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 Les Noces Pourpres (#4)

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Meneuse
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MessageSujet: Les Noces Pourpres (#4)   Dim 12 Oct 2008 - 11:22


La tendre verdure du Printemps bruissait d’un vent léger dans le bois privé de la famille De Sarrebourg. Posée dans une petite clairière Madame De Sarrebourg feuilletait un gros livre à la reliure abîmée par l’injure du temps. Elle était grande et digne, même à moitié couchée dans l’herbe, elle gardait cette allure hiératique qui caractérisait son sang. Non loin d’elle, une petite fille à la chevelure d’ébène virevoltante, pleine de vie et de la joie naturelle relative à son âge tournait sur elle-même pour faire gonfler les replis de sa petite robe d’un bleu pâle et ornée de fines dentelles blanches. Le petit ange illuminant la clairière de ses éclats de rire termina sa danse avec le vent en tombant avec la légèreté d’une plume aux côtés de la belle femme, les yeux vers les nuages.
« Plus tard je voudrais être une princesse, vous savez comme la dame qu’on a vu l’autre jour à l’église ! Je pourrais avoir un grand château, de beaux bijoux et surtout de grandes robes comme les grandes Dames... Mère, vous pensez qu’il serait possible que je devienne une princesse ? »
La femme, toujours profondément happée par l’intrigue de son vieux livre répondit vaguement avec indolence :
« Ma chère… bien sûre, c’est plausible, il vous faudrait vous marier avec un prince, ce que votre sang pourrait, je pense, permettre…»
« Eh bien soit, en ce cas je me marierais avec un prince coûte que coûte ! » répondit la toute jeune fille avec une détermination qui fit sortir péniblement les yeux de sa mère vers ceux de sa fille toujours dirigés vers les cieux.
« Non Alicia ! Ne tenez plus jamais ces propos, pas vous… Vous ignorez quels sacrifices j’ai dû commettre pour vous épargner un mariage par intérêts ! »
La petite fille avait sursauté face à la vivacité des propos de sa mère, elle la regardait pleine de désarroi…
« Mais ma sœur… »
« Votre Sœur, la coupa sèchement la Veuve De Sarrebourg, je n’ai pas pu empêcher son emprisonnement, elle est à présent vendue au Comte de Forbach, elle est désespérée. Tandis que vous, ma belle Alicia, vous êtes libre… libre comme ces nuages au vent… »
Alicia ne comprenait pas tout, mais saisissait l’idée générale, elle ne put réprimer avec en sa voix une pointe de déception :
« Je ne serais donc jamais une princesse.. ? »
« Oh, nous le sommes toutes un jour, le jour auquel nous avons assisté pour notre chère amie qui n’a en rien l’étoffe d’une princesse, à l’église, Alicia, le jour de notre Mariage : bijoux splendides et robes de nacre, nous sommes toujours des princesses éphémères. Mais là encore ma chaire, croyez moi, c’est un renoncement de plus, et mieux vaut-il préserver la liberté de son cœur. »
Mais déjà Alicia n’écoutait que d’une oreille les propos de sa mère, envolée dans l’idée qu’un jour, elle aussi serait une princesse.
« Et même si notre nature nous empêche de le prévenir, continua la Veuve, l’Amour, sachez le, est une passion dévorante et meurtrière, un poison lent mais sûr, une souffrance traîtresse car bien déguisée. N’oubliez jamais ma fille : pour une goutte de miel au clair de lune, un flot de larmes au crépuscule…»

- Plusieurs années plus tard -

La chaleur montante de l’Été semblait ne pas pouvoir passer le grand arc brisé de la « maison de Dieu ». Les cierges de toute part étaient allumés diffusant dans la fraîcheur du lieu des lueurs complémentaires aux rayons colorés qui traversaient les vitraux dans les recoins les plus sombres de l’église. La haute bâtisse n’avait jamais été aussi remplie, pleine de grandes gens richement vêtus, tous tournés vers le prêtre officiant derrière son Autel. Devant ce dernier se trouvaient deux jeunes gens : une jeune femme habillée d’une magnifique robe blanche, coiffée d’une traîne magnifique, de l’aîné De Sarrebourg semblait émaner toute la lumière divine qui l’empreignait de par son sang et de par le lien qui était tissé depuis des années avec l’homme qui se tenait face à elle, presque inconnu à ses yeux mais que le destin lui avait cloué sur l’honneur par la main de son propre père.
La cérémonie de confirmation de leur alliance était exigée par les conventions de la famille du Comte dès que la jeune femme viendrait habiter dans le château de Frauenberg avec sa famille. Et sa famille était bien là, dans cette église, au premier rang : La Veuve de Sarrebourg fixait sa fille sans une once de fierté ou d’émotion, son regard était froid, ses rides déjà présentes n’exprimaient rien, seul son soupire trahissait son envie d’en finir, Alicia, elle, ne regardait même pas sa sœur qu’elle avait toujours relativement dépréciée au fond d’elle ceci se traduisant par une atonie sans égale.
Non, son attention se portait toute entière sur le Comte de Forbach, bien moins terrifiant que le lui avait décrit sa mère, Alicia trouvait en ses yeux une douceur, une sincérité, une intensité qui ne la laissait pas indifférente et qui éveillait en vérité en elle une jalousie muette envers sa sœur. Oui, la cadette De Sarrebourg voyait pour la toute première fois en elle, naître un feu qu’elle n’aurait jamais soupçonné pouvoir exister pour un être mortel. Elle ne se rendait pas alors compte que cette ardeur la pousserait à des actes sombres pour parvenir à ses fins et que ceux-ci la replongeraient dans une solitude amère. Elle ne voyait en cette heure que cette belle passion naissante…
Les derniers mots du prêtre raisonnèrent et alors que le Comte passa une bague scintillante au doigt de la Comtesse, Alicia et sa mère côte à côte relevèrent légèrement la tête comme pour prendre une distance nécessaire à une compréhension sécurisante de la situation qui venait d’être posée pour quelques temps, ou bien était-ce un mouvement de dégoût difficilement camouflable... Lorsque le Comte et la Comtesse se tournèrent face à l’assemblée applaudissant, d’un même mouvement toujours aussi calme et glacial, la Veuve de Sarrebourg et la Cadette se regardèrent sans un mot, sans un sourire, pleines d’entendement l’une et l’autre. Elles repensaient à cette conversation qu’elles avaient un jour eu toute les deux une matinée de printemps dans les bois alors que l’aînée était allée se recueillir sur la tombe de son père.


