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 La Terre des Hommes .:[Scénario-23]:.

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Meneuse
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MessageSujet: La Terre des Hommes .:[Scénario-23]:.   Sam 19 Sep 2015 - 10:54



Europe Eleanora-Sun a écrit:
Un hurlement simultané et fantastique naquit en cœur au fond des gorges d’Alicia et d’Europe, montant jusqu’à exploser à la surface, amplifié un millier de fois. C’en était trop pour leurs simples enveloppes charnelles; le corps artificiel et déjà mort de la Meneuse partit en déliquescence. Il se décomposa dans une bourrasque, disparaissant en poussière à l’instar des draugars auparavant, au moment même où jaillissait de sa poitrine un corbeau aux plumes fuligineuses qui s’élança tel une flèche vers Europe.Laquelle se sentit pareillement désertée du pouvoir des Gardiens; le Médaillon à son cou cessa brusquement de briller, se disloquant en fragments, et le corps de la Grande Prêtresse céda d’un coup. Elle tomba à genoux sur le Parvis éclaté tandis que de son torse jaillissait une colombe de lumière, qui fonça vers Alicia à toute vitesse. Les deux avatars ailés entrèrent en collision avec violence. Après un combat de tant d’ampleur, après des démonstrations de pouvoir plus époustouflantes et spectaculaires les unes que les autres, ce ne fut que le produit de leur volonté d’en découdre à l’état brut, l’essence même de leurs puissances respective qui entra ici en contact. Le temps du superflu et l’apparence n’était plus. Ne restait que l’offensive finale, portée avec toute la force dont elles étaient capables…La colombe et le corbeau s’affrontèrent férocement, à coup de becs cruels et de griffes acérées, répandant autour d’eux un tourbillon virevoltant de plumes bichromatiques, tandis qu’ils s’élevaient graduellement dans les cieux en battant furieusement des ailes… Le plumage blanc de la colombe, auréolé de lumière, lui conférait un aspect irréel et quasi-onirique. En face, le corbeau nimbé d’ombre semblait tel un trou noir, absorber autour de lui toute lueur… Ils s’affrontèrent ainsi jusqu’au zénith, bien plus haut que l’Eglise, bien plus haut que Forbach et les mortels et leurs prétentions, pour enfin se heurter dans un ultime fracas, terrible, surnaturel, dévastateur.Une splendide et gigantesque explosion se produisit, très haut dans le ciel. Une détonation fulgurante, irradiante, d’une nature inconnue et quasi-déique, libérant toute la puissance jusque là accumulée par les chorégraphies d’Alicia et d’Europe. Et alors même qu’il semblait que la luminosité fut à son comble, la déflagration noire semblable à un anneau envahit le ciel et la terre. Elle engloutit tout sur son passage. Nul n’aurait su dire s'il avait été ébloui ou aveuglé.

APOCALYPSE#18



C’était une aube de printemps et les premiers rayons de l’azur faisaient vibrer la Clairière d’une aura de sérénité et de mystère. Autour du trône de pierre, quatre jeunes femmes en fourrure, l’une rousse, l’une violine et deux brunes, sages et belles, pareilles aux sylphides des légendes, écoutaient la Grande Prêtresse aux cheveux blancs.

"Vous-êtes vous déjà demandé pourquoi Olrun était descendue du ciel sous la forme d’une colombe ?" demanda Analisa.
- Car c’est un symbole de liberté, proposa Abigaël, dans la Bible c’est la colombe qui rapporte à Noé le rameau d’olivier, preuve d’une terre émergée, devenant ainsi symbole de liberté et d’espoir. De plus, au baptême de Jésus, Dieu se…
- Nous ne sommes pas au catéchisme ma chère, la coupa Alicia avec un regard taquin. Olrun est bien antérieure à Jésus.
- Car quittant l’influence d’Odin, elle reniait le symbole divin et paternel du corbeau en revêtant sa forme opposée, la colombe ? proposa Europe.
- Absurde, c’est son père qui l’a autorisée à descendre du ciel, rétorqua Alicia.
- Car depuis l’antiquité la colombe est l’animal sacrificiel de l’amour et qu’elle descendait rejoindre l’homme qu’elle aimait, expliqua Viviane.
- Pas bête… reconnut Alicia avec une moue jalouse.
- Mes enfants, intervint Analisa. Vous n’y êtes pas du tout.

Vous ne pourrez comprendre l’arbre du monde et apprivoiser toutes ses ramures sans toujours remonter à la base de ses racines, aussi sombres et légendaires puissent-elles sembler.

Analisa posa sa main pâle et veineuse sur l’anthracite de son siège et c’est toute l’orée du bois qui sembla répondre un écho silencieux et grave, puisant dans les racines du monde, dans les abysses de l’humanité.

- Olrun avait de nombreuses sœurs dont vous vous rappelez volontiers Brunhild dans son épique romance avec Siegfried. Mais parmi toutes les autres, Sigdrifa, Svafa, Thrud, il en est une que l’on n’ose presque plus citer tant son nom a longtemps fait frémir les sorcières de notre tribu séculaire :

Sigrun.

Sigrun et Olrun étaient opposées en tout. Olrun était une des plus jeunes valkyries, Sigrun parmi les aînées. Olrun avait pour elle la beauté et la candeur des cœurs purs, Sigrun avait la dureté et l’austérité des âmes sèches. Au milieu des champs de bataille, montée sur son loup féroce et furtif, Olrun reconnaissait toujours les âmes des chevaliers les plus valeureux tandis que Sigrun changée en corbeau planait parfois des siècles entiers sans trouver de guerrier assez puissant pour parader devant son père aux portes du Walhalla comme savait si bien le faire sa sœur.

Un sombre jour, suite à une querelle entre Halgurd, roi mortel et vaniteux, et Hel, déesse des enfers, les daugars furent lancés contre les hommes et une bataille de mille ans confronta les morts aux vivants. Et si de fin il y eut à cette eschatologie, ce fut en grande part grâce au courage d’un homme dont on conterait volontiers aujourd’hui les exploits comme ceux des grands héros si son nom n’avait pas été gardé secret par notre mère. Alors que ce chevalier inconnu pourfendait le dernier daugar : Halgurd lui-même, mort mille ans plus tôt et ressuscité pour détruire ses propres enfants par l’ironique et cruelle déesse des enfers, Olrun remarqua la puissance de ce cavalier sans peur. Mais pour la première et dernière fois de son éternité, elle fut aussi frappée par l’immense beauté de cet homme aux cheveux bruns et aux yeux clairs. Elle se refusa de le tuer pour emporter son âme à son père. Elle était tombée tant amoureuse qu’elle décida même du sacrifice inverse.

Elle avança devant son père l’incroyable requête de quitter le Ciel pour aller vivre avec l’homme qu’elle aimait, l’homme le plus fort et le plus valeureux de tous les royaumes mortels, homme dont elle ne voulait dévoiler le nom pour ne pas tenter ses sœurs avides de subtiliser son âme. Elle était prête à renoncer à l’éternité et à la gloire du firmament pour aller vivre avec son héro dans l’humilité et la vieillesse.
Sigrun voulut objecter, au nom des règles ancestrales, de l’ordre cosmique et de sa justice personnelle, promettant un carnage divin si pareille abjection était commise. Mais Odin accepta, au nom de l’immense bonté de sa fille et de sa tendre sagesse et il la priva de son immortalité pour la laisser aller vivre cachée et heureuse. Sigrun jura la perte d’Olrun et de toute sa lignée.

Ainsi, afin que Sigrun ne puisse la reconnaître lors de son départ, Olrun ne se métamorphosa pas en corbeau pour rejoindre son aimé, mais en colombe.

- Et ils vécurent heureux, dit Abigael. Et eurent…
- Une fille, continua Alicia.
- La première sorcière, ajouta Eruope, pensive.
- Olrun, du nom de sa mère, termina Viviane.
- Analisa les observa avec un sourire attendri par le murmure de l’innocence et un regard attristé par le son du glas qu’elle entendait résonner dans les vaux brumeux de l’avenir :  
- C’est un peu plus complexe à vrai dire… 

Sigrun n’était pas dupe.
Après quelques temps d’inertie, pour endormir la vigilance de son père, elle réussit sans grand mal à convaincre Hel de lui laisser parler à l’âme damnée d’Halgurd. Celui-ci lui révéla l’identité du chevalier qui l’avait renvoyé en enfer et qui n’était autre que son propre filleul. Forte de la connaissance de ce nom illustre, elle retrouva la trace du prince exilé dans les sombres montagnes de l’Ouest mais n’en retrouva qu’une pierre dressée, des fleurs immortelles à son pied. Le temps avait passé, le chevalier et la valkyrie étaient trépassés, et Olrun, leur fille, la première sorcière, dépassait l’âge d’enfant. La fille était aussi belle que la mère, aussi pure et aussi brave. Par la magie que lui avait enseignée sa mère elle soignait et bénissait tout ce qu’elle aimait, et son cœur était grand. En son village elle avait recueilli tant de respect et d’admiration que d’aucuns l’appelaient la Reine Pâle, car son manteau était aussi blanc que sa peau, ou la Grande Prêtresse, car son culte était sans fin et que d’adeptes et d’apprentis elle ne manquait pas.

Sigrun ne pouvait supporter l’idée que cette humanité sur laquelle elle et ses sœurs avaient toujours eu l’ascendant puisse ainsi disposer des dieux et des forces cosmiques. Il fallait les arrêter. Pour toujours. Un soir, Sigrun se changea en une louve noire et pénétra dans la maison de la plus jeune des apprenties de la tribu d’Olrun, Hilda Ase-Maalod. Elle s’apprêtait à la dévorer lorsque le cri de détresse d’Hilda sembla invoquer une silhouette fière et blanche au cou orné d’un médaillon irradiant d’une lumière spectaculaire.

- Le Gardien…
Europe se souvint cette légende que lui racontait jadis sa mère à l’heure du couché.  

- Le Gardien, confirma Analisa, qu’Odin avait jadis envoyé pour protéger sa fille et qui continuait à respecter l’allégeance non plus au sang d’Olrun mais à son esprit qui dormait en chaque sorcière de la tribu. Le Gardien récita une incantation dans une langue gutturale et méconnue avant d’asséner à la louve un coup d’épée effroyable qui manqua de la tuer. Mais Sigrun était une déesse, ancienne et puissante. Elle se releva et le blessa mortellement. Celui-ci lui saisit alors la gueule à mains nues et Sigrun de se métamorphoser en serpent pour s’enfuir. Une course titanesque s’en suivit, des années durant dit-on. N’en voyant la fin, le Gardien décida comme Olrun en son temps de sacrifier son immortalité pour épargner la tribu qu’il devait protéger. Il déposa son médaillon chez la jeune fille qu’il avait sauvée des griffes de Sigrun le premier soir, Hilda, et entraîna Sigrun le plus loin possible pour permettre à la tribu d’Olrun de fuir encore plus à l’ouest afin que la déesse vengeresse ne les retrouve pas. Le Gardien fila par monts et par vaux, jusqu’aux falaises hurlantes des mers glaciales. Il prit le large mais sa modeste embarcation ne suffit à semer Sigrun qui se changea en Jörmungan, le serpent de mer, et qui le dévora. Le Gardien, s’éteignit, laissant à la jeune Hilda Ase-Maalod le médaillon sacré et la connaissance de l’incantation qu’elle l’avait jadis entendu proférer.

Sigrun dut répondre de ses actes devant Odin lorsque ce dernier apprit la mort de son émissaire. Devant l’assemblée de ses sœurs, face au jugement de son père, elle plaida sa cause avec verve et morgue : la magie était une force cosmique et tellurique, une âme qui flottait dans le ciel ou courrait sous la terre, mais elle était le domaine des dieux et des esprits purs. Les hommes étaient, au même titre que les pierres et les animaux, des créations divines, pas des divinités ! Cette terre avait été offerte aux hommes, et les déités n’avaient rien à y faire, au risque de pervertir ou d’aliéner l’essence ésotérique du monde en l’avilissant. Car l’homme est vil… Cette Terre était ville, cette terre était la Terre des Hommes !
Mais Odin de lui rappeler que c’était avec sa bénédiction qu’Olrun était partie et qu’il était seul juge de l’évolution cosmique, tellurique ou spirituelle. Sigrun avait outrepassé ses droits ! Elle devrait le payer de sa propre divinité, puisse cette leçon lui apprendre combien la condition humaine était digne de pitié et de respect. Chassée du Walhalla, privée de pouvoirs mais pas d’immortalité, Sigrun fut condamnée à errer parmi les hommes depuis ce jour. Son cœur puisse-t-il pardonner un jour à son père, à sa sœur, à l’Humanité…

Hilda Ase-Maalod transmit le médaillon du Gardien et l’incantation secrète à sa propre fille qui les transmit à son tour à ses descendantes, et ainsi de suite, des générations durant, jusqu’à ce que le temps enneige les mémoires, que l’Histoire devienne Mythe et que le Mythe devienne Légende, perdant à jamais l’incantation et annihilant les pouvoirs du Gardien sacrifié.

Telle est votre leçon à vous, mes filles : n’oubliez jamais.

Analisa les regarda toutes quatre refermer leurs grimoires et déplisser leurs manteaux pour s’en aller. Les prunelles d’Abigael s’arrêtèrent sur les siennes. Ase-Maalod, le secret était à peine tacite. Et la gravité du regard d’Analisa ne laissa planer aucun doute que la Grande Prêtresse savait tout et depuis toujours. Abigaël resta face à Analisa un instant.

- Et si le médaillon du Gardien était volé ?
- Alors il n’y aurait plus qu’à prier pour qu’on le retrouve.
- Et si le médaillon venait à être perdu ?
- Alors il n’y aurait plus qu’à prier pour que nul ne le trouve.

Abigaël hésita mais osa une dernière question.

- Et si le médaillon était un jour brisé ?

Analisa répondit avec une amertume ineffable au fond de la voix :

- Alors il n’y aurait plus qu’à prier.

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La Terre des Hommes .:[Scénario-23]:.

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