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 Etalage de pommes

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Oblivius
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MessageSujet: Etalage de pommes   Mer 2 Juil 2008 - 20:50

Le froid présent dans la ville de Forbach n'atteignait pas Aeris en cet instant. La chaleur qu'elle ressentait provenait plus des efforts qu'elle faisait pour rester debout, appuyée sur son étalage, à essayer tant bien que mal de reposer sa jambe tout en triant les pommes qui seraient invendables. Les cheveux retenus par un carré de tissu d'un blanc grisâtre, la jeune femme aurait tout donné pour un courant d'air. Un simple courant d'air. Une brise. N'importe quoi, en vérité. Et finalement, elle décida de retirer son lourd manteau noir, quitte à se laisser lacérer par les crocs du froid. En cette fin de matinée, voilà la rousse simplement vêtue d'une robe beige dont le bas était gris-marron de poussière et de terre. Dans une heure, tout au plus, elle remballerait ses pommes, et retournerait dans son verger se reposer.

Les derniers clients passaient, et comme à l'accoutumée, Aeris faisait bonne figure, faisant presque la discussion. C'était un des seuls instants où elle se montrait aimable avec les autres. Une attitude de commerçant, sans doute. Sois aimable avec les clients, et ils t'achèteront quelque chose.
Mais autre chose la préoccupait, et derrière ses sourires, son regard se faisait absent. Voilà pas mal de temps qu'elle attendait des nouvelles des sorcières du Lys, pas mal de temps qu'elle attendait une aguerrie pour compléter son apprentissage. A vrai dire, plus aucune raison valable ne la retenait dans ce monde occulte, alors pourquoi tenait-elle tant à apprendre ? La curiosité, peut-être, ou bien l'envie de prendre part à la guerre qui se jouait. Peut-être encore, était-ce le seul moyen qu'elle voyait encore pour s'attaquer à l'Inquisition. Pour l'instant, elle était bien sans défense, à apprendre les théories de la sorcellerie. Sans défense face à tous les gens qui passaient autour des étalages, et qui se soupçonnaient, se cachant derrière des sourires d'hypocrites.

[ Je suis un peu rouillée, mais ça va revenir Very Happy A toi Vava ! ]
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MessageSujet: Re: Etalage de pommes   Jeu 3 Juil 2008 - 12:53

Une ombre se dessinait dans la brume dissipée d'un matin un peu trop froid. Au bout d'une rue menant au marché, l'Inquisiteur voguait, sans autre but que celui de remettre dans ses idées un ordre devenu manquant. La réunion des Inquisiteurs, il en sortait presque, du moins c'est l'impression qu'il avait, car la réalité, c'est qu'il l'avait déjà quittée depuis la veille et qu'il marchait telle un fantôme depuis plusieurs heures déjà. Le regard pas plus remplit qu'à l'accoutumée, le manteau pas moins sensible aux bourrasques que d'habitude... A part l'absence de son épée restée planté près du bûcher, rien ne distinguait l'ancien Géant du nouveau. Pourtant, il était bien différent.

Il arrivait déjà près des étales, le temps semblait passer bien vite. Machinalement, il s'approcha de ces amas de nourriture, parfois saine... Parfois un peu moins. Etrangement, lorsqu'il s'approchait assez d'un étalage pour faire de l'ombre au vendeur, celui-ci se reculait d'un pas en arborant un sourire des moins sincères. Avatar le remarquait, mais s'il devait s'offusquer de chaque sentiments qu'il inspire à ceux à qui il fait face, alors il n'aurait plus guère de temps pour chasser ses proies... Que leur lieu de réunion se trouve dans une foret, ou dans une collégiale...

Les odeurs des marchés alimentaires sont les moins appétissantes, un entrelacs de déjections animales, de carcasses pourrissantes, de fruits à la limite du comestible... A ce demander comment les gens font pour se nourrir de tout cela. Bien que la réponse soit toute trouvée : ils n'ont pas d'autre choix. Ce marché avait un quelque chose de très marqué pour l'Inquisiteur, il était -avec l'église et une masure- la première partie de Forbach qu'il découvrit lorsqu'une tisserande décida de faire la discussion à un géant vautré sur les bancs de l'église qui venait de retirer le sang qui ornait son visage grâce à l'eau du bénitier... C'est si proche, et pourtant déjà si loin. L'hérétique est toujours là, le fanatique toujours absent, mais le fou à cessé de se nommer ainsi, remarquant qu'il n'était en réalité pas au delà du niveau de folie de ce monde...

Pensant à tous ces souvenirs, bons ou mauvais suivant la façon de les interpréter, l'Inquisiteur ne fit pas attention à la pomme qu'il venait de retirer d'une étale. Si celle-ci avait été plus rouge, on l'aurait sûrement cru ensorcelée. Bien que la couleur n'importa en aucun cas à celui qui arrachait une partie du fruit, se rendant enfin compte de ce qu'il faisait. Les automatismes le forçaient tout de même à faire attention à ce qu'il portait à sa bouche.

Revenant rapidement du monde de ses pensées, Avatar tourna la tète vers celle qui tenait l'étale, peut-être lui avait-elle crié que c'était payant, ou peut-être n'avait-elle rien osé dire, dans tous les cas ça ne faisait nulle différence : Avatar n'avait rien entendu...
Le "bas peuple" est frêle. La vendeuse était jeune, et pas vraiment plus épaisse que les pommes qu'elle vendait. Le regard de l'inquisiteur resta de longues secondes sur elle, ce regard si craint, vide de toutes émotions, indescriptible, prenant et effrayant... Ce regard revenait peu à peu -sans pour autant etre accompagné d'un quelconque sourire-, l'Inquisiteur parvenait à se calmer, et ses habitudes revenaient, c'était une bonne chose, les évènements derniers étaient allés trop vite, le géant avait fait trop de choix irréfléchis, il était grand temps que cela change. Il est grand temps que le glas de l'inquisition vienne à sonner.

Enfin, pour l'instant, il est juste grand temps de payer la pauvre vendeuse de pomme. Avatar glissa sa main gauche dans son manteau, sans quitter la demoiselle des yeux, et il en tira une pièce dont la valeur devait dépasser celle d'une simple pomme, et peut-être même suffire à payer tout l'étalage. Mais l'argent n'a pas d'importance pour ceux qui en ont, et Avatar a une bourse pleine de ces pièces d'or dont il ne se sert que très rarement et qui, pourtant, suffisent à le propulser à un grande dont il ne se vente pas : celui de bourgeois... Mais alors, un bourgeois qui n'aurait rien à faire de bien vivre.


