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 Manoir Edelgard

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Oblivius
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Dim 23 Nov 2008 - 21:37

Auberge la Croix Rousse ---------->

Oh comme le temps lui avait semblé long le soir où elle l’avait quitté dans des adieux riches en promesses ! Fébrile dans son attente, l’homme n’avait trouvé le sommeil cette nuit-là, ses pensées trop accaparées par la belle n’arrivaient à s’ordonner pour lui assurer calme et tranquillité ; et il ne s’était endormi que tôt dans la matinée. Monsieur Stue avait beau lutté contre les sorts de Morphée, il avait du y succomber. Mais présente dans ses rêves, la succube ne le quittait, son image désirable, l’onctuosité de ses lèvres, la douceur de se peau, ses audaces, ses colères, ses sourires…Oh Constance !

Mais à peine endormi, voilà qu’il était réveillé. On l’extirpait de son sommeil par un tambourinement discret mais notable sur sa porte Cette journée aurait dû être semblable à la soirée précédente, mais une visite impromptue le tira de sa torpeur, plus exactement une visiteuse ! Constance ?! Non… Mais la surprise n’en fut pas moins grande ! Sa sœur…
Et, c’est ainsi que dans la journée même, une missive à l’attention du duc et de la duchesse fut portée au manoir Edelgard. A la vérité, s’il s’était écouté Christian aurait adressé sa lettre à Constance, mais la prudence et la présence de sa sœur lui dictèrent une toute autre conduite, ainsi nulle marque d’affection mais une légère allusion en fin de texte.
Une écriture agréable quoique trop penchée s’étalait sur l’enveloppe et sur le papier, les caractères d’un noir profond s’entre chassaient dans une course, se poursuivant sans cesse pour livrer une partition harmonieuse d’encre noire.

« Madame, Monsieur,

Suite à la rencontre inattendue de la duchesse, j’ose formuler la demande suivante, à savoir, revenir au manoir Edelgard pour quelques semaines, le temps de mon rétablissement. En effet, mes dernières investigations à Forbach sont à l’origine de mes maux et ont fragilisé ma santé.
Ce n’est pas tout, ma jeune sœur vient tout juste de me rendre visite à l’auberge de Forbach, et vous conviendrez qu’un tel lieu n’est pas convenable pour une jeune femme, je vous supplie donc, vous et votre générosité de bien vouloir, nous accepter, ma sœur et moi sous votre toit.
Je prends toute la mesure d’une telle demande et j’ose croire que vous me l’accorderez.
Je passerai donc demain pour en discuter avec vous.

Votre serviteur,
Christian Stue »


Et déjà, le lendemain, de bon matin, la silhouette d’un fiacre se dessinait aux abords de la luxueuse demeure surplombant la ville. La voiture ne tarda pas à franchir les hautes grilles et bientôt, l’élégante silhouette se faufila hors du véhicule, droite, fière, hautaine à son habitude. Pourtant, sur son visage, une certaine anxiété, petite appréhension se laissait voir…
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Dim 23 Nov 2008 - 22:22

Levée à l'aube, si peu dans ses habitudes, Constance Edelgard s'était hâtée de descendre, emmitouflée dans une épaisse robe de chambre, pendant qu'une vieille femme aux mains usées essayait de la coiffer. Mais la Duchesse ne hurla pas lorsque, à chaque marche, la vieille matrone lui tira quelques mèches -peut être volontairement, pour toutes ces matinées où la jeune femme la giflait pour son incompétence- pendant qu'elles descendaient les escaliers à une vitesse étonnante.

Arrivée en bas, le Manoir éclairé encore par des chandelles tant il était tôt, Constance se fit servir son petit déjeuner et mangea plus que de raison. Il lui fallait du pain, de la confiture, et un grand bol de chocolat chaud... Cette odeur lui rappelait l'avant-veille, et ces discussions, ces mots, ces regards avec le tant attendu Christian. Les étranges demandes de la Duchesse n'étonnèrent pas les domestiques, et la cuisinière haussa les épaules lorsqu'un valet vint annoncer que, désormais, Constance voulait boire un second bol de chocolat !

Encore des caprices, ce fut de nouveau lorsqu'elle réclama un lait parfumé pour sa peau, après sa toilette. Elle en avait des centaines, pourquoi vouloir expressément un nouvel artifice ? De la rose, elle réclama de la rose, et il fallut qu'un serviteur grommelant court jusqu'à Forbach dans ce froid abominable pour lui ramener le précieux lait aux notes florales.

Mais Constance ne fit pas entendre le doux son de ses cris outrés, alors qu'elle venait d'attendre près de trois quart d'heure le valet essoufflé par cette course glacée. Lison s'étonna de voir sa maîtresse étaler avec un soin presque méthodique la lotion odorante sur sa peau. Ce fut ensuite un véritable calvaire pour les quatre servantes en charge d'habiller la jeune femme : quelle tenue choisir ? La Duchesse soupira, grogna ... Elle n'en avait pas assez, pas assez de taffetas, pas assez de mousseline, pas assez de tulle et de jupons, de bretelles, de corsets, de lacets et de rubans. Pas assez de velours, de Bengaline, de soie d'orient même... Pas assez de couleur, elle ne voulait ni du pourpre, ni du noir, ni du bleu lavande, ni du vert pastel... Pas assez de teintes, de matières, de formes.

Ce fut du satin. Une toilette composé d'un corsage à baleines de couleur vert d'eau, mis en forme par de fines baguettes d'osier, invisibles sous le tissus brillant et ondulé, froncé sur les côtés, et noués de plusieurs rubans aux reflets bruns dans son dos. La jupe était plus simple, de couleur terre qui reflétait la lumière grâce à cette matière si douce du Satin, droite pour mettre en valeur sa taille fine et ses jambes, et doublée de plusieurs jupons bruns.

Ses cheveux relevés, comme elle en avait l'habitude, permettait d'observer sa nuque où se fermait une parure somptueuse, mêlant turquoises et or, et laissant également apparaître les fermetures savantes de sa toilette, comme autant de promesses délicates.

Toute la matinée fut occupée à sa présentation. Une fois la tenue choisir, enfilée et quelques retouches effectuées, il fallut encore maquiller la jeune femme, d'une touche naturelle mais subtilement apparente, comme savent le souligner les femmes. Un trait de khôl pour sublimer son regard noisette, s'alliant à merveille à cette toilette délicate et brillante, une touche de rose pour accentuer ce parfum délicat sur sa peau, juste sur ses joues, et des lèvres prêtes à être croquées.

Ce fut seulement lorsqu'elle fut prête qu'elle s'impatienta de ne point voir arriver la diligence lui ramenant ce cher Inquisiteur... Lison alors lui apporta la Lettre. Celle qui était arrivée la veille, et que Constance n'avait pas encore lue... Elle fut troublée d'admirer les calligraphie de Christian, mais déjà, ce fut la stupeur, la rage : il ne revenait pas seul, voici qu'il se devait s'introduire sa jeune soeur, cette Agnès, celle-la même à qui il écrivait lorsqu'il était encore au Manoir...

Bien que la venue du Représentant de Dieu la hissait dans une allégresse surprenante, la perspective d'avoir à ses trousses une demoiselle supplémentaire, qui saura à coup sûr se faire un peu trop présente, mettait en péril les idées passionnantes que Constance s'était faite du retour du beau Christian.

Cependant, déjà, on annonçait un fiacre, et la jeune femme n'eut plus à attendre. Impatiente, elle courut dans les escaliers, soulevant ses jupons pour dévoiler ses chevilles voilée de blanc, et ses escarpins bruns, et arrivant à la porte à grandes enjambées. Un valet d'un âge avancé était déjà au dehors, accueillant l'Inquisiteur en s'inclinant. Lâchant déjà les pans de sa robe, recouvrant les finesses de ses bas, elle resta sur le perron pour admirer l'arrivée de Christian, se montrant digne et sans doute assez froide pour n'éveiller aucune soupçon.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Jeu 27 Nov 2008 - 18:52

La démarche légère, le port altier, la silhouette se dessinait au fur et à mesure de son avancée. Et, dans sa progression calculée et mesurée, Monsieur Stue l’aperçut. Un geste, un rien, son regard fut attiré à elle, son attention lui fut accordée, et les perles d’onyx ne quittèrent l’ombre féminine postée sur le perron. La vision de la duchesse lui procura une joie certaine et un trouble profond. Ses appréhensions disparurent, s’évanouirent dans la nature, ses inquiétudes firent de même, trépassant par cette seule apparition.

«. . . Monsieur, vous avez fait bon voyage ? Monsieur ? Vous m’écoutez ? Tout va bien ?! »

Une voix âcre le fit sursauter, s’insinuant entre ses pensées, désireuse de le tirer de sa rêverie. Il s’agissait du vieillard qui était venu à sa rencontre, humble domestique de la maison Edelgard depuis maintenant plusieurs années. Se permettant des imprudences face à cette carcasse décharnée qui le fixait sans comprendre, Christian ne déroba pas ses prunelles d’ébène de son point d’ancrage, celles-ci se perdant dans l’observation de la duchesse et lâcha quelques mots pour seule réponse…

« Hum…Oui, oui… »

Son allure était rapide, un peu trop même, cadence savante et secrète. Ses longues enjambées trahissaient la tonicité de ses muscles, volontaires, l’homme avançait d’un pas hâtif. Cet empressement de sa personne, certes, peu visible, ne lui était pas coutumiers. Ainsi, la belle avait-elle remarquée le changement de tempo de son prince ?
Bientôt, il fut en face d’elle. Alors qu’elle s’était mise sur son trente et un, faisant valoir ses plus beaux atouts à l’aide des artifices les plus raffinées et somptueux, Monsieur Stue avait revêtu son costume habituelle, cet uniforme des plus ternes, coupé avec élégance, mais ajoutant à son air blafard.
N’était-elle pas délicieuse ainsi ? N’était-elle pas la plus belle des roses dans cet écrin de luxe ? Distinction manifeste, silhouette sculpturale, cette nouvelle Eve se faisait des plus tentantes, armée des ces fanfreluches et autres dorures, il n’en aurait fallu pas plus pour faire succomber le plus chaste des anges !
Tout absorbé dans la contemplation de l’être aimé, ses yeux noirs naviguaient avec le plus de discrétion possible le long de cette séduisante personne, rougissant du parcours visuel de son être, il préféra s’y soustraire pour le moment, pour ne pas ajouter à son air déjà bouleversé. Les secondes défilèrent avant qu’il ne puisse s’exprimer de nouveau…

« Bonjour Madame Edelgard, comment vous portez vous ? »

La politesse et une froideur cordiale étaient exigées pour ce début de conversation, il s’agissait de simples règles à respecter sous peine de voir un bonheur naissant s’effondrer. Et, cet exercice autrefois si facile fut des plus ardus ! Il n’avait pu réprimer un sourire idiot, complice, taquin, dévoilant au passage des dents de porcelaine.
Pirouette d’apparat, l’inquisiteur s’inclina devant la reine de ce palais, avant de se saisir de sa main dans une extrême coquetterie pour un baisemain des plus appuyés. Il se redressa, visiblement gêné de la présence du vieillard qui ne les avait pas quitté et restait auprès d’eux.

