devant elle, alors que les volutes noires invoquées par Viviane disparaissaient. A son tour, Alix renvoya de toutes ses forces la lance sur Symphorienne, essayant de terminer le travail que l'ancienne Grande Prêtresse avait commencé.
Mais le petit manège n'avait pas échappé à Symphorienne qui, d'un tour de main, transforma l'arme qui lui arrivait dessus en un simple rat, aussi gris que l'acier. L'animal, d'abord étonné d'être là, finit par s'enfuir sans demander son reste, laissant Alix face à une Symphorienne plus qu’agacée.
Un doute extrême se lut sur le visage de la brunette alors qu'elle tenta de lancer le sortilège qui l'avait tant sauvé ces derniers jours.


« Somno Oppressus. »
Le garde qui s'agitait doucement se rendormi à nouveau. Alix soupira de soulagement. Ses sortilèges n'étaient pas puissants, et elle éprouvait une étrange petite gêne quant au fait que le Comte en soit témoin.
Mais une fois la surprise passée, Noâz s'était comme ranimé. Ils savaient tous les deux qu'il allait être condamné à une mort peu agréable. Il voulait quelque chose, et le temps pressait. Les sortilèges d'Alix ne tiendraient pas longtemps. Elle devait remonter, lui ramener un objet. Un objet qui lui offrirait enfin de choisir son destin. Noâz lui demanda la seule chose qui pouvait encore le sauver : son pistolet.
Alix baissa les yeux et hocha la tête.


« Somno Oppressus ! » relança-t-elle une seconde fois à l'encontre de Symphorienne. Et pour la seconde fois, Symphorienne ne cilla même pas. Alix était presque certaine de voir un rictus sur le bout de ses lèvres.
Elle devait se faire à l'idée : jamais elle n'aurait Symphorienne par la magie. Il était même parfaitement stupide de l'avoir espéré ! Alix recula de quelques pas, mettant sa main à sa ceinture, à la recherche de sa rapière qu'elle n'avait pourtant pas emmené par peur de paraître trop véhémente envers le reste de Forbach. Jurant, la jeune femme chercha des yeux une échappatoire, une arme de fortune, bref n'importe quoi qui pourrait la sortir de cette situation.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://witchslay.forumactif.com/t1523-alix-de-charme
Sergent
Sergent
avatar


MessageSujet: Re: La Terre des Hommes #23   Ven 17 Fév 2017 - 1:56

Le Somno Oppressus lancé par Alix de Charme fit à peine cligner Symphorienne des paupières. Elle marqua tout juste une seconde d'hésitation, puis darda son regard venimeux en direction de la jeune sorcière farouche et apeurée qui venait de lancer l'attaque contre elle. Malgré tout elle continua d'avancer vers Viviane Valdemar accroupie auprès de sa sœur qui se vidait de son sang sur les pierres froides du hall du château... Tout autour, c'était la débandade. Un mouvement de foule désordonné jetait les plus fragiles à terre, tandis que la majorité de l'assemblée tentait, en vain, de forcer les énormes portes closes. Symphorienne ne craignait rien ni personne. Ni les gardes du château, changés en reptiles qui avaient disparu parmi les jambes innombrables. Ni les pauvres hères aux fronts ornés du stigmate, qui s'étaient réunis là dans l'attente de leur jugement, certains presque à l'agonie. Ni les sorciers et sorcières, disséminés dans la panique généralisée, qui jetaient contre elle leurs derniers sortilèges...
Leur magie n'était pas à la hauteur. Elle était diminuée, diluée par des centaines et des milliers d'écart avec ce pouvoir brut, génésique, qui parcourait les veines de la véritable personne qu'était Symphorienne de Lucrèce, elle qui avait prééexisté à toutes les vies rassemblées ici...

« Deux sœurs sorcières. Une histoire si touchante » fit-elle d'une voix exagérément mièvre, en contemplant, suintante de mépris et de jalousie refoulée, les deux sœurs rousses unies devant la mort. « Une histoire qui ne se répétera pas ».

Le tour de Louisa Zimmerman, pathétique ambassadrice du Pax Humanum, viendrait immédiatement après; mais pour l'heure, il était temps d'envoyer les sœurs Valdemars à ce néant auquel elles avaient aspiré. Symphorienne s'avança encore, insensible aux rares offensives qui pouvaient s'abattre sur elle, indifférente à la masse terrifiée qui cherchait à s'en éloigner.

Elle tendit la main vers Cassandra et Viviane.