"Ceci devrait suffire, n'est-ce pas ?"

Et il tendit la pièce à celle qui lui faisait face. Le petit rond qu'elle dessinait au centre de la main d'Avatar n'était en rien représentatif de sa valeur, comme quoi l'homme peut aimer les valeurs abstraites : le coût, l'heure, la religion...

"Vous ne devriez pas paraître si préoccupée, Mademoiselle, c'est une marque de faiblesse qu'il est facile d'utiliser. Rangez votre étale si autre chose occupe votre esprit, car vous serez perdante si quelque chose venait à arriver parce que vous n'êtes pas en état de la surveiller."

Son regard n'avait pas bougé, sa main était toujours tendue et sa bouche fermée. Le ton monocorde employé n'avait rien de rassurant, pas plus que l'allure qu'il avait, ni que les "on dit" qui avaient dus le précédés lors de son arrivée : il n'est plus surprit de percevoir un "voila un Inquisiteur, baisse les yeux" en arrivant dans un endroit public... La réputation de l'église est magnifique, presque autant que la feinte de dévotion de ses adeptes.

"Et, si je puis me permettre, vos pommes auraient mérités quelques jours de plus sur leur pied."

Croquant une nouvelle fois dans le fruit, une esquisse de sourire apparut enfin, il reprenait petit à petit goût à une chasse à l'homme qu'il avait vainement fuit, tout irait mieux, maintenant : que la prochaine mort vienne, elle sera bien accueillit.
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MessageSujet: Re: Etalage de pommes   Jeu 3 Juil 2008 - 14:08

La foule s'animait, devenait nerveuse, tant et si bien qu'il fallait bien lever la tête pour voir ce qu'il se passait. D'après les murmures qui se passaient d'une oreille à une autre, l'évènement présageait d'un grand danger. Les mères disaient à leurs enfants de regarder par terre. Les gens s'intéressaient soudainement à ce qu'ils avaient devant leurs yeux, et cela ne voulait dire qu'une chose : Inquisiteur. Supposition confirmée par un murmure près d'Aeris.
Qu'un Inquisiteur passe sur le marché, cela était un fait rare. Imaginez donc la main de l'église se mélanger à la crasse et aux paysans, ces gens monstrueux, sans le sous, et donc sans le moindre intérêt. Cela voulait-il dire que d'autres sorcières allaient y passer ? Venaient-ils chercher quelqu'un ? La peur prenait le dessus.

Lorsqu'il apparut, ce fut une sorte de soulagement. Il était seul, et bien trop perdu dans ses pensées pour être en chasse. La haine domina de nouveau Aeris qui, après un regard mauvais heureusement passé inaperçu, retourna au tri de ses fruits.
La cagette des pommes qu'elle devrait jeter se remplissait doucement, lorsqu'une main en attrapa unes de celles cueillies la veille. Main qui se porta rapidement à la bouche de celui qu'elle avait vu arriver de loin : l'Inquisiteur. Il ne s'arrêtait même pas, et elle ne le permettrait pas. Inquisiteur ou non, il n'en restait pas moins qu'un homme avec un chapeau. Ce n'est pas sa peur qui lui ferait perdre une pièce.

"Monsieur, il vous faut payer !", cria-t-elle pour se faire entendre malgré le bruit de la foule qui refusait de regarder la scène qui se tramait. Peut-être était-elle folle d'interpeller pareillement un homme de ce rang ?

Le "monsieur" était obligatoire malgré la haine. Ce mot faisait croire à un certain respect dû à son rang. Et le monsieur, d'ailleurs fit quelques pas de plus avant de revenir vers elle. Ses yeux si vides l'observèrent un long instant. Un regard vide l'avait toujours terrifiée, c'était tellement impensable d'être éteint en surface ! Mais elle le soutint, ne cillant pas elle-même. Il la jaugeait sûrement, à moins qu'elle soit directement classée dans les "sans intérêt" vu sa situation ? Théodor, son ancien aguerri, l'aurait sûrement sermonnée pour pareille attitude, mais cela avait peu d'importance.

Enfin, il bougea, porta sa main à sa poche et lui tendit une pièce que la jeune femme regarda d'un œil intéressé. La pièce était d'un montant bien trop élevé pour une simple pomme, et si n'importe quel commerçant aurait pris la pièce sans commentaire -et Aeris était de ceux là normalement-, cet argent, dans la main de cet homme, devenait sale. Plus sale qu'elle encore. Ses yeux revinrent sur ceux de l'Inquisiteur.

"C'est beaucoup trop élevé pour une simple pomme."


Le ton de sa voix était calme, sans prétention. Toujours appuyée sur son étalage, la rousse sentait la douleur de sa jambe se calmer. Elle ne bougeait pas pour prendre la pièce que lui tendait l'homme au chapeau, mais les remarques qu'il fit par la suite ne lui plurent pas le moins du monde. S'il n'était pas satisfait par ses pommes, il pouvait très bien jeter son dévolu sur un autre étalage.

"Pour quelqu'un qui manque de voler une pomme, je trouve votre sermon exagéré."

Une pomme, ça n'était rien pour lui. Comprenait-il la valeur d'une pauvre pomme pour une petite paysanne ? Aeris en doutait, et préféra ne rien dire sur le dernier commentaire sur la qualité de ses fruits. Le froid n'aidait pas les pommiers.
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MessageSujet: Re: Etalage de pommes   Jeu 3 Juil 2008 - 15:17

"Une certaine continuité dans vos propos ne serait pas de trop. Si je surestime cette pomme assez pour vous donner plus que nécessaire, j'ai sûrement la permission de vous faire ce commentaire."