« Veuillez excuser mon arrivée de si bonne heure, avez-vous reçu ma lettre ? Monsieur le Duc est-il là ? »

Alors que le domestique avait disparu, peut-être congédié d’un geste par cette déesse sculpturale, il offrit son bras avec empressement à la duchesse et pénétra dans la haute bâtisse, siège de nombreux souvenirs. Se penchant au dessus de cette poupée faussement fragile, il déposa un chaste baiser sur son front, un odeur délicate vint le titiller, l’homme se laissa griser par le doux parfum de rose de cette belle plante et murmura à son oreille…

« Constance…Je..suis si content de te voir…Tu es splendide, mon amour… »

Mais déjà, la petite Lison faisait son entrée interrompant un moment d’intimité pour signifier qu’elle venait de servir quelques biscuits et du thé dans le petit salon.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Jeu 27 Nov 2008 - 21:42

Constance crut se sentir blême lorsqu'elle entendit les chuchotements de l'Inquisiteur, alors qu'ils pénétraient dans le grand hall du Manoir Edelgard. Lison était apparue, venant d'un pas vif mais toujours aussi pudique afin de les avertir des douceurs qui les attendaient dans le grand salon, celui-là même où se trouvait une immense bibliothèque aux ouvrages anciens, et un imposant piano à queue. Avec l'arrivée subite de la petite Servante, la Duchesse se tut quant aux murmures de Christian, mais, alors qu'ils marchaient côte à côte pour rejoindre la pièce, la jeune femme tourna les yeux vers son amant, signifiant en quelques regards, tantôt enjoués de le retrouver, tantôt grave d'un souhait qu'il n'évoque plus ces mots si condamnables, qu'il se devait de marcher en silence.

Enfin, Lison leur ouvrit la porte, et ils furent accueillis par le parfum caractéristique des pâtisseries encore chaudes, et de l'arôme du thé épicé. De la cannelle s'élevait dans la pièce, l'air y était tiède et rassurant, et les hautes bibliothèques avaient quelque chose de très sécurisant. Ce grand salon était souvent vide, mais la titanesque cheminée semblait le faire vivre à tout instant.

Lison les laissa entrer, puis s'inclina devant le couple réuni, pour finir par sortir de la pièce, ne refermant pas la porte. Constance, toujours aux côtés du Représentant de Dieu, désigna un large voltaire, fauteuil dans un velours prune s'alliant aux tapisseries étendues sur les murs. Assise à son tour face à lui, séparés par un jeu d'échecs, elle eut un léger sourire, très cordial, bien que ses perles noisettes montrent une intense flamme, telles que celles qui réchauffaient la pièce, derrière l'Inquisiteur.

« Je me porte à merveille, et je suis ravie de constater que votre santé ne s'est pas dégradée malgré la nuit passée dans cette affreuse Auberge. »

Elle avait parlé d'une voix plutôt élevée, cordiale mais sympathique, et alors qu'elle venait de finir sa phrase, elle se releva sans crier gare, se hâta de marcher jusqu'à la porte, la fermant avec une délicatesse soignée. Désormais isolés, elle tourna le dos au mur et fit quelques pas vers Christian, ayant elle aussi, une démarche bien plus vive qu'à son ordinaire, et son sourire s'étant mué en une expression bien moins polie.

« Souhaites-tu que chaque âme sous ce toit connaisse notre secret ? Je te défends d'ainsi m'appeler lorsque nous sommes dans des lieux aussi peuplés ! »

Certes, ils s'étaient trouvés seuls dans ce grand hall, mais Constance savait comme chaque chose, ici, savait se faire entendre, murmures ou hurlements. Et surtout, la Duchesse soupçonnait déjà Lison de se douter de certaines choses, malgré que, grâce au Ciel, elle était d'une idiotie louable.

Mais réprimander ainsi cet adorable Christian n'était pas une appréciable activité, et, sitôt eut-elle fait disparaître un visage plus froid, qu'elle arborait dans l'immédiat, un tendre sourire, et qu'elle s'élançait contre l'Inquisiteur, prenant place sur ses genoux, et glissant ses mains contre son poitrail. Avide de contact, tant attendu, tant espéré, elle ne sut retenir un élan d'affection, et ses doigts pénétrèrent la jungle d'ébène du jeune homme.

« Mon époux est au Jardin, en compagnie d'Alain, afin de choisir quels ifs il désire pour notre clôture. Il te recevra ensuite. Embrasse-moi ! »

Fit-elle enfin, alors que le début de son discours s'était fait un souffle, et que sa fin sonnait comme un ordre. Ne lui laissant ni le choix, ni le temps de lui obéir, elle cueillit les lèvres de l'Inquisiteur, d'un appétit impatient et d'une vivacité vorace. Cependant, coupant rapidement cet échange qui la rendit électrique, par des frissons le long de sa colonne vertébrale, Constance repensa enfin au seul ombrage qui résidait dans ce tableau hivernal.

« J'ai lu ta lettre ce matin. »
Lança-t-elle, sa voix revenue si nette qu'elle sembla coupante. Pourtant encore installée sur les genoux de son compagnon, une main docile sur son torse, et l'autre caressant sa tempe, le bout de ses doigts effleurant cette crinière d'encre, comme si elle lui avait murmuré des mots d'amour.

Comment lui susurrer les mots qu'elle souhaitait lui lancer au visage ? Devait-elle agir comme elle le faisait quotidiennement, de façon odieuse, en faisant montre d'un égoïsme et d'un mépris hors du commun ? Un sentiment pinçait son coeur, quelque chose lui soufflait de se montrer diplomate, voire... de mentir... Elle n'aurait qu'à avouer être ravie de la venue de sa soeur...

Elle reprit d'une voix plus sèche encore.

« Tu me vois peinée de la venue de ta jeune soeur au Manoir. Non pas que je ne souhaite sa présence, non... Mais tu sais comme moi que nos rendez-vous vont être des plus délicats, et ... je crains qu'elle ne soit un obstacle de plus à nos rencontres... »

Ce qui se devait d'être un reproche ou une protestation, se termina bientôt en un baiser, sans doute manigance pour appuyer ses mots : elle souhaite lui prouver comme tout ceci était exquis, comme il n'avait d'intérêt à créer de nouvelles barrières à leurs retrouvailles secrètes, déjà mises à mal par la présence de dangers comme le Duc, ou les Domestiques...
Constance ignorait sans doute combien ses mots étaient justes : ne sachant rien des sentiments qui animaient la jeune Agnès, elle était loin de la vérité lorsqu'elle songeait que cette personne serait un danger supplémentaire.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Jeu 27 Nov 2008 - 23:12

Politesses appuyées, respect de la bienséance, cordialité convenue, le duo s’était efforcé de jouer cette pièce avec plus ou moins de réussite. La maîtresse des lieux faisait preuve d’un don plus prononcé pour la comédie que son compagnon, talent sûrement propre aux femmes et aux fibres délicates de leur personne ; néanmoins malgré ses qualités innées d’actrices, elle saupoudrait le tout d’un léger zèle, celui-ci se montrant facilement décelable et dénotant par là même les mensonges de sa conduite.
Quant à lui, il répondait avec raideur et manifestait tant d’attention pour la duchesse qu’il était évident qu’elle ne laissait pas de marbre.
Enfin, les portes du salon se fermèrent, ils purent se détendre et stopper cette vaste comédie, ce simulacre de spectacle où ils n’avaient leur place.
C’est ainsi que cette poupée prudente et avisée vint s’asseoir sur les genoux de Monsieur Stue dans un élan des plus passionnés.
Des bras encerclèrent bientôt sa taille fine, semblables au plus charmant des étaux, ses yeux la dévoraient alors que sa bouche en avait après ses lèvres, constamment insatiable.
Déesse superbe siégeant sur son plus fidèle sujet, la belle fit preuve tout à la fois d’une tendresse sans nom et d’une possessivité farouche, n’était-elle pas sa poupée et sa maîtresse après tout ? Ne pouvait-elle pas revendiquer des droits sur sa personne et le soumettre à des devoirs ? Constamment, l’idole oscillait entre ses deux positions et alors que leurs retrouvailles se faisaient agréable, de douloureux accents amers firent leur apparition.
Ces notes de disgrâce prirent tout d’abord la forme d’une réprimande concernant la sûreté de leur amour ; soit, trop engourdi par la présence de Constance, de par ses lèvres, et de ses regards enflammés, comment aurait-il osé rétorquer, alors qu’elle les protégeait tout deux ?!
Puis, par maladresse, malchance, elle se tourna vers les termes « mon époux », terribles mots que voilà et qui sonnèrent péniblement à ses oreilles. Enfin, elle se fit plus sèche pour évoquer Agnès et la comparer à un obstacle. Comment réagir à tout ceci ? Comment faire face à l’être aimé ?
Détournant ses prunelles sombres d’elle, visiblement blessé, le lion à la crinière d’ébène se laissait caresser mais le cœur n’y était plus. Faisant fi des stratégies qu’elle employait pour l’amadouer, il dégagea bientôt son visage de ses mains, et, par la même occasion rendit l’accès à sa bouche inaccessible. La libérant de sa prison de chair, sans lui prêter le moindre regard, il murmura…

« Quelqu’un arrive…Je ne voudrai pas que l’on nous surprenne. »

Quelques minutes plus tard, ils assistèrent à l’entrée de la petite Lison qui fit son apparition, déposa de nouvelles douceurs avant de s’évanouir à nouveau, refermant sur son passage les larges portes du petit salon. A nouveau seuls, il ne gagna pas la distance les séparant, ils étaient face à face, disposés devant ce stupide jeu d’échecs. Les orbes ténèbres ne glissaient plus sur elles, sa voix se fit plus sèche.

« J’avais espéré que vous deveniez amie avec ma sœur, j’avais espéré pouvoir… »

Une rage sourde grondait à l’intérieur de la bête, il la contenait, la mesurait et bientôt, ne pouvant plus se retenir, il lui lança quelques paroles assassines de cette voix neutre au possible.

« Pourquoi ne pas rejoindre votre époux dans cette recherche nouvelle de clôture ?! … Pourquoi m’avoir fait venir ?... C’est absurde… »
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Jeu 27 Nov 2008 - 23:53

Le retour au vouvoiement était aussi douloureux et incisif que ce détournement soudain qu'il avait eu envers elle, la forçant à le lâcher, la libérant sans plus poser ces deux prunelles sombres sur son corps, sur son visage qui pourtant ne faisait que l'observer. L'incompréhension subite l'avait rendue stoïque, comme si tout ceci n'était qu'un vaste champ brumeux, sans qu'elle puisse y déceler la moindre explication. Pourtant, une fois Lison repartie -elle n'eut bien sûr droit à aucun regard, tant elle examinait l'attitude de Christian-, Constance fronça les sourcils... Bien qu'elle eut tenté d'être délicate en abordant le sujet de sa soeur, voilà que cet enrobage n'était pas encore suffisant. Ne voyait-il pas la menace que constituait un proche supplémentaire, alors qu'il y avait déjà maints dangers qui risquaient de les faire découvrir ?

L'idée de partager l'Inquisiteur avec une parente lui déplaisait un peu, elle consentait à l'avouer, mais c'était essentiellement l'envie de ne pas compromettre cette relation hasardeuse qui angoissait la Duchesse. Cependant, il était inadapté d'opter pour une réaction des plus douces, en exprimant calmement son point de vue. Constance n'était pas de ces femmes. Elle ne supportait pas l'affront qui lui était ainsi fait... D'autant plus qu'il s'agissait de Christian. Son Christian. Son indifférence froide la rendait furieuse, et elle devint excessive, comme souvent dans de telles situations avec lui.

« Pensez-vous qu'une clôture m'intéresse ?! Auriez-vous souhaité que je ne sois pas sur le seuil de la porte pour vous accueillir, moi qui vous attends depuis l'aurore ?! » Grogna-t-elle, se levant d'un bond et, d'un violent mouvement du bras, envoya chaque pièce de l'échiquier valser autour de la petite table, retombant sur l'épais tapis dans un bruit sourd.

« Absurde ?! ABSURDE ?! » Répéta-t-elle, serrant les points alors que ses mouvements saccadés desserraient les liens de ses cheveux, et que de nombreuses mèches s'échappaient autour de son visage crispé par la rage.

