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 L'Envole des Prières

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Meneuse
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MessageSujet: L'Envole des Prières   Dim 23 Mar 2008 - 15:19

Des copeaux de bois et des herbes se consumaient au rythme que leur soumettait le temps, déployant entre la sylve une fumée enivrante au parfum subtil. Le panache nébuleux s’acheminait lentement vers les narines d’une femme aux allures de corbeau. Accroupie elle susurrait des paroles à une entité sans nul doute présente vue l’intensité de l’échange. Peut-être parlait-elle à ces grands oiseaux ténébreux qui de là haut l’observaient, ou bien à une présence n’occupant pas ce plan de la réalité, mais un plan spirituel, vibratoire ; des esprits ? Des dieux ? Ou alors ses propres chimères… A moins que ça ne soit tout à la fois.

Aussi profonds que des prières les mots semblaient vouloir suivre la fumée, rejoindre d’autres rêves plus haut, un nuage contre la Voûte. Les mots inspirés servaient d’introspection, annihilant toute possibilité de souhaits apocryphes.

La Meneuse revoyait en son esprit tout les problèmes qui l’accablaient, les Sorcières d’Olrun qui la détractaient sans relâche, elle réentendait la conversation qu’elle avait eu il y a quelques temps avec Elisabeth, elle trouvait incroyable qu’on puisse ainsi voir les choses d’une façon aussi fermée au changement, si tout les hommes réagissaient comme ceci, et si ils avaient réagi ainsi dans le passé, nous n’aurions jamais vu l’Imprimerie, à vrai dire peut-être même et sûrement dormirions nous encore dans des grottes. Non Alicia ne mélangeait pas tout, non. Elle réfléchissait par analogie et tout ça lui inspirait une peur de régression.

La jeune femme repensait à sa chère Alodia, partie sans raison apparente, l’une de ses plus précieuse amie qui avait disparue de sa vie en quelques notes. Alicia était restée infiniment traumatisée par ce brusque Au revoir n’attendant pas une seule opposition, son désemparement avait été des plus grands. Elle en voulait presque un peu à Amelia de l’avoir abandonnée dans cette période si sombre, puis en même temps comment lui tenir rigueur d’être partie pour un Meilleur en cette époque si incertaine…

La sorcière repensait à ce fameux bûcher, le premier auquel elle assistait, celui de trop pour elle, pour le Lys Noir… pour les Inquisiteurs. Gabrielle de Mortelune avait été consumée dans l’Enfer de leur folie. Quelle guerre que celle qui s’engageait…

Les pérégrinations vaporeuses s’achevèrent dans un dernier chuchotement, dans un souffle laissant les dernières exhalaisons retrouver les cieux, et dans un bruit d’applaudissements suivi d’une ondée de plumes noires.

Alicia fixa son regard chlorophyllien animé d’une lueur inquiète entre les racines du vieux hêtre sous lequel elle venait de méditer sur bien des choses, comme elle le faisait souvent perdue dans la forêt avec pour témoin le vieux hêtre. Puis la longue silhouette enveloppée de sa cape noire se releva rapidement, presque affolée. Alors, l’air de rien elle se retourna pour enfin apercevoir la récente présence qui avait ainsi fait fuir les corbeaux dans un vacarme de claquement d’ailes et de croassements. Probablement l’intrus n’aura-t-il rien entendu, mais le risque était grand, et aux pensées que lui inspiraient le danger de la situation présente Alicia se préparait mentalement à devoir utiliser les plus efficaces de ses capacités.

Il est des situations qui perdent l'esprit entre rêves réalistes et réalité onirique. Alors comme pour démêler ce noeud complexe où les connexions semblent impossibles, l'esprit reste bloqué à ses autres fonctions tel que le déplacement, la parole, ou bien même la respiration... Alicia observait dans une attitude figée l'irréel dans l'une de ses plus séduisantes formes. Le regard humide de la jeune femme était désespérément esseulé dans cette apparition qu'elle suppliait d'être réalité sans y croire au fond d'elle, telle une protection à une potentielle vérité trop douloureuse. Le Silence empreignait cet instant d'une singularité suffocante, les paupières d'Alicia se fermèrent lentement laissant couler une larme qui toucha les sol dans le même instant que les yeux de la Belle se rouvraient sur ce qui ne pouvait pas être une manipulation spirituelle :


"Pourquoi tu es partie? Pourquoi tu m'as abandonnée..."

La Sorcière de ce ton douloureux se rendit compte qu'elle venait de parler à Alodia comme si elle avait été une création psychique, mais elle ne réfléchissait plus à présent, elle ressentait...

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MessageSujet: Re: L'Envole des Prières   Jeu 15 Mai 2008 - 14:11

[ On air : Ikiyösä d'Ajattara ]

___Le parfum des flammes, des corps carbonisés parvenait encore au narines d'Erika, dont la haine envers le genre humain ne diminuait pas. Le seul crimes de ces femmes était de ne pas être chrétienne et d'avoir aidé des gens, qu'importe leurs différences, auparavant. Ses mains se serrèrent sur la fourrure de Conry qui assistait à la scène sans réellement comprendre. Il ressentait cependant la tristesse de sa maîtresse car il se collait déjà à elle. Elle fit violemment volte-face et prit la direction des bois, où elle espèrerait pouvoir côtoyer les esprits de la nature qui l'apaiseraient. La ville était déserte et la rumeur des gens qui parlaient de cette éxécution, preuve de l'arbitraire le plus ignoble qui soit. Cependant, loin de le critiquer, ils le louaient, victimes de la manipulation des esprits créée par Louis Institoris. Le vent soufflait doucement sur la robe couleur de nuit d'Alodia et le louveteau au pelage d'albâtre.

