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 Manoir Edelgard

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Oblivius
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Mer 2 Juil 2008 - 17:03

Femme enfant qu’elle était ! En bonne capricieuse, Madame Edelgard se métamorphosa en vipère au venin violent, elle déversa ses propos en arborant le masque de l’indifférence, lui exhibant un visage au calme serein et à l’apparente vertu. Miss Constance lui retira le prêt de son avant-bras et par la même occasion celui de sa main avec cette même vivacité qui sied aux femmes qui savent accorder puis reprendre. La surprise s’étala sur le visage de l’homme, une certaine rancœur de se voir retirer les privilèges qu’il prenait pour des marques d’estime de ce serpent, le saisit. La mauvaise humeur le gagna alors qu’elle se faisait odieuse et lui témoignait le plus profond dédain ! Ne lui avait-il pas encore dévoilé qu’il savait se faire tout aussi infect lorsqu’il le désirait ?! Etaient-ils semblables dans leurs gamineries ? Qui sait ?
Réplique du tac o tac, l’homme commençait déjà à s’éloigner de la duchesse.

« Je ne pensais pas être ainsi à vos yeux. Vous avez mal interprété mes propos mais je ne vous en veux pas. Supposons que vos dires soient vrais, Madame, vous pouvez au moins vous, et votre sexe, vous targuez de bénéficier d’une bien meilleure endurance que nous Messieurs. »

Il s’était paré d’une bonhomie toute particulière, grinçante quoique aimable. Elle disparut de son champ de vision, se dissolvant dans ses orbes noirs pour ne plus réapparaître. Il bouillonnait à l’intérieur et étouffait à présent dans son costume rigoureux et sévère. Cherchant à lui occulter ses signes, il s’élança dans la première allée sur son chemin, ajoutant quelques mots.

« Je vous suis désagréable Madame et j’ose croire que votre promenade ne vous aura pas complètement déplu. Plaisantes ? Vous dites ? J’aurai mieux aimé rester avec vous, vous vous en doutez. »

Et déjà, il disparaissait, se trompant de chemin pour s’engouffrer avec plus d’ardeur dans les jardins, exaspéré par cette femme qu’il jugeait bien durement : sans gène, matérialiste, libre… Comment pouvait-il passer de la première ébauche qui l’avait ravi à ce terrifiant portrait ?! Transformait-il un « amour » en une « haine » alors que cette femme appartenait à un autre ?! Impossible, non ! Lui, Christian Stue ne serait pas le jouet de celle-ci…
Et, alors qu’il errait à la recherche de la demeure dans les allées, il se promettait en secret de se faire plus discret chez les Edelgard.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Mer 2 Juil 2008 - 19:10

Ne pouvait-elle rêver meilleure sortie de scène que celle que venait d'accomplir son interlocuteur ? Constance n'aurait su dire si ses réponses la firent enrager de plus belle, ou si elle apprécia soudain d'avoir quelqu'un avec du répondant. Bien qu'il aurait pu se montrer tellement plus méchant... Il paraissait presque certain désormais que Christian était un homme somme toute plutôt aimable dans sa façon d'être, dans le fond de son être, il lui renvoyait l'image de quelqu'un d'agréable, qui ne semblait pas capable de trop d'injures. Pourtant elle avait testé les limites de l'Inquisiteur, et avait constater qu'elle avait l'emprise sur son changement d'humeur.

N'était-ce pas de sa faute, à lui, si elle se voyait contrainte à devenir vipère ? Qu'il prenne ses répliques bien ou mal, peu important, non ? Cependant, il avait souligné le fait qu'il aurait préféré rester en sa compagnie plutôt qu'avoir à quitter le Manoir la veille, et elle ignorait s'il disait vrai. Elle ne l'avait pas chassé, bien au contraire d'ailleurs, et ne l'avait-elle pas guetté durant tout le jour pour le voir revenir ?
La Duchesse le voyait s'éloigner, mais comme son caractère le lui dictait, elle l'observait sans paraître en ressentir autre chose que de l'indifférence. Pire, elle n'engagea aucune mise en garde lorsqu'il prit, par erreur, le mauvais chemin de graviers, pensant revenir sur ses pas pour s'en retourner au Manoir. Aurait-il fallut qu'elle lui crie de faire demi tour, et qu'il songe qu'elle veuille s'excuser ? C'était bien mal la connaître.

Constance n'estimait pas ses écarts de langage, certes, elle s'était montré froide, mais c'était sous couvert d'une amertume aiguë et elle n'avait su que révélé la vérité. Il fallait cependant avouer qu'elle estimait Christian, et qu'elle avait encore beaucoup de peine à imaginer qu'il puisse jongler entre la neutre cordialité de ses attitudes et la sincère proximité qui l'habitait parfois. Son orgueil était grand, mais plus grande encore était son intérêt pour l'Inquisiteur.

Aussi, sans attendre réellement plus de deux ou trois secondes après qu'il se soit engagé dans le mauvais chemin, Constance enjamba la petite haie basse qui délimitait les pelouses de l'allée, marcha de ses talons sur le gazon impeccable sans ressentir de gêne aucune, et traversa un massif de pensées sans honte. Bientôt, elle entendit les pas du jeune homme sur les graviers, et elle bénéficiait de l'absence de son produit par ses escarpins, rendus silencieux par l'herbe tendre. Enfin, elle se trouvait cachée de son regard par des arbustes taillés en quelques animaux.
Déjà, son visage avait changé : Constance souriait, comme une enfant qui prépare une surprise, elle se sentait impatiente de mettre au point une nouvelle stratégie. L'objectif affiché était qu'il pardonne leurs attitudes à tous deux, et qu'il consente à rester encore. Et... si elle pouvait lui soutirer quelques mots au sujet de cette « rencontre fortuite » qu'elle avait évoquée, et concernant l'Inquisition, la Duchesse aurait passé une après midi merveilleuse.

Elle se pencha pour arracher la tige d'une tulipe d'un blanc sans pareil, plus laiteuse que la neige elle même, et attendit le bon moment. A l'instant où Christian passait dans l'allée, elle tendit sa main au travers de la haie diffuse, et l'Inquisiteur vit apparaître, à un mètre de son nez, la tulipe blanche, tenue délicatement par la main de la Duchesse. Sans réussir à patienter encore, elle passa la tête par le mur végétal, arrachant quelques morceaux de rubans et égratignant ses joues. Qu'importait, elle ne sentait même plus la légère piqûre : toutes ses pensées étaient prises par cette surprise, et son attention était happée par l'Inquisiteur. Elle finit par s'introduire totalement dans la barrière de feuillage et de branches, et, au prix de quelques sacrifices vestimentaires dont elle ne fit pas attention, Constance Edelgard apparut complètement devant le Représentant de l'Eglise.

Son visage rayonnait, de ces éclats qu'elle avait affiché lorsqu'elle l'avait vu descendre du fiacre, l'avant veille. Comme une admirable petite fille, la Duchesse continuait de tendre la tulipe et chuchota de nouveau de ce timbre plus intime dont elle avait déjà fait emploi :

« Vous vous trompez de route, Christian, le Manoir est de l'autre côté. »
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Mer 2 Juil 2008 - 22:35

Une marche dans ses allées grotesques le calmerait-il ? Ridicules jardins dans lesquels il naviguait sans fin ! Son pas se faisait plus rapide qu’à l’accoutumée, ses enjambées plus longues, le martèlement de sa marche incessant, trahison de sa fureur intérieure qu’il essayait de calmer en vain. Qui avait été le plus odieux des deux ?! Lui ? Non, Monsieur Stue en était convaincu, il lui rejetait la faute de cette dispute, après tout elle en avait été l’instigatrice. S’époumonant alors qu’il tournait sur les chemins comme un tigre en cage, la fatigue prit bientôt le dessus sur sa sourde colère. En un mot : odieuse !
Pour résoudre son problème d’orientation, il s’arrêta pour disséquer de son regard son environnement ; ses yeux noirs et vifs se faisaient plus acérés méprisant au possible ces sculptures végétales risibles qui n’avaient ni queue, ni tête, qui l’entouraient et surgissaient à la fin de chaque corridor de ce petit monde… Un véritable safari…
S’armant de courage, il reprit son assaut avec pour objectif la prise du manoir. Le séduisant chevalier ne put néanmoins manquer sur son chemin l’appel d’une nymphe qui accapara son attention par le don d’une remarquable fleur. Une simple tulipe blanche. Symbole de paix dans ce jargon féminin ? Il serait obscur d’y voir plus de significations. Mais entre stupeur et étonnement, une profonde joie vint l’étreindre alors que cette guerrière s’extirpait d’allées effrayantes pour rejoindre son prince charmant. Quel ne fut pas son bonheur lorsqu’elle prononça dans un registre plus intime son doux prénom et malgré tout ses efforts pour ne pas laisser découvrir un plaisant sourire sur ses lèvres charnues, il s’y abandonna de bon gré, bien que son orgueil et sa fierté lui interdisaient toute manifestation aussi explicite d’allégresse ! La dryade apparaissait radieuse et lui offrait le plus bon des accueils.
Se saisissant de la tulipe, attisant par la même occasion le contact de leurs doigts, il se rapprocha d’elle, toujours plus près, assez pour lui témoigner reconnaissance et gratitude par plusieurs mesures !
Laquelle de ces décisions fut la plus appréciée, ses propos imprégnés d’espièglerie peut-être ?

« Me conduirez vous en lieu sûr, Constance ? Un guide n’abandonne jamais l’un de ses compagnons, n’est-ce pas ? »

Ces mots furent courts mais il ne faillit pas dans l’art de la prononciation d’un prénom ; sa voix parut même plus délicate sur les quelques syllabes phares de ces paroles.
Ou bien, fut-ce son inquiétude qui la toucha le plus ? Ne s’était-il pas permis d’effleurer de ses doigts inquisiteurs, de frôler suavement les plaies superficielles dont elles s’étaient affublées ? Christian parcourait le satin rosé de sa peau, le faisant rouler sous l’impulsion de ses doigts échauffés dans une découverte troublante de l’autre.