« Si vous émettez quelque doute que ce soit quant à votre venue au Manoir, soit. Si vous jugez que ce n'est pas nécessaire... »
L'amertume orgueilleuse semblait s'effriter, en faveur d'un sentiment attristé, et Constance desserra les poingts, s'assit de nouveau sur l'imposant voltaire de velours, entreprenant de se recoiffer afin de ne pas prononcer des mots qu'elle regretterait assurément.

Son plus cher souhait était que Christian revienne dès le lendemain au Manoir Edelgard, avec ou sans sa soeur, peu importait, pourvu qu'il revienne s'installer dans cette chambre proche de son boudoir. Une cloison simple entre leurs deux univers, infime barrière qu'elle se permettait de briser. Mais de toute évidence, elle avait à se heurter à des obstacles, alors que ceux qui les séparaient étaient déjà si nombreux.
Recoiffée comme elle le pouvait, la Duchesse prit une profonde inspiration, avant de revenir sur un ton plus bas, comme un murmure de plus, nombreux dans leurs échanges, qu'il s'agisse de reproches ou de mots doux.

« Je ... suis persuadée que votre soeur et moi pourrons nous entendre à merveille. » Ce n'était en rien cet aspect-ci d'Agnès qui la rendait nerveuse et égoïste, puisqu'elle ignorait tout de cette jeune femme. Un frisson d'effroi glissa sur la nuque de la Duchesse, alors qu'elle s'inquiéta, dans une voix étranglée :

« Vous... elle... vous ne lui avez rien dit à propos... à propos... de... » Il y avait désormais dans l'esprit de Constance comme un immense amalgame, des craintes s'amassaient : Christian avait-il été blessé qu'elle voie l'arrivée de sa soeur comme une menace constante, puisque cette dernière serait bien souvent en leur compagnie ? Avait-il, pour assurer leur sécurité, souhaité lui faire part de leur relation ? La perspective de voir une tierce personne mise au secret la rendit fiévreuse, comme si soudainement, tout le Manoir résonnait de leurs étreintes.

Le vouvoiement était désormais installée, de nouveau à sa place, chacun sur son fauteuil, mais à l'indifférence glaciale de l'Inquisiteur, répondait une Duchesse des plus nauséeuse, et troublée, par autant de questions et de suppositions qui la rendait ainsi indisposée.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Ven 28 Nov 2008 - 13:48

Face à face terrible que voilà ! Qui l’emporterait dans l’excès, trouveraient-ils le courage de se battre jusqu’à la mort ? Au fur et à mesure de cette lutte sanglante, de cet échange violent, leurs colères respectives déposèrent les armes devant les blessures de l’autre.
Cependant, la bête, orgueilleuse à souhait, insaisissable et inaccessible ne semblait encline à lui céder en quoique ce soit. Elle ne cilla même pas lors de la chute des membres de l’échiquier, indifférence face à la mort de ces pions d’albâtre. Stratégie rondement menée, échec et mat, ou tout simplement folle impulsivité ?
Une nouvelle maladie s’empara de la belle Constance, avait-il révélé leur secret à une tierce personne, à cette Agnès qu’elle ne connaissait ni d’Eve, ni d’Adam ? Lui, ce lion à la crinière follement désordonnée possédait le remède à cette fièvre maligne, à ces interrogations cruelles. Lui administrerait-il ou la laisserait-il à l’agonie ? Ses dévoreuses de lumière perçurent son malheur et manifestant une vive inquiétude, il se décida à rompre le silence entre eux.

« Il m’est impossible de parler de tout ceci à Agnès, je ne peux même pas prédire sa réaction si elle l’apprenait. Je crois… qu’elle serait profondément déçue que je puisse bafouer l’une des règles de Dieu, elle… Elle nous maudirait sûrement pour une telle conduite, n’aurai-je pas trahi sa confiance ? Car je ne serai jamais le propriétaire officiel de votre corps, de votre cœur et de votre âme ! »

Cette dernière phrase avait été prononcée de manière vibrante, poignante, accompagnée d’une légère hargne, dernière morsure, pathétique tentative avant l’annonce d’une défaite. Se dressant, d’une enjambée, il se trouva à son chevet, esquivant sur son passage les débris causés par leur guerre. La silhouette s’affaissa avec cette même vélocité qui l’avait fait surgir hors du douillet fauteuil. Genoux à terre, sa joue tout conte la jupe couleur terre, sa crinière folâtre s’était répandue en une toile d’encre sur les jambes couvertes de la belle ; empreint d’une effroyable dignité, farouche, sauvage, il était amadoué. Ses mains avaient gravi les pieds du voltaire pour venir cueillir celles de la duchesse, son souffle chaud battait ces dunes chocolat, l’ombre de ses yeux se perdait dans les fanfreluches des tissus. Murmures intimes, mots doux, paroles taquines se firent entendre.

« …Excuses moi, je suis affreux avec toi…Je ne veux pas gâcher nos retrouvailles, ce moment…Je me comporte comme un enfant capricieux en ta compagnie, suis-je en train de devenir comme toi ? »

Un sourire se fit, étincelle de vie, complicité retrouvée pour les deux êtres aimés.

« Tu sais bien que tu possèdes la clé de mon cœur… Je ne voudrai pas être ailleurs, ailleurs que dans tes bras. Si tu es ici, ma présence est à tes côtés. T’ai-je dit combien tu es belle aujourd’hui ? Non ? Menteuse, vous cherchez juste à être flattée, Madame Edelgard ! Oh Constance… »

Qu’il était doux lorsqu’il était ainsi ! Espiègle comme un écolier, attentif au moindre de ses mots, séduisant et séducteur au possible ! N’était-il pas un ange la priant, elle, sa muse, son inspiration, sa déesse ?
Mais soudain, son expression devint plus sérieuse, il continua sur le même ton…

« Mais je suis d’accord pour que tout ceci reste discret… Viens donc m’aider à ramasser ces pièces… »

Et d’un geste, il l’attira à lui, l’obligeant à descendre de son piédestal pour venir au creux de ses bras, il y perdit son équilibre dans cette réception, et ils tombèrent, l’un contre l’autre, allongés entre les pièces sur l’un des luxueux tapis de la demeure. Quelle position des plus osées !
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Ven 28 Nov 2008 - 23:58

Quel égarement les avait ainsi conduit, sur cette pente douce qui sans crier gare, les avait fait pencher l'un vers l'autre pour les forcer, par une loi plus ou moins relative à la gravité, à s'étendre l'un sur l'autre sur un tapis d'orient, au milieu des pièces sculptées d'ivoire et d'ébène. La Duchesse se trouvait dessus de l'Inquisiteur, les volants de sa robe avait étiré leurs pétales pour laisser entrevoir ses jupons, comme une corolle autour des deux amants.

Bien que certaines notes d'humour soufflée par le jeune homme l'avait rendue un peu peinée (notamment l'évocation de cet obstacle insurmontable qu'était son mariage avec le Duc), ce sentiment avait laissé place à une sensation exquise, une ardeur palpable qui rendait son regard doré et vibrant, produite par cette position frivole. Un court instant, elle suppose qu'il serait sage de se redresser, de lui souffler quelques bons mots aux accents coquins, pour reprendre ensuite sur un ton plus léger, boire une tasse de thé, puis ranger ce désordre avant l'arrivée du Duc Edelgard.

Mais... Sans y réfléchir d'avantage, la Capricieuse Dénoncée laissa l'une de ses paumes glisser jusqu'au visage de l'Inquisiteur, n'espérant plus désormais empêcher ses doigts d'investir sa nuque et la naissance de cette crinière qui semblait irrésistible. L'autre main se fit moins sage, et frôlait les côtes de l'Ange sans pouvoir admettre de s'y mouvoir pleinement, craignant sans doute d'avoir à se relever à la hâte, si l'arrivée d'un étranger advenait.

« Qu'allez-vous chercher, je voulais plaire à une personne qui m'est très chère, et qui justement est venue me rendre visite aujourd'hui. » Souffla la jeune femme, en lovant son nez contre le sien, pour s'y frotter tendrement, y mêlant un regard espiègle avant d'ajouter.

« Je ne suis pas capricieuse, je désire simplement ce qui se fait de mieux. » un fougueux baiser vint recouvrir les lèvres de l'Inquisiteur, un suçon avide les entraina bientôt, et les incisives de la Duchesse piquèrent la chair tendre de cette bouche appétissante, dans un élan carnassier afin de s'approprier pleinement ce beau Caprice.

Mais il était risqué de rester dans une telle position, et la séparation ne put être évitée. Constance prit soin de laisser ses mains serpenter le long du buste de son compagnon, jusqu'à cette limite infranchissable de sa ceinture, barrière qu'elle ne franchirait pas pour le moment, préférant se relever d'un mouvement souple, sans omettre d'apposer sur Christian un regard qui en disait long sur cette barrière de cuir.

Elle s'accroupit, tendit sa main à son amant, afin qu'il puisse l'imiter, et, dans une aura brune et vert d'eau, entreprit de ramasser les pions tombés au sol, les reposant négligemment sur l'échiquier. Constance n'avait jamais su jouer aux échecs, cette science de logique n'était pas pour elle, trop inconstante pour savoir maintenir une stratégie sur le long terme. Il lui fallait de l'immédiat et du mouvement, et les longs temps d'attente l'impatientaient. Aussi n'eut-elle pas le courage d'attendre que toutes les pièces soient sur leur socle, et elle encouragea l'Inquisiteur, lui tira le bras, à se redresser complètement.

« Ne songe pas à ce que penseraient ta soeur ou quiconque de tout ceci. » Lui imposa-t-elle, en enlaçant ses doigts aux siens, l'un en face de l'autre, et en levant à elle ce couple enchevêtré, embrasser le dos de cette main d'un geste rassurant. « Qu'importe l'officiel, contentons-nous de ce que nous sommes en mesure d'offrir. » Un second baiser, puis un troisième, plus rapide, plus vif, d'une fougue qui évinçait la tranquille atmosphère qui s'était installée.

Le crépitement des flammes dans la cheminée n'apaisa pas la Duchesse, qui oscillait entre cet ardent désir des retrouvailles, et la tendre complicité d'un moment à part. Ils n'avaient pas le temps de se permettre plus de contacts, et ce n'était en rien le lieu ou l'objet de cette visite. Ils auraient à attendre, plusieurs heures, plusieurs jours... Seraient-ils tous deux capables de faire preuve de patience, alors que leurs corps semblaient se répondre si facilement ? Ils ne pouvaient ignorer désormais les différents aspects de cette relation, mais pour l'heure, ils avaient à attendre encore...

« Quel âge à ta soeur ? » Fit-elle sur le ton de la conversation, sans pourtant lâcher des yeux ces deux billes d'encre noire qui captait si bien la lumière de l'âtre.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Dim 30 Nov 2008 - 23:36

Plus méticuleux et rigoureux qu’elle, Monsieur Stue avait entrepris de replacer les pièces de l’échiquier sur leur socle ; ainsi, fous, cavaliers, tours avaient peu à peu repris leurs positions sur le jeu de stratégie, les personnages d’ébène et d’ivoire retrouvant leur aplomb, leur prestance, l’éclat précédant la bataille. N’était-ce pas là un signe favorable à l’apaisement ? La tempête avait fait rage mais elle s’était calmée aussi promptement qu’elle était venue.
Bientôt, une main le tira de sa besogne, de ce travail d’ordre, à tâtons, cette coquine l’extirpa de cette occupation, folle perte de temps mais gage de sûreté et ainsi il fut tout accaparé par Constance.
Promesses secrètes, complicité évidente, mains entrelacées, il ne se lassait de la regarder, ses billes d’encre la fixaient encore et encore et prenaient un plaisir certain à plonger dans ses deux noisettes, à sonder les tréfonds de son être, il la redécouvrait à chaque minute, à chaque instant, l’aimant toujours plus qu’avant. Sa sombre figure s’illuminait, se parant d’un sourire exquis, il se faisait plus ouvert. Du moment q’elle était là, qu’elle partageait des instants en sa compagnie, il se montrait rayonnant, se dépouillant de son manteau de froideur pour revêtir une apparence plus chaleureuse, moins sinistre, tendre…
Et la conversation la plus anodine prenait des accents taquins où les sous-entendus avaient bon dos.