- Quelques années plus tard -

Les cimes rousses chantaient en chœur au vent d’Automne qui dispersait dans les airs les feuilles pourpres autour de l’Église de Zetting. Là devant l’autel catholique, se jouait une scène d’une similarité saisissante avec celle s’étant déroulée quelques temps auparavant : le Prêtre était le même, simplement plus vieux et plus bedonnant, le Comte était toujours là, le teint plus terne, altéré par les blessures de ces temps si douloureux pour tous, et la Mariée dans la grande Robe blanche ressemblait beaucoup à la défunte Comtesse. La scène semblait pour certains tout à fait effrayantes ce Comte fatigué et comme désarticulé face à cette femme dont le sang était le même que celui de la première épouse, un simulacre diabolique ! Mais pour Alicia comme pour bien d’autres, ce moment était merveilleux ! Elle vivait le plus beau jour de sa vie. Son fantasme le plus fou se jouait à présent et bien qu’elle fût certaine d’un rêve, elle savait avec la même certitude qu’il s’agissait de la plus profonde réalité ! Son cœur était gonflé d’une allégresse qui effaçait presque la crainte qu’elle éprouvait de voir son mariage si beau, si grand, si facile, détruit par des cœurs aigris et envieux.

Alicia prise dans cette bulle si fragile, devant l’homme qu’elle avait toujours aimé dans le plus profond secret, alors que ce dernier récitait ses serments, revoyait l’enchaînement presque irréel et d’une rapidité ébranlante qui l’avait menée ici : Après sa perquisition surprise, Alicia pleine de colère à l’idée que tout le comté soit ainsi mis sans dessus dessous et que peut-être l’une de ses sœurs de Lys puisse être cueillie par ces chasseurs belliqueux, se rendit dans les appartements du Comte pour mander des explications et voir quelles limitations des dégâts pourraient être faites. Mais alors que ces mots caressaient ses lèvres face au Comte jusqu’alors resté assis au bord de sa fenêtre les yeux vers la foudre, celui-ci observa intensément Alicia, d’une lueur mystérieuse qui la fit se taire sur le champ et qui accéléra son rythme cardiaque. L’homme qui gardait une immense beauté malgré la sculpture toujours plus sèche des années articula les mots qu’Alicia n’aurait jamais osé imaginer et qui par leur force la firent sombrer dans un état d’inconscience :
« Accepteriez vous de m’épouser ? ».

Elle n’eut pas à donner de réponse précise, étrangement tout se déroula à une vitesse folle : les différents conseillers dont s’entourait le Comte ne virent pas vraiment d’inconvénients, ils étaient simplement intrigués du peu de temps de deuil qu’il avait fallu au Comte pour choisir une autre femme, la sœur de la première en sus… En quelques semaines les préparatifs du Mariage étaient terminés. Tous étaient d’accord pour dire qu’il fallait que le mariage soit au point au plus vite et qu’il soit en grandes pompes pour rassurer et réjouir les habitants de Forbach d’un peu de bonheur. Ainsi Alicia avait l’impression d’être toujours debout dans la chambre du Comte, l’air hébété alors qu’elle était sur le point de devenir Comtesse face à des dizaines de personnes, tout dépendant à présent d’une affirmation qu’il lui fallait donner maintenant… Ca semblait si simple, tout semblait si facile, tout tenant là, en un mot, en une syllabe, en trois lettres qui selleraient cette alliance
« jusqu’à ce que la mort les sépare ».