« Quelle aventure que voilà ! Me pardonnez vous mes mots durs, Madame Edelgard ? Vous avez souffert, rentrons au manoir… Je ne suis pas un grand expert mais je panserai vos blessures et pour me faire pardonner et si vous avez un peu de temps devant vous, m’accorderez vous ce portrait que je vous ai promis ? »

Il se recula de quelques pas et l’invitant à le suivre d’un regard légèrement complice, il fit volte-face pour partir dans la direction du manoir.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Sam 5 Juil 2008 - 18:17

Constance avait largement apprécié que le jeune homme puisse évoquer son prénom. C'était autant une preuve qu'il lui pardonnait totalement les petits accrocs passés, qu'un gage plus intime, si proche qu'elle sentait déjà le bout de ses doigts frémir. C'était le signe qu'elle se réjouissait, et déjà Christian osait toucher son visage, et constatant de façon tactile les petites plaies qu'elle s'était faite lorsqu'elle avait traversé la barrière de feuillage.

Il fallait bien prendre des risques pour réussir à excuser les gestes et les mots qu'elle avait eue, surtout si Christian était vexé par son attitude. Mais, visiblement, il semblait ravi qu'elle soit revenue vers lui, parlait avec une note d'humour et une familiarité qui la touchait, elle sentait sans doute son cœur vibrer plus rapidement. Elle dut sembler déçue lorsqu'il doivent rompre le contact de ses doigts sur ses joues ou son menton, la Duchesse s'était évadée un instant du jardin face à ces fausses caresses, et lorsque l'Inquisiteur voulut reprendre le chemin du retour, elle eut une petite moue d'enfant gâtée.

« Je n'allais tout de même pas vous laisser isolé dans cette jungle ! » Fit la jeune femme, tout en cherchant rapidement à s'approcher, ne le laissant pas s'échapper aussi facilement.

Lorsqu'il fit demi tour pour enfin repartir vers le Manoir, Constance s'empara de nouveau de cette main qui avait effleurer la peau de son visage peu avant et le força à ne pas immédiatement se mettre en route. Sans le forcer à s'immobiliser, elle souhaitait simplement qu'il ne coure pas comme un lévrier vers l'entrée de la demeure, et qu'ils s'attardent encore un peu.

« Vous avez raison, nous devrions rentrer. Passons par le chemin que nous avions pris pour sortir, je ne tiens pas à ce que l'on me surprenne dans une tenue déchirée. »
Elle avait ri ensuite, cachant sa bouche par sa main libre.

Guillerette et agréablement surprise par ce que l'audition d'un prénom pouvait engendrer chez elle, la Duchesse marcha plus vivement, pressée de rentrer désormais qu'elle savait qu'elle allait poser pour l'Inquisiteur. C'était comme une promesse d'instants encore passés seuls et elle s'impatientait comme une gamine qui avait l'habitude d'avoir immédiatement ce qu'on lui promettait.
Elle alla jusqu'à tirer sur le bras de Christian, se tournant vers lui en faisant danser ses mèches brunes avec un large sourire enjoué :

« Pressez-vous enfin, vous êtes un escargot. »
Elle glissa son pouce sur le dos de la main du jeune homme, comme pour l'inciter à avancer plus vite encore, en lui adressant un regard gourmand.

Les nombreux rubans qui ornaient la tenue de Constance volaient à la légère brise froide, et les pans déchirés de sa robe les imitaient en lui donnant une attitude plutôt négligée. Cependant, tout en elle rayonnait : elle paraissait aussi heureuse que devant une rivière de diamants, mais à la différence près qu'elle tirait encore le bras de son invité, en se tournant toutes les deux secondes vers lui. Elle lui offrait mille regards et des sourires ravissants, la Duchesse courait presque désormais.

Enfin, ils arrivèrent à la petite porte de bois qui les mènerait à l'intérieur du Manoir. Il leur faudrait encore rejoindre les lieux occupés par les domestiques, mais Constance n'avait que faire des idées que pourraient avoir les servantes. Et si elles se montraient trop ambitieuses, les réprimandes les feraient taire. Lorsqu'elle poussa la porte, impatiente, elle tira vers elle Christian de façon bien plus franche, si bien qu'elle se colla à lui. Un nouveau rire se fit entendre, comme une ivresse annoncée, alors qu'elle était de toute évidence, loin d'être grisée. Mais sans attendre, elle s'éloigna, sans lâcher sa main, naturellement, et continua sa déambulation dans les appartements du personnel du Duc.

En remontant dans les escaliers qui les apporteraient vers le fameux corridor, Constance serra plus fort encore la main de l'Inquisiteur : ils approchaient de la chambre de la jeune femme, et par la même, du dessin promis.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Lun 7 Juil 2008 - 17:41

Que d’émotions pour ce couple ?! L’étrange duo s’était vu affligé par des émotions contraires, changeantes, exquises et délicieuses, sombrant tour à tour entre colère, joie, petites jalousies et éphémères plaisirs. Quel serait le programme de leur prochaine escapade ? Y auraient-ils toujours présents fierté, orgueil et préjugés ? De toute évidence ! Ils étaient faits, l’un et l’autre, de cette pâte qui fait les hommes superbes et estimables. Quittant le décor du jardin, oubliés les artifices et les magnificences végétales, ils avaient traversé les scènes dans une folle vélocité pour retrouver le confort et l’opulence indécente des appartements de Madame Edelgard. Le ténébreux Christian avait été bien malmené au cours de cette excursion et ce retour ne lui fut certes pas pénible mais terriblement fatiguant ! Légèrement essoufflé, tiraillé entre des émotions contraires, les joues rouges du contact permanent que Constance exerçait sur lui comme pour lui rappeler son éternelle présence, il était confus et troublé. C’est dans cette situation qu’il se retrouva dans la chambre de la jeune femme, reprenant peu à peu ses esprits, il la fit s’asseoir sur l’un de ses nombreux divans, rompant le contact entre eux pour chercher de quoi nettoyer les blessures qu’elle s’était vue infligée. Trouvant un linge blanc qu’il humidifia, il accourut à son chevet avec un empressement notable, trahi dans ses gestes.

« Ce ne sont là que des blessures superficielles mais il vaut mieux s’en occuper… »

Brandissant cette serviette, il tamponna par petites touches la belle figure qui se dressait devant lui, peignant son visage d’une main de maître, faisant rouler chaque once du satin rosé de ses adorables joues, les faisant luire, resplendir sous la lumière du jour, la rendant par la même occasion plus adorable et à croquer. Curieuse sensualité de gestes, adorables attentions, regards caressants ou tout cela les méneraient-ils ?

« Vous êtes surprenante, belle et fougueuse, Constance… »

Se plut-il à lui murmurer dans l’intimité de cette scène, sa menotte effleurait la sienne prête à la saisir, les lèvres de l’homme se faisaient invitantes, ses prunelles sombres plus brillantes ! Mais voilà que la petite Lison arriva en trombe dans la chambre, il se redressa, abandonnant cet échange, lâchant par la même occasion le linge dans ce mouvement de stupeur et confusion.

« Vous voilà à demeure, Madame Edelgard, je ferai mieux…mieux de vous laisser. Si vous désirez toujours que je vous montre quelque uns de mes dessins, je serai aise de vous les dévoiler. »

« Madame, que vous est-il arrivée ?! Permettez moi d’arranger votre toilette… »

Déjà, il disparaissait derrière la porte pour rejoindre sa chambre située juste à côté… Mais il avait prononcé quelques mots à l’attention de Constance, promesse d’un rendez-vous ?

« Je serai dans ma chambre si vous avez besoin de moi, Madame Edelgard. »
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Mar 8 Juil 2008 - 20:26

Quelle petite mijaurée de Lison ! Le nuage capricieux où naviguait Constance c'était lamentablement transformé en une immonde averse froide lorsque cette souillon de domestique avait osé détruire la perspective aimable d'un moment haut en couleurs, pour notre cher Christian et la Duchesse. Sa main se leva déjà, dans un geste si vif qu'elle s'étonna d'avoir autant de réflexe. Cependant, elle eut la lucidité presque surréaliste de ne pas prolonger son intention : frapper cette gourde aussi fort qu'il le fallait pour qu'elle fasse glisser ses horribles fesses de moins que rien hors de sa vue !

D'inavouables envies brutales la poussaient à fusiller la pauvre petite d'un regard noisette devenu flamboyant. Put-elle ressentir la tension et la haine sans nom qu'éprouvait sa Maîtresse à son égard ? Ou peut-être que le pâle visage de l'Inquisiteur, comme décomposé d'avoir ainsi été surpris dans une position fort éloquente, put-il la renseigner sur l'erreur qu'elle venait de faire.

Le bougre s'enfuyait déjà, non sans avoir le temps de glisser quelques mots à l'oreille de la Duchesse. Elle s'étonna encore des frissons que produisaient les sifflements à ses tympans, douce mélodie... Gâchée par l'attitude de sa servante. Une fois le Représentant de l'Eglise sortit de sa chambre, c'en fut trop, Constance désigna le petit visage de souris de la petite Lison et la prévint d'une voix menaçant :

« Entre encore une fois dans une pièce sans frapper et je te promets que les mains te manqueront pour à jamais toquer les portes.
 »

Par la faible lumière qui traversait les fenêtres, accentuant les traits tirés par la colère de la jeune femme, Constance paraissait dix ans de plus, et avait le visage d'une mégère impitoyable. Caricaturale, elle montra alors la porte du petit Bureau d'un violent signe de main, qui fit voler les cheveux de la toute jeune domestique.