« Elle a 17 ans, c’est encore une adolescente. Mon père souhaite la marier de force à un bon parti mais…je ne sais si c’est une très bonne idée. Elle ne restera que quelques jours, promets moi de lui faire bon accueil… »

Christian interrompit son discours pour amener la gracieuse menotte jusqu’à sa bouche, cette même coquine qui l’avait ramené à la duchesse quelques instants auparavant, l’embrassant d’une multitude de doux baisers, flatterie des sens, échauffement de peaux, marques de tendresses, à moins qu’il ne faille voir en tout ceci une tentative de calmer la brûlante Constance face à l’arrivée d’une petite inopportune ?

« Elle a bon caractère et je suis sûr qu’elle t’appréciera. Et puis, pendant que je serai au collège inquisitoriale, tu pourras à loisir t’occuper. »

Réplique taquine qui engendra un ton plus bas, l’un de ses murmures qui augurent bons ou mauvais présages dans leur langage. Portant les fines menottes de son amour au niveau de son visage, il fit jouer de ses lèvres tentantes sur le satin rosé de sa peau, dans une prière ostentatoire.

« Pas que je ne me crois indispensable à tes yeux mais tu l’es aux miens….J’ai deux requêtes à te soumettre… Si je suis cette nuit au manoir, me rejoindras-tu dans ma chambre ? Viendras-tu ? »

Pression manifeste de ses doigts sur les siens, long soupir synonyme d’une attente insurmontable, regards non équivoques, incessants baisers sur sa peau dans l’espoir de la convaincre. Avait-il besoin de tout ceci pour obtenir un accord, un oui de l’être aimé ? Entendit-il sa réponse ? Il poursuivit à la hâte, d’ors et déjà se rétractant…

« Je…Ce n’est pas grave sinon, je…Cette requête va te sembler plus folle que la précédente mais… puis-je te voler un objet t’appartenant et auquel tu tiens ? »

Déjà, des bruits de pas se faisaient entendre dans le hall et ils eurent tout juste le temps de se séparer, reprenant de justesse leur position à la manière des pièces de l’échiquier. Le cavalier, la reine et le roi seraient bientôt réunis dans la même pièce.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Mar 2 Déc 2008 - 23:48

Constance semblait encore sentir le parcours brûlant des lèvres de l'Inquisiteur sur le dos de ses mains, sur le bout de ses doigts, et la pulpe charnue de cette bouche qu'elle aurait souhaiter piquer de ses canines frémit en quelques chuchotements audacieux. Il n'était plus question de provocation afin de savoir, ou non, si la présence de l'autre rendait les sens en alerte, s'il était possible de résister à un sous entendu, ou s'il était vain de se faire tentatrice.

Désormais, alors que tout avait été dit, il était plus aisé de savoir où se placer. Les baisers étaient certes encore incertains et fougueux, fort heureusement, mais il y avait quelque chose de plus serein. Malgré tout, l'avenir leur soufflerait bientôt s'ils avaient eu tord de croire en cette complicité infâme qui insulte le Ciel. Alors que Christian s'assurait qu'elle se rendrait disponible pour une visite des plus frivoles, la Duchesse se mordit la lèvre, comme si cette demande équivalait à bien des évocations silencieuses. Naturellement, elle fut prise d'un élan enjoué et impatient, qui lui fit serrer au plus fort les mains du jeune homme d'une fervente ardeur.

« Assurément je te rejoindrai, mais ne devrais-tu pas retourner à l'Auberge faire tes bagages et avertir sa jeune soeur de votre départ, demain ? »

Constance put, comme le Représentant de Dieu, percevoir l'arrivée d'un pas sévère et posé, totalement contrôlé, rythmé à la manière d'une partition des plus strictes : Elle savait reconnaître, entre mille, le pas caractéristique de son époux. Le Duc en avait fini des haies et des ifs, désormais, il venait voir l'Inquisiteur, et la jeune femme délia ses mains de leurs écrins délicieux, glissant deux de ses doigts fins dans les mystères de son décolleté, pour se saisir d'un carré de dentelle où étaient brodées ses initiales « C. V. » de son nom de jeune fille.

C'était un présent de sa mère, juste avant qu'elle n'entre au couvent. Le parfum naturel de sa peau, mêlé aux arômes sucrés de ce lait pour le corps aux senteurs de rose embauma leurs narines, et la jeune femme inséra rapidement la dentelle parfumée dans la poche de Christian. A la hâte, la Duchesse eut un petit sourire, et, sans un mot, s'installa sur l'imposant fauteuil de velours, attrapa sa tasse de thé qui fumait encore légèrement et y trempa un biscuit à la cannelle.

Comme si toute cette conversation n'avait été que banal discours d'une courtoisie des plus ennuyeuse, on aurait largement pu croire que Constance se trouvait fort lasse de cette entrevue avec l'Inquisiteur. Elle croqua nonchalamment dans ce biscuit, retint un soupir : tout en elle exprimait la politesse qui lui était propre lorsqu'elle s'ennuyait. Cette petite expression qu'elle ne savait contenir, et pire, qu'elle exprimait volontairement la plupart du temps, pour signaler qu'elle faisait tout son possible pour être aimable, mais que son interlocuteur était des plus soporifiques.

Aussi, lorsqu'entra le Duc Edelgard, il aurait l'embarras de trouver son épouse dans une situation délicate : celle du soulagement de le voir arriver, enfin, et de la sauver de cette discussion affreusement fastidieuse. Il fallait avouer que Constance était une comédienne au talent calculé.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Mer 3 Déc 2008 - 21:01

Bien avant que la porte du salon ne s'ouvre, les deux amants avaient pu entendre le duc arriver : le parquet indiscret donnait en effet de la voix à chaque pas, les faisant résonner dans les vastes couloirs et chambres du manoir. Pour rester discret, il fallait faire preuve de la plus grande délicatesse envers les lattes rancunières, qui se vengeaient des pieds brutaux par un claquement sonore. Mais le duc n'avait que faire de la discrétion dans sa propre demeure, et son pas sec et impérieux s'imposait, réglé comme un métronome, et noyait presque la démarche obséquieuse du domestique qui l'accompagnait avec précipitation.

Les sons de ce pas allèrent s'amplifiant pendant quelques secondes, puis la main ridée du vieux domestique actionna la clenche et le serviteur s'inclina tout en libérant le seuil. Son visage s'orna d'un faible sourire lorsque la haute silhouette d'Octave Edelgard le dépassa, entrant dans le salon d'un pas décidé : les sautes d'humeur de la jeune duchesse en faisaient la hantise des serviteurs, mais le maître de maison avait, semble-t-il, meilleure presse auprès d'eux.

Toujours est-il que lorsque le duc passa la porte, le jeune Inquisiteur et la duchesse purent tout deux se rendre compte qu'il était dans un de ses rares bons jours. Au lieu d'un homme voûté, aux mains crispées dans son dos et au visage sombre, se présentait devant eux un homme se tenant droit, la main gauche reposant sur le pommeau de son épée, le visage orné d'une expression neutre et le regard avenant. Lequel regard se porta immédiatement sur le visage de son épouse : Octave ne manqua pas d'y repérer l'expression caractéristique de l'ennui. C'était une expression qu'il connaissait bien, et qu'il avait appris à apprécier ; aussi, une fois franchis à grandes et sèches foulées les quelques mètres qui le séparaient de Constance, il posa sur elle un regard désapprobateur, mais mêlé d'une touche de tendresse qui n'était que pour elle. Il la salua d'un lent signe de tête et d'un simple mot.
Madame...

Mais il ne voulait pas paraître malpoli et ignorer son invité, fût-ce pour les beaux yeux de son épouse ; avec un geste de sollicitude, il tourna sur ses talons et s'adressa à son invité sur un ton qui respirait la bienséance.
Christian, je suis heureux de vous revoir parmi nous...et de vous voir bien portant. Mon épouse semblait très inquiète de votre santé lorsqu'elle est revenue de l'auberge, mais je vois avec plaisir que vous vous êtes vite rétabli.
Tout ceci était dit d'une voix où l'on sentait la distinction et l'autorité, et malgré la sollicitude des mots, on ne pouvait pas dire que la joie y transparaissait. Mais c'était un ton très habituel chez le duc, et qui ne cachait pas à des oreilles familières l'intérêt sincère qu'Octave portait au jeune homme.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Jeu 4 Déc 2008 - 20:43

Offrande délicate, précieuse, intime, la déesse capricieuse s’était montrée généreuse dans la quête du jeune inquisiteur.
Mais, à la vérité, Monsieur Stue ne put s’adonner à la contemplation de ce bout de dentelle, de cette relique qu’il venait d’obtenir, de cette grâce du ciel, et ne put donc la louer comme l’aurait fait tout fervent dévot. Ses orbes ténèbres ne purent qu’entrevoir ce présent tout droit sorti des méandres d’un corsage et durent se reporter à contrecœur vers la porte d’entrée du salon.
En effet, le duc approchait de sa démarche caractéristique et régulière, son pas se faisait affirmé, distingué, tempo endiablé pour une entrée des plus remarquables.
Les acteurs étaient en place, le décor était planté, formerait-il un ménage à trois, un triangle infernal ou évoluerait-il vers un affreux quatuor ?

« Monsieur le duc… »

Avec toute la raideur qui le caractérisée, le jeune homme s’inclina dans un respect circonspect, affreuse bienséance que voilà ! Sa voix se fit de nouveau entendre, désireuse de répondre aux sollicitations de cet homme à l’apparence juste et loyal.

« Je suis heureux, de même, de vous revoir, Monsieur. Comment vous portez vous ? »

Hypocrisie sans nom, mensonges effrontés, manipulation exacerbée ? Il n’en était rien, les mots de Christian sonnèrent justes, bien qu’il poursuivit son discours l’air visiblement gêné. Etait-ce la demande qu’il allait bientôt formuler ou . . . les remords de tromper un tel homme ? Car, à la vérité, Monsieur Stue avait estimé et estimait son interlocuteur, et, abuser de sa confiance de la sorte, lui était pénible.
Ses yeux vifs et noirs se portaient tour à tour sur le duc et la duchesse, cherchant un éventuel réconfort auprès de l’un d’entre eux, d’un simple geste, regard, d’un mot. La chose n’était pas dans son habitude et il entreprit finalement de poursuivre son discours.

« J’ai pu discuter… un peu avec Madame la Duchesse, je vous sais très occupé et je vous remercie de me recevoir. La demande que je vous soumets, n’est pas des plus aisées, et j’ai conscience de son importance. Ma jeune sœur Agnès est en ville pour quelques jours, je souhaite que vous l’hébergiez durant ce temps, bien entendu, je…j’apporterai une contribution financière pour sa venue… J’ose vous demander pareille requête car l’auberge de Forbach n’est pas appropriée pour pareille jeune femme et je sais qu’ici, elle sera bien traitée. »

Pas un seul mot sur sa présence dans les murs du manoir, cela allait-il de pair pour cet insolent ? Non, le poids de sa culpabilité couplé à une jalousie qui s’était immiscée dans son être, avait agi à sa place. Zeste d’une jalousie farouche à la vue d’une Constance visiblement ennuyée, Christian avait beau savoir qu’elle se montrait ainsi pour plus de sûreté, il ne put rester de marbre et ajouta avec politesse.