Les commerçants sont toujours trop quelque chose. Trop vicieux, trop hargneux, trop surs d'eux, pourtant ils ne sont pas les moins estimés par l'Inquisiteur, le "Mademoiselle" en étant la preuve. Mais celle-ci n'allait apparemment pas être des plus serviables... D'ailleurs cela commençait à fatiguer le géant de rester ainsi, la main tendue vers l'avant. Ainsi se décidât-il à poser la pièce sur une pomme, libre à la marchande de la prendre ou de la laisser là, car, de toute façon, l'homme n'avait pas moins à offrir en échange du fruit.
La jeune femme ne devait pas être très seine, tenir tète à un Inquisiteur pouvait se révéler dangereux, preuve en était les trois brûlées vives d'il y a quelques jours. Mais, Avatar n'étant pas dans l'un de ses meilleurs jours, devait paraître moins impressionnant... Peut-être... Ou bien était-elle tout simplement folle.
De toute façon, ce comportement était trop étrange pour etre normal, si elle avait souhaité réveiller les suspicions de l'Inquisiteur, la petite marchande n'aurait pu trouver meilleur moyen. Dommage pour elle.


"Puis-je vous demander quelque chose ?"

Aucune réponse n'était attendue, d'ailleurs la jeune femme n'aurait jamais eut le temps de placer le moindre mot entre cette interpellation et les phrases qui la suivront. Le regard de l'Inquisiteur n'avait vacillé, il était resté exactement comme il avait été placé, aucun sourire ne s'était plus esquissé sur son visage -ce qui n'était pas une marque d'incertitude dans le cas présent- et même son manteau semblait avoir cessé de réagir aux aléas du vent. Le temps était comme figé, et les passants évitaient soigneusement de désirer les pommes de l'étalage concerné par cette inertie.

"Pensez-vous qu'il vaut la peine de brûler tout le village et ses habitants ?... Oh, bien évidement, ce ne serait pas dans le simple but d'amuser une poignée d'Inquisiteur et de Nobles, ce serait pour exterminer le Mal... Ah, j'oubliais de préciser, je compte bien sur les Inquisiteurs comme des Habitants, sinon ça ne servirait à rien. Quelques centaines de tués pour sauver les âmes de quelques uns, si tant est qu'il existe des personnes parfaites capables de quémander au plus puissant le pardon de s'être laissé brûler. Ce serait un beau spectacle, voilà ce à quoi mon esprit était occupé à penser avant que je ne vous paye, on ne peut donc pas décemment dire que j'ai volontairement prit cette pomme sans y faire attention."

L'hameçon était lancé, il n'y avait aucuns doutes qu'un petit poisson y mordrait sans nulles difficultés, car l'homme est fait de manière à ne pouvoir se contrôler. Et puis, mine de rien, il n'avait pas réellement menti sur ce à quoi il pensait, car il y avait cela entre autre choses...
Mordant à nouveau dans la pomme, comme pour ponctuer son discours et laisser un temps de réponse à son interlocutrice, l'Inquisiteur préparait déjà dans son esprit les preuves qui pourraient corroborer ses dires. C'était une manière comme une autre de s'occuper l'esprit, après tout, bien que cette manière-ci ne fasse pas parti des plus saines qui puisse exister.


"Et, vous voyez, j'étais préoccupé, j'ai fait une erreur. Etant donné que je ne doute pas que ce à quoi vous pensiez puisse être moins important que cela, il va de soit que vous finirez-vous aussi par faire une erreur qui vous coûtera cette pièce posée sur la pomme, ou n'importe quoi d'autre d'ailleurs, en espérant que ce ne soit votre vie. Vous savez comment sont les gens, prêts à tout pour avoir un peu plus, le meurtre n'est qu'une banalité."

Allez savoir s'il parlait à ce moment là d'un quelconque voleur capable d'assassiner la demoiselle pour lui prendre son argent, profitant de son inattention pour faire cela sans bruits. Ou s'il parlait, au contraire, d'une erreur sur sa situation qui, tombant dans les oreilles d'une personne avec un minimum de facultés mentales, pourrait rapidement la faire brûler devant l'église.
Mais, bien évidement, cette personne ne serait pas Avatar, qu'avait-il à faire d'une vendeuse de pommes, jusqu'alors il était parvenus à récolter bon nombre d'informations, dont certaines sur une habitante du palais pratiquant la sorcellerie... Cette information était mille fois plus importante, pourtant il n'en avait soufflé mot qu'à Louis Institoris, sans dévoiler de nom, de fonction... Il n'en avait soufflé mot que dans le seul but de déstabiliser un dirigeant, et avec lui toute une institution. La marchande de pommes n'avait alors qu'une piètre importance, elle ne serait qu'une information de plus, un amusement de passage... Comme l'avait été Orphée et comme le seraient sûrement encore beaucoup de personnes.


"Maintenant, vous feriez mieux de ranger cette pièce avant qu'elle n'attire des prétendants... Nul n'est plus dangereux que celui désirant vivre mieux... De plus, si vous ne la prennez pas, vous ne pourrez plus dire que j'ai tenté de vous voler, car vous auriez alors refusé mon argent."
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MessageSujet: Re: Etalage de pommes   Ven 4 Juil 2008 - 2:06

Sagement, comme l'élève écoute son maître, la rousse écoutait ce que lui racontait cet Inquisiteur. Sciemment, la jeune femme ne répondait pas à certaines remarques dont elles jugeait les réponses inutiles, ou bien trop dangereuses pour elle. Répondre à un Inquisiteur que lui donner ou pas la permission de donner son avis ne changerait rien, et que de toutes manières, cela n'était pas son rôle, n'était pas très prudent. Même si son caractère impulsif en mourait d'envie malgré tout, Théodor, au bout de quatre années d'apprentissage, avait bien fini par faire rentrer une ou deux notions de diplomatie dans le crâne bornée de son élève.

Autour de la jeune femme, le temps semblait s'être suspendu, même le froid, elle ne le ressentait plus, et les seuls éléments en mouvement autour des protagonistes étaient les passants qui prenaient grand soin de ne pas approcher de son étalage. La matinée était terminée pour Aeris, elle ne vendrait plus rien aujourd'hui, mais son honneur et sa haine l'obligeaient à rester face à l'individu au chapeau, son ventre tiraillé par la peur.

A la question "Puis-je vous demander quelque chose ?", il était sûr et certain que la situation venait de prendre une autre tournure. Une tournure peu agréable, à vrai dire, et la jeune femme écoutait chaque parole avec un intérêt certain, cherchant à tâtons quel terrain emprunter pour ne pas déraper, refusant tous les commentaires intuitifs qui l'auraient menée droit au bucher. C'était une situation que chaque personne, sorcier ou non, cherchait à éviter. Mais toutes les autres n'auraient certainement pas qualifié un Inquisiteur de voleur pour une simple pomme.