« Apporte-moi la robe pivoine. »
L'ordre était donné. Lison courut si vite qu'elle se prit les pieds dans le tapis. Ce soir, et toute la nuit, on grognerait de ces mots-là dans les appartements du Personnel Edelgard, et l' « Impératrice de mes fesses » aurait les oreilles qui siffleraient.

En quelques minutes, Constance avait arboré les ramages rubis d'une nouvelle tenue, apportée par une Lison tremblante, qui ne se fit pas prier lorsque la jeune femme la congédia. Comme soulager de quitter les lieux, la petite bonne poussa un soupir en se retrouvant dans le couloir, et elle ne put s'empêcher de porter son regard sur la porte de la chambre qu'occupait l'Inquisiteur. Malgré ce qu'elle pouvait avoir interprété, Lison était une demoiselle bien sotte, qui retiendrait de cette leçon qu'il ne faut pas déranger Madame Edelgard. Rien d'autre...

Constance attendit qu'elle s'en aille avant d'ouvrir la porte. Quel étrange sentiment s'emparait de ses jambes, qui se firent fébriles, lorsqu'elle parcourut les petits pas qui la séparaient de l'autre porte. Cette sensation d'interdit – infondé, n'est ce pas ? - la rendait follement impatiente, et elle frappa trois petits coups sur le bois vernis, si peu fort, de peur d'être entendue par on se sait qui, qu'il avait dû tendre l'oreille pour les entendre...

L'attendait-il réellement ?
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Lun 21 Juil 2008 - 0:18

Attente fébrile dévore ces incessantes aiguilles ! Flot habituel, insaisissable, universel qui se perd et se mêle et se conjugue en trois temps, on y retrouve, passé, futur, présent. Trois émissaires de l’enfer qui se plaisent à torturer les pauvres gens ; le passé nous tourmente, le futur nous inquiète, le présent nous échappe…
Danse éternelle dans sa chambrette, patience futile et inutile, il ressassait les aventures de son jour pour leur offrir la valeur de souvenirs et lui accordait des qualificatifs comme « charmant, agréable, délicieux ». Comme un lion en cage, le brave « inspecteur » Stue tournait en rond dans la petite pièce. A l’affût du moindre bruit, il s’armait de courage pour guetter son éventuelle venue ! Daignerait-elle se montrer ? N’avait-il pas après tout assez profité de sa présence ?
En pensant à la belle duchesse, ses joues se peignaient d’un rose délicat, un sourire qu’il aurait lui-même qualifié de « niaiseux », ornait ses lèvres, que lui arrivait-il ? Lui, sous l’effet d’un sort ? Quelle stupide transformation pouvait bien s’opérer en ce gentleman émérite ? Non, il ne changerait pas et mettrait un point d’honneur dorénavant à se montrer le plus désagréable possible en la compagnie de Constance, c’était une femme mariée ! Il fallait s’y résoudre ! Les pensées qui le tiraillaient, n’avaient pas lieu d’être ! Et, c’est ce sentiment de honte, enflant, gonflant en lui, qui se permettait de lui dicter la conduite à adopter.

Mais contre toute attente, voilà que ses prières furent exaucées ! Oubliées les bonnes résolutions, il accourut à la porte, la prit avec une certaine fougue par la main, lui donna même du Constance.

« Je.. Ma chère, entrez donc…Je vous en prie, Constance… »

Légère hésitation qui disparut bien vite, il la fit s’asseoir sur le bord du lit, la complimenta avec art et délicatesse. Remarqua-t-elle ses regards pleins d’ardeur, qu’il avait effleuré de ses mains, ses épaules, sa gorge presque, qu’il s’était même permis le comble de sentir son parfum ?

« Vous voilà à moi, bien en beauté… Je suis touché… »


Instant de bonheur propice à d’autres jeux, qu’attendait-il pour l’embrasser dans cette pièce vide d’intrus, pour prendre ses lèvres encore et encore ? Non, il ne fit rien, se recula en silence. Changeant du tout au tout, lunatique au possible ? Ses pensées lui revinrent pour le hanter, il décida d’y céder et afficha à son hôte un visage de marbre des plus froids. Petite fille que voilà !

« Finissons en rapidement, je prépare mon matériel, Madame. Désirez vous un portrait au fusain, à l’encre peut-être ? »
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Lun 21 Juil 2008 - 12:52

Rien n'était plus excitant que cette attente, qui lui sembla interminable, entre le moment où Constance frappa ses petits coups à la porte, et l'instant où, précipitamment, elle vit la figure aux joues rougies de Christian lui ouvrir, la faire venir à lui comme on entraine une partenaire dans une valse pour tournoyer, faire quelques pas aériens et immodérés vers son lit, et l'inviter à s'y asseoir sans attendre. Tout était rapide et trop lent à la fois, ses cheveux volaient en tous sens dès que l'Inquisiteur la faisait valser encore, et une fois assise, voilà que déjà elle s'attendait à sentir plus de présence de la part du jeune homme, qu'il s'approche peut être, plus près qu'il ne l'avait jamais été, ou qu'il se montre intimidé, et qu'elle doive faire en sorte qu'il ne se retienne pas plus ...

Mais au lieu de cela, alors que tout laissait penser qu'ils allaient s'étreindre, le visage de Christian se fit plus fermé, comme s'il avait eu un moment d'égarement, en lui ouvrant la porte et en l'invitant ainsi à danser jusqu'à son lit, et que, désormais, il était tout à fait conscient. Ses yeux ne brillaient plus autant, car ils avaient été si intensément flamboyant que Constance aurait pu s'y mirer. Au lieu de cela, plus rien, d'une neutralité presque trop courtoise, si bien que la Duchesse douta sérieusement de l'émoi qu'elle était capable de créer en lui. Se pourrait-il qu'il ne ressente rien, devant cette toilette pivoine ou ses œillades appuyées ?

Même lorsqu'elle chercha à poser sa main contre la sienne, Christian s'était levé pour reprendre la parole sans « Constance », sans « Ma Chère » ou sans bafouillage, preuve de l'émotion qui résidait en lui. Faudrait-il qu'elle le provoquer bien plus, pour qu'enfin il abdique ? Une légère moue se fit connaître sur ses lèvres, qu'elle tordit discrètement, et qu'elle ne voulut point trop exposer. Une moue d'enfant gâtée, auquel on refusait une sucrerie. Qu'il était frustrant de ne pas mordre dans une douceur lorsqu'on lui a présenter sous de charmantes dimensions, durant tout ce temps ?

« Rapidement ? » Fit-elle comme outrée. « Eh bien, Monsieur, vous voilà bien prompt à me quitter, alors que vous avez été si pressant, à mon oreille, tout à l'heure, à m'inviter à vous rejoindre. »

Elle se redressa pour le suivre, alors qu'il s'apprêtait à fouiller dans ses mallettes, pour en sortir le matériel nécessaire à son portrait. Elle plongea ses mains dans la sacoche, où étaient enfouies celles de Christian, et alla à leur rencontre pour le forcer à les remonter à la surface. Ses yeux observèrent ses paumes puis elle souffla, d'une voix à la fois faussement fâchée et complice :

« Vous êtes donc Inquisiteur et Dessinateur. Consentirez-vous à me dire ce qu'il convient de faire pour entrer dans l'Inquisition ? Faut-il des talents de Maître ? » Avec un petit sourire, quoi que ses yeux encore exprimaient une fervente volonté qu'il ne refuse plus ses demandes, la Duchesse s'éloigna, vint s'asseoir de nouveau sur le lit du jeune homme, et s'y allongea.

Son regard observait les voilages des baldaquins pendant qu'elle continuait de parler, les bras en croix.

« Faîtes-vous de nombreux portraits de femmes ? Il semble étonnant qu'on vous en laisse le droit, comme l'Eglise est si rigide sur ces principes-là. Et des Nus ? Oh, Monsieur, ne me dites pas que vous peignez de jeunes femmes nues ?! » Elle se redressa, faussement choquée, mais, clairement, il y avait sur son visage une expression malicieuse, peut être même malsaine.

« N'ayez pas peur de me dire tout ceci, s'il vous plait, nous voici seuls dans votre chambre, et je puis vous assurer que Lison jamais ne viendra nous déranger. »

Constance avant un sourire aux lèvres, et s'appuya sur ses bras pour se tenir assise. Si Christian avait besoin de provocations pour ne plus laisser son visage de marbre, sans doute Constance était-elle toute disposée à accéder à cette nécessité.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Mar 19 Aoû 2008 - 22:14

Réunis pour le meilleur et pour le pire, il en était ainsi pour ce couple improbable. Et si le meilleur semblait passé, le pire était à venir… Décor planté, acteurs en places, le premier assaut avait été lancé par Monsieur Stue ; quelle ne fut pas la réplique ! A un coup de semence, Constance avait répondu d’un boulet de canon à l’aide d’armes diverses et variées ! Quelle était la plus terrible ? Son indécente insolence, ses manières osées, son aura de séduction ?! Pauvre de lui, l’inquisiteur deviendrait-il le jouet particulier de Madame Edelgard ? N…on, oh que non ! Il ne s’y résoudrait qu’en dernier recours ! Esquive impossible, pitoyable tentative, Christian fut touché… Ses joues prirent des teintes coquelicot, son regard devint fuyant, il dut même pour rompre l’incessante cadence des battements de son cœur s’appuyer sur son bureau, cherchant à faire bonne stature et lui cacher son émoi. Cette provocation ouverte que cette fleur manifestait avec tant d’ardeur, eut bientôt complètement raison de son calme. Ses yeux se firent plus sombres, plus brûlants, pétillants d’une sourde colère alors qu’elle lui « reprochait » sa précédente demande, il n’y répliqua que par un exquis dédain. Ses mots se firent vibrants allumés de la lueur de reproche, il retrouvait cette fougue dont elle avait eu un avant-goût dans les jardins.