« Monsieur, m’autoriserez vous quelques visites au manoir durant ce temps ? Je vais…Je me sens mieux en effet. Et je ne voudrai imposer ma présence dans votre demeure, je souhaite donc rester à l’auberge. »

Les ténèbres ne se portèrent plus sur Constance, la vue du Duc avait ravivé ses craintes, son respect pour lui l’encourageait à faire taire son cœur, et sa peur de n’être qu’une distraction aux yeux de la duchesse lui dicta d’adopter une telle ligne.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Ven 5 Déc 2008 - 1:03

On ne pouvait nier le charisme du Duc. Ses plus fervents ennemis étaient eux même prêts à l'avouer, Octave Edelgard était un homme que l'on ne pouvait voir comme faible, ou comme effacé. Car tout en lui dictait une force et une certain majesté, qui avait toujours fait penser à Constance qu'elle était mariée à un Lion. Elle appréciait particulièrement qu'il se monte si clément envers elle, lui qui savait être redoutable de rigidité face aux travers des autres, et ce regard qu'il lui portait, malgré l'expression lasse de son épouse, alors qu'il aurait dû en être outré par cette impolitesse visible, la fit sourire comme on s'excuse discrètement d'une manie que l'on ne sait cacher.

Cependant, alors que le discours entre les deux hommes s'engageait sur des courtoisies à la fois simples et pompeuses, la Duchesse prit un plaisir tout particulier, dissimulé mais certain, à les observer tous deux. Il lui sembla également que Christian aiguillait son regard sombre entre le Duc et elle-même, mais elle doutait qu'il prenne autant de plaisir qu'elle : elle s'offrait le luxe d'admirer son mari et son amant, sans comparaison aucune, en prenant dans chaque physique ce qu'elle estimait être attirant. Car, pour Constance, il n'y avait ici aucune adversité, aucune compétition, et aucune comparaison à faire entre les deux hommes.

Sur plusieurs points, elle songeait qu'ils se ressemblaient, mais nombreux étaient les points qui les séparaient. Comme on ne peut comparer un macaron à une pâte de fruit, Constance se délectait de croquer de ses yeux noisettes d'infimes parcelles de chair, un morceau de lèvre, ou un zeste de peau.
Mais elle n'eut d'autre choix que de cesser sa dégustation, laissant là ces deux douceurs sucrées aux saveurs différentes mais toutes deux appétissantes, car les derniers mots de l'Inquisiteur avaient piqué son attention.

Quelle affreuse décision venait-il de déclamer ?! Constance leva les sourcils sous l'étonnement, et masqua de justesse une injonction mécontente. Que venait-il de dire à l'instant ?! Rester à l'Auberge ?! Et elle gagnait la benjamine au change ? Quel absurde sentiment s'était encore abattu sur le coeur du pauvre Inquisiteur ? La Duchesse lui lança un vif regard, en réponse au sien, avec une expression colérique au creux des prunelles. Quelle affreuse trahison que de déclarer ceci à son époux alors qu'il la suppliait de venir la rejoindre dans sa chambre durant la nuit...

Constance se leva, eut un sourire mielleux et sournois en direction de Christian : jouait-elle de nouveau, infernale enfant, à se complaire dans une joute et des provocations, afin d'estimer lequel devrait abdiquer ? Elle posa une main délicate et mesurée sur l'avant bras du Duc, eut un regard pour son époux, comme demandant une autorisation particulière, et prit la parole d'un ton sûr et confiant, avec une horrible touche maternelle.

« Ne soyez pas si timide, Monsieur l'Inquisiteur, vous ne nous dérangez point. Nous ne voudrions pour rien au monde séparer un frère et une soeur, alors que vous n'avez pu bénéficier de sa chère présence depuis plusieurs mois. »


Ses paupières se plissèrent alors qu'elle souriait au Représentant de Dieu : elle excellait dans cette technique, les femmes sont impitoyables et, bien souvent, savent parfaitement où frapper sans l'aide d'un maître d'armes. La main toujours sur le bras de son époux, comme cherchant un appui quant à ses derniers mots, la Maîtresse de Maison s'imposait alors, le menton haut sans paraître trop théâtrale, mais parfaitement présente et noble. Pensaient-ils pouvoir composer sans la Capricieuse Constance ?
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Ven 5 Déc 2008 - 20:37

Les quelques politesses que s'échangèrent le Duc et l'Inquisiteur furent telles la révérence de ce dernier : raides et formelles, mais témoignant d'un véritable respect des convenances. Aussi, lorsque Christian lui retourna la question de sa santé, Octave lui répondit d'une voix toujours dépourvue de sentiment.
Bien, je vous remercie.

A ces mots, le Duc réprima l'envie de tourner les yeux vers son épouse et de lui accorder un sourire ; à la vérité, malgré les soucis passés et à venir qu'engendraient les troubles de Forbach, il avait choisi de revenir en sa demeure, et de rendre à Constance le temps et l'attention dont il l'avait privée pendant ces dernières semaines. La région était pleine de rumeurs et d'agitation, entre la mort soudaine du Comte et les rumeurs d'esprits hantant les vivants...mais qu'importe les nuages à l'horizon et le poids sur son épaule, ici il trouvait son réconfort : il n'avait pu s'empêcher de se languir d'elle, aux moments de fatigue où sa détermination s'assoupissait.

Mais ce n'était ni l'heure ni l'endroit pour ces pensées, et il les refoula dans un coin de son esprit, sans effort. Christian, de son côté, avait repris la parole, après quelques regards gênés au Duc et à la Duchesse. Octave fronça légèrement les sourcils à cette vue, donnant au jeune homme un regard perplexe et sévère ; comme il était jeune...sa raideur, son maintien et son sérieux étaient exemplaires, et pourtant la nervosité perçait à la simple idée de présenter une requête. Se pouvait-il qu'il soit aussi impressionnable ? Comment aurait-il pu supporter la vue de la Question et des bûchers si la seule présence du couple ducal le faisait hésiter ? N'y avait-il pas autre chose derrière ses paroles malaisées ?

Toutefois, Octave remit ces questions à plus tard lorsque Christian parla de "contribution financière". Ce furent tous les traits du Duc qui se froncèrent d'un air de désapprobation devant cette évocation de l'argent, souci bourgeois s'il en était. Il garda son calme, mais la déception lui monta néanmoins au nez : ce n'était pas paroles à prononcer entre gentilshommes. Pensait-il donc que son sens de l'hospitalité dépendait de ses finances ? La fierté du Duc en fut piquée, et il toisa le jeune homme d'un regard soudain moins aimable.

Fort heureusement, Constance vint à la rescousse de l'Inquisiteur, et, sentant la main de la Duchesse sur son bras, Octave tourna son regard vers elle. Approuvant ses paroles, il la désigna d'un geste de la main et s'adressa au jeune homme d'un ton péremptoire.
Madame la Duchesse a raison. Il n'est pas question de dérangement, et encore moins d'argent, Christian. Votre père vous a envoyé à moi, vous êtes donc mon invité pour aussi longtemps que vous le souhaiterez : jamais vous n'imposerez votre présence dans ma demeure.
Accompagnée par la voix pleine d'autorité du Duc, cette dernière affirmation prenait un tour ambigu : Octave se réaffirmait comme maître des lieux, s'arrogeant le droit d'accueillir mais aussi d'expulser comme bon lui semblait. Cependant son ton et son regard s'adoucirent lorsqu'il en vint au dernier point de la discussion.
Quant à votre sœur, Agnès...L'hospitalité que je vous témoigne s'étend naturellement à elle. Nous serons heureux de la rencontrer et de l'accueillir.

Pendant un court instant, son regard s'était fait songeur, à l'évocation de la sœur du jeune Inquisiteur. Il avait témoigné de l'intérêt pour cette jeune personne dès que Christian l'avait évoquée ; il ne savait s'il était sage de la rencontrer, mais il n'avait de toute façon pas le choix de ses manières : refuser de l'héberger aurait été impensable. Mais c'était un nom qui lui rappelait un temps révolu, et dont il ne souhaitait pas ranimer le souvenir. Il refoula donc une fois de plus ses pensées à la dérive, et en revint à son hôte et à son épouse : il avait parlé, et son port altier et impérieux n'admettrait apparemment aucune objection.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Sam 6 Déc 2008 - 15:49

La partition se poursuivait avec toujours autant d’attraits. Les politesses convenues passées, la duchesse se manifesta dans une intervention soucieuse et complaisante. Odieuse femme que voilà ! Tour à tour terrible avant de se faire câline, quel jeu menait-elle au fond ? De quel côté son cœur balançait-il, pour Christian, pour le duc ? A moins qu’ils ne soient indispensable, tout deux, à la capricieuse ? Si tel était le cas, ils étaient donc trompés, abusés, l’un comme l’autre.
La participation inopportune de la duchesse ne lui surprit guère, ou du moins, l’inquisiteur réprima mimiques d’étonnement et autres grimaces de son faciès. Il fit taire, tout également, en apparence sa jalousie, pour ce simple geste, ce bras accordé au duc, mouvement de sa personne qui combla l’un pour défaire l’autre.
Colère muette, il ne lui prêta aucun regard, de peur de ne pas résister à une provocation de plus. Son visage se faisait placide, ses billes, pourvues d’un éclat noir, fixaient le duc avec impassibilité, sa crinière folâtre dardait des mèches ténèbres en tout sens.
Les notes nuancées et subtiles du discours commun des époux ne manquèrent pas d’atteindre ses oreilles, et, il leur répondit avec la plus grande des affabilités dans une extrême froideur.

« Je ne peux donc que vous louer et me soumettre à votre volonté. Je vous remercie tout deux, je suis sûr que ma sœur sera ravie de vous rencontrer. »

Cet homme de glace termina ses quelques mots par un sourire. Un sourire poli, un étirement de ses lèvres, un masque pour cacher le flux de sentiments contradictoires qui l’agitait. Désireux de s’éclipser pour échapper à « la vision d’un couple aimant », Christian reprit son discours.

« Je ne vais pas plus abuser de votre temps, je vous sais très demandé et j’ai moi-même quelques obligations et devoirs à honorer. Il me faut donc vous laisser… Madame…Monsieur… »

Sa tête se baissa l’espace d’un instant, à la manière d’un automate, robot mécanique. Il se fraya un chemin entre le duc et la duchesse, jeta un coup d’œil en arrière, vérifiant par là même que duc et duchesse étaient occupés à discuter et ne lui prêtaient plus attention, ou du moins ne le regardaient plus. Et, avec la disparition de Christian du manoir, un mouchoir marquée des lettres « C.V » fut déposé sur l’une des chaises du petit salon…
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Sam 6 Déc 2008 - 17:10

Constance avait une victoire à son palmarès. Car, savoir souffler ce qu'il fallait afin que ses alliés, puissants, puissent ainsi imposer une décision qu'elle avait déjà prise, était, en amour comme en bataille, une précieuse qualité. Et il fallait avouer que la Duchesse avait eu tout à loisir de peaufiner ses stratégies, alors qu'elle se trouvait seule au Couvent, imaginant de preux chevaliers pour la servir, ou même au Manoir, alors que son époux semblait plus occupé par les divins mystères que par ceux qu'elle pouvait renfermer.