Pourtant l’enjeu était grand, bien plus vaste que la petite personne d’Alicia, et elle le savait : la Meneuse du Lys Noir devenue Comtesse signerait l’ascension du clan au plus haut, lui assurant pouvoir et sécurité. Voilà qui serait une belle revanche contre la tribu d’Olrun dont la dernière trahison avait récemment presque réussi à briser la vague de bonheur d’Alicia : Adrien d’Hasbauer, après qu’Alicia ait été profondément convaincue de sa migration vers le Lys suite à une longue conversation dans sa chambre au Château, avait finalement été promu Prêtre d’Olrun, ces vipères étaient prêtes à tout pour enrayer l’avancée du Lys Noir ! Et Alicia redoutait leur venin plus que jamais à présent qu’elles étaient dans l’alcôve sacrée dans laquelle elles risquaient de voir leur clan se faire écraser. Avec ce facteur stratégique en jeu, la jeune femme en oubliait presque la plus grande ombre qui ne s’étendait, quant à elle, non pas sur le tableau, mais dans sa toile : cet Amour soudain du Comte était-il des plus sincères ou bien le reflux renaissant du fameux envoûtement d’Alicia il y a des années? Alicia connaissait bien entendu la réponse au fond d’elle, subconsciemment, elle avait vu son regard à l’enterrement de la Comtesse, elle l’avait revu le soir de la perquisition, et il n’était plus animé de cette sincérité caractéristique. Mais la jeune femme avait déjà brisé son rêve une première fois, et elle ne le survivrait pas une seconde.

Oui, il fallait qu’elle prenne sa revanche : sa revanche sur la tribu d’Olrun et son oppression, sa revanche sur sa sœur, sa revanche sur son propre cœur, sa revanche sur la Vie !
« Oui », elle se mariait et était désormais Comtesse de Forbach ! C’est quand le prêtre demanda s’il subsistait une opposition à cette alliance dans l’assemblée qu’Alicia se crispa, n’osant regarder que son futur mari bien aimé et se rassurant de la présence qu’elle sentait bienveillante des sorcières du Lys Noir plus en nombre que celles d’Olrun. Les grandes portes s’ouvrirent alors, après quelques secondes d’un intense silence, leur grincement menant avec lui la lumière pâle d’un ciel un peu couvert sublimant les couleurs des feuilles rouges et or qui flottaient devant la diligence apprêtée pour le Comte et la Comtesse. Tous sortirent ainsi dans une clameur festive dominée par de fortes voix annonçant à tous le Grand Bal en l’honneur du Mariage au Château de Frauenberg le lendemain soir, la voiture déjà en route sur le pavé tel un carrosse de Conte de Fées.

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Dernière édition par Alicia le Ven 25 Juin 2010 - 22:27, édité 6 fois
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MessageSujet: Re: Les Noces Pourpres (#4)   Dim 12 Oct 2008 - 11:22

- Un jour plus tard -


Le soir tombait paresseusement sur la ville de Forbach, le soleil prélassant ses lueurs dorées qui étalaient toutes les ombres démesurément, le ciel se parant de fins voiles nébuleux du rose au violet en passant par ce rouge amoureux qui imprégnait cette soirée de joie et d’émotions. Le grand portail des Somptueux Jardins était grand ouvert, dévoilant le parc dans toute sa splendeur crépusculaire, de longs buffets y étaient dressés garnis de victuailles savoureuses, alliances calculées de saveurs exotiques et autochtones, et déjà la plupart des convives de la classe sociale la plus basse y étaient attablés dans leurs plus belles tenues qui étaient bien pâles faces aux somptueux habits qui tournoyaient un peu plus loin… En effet, suivant un petit chemin dans le jardin, les invités arrivaient aux marches de pierres qui approchaient la grande porte du Hall, les portes étaient ouvertes des deux battants, de cette ouverture jaillissaient des gerbes de lumières et des airs des plus raffinés de musique classique.

Le Hall, immense antichambre du Château emplie de chandelles dont les plus lumineuses se trouvaient sur le grand lustre au sommet de la pièce voûtée. Au fond du Hall, face à la porte, un peu en hauteur sur un palier après quelques marches se tenait l’orchestre composé principalement de violons jouant avec une synchronisation impressionnante les morceaux les plus entraînants ! Face à eux la foule tournoyait en rythme, les faux pas étaient rares, et pour cause, peu de paysans maladroits osaient entrer dans ce cercle effréné où dansaient surtout les nobles aux maquillages excentriques. Les rires emplissaient la grande salle, les exclamations, la joie, les alcools enivrants ! Tous s’amusaient et ceux n’entrant pas dans la danse étaient éclipsés par l’émanation intense d’allégresse qui régnait dans la salle de Bal.

Alicia se trouvait ici dans son élément, et même l’idée un peu révolutionnaire d’inviter des petites gens dans leur grande demeure ne l’irritait pas trop, tant qu’ils gardaient leurs distances après tout… Tous étaient grimés voir même déguisés, la fête était à son comble, les réjouissances à leur paroxysme. La Comtesse portait une grande robe blanche immaculée non sans rappeler sa robe de mariage bien que de couture différente. Elle se distinguait ainsi fortement de tous. Ses cheveux noirs étaient attachés, tressés et liés dans un entremêlement fin et harmonieux agrémenté de rubans blancs, ses lèvres portaient une teinte pourpre séductrice, ses yeux vert émeraude étaient merveilleusement mis en valeur par un maquillage noir nuit un peu insolite formant presque un loup vénitien. Plus belle qu’elle ne l’avait jamais été et pour le seul homme qui l’ait jamais faite rêver, Alicia tournoyait avec tous ces autres qu’elle ne reconnaissait pas toujours mais qui s’amusaient comme elle, hottage de ce tourbillon de félicité. Elle était là pour s’amuser et fêter cette union, cette victoire, ce rêve qui s’était réalisé…