Le regard dérangeant de son interlocuteur par son aspect inoccupé ne l'aidait pas à réfléchir. Aeris était loin d'être sotte, mais elle n'avait pas vécu près d'intellectuels. Malgré toute l'affection qu'elle portait à son père qui lui avait appris néanmoins à compter, il fallait avouer qu'il n'avait juste posé quelques bases, comme avoir un opinion propre. Savoir le développer et le défendre relevait d'un domaine inconnu pour la jeune femme. Parler n'avait jamais été son activité favorite. Les mots étaient bien trop trompeurs, surtout face à un homme imposant qui ne semblait pas idiot, bien au contraire, au vu des propos qu'il exprimait avec une aisance, qui, disons le, épatait la jeune femme.

"Avez-vous vraiment besoin d'une réponse à cette question ? Quelle personne saine d'esprit pourrait vous dire que c'est une bonne idée ? Comment peut-on comparer pareil acte à un beau spectacle ? Il me semble que dans cette ville, le feu soit devenu semblable au froid : un fléau. Mais mon avis importe peu, n'est-ce pas ? Si une telle action doit être entreprise, ce n'est pas l'opinion d'une vendeuse de pommes qui vous fera changer d'avis. Alors peut-être devrais-je vous supplier de ne pas me laisser brûler.

Il fallait choisir soigneusement ses mots, et les placer comme il se devait. Mais dans cette joute verbale, Aeris ne se sentait pas de taille. Chaque phrase qu'elle entendait la dépassait, et chaque réponse qu'elle donnait lui semblait lui faire faire un pas vers le piège qui lui était tendu. Mais bien sûr, il résidait en l'être humain un petit quelque chose d'innommable qui lui rendait impossible la tâche d'abandonner la partie.

Le regard de la jeune femme se tourna vers la pièce posée nonchalamment sur une pomme à mi-chemin entre l'apprentie sorcière, et son chasseur. Cette pièce qui instant plus tôt lui semblait sale représentait à cet instant une sorte de symbole, comme si le décompte de ses jours commençait avec la présence de cet objet ici, sur une pomme, sur son stand. Et si jamais elle la prenait entre ses doigts, cela voudrait dire qu'elle acceptait le fait d'être brûlée vive dans quelques jours, semaines, mois, choisissez donc vous-même. Si ce n'était cet Inquisiteur qui la découvrirait, c'en serait un autre. Dans ces circonstances, faire une erreur était impensable. L'Inquisiteur jouait, et elle, elle l'amusait.

Ses opales vertes qui s'étaient faites absentes le temps d'un regard pour la pièce reprirent de la vigueur lorsqu'elle les reposa sur l'Inquisiteur et l'aura de terreur qu'il dégageait à lui tout seul.

"Reprenez votre pièce, Monsieur. Puisque la pomme que vous avez choisie n'est pas à votre goût, je vous l'offre."

Une simple pomme représentait beaucoup. Sa vie, bien plus. Et même si la pièce que lui proposait l'homme lui aurait permise de vivre bien plus longtemps que l'argent qu'elle s'était fait depuis le début de la semaine, Aeris la refusait. C'était là sa manière de développer et de défendre ses convictions.
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MessageSujet: Re: Etalage de pommes   Ven 4 Juil 2008 - 15:40

"Je ne vous ai jamais demandé l'avis d'une personne saine d'esprit."

En un sens, ces quelques mots pouvaient très aisément être prit pour une insulte à peine voilée, pour une comparaison entre la marchande de pomme et une chose indigne de toute société... Pourtant, Avatar ne les entendait pas comme tel. Qui est saint d'esprit, de nos jours ? Le paysan qui s'use jusqu'à la fin pour gagner l'espoir de mourir dignement ? Le noble qui use ses esclaves en priant pour monter encore plus haut avant la fin ? Le prêtre qui use tous ses sujets pour avoir une vie plus que correcte et une mort digne de sa foi ?... Les flammes, ils les mériteraient tous autant qu'ils sont, l'Inquisiteur le premier.
Supplier ? Qui ? Avatar ? Où pourrait être l'intérêt. Supplier, oui, c'est la seule chose que l'homme sait faire lorsqu'il est mit face à l'inéluctable. Lorsqu'il est dos au mur et que la faucheuse lui tend les bras. Supplier son Bourreau, supplier son Dieu, supplier n'importe qui, ça n'a pas la moindre importance, mais il supplie car il est incapable de se battre, de faire changer les choses. Un gamin, dans une église, avait supplier le Tout Puissant d'épargner sa vie, de le laisser partir. Tout ce qu'il y gagna, ce sont des années de souffrance, avant que l'espoir disparaisse... Et une fois cette sensation futile et inutile totalement évaporée, il put agir.


"Si ça ne tenait qu'à moi, ce serait la collégiale qui brûlerait, à l'instant. Comme quoi nous ne sommes jamais que les sous-fifres de quelqu'un, les décisions nous concernent, mais nous ne les concernons pas. Alors n'ayez crainte, vous ne serez pas brûlée... Du moins, pas avec cette ville, après je ne peux rien vous promettre."

Il était grand temps de se reprendre. Après tout, rien n'était joué, cette réunion à la Collégiale avait servit en particulier à une chose : faire se connaitre les Inquisiteurs, et quelle bonne chose !
Mais, l'heure n'était pas à l'analyse de la veille, Avatar se distrayait avec une petite marchande un peu trop sure d'elle. Peut-être une sorcière -des moins discrètes dans ce cas- ou alors juste une personne à qui l'on a pas enseigner la crainte de son prochain -ce serait décevant- mais dans tous les cas une occupation de passage.
Récupérer la pièce ? Où en serait l'intérêt, elle n'appartient même pas à l'Inquisiteur. Elle est l'or du Clergé, l'or du peuple, et elle est totalement inutile à l'homme qui l'a posée là. Alors, autant ne pas la reprendre.


"C'est un beau geste, mais je préfère être un voleur honnête, si vous ne la voulez pas, elle restera là."