La lecture, bien que n'étant pas réellement un passe temps apprécié, lui avait permis d'aiguiser cet aspect de sa personnalité, en évoquant d'autres hypothèses amoureuses, des intrigues diverses et des rêves de petites filles gâtées. Enfin, lorsque Christian obéit aux paroles des Epoux Edelgard, la jeune femme ne put savourer sa victoire. L'Inquisiteur était redevenu cet iceberg déplorable, d'une froideur excessive qui glaçait sa petite satisfaction personnelle. Quel égoïsme de sa part, que de lui gâcher sa récompense, quel mauvais joueur, songea-t-elle, en évitant cependant de contorsionner ses lèvres en une grimace. Il fallait savoir perdre enfin...

Mais, déjà, elle se prenait à penser à l'avenir. Un avenir très, très proche, puisqu'elle s'imaginait laissant courir la jeune Agnès -court-on encore à 17 ans ?- dans les Jardins, pendant qu'elle chercherait dans les bras de Christian, mille découvertes extraordinaires... Hélas, encore ses rêveries furent éteintes par le souffle gelé de l'homme : il partait ! Ah, l'affreux couard, qui déjà esquivait quelques regards, et la suite de leur joute se trouvait effacée par sa fuite.

Pourtant, alors que l'Inquisiteur leur tournait le dos, marchant d'un pas vif et semble-t-il, décidé, Constance répondit une politesse, qui était, sans doute, la promesse que la seconde bataille aurait prochainement lieu :

« Nous vous attendrons avec plaisir, vous et votre soeur. A bientôt, Monsieur l'Inquisiteur. »

Elle ornait ses lèvres d'un sourire, très courtois, en parfaite hôtesse. Il y avait à la fois le plaisir de retrouver son mari, la déception de l'entendre lui avouer que ce n'était que pour quelques heures, avant un départ pour on ne sait quelle Eglise (elle s'attendait toujours à ces paroles-ci, y étant habituée), la victorieuse allégresse d'une bataille rondement menée, et la colère sourde de constater que Christian reprenait ses aspects hivernaux avec elle.

C'était confus mais contrôlable, tous ces sentiments, et la jeune femme s'assura que l'Inquisiteur avait quitté leur propriété pour retourner s'assoir dans le grand fauteuil, saisissant sa tasse de thé et soufflant dessus malgré qu'il soit certainement froid depuis un moment. Son air était à la fois enthousiaste et boudeur, dans une indistincte attitude,

« J'ai hâte de rencontrer la soeur de Monsieur Stue. Cela me fera une compagnie féminine un peu plus élevée que Lison... »

Ce n'était pas vrai. Agnès n'était rien d'autre qu'un danger supplémentaire dans une exaltation déjà houleuse par les caractères différents des deux êtres, et Constance but une gorgée de thé, le trouva bien évidemment froid, et grogna de façon impolie.

« Quand repartez-vous ? » Demanda-t-elle alors, persuadée que le Duc n'était revenu au Manoir que pour s'entretenir avec Christian, et qu'il s'éloignerait comme à son habitude, dès le rendez-vous achevé.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Jeu 11 Déc 2008 - 4:18

Octave ne cessa pas de toiser Christian, lui lançant un regard où la sévérité avait repris la pleine puissance. Il sut bien détecter la froideur des paroles de l'Inquisiteur, mais leur politesse formelle lui suffit : elles montraient que le jeune homme ressentait la pression qu'exerçait le Duc, et qu'il élevait ses défenses en réponse. Par sa courtoisie, il se soumettait, et Octave en fut satisfait.

Toutefois il le fut jusqu'à ce que Christian opère sa sortie, s'éclipsant avec une rudesse à peine voilée, sur un pas agressif. Le Duc et la Duchesse se retournèrent pour le voir passer la porte, sans jeter un regard au vieux domestique qui attendait dans la pièce suivante. Les sourcils d'Octave étaient de nouveau froncés et sa bouche pincée : quelque chose l'intriguait. Le jeune homme était à fleur de peau et parvenait à peine à maintenir une façade de politesse ; ce ne pouvait être à cause d'une remarque mal placée de sa part, ou du reproche sous-entendu qui lui avait été adressé en retour. Secouant lentement la tête, le Duc murmura d'une voix pensive.
Quelque chose ne va pas chez ce garçon...

Octave connaissait suffisamment son invité pour voir qu'il était troublé : le jeune homme lui ressemblait suffisamment. Pour une certaine raison, il laissait ses passions l'atteindre, le gouverner presque. Une chose à laquelle Christian n'était absolument pas habitué, et qui le laissait donc vulnérable, agressif. Voilà qui était inconvenant et malpratique, voilà qui ne seyait absolument pas à un membre de la Sainte Inquisition. Octave résolut de ne pas laisser ce problème sans attention.

Mais un autre problème, qui réclamait plus d'attention encore, se rappela à son esprit. Constance se laissait glisser dans le confort des habitudes, et son expression férocement lassée exprimait tout le charme de sa personne. Octave ne releva pas la remarque qu'elle fit sur la soeur de Christian : la jeune Agnès l'intriguait, il se garderait donc bien d'en parler. En revanche, à sa pique à l'encontre de Lison, là encore bien habituelle, et à son grognement fruste, il réagit comme il se devait.

Le Duc eut un léger soupir : le coin de sa bouche se pinça et l'autre se releva, formant cette expression de désapprobation indulgente qui n'appartenait qu'à son épouse. Puis, de sa démarche impérieuse, il franchit les quelques mètres qui le séparaient d'elle ; d'une main ferme, il lui prit la tasse de thé, à présent froid, et termina son mouvement dans son dos.
Vous ne devriez pas être si dure avec Lison...Friedrich.
Le vieux domestique se présenta à la porte, une expression de sollicitude servile sur son visage ridé. Octave lui intima ses instructions d'une voix absente.
Faites revenir du thé, celui-ci est froid.

Une fois le plateau remporté et la porte fermée, Octave daigna enfin répondre à la dernière question de Constance, cette demande si commune qui cette fois attira sur ses lèvres un doux sourire. Sa main effleura délicatement le cou de sa jeune épouse, et il murmura de nouveau.
Je n'ai pas l'intention de partir...
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Jeu 11 Déc 2008 - 21:09

La profonde joie qu'insufflait la simple réponse de son époux la rendit souriante. Cette moue boudeuse dont elle se paraît si souvent n'était plus, désormais qu'une attitude enthousiasmée, comme une enfant à qui on annonce une surprise. Elle se leva donc, se fichant désormais éperdument du thé froid, ou du chaud qui viendrait prochainement, et offrant à son mari un visage rayonnant. Ainsi, il ne la quitterait pas dans la minute, après quelques paroles concises et un petit mot d'excuse, pour se murer dans son bureau d'étude, et n'en plus sortir durant des jours.

Constance avait le regard pétillant de ces émotions plaisantes, serrant alors la taille du Duc entre ses bras fins. S'en détâchant, pourtant, assez vite sous l'effet de l'empressement, la jeune femme ne cessa alors de sourire, en exprimant cet état de fait.

« Vous ne repartez pas ?! Ah, Comme j'en suis heureuse, moi qui songeait avoir épousé un fantôme ! » Plaisanta-t-elle, en poursuivant son discours.

« Vous voilà donc durant quelques temps en congés, avec l'interdiction de vous occuper d'une manière qui ne m'y implique pas... ! »

Sa voix était euphorique. Il semblait à la Duchesse qu'un tel événement méritait largement quelques célébrations, et Octave méritait également quelques élégantes piques, taquines mais tendres, qu'elle aimait à lancer de ci de là.

Cependant, son visage devint pâle, devenant une porcelaine égale à une jolie poupée aux atours soyeux, alors qu'elle mesurait là tout ce que ceci signifiait. Si le Duc ne quittait le Manoir, ou, du moins, ne s'enfermait pas dans son Bureau, alors que l'Inquisiteur revenait s'installer dans leur demeure... comment parviendrait-elle à s'accorder quelques instants avec Christian ?

Il y avait là un épineux problème, à la fois frénésie de retrouver son époux, et l'angoisse panique que cela supposait. Quel dilemme disgracieux, que d'avoir désormais à reconnaître que cette situation était à la fois plaisante et désagréable. Elle qui se faisait une joie profonde d'enfin pouvoir passer quelques temps avec Octave, afin de retrouver cette vie maritale dont elle avait été privée depuis longtemps, Constance devait avouer qu'elle était également impatiente de retrouver les fougueux baisers de Christian.

Se rendant compte des affreuses complications que tout ceci impliquait, la Duchesse Edelgard reprit contenance, et s'efforça désormais de bloquer dans son esprit, les mauvais sentiments, telle la panique, la crainte et une certaine forme de déception -le sort s'acharnait-il ?!-, pour désormais pouvoir paraître comme elle l'était, quelques secondes au paravent.

Etirant ses lèvres de nouveau, Constance vint serrer la main de son époux, celle-là même qui avait effleurer son cou et plissa les yeux de façon malicieuse.

« A moins que vous n'ayez découvert la finalité de vos travaux, et que, désormais, vous ne serez plus qu'un simple châtelain, époux docile et âgé, à ne vous occuper que des affaires du Manoir, au lieu de chercher quelques mystères surnaturels... ? »


Elle y réfléchissait, et songeait que son ironie serait sans doute qu'il réponde par l'affirmative, en la mettant dans une situation mille fois plus périlleuse, qui la forcerait à redoubler d'effort pour concilier le mari et l'amant. Mais elle ne pouvait nier comme le retour de son Epoux la rendait heureuse, elle qui souffrait de solitude.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Lun 2 Fév 2009 - 6:49

Octave eut un nouveau sourire songeur. Laissant Constance enserrer sa taille, se saisir de sa main, il ne bougea pas d'un cil et la couvrit d'un regard tendrement attentif. Il avait observé et savouré son épouse passant de l'indifférence superbe à la moue boudeuse, qui devenait joie capricieuse après quelques mots. Quelle enfant que cette femme ! Dans cette petite danse, virevoltant d'humeur en humeur, le Duc revoyait l'innocence impérieuse dont il était tombé amoureux, et qu'il était venu retrouver ici. Une insouciance pleine de vie qu'il gardait jalousement : il faudrait qu'il demande aux serviteurs ce que son épouse avait fait en son absence. Aucune sombre vérité, aucune vil chose du dehors, rien ne devait venir gâter les beautés de son trésor.

Devant les piques de la Duchesse, son visage resta figé, encore piégé entre sa sévérité coutumière et la douceur de l'intimité. Octave avait encore à l'esprit les sombres affaires qui agitaient Forbach, les rumeurs d'esprits et de fantômes auxquelles il s'efforçait de ne pas accorder de crédit...et peut-être aussi le comportement inhabituel de Christian, et enfin l'arrivée prochaine de sa jeune sœur au prénom si familier. Il se cachait tant de choses sous son air revêche, des soucis qu'il ne partageait avec personne et auxquels il ne voulait surtout pas mêler son épouse. Et malgré le désir de s'abandonner au réconfort du foyer, et de partager ouvertement la joie de son épouse, le Duc conservait sa réserve...tant bien que mal.

Du dos de la main, il caressa la joue d'albâtre de la Duchesse avec une délicatesse extrême. Le sourire s'était effacé de ses lèvres et son regard devenait plus intense à mesure qu'il scrutait le visage harmonieux de son épouse. Sa mâchoire se serra tandis qu'il contenait à grand peine l'ardeur que lui inspiraient ces retrouvailles. Raidi comme un pilier, il la regarda droit dans les yeux et murmura, d'une voix lourde d'affection.
Comme vous m'avez manqué, Constance...