« Je suis navré d’avoir pu vous laisser croire de telles choses, Madame. Je m’en excuse, je ne pensais pas vous voir accourir, dois-je me faire plus distant à l’avenir ? »

Réplique assassine pour froideur fatale, doté et enorgueilli d’une assurance folle et d’une fierté sans nom, il ne tremblait plus et dardait ses prunelles noires et vives sur sa personne. Se retournant, drapé dans sa dignité, pour chercher le matériel de dessin approprié, Madame Edelgard effectua son troublant numéro ! Avait-elle toujours sur sa personne une longueur d’avance ?! Agitation extrême, fureur insidieuse, taquineries folles, il en demeurait bouche bée…
Allongée sur son lit, ainsi vêtue, cette femme avait-elle seulement conscience de l’image offerte ? Devait-il céder et la chérir, ce qui signifierait se compromettre ?! L’enlacer et la couvrir de baisers ?! Sa poitrine s’emballa, son corps se raidit, il se sentait fébrile. Et, par la même occasion, une voix intérieure lui dictait de faire taire cette capricieuse ! Bafouillant légèrement, rassemblement de ses esprits, il parvint enfin à donner réponse à cette superposition d’interrogations… Les modulations de sa voix se plurent à jouer de l’accordéon, épouvanté comme une petite fille…

Je.. Je ne consens en rien. N’avons-nous pas déjà parlé de cela, il y a peu ?! Je..je vous demande par…pardon… ?*
Avalant avec difficulté sa salive alors qu’il osait s’approcher de cette démone* Des…des nus ?!.

Il avait éludé ses précédentes paroles… La cause du choc et de la surprise de ce dernier pic sûrement ! Puis se ressaisissant et bien décidé à la mettre mal à l’aise, il tenta le jeu de la comédie et de la séduction, Christian gagna la distance qui les séparait, vint s’asseoir à ses côtés, tout près d’elle… Puis sur un ton plus feutré, plus grave…

« C’est d’accord, ma chère. Je vous parlerai en toute confiance, n’êtes vous pas ma bonne amie, après tout ? Ne puis-je pas vous offrir mon cœur ? Mais promettez moi de ne pas mal me juger ! »

Parfaite ironie ? Christian frémissait de la frôler et ses propos devenaient plus confus en sa présence, attrapant sa main en signe d’intérêt, il poursuivit…

« Oh…J’ai fait quelques portraits mais pas de nus. Vous voilà rassasié d’informations, ma chère ? Ce n’est qu’un passe-temps et rien d’autre, l’Eglise n’est pas au courant et n’a pas à l’être. »

Serrant un peu plus cette main tout contre la sienne, ses doigts englobaient les siens, promesse de lendemain ? Cependant, la volonté de l’effrayer et la mettre dans le même état de surprise et de colère, d’être odieux persistait, gonflait en lui. Mais il lui avait offert la vérité… Dans un susurrement extrême, il poursuivit son effroyable plan…

« Mais voulez vous un nu, Constance ? Voulez vous que je vous dessine, toute entière ? »

Grave inspiration, il espérait qu’elle ne remarquerait pas de suite la supercherie. Il avait fallu à ce bon Monsieur Stue un courage monstre pour prononcer ces deux phrases mais il n’en avait pas fini avec elle, non ! Cerise sur le gâteau, il ajouta…

« Si c’est oui, laissez moi…vous découvrir que je saisisse le galbe de votre être… »


Et fier de sa plaisanterie et de sa vengeance qu’il trouvait des plus habiles, il lâcha sa main avant d’ajouter sur le ton le plus neutre possible, détournant le regard pour cacher les quelques rougeurs que ses mots avaient eu sur lui…

« Pardonnez moi, je ne voulais pas vous effrayer, Madame Edelgard. J’ai été indigne de vous et ai trahi votre confiance… Laissez moi un peu seul, s’il vous plaît. Il me faut…Je ne me sens pas bien. Je quitterai la demeure dès demain. Je me suis conduit de manière intolérable. »


Se levant, il se détourna d’elle, faisant mine de ranger les quelques documents éparpillées au quatre coins du bureau
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Mer 20 Aoû 2008 - 21:06

Les cils de Constance n'avaient cessé une course éperdue et vive, elle battait des paupières comme s'éveillant d'un rêve sans savoir désormais, où se plaçait la réalité, et où s'achevait cet étrange bulle. Les différentes phases qu'avaient eu Christian l'avaient en effet bien surprise, sans doute l'effet escompté était-il satisfaisant pour l'Inquisiteur, car la Duchesse cillait, incrédule.

Il s'était emporté, il avait bafouillé, il s'était empourpré, il avait chuchoté et ensuite, ce ton digne avait sournoisement clos toute tentative de réponse à ces quelques mots au ton si grave. Elle prenait peine à comprendre réellement les intentions du Représentant de Dieu. Avait-il cherché à la mettre mal à l'aise ? Certainement, cela avait pour peu fonctionné, puisqu'elle était restée bouche bée lorsqu'il avait gardé sa main si fermement dans la sienne, en lui susurrant à l'oreille des mots qui résonnaient encore dans sa mémoire.

Avait-il espéré qu'elle s'offusque devant une proposition si indécente ? Certainement, cela n'avait pas été le cas. Certes, choquée, elle l'avait été, puisqu'elle doutait avoir à l'entendre faire une phrase aussi osée devant elle, main dans la main. Mais c'était une surprise qui avait été plutôt agréable, de constater qu'avec un peu d'attaque, il ripostait parfaitement.

Hélas, le voici qui déjà s'élançait derrière ses principes ou ses dignités idiotes. Jouait-il un rôle désormais, en annonçant qu'il souhaitait quitter le Manoir dès le lendemain ? Elle ne put le tolérer, se leva d'un bond en faisant voler sa mousseline dans une aura pivoine et grogna comme une bête enragée. Ses sourcils étaient froncés et son ton fut celui d'une mégère qui ordonne.

" Cessez vos enfantillages, Christian ! " Lança-t-elle comme elle l'aurait dit à son fils. " Vous ne m'avez en rien offensée, ni sali mon nom, et vous n'avez aucune raison de délaisser le Manoir Edelgard. "

C'était un timbre plus sincère qui s'était fait entendre pour la fin de sa phrase, comme si elle craignait qu'il mette à exécution ses menaces. Ne désirant pas le voir partir, elle eut une moue mécontente et sa voix avait été plaintive.

" Vous semblez avoir quelques problèmes de santé, pour ainsi vous sentir indisposé chaque seconde, pour être parfaitement en forme la minute d'après. Voulez-vous que je demande au Docteur Lorrentz de vous ausculter ? "

Mais cette fois, son œil trahissait comme des sourires. Des sourires de nouveau candides, comme brillants de malice. Elle affichait cependant un visage assez sérieux, bien qu'on lise quelques notes ironiques. Comme une jeune fille, il rougissait, et comme une jeune fille, il se trouvait mal dès que la situation lui échappait un peu.

Pourtant, il avait su faire preuve d'audace. Cet effort lui avait-il donné des suées et le malaise le gagnait sans doute de s'être montré aussi osé. Elle le trouvait charmant, ainsi, à l'encourager pour ensuite s'enfuir, sans oser être constant dans ses propos.

" Vous renoncez donc à mon Portrait, Christian, encore une fois alors que vous me l'aviez promis. Est-ce une pratique que celle d'un Inquisiteur, de ne pas tenir ses engagements ? "
Elle glissa ses yeux vers le matériel du jeune homme.

" Je n'oserai jamais vous offrir un nu, mais commencez-donc par mon visage. Je vous laisserai ensuite. "

Affirma-t-elle, sans qu'on puisse savoir si elle disait la vérité.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Mer 8 Oct 2008 - 19:02

L’étonnement est une condition nécessaire et suffisante pour le bon fonctionnement d’une relation ? Cet ingrédient magique et surprenant n’est finalement peut-être qu’un condiment d’une recette secrète ? L’ambiguïté des rapports entre sexes opposés joue-t-il un rôle dans le piment de la vie ? Fallait-il le croire en les observant, en épiant cet adorable couple ? Pleine de surprises la maîtresse des lieux savait se faire, aussi odieuse que douce, belle et insupportable, terrible et séduisante, mais, peut-être, la nature même de ces faits était en rapport avec sa condition de femme.
Les battements de son cœur ne se taisaient pas, un martèlement sourd et certain s’était emparé de lui, faisant vibrer son corps de terribles et incessantes secousses, Monsieur Stue peinait à présent à lui faire face, envahi de remords ou peut-être pris à son propre jeu ? Ses orbes sombres et vifs cherchaient à se dérober du regard chocolat de Madame Edelgard, ses lèvres n’avaient plus le plaisir de s’ouvrir pour lui répliquer du tac o tac quelques propos taquins.
Etat de faiblesse extrême pour un homme encore si confiant quelques instants auparavant, la maladie qui s’était emparée de lui, était réputée pour sa longueur et pour la douleur qu’elle invoquait, car propre au cœur et aux nerfs. L’inquisiteur se sentait mal, affreusement à l’étroit dans cette pièce en compagnie de la duchesse, prenant son courage à deux mains, il se rembrunit pour tenir tête à ce monstre à jupons.
Ses prunelles ténébreuses se firent plus opaques, lanceuses de mauvais sorts, son regard se posait avec plus de dureté sur elle, l’enquêteur se permettait même de l’ignorer par moments.
Sa bouche s’ouvrit finalement pour répandre quelques froides palabres.