Le battement cessa soudainement avec la musique, toutes les personnes avec qui Alicia dansait et rigolait s’écartèrent d’elle au milieu du Hall, cette dernière effaça délicatement le grand sourire qu’elle portait mais n’étouffa pas la lueur euphorique de ses yeux qui se posaient à présent sur le Comte s’approchant d’elle dans un habit chatoyant de rouge et d’or, de son pas assuré et gracieux. Il passa une main chaleureuse derrière son épaule et elle dirigea la sienne vers son autre main alors que les violons commençaient à donner le rythme classique d’un menuet original assez rapide dont Alicia imaginait facilement la compositrice... Les larmes aux yeux tant l’émotion la soulevait autant que le bras puissant de son époux, Alicia croyait flotter dans les airs tant ce rêve était réalité, tant cette réalité était rêve. La danse s’accélérant les emportait tous deux dans des courbes gracieuses et feutrées, ils tourbillonnaient comme ces feuilles rougeoyantes qu’on voyait danser au-dehors. La Noce d’automne était toute émue de la beauté, de ce bonheur, de cette union éternelle qui valsait symboliquement à travers le temps et l’espace…

Tous les regards portés sur les deux danseurs du centre se reportèrent sur la personne face à eux et saisissant une mesure nette, tous les couples se mirent en mouvement dans une chorégraphie envoûtante ! Alicia regardait les beaux yeux de son aimé lorsqu’un coup de tonner éclata avec force résonnant dans la pièce, heureusement, rien ne pouvait faire cesser la musique et donc la danse… Mais alors qu’Alicia regardait furtivement deux serviteurs fermer les grandes portes du Hall, elle sentit le temps s’altérer subitement, s’allonger. Oui le rythme de leur menuet ralentissait, ne suivant plus la musique, leur danse s’alourdissait, les yeux du Comte qu’Alicia fixait ne la regardaient plus elle mais le ciel. C’est alors qu’Alicia entendit autour d’elle les cris terrifiés des invités pétrifiés par la peur et l’horreur. Alicia sentit sur la peau de sa poitrine une chaleur humide. Les yeux écarquillés sur le visage blafard du Comte, la jeune femme toucha, sans quitter son mari du regard, sa robe au niveau de son cœur, et relevant sa main au niveau de ses yeux elle aperçut la couleur pourpre du sang.

Le corps raide du Comte dont les bras gardaient leur position de danse se renversa alors en arrière pour s’écraser au sol. Les cris puissants de l’assemblée cessèrent et un silence de Mort figea le temps. Plus personne n’osait bouger, tous regardaient le Comte, Alicia comprise. Debout, seule, sa robe blanche portant une tache rouge et immense au cœur, la main toujours portée à hauteur de son œil, ses doigts ensanglantés se replièrent lentement, son regard toujours grand et planté dans le vide qui avait succédé à son mari face à elle. Des larmes incontrôlées et frénétiques s’échappèrent de ses yeux pour couler le long de ses joues traçant de longs traits noirs en diluant le maquillage, comme si son corps lui-même réagissait plus rapidement que ses pensées. Dans ce silence presque religieux Alicia toujours entourée de ses invités statufiés à quelques mètres d’elle, entrouvrit la bouche sans qu’un son ne puisse en sortir, elle tomba alors à deux genoux à côté du corps inerte à jamais du Comte de Forbach dont le costume semblait intacte. Seule la flaque de sang dans laquelle Alicia venait de s’agenouiller et qui s’étendait circulairement vers les convives, trahissait une balle en plein cœur.

Un cri tel que les dieux n’en entendirent jamais fendit le silence et sembla ébranler tout le château. D’une puissance jamais avoisinée, semblant retentir de partout en même temps, résonnant et hurlant en échos, un cri d’une longueur infinie. Alicia semblait vouloir y laisser jusqu’à son dernier souffle de vie, elle voulait que par ce cri son Âme la quitte et rejoigne celle du seul homme qu’elle ait aimé, qu’elle aimait, qu’elle aimerait, et qui lui avait été retiré avec la violence la plus humaine et donc la plus cruelle que l’univers ait pu engendrer. Son cri était aigu et déchirant, il entrouvrait les cœurs car il était profond. C’était le cri de la sirène en colère, celui de la divinité blessée… celui de la femme dont l’amour mourrait sous ses yeux. Impuissante face à la Mort, Alicia regardait les yeux à jamais éteints du Comte, ses larmes teintées d’un noir d’encre tombant sur les lèvres blanchies de l’enveloppe charnelle qui s’étendait sous elle. Chaque goutte se reflétait dans les yeux verts d’Alicia étendant sa pupille à toute son iris, reflétant au mieux son âme et le ciel au dehors qui s’assombrissait et grondait. Dans la continuité de l’expression de cette douleur un courant d’air inexplicable, d’une violence glacée, s’engouffra dans la salle en poussant les grandes portes, faisant voler les robes de l’assemblée et soufflant toutes les lumières.