Puis vint la remarque pleine d'espoir plaisantin, qui calma bien vite son agitation naissante. Non, il n'avait pas fini de courir après sorcières, pêcheurs et mystères sinistres. Non, il n'avait pas fini de rester loin des attraits et tentations de la vie de château, d'abandonner son épouse pour ne pas rester piégé à ses côtés. Non, il n'avait pas fini de chercher la rédemption, et n'aurait peut-être jamais fini. Mais c'était quelque chose qu'il ne pouvait confier à l'enfant qui lui faisait face. Avec un visage impassible et une voix douce, il lui répondit des paroles plus agréables que ses pensées.
Limitons l'avenir à cette journée, voulez-vous ? Que pourrais-je vous offrir pour agrémenter votre humeur ?

Ce disant, il promena un regard expert sur la silhouette élégante de Constance ; quel cadeau pourrait rehausser la beauté de cette figure si précieuse ? Peut-être une nouvelle robe irait-elle à cette humeur si enjouée ?
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Mer 4 Fév 2009 - 0:06

S'il y avait une chose que Constance Edelgard appréciait dans l'attitude froide de son époux -attitude glaciale qui l'agaçait chez l'Inquisiteur-, c'était sans nul doute le regard digne d'un lion de marbre, de ceux qui ornent les fastueux Hôtels particuliers des Capitales, royaux, majestueux et nobles, que portait Octave sur elle. Ce genre de regard était comme un appel de défi pour la jeune femme, encore parcourue de mille orgueil de demoiselle. Et rien ne pouvait plus détourner son attention, cet irrépressible sentiment qui la poussait à le provoquer plus encore, que les mots, magiques, qu'avaient prononcés le Duc.

Un présent ? Constance frémit, il put le sentir, et elle leva le visage vers son époux. Rien de plus excitant qu'un cadeau, et le choix illimité qu'on lui laissait pour cette offrande. Une rivière de diamants ? Une toilette venue d'Italie ? Des éventails de Siam ... Elle rayonna dans l'immédiat, se serra contre son mari. Il n'était jamais plus beau que lorsqu'il lui murmurait ces mots-là, à moins que leurs dernières retrouvailles, ardentes, ne soit trop éloignées pour qu'elle ne se souvienne de la beauté dont il avait été serti.

" Un cadeau ?! " Répéta-t-elle, sans qu'elle ait besoin de réellement le faire. Malicieuse, la Duchesse se mordit la lèvre, comme elle l'aurait fait face à des paroles plus osées.

" Voudriez-vous m'offrir un chien ? Un petit, tout petit chien, qui me tiendrait compagnie. Pas l'un de ceux qui sont au chenil, ils sont gros, laids et bavent ! Je veux un chien qui rentrerait dans une bourse de soie. "

Elle n'avait pas vraiment réfléchi à cette demande, et avait parlé très vite. Comme toujours lorsqu'elle avait une envie subite, Constance n'avait pas pris le temps d'estimer les avantages et les inconvénients d'une telle demande. Car, elle, à première vue, un chien pouvait être affectueux et docile, il apparut alors dans son esprit qu'il serait peut être pénible d'avoir à entendre les jappements de l'animal si On venait la voir pour une chaste discussion nocturne...

Mais dans l'immédiat, il n'y avait que la vision d'un présent qui attirait son attention. Un petit chien, minuscule, un Carlin !

" Mais si d'aventure, il vous prenait l'envie de me rendre visite dans ma chambre, en plein nuit, nous pourrions enfermer ce petit chien dans mon boudoir... " Souffla la jeune femme, dont l'évocation d'un cadeau suffisait à l'aguicher. Ses bras serrèrent plus encore la taille de son époux, et ses lèvres, qui n'arrivait pas au visage d'Octave, se contentaient de se poser sur la chemise du Duc.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Ven 24 Avr 2009 - 19:21

- Nouveau sujet -


Les Exorcistes avaient bel et bien posé leurs bagages en Forbach, et il était temps pour les disciples du Père Marcus de faire leurs preuves. Trop de gens se méfiaient d'eux, et il fallait à tout prix qu'ils réussissent là où l'Inquisition échouait depuis trop longtemps. Ils seraient l'élite qui offrirait au bourg lorrain la tranquillité qu'il avait perdu.
Le problème, c'était que la partie ne s'annonçait pas gagné d'avance. Après le repas en compagnie des personnalités du coin, Piotre avait compris que Forbach était le théâtre de bien étranges manigances. Avant de se jeter tête baissée dans l'action, le groupuscule d'Exorcistes se devait d'en savoir plus sur tout ce qui avait amené à l'installation de la stupeur qui mena à des morts. Si des membres de l'Inquisition avaient été exécutés, c'est qu'il y avait entre les murs de Forbach des imposteurs qui se prenaient trop au sérieux, et plus que leur nom, c'est leur vie qu'allaient défendre Jonas et ses frères.

Ainsi, il fallait que chacun y mette du sien pour en savoir plus sur l'origine même des rumeurs de Forbach. Piotre adopta donc une technique relativement simple pour savoir où commencer : Vêtu le plus sombrement possible, il s'installa au comptoir de l'Auberge de la Croix Rousse, commanda une choppe qu'il n'entama même pas et laissa les choses suivre leur cours.
Après un quart d'heure relativement long, les deux hommes à la gauche de Piotre commencèrent à baisser le ton, et arborèrent un regard inquiet. Ils étaient sur la bonne voie.
Quand ils eurent fini, le franco-suédois fut capable de récapituler la situation. Les domestiques du Manoir Edelgard se plaignaient de l'apparition de phénomènes étranges frappant la demeure. Octave Edelgard, maitre des lieux, ne semblait pas y accorder d'importance et sa main-d'œuvre commençait à s'inquiéter.
Personne ne s'aperçut du départ de Piotre.

Dans la rue, il croisa un mendiant qui, en échange d'une belle pièce, lui indiqua la direction du Manoir Edelgard.
Lorsque Piotre aperçut l'imposante bâtisse, au loin, il s'arrêta net. Il vérifia que son livre d'incantations était bien attaché à sa ceinture, enroula rapidement, comme à chaque fois, son chapelet autour de ses doigts et murmura :

" Bon, les gars, j'espère que j'vais pas me planter. "

Un bref sourire en pensant à ses camarades, et le robuste était reparti. Arrivé devant l'inquiétant portail du Manoir, son air s'aggravit : C'était désormais l'Oracle qui attendait qu'on vienne lui ouvrir.
Ce fut un jeune valet qui, rapidement, vint aborder Piotre.

" Monsieur, vous êtes attendus ? "

Piotre baissa lentement sa capuche, et fusilla d'un regard noir le jeune garçon. Il avança la main qui tenait fermement le chapelet en sa direction et annonça :

" Les Esprits me redoutent, mais jamais ne m'attendent. Mène moi à ton maitre. "

A voir l'expression que prit le valet, la partie semblait bien engagée. Tout en ouvrant le grillage, il répondit, hésitant.

" Je vais voir si Monsieur Edelgard est disposé à vous recevoir. "


Alors qu'il n'y était pas invité, Piotre suivit le garçon, aussi perturbé soit-il. D'ailleurs, le brave valet n'osa reprocher le geste de l'Exorciste, même si la perspective de rester plus longtemps en compagnie de cet étrange personnage ne l'enchantait guère.
La lourde porte claqua, et Piotre s'arrêta. Tout en commençant d'observer l'environnement intérieur de ce "Manoir hanté", il attendit, espérant que la prochaine personne qu'il verrait serait Octave Edelgard, maitre des lieux.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Dim 26 Avr 2009 - 3:18

Lequel maître des lieux n'était pas d'humeur. Octave s'était terré dans son étude et laissait ses pensées s'assombrir. La nouvelle du départ d'Agnès ne l'avait que peu dérangé : le début de curiosité qu'il avait éprouvé envers la jeune fille lui semblait inapproprié de toute manière.

Le fait que Christian refuse à nouveau de se joindre à eux était bien plus contrariant. L'attitude du jeune homme allait de mal en pis, devenant plus irrationnelle à chaque occasion ; le duc ne comprenait pas, et n'avait pas eu le temps de se pencher sur ce problème. Il s'inquiétait des troubles qui devaient agiter l'âme de son invité, et qui risquaient d'entraver son devoir d'Inquisiteur. Mais il ne pouvait consacrer toutes ses pensées et son temps à une telle affaire : s'il était revenu en sa demeure, c'était pour prendre soin de son épouse.

Laquelle épouse s'était éclipsée peu de temps après le repas, disant être incommodée et voulant se livrer à une promenade digestive. Seule. Octave connaissait bien les caprices de sa femme et les lui avait toujours pardonnés ; mais pourquoi ce revirement soudain, alors qu'elle semblait si joyeuse à l'idée d'avoir son époux tout à elle ?

Tout ceci aurait pu n'être que légers désagréments, mais Forbach semblait décidé à ne pas laisser les Edelgard en paix. Le duc avait déjà entendu les rumeurs d'esprits et de fantômes ; il avait commencé par les traiter avec une incrédulité superbe, mais les murmures s'étaient répandus, jusqu'à ce que l'inquiétude le prenne. Lorsque l'on connaissait de première main les légendes de la région, l'idée de revenants ne paraissait pas si ridicule. Octave ne sut que penser de tout ceci, et puis les hantises vinrent envahir sa demeure. Les gens de la maisonnée commencèrent à parler de chuchotements nocturnes et de lumières étranges. Le duc avait ses propres fantômes, qu'il avait choisi d'ignorer, mais la rumeur était maintenant à sa porte, et elle enflait au fil des jours...

Lorsque le jeune serviteur vint le trouver alors que l'après-midi déclinait, annonçant qu'un individu inquiétait s'était présenté à la grille, parlant d'esprits, le duc commença donc par aller chercher son épée. Suivant le domestique vers le vestibule, il songea aux nouveaux arrivants à Forbach. Il avait consulté ses amis de l'Inquisition au sujet de ces Exorcistes ; le tableau n'était pas flatteur : rumeurs de fumisteries, une réputation de flambeurs extravagants, des manières de comédiens...Le front impérieux du duc se plissa et son regard se durcit.

Le hall d'entrée était à l'image de son propriétaire. Ce grand vestibule était aussi impressionnant qu'austère : les invités étaient accueillis par un vide intimidant, agrémenté çà et là de décorations sobres. Il y avait malgré tout quelques œuvres d'arts et objets de beauté, tous discrets ; un œil avisé pouvait voir là de subtils indices du bon goût du duc. Les pas du duc résonnèrent sans ménagement sur le sol dallé de noir ; le jeune servant ouvrit la bouche pour annoncer son maître.

Sa Grâce, le duc Edelgard. Votre Grâce, voici...

Mais le jeune homme se tut, l'air contrit, sans achever de présenter cet intrus. Octave lui jeta un regard noir : ainsi donc, ce visiteur aux allures d'ours encapuchonné n'avait même pas daigné donner son nom.

Le duc posa la main sur le pommeau de son épée et se planta face à l'Exorciste, rivalisant de taille avec lui et le jaugeant de son regard acéré. Octave était légèrement voûté et ses sourcils couvraient dangereusement ses yeux maussades ; la moue qui ornait son visage n'avait rien d'accueillant. Il regarda Piotre avec mépris, comme on considère un malandrin à chasser vite et bien. Sa voix résonna dans le vestibule, froide et pleine de morgue.

Je ne sais sur quel élan d'idiotie Johann vous a laissé entrer, mais je vous conseille de vous présenter sans tarder, si vous ne voulez pas être jeté dehors.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Lun 27 Avr 2009 - 1:34

Piotre avait tout le loisir d'admirer le hall d'entrée du Manoir Edelgard. Une pièce bien trop grande, peu décorée et finalement assez inutile. Elle était froide, et ce qu'elle dégageait ne plaisait pas trop au franco-suédois. Il aurait préféré un petit vestibule coloré et invitant à s'enfoncer un peu plus dans l'habitation, mais il allait se contenter de ce qu'on lui proposait ... Puis, dans le fond, il n'était pas là pour redéfinir l'espace de vie des Edelgard, mais pour imposer la légitimité de la venue des Exorcistes à Forbach, une mission délicate qu'il avait bien l'intention de mener à terme. Il y avait eu cette période de doute, à n'en pas douter, mais Jonas avait donné le ton : Il était hors de question d'échouer maintenant.

Maintenant qu'il était entré à l'intérieur du manoir, il fallait réussir à ne plus en sortir. La tâche s'annonçait ardue, et Piotre le comprit quand Octave Edelgard daigna enfin venir à sa rencontre, accompagné du valet qui de toute évidence n'aimait pas trop la présence de l'Exorciste. Le duc toisait clairement son hôte qui semblait plutôt indésirable. Ok, un riche duc, ça n'apprécie pas forcément qu'un étranger vienne chez lui, surtout pour prétendre qu'il est capable de rendre la sérénité d'un lieu hanté.
Si l'épée qu'il avait était sensé effrayé le jeune homme, c'était loupé. Piotre avait toujours eu une bonne étoile, et il ne craignait pas les menaces, plus ou moins directes, qu'on lui adressait. L'Edelgard était un notable de Forbach, il n'allait pas se salir les mains d'un sang que protège le pape.
Le pape, c'était sur ce vieux bonhomme que Piotre comptait. Octave était, cela se voyait, un homme cultivé. La pieuté du quadragénaire était lisible sur son visage, et c'était un très bon point. Malgré son air un peu rude, le duc allait peut-être déserrer les fesses quand il entendrait l'argument d'autorité que se réservait Piotre.

Pour le moment, c'était l'heure des présentations. La valet annonça son maitre avant que celui-ci ne soit au niveau de Piotre. Physiquement, ils s'équivalaient, mais le contraste entre le noble et le religieux était plus que perceptible.
Le problème vint au moment de présenter Piotre à Octave. Oui, d'accord, il avait omis de suivre le protocole. Et alors ? En tout cas, ça ne semblait pas plaire à Edelgard, qui offrit à Piotre un regard semblant signifier "Casse-toi de là, t'es pas le bienvenue". Piotre aurait aimé riposter, mais l'Oracle n'en avait pas le droit.

" Monseigneur, je connais l'étiquette. Il est certain qu'elle s'applique aux hommes de votre Rang, et que je faute en restant dans l'ombre. Mais, en pareille situation, pensez-vous bien utile de connaitre un nom qui, de toutes les manières, ne vous marquera pas ? "

Ouais, l'hypocrisie de la noblesse était plutôt harassante. Prendre la peine de parler des trois générations avant la notre pour se présenter, ça n'a pas grand intérêt. Tout en restant le plus humble et courtois possible, Piotre évita donc la question. Il reprit de suite, posant lui sa main libre sur son livre d'incantations, montrant qu'il était armé à sa façon.

" Ne nous arrêtons sur ce début d'entrevue qui aurait pu être, je vous l'accorde, plus concluant. Vous et moi savons, plus que les autres, qu'il y a en votre demeure un mal qui doit être jaugé et combattu. Si je ne m'étais présenté à vous, vous auriez d'ici peu fait appel à mes services, vous le savez tout comme moi. "

Bien, espérons qu'Octave retrouve le sourire, car Piotre n'était pas encore sur d'être autorisé à fouler le plancher du manoir plus longtemps.
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Lun 27 Avr 2009 - 3:11

Au moment où Piotre se mit à parler, le jeune domestique eut une très discrète mimique de soulagement, qui était tout autant provoquée par l'Exorciste que par son maître. En effet, le visiteur et son aura de mystère avaient fait forte impression sur lui, pauvre jouvenceau perdu dans une région étrange ; mais si l'inconnu le mettait mal à l'aise, ce qu'il connaissait ne manquait pas de l'inquiéter également. Il savait que si l'Exorciste avait employé avec le duc le ton qui l'avait fait entrer, son seigneur aurait mis l'intrus dehors manu militari, voire l'aurait embroché sur le champ. En voyant le noble prendre son épée, le jeune homme avait su que le duc était prêt à se livrer à une autre de ses tristement célèbres sautes d'humeur. Aussi fut-il rassuré lorsqu'il entendit le visiteur s'adresser à son maître d'une manière plus adéquate. Le duc était un homme juste et bon, mais il ne fallait pas essayer de lui faire passer la plume par le bec.

La colère d'Octave s'était en effet un peu atténuée, mais elle ne manqua pas d'être entretenue par les propos de l'Exorciste. Il eut un reniflement de mépris lorsque le mot "utile" parvint à ses oreilles. Le jeune ours avait beau esquiver courtoisement le sujet, il n'en continuait pas moins de défier le duc en gardant son nom secret. Son regard devint de plus en plus aigu devant l'arrogance que son vis-à-vis affichait ; à quoi servait de connaître l'étiquette si c'était pour la violer ?

Cependant, les paroles qui suivirent eurent le mérite de piquer l'intérêt du duc ; le seul signe en fut un froncement des traits de son visage, qui prenait une expression de plus en plus maussade. Octave jeta un bref coup d'oeil luisant de reproche à Johann, et à travers lui à toute sa maisonnée : il n'était pas difficile de comprendre comment cet individu était au courant des étranges évènements qui affligeaient le manoir.

"Vous et moi savons plus que les autres" ? L'espace d'un instant, Octave se demanda ce que savait l'Exorciste : pourquoi le duc en saurait-il plus que d'autres sur cette hantise ? S'il y avait bien un revenant dans le domaine, rien n'indiquait qu'il vienne pour lui plutôt que pour un autre. Le visiteur avait-il découvert quelque chose ? Avait-il monté les hantises de toute pièces pour faire chanter le
duc ? Alors qu'il examinait la situation en son for intérieur, Octave dut supporter le poids renouvelé de son crime, qui venait de lui être rappelé. L'inquiétude, les soupçons, la culpabilité...autant de charbons pour alimenter le brasier de son ressentiment.

Comme pour accompagner la dureté de son humeur, la pièce devint soudain glaciale, tandis qu'un souffle imperceptible de vent la traversait, effleurant chacun des trois hommes de sa subtile influence. Le seigneur, semblant poussé par cette sensation spectrale, s'approcha de l'Exorciste jusqu'à être presque nez-à-nez avec lui, et siffla entre ses dents.

Ne jouez pas avec moi, mon garçon. Je ne ferais pas appel à un homme qui se présente à visage couvert, qui refuse de révéler son nom et qui intimide mes gens pour venir faire intrusion chez moi.

Sa main était toujours sur la poignée de son épée. Derrière la dignité ducale, c'était la férocité qui poignait, celle d'un prédateur qu'on aurait dérangé devant sa tanière. Sa voix était un feulement rauque, dangereux, dans ses yeux couvait une lueur amère qui menaçait de consumer l'homme d'Eglise.

Mais à la source de cette violence, il y avait la peur ; Octave avait entendu les chuchotements aux détour des couloirs, à la nuit tombée, ces souffles qui se confondent avec le vent et vous font croire que votre esprit s'égare. Il avait entrevu les lumières, à la limite de la conscience, où l'œil croit distinguer une silhouette familière surgie du passé. La vérité était que le duc avait ressenti ces choses tout autant que ses serviteurs, si ce n'est plus. Et si ferme soit son incrédulité, il ne savait que trop bien quelle âme pouvait revenir des ombres pour le hanter. Octave éleva la voix avec un geste brusque.

Hors de ma vue !

Le jeune domestique eut un regard effrayé pour son maître, et pour l'atmosphère sinistre qui planait au-dessus de son front assombri. L'esprit du duc était trop fier pour y croire vraiment, mais les signes étaient bien là. Son hostilité envers l'Exorciste était aussi réelle que l'acier qui pendait à sa ceinture, mais il y avait une raison pour laquelle il ne l'avait pas encore jeté dehors...
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MessageSujet: Re: Manoir Edelgard   Lun 27 Avr 2009 - 17:54

S'attirer les faveurs d'un duc n'avait jamais été aussi difficile. Piotre en avait côtoyé, et jamais ils ne s'étaient montrés méfiants. Pareil à un messie, l'Exorciste était celui qui sauvait brillamment leur contrée des forces démoniaques qui y régnaient. Octave semblait malheureusement un brin plus cartésien, et il tenait dur comme fer à ne pas laisser son hôte capuchonné prendre le dessus dans l'échange.
Bon, Piotre était un homme de défi, et il n'allait pas s'arrêter au premier heurt rencontré. Il devait continuer à tenter de s'octroyer la confiance du noble, et la partie n'était pas gagnée. Il fallait alors tenter le tout pour le tout, et en s'obstinant, le jeune homme espérait intimider l'homme à l'épée.
Octave avait du caractère et de l'esprit, et c'était vraiment embêtant. Les gens intelligents se méfiaient de tout, et offraient une trop grande importance à l'insignifiant. En l'occurrence, il s'agissait du fait que Piotre ose ne pas se présenter. La conversation n'avançait pas vraiment, et s'il ne voulait pas vite faire demi-tour, le compagnon de Jonas allait devoir redoubler d'arguments et d'imagination.

Étrangement, la lourde cape de Piotre se mouva. Elle sembla suivre un courant d'air, mais il aurait été bien difficile au vent de passer la porte qui était bel et bien fermée. Passons, ce n'était pas là un détail sur lequel on devait s'arrêter.
A vrai dire, Piotre sentit plus le souffle d'Octave qui était nez-à-nez avec lui plus que le courant d'air. Il avait agacé le propriétaire du manoir, et bien que celui-ci reste digne de son rang, on sentait qu'il se retenait de relâcher sa colère. Bien, il fallait invoquer celui qui raisonnerait peut-être le duc.

Alors que le duc pesta contre Piotre, lui ordonnant de quitter les lieux, ce dernier baissa sa capuche, et ses yeux.

" Il y a quelques années, le Père Marcus se rendit dans un monastère suédois et prit plusieurs jeunes sous son aile. Il sentait sa fin approcher et voulut leur enseigner le fruit de toute une vie. Ce Sage en savait plus sur les esprits et démons que tous les autres, et son apprentissage était précieux. Nous, Disciples de Marcus, avons été formés à prendre la suite d'un Maitre parmi les Maitres.
Lorsqu'il partit rejoindre ses aïeux, le Père Marcus laissa ses élèves qui étaient prêts à lui rendre hommage. Grâce à son précieux Savoir, nous avons pu redonner le sourire et la foi aux populations qui depuis trop longtemps les avaient perdus. "


Tout en parlant, Piotre n'avait pas adressé un seul regard à Octave. Bien sûr, ce qu'il racontait ressemblait à un beau tableau qui s'éloignait énormément de la réalité, mais ce mensonge était utilisé depuis tellement longtemps qu'on ne pouvait avoir l'idée d'en douter. Il avait traversé l'Europe, et aujourd'hui, il ne serait pas remis en cause.
Reprenant son souffle et marquant une légère pause, Piotre reprit, d'un calme et d'une sérénité qui contrastait avec les paroles qu'avaient eu le duc quelques minutes auparavant.

" Monseigneur Edelgard, sachez que la présence des Exorcistes en votre bourg résulte de la volonté de notre guide, le pape.
Je suis Piotre Klausson, et je ne suis pas venu en votre demeure pour vous importuner mais pour que la volonté de l'Eglise soit faite, et que ce manoir retrouve la quiétude à laquelle il aspire. "


Bien, si maintenant Octave décidait de renvoyer Piotre, ce dernier n'aurait surement plus grand-chose à dire pour sa défense.
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Manoir Edelgard

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