« Je vous l’ai promis, soit, je ferai ce portrait de vous… Installez vous sur cette chaise, s’il vous plaît, Madame Edelgard. »

Lui indiquant d’une main polie la chaise de son bureau toute proche de la fenêtre, Christian s’échappa de la vision de Constance pour aller chercher un fusain et du papier. En son fort intérieur, il était encore soumis aux tremblements de sa personne et il se faisait violence pour afficher une « image forte » de lui-même.
Déposant sur le lit de la petite chambre son attirail d’artiste, il s’approcha de son modèle, faisant glisser une main tremblante tout près de l’oreille de la jeune femme pour écarter une mèche avant de s’installer sur son perchoir. Ses doigts fins et allongés se saisirent avec une habilité déconcertante du fusain, ses membres rendus experts par l’usage de la plume, firent voguer la mine de carbone dans des arabesques espiègles, des volutes délicates, des soubresauts habiles. Son regard ténèbres se posait par alternance sur elle, la dévisageant avec pudeur, faisant courir ses yeux intelligents sur le minois de cette belle personne, tout en traçant des traits sous la maîtrise d’une main presque totalement calmée des émotions qui auraient pu l’affaiblir.
Des minutes s’écoulèrent, il n’ajoutait mot, concentré à l’extrême, minutie et rigueur dans son travail, y trouverait-on le mot passion ? Peut-être bien. Se levant, il lui tendit son œuvre, dans un calme d’apparence olympien alors que terreur des profondeurs se faisait entendre en lui-même…

"Qu'en pensez vous ?.."
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Mer 8 Oct 2008 - 19:45

Constance n'avait pas été calme une seconde. A l'instar de son interlocuteur artiste, elle avait été touchée par l'échange précédent, bien qu'il semblait qu'elle soit plus apte à gérer ces situations, voire à les produire volontairement, par jeu, peut être. S'il avait été simple de lui obéir, le voir se transformer de nouveau en cet austère Inquisiteur à l'oeil sombre et neutre la rendait grognon. Ces changements soudains lui paraissaient infantiles, cela l'exaspérait de ne savoir le cerner à tout instant, le voyant se dérober de manière vive dès qu'elle réussissait à l'attraper. Mais elle avouait sans doute par cette obéissance, en s'installant en effet sur cette chaise désignée, qu'elle appréciait, un peu du moins, cette spirale démesurée.

Assise, elle n'en demeura pas moins immobile, et cette mèche qu'il avait repoussé pudiquement -et en prenant soin de ne pas effleurer sa peau- ne cessa de revenir se placer sur sa joue. Non par un mouvement naturel de ses cheveux, incontrôlables, mais bien par une provocation espiègle qu'elle imposait à son visage, le penchant légèrement dès qu'elle jugeait bon de le déstabiliser dans son ouvrage. A vrai dire, peu importait que le résultat soit plaisant ou non, la situation, déjà, était bien palpitante, et s'amuser à le déconcentrer était une occupation bien plus attrayante que jouer les Mona Lisa.

Cependant, lorsqu'il se leva enfin, pour lui exposé son oeuvre, la Duchesse ne put nier le talent de l'Homme d'Eglise. Elle se redressa à son tour, prit des mains redevenues stables le portrait ainsi tendu, et l'observa durant plusieurs secondes. Un instant plus tard, elle souriait, de ces expressions de petites filles ravies devant une poupée de porcelaine aux anglaises blondes et aux dentelles trop volumineuses.

« Quel incroyable flatteur vous faîtes, Christian ! »
Fit-elle en riant, en tournant l'ouvrage de sorte qu'il puisse avoir son travail et le visage de la Duchesse côte à côte.

« Vous rendez-vous compte que vous avez écourté mon nez trop long, maigri mes joues trop rondes, et éclairci mes yeux trop sombres ? Me voilà une Vénus sous vos traits. Quel nu cela aurait été ! » S'esclaffa-t-elle en s'approchant de lui comme pour lui prouver ses dires.

Elle trouvait la toile magnifique, et se sentait déjà l'envie d'une vie de Muse pour cet artiste Inquisiteur. Mais ce Christian qui ne la nommait que pas des 'Madame Edelgard' l'ennuyait, surtout alors qu'elle avait entrevu celui qui se montrait si charmant.

« Me permettez-vous de l'encadrer, pour le mettre dans ma chambre ? Je penserai à vous en l'admirant, chaque jour, après votre départ... » Souligna-t-elle d'un ton sarcastique, lui rappelant les mots qu'il avait eus, et son désir de quitter le Manoir dès le lendemain. Naturellement, elle ne le laisserait pas ainsi la délaisser, mais elle n'était pas disposée à lui rendre la tâche facile.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Mer 8 Oct 2008 - 20:41

Reconnaissance est mère de satisfaction, et, Monsieur Stue ne put réprimer un léger sourire qui se dessina sur ses lèvres alors que la belle Constance admirait son portrait, visiblement ravie. Le poids qui pesait sur son cœur, appréhension réelle mais dérisoire, s’envola aussitôt. Le ténébreux inquisiteur se voyait rassurer que le résultat la satisfasse. Mais se maudissant de se laisser aller à quelques bons sentiments, il répondit d’une voix claire et dénuée d’émotions à ses dires.

« Je vous ai dessiné telle que je vous vois et vous vous trompez l’original est bien plus beau que ce sordide portrait. »

Se détournant d’elle alors qu’elle s’approchait pour minauder et le déstabiliser, la toisant de son superbe, conforme aux coutumes établies entre eux, l’homme à la crinière d’ébène faisait les cent pas, il rangea le fusain, acquiesça aux dires du nu d’une voix des plus mollassonnes et n’ajouta rien. Mais voilà que la démoniaque Constance échafaudait un nouveau plan pour se jouer de l’homme d’Eglise, les femmes ne sont-elles pas après tout des menteuses et des joueuses habiles ? Ce ne fut pas l’évocation de son départ qui trouva le plus splendide des échos mais ces autres mots, des paroles simples, sincères ? Et, en ascète médiocre, le bel enquêteur se figea sur place. Ses joues virèrent au cramoisi, se moquait-elle de lui ? Oui, sans aucun doute… « Je penserai à vous, chaque jour… » Pourrait-il parvenir à chasser cette idée saugrenue ? Le regard perdu dans le vague, son cœur adoptait un rythme des plus soutenus. Entre espoir…et désuétude …Secouant la tête, terrible tentative pour rassembler ses esprits, il lui fit face de nouveau. Son ton se faisait le témoin des émotions qui le traversait..

« Je ne peux…Je…je ne peux accéder à votre requête, Madame Edelgard. Que penserez votre époux ? Vous moquez vous de moi ?! Je ne suis pas un artiste, juste un homme de Dieu. Rendez moi ce portrait s’il vous plait, je le garderai précieusement. Quant à mon départ, je partirai demain de bonne heure, je ne souhaite pas plus vous déranger. »

Et s’exécutant comme si elle avait répliqué, ce qui ne s’était pas encore produit, Christian s’empara dans un mouvement leste du portrait, pliant la feuille avec vélocité avant de la faire disparaître dans la poche intérieure de sa veste.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Mer 8 Oct 2008 - 23:11

L'Inquisiteur avait visiblement revêtu sa sombre toge de neutralité hautaine, qui mettait une distance entre la Duchesse et lui, se drapant dans une vertu qu'il avait peine à restreindre, cependant. De toute évidence, ce fut les mots qu'elle prononça qui le firent changer derechef d'attitude, comme s'il ne pouvait résister aux appels naturels d'un trouble insurmontable. Ses joues étaient encore rouges, et Constance s'en ému rapidement, bien qu'elle changea du tout au tout à mesure que son discours avançait.

Voilà que ses idées de départ étaient bien réelles, et qu'il paraissait plus certain que jamais. Pire encore, puisqu'il annonçait qu'il la quitterait prestement, dans la seconde, pour ne plus la déranger. Mais quelle affreuse mouche pouvait piquer le Représentant de l'Eglise, se vantant d'être Homme de Dieu et faisant appel au nom du Duc pour justifier une lâcheté évidente. Elle trépigna, se saisit du tissus de la veste de Christian, l'écarta sans ménagement et enserra le dessin qu'il y avait rangé.

D'un geste brusque et capricieux, elle le cacha derrière son dos et lui lança un regard haineux.

« Il est hors de question que je vous laisse ce portrait ! Il est à moi ! Vous l'avez fait pour moi. » Gronda-t-elle, avant de plisser son nez en une moue congestionnée.

« Et je ne vous laisserai pas repartir non plus. Si ma compagnie vous déplait tant, ne cherchez plus à me rencontrer, ne me proposez plus d'ouvrage ou de balade, ni même de visite de Forbach ! Vous êtes inconstant, Christian, vous me ravissez un instant, et me faites enrager l'autre. »

Elle eut le temps de reprendre son souffle et enchérit :

« Et laissez mon mari là où il se trouve !Il ne verra même pas ce portrait, il ne vient jamais dans ma chambre ! N'est-il pas loin de celle qu'il devrait chérir ?! Ne serait-il pas juste qu'il soit à mon côté, plutôt qu'à travailler, enfermé dans un sordide bureau, ou à s'entretenir avec des Hommes d'Eglise ? Vous êtes la seule compagnie à laquelle je puis prétendre et toujours vous vous dérobez par les plus affreux prétextes, invoquant mon dérangement. N'ai-je pas l'air d'apprécier votre présence ? »

Finit-elle par souffler, sans que l'on puisse savoir s'il s'agissait d'une tirage de tragédie ou d'une sincère plainte. A vrai dire, on avait tant l'habitude de la voir se jouer de tout et tout jouer, qu'on peinait à croire aux mots qu'elle prononçaient, même lorsqu'ils sonnaient justes. La mélodie, pourtant, était peinte sur son visage, malgré que son regard noisette ne reflète pas que ces interrogations, ayant une large part d'agacement capricieux.

« Laissez-moi votre dessin, s'il-vous plait, Monsieur, et ne partez point demain. Repoussez ce qui pourrait vous forcer à me quitter, vous m'avez promis d'être mon guide, demain, tenez votre engagement, Monsieur, s'il vous plait. »


Constance implorait encore, comme une fillette qui supplie son père de ne pas éteindre la chandelle par peur du noir.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Jeu 9 Oct 2008 - 15:23

Bouche bée, il avait demeuré durant les tirades de la belle. Affreuses suppliques, terribles piques, quelle était la dominante de ce monologue jouée à la perfection ? Le temps semblait s’être suspendu tout autour de sa personne, Christian était resté dans une apnée assumée et terrible. Ses méninges avaient-ils subi quelques dommages durant cette noyade ? Lorsqu’il reprit ses esprits, le temps avait rattrapé son retard, offrant durant cet intervalle un silence imposant à la maîtresse des lieux. Blessé et par la même occasion flatté par ses propos, que devait-il dire, faire ? La prendre dans ses bras ? Vivre pour et dans l’orgueil et la laisser seule dans cette chambre ? Acquiescer bêtement à ses dires ? La plaindre ? La critiquer ? La haïr ?... L’aimer ?
Une inspiration fut nécessaire, bouffée d’oxygène, en vue de nouvelles intempéries pour qu’il puisse s’exprimer de nouveau. Ses mots coupèrent la pesante quiétude.

« Madame, gardez donc ce portrait et faites en l’usage qu’il vous plaira, vous avez raison, il est à vous, je ne peux que m’incliner sur vos dires. Je vous remercie pour l’hospitalité que vous m’accordez. Je suis votre obligé mais je ne tiendrai pas le second engagement que j’ai pris envers vous, Duchesse Edelgard. Je vous prie de ne pas le prendre mal, vous avez raison, il m’arrive d’être inconstant dans mes humeurs, mais il me faut tenir mon rang tout comme vous tenez le vôtre. Je ne vous inviterai plus pour des ballades ou autres discussions ; non, car vous m’indisposez mais parce que vous ne me laissez pas indifférent Madame Edelgard et que je ne crois pas à l’amitié entre les deux sexes. »

Les mots s’étaient extirpés hors de sa bouche, maladroits peut-être ? Honnêtes sûrement ! Son sang ne faisait plus qu’un tour en lui-même, suspendu à la réaction de la belle. Comment réagirait-elle ? Christian Stue envisageait les possibilités, imaginant la pire avec appréhension, celle de la voir quitter la pièce…Cracherait-elle un venin ? Le maudirait-elle ? Affirmerait-elle ses dires ? La pire des options était peut-être la meilleure, à la réflexion. Il serait débarrassé de ses tourments, oh pas tout de suite, mais le temps ferait son office, cet ami des amants malheureux sait se faire complaisant et panse les blessures avec bien plus de soins que bandages et autres décorations….
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Jeu 9 Oct 2008 - 23:22

Ce furent de grands yeux ronds, une noisette entière, qui accueilli les paroles surprenantes du jeune homme. Il était pourtant des signes annonciateurs qui laissaient prétendre qu'il disait juste, mais Constance supposait les hommes tous aussi friands de jolies demoiselles, et estimait qu'ils étaient tous, dans une certaine mesure, loin d'être indifférents aux charmes qu'elle s'amusait à exposer. Cependant, la sincérité avec laquelle Christian avait parlé était flagrante, si visible qu'elle s'en trouvait troublée, étonnée même.

N'exprimait-il pas uniquement un simple attrait, égal à celui de beaucoup de messieurs ? Son époux était lui même bien incapable de résister aux allures des femmes, et ne lui refusait rien du moment qu'elle se déhanchait innocemment... Mais il y avait une autre dimension, plus grande peut être que celle qu'imposaient les tendres souffles de son mari lorsqu'il se faisait amoureux.

Il y avait à la fois cette gourmandise qu'elle connaissait des mâles, et une attendrissante honnêteté qu'elle ignorait encore. Touchée, elle se sentit également coupable d'avoir ainsi trop poussé son interlocuteur à la faille, jusqu'à avouer des mots qui peut être lui vaudraient cher. Car elle n'était pas si naïve, et connaissait de l'amour quelques notions. Aussi, fut-elle muette durant quelques instants, sans doute parurent-ils interminables pour l'Inquisiteur, en attente d'une réponse, qu'elle qu'elle fut. Elle vint alors, saisit la main du jeune homme sans théâtralité et la porta à ses lèvres. Sa paume était chaude et on pouvait y déceler les prémisses d'une angoissante situation, mais elle l'embrassa sans crainte, pour la lui rendre sans lourdeur, sans pesanteur dans son mouvement.

« Quittez-vous le Manoir afin de ne plus me revoir, Christian ? » Souffla-t-elle avec une faible voix. « Je ne peux vous forcer à rester, ni vous empêcher de briser votre promesse. »

Cependant, alors qu'elle semblait avoir fait montre d'une sensibilité adulte et d'une lucidité mâture, Constance parut froncer les sourcils et se redresser, en plongeant ses yeux décidés dans le regard de l'Inquisiteur. Son ton changea également, pour se faire plus sévère.

« Et malgré que vous refusiez de jouer le rôle d'accompagnateur, ne doutez pas que vous devez respect et obéissance à mon époux, et que d'un mot sorti de ma bouche, il saura vous ordonner de me suivre comme mon ombre. Faut-il que je me montre odieuse devant vous... » Elle se tut, paraissant se renfermer, tourna les yeux, comme consciente des affreuses paroles qu'elle prononçait, comme si ses caprices allaient trop loin.

Serait-elle capable de forcer Christian à rester, par n'importe quels moyens, juste parce qu'elle le souhaitait proche d'elle ? La Duchesse frémit. Mais là encore, elle se changea en une jeune fille, se détourna, fit quelques pas dans la chambrée, déplia le portrait pour l'observer encore, le replia calmement, puis ses pas la conduisirent vers la porte.

« Votre présence m'est précieuse, Christian, réfléchissez donc et prenez la décision que vous souhaitez. Vous obtiendrez de moi ce que vos choix auront dictés. »

Elle tourna son visage vers lui, dans un silence, puis referma derrière elle la porte de cette chambre, source d'émotions diverses et contraires.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Ven 10 Oct 2008 - 20:12

« Vous obtiendrez de moi ce que vos choix auront dictés. » Terrible phrase que voilà, cette juxtaposition de mots, bien que prononcée selon Monsieur Stue, par le plus charmant des minois, n’était-elle point au final une épée de Damoclès prête à sévir au dessus de la tête du jeune homme ? L’inquisiteur deviendrait-il le jouet de la maîtresse de maison, son bouffon qu’elle s’amuserait à sonner pour la divertir et lui faire la cour ? Et pire encore, quel serait son châtiment quand sonnerait la disgrâce ?
Et, en même temps, Constance ne s’était-elle pas découverte a cours de la fin de cet entretien ? Ne lui avait-elle pas offert un baiser sur sa main, quelques belles paroles ? A la vérité, ce n’était rien en comparaison de sa sortie des plus théâtrales. Les femmes ont-elles toutes le goût du spectacle ?

Etourdi encore de la situation présente, engourdi par une liqueur douce amère, Christian demeurait immobile dans sa chambre, le regard rivé sur l’unique entrée, synonyme de sortie, de l’austère pièce. Les flots de son esprit étaient si tumultueux que l’homme se tourna donc vers le repos, reposant même sur ce lit où « elle » s’était étendue avec une dose de sensualité ambiguë. Occultant la lumière de la pièce, ses paupières se fermèrent, mais il ne trouva pas le repos durant la nuit, cogitant en vain sur une stratégie à adopter. Se résoudrait-elle à mettre ses menaces à exécution ? Devait-il lui céder, lui résister ?
C’est en ces bien sinistres pensées que le garçon se réveilla. Après sa toilette terminée, il se rendit dans le hall d’entrée, là même où l’improbable duo s’était rencontré. Il fit demander Lison, petite soubrette de la maison, la somma d’aller chercher sa maîtresse et attendit patiemment dans le hall, faisant les cent pas, tournant comme un lion en cage.
Pestant intérieurement sur le temps mis par la jeune femme pour parvenir dans le hall, il vit bientôt revenir la petite Lison…

« Mo…Monnsieur Stue, patientez un moment je vous prie… »

L’adolescente, pareille à une midinette, rougissait à outrance en présence de l’inquisiteur, baissant les yeux de peur de croiser les perles ténébreuses qui sévissaient à l’encontre de ses interlocuteurs. Bredouillante, elle était face à lui sans oser mot…

« Mademoiselle Lison, pouvez vous transmettre le message suivant à Madame Edelgard , dites lui qu’elle me trouve à l’Eglise en ville, je pars devant, je ne vais pas attendre toute la matinée… »Lançant une fausse plainte qui lui permettrait d’éviter la duchesse pour la matinée, il ferait en sorte de ne la retrouver que l’après-midi pour la visite de Forbach. Mais déjà des bruits de pas se faisaient entendre dans les escaliers… La petite Lison, elle, avait disparu…
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Ven 10 Oct 2008 - 23:20

Lison avait déjà filé, loin dans les corridors dont elle connaissait beaucoup des secrets. C'était une femme qui s'avançait, à grands pas dans l'escalier central, menant aux chambres et aux boudoirs. La Duchesse avait une démarche rapide, soulevant à peine ses jupons pour ne pas trébucher dans les marches, et déjà, elle hélait :

« Monsieur ! Monsieur, attendez. »


Elle arrivait déjà au bas des escaliers, essoufflée par cette course. Avait-elle été avertie par un tiers de la sortie immédiate de l'Inquisiteur ? Avait-on soufflé à la jeune femme qu'il serait bientôt loin du Manoir, et qu'elle aurait alors à se plier aux souhaits qu'il avait soufflé à Lison, sans possibilité de mener elle même la course qu'elle avait engagé avec lui ?

« Voudriez-vous m'éviter en vous absentant si tôt de ma demeure ? »
Elle eut un petit sourire, fin et discret, mais présent un instant, avant de vêtir un masque plutôt neutre. Malgré tout, ses yeux, eux, exprimaient beaucoup de choses indistinctes : un légère fatigue -ses cernes avaient été cachées par un habile maquillage-, un soupçon d'impatience mêlé à une volonté de se montrer froide. Constance craignait cependant que Christian ait déjà pris une décision qui lui déplairait. Néanmoins, il semblait que son souhait de la voir dans l'après midi lui souffle que l'Inquisiteur ne désirait pas la quitter sur l'instant.

« Vous êtes si matinal... » Avait-elle soufflé en reprenant sa respiration et en repositionnant de petites mèches qui s'étaient enfuies de ce chignon bas qu'elle portait. Sa toilette était d'un tissus épais, du velours pourpre, afin de supporter le froid de l'extérieur. Une large étole entourait son cou, déjà masqué partiellement par une dentelle sombre qui empêcherait le vent de chatouiller la peau de son décolleté. L'ensemble n'était ni chaste ni provoquant ; elle avait adopté cette tenue afin qu'il puisse apprécier ses charmes sans paraître vulgaire... Une attention pour lui plaire ?

« Vous désirez me mener à l'Eglise ? Voudriez-vous m'entendre en confession ? »

Elle avait pris soin de ne pas l'observer durant ses mots, avança jusqu'à la lourde porte d'entrée, alors que Lison revenait avec un épais manteau de fourrure brun. En ouvrant la porte, le vent s'engouffra déjà dans le hall et elle tourna son visage vers Christian.

« Avez-vous changé d'avis, Christian ? »
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Sam 11 Oct 2008 - 17:54

Le beau membre de l’Inquisition s’apprêtait à partir que, déjà, la vamp apparaissait dans ses habits pourpres, robe tâchée d’un sang sombre ; l’une de ses précédentes victimes ? Lui réservait-elle le même sort selon ses décisions et divers choix ? Son regard aussi noir que le charbon se posta sur elle alors qu’elle faisait son entrée dans le hall, suivant cette étoile dans sa course, l’observant à la dérobée avec une légère gêne. Impeccablement dépourvu d’originalité dans ses habits, Monsieur Stue était à l’image des autres jours, froid, hautain mais séduisant. Son costume ne changeait point, il était en partie couvert de ténèbres de tissus, seule sa chemise de coton se faisait lumière dans cet amoncellement de distinction.

« Madame, je me réjouis de vous voir. Moi qui allais partir sans vous de peur de vous importuner de si bonne heure ! »

S’exclama-t-il sans joie d’une voix des plus neutres qui ne prédisait rien de bon. Se drapant de courage, il lui fit face sans même tenir compte de l’incident de la veille, pauvre fou que voilà ! Sa langue se mit de nouveau en marche pour répliquer à la dernière provocation de cette capricieuse.

« Pourquoi donc ? Auriez vous des choses à confesser, madame Edelgard ? »

La suivant jusqu’au dehors de la luxueuse demeure, toujours armé de sa froideur et du plus exquis des dédains pour ne pas souffrir de troubles en sa présence, sa voix s’éleva encore en ce bon matin. Quel bavard, ce Christian…

« Combien de temps prendra cette visite, Madame ? Il fait froid, nous ferions mieux de l’écourter et de ne faire qu’un simple tour en voiture… »

Et, comme si la duchesse avait donné son accord, il se mit en marche jusqu’à la voiture, l’attendit, lui offrit sa main par politesse pour l’aider à monter avant de s’engouffrer à son tour dans l’étroite cabine qui s’offrait à eux. Chacun des deux protagonistes possédait sa propre banquette, ils se faisaient face…Fuyant les perles noisette, il s’offrit pour seule vision le paysage… Bientôt la calèche se mit en marche…La route menant à la ville étant sinueuse, le voyage était animé de soubresauts et autres désagréments et bientôt une secousse plus importante qu’une autre fit atterrir le pauvre infortuné dans les bras de cette mante…
Les mèches brunes de l’homme titillèrent une gorge blanche et gracile alors que son visage se perdait dans ce cou, laissant se faufiler un souffle dans le creux de ce décolleté, les mains de l’artiste s’étaient retrouvées à présent au niveau de sa taille dans un mouvement réflexe…
Le rouge aux joues, le souffle court, les palpitations de son être, que venait-il de se passer ?!
N’étaient-ils pas charmants ces deux « amants » ?
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Sam 11 Oct 2008 - 19:06

Si le début du voyage avait été des plus désastreux, Constance trouva vite un intérêt certain à cette petite visite de la ville. Car lorsqu'elle était monté en voiture, assise sur cette banquette que Christian ne partageait même pas, devant un profil de l'Inquisiteur, plus absorbé par le paysage qui défilait que par son visage, la Duchesse était restée figée dans une attitude lasse, s'était même permis un soupir discret : en effet, elle n'appréciait pas réellement qu'on choisisse pour elle. Et l'Homme d'Eglise avait tout ordonné : la balade écourtée, la voiture dans l'immédiat, bref, exactement ce qui pouvait rendre une sortie en ville d'un ennui épouvantable.

Fort heureusement, le sort devait être de son côté. D'abord, les soubresauts de la voiture la firent enrager : ce cochet ne pouvait-il pas emprunter de meilleures routes, plutôt que de leur faire subir cet affreux roulis, plus étourdissant qu'un voyage en mer ?

Mais lorsque l'Inquisiteur se trouva dans cette situation fort gênante -pour lui sans doute plus que pour elle- voilà que Constance eut un délicat sourire. Finalement, malgré tout ce qu'il pouvait mettre en œuvre pour paraître froid, Christian rougissait comme une garçonnet à son contact, preuve qu'il jouait ce rôle de neutralité sans grande consistance dès qu'il dépassait le mètre qui les séparait. La Duchesse frémit. Car malgré que cette surprenante situation lui soit plaisante, les mains de l'Inquisiteur étaient bien contre elle, son souffle caressait sa peau, et elle respirait le parfum de ses cheveux comme jamais.

Consciente que cet instant pouvait les mener vers quelques aggravations, Constance pencha son regard vers les pommettes flamboyantes du jeune homme et chuchota d'une voix malicieuse.

« Il semblerait que malgré vos efforts, vos joues apprécient cette teinte carmin. »

Mais elle ne s'apesantit pas sur ce fait, ne voulant pas trop le gêner. Avant qu'il n'ait changé de couleur, elle posa son doigt sur le rouge qu'arborait Christian, et eut un sourire enfantin. Son autre main tapota la banquette, tout près d'elle.

« Installez-vous plutôt sur ce côté, à moins que vous ne préfériez sans cesse que j'aie à vous relever... » Fit-elle, avec ce ton toujours entre la taquinerie et l'ambitieuse provocation dont elle faisait preuve souvent.

Sa poitrine se soulevait cependant bien vite, pour quelqu'un qui paraissait si amusée de la situation. A réellement s'y attacher, on pouvait constater sans peine que la Duchesse avait plus chaud qu'à l'accoutumée, malgré une température extérieure bien fraiche en ce matin. Il semblerait que la proximité surprenante de l'Inquisiteur n'y soit pas étrangère.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Sam 11 Oct 2008 - 20:11

Quel ne fut pas son embarras après pareille mésaventure ! Heureusement pour lui, de nature observatrice, Monsieur Stue remarqua que ce monstre suceur de sang n’était pas sorti indemne de leur étreinte passionnée. Et alors qu’encore une fois, Constance Edelgard se jouait de lui par des mots choisis et provocants, Christian se risqua à faire de même et s’exclama, toujours sous le poids d’une vive émotion.

« Eh bien, Madame, allez vous bien ? J’ai peur de vous avoir brusqué par ma maladresse et je m’en voudrai de savoir que vous souffrez de quelques maux par ma faute ? Voulez vous que je demande au cocher de faire une halte ? »

L’inquisiteur emprisonnait toujours de ses mains la taille de l’épouse du duc, poupée fine et délicate que voilà ; néanmoins, son visage n’était plus à même la gorge de la belle, il n’était plus cet enfant presque couché sur le sein de sa mère, encore légèrement accroupi, voilà qu’il se redressait pour venir s’installer aux côtés de la belle, rompant par la même occasion, la pression et la chaleur de ses mains.
N’attendant pas à ce qu’elle avoue ses faiblesses, l’inquisiteur ne donna aucune instruction à Bernard le cocher sur un rythme de voyage à adopter.
La promenade se poursuivait donc sans accrocs ou presque depuis qu’ils avaient délaissé la demeure familiale pour lui préférer tout d’abords des bois denses et sombres, puis la ville. La calèche ne sinuait plus sur des chaussées sinueuses et caillouteuses mais à présent sur des pavés discontinues d’une chaussé brinquebalante mais avait retrouvé les joies d’une course tranquille sur des lignes droites ou presque. Le chauffeur, Bernard, se permettait de pester contre le couple, et, surtout sur cette stupide lubie de partir de si bonne heure… Il faisait froid et après quelques hésitations… Monsieur Stue osa lui demander…

« N’avez-vous pas froid, Madame ? »
Le carrosse filant dans la fraîcheur de cette belle journée, une idylle pourrait-elle avoir lieu, avait-elle déjà lieu ? Avait-elle noté que le pauvre garçon était pourvu d'une multitude de frissons extatiques qui se permettait de galoper le long de son dos, de sa nuque aux pieds depuis leur étreinte, il était victime de cette maladie que l’on nomme la chair de poule…. Et comme pour éviter qu'elle ne s'en rende compte, il ajouta...

« Mais dites moi, parlez moi de la ville, Miss Edelgard. »
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Sam 11 Oct 2008 - 20:58

Christian à son côté, assez proche mais pas encore collé à elle, Constance pouvait apprécier le voyage avec plus de sourires. Déjà, l'Inquisiteur se montrait plus agréable : il avait laissé derrière lui une attitude tellement frustrante de froideur, et avait même l'intention de discuter avec elle avec quelques notes de courage dans la voix. Comme si le jeu reprenait là où il s'était achevé, avant que le jeune homme ne déclare vouloir partir.

« Je n'ai pas froid, je vous remercie. » Fit-elle simplement, alors qu'il se montrait prévenant, mais qu'elle le soupçonnait de vouloir meubler un moment trop long en silence.

Constance aurait bien apprécier quelques mots mieux choisis, une nouvelle joute lancée, mais il semblait vouloir converser de façon sérieuse, et la questionna sur Forbach. Pourrait-elle détourner ce sujet, comme elle le faisait souvent avec les autres tentatives de l'homme de conserver une discussion neutre et cordiale ? Ce défi fit sourire la Duchesse, qui reprit la parole en haussant les épaules dans une mimique peu élégante pour une femme de son rang.

« Je me rend peu à Forbach, car Monsieur le Duc n'apprécie pas que je sorte seule. Et je n'ai pas énormément de choses à y faire... Mon époux fait venir de la ville les marchandises dont nous avons besoin. »


Elle tira les rideaux épais devant les vitres de la calèche, pour observer au dehors la route devenue droite et tranquille. L'ennui de ce paysage la fit revenir vite sur le visage de son interlocuteur, pour reprendre là où elle s'était arrêtée.

« A vrai dire, mon Mari dit qu'il se passe des choses surnaturelles à Forbach, que le froid qui y réside n'est pas normal, et qu'il est le fruit d'une malédiction. »

Elle avait dit cela comme si elle lui avait indiqué l'heure, car ses yeux examinaient attentivement les expressions sur le visage de Christian, comme pour déceler s'il savait quelque chose de plus qu'elle. Le Duc ne lui disait pas tout, elle en était persuadée, et le fait que toute l'Inquisition soit passée dans le bureau de son mari lui indiquait qu'il y avait plus que quelques rumeurs étranges...

Malgré une grande curiosité, elle hésitait entre l'envie de questionner l'Inquisiteur à ce sujet, et son souhait de ne pas briser ce nouvel instant qu'ils passaient tous les deux, et où il se montrait plus détendu.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Sam 11 Oct 2008 - 21:27

Une légère grimace de dédain s’esquissa sur le visage de monsieur Stue, elle était apparue selon le même procédé que lors de leur première rencontre. Ses yeux complètement noirs s’étaient faits plus perçants, son regard plus acéré, sa bouche n’était plus que deux lèvres droites, crispées, alors que son sourcil droit marquait un agacement manifeste. La « jeune fille » se transformant d’un coup de baguette en un monstre d’assurance, il répondit aux interrogations de cette « sotte » de duchesse.

« Ma chère, tout ceci n’est que racontar, je vous prie de ne pas y croire. Les superstitions, les croyances aveugles sont les premiers maux de l’esprit, il ne faut accorder crédit à tout ceci. Je suis déterminé à prouver que les troubles qui agitent cette bonne Forbach ne sont nullement d’origine . . . surnaturelle, Mademoiselle Constance. »

Et, désireux de l’impressionner, il s’était légèrement penché vers elle, en prononçant ces derniers mots pour donner plus d’ardeur, plus de ferveur à ses paroles. Le pauvre homme ne s’était pas rendu compte, par la même occasion, qu’il avait manqué à deux de ses règles d’or tacite à savoir de ne plus appeler Madame Edelgard par son prénom et de ne pas se tromper vis-à-vis de sa position envers la maîtresse de maison. Mais poursuivant le fil de son flamboyant discours, il ajouta alors…

« Il paraîtrait qu’il s’agit d’une cause humaine, de sorcières plus exactement. Certains leurs prétendent des pouvoirs occultes ou de pouvoir corrompre le cœur des hommes. Mais je ne crois pas à tout ceci, je ne crois pas en les livres de magie et autres breloques mais à la raison et à la foi. »

Puis soucieux de ne pas plus l’ennuyer avec ce genre de détails, Christian reprit son souffle, inspirant une bouffée d’air frais avant d’ajouter.

« Où allons nous, Madame Edelgard ? Pouvons nous passer chez le tailleur, j’ai quelques commandes à passer. Pouvez vous m’y conduire ? »
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Sam 11 Oct 2008 - 22:17

Constance était piquée par la curiosité, mais l'affront que lui faisait le jeune homme en prenant tant d'assurance la rendait presque combattive. Comme l'envie d'entrer en compétition, alors qu'elle ne voulait pas se laisser dominer. Comme une enfant aurait renchéri immédiatement, elle répliqua derechef d'un ton vif :

« Mon Epoux vous a donc fait venir à Forbach en tant qu'Enquêteur ? »


Elle avait les prunelles brillantes, intriguée et captive des réponses qu'il pourrait apporter, sans pour autant perdre de vue qu'elle avait à rependre l'avantage dans cet échange. Cependant, elle devait avouer que constater son assurance lorsqu'il parlait ainsi le rendait attirant, différent de celui qui rougissait sous ses regards trop pesants, certes, mais tout de même charmant. Elle s'étonnait d'avoir autant de facette dans un seul Inquisiteur.

« Pensez-vous pourtant que la Foi et la Raison puisse faire perdurer un hiver aussi longtemps ? »

Constance avait apprécié qu'il l'appelle de nouveau par son prénom. C'était inespéré après l'échange qu'ils avaient eu la veille. Voilà donc qu'il ne souhaitait plus partir, elle en était persuadée, et s'il venait à changer d'avis, la Duchesse se promettait de le convaincre qu'il faisait une erreur. Et puis, il paraissait passionné par ce qu'il racontait : ces étrangetés et le mystère semblaient l'attirer, ce qui faisait dire à la jeune femme qu'il ne partirait pas sans en savoir plus... C'était toujours ça.

« Nous nous rendions sur la Place du Marché, justement. Je demanderai à Bernard qu'il veuille bien nous déposer devant le Tailleur. Mais ne souhaitez-vous pas aller à l'Eglise ? Il me semble que les Inquisiteur s'y sentent comme chez eux... »

Elle eut un léger sourire, plutôt taquin, comme un petit pic vers le jeune homme, qui semblait désormais trop sérieux. Constance l'appréciait ainsi, mais le déstabiliser était tellement passionnant... Elle entreprit donc de s'approcher de l'Inquisiteur. Subtilement, pour qu'il s'en trouve sans doute surpris, la Duchesse observait le visage de Christian qui avait repris cette affreuse appellation de « Madame Edelgard » qui l'ennuyait grandement.

« Lorsque je parlais de Confession, j'étais sérieuse, Monsieur. Je ne me rends à l'Eglise que rarement, Dieu me le pardonne, mais le Duc craint que je ne sois ébranlée par cette Malédiction si je quitte le Manoir trop de fois dans la semaine. »

Impossible de dire si elle se montrait réellement sérieuse ou non. L'Eglise était-elle un prétexte ou une réelle volonté de la jeune femme, à se faire confesser ?
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Sam 11 Oct 2008 - 22:35

Surpris de la nouvelle proximité établie par cette vamp aux allures d’ange, Christian se résolut à ne lui céder en rien, ainsi ses joues ne prirent pas cet adorable teinte carmin, signe de son émoi. Prestance et assurance étaient toujours ses deux mots d’ordre et alors qu’elle lui avouait le besoin de se confesser, il ajouta alors.

« Madame, je comprends parfaitement votre désir de vous rendre dans la maison de Dieu pour vous confesser. Je crois qu’il serait inopportun de me rendre en votre compagnie dans un tel lieu, je ne suis pas habilité à écouter les confessions comme vous vous en doutez. Je me rendrai donc au tailleur pendant le temps de votre confession. L’église n’est-elle pas à deux pas du tailleur, Constance ? »

L’utilisation de son prénom ne fut pas sans objet, espérant ainsi la faire céder sur son petit caprice, il comprenait à présent tout l’intérêt de l’appeler par son prénom et la rareté du fait ne donnait que plus de poids à son utilisation. Et comme pour l’achever, il ramena sa main comme pour faire signe qu’il désirer quitter la voiture, frôlant au passage la cuisse de la duchesse.

« Quant à cet hiver éternel, la nature sait se faire incertaine, ne vous inquiétez pas, tout ira bien. Puis-je vous confier aux bons soins de Bernard, avec lui, vous ne risquez rien, soyez sans crainte ? »

La laisserait-il ici en plan, la voiture s’était arrêtée sous ses ordres et lui offrant un sourire, il disparut pour se diriger vers la boutique du tailleur lui lançant…

« J’aimerai faire plaisir à ma jeune sœur, il me faut donc lui trouver quelque chose, je vous abandonne donc pour quelques instants, ma chère. »

Silencieux comme une ombre, il se trouva bientôt à l’intérieur de l’échoppe, une sonnerie se fit entendre sous son passage et bientôt un vendeur au crâne dégarni accourut à son chevet, le même que lorsqu’il était venu avec Suède Gauche. Les bonhomies étaient monnaie courante pour ce vieillard mais, dans sa bouche, elles sonnaient faux ; D’une fausseté sans nom qui aurait pu provoqué le rire tant elles étaient d’un ridicule. De ses petits yeux de fouine, il salua l’homme le considérant d’ors et déjà comme un de ses meilleurs clients..
La duchesse le suivrait-elle ?
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