Dans une pénombre effrayante, la voix d’Alicia expira enfin, alors que les derniers retentissements de son Cri s’évanouissaient multipliés comme les éclats d’un miroir brisé. On entendit alors ses sanglots mêlés à de longues plaintes. En elle, quelque chose était tombé ce soir… Toute chaleur avait quitté son cœur. Elle était plus seule que jamais. Elle essayait d’ouvrir les yeux, de s’éveiller, de sortir de ce rêve devenu le pire cauchemar imaginable, mais rien ne changeait, que la douleur grandissante de se rendre compte de la fatalité de cette réalité. Cette réalité qui s’étalait dans toute sa tragédie face à elle : son père, sa mère, sa sœur, tous étaient morts mais l’affliction de leur perte n’était rien face à la souffrance qu’Alicia sentait lacérer les derniers lambeaux de ce cœur qu’elle voyait s’étioler au vent d’Automne… Face à la misérable scène de la Comtesse se morfondant dans ce lac de sang, les gardes et les quelques membres du Lys présents reconduisirent les invités vers la sortie malgré l’orage. La tribu d’Olrun avait commandité cet assassinat, la Meneuse en était certaine, elles devraient donc s’attendre au cataclysme le plus sanglant sur leur siège, plus une once de pitié n’animait la conscience de la jeune Veuve, et le premier qui paierait serait celui-là-même qui avait tenu le pistolet. Le reste de sa vie était parti en fumée, Alicia n’avait plus que deux accroches : le Lys Noir et la Vengeance…


« Pour une goutte de miel au clair de lune, un flot de larmes au crépuscule… »

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MessageSujet: Re: Les Noces Pourpres (#4)   Mar 14 Oct 2008 - 4:52

Les splendeurs se confondaient entre elles en un magnifique amalgame de couleurs et de paillettes formant une mosaïque impressionnante comme on ne pouvait imaginer que dans sa tête lisant et relisant les contes de fée qui avaient bercé l'enfance de la plupart des convives de ce grand bal aux allures princières dans une atmosphère qui devait avoir été dérobée au paradis. Du moins était-ce l'impression qui se matérialisait dans la pensée d'une jeune paysanne qui non point impressionnée d'assister à son premier bal, assistait en plus à un bal de noces de la noble classe supérieure. Jamais, même dans ses rêves les plus romantiques, elle n'aurait osé s'imaginer dans un décor aussi enchanteur et festif que celui-ci. On n'entendait que la musique au son de laquelle ceux qui savaient y faire dansaient allègrement, le sourire aux lèvre, les pieds légers comme s'ils avaient été pourvus des sandales ailées d'Hermès, le messager des dieux, qui, si vraiment avait été sur place, ç'eût probablement été pour avertir les fêtards que la nouvelle demeure des dieux était le château de Frauenberg.

Oui, c'était bien étonnant que les paysans côtoyaient en cette soirée, où plus aucun souci n'avait d'importance, les nobles, qui, normalement, eux, se cachaient dans leurs carosses richement parés, derrière les hautes murailles de leurs demeures sagement gardées ou sous leurs ombrelles valant plus que la vie de ceux qui les avait créées. Mais encore, était-ce plus étonnant qu'une jeune femme de condition très modeste du nom de Joan Witham assistât à un événement social de la sorte. Bien évidemment la rouquine n'avait pas pris seule cette initiative : elle y avait été pressée par Catherine. La vieille femme malade et toujours allitée avait pratiquement obligé sa pupille à sortir pour s'amuser un peu, elle qui n'avait toujours pas appris à se départir de la rigidité inculquée par sa mère. Mais, bien sûr, pour s'éviter une sortie en publique autre que la quotidienne visite au marché le matin, la jeune femme timide avait prétendu ne pas pouvoir se montrer dans une soirée mondaine dans une robe faite pour nourrir les cochons, bien qu'il n'y avait plus de cochons sur la ferme depuis des années. Mais la nourrice ayant vu bien des printemps avait prévu la réponse et elle réservait une surprise sa fille spirituelle. Bien gardée dans sa malle personnelle que Joan n'avait pas le droit d'ouvrir en temps normal (tout le monde peut avoir une intimité) se trouvait une robe étonnament bien conservée malgré les années. Oh, ce n'était rien de comparable aux robes et aux parures arborées par les jeunes aristocrates, et elle n'avait certainement pas la grâce des bourgeoises à qui il ne manquait qu'un titre, mais dans cette robe noir ébaine et beige, au corsage écarlate et aux manches froufroutantes. Elle était réellement jolie, probablement pour la première fois de sa vie, mais avant de partir, un geste automatique l'avait stoppé devant la porte : sur sa tête, il manquait quelque chose, une coiffe. Mais Catherine la lui avait prise et elle refusait de la lui donner. En échange, celle-ci tressa deux mèches de cheveux de Joan et les remonta sur sa tête, laissant le reste des cheveux ondulés pendre sur son dos. Catherine regarda sa pupille avec fierté, elle était vraiment belle, mais elle regretta la saison des feuilles mortes. Si le Comte avait choisi de se marier au printemps, Joan aurait pu se parer de belles fleurs fraîches.