Le rôle d'Inquisiteur n'était pas le plus sur, mais il devait faire parti des plus intéressant. Ce pouvoir dont il disposait était presque vulgaire tant il avait d'ampleur. Cette possibilité d'accuser n'importe qui, du moment que l'on est capable de prouver ce que l'on dit -ou tout du moins de le soutenir. Et le seul moyen de venir à bout du mal qu'était la religion, était sûrement de se battre avec ses propres armes. Le soupçon, les délations, la manipulation, les seules possibilités de venir à bout du clergé... Dans l'optique d'une bonne utilisation. Mais, pour permettre ça, il est nécessaire d'en connaitre le plus possible sur ses hypothétiques alliés -bien que les sorcières soient plutôt un moyen pour l'Inquisiteur d'arriver à ses fins- cette vendeuse de pomme et ses secrets devraient donc être dévoilés, pour le bien de tous... Ou, tout du moins, celui de ceux voulant voir l'Inquisition tomber.

"... Quand au fléau, le froid tue des pauvres gens, il en est un. Le feu tue ceux dont on veut se débarrasser : il est une solution..."
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MessageSujet: Re: Etalage de pommes   Ven 4 Juil 2008 - 23:19

Il était temps de mettre un terme à ce jeu dangereux. Le ton en devenait presque insultant. Aeris n'était certainement pas une personne saine d'esprit, mais elle acceptait mal qu'on le lui dise. Surtout quand la personne qui se permet un tel commentaire fait partie de l'Inquisition. Pouvait-on être sain d'esprit en brûlant des gens vivant ? Cette question semblait étrange. A vrai dire, si le fait de brûler des sorcières était révoltant, la jeune femme avouait que tant qu'elle n'était pas accusée elle, la situation ne devenait pas alarmante. Néanmoins, l'atmosphère dans la ville était telle que tout le monde pouvait être accusé d'incarner le Mal, et d'être jugé et condamné par le Très Haut en un instant.

Histoire de reprendre un peu de consistance, Aeris enfila sa veste, reprise par le froid, et puis se remit à son tri avec un geste machinal. Mais la tâche fut finie en quelques minutes, et elle était bien obligée d'écouter son interlocuteur d'une oreille attentive, même si tentait de paraître occupée par son travail. Se détachant de son étalage quelques instants, elle prit la cagette pleine pour la poser sur le sol deux pas à peine derrière elle. Le simple fait de se baisser pour la mettre à terre lui arracha une grimace de douleur qu'elle élimina en un instant de son visage.
En se relevant, ses oreilles entendirent un discours bien intéressant. Brûler la collégiale ? En voilà une drôle d'idée pour un Inquisiteur ! C'était comme si une sorcière dénonçait son propre clan. Comme si un voisin dénonçait son quartier.

Revenant en boitant légèrement, une lueur s'était allumée dans le regard d'Aeris. Même le ton de sa voix avait changé, il était intéressé, moins défiant. La curiosité venait de remettre le jeu en route.

"Brûler la collégiale ? Le rôle de l'Inquisiteur ne serait-il pas de condamner les sorcières et non les siens ? Peut-être devriez-vous revoir les conditions de votre engagement. A moins que le Mal ne se soit terré au sein même de l'Inquisition ?"

La jeune rousse cachait son statut, oui. Mais en tant qu'apprentie, elle n'avait pas une grande place dans son clan. La brûler en place publique n'aurait pas grand impact, hormis celui de déclarer la guerre au Lys Noir, ou bien de répandre la terreur dans le village. Dans les deux cas, l'effet avait déjà été produit. Oui, elle risquait tout de même sa vie, mais c'était plus fort qu'elle, cette impuissance à rester sagement en retrait face à un Inquisiteur. Mais si elle avait quelque chose à cacher, elle n'était pas la seule. Quel Inquisiteur pourrait vouloir brûler l'endroit réquisitionné par l'Eglise pour qu'ils se rassemblent ? Cet homme commençait à devenir intéressant. Dangereux, oui, mais la curiosité entrainait Aeris sur les chemins tortueux de l'imprudence. L'erreur se profilait peut-être au bout de la route.

Ses yeux se reportaient à nouveau sur la pièce éclairée par un furtif rayon de soleil.

"Alors laissons la sur cette pomme. Peut-être finira-t-elle par trouver sa place."

Sa place, ou son clan.
Quand au reste de la conversation, il pouvait bien tomber à l'eau. La carcasse têtue de la jeune femme restait butée : L'Inquisition était le fléau. C'était elle qui avait amené le feu pour brûler les Hommes. Et ce n'était pas une affirmation pareille qui allait lui laisser la vie sauve.
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MessageSujet: Re: Etalage de pommes   Lun 7 Juil 2008 - 11:58

"Les Conditions de mon Engagement ? Si, il y a peut-être quelque chose disant Tu ne trahiras pas... Mais, pour le peu de règles que l'Inquisition ne surpasse pas, je peux bien me permettre de ne pas obéir à celle-ci."

Etait-ce un reflex de survie que de faire mine de s'intéresser plus aux sujets accusant une tiers personne qu'à ceux nous visant directement ? Car si c'est le cas, alors la vendeuse de pomme a réagit normalement, sinon, c'est un signe non négligeable.
Ce jeu était amusant, mais il en deviendrait vite lassant s'il tournait trop autours d'Avatar, il fallait diversifier les sujets : Elle, La Sorcellerie, Les Bûchers... C'était bien assez divers comme ça. Et puis, il faut bien avouer qu'un jeu dans lequel l'Inquisiteur n'a rien à perdre est tout de suite moins intéressant. Ici, il ne risque pas de sanctions, il ne risque ni le bûchers, ni une punition des sorcières... C'est vraiment pour se remettre en jeu qu'il cherche le moindre indice, aussi futile puisse t’il être.

Et la pièce, dans tout ça ? Elle restait là, la marchande avait rangée quelques pommes, mais elle avait soigneusement évité celle-ci, volontairement, bien sur, car la pomme se trouvait devant elle. Alors, il est si difficile d'accepter plus que l'on ne le devrait ? Abigael avait refusée également, il suffit pourtant de tendre le bras, et de dire merci. Avatar le faisait à chaque fois que l'Eglise le payait, et ça n'avait jamais été un problème, d'autant que cette argent finissait par s'empiler dans sa bourse, sans que jamais il ne s'en serve réellement.


"Et puis, l'Inquisition n'est pas une institution fermée, elle se moque de vos motivations, temps que vous faites mine de suivre ses intérêts. Quant au mal de celle-ci, vous avez insinué vous même qu'il y était présent, alors pourquoi me le demander ?"

Certes, c'était un mal différent de celui que représentaient les sorcières. Un mal moins sobre, moins humain, un mal capable de tuer quiconque est accusé de sorcellerie, à raison, ou non, un mal dont la volonté première n'est qu'une image, un leurre pour éviter qu'on ne découvre la vérité. Que la religion est belle !
Le vent reprenant peut à peu prise sur les environs, le froid également, mais la seule preuve de ce fait se trouvait sur le manteau de l'homme, qui se remettait à voler d'une façon très aléatoire. Un manteau désormais libéré de l'entrave qu'était l'arme de l'Inquisiteur, avant qu'il ne la renie. Avatar voulait faire mine de redevenir ce qu'il était, mais cela lui était impossible, désormais sa lame avait disparut, et sa ferveur dans son travail tout comme ses idéaux étranges en avait fait de même. La bonne voix était passée de la destruction pure et simple des sorcières à celle de l'Inquisition... Les hommes changent.


Le temps passait, le soleil se levait un peu plus à chaque seconde, et la fraîcheur matinale laissait place à la lumière douce de la fin de matinée. Il parait que certaines personnes sont sensibles à ces changements minimes de température, des personnes qu’un degré de plus fait transpirer, et un de moins fait trembler. Ce n’était apparemment pas le cas de l’homme, la seule chose que modifiait le soleil, c’était l’ombre de son chapeau sur le visage de l’Inquisiteur. Une ombre qui se faisait d’ailleurs un peu plus présente, allant jusqu’à masquer ses yeux, allant jusqu’à occuper la moitié de son visage, lui donnant une allure plus mystérieuse… Et donc sûrement plus effrayante, un Inquisiteur trop mystérieux n’étant jamais une bonne chose. Mais, le fait est que, pour une fois, cette ombre n’était pas voulue. Enfin, cela pourrait peut-être lui permettre de revenir au premier sujet…

"Enfin, tout dépend de ce que vous qualifiez de « Mal », bien évidemment… Mais, je suis sur que pour vous ça ne peut être que les Sorcières, dans ce cas non, le mal n’est pas dans l’Inquisition… Du moins, pas que je saches."


Dernière édition par Avatar le Ven 11 Juil 2008 - 12:02, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Etalage de pommes   Mer 9 Juil 2008 - 14:13

Les minutes défilaient, et le soleil remplissait sa part de travail. Le temps se réchauffait lentement, laissant présager une fin de matinée. Debout depuis de longues heures, Aeris aurait pu se rendre compte du changement de température, mais le vent qui s'engouffrait au fin fond de son manteau ne l'aidait pas. De même, sa discussion dangereuse avec l'inconnu qu'elle avait en face d'elle la rendait nerveuse, et si elle faisait tout pour ne rien laisser paraître, la jeune femme n'était pas sûre du résultat.

Et cet homme était intriguant. Les éléments naturels semblaient jouer avec lui. Les ombres de son chapeau commençaient à cacher des yeux vides qui s'éclairaient parfois par un reflet de lumière lors de vagues mouvements de tête. Le vent s'engouffrait dans son manteau, et s'il n'en frissonnait pas, le vêtement devenait mouvementé. Tout cela donnait un aspect mystérieux à l'Inquisiteur. Mystérieux, mais surtout terrifiant. Aspect accentué par ses dires. Il en disait trop, mais pas assez à la fois, et ses réponses esquivaient les questions. Il avait un don pour l'art du langage, et Aeris en devenait presque admirative.

"Quelle motivation pourrait pousser un Inquisiteur à ne pas obéir à une condition aussi importante ?"

Bien sûr, elle n'attendait aucune réponse à une telle question. Qui raconterait une telle chose à une inconnue ? Mais tous les mots que déclamait l'Inquisiteur l'intriguaient, et la rousse ne pouvait s'empêcher de lui poser la question.
Chaque phrase sur l'Inquisition comportait une part de rancœur, de haine ou de quelque chose qui y ressemblait. Aeris ne savait pas lire entre les lignes, mais des expressions telles que "tant que vous faites mine de..." tournées vers l'Eglise, ça, elle savait les comprendre. Etait-il réellement possible qu'un Inquisiteur ne rêve que d'un crime contre son employeur ? Avait-il découvert quelque chose de honteux sur l'Eglise ? Ou peut-être ne lui racontait-il que des mensonges pour l'attirer vers un faux pas.
Le marché débordait de personnes qui jetaient des regards terrifiés vers l'homme. Et les murmures lorsqu'il était arrivé ne voulaient dire qu'une chose : il était dangereux. En était-il encore à son coup d'essai ? Ça, la rousse en doutait. L'aura qu'il projetait était visible pour les petits comme les grands, et les mots qu'il plaçait si bien montraient qu'il savait parfaitement ce qu'il faisait.

"Vous savez, si j'étais une sorcière, je tenterais par tous les moyens de rentrer dans l'Inquisition. Pour mieux la faire tomber. Et ce, bien sûr, sans qu'on ne le sache."

Mais cette possibilité, était-elle à envisager ? Un sorcier pouvait-il faire partie de l'Inquisition ? N'était-ce pas "décelable" ? Dieu, leur fameux Dieu, pouvait-il détecter une quelconque trace de sorcellerie ? Avait-il doté ses petits soldats d'un don pour détecter les sorciers ? Etait-il seulement autre chose qu'un nom pour dissimuler des crimes ?
Pour la première fois, Aeris posa réellement ses yeux sur l'homme, comme pour savoir ce qu'il cachait. Elle ne vit qu'un homme comme les autres, possédant pourtant un charisme incroyable. Mais on ne pouvait que lui attribuer le sang de certains, et encore du sang à venir. Il semblait presque irréel tant il paraissait complexe.
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MessageSujet: Re: Etalage de pommes   Ven 11 Juil 2008 - 12:28

"Il y a tellement de motivations que je ne pourrais vous les conter."