"DAVIDEUS EX MACHINAAAAA!!!!!!!"

Le cri du jeune Inquisiteur lacéra l'instant en suspension. Surgi de nulle part, David bondit derrière Symphorienne, visant ses omoplates en brandissant, immense, rutilante et surnaturelle, l'épée du Gardien bénie par l'évêque de Metz, à l'aide de laquelle l'Inquisitrice Générale avait pourfendu un séraphin igné invoqué par Europe l'année passée, sauvant par la même occasion les occupants de la Collégiale.

Symphorienne n'eut que le temps de se retourner. La silhouette profilée de la lame immense, qui atteignait presque sa hauteur et qui pourtant était aussi légère qu'une rapière standard, lui fendit la chair du bras dans un mouvement flou. Celle qui avait revêtu les traits de Marie-Théodosine, Ophéline et bien d'autres visages, hurla en se recroquevillant sur elle-même, tenant sa main qui n'était plus reliée au reste du bras que par un lambeau sanguinolent au bout d'un moignon.

"Les points flamboyants de ma rage vont te pulvériser, ô infâme démon! Hahaha, mais qui c'est qui a écrit ces conneries?"

D'un geste propre et net, David décapita Symphorienne.

Il redressait déjà le regard, victorieux, prêt à savourer la disparition de la vengeresse décidée à détruire Forbach, quand il s'aperçut que la poignée de l'épée, avec sa garde qui figurait une aile déployée, n'était plus dans ses mains.
Un grand choc lui avait fait lâcher l'arme. Au terme de son offensive, la lame était restée fichée dans la peau du cou de Symphorienne sans y pénétrer plus avant.

Une peau écaillée.

David cligna des yeux, abasourdi.

Symphorienne se releva avec un cri grave, effrayant, évoquant un monstre tapi au fin fond d'une caverne obscure. Elle était plus grande que lui. Beaucoup plus grande. Avec horreur, le jeune homme la vit se dresser démesurément, encore et encore, déployant un corps énorme qui défiait l'imagination. Un épiderme d'écailles irisées, d'un vert céruléen, couvrait son corps en accéléré, le transformant en armature face à laquelle les lances de la garde du château faisaient désormais figure de cure-dents... Le mugissement continuait, sourd et lugubre, tandis que le visage de Symphorienne s'allongeait en une chose reptilienne, auréolée d'une collerette d'épiderme saurien, surmonté d'un appendice vrillé et cornu de chaque côté de sa tête monstrueuse; et comme pour y faire écho, une longue queue hérissée d'épines dorsales se déploya derrière elle sur le sol de la pièce, balayant êtres et choses sur son passage, tandis que sa taille démesurée atteignait finalement le plafond du hall du château, pulvérisé comme le toit en chaume d'une masure.

Enfin amené à son apparence définitive, le dragon s'ébroua, détruisant d'autres morceaux du toit dont une partie de son corps dépassait, faisant choir des débris énormes de roche, de plâtre et de bois sur la foule en contrebas. La créature laissa apparaître une langue bifide d'entre ses mâchoires; elle goûta l'air, sentit leur terreur. Ses yeux jaunes à la pupille fendue dardaient un regard meurtrier sur ces pathétiques humains, tandis qu'un feu de forge couvait au fin fond de son œsophage.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://witchslay.forumactif.com/inquisiteurs-f50/david-geisler-t
Émissaire du Roi
Émissaire du Roi
avatar


MessageSujet: Re: La Terre des Hommes #23   Sam 18 Fév 2017 - 21:22

Une lance, un sortilège, une épée bénie. Toujours et encore cet orgueil démesuré. Sigrun en fumait littéralement de rage. Ses pupilles frémissantes balayaient ce hall majestueux devenu misérable antichambre de la mort, terrier lugubre du serpent exalté par le trépident bal de la peur. C'en était fini de la pestilence humaine, des cris lamentables et des étreintes sucrées. Qui pourrait vouloir vivre tant de douleur au nom de cette impénétrable beauté sans racine divine qui faisait soi disant l'apanage des hommes et qu'ils avaient nommé Amour ? Qui pourrait sauver son honneur, sa puissance et son empire en ayant le cœur traversé d'une flèche si ardente ?

Les yeux de la bête s'attardèrent un instant sur le couple qu'elle allait détruire, dont elle sentait la chaleur s'éteindre et la lumière s'élever. Ces deux sœurs antagonistes que le temps et le sang s'étaient disputés durant ces courts fragments que les hommes appelaient décennies et qu'ils vivaient comme des millénaires à un rythme frénétique qui donnait la nausée. Mais elles, en cet instant, elles étaient figées. Non pas comme des icônes, mais comme elle et sa propre sœur. Sigrun ne parvenait plus à se souvenir du visage d'Olrun, ni de sa voix. Elle avait tant travaillé à fixer son regard comme le centre d'une cible invisible que le point s'était troublé, elle la voyait partout et nulle part. Elle la voyait dans chaque âme heureuse, dans chaque main enlacée. Sigrun reconnut simplement cet instant où le chaos se tait pour l'amour d'un dieu qui vous tient la main.

L'Amour...

Etait-ce un tel échec qu'il faille tomber pour le trouver ? Quand on est une déesse on ne tombe pas amoureuse. Ce n'est pas honorable, ce n'est pas puissant, ce n'est pas impérial. L'Amour, c'est le prétexte à la fornication qui permet à la Terre des Hommes de rester peuplée d'hommes suppliants. Comment Olrun avait-elle pu choir si bas ? Renoncer à l'immortalité, quitter ses sœurs, la quitter elle qui lui avait tenu la main alors que son épaule ruisselait d'un sang qui n'a jamais coulé dans ses veines. L'Amour l'a privée de sa sœur, l'Amour a tué sa sœur, l'Amour a voulu piétiner son cœur. Et Sigrun l'a senti. Sigrun a souffert, Sigrun a pleuré. Ah ça, les légendes ne voient pas ce qui coule sur les joues des dieux aux plus noirs confins de l'univers. L'Amour, après sa sœur Sigrun aurait tout donné pour le connaître, pour être heureuse un soir, pour dormir un jour, pour comprendre Olrun, pour lui pardonner, pour l'aimer sans limite à son tour.

Mais non, cet Amour, c'est dans les yeux d'un homme qu'Olrun l'a trouvé. Olrun est tombée dans les yeux d'un homme. Elle a chu sans jamais s'arrêter, et mille ans après leur mort, Sigrun en était persuadée, Olrun tombait encore, les yeux ouverts, émus de larme, enivrée d'un bonheur serein et du plus pur sentiment d'éternité. Olrun était redevenue immortelle dans les yeux d'un homme.

Il faudrait donc tous les crever.

La bête s'ébroua, dans un reniflement métallique.
Plus un seul homme ne devait ouvrir les yeux. Plus aucune déesse ne devrait s'y abîmer. Des paupière closes, des orbites blanches, et des sourires impavides sur tous les crânes.

Pour Olrun.

Sigrun poussa un rugissement de désespoir que l'humanité confondit avec l'allégresse. Des vapeurs dans les yeux qui étaient de la peine et qui passèrent pour de la fureur. La gorge nouée, l'incendie dans le ventre, le feu montait. L'interstice de ses écailles vibra d'une nitescence diaprée, le magma refluait, la purification était aux lèvres du démon. Ainsi s'éteindrait l'Histoire de Forbach, dans un dernier carnage, dans une tempête de lumières.

La gueule ouverte, la déflagration fut sans appel. Ni rappel. Le dragon s'effondra sans gémir. Le crâne trépané par une flèche à l'échelle du monstre. Son cadavre se consumant des flammes qu'elle avait trop longtemps gardées secrètes, terrassée, Sigrun était morte.

Mais à Forbach, le mal ne pouvant être chassé que par le pire, au-dessus du dragon lévitait suspendu à ses lourdes ailes, Anaël, l'Ange de Pierre, descendu de l'église de Zetting, armé de la flèche du clocher dont il avait implacablement transpercé la gueule du dragon.

Encore une fois, Forbach se tut. Prêt à écouter la nouvelle sentence.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Ange déchu
Ange déchu
avatar


MessageSujet: Re: La Terre des Hommes #23   Lun 20 Fév 2017 - 3:20

Le vrombissement de ses ailes chromées battait le rythme de ce silence post-apocalyptique. Le château était ruiné, le cadavre de Sigrun encore incandescent, des membres palpitant sous les décombres, les vivants mêlés aux serpents, les plaintes mêlées aux halètement. Une vision d'Enfer.
L'ange avait pourfendu la furie, ire divine de cieux si éloignés des siens et pourtant voisins. Cette déesse déchue comme lui, mais tellement moins subtile... Il ne l'avait pas fait pour protéger le peuple de Forbach, mais bel et bien pour protéger ce miracle tant souhaité, celui qui lui permettrait enfin de ré accéder au Ciel. Anaël, habituellement si bavard restait à léviter en silence et l'air grave. Ses ailes battaient peu à peu de plus en plus une pluie fuligineuse.

Pour atteindre le miracle salvateur les tribus de Forbach devaient faire preuve de leur plus grande valeur. Comme Sigrun avait haï cet orgueil cardinal des Hommes au point de vouloir le détruire, Anaël l'avait transformé en défi insurmontable, pour le corriger. Au prix de centaines de vies, certes. Mais combien seraient désormais sauvées grâce à lui ? Aujourd'hui le Pax Humanum qu'incarnait la paisible Louisa Zimmerman avait réuni le Pacte d'Ailrun dont Viviane Valdemar fédérait les deux tribus cohabitantes et l'Inquisition en la personne de Cassandra de Saint-Loup, qui après avoir résisté à la rancoeur avait su résister à la tyrannie. Ensemble ils avaient jugé la terreur et la guerre : la Cabbale, mise à mort par Noâz Loewenstein. Ils avaient reconnu les torts et les gloires. Ils avaient construit un édifice plus grand et plus fragile qu'une citadelle de cristal :

« La Paix »

L'armure de pierre craqua une première fois. Des spasmes sonores ébranlaient la statue volante qui semblait happée par un néant intérieur, s'ébrouant des poussières minérales qui recouvraient son corps massif. Alors les fissures marbrèrent l'édifice anthropomorphe tout entier filtrant une lumière extraordinaire, d'une blancheur et d'une pureté sidérantes. Les rais lumineux par miracle n'éblouirent plus nullement les stigmatisés mais au contraire les soulagèrent du sigle effroyable qui quitta leurs fronts en un frisson. L'ange craquelé quitta ainsi dans un sifflement céleste sa demeure matérielle dont les dernières poudres virevoltèrent jusqu'au sol. Ne restait plus que l'incroyable nitescence organique, ce magma de grandeur tentaculaire, cette âme plus grande que toutes les âmes, cette âme cousue de toutes les âmes dévorées par Anael pour se libérer du miroir puis assassinées par son sceau, de l’impitoyable Oracle des Ombres aux infernales sœurs Silberholz.

Et alors que Forbach fronçait bouche bée, la lumière éclata dans un tonnerre virtuose et mille âmes tournoyèrent pour quitter la pièce par le jour qu'un dragon furieux avait creusé quelques minutes avant dans l'enceinte du château. Les âmes rejoignirent le ciel pour un repos qu'elles n'espéraient plus et qu'elle méritaient comme toutes les mânes qui avaient vécu l'horreur de cette ville maudite. Le bal ne dura qu'un instant. Certains mortels eurent la chance de croiser l'empreinte d'un regard ami avant que celui ne rejoigne l'amas pour grimper à la vitesse d'une foudre de joie, jusqu'au Très Haut, jusqu'aux Très Hauts.

Ainsi s'acheva l'ère de l'ange de pierre. Anaël avait vaincu, Anaël avait été vaincu, mais Anaël n'avait jamais été convaincu. Le futur de Forbach lui importait peu mais il le savait. « La Paix », le miracle qui l'avait libéré, ne durerait jamais.

Un voile sombre prit place alors que les candélabres étaient renversés, l'ange disparu et le dragon fini de brûler. Le silence aussi.

Les lourdes portes s'ouvrirent dans un grincement. Un visage inédit pointa le bout d'un nez parfait, d'une chevelure blanche immaculée, les habits en haillons et le dos encore fumant, une excoriation abîmant un sourcil parfaitement dessiné.

« Je vous demande pardon, mon carrosse a été retardé ».

Lazare Loewenstein ordonna l'évacuation des blessés et la libération des issues. Ainsi prit-il les commandes du comté de Forbach. Tout le monde fut saisi par sa beauté familière, tout le monde reconnut sa justesse et son autorité,  mais personne n'aurait su dire pourquoi ce nom était si évident aux oreilles de tous. Une chose est sûre ils le connaissaient. Il n'était pas ambiguë comme cette jeune hystérique qui se disait Oracle, il n'était pas fou comme ce criminel autoproclamé Agent du Diable, il n'était pas tyrannique comme cette usurpatrice de Symphorienne de Lucrèce, il était différent, il inspirait la confiance historique. Une histoire floue mais certaine. Pas comme celle décrite par les vainqueurs. Une histoire intime. Ce jeune homme inspirait un sentiment inattendu, le respect.

Tous se souvenaient déjà de la grandeur de Lazare Loewenstein, Comte de Forbach.

Un voile sombre prit place.
.
[Prochain post réservé, il s'agira du post de clôture du scénario final de The Witch Slay !]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Fugitif
Fugitif
avatar


MessageSujet: Re: La Terre des Hommes #23   Mer 1 Mar 2017 - 14:12

La pureté pâle de Lazare se reflétait dans le miroir sombre des iris de Noâz Loewenstein.

Un rapport antinomique était né avec la fulgurance d’une évidence. Noâz, le Comte usurpateur, le comploteur, le criminel, chassé de sa tribu, démis de son Comté. Lui qui n’avait jamais fait que suivre une destinée qui lui avait été rabâchée toute son enfance par la charismatique favorite d’Alicia Loewenstein. Et l’impavide clarté de ce nouveau comte, sorti d’un vitrail, annonciateur d’un renouveau pacifique et sublime. Les cernes violacées de Noâz observaient sans relâche l’angélisme du visage sculptural de Lazare.

Un être si pur ne pouvait pas exister. Pas à Forbach.

Noâz avait écouté son jugement sans grand engagement émotionnel, d’une oreille distraite, avec un rictus amusé qu’il voulait faire passer pour du soulagement. Non pas que son cynisme héréditaire ne le déphase de la gravité de la situation, ou qu’il ne se moque de son propre sort. Bien au contraire, comme on fait un testament pour assurer son au-delà, Noâz avait depuis longtemps prévu son exécution et pris les dispositions pour assurer sa vie. Aussi la décision de ce tribunal de fortune ne l’effleurait qu’à peine.

Au fond de son cachot, Alix lui avait effectivement ramené son pistolet comme dernier recours. Il n’y eut évidemment aucune effusion de sang, sans quoi ni elle ni lui n’auraient été à ce procès. Non, Noâz prit l’arme et du bout de son auriculaire prit à l’intérieur du canon un parchemin enroulé. Le temps pressait car cette adorable Alix était plus ingénue qu’ingénieuse et son sortilège de léthargie ne saurait durer. Noâz déroula le parchemin devant elle et lui demanda avec un ton impérieux que son rang et l’urgence – se disait-il – justifiait, de lire avec lui les inscriptions phonétiques dont le langage semblait plus proche de celui des maures ancestraux que des prêtresses romanes. Noâz le savait, Alix ne saurait comprendre ce langage, lui-même avait du étudier cette page bien longtemps dans le secret de la Tour des Anges pour en saisir l’extraordinaire pouvoir. Car oui, ce parchemin n’était autre qu’une page arrachée au Livre des Anges l’instant précédent la chute de la Tour. Un long projet de recherche que Noâz ne pouvait pas abandonner.

Alix n’en sortirait que le nom de Loewenstein, et Noâz ne doutait pas qu’elle ferait le rapprochement avec lui, mais il ne lui avait jamais caché qu’il s’agissait à présent de travailler à sa libération. C’est bien pour cette raison qu’Alix sembla surprise lorsqu’à la fin de la énième incantation Noâz déchira le parchemin et ordonna à Alix de partir sans que rien n’ait changé, pas la moindre fissure sur les barreaux ni le moindre grincement de chaîne. Pas d’ange de feu, pas de tremblement de terre ni de tornade. Rien. Que la patience.

L’arrivée de Symphorienne dans le hall du château plongea le jeune comte dans la panique la plus totale, elle trainait avec elle ce parfum amer de médiocrité risible. Mais une médiocrité meurtrière. Cette déesse déchue avait été à la surprise générale la plaie la plus insupportable de Forbach, aussi plurielle que l’Oracle des Ombres, plus imprévisible que l’Agent du Diable, ses objectifs étaient si intimes qu’ils ronflaient d’absurdité. La seule légitimité de la terreur qu’elle avait installée à Forbach était fondée sur son incroyable puissance. Noâz, désormais sans le moindre pouvoir, ne l’enviait même pas. Lui n’était pas seul, il avait su s’entourer de personnes fiables, crédules : Alix et Elena.

La contrition de Noâz face à Elena n’était pas feinte, mais pas sans arrière pensée non plus. Il savait qu’en état d’arrestation il n’aurait plus d’autre accès qu’aux figures symboliques. Elena en était devenu une. Pour mettre son plan à exécution il lui fallait passer par son biais, pour atteindre un bras armé. Alix. Il ne lui devrait finalement pas sa liberté, mais il lui devrait la récupération de son pouvoir politique. Car le plan était là.

Noâz resterait dans l’ombre qui l’avait vu naître. Il feindrait l’exile proclamé et tirerait les ficelles. Il recréerait une tribu, Elena et Alix à sa tête, et contrôlerait Forbach par le truchement de cet enfant sublime : Lazare. Lazare n’était pas un homme, c’était le plan. Lazare n’était pas angélique, c’était un ange. Un nouvel ange déchu, extirpé des limbes par le rituel incanté par Alix et Noâz dans l’humidité des cachots. Son pouvoir était immense, d’après le Livre des Anges, il savait lire, écrire, effacer et réécrire les feuilles de l’Arbre de Vie, maître du code sacré qui régissait les âmes humaines, les définissait, leur donnait une origine et un but : leur mémoire.

Noâz avait sacrifié bien des journées, profitant des siestes erratiques d’Europe qui rattrapait ses insomnies chroniques, pour adapter l’incantation à un mode de rituel biaisé qui lui permettrait d’être maître de l’ange par la procuration d’Alix. Il avait remobilisé toutes ces connaissances de la grammaire ésotérique qu’il pensait désormais inutiles. L’erreur n’était pas permise. L’enjeu était trop grand. Le charme de l’ange tel que Noâz l’avait programmé serait et devrait être radical, sans retour possible.

Sigrun l’avait rêvé, Noâz l’exécuterait : les sorcières de Forbach allaient disparaître. Olrun et sa fronde, les grimoires ancestraux, les tribus, les émissaires du Vatican, les débâcles et la Guerre. Tout serait amnistié. Seul resterait en suspens la seule énigme irrésolue de Forbach : la vague de froid du printemps 1626. Et seul Noâz Loewenstein garderait le savoir formidable des arts occultes d’Olrun, son dernier descendant, le premier sorcier de la nouvelle Histoire. La suprématie.

Forbach, dans quelques temps, ne se souviendrait plus ni de ses défaites ni de ses victoires, que d’un temps de paix séculaire sous le règne immortel de cet esprit lumineux. Lazare. Trois consonnes et trois voyelles, presqu’un nouveau code, une nouvelle énigme pour Forbach. Mais pour s’en préoccuper il aurait fallu la crainte paranoïaque et empirique de l’usurpation, du mensonge et de l’ombre. Et cela, déjà, Noâz lui-même n’en avait plus qu’un souvenir vague.

Vague ? Non, ce n’était pas possible ! Noâz se raidit subitement, il voulait agir mais il était paralysé d’abord par l’incertitude, l’incompréhension, puis l’incompréhension de cette incompréhension. Il ne pouvait être victime de cet enchantement. Quel enchantement ? Quel enchantement… Quel enchantement que le regard franc et droit de cet enfant pure et féroce.

L’esprit de Noâz se perdit un instant dans une brume cotonneuse qui mettrait plusieurs jours à se dissiper pour laisser place à un paradigme nouveau. Deux images de l’ancien monde croisèrent sa mémoire comme pour un au revoir. Tout d'abord, le visage d’Alix psalmodiant le rituel barbare devenant ainsi maîtresse inconsciente de l’ange invoqué. Car ce que Noâz avait semblait-il déjà oublié dans ce cachot, c’est que, malgré toutes les précautions du monde, les anges raisonnaient dans leur propre langage et sans pouvoir, sa voix n’avait jamais compté, n’avait à vrai dire même pas été entendue, celles approximatives d’Alix n’avaient qu’à peine été comprises. Comme Lorenzo Maestriani et l’ange du miroir autrefois, seul comptait pour l’ange banni le pouvoir qui l’avait invoqué. Seul lui, par excès de puissance, saurait le mettre en contact avec la Terre des Hommes, plateforme transitionnelle, et seul lui, par excès de confiance, se laisserait berner pour permettre à l’ange d’accéder aux rudes conditions de l’Ascension. Désormais, seule la voix d’Alix saurait régir les actions de Lazare, en échange de quoi elle serait un jour dévorée par son ascendant invisible.

Alix serait la dernière âme à garder la souvenance absolue de l’histoire extraordinaire de Forbach et de la chasse aux sorcières.

La deuxième image qui finit de s’évanouir dans la vapeur fut cette page enluminée du Livre des Anges, sur laquelle Noâz avait jadis traduit les inscriptions ésotériques entourant la gravure de ce bel arbre aux larges feuilles tourbillonnantes, un ange noir à ces pieds, semblable à cette sombre allégorie qui avait veillé sur les Loewenstein de mère en fils dans tous leurs rêves et tous leurs mirages. Sous l’ange un encadrement alambiqué indiquait son nom. Comme la réponse inespérée à une énigme héraldique, trois consonnes et trois voyelles : Azrael.

L'Ange de la Mort.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://witchslay.forumactif.com/t1192-noaz
Baron(ne)
 Baron(ne)
avatar


MessageSujet: Re: La Terre des Hommes #23   Mer 15 Mar 2017 - 17:59


    Le sourire de Louisa Zimmerman se fendilla, dès l’instant où elle reconnue la silhouette de celle qui passa les portes du château. Une rumeur se répandit dans l’assistance. Les épées cliquetèrent en préambule. La nervosité des uns répondit à la colère des autres. Celle qui venait d’annoncer sa retraite sentit sa résolution pacifiste faiblir de façon drastique. Elle ne pouvait et ne voulait quitter des yeux la meurtrière.
    Ainsi, et tel que le susurra la monstrueuse femme, le comte Loewenstein se ferait attendre encore un peu. L’aura malfaisante de Symphorienne avait semble-t-il atteint son paroxysme, si bien que la Baronne se sentit vaciller sur ses pieds. Elle sentit aussi s’agiter, en elle les relents de la peine qui lui cisaillait encore l’âme. Le souvenir de son petit garçon venant tambouriner aux portes de sa conscience maternelle.
    Par réflexe Lou se mit à épier la foule à la recherche de Romain. Il était là pour veiller sur les enfants.

    Puis, les yeux de la fileuse s’agrandirent d’horreur, en voyant la vicieuse s’approcher du jeune homme. Il était à peine sortit de l’enfance. Sur ses traits se devinaient encore les rondeurs de l’innocence. Le bruit des os en train de céder retourna l’estomac de la couturière. Elle ne supporta pas la vue du spectacle et le fuyait du regard.
    Une sueur froide et maligne vint glacer sa nuque, alors qu’elle essayait de contenir un haut de cœur.

    Un mouvement de foule obligea soudain Louisa à s’écarter davantage de l’estrade.
    Elle joua des épaules pour remonter le courant et Symphorienne. Les écailles que Lou avait aperçu sur le visage de cette Immonde confirmaient ce qu’elle pensait depuis le début. Cette « chose » n’était pas humaine. Cette chose n’appartenait pas à leur monde. Et tant que cette chose serait ici Forbach ne serait pas une Miraculée. Jamais. Et jamais, ils ne seraient tranquilles. Jamais Anna ne pourrait survivre au Stigmate.
    Il était de leur devoir de stopper cette… chose.

    Voir la créature menacer Viviane provoqua l’électrochoc indispensable à madame Zimmerman pour réagir.
    L’angoisse se mua en une détermination sourde, et animale. Une énergie incroyable remonta du ventre pour gonfler sa poitrine. Elle se fit plus violente pour ouvrir un passage. Seule comptait ces quelques mètres qui la séparaient de son amie. Elle aussi devait être protégée.
    Viviane. Viviane ne mourrait pas. Elle savourerait les années à venir. Enfin, toutes deux pourraient concrétiser leur rêve commercial. Comme elles le voulaient depuis si longtemps, le Royaume de France serait conquit ! Puis l’Espagne, l’Italie, et même l’Angleterre les réclameraient. Voilà la destinée qui leur était prédit. Voilà ce qui les attendait. Elles n’avaient pas fait tout ce chemin pour tomber maintenant.

    La foi. Une foi irrépressible. Lou avait la foi.

    Geisler, de tous les fous héroïque que comptait ce village, ce fût celui qui s’élança le premier pour pourfendre le monstre. Il s’engagea dans un duel dès plus dangereux. La bravoure, ou plutôt la bravade, dont il fit preuve en cet instant démontrait combien Forbach avait changé. Cette ville s’était forgée sur le sang des sorcières et des innocents, pour ensuite trouver sa voie vers l’absolution. Ils avaient surpassé les dictats et les lois. Ils étaient plus forts que tous les Princes et les Papes.
    Louisa ne vit le combat que par intermittence. L’entrechoque de l’épée raisonnait contre les murs de pierres. Les habitants étaient suspendus par le suspens.
    Malheureusement, le fer n’était pas assez puissant contre la puissance mortifère… d’un dragon.