Mais l'important, en cette soirée, c'était que tous les soucis s'envolaient pour l'espace de quelques heures de festivités. La boisson coulait à flot et la nourriture abondait comme Joan n'en avait jamais vu. Elle mangea comme elle ne l'avait pas fait depuis longtemps, mais comme sa nature l'exigeait, elle se sentit coupable de pouvoir manger alors que Catherine était seule à la maison et qu'elle mangeait du chou bouilli. Ainsi, du coin de l'oeil, elle vit une paysanne, qui n'avait pas eu la chance de se trouver une robe plus habillée et qui avait quelques années de plus que Joan, cacher de la nourriture sous son tablier... Évidemment, cette soirée ouverte à tous les habitants de Forbach avait attiré des personnes simplement avides de nourriture. Joan ne pouvait les blâmer de faire tourner ce bal féérique en marché publique gratuit... Il y avait tellement de gens qui mouraient de faim, et elle-même, si elle avait été pourvue d'un tablier ou d'une hotte, elle aurait probablement pensé à faire la même chose. Mais elle n'avait jamais porté une aussi belle robe, et il était hors de question de la salir de graisse de canard.

Joan préféra plutôt se concentrer sur la fête. La mariée était superbe. Selon ce que ses soeurs d'Olrun lui avait dit, elle était la meneuse du clan du Lys noir. Joan était encore un peu mêlée en ce qui avait trait à la rivalité entre les clans qui autrefois n'en formait qu'un. Elle regrettait cette cission, mais elle ne pouvait s'empêcher de ressentir de l'animosité envers ces sorcières du Lys noir qui croyaient dur comme fer à la supériorité du sang selon leur rang dans la société. Comme tout cela était plutôt flou, elle se disait à ce moment-là que cela ne devait pas être aussi pire qu'on le disait si la nouvelle Comtesse avait accepté d'accueillir la classe la plus basse à son bal de mariage. Quoiqu'il en soit, Joan lui était secrètement reconnaissante, ainsi qu'à Catherine, elle n'aurait jamais cru qu'elle s'amuserait réellement. D'autant plus que c'était la première fois qu'elle goûtait à l'alcool, sa tête tournait et c'était un sentiment enivrant. Elle se laissa même inviter à danser par un jeune homme qu'elle ne connaissait pas. Elle ne se soucia pas du fait que pratiquement seuls les nobles occupaient le centre de la salle. Elle oubliait ses indiscrétions avec la jeune femme du marché, la visite de la religieuse inquisitrice chez elle, malgré le fait que cette dernière continuait de la surveiller, elle oublia même la fausse piété dont elle se prévalait en se présentant à la messe et à la confesse à toutes semaines. Elle se sentait si hypocrite de ce qu'elle devait faire pour éliminer les soupçons, mais cette soirée était une occasion de se départir de tout, mais absolument tout ce qui avait mal tourné dans sa vie, de la mort de son père, jusqu'à sa chute dans le puit, en passant par le départ de sa mère pour le couvent qui l'avait reniée au passage.

Mais dans la frivolité de la fête, soudain quelque chose sombra. Ce fut le ciel qui s'obscurci en premier comme s'il avait prévu ce qui arriverait et qu'il donnait pour l'occasion une atmosphère appropriée. Tout se passa trop vite, mais Joan eut le temps de voir ce qui se passait : le Comte nouvellement remarié s'était effondré sur le sol, il n'y avait nul doute qu'il était mort. Son épouse poussa un cri d'une épouvantable surdité. Il y avait dans cette complainte toute la tristesse et le désespoir que le monde pouvait porter en ces quelques secondes, c'est elle qui les portait sur son dos. Malgré le fait qu'il s'agissait d'une sorcière du clan rival, Joan ne pu s'empêcher d'éprouver de la compassion pour cette douleur profonde qui resterait probablement marquée à jamais. Mais elle fut vite poussée vers l'extérieur par les garde comme tous les autres invités. Certains furent bousculés plus que les autres : dans la tourmente quelques paysans s'étaient jetés sur la nourriture avant que l'on ne les jette dehors. Le miel ne dorerait pas en cette nuit où l'épouse d'une seule journée, mais veuve à jamais, dormirait seule dans un lit froid dont les draps lui sembleraient peut-être être ceux du cercueil dans lequel elle voudrait sombrer. Les draps de son mari qui seront son dernier lit nuptial.


Dernière édition par Joan Witham le Lun 1 Déc 2008 - 7:19, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les Noces Pourpres (#4)   Mar 14 Oct 2008 - 20:04

Le Vicomte Adrien d’Hasbauer était installé à son bureau. Les coudes posés sur ce dernier et les mains croisées devant son visage, il prenait le temps de réfléchir calmement aux évènements qui venaient de se dérouler les deux jours précédents. Il n’avait pas beaucoup dormi cette nuit, mais cela n’importait pas, au fond, ce n’était qu’une nuit de plus loin de sa femme et ses enfants et attaché par une solide chaîne à son devoir. La charge des responsabilités lui semblait plus pesante que jamais et il aurait donné beaucoup pour ne pas avoir à réaliser ce qu’il était entrain de vivre… Pourtant Adrien n’était pas du genre à tirer un trait sur ce qui ne lui plaisait pas, et il se devait de regarder la réalité en face. Jetant un regard sur son bureau, il y aperçut une foule de dossiers, ce qui était tout à fait normal après l’organisation d’une fête comme celle de la veille, mais un « dossier » n’aurait pas dû être sur cette table, pourtant il y était… Son cousin le Comte de Forbach avait été froidement assassiné et c’était les documents de son enterrement qui étaient posés devant le Vicomte…