C'est la seule réponse qui daigna sortir de l'esprit de l'Inquisiteur, qui ne se voyait en aucun cas déclamer haut et fort qu'il ferait tout pour en finir avec l'Inquisition, quitte à la faire brûler avec lui dans le bûcher qu'ils auront dressés à l'hérétique... Pourtant, il en avait déjà parlé. Avant, il ne s'en gênait pas, car il ne voyait point de défaite au bout de son chemin. Il ne pensait pas que sa mort puisse se faire sans qu'il n'eut le temps d'arriver à ses fins. Et il croyait cela à tort, peut-être par un dangereux excès de confiance... Peut-être par le même excès qui le fit, jadis, revenir vers ses bourreaux pour qu'ils fassent de lui un homme d'église -bien que ce fût uniquement par un contrat-, dans tous les cas, c'était tout aussi dangereux.
Depuis quelques mois -peut-être même un an- que l'ombre d'Avatar planait sur Forbach, plusieurs évènements avaient bousculés leurs vies, des évènements différents mais intimement liés qui firent tant évoluer la cité que celui qu'elle accueillait. De fou il était passé à lucide, et, ce changement ne se limitant pas à un mot, son comportement s'en était vue modifié. Accentué, même... C'était une erreur de se laisser ainsi submerger par trois morts, puis de rester insensible à trois autres. Et, après la réunion de la Collégiale, Avatar devait se rattraper aux yeux de Louis. Non pour qu'il lui fasse plus confiance, car la confiance n'est jamais réelle, mais pour qu'il se laisse plus facilement atteindre.
Toucher le coeur pour tuer le corps.
Même si, pour cela, il devait sacrifier l'anonymat d'une sorcière contre laquelle il aurait quelconque preuve... C'était un prix à payer.


"Si vous étiez une sorcière ? Vous seriez peut-être plus occupée à vouloir passer inaperçue qu'à vous faire remarquer en entrant dans l'institution des chiens de Sa... De l'Eglise, ma langue à fourchée, excusez-m'en. Dans une ville normale, peut-être tel stratagème marcherait-il... Mais, ici, à Forbach, rien n'est plus normal... Tous le savent, des Inquisiteurs viennent des quatre coins du pays pour nous retrouver dans la Collégiale, et ils n'y entrent pas pour faire leurs preuves... Les sorcières ont sur leurs traces les meilleurs hommes du pays, certes peut-être pas les plus Chrétiens dans l'âme -parfois peut-être les moins- mais ceux ayant des compétences suffisantes à la traque... Si vous étiez une sorcière, je vous conseillerai de quitter cette ville si vous tenez à la vie."

Rien n'était dit au hasard, si Avatar ne quittait pas la jeune femme des yeux, la raison était simple, c'est parce qu'il analysait chacune de ses réactions, chacun de ses mots. Les Inquisiteurs ont une facilité déconcertante à trouver suspect ce qui est habituel, cette particularité ne tient pas qu'à Avatar, elle est importante pour tous car être sur de soi et de ses convictions est le meilleur moyen de déstabiliser autrui, et de le faire se trahir. Tout simplement car l'homme n'est d'ordinaire jamais sur de lui... Incapable de faire les choix qu'il désire, il se contente de suivre le chemin qu'on lui trace. Avatar avait d'ailleurs décider de tracer un chemin vers le bûcher, sur lequel il placerait une, voir deux sorcières... Pour protéger toutes les autres, car, bien évidemment, ce chemin ne serait pas tracé pour La Noble... Ni pour La Tisserande...

"Alors, Mademoiselle la marchande de pommes, j'espère pour vous que vous n'êtes pas ce que je vous accuse d'être... Enfin, ce que je vous accuserai d'être si j'avais comme besoin de redorer mon blason."

Et la pomme, dans tout ça ? Cela faisait bien longtemps qu'elle était terminée, le trognon jonchait dors et déjà le sol, au milieu de tout le reste. Carcasse, abats, fruits dépéris, tout ce qu'il est possible d'imaginer sur le sol de l'enfer, excepté les corps humains... Mais, il y a déjà, mêlés à la terre, leurs cendres... Ce n'est, vous me l'accorderez, pas très différent de leurs dépouilles.
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MessageSujet: Re: Etalage de pommes   Sam 12 Juil 2008 - 20:10

Ayant terminé de contempler l'Inquisiteur, Aeris revint à la réalité. Le temps qui avait l'air de s'être arrêté, avait simplement continué son cours. La jeune femme regarda d'un œil absent ce qui se passait derrière l'homme. On s'y activait fermement, les clients s'étaient éparpillés, la masse semblait moins importante et cherchait à la dernière minute des aliments que les marchands rangeaient déjà. C'était l'excitation de dernière minute. Les cris se faisaient plus distincts, les bousculades moins enfermées. L'heure avait tournée, c'était la fin de la matinée.

Comme elle l'avait imaginé, l'Inquisiteur n'avait pas ressenti un quelconque besoin de se confier à elle. En même temps, elle ne pouvait pas le blâmer, elle gardait elle aussi ses secrets. Mais un Inquisiteur qui projetait de brûler la collégiale, ça n'était pas commun. Par contre, un Inquisiteur qui la soupçonnait d'être une sorcière, ça l'était. Pas qu'elle ait déjà été accusée, ou même suspectée, mais Forbach n'était plus une ville accueillante, pas même pour ses habitants. Theodor en fit l'expérience. Bien sûr, il était réellement un sorcier, mais avait-il vraiment mérité de brûler vif en place publique ?
Si elle n'y prenait pas garde, le destin lui réservait le même sort. Il lui avait souvent répété que la haine était un terrain dangereux, et qu'il n'appartenait qu'à elle se trouver le chemin pour en sortir. Mais cette idée ne lui avait jamais traversé l'esprit. Si, peut-être une ou deux fois, mais si elle prenait la peine de se poser la question, par quoi l'Inquisition était-elle animée ? La haine, elle en était persuadée. Alors autant se battre à armes égales.

"Il est plus facile de passer inaperçu là où on ne vous attend pas..."

Elle avait dit ça les yeux dans le vide, dans un murmure, en plein questionnement intérieur. Etait-il possible qu'une sorcière entre dans l'Inquisition pour pouvoir la faire tomber de l'intérieur ? Oh, elle ne pensait pas à son enrôlement futur, loin de là, mais à la possibilité qu'un, ou qu'une autre y ait pensé sérieusement. De toute façon, ce n'était pas une paysanne boiteuse qui serait prise au sérieux par l'Inquisition. A moins qu'elle n'ait des ressources cachées, et hormis faire pousser des pommes, la rousse ne voyait pas quelles compétences elle aurait pu mettre en avant.

Soudain, elle prit conscience du regard que lui portait l'Inquisiteur. Elle ne voyait pas ses yeux, mais il n'était pas difficile de deviner qu'il la fixait. Ses opales reprirent vie et scrutèrent un instant l'ombre que le chapeau avait jugé utile de provoquer. N'y voyant pas grand chose, et sachant que de toute façon, ça n'aurait pu l'aider à se dépêtrer de la situation qu'elle avait provoqué, ses yeux préférèrent scruter la silhouette imposante de l'homme, histoire de se convaincre qu'elle ne pouvait rien contre lui. A ce stade de la conversation, elle avait perdu une bonne partie de sa haine contre cet homme, tant et si bien que ça lui semblait complètement absurde. Il restait indésirable, pas comme un insecte dont on aurait envie de se débarrasser, mais comme l'énorme prédateur qui vient d'entrer dans votre territoire. Avec ce statut d'indésirable allait tout de même ce lot de haine -engendrée, rappelons-le par le "inquisiteur" qui le dénommait- mais les doutes qu'il parsemait dans ses paroles à propos de l'Inquisition diminuaient son taux d'hostilité. Ou du moins, l'hostilité que dévoilait Aeris. Le reste demeurait en elle. Haine, oui, mais n'en faisons pas trop quand même.
Forbach ne débordait pas d'autant de haine quelques mois auparavant.

"Vous me pardonnerez j'espère, Monsieur, de ne pas être ne serait-ce tentée par le Mal. Je reste à Forbach, et pour redorer votre blason, il vous faudra chercher ailleurs."

Aeris avait un petit sourire sur le visage. Ce sourire ni amical, ni commercial. Ce sourire qui vous dit "j'ai compris le message, merci bien", mais qui en même temps vous lançait une sorte de défi incompréhensible. Ses yeux s'étaient apaisés, et se reportaient enfin sur la pièce qui était restée bien gentiment sur la pomme, attendant que l'on daigne bien s'intéresser à elle. Et c'est ce que fit la jeune femme, prenant la pièce et la faisant passer entre ses doigts, l'observant comme pour s'assurer qu'elle était vraie. A vrai dire, elle se demandait plus si cet argent était sale ou non, puisqu'il était gagné en pourchassant ses sœurs. Mais à ce stade de la matinée, c'était trop bête de passer à côté d'une telle somme d'argent. Aeris était fatiguée, sa jambe ne la laissait pas en paix, et la présence d'un Inquisiteur sur son étalage n'avait pas fait bonne publicité. Alors, puisque c'était trop bête de passer à côté, la rousse finit par ranger la pièce dans sa bourse avec un signe de tête respectueux à l'homme pour le remercier.
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MessageSujet: Re: Etalage de pommes   Mar 15 Juil 2008 - 12:43

"Peut-être, mais, il n'y a pas un seul endroit dans cette ville, sur cette planète, où les Inquisiteurs ne soupçonnent d'obscures croyances. Nous ne somme pas, entre nous, de grands amis... Loin de là."

Elle se perdait, la marchande de pommes, ses yeux avant si certains devenaient désormais instables, indécis. Elle ne devrait pas se montrer ainsi, surtout pas après ses dires. Proclamer que des sorcières devraient "infecter" la collégiale, avant de se perdre dans ses pensées, qu'est-ce qui pouvait prouver qu'elle ne pensait pas à passer les testes, qu'est-ce qui pouvait prouver qu'elle n'était pas ce qu'elle disait ?... Au moins autant de choses que ce qui prouvait le contraire. Ce genre de comportement n'est pas bon à prendre en présence de l'église, encore moins avec Avatar, suspicieux comme il l'était devenu, le moindre éternuement pouvait passer pour une preuve accablante... De maladie.
Puis, elle se reprit, heureusement, car parler à une personne perdue dans ses pensées peut rapidement devenir comme parler avec un mur... Et, un mur parlant à un autre, telle conversation ne risque pas d'être très productive.
Ainsi la jeune femme accepta la pièce, finalement, il lui a fallut pas mal de temps avant de se décider, mais ce cercle de métal ne pouvait que finir ainsi, car Avatar ne l'aurait récupéré sous aucun prétexte, c'est certain.


"Le temps nous le dira, mademoiselle, il est le seul qui ne puisse mentir..."

Un bruit de roue, derrière l'Inquisiteur, un des marchant devait repartir à sa récolte pour avoir la possibilité de se représenter le lendemain. Eternel recommencement d'une vie pathétique, dictée par les autoproclamés, ceux dont le nom est précédé d'un titre de noblesse qu'ils se sont eux-mêmes octroyés par un vulgaire jeu politique ne valant même pas la peine qu'on y prenne part. Clergé, Noblesse, Paysannerie. Trois ordres facilement différenciables, il y a les forts, les seconds, et les faibles. Les forts disent, les seconds ordonnent, les faibles accomplissent. Et, bien évidemment, l'Inquisition n'est pas du coté des faibles.

Le marché se vidait peu à peu, la place redevenait passante, sans pour autant etre bondée, et Avatar savait désormais ce qu'il devrait revenir pour parvenir à ses fins. Finit le temps de l'humanité, seul le fou pouvait mettre un terme à la chasse, car l'homme est trop facile à atteindre, la preuve en a été faite ces derniers jours.
Remettant son chapeau un peu plus droit, Avatar répondit au signe de tète de la jeune femme par quelques derniers mots, en détachant son regard d'elle et en tournant quelque peu les talons, faisant face à une ruelle non loin de l'étalage.


"D'ailleurs, je vous demanderai de m'excuser, car je m'en vais 'chercher ailleurs' comme vous l'avez si bien dit. En espérant ne pas devoir vous recroiser sur mon chemin, les gens qui me voient deux fois voient trop souvent leurs secrets dévoilés... Alors cachez bien les vôtres, et bonne fin de matinée, Mademoiselle... Bonne chance."

Sur ces deux derniers mots il fit quelques pas en avant, plus il avançait plus sa silhouette s'estompait. On voyait son corps, plus que son manteau, et enfin rien de plus qu'une ombre parmi les autres, disparaissant dans les méandres d'une ville dont le destin était étroitement lié à la mort, dans les ruelles d'une citée qui se portait bien mieux quand elle n'était côtoyée que par ces filles de Satan...
Il disparaissait, mettant au même instant, au plus profond de lui-même, tout ce qui pourrait, plus tard, lui servir à nouveau. Car, de cette conversation, il y avait des choses à tirer...


[Faut que je me remette au rp sur ce forum maintenant que le scénar Inqui est finit, parce que sa va pas ça ^^’]
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Etalage de pommes

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