    Certes, la vie sur de monceau de terre maudit par les hommes et les anges, les avaient préparés à beaucoup de choses. Mais, voir surgir des légendes, cette chimère à la langue de feu n’en faisait pas partie.
    Quand Symphorienne se métamorphosa Lou se retrouva pétrifiée sous son ombre. Il ne lui restait plus beaucoup de mètres à parcourir. Elle avait oublié comment marcher et même respirer. La certitude de sa mort prochaine était en train de lui paralyser le cerveau.
    Mais la Bête poussa un cri. Un hurlement dantesque, qui ranima le bon sens de la fileuse. Juste à temps.

    Alors, un sursaut protecteur lui agita l’esprit. Les jumeaux, Anna, Romain ! La voix de sa fille perça la cohue. Anna était près de son père et regardait dans sa direction. Cela suffit à lui faire comprendre que le danger était proche. Plus proche qu’il ne l’avait jamais été dans le cahot des Inquisiteurs.
    Elle courut pour aller les retrouver.

    Le combat titanesque qui débutait faisait vibrer les murs de la forteresse. Le reptile et l’ange s’affrontaient donc. C’était une guerre qui dépassait de loin les femmes et les hommes de Forbach. Aucun d’eux n’avait de voix dans ce chapitre final. Ils se contenteraient d’assister à la lutte qui déterminerait l’avenir de leur village. Oui, à présent, ils se retrouvaient face à leur finitude. Petits pantins articulés des pouvoirs divins. Tout n’avait-il pas été ainsi depuis toujours ? N’étaient-ils pas les instruments des toutes puissances ? Quoiqu’ils disent, fassent, ou croient.

    Louisa n’en avait cure. Son regard, son âme, tout accroché aux quatre vies dont elle dépendait. Le fracas de la flèche et du tonnerre résonna jusque dans sa cage thoracique. L’onde la força à ralentir le pas pendant quelques secondes.

    Ce fut, dans ces quelques secondes d’apocalypse, alors que plus rien n’avait de sens, que se passa l’instant le plus fantastique de toute cette épopée.

    Tandis qu’elle cherchait sa direction Lou croisa le regard spectral de son père. Jean Maulne.
    La Mort, et les années d’attente, n’avaient pas fané la douceur du regard qu’il porta sur sa fille. Il se présentait à elle, prés de vingt années plus tard avec le même sourire que dans ses souvenirs. Il semblait lui dire que tout finirait bien. Que rien n’allait finir autrement. Qu’il n’y avait plus à avoir peur. Que David, Lucille, Anna et eux, pourraient très bientôt profiter de cette paix pour laquelle ils avaient tant bataillé.
    Puis, sa silhouette s’évapora, pour rejoindre le ciel. Lou mit quelques secondes à se rendre compte de ce qui venait de se produire. Et déjà la guerre touchait à sa fin.
    Enfin.

    Au cadavre encore chaud du Dragon et aux soupirs de soulagement des Forbachois, répondit un ultime personnage de cette incroyable saga. Ce ne fut nul autre que le magnifique Lazare Loewenstein. Incarnation d’une splendide étrangeté angélique, il fut accueilli avec soulagement. La Baronne elle-même se sentit gagnée par la reconnaissance, en croisant le regard du Comte. Elle retrouva enfin les bras protecteur de Romain, puis observa le cimetière du hall avec hébétement.
    Mais que c’était-il passé au juste ici ?

    Anna arriva alors pour étreindre sa mère et chasser toutes les questions. Une fois le calme revenu dans la demeure Lou se mit à ma recherche de Viviane et de Cassandra pour s’assurer qu’elle allait bien. Elle passa aussi près du garde tué par Symphorienne pour réciter une prière. Peu importait lequel de leurs dieux l’entendrait. Madame Zimmerman coudrait elle-même le linceul de ce pauvre garçon. Tué par provocation.

    Enfin, Louisa et Romain quittèrent les lieux. Tous les cinq montèrent dans la carriole qui les ramènerait à la ferme. Là où tout devait se terminer.
    Chez eux.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://witchslay.forumactif.com/fiches-personnages-f3/mademoisel
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: La Terre des Hommes #23   

Revenir en haut Aller en bas
 

La Terre des Hommes #23

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
The Witch Slay :: Entre les Pierres - Château de Frauenberg :: Le Rez-de-Chaussée :: Le Hall d'Entrée-