___Le soleil atteignait son zénith et parait les murs de Forbach d'une lueur blanche éblouissante pour des yeux sensibles comme ceux d'Alodia. Lorsqu'enfin elle pénétra sous le couvert des feuillages, la lumière ne filtrait plus que par les interstices qui séparaient les feuilles et ne blessait donc plus les yeux de la jeune femme. Conry courait à ses côtés, jeune loup émerveillé qu'il était, loin de sa toundra. Il découvrait des chênes ancestraux, des saules majestueux et bien d'autres arbres dont les feuilles commençaient doucement à poindre. La nature était belle, en ce jour de printemps, comme toujours. Le vert qui lui servait de manteau rappelait à Alodia la chlorophylle des yeux d'Alicia. Comme celle-ci lui avait manqué, pendant ces sept longs mois loin de son pays.

___Soudain, autour d'elle, des corbeaux prirent leur envol dans un bruissement d'ailes, la ramenant à la réalité. Elle s'aperçut de la silhouette, à ses pieds, craignant la reconnaître. La jeune femme devant elle, encapuchonnée, se leva et fit volte-face pour l'observer de ses yeux couleur de menthe. Les yeux d'Alodia s'écarquillèrent sous l'effet de la surprise, et elle ne put rien faire qu'éclater en sanglots lorsqu'Alicia prononça une question qui n'avait pas de réponse, mais qui restait, pour la Prêtresse, lapidaire.

___Erika tomba à genoux, les mains sur le sol. Conry, sentant son désarroi, se réfugia sur ses genoux, mais elle ne lui prêta pas attention, trop occupée à pleurer. Cependant elle engouffra rapidement sa tête sans la fourure douce et neigeuse de son ami. Puis, lorsqu'enfin elle eut la force de parler, elle gémit.

___"Je voulais oublier... Oublier l'Inquisition..."

___Elle marqua une pause difficile, ponctuée de ses sanglots.

___"Mais l'Homme... Est tout aussi mauvais ailleurs... Et... Je ne voulais pas... Voir cette abomination sans toi... Sans vous toutes..."
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MessageSujet: Re: L'Envole des Prières   Lun 2 Juin 2008 - 20:36

La scène pouvait paraître bien pathétique : les yeux d’Alicia derrière un écran de larmes statiques reflétaient la silhouette embuée d’Alodia à Terre anéantie de tristesse ou de bonheur. Cet instant était intense, les mots trop peu nombreux étaient supplantés de pensées, de regards et de larmes. Tout à dire vrai, avait toujours été très intense entre les deux femmes. À commencer par leur relation, infiniment compliquée, et ce depuis le premier jour au sein de la tribu d’Olrun où elles avaient grandies. Il est en effet, des stades de l’amitié qui dépassent rapidement les normes connues. Or l’esprit humain devant être au mieux bercé par la logique, une limite connue dépassée doit ouvrir la porte à un autre cadre formellement connu. Ainsi les esprits étroits de bien de leurs sœurs ont vu dans ce lien fort liant les deux femmes un amour passionnel et bien évidemment mal sain. Après tout, si on n’est pas amis, pas ennemis, il ne reste plus qu’à être amants ! De plus l’hypothèse émise il y a déjà bien des années se renforçait par les images de ces deux belles femmes résolument seules, jamais au bras d’un homme… Oui c’était évident elles étaient amantes. Et pourtant, elles auraient bien eu du mal à démentir ces dires, certes, la situation était ambiguë, elles étaient, c’en était certain pour toutes deux, plus que de simples amies, mais de là à dire amantes… Qui sait… Le mystère planant n’avait en vérité jamais été abordé dans l’esprit des demoiselles. Vous savez, lorsqu’on est bien dans sa situation, on ne se pose que très rarement ce genre de questions. Alicia avait finalement mis en place en son fort intérieur une philosophie sociale : Il n’existait pas vraiment de cases strictement prédéfinies où placer ses différentes connaissances. Non, elle les haïssait, les supportait, les aimait chacune différemment. Ainsi Alodia n’était pas une amie, ce n’était pas une amante, elle était Alodia. Les sentiments qui pourraient l’encadrer seraient ceux unissant Alicia à Mina, et ceux n’unissant hélas pas Alicia et le Comte de Forbach au plus grand damne de la jeune femme…. Mais bon, cette histoire était passée, elle en avait suffisamment souffert.

Les mots d’Alodia ne trouvaient que difficilement écho dans l’esprit d’Alicia : « oublier l’Inquisition » ? Observer et comparer l’Homme et son âme, ailleurs ? Mais où avait elle bien pu aller, jusqu’où ? Toutes ces pérégrinations pour, au final, revenir se baigner dans ces brumes blafardes à l’arrière goût de larmes ? Son Amelia avait dû en voir des choses assez terribles pour la faire revenir à son point de départ. Alicia ne craignait alors qu’une chose, pourvu que sa tendre Alodia n’ait pas trop changée, car l’Homme a ce don par sa cruauté de transformer le corps mais aussi l’esprit. Mais le principal était là, devant la Meneuse : Alodia était bien de retour. Alors la silhouette obscure s’approcha de son adorée, comme glissant sur le tapis de feuilles bruissantes, elle mit un genou à terre et saisit délicatement la main d’Alodia dans la sienne :


« Aujourd’hui nous sommes là, toi, moi, et nos sœurs, toutes unies face à l’adversité »

Toutes deux se relevèrent mains dans les mains et une longue, très longue conversation débuta avec pour seuls témoins les arbres ancestraux défilant sur leur route immatérialisée, suivies de cette créature au pelage sélénien qu’Alicia observait durement comme un démon de l’autre monde infesté de puces.

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