Adrien soupira longuement en rejetant son corps en arrière à l’encontre du dossier de son fauteuil, ses coudes quittèrent le bureau et ses mains se déjoignirent avant qu’il ne croise les bras, son regard perdu dans le vide, son esprit songeant à nouveau à tout ce qui s’était passé… Après tout, ces deux derniers jours étaient promis à une ambiance festive, et ce malgré tous les sous-entendus qu’il pouvait exister, mais si l’on se concentrait sur ce qui importait vraiment, la dimension humaine, alors tout ceci ne pouvait être qu’un merveilleux évènement, autant pour Alicia que pour le Comte. Adrien ne pouvait pas vraiment dire ce qui se passait dans l’esprit de son cousin, mais après la mort de la sœur d’Alicia, ce dernier était devenu un peu plus fermé, plus absent que d’habitude… Le Vicomte n’avait pas cherché à comprendre comprenant parfaitement ce qu’il pouvait ressentir. Néanmoins l’annonce du mariage le surprit, mais il s’en accommoda. Non pas par la force des choses, mais simplement parce qu’il souhaitait le bonheur d’Alicia, contrairement à beaucoup de ses Sœurs d’Olrun.

Il était clair que beaucoup d’entre elles ne voyaient dans ce mariage que l’avancée politique du Lys Noir au sein de Forbach, et Adrien en avait également conscience mais pour lui, cela passait sur un autre plan, même, il avait eu la sinistre impression d’avoir été récemment promu au rand de Prêtre simplement parce qu’Olrun ne voulait pas le « perdre ». Il avait accepté parce qu’il pensait vraiment que les choses pourraient changer, mais cette idée ne le quittait pratiquement jamais, toujours sous-jacente, après tout sans Adrien, le Clan aurait perdu un appui certain tant au plan humain que sur le plan politique… Le Vicomte ne comprenait pas vraiment pourquoi tous se focalisaient sur ce qui importait, au fond, le moins. Il était certain qu’Alicia profiterait de cet avantage soudain et bienvenu, mais il ne pouvait oublier le regard qu’elle posait sur le Comte, un regard comme celui qu’Elisabeth posait sur lui à chaque fois qu’elle le voyait. Cette femme était amoureuse et, en tant que femme, elle avait le droit d’aspirer à ce bonheur qu’était l’amour. Il ne comprenait vraiment pas que l’on puisse faire passer la politique et des histoires de Clan avant la notion même d’Humanité.

Beaucoup de choses avaient changés au sein du Clan d’Olrun, et ce n’était peut-être pas en bien… L’éternel affrontement entre les deux factions de Sorcières avait engendré un mouvement de sournoiserie et de perfidie qui semblait avoir corrompu un bon nombre de personnes… Si les sorcières d’Olrun ne s’en rendaient pas compte, Adrien, lui, savait qu’au bout du compte, elles utilisaient les mêmes moyens que le Lys pour parvenir à leurs fins. La seule différence finalement, était que le Lys, lui, assumait ses positions et ne se voilait pas la face. La promotion du Vicomte en était la preuve parfaite… De peur de perdre un membre éminent, et simplement un appui politique de taille, elles avaient joué le tout pour le tout en le nommant Prêtre. Il était évident que bon nombre d’entre elles étaient convaincues qu’Adrien avait mal agi en discutant avec la Meneuse sans lui opposer un non catégorique quand cette dernière lui avait proposé de la rejoindre, mais ce qu’elles ne comprenaient pas, c’était qu’au-delà des Clans, il y avait une notion d’humanité, et la vie de nombreuses Sorcières en jeu, pas simplement une histoire aussi manichéenne que celle du bien et du mal. Adrien n’était pas convaincu que son ascension en tant que Prêtre rétablirait quoique ce soit, et, à vrai dire, il ne l’avait accepté que parce qu’il ne pouvait quitter Olrun sans quitter Elisabeth qui ne l’aurait jamais suivie. Pour le Vicomte, l’Amour et la Vie étaient plus importants que quoique ce soit d’autre, mais Europe le savait bien, il assumait parfaitement ses choix et ne rendait de compte à personne.

La Vie… Si importante et si gâchée par les Hommes… Abaissée à la valeur minable et sans prix de la viande froide et sanglante…

A cet instant, l’image du Comte écroulé par terre à ses genoux lui revint en mémoire… Tout s’était passé bien vite. Adrien et Elisabeth marchaient tranquillement dans le parc en discutant un peu, à la vue de tous ceux qui avaient préféré rester un peu dehors avant que l’orage ne menace. Puis, tout d’un coup, alors qu’ils rentraient se mettre à l’abri, des cris. Adrien abandonna sa femme et se mit à courir vers la Salle de Bal, là d’où venait le dit cri. Lorsqu’il entra, il ne put que constater ce qu’il venait de se produire et il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour comprendre. Alors qu’Alicia hurlait de toute sa force, toute sa rage, toute sa peine, toute sa douleur, le Vicomte donnait déjà l’ordre de faire rentrer tout le monde chez eux, la soirée était terminée. Il s’était ensuite avancé vers le corps du Comte, s’agenouillant à son chevet pour constater le décès… Il n’y avait plus rien à faire, le coup avait été foudroyant… Adressant un ultime « au revoir » à son Cousin, il lui ferma les paupières et regarda un instant la Meneuse, ses yeux exprimaient une profonde tristesse pour cette femme, qui venait de perdre son époux au lendemain de son mariage, mais également une colère sans nom qui trouvait écho en elle, une colère, une rage contre le meurtrier. A cet instant, il savait qu’il remuerait ciel et terre pour mettre la main dessus et qu’il compterait bien s’en occuper lui-même. Il s’était finalement relevé, et ordonna qu’on place le Comte dans sa chambre, sur son dernier lit, et que soit ordonnés les préparatifs de l’enterrement. Ne préférant pas intervenir auprès d’Alicia, il se retira, profondément attristé…

L’épisode du décès de la veille infligea à nouveau de la peine au cœur du Vicomte… Pourtant il n’avait pas le choix… Il fallait bien signer ce dossier, déclarer officiellement la mort du Comte, lancer l’enquête, prévenir le Roi… Adrien était las… Il faudrait qu’il parle à Alicia… Quand le moment sera opportun… Il devrait retrouver le meurtrier… Il devrait tenter de faire comprendre aux gens que l’essentiel n’était pas la politique, mais le droit de la Vie de tout être… Il fallait faire beaucoup de choses… Adrien était las… Cela valait-il vraiment la peine ?
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MessageSujet: Re: Les Noces Pourpres (#4)   Mar 14 Oct 2008 - 22:55

L’annonce avait surpris tout le monde et dans un premier temps, Elisabeth avait voulut empêcher cette union à tout prix, mais son mari avec son calme habituel lui fit changer d’avis. Après tout, il avait raison, même si la période de deuil avait été des plus courte, il ne leur appartenait pas de s’opposer à cela, surtout qu’Adrien pensait qu’Alicia était vraiment amoureuse. Comme Elisabeth avait soigneusement évité de la croiser durant tous les préparatifs de la noce, elle ne se rendit compte qu’Adrien avait raison, que le jour du mariage.
En ce jour, la meneuse du Lys Noir était plus radieuse que jamais et bien qu’elle fût son ennemie, le sourire de joie qu’affichait Elisabeth ce jour là n’était pas feint. Après tout, cela était toujours plaisant de se dire qu’il y avait de l’amour dans l’air. Et même quelqu’un comme Alicia avait le droit au bonheur et ça, c’était quelque chose à laquelle Elisabeth ne s’opposerait jamais. Aussi lorsqu’on demanda s’il y avait des objections, elle garda le silence se contentant d’afficher ce sourire sincère alors qu’elle aurait pu faire échec à cette union tellement facilement. Aucuns regrets n’emplirent son cœur, même si par ce mariage Alicia devenait Comtesse de Forbach et que beaucoup pensait que cela donnerait un avantage non négligeable au Lys Noir.

Lors du bal, le lendemain, Elisabeth avait mise une toilette neuve faite pour cet évènement, elle aurait aimé avoir une robe blanche entremêlée de fil d’or, mais cette couleur était celle de la mariée et il aurait été mal venu de sa part de se vêtir ainsi. Aussi, elle avait opté pour un bleu assez foncé avec de fins motifs jaune or, couleurs rappelant un peu l’emblème de sa famille d’origine. Contrairement à son habitude, ce soir, elle avait également mis une parure de bijoux et pour que celle-ci soit coordonnée à sa tenue, elle était faite de saphir et d’or. Pour finir, elle avait attaché ses cheveux en un chignon très sophistiqué, ce qui lui donnait l’air distinguée d’une noble de sang, sans le moindre doute.
En cette soirée, tout Forbach avait été invité, ce qui dans un premier temps, avait surpris la Vicomtesse. Mais en y réfléchissant, c’était sans doute logique, après tout Alicia voulait montrer son bonheur à la face du monde ou bien elle voulait signifier que c’était bien elle qui avait le pouvoir maintenant… Elisabeth préféra la première solution et elle ne pensait pas s’être trompée.
Bref, la fête bâtit son plein, alors qu’elle était apparue au bras de son époux, ils furent séparés un moment, elle alla saluer du monde, autant des nobles que certains de ses gens. A un moment, se trouvant en contre haut sur les escaliers, elle réussi à apercevoir Alicia et son époux. Elle alla leur présenter une fois de plus ses plus sincères félicitations, autant pour le mariage que pour la réussite de cette fête somptueuse et même si la meneuse du Lys Noir se montra un peu froide à son égard, elle n’en prit pas ombrage et ne lui en voulu pas du tout. Elle retrouva Adrien un peu après et ils firent quelques pas de danse ensemble. Dans les bras de son époux, elle avait l’impression d’être dans un autre monde, légère comme le vent, leurs mouvements étaient fluides, preuve que les deux êtres étaient en parfait accord. Elisabeth était aux anges, mais la foule commençait à être pressante, alors les amoureux se dirigèrent vers les jardins. Il y aurait sûrement également du monde, mais toujours moins que dans l’endroit qu’ils venaient de quitter.

La nuit était fraîche mais cela n’avait pas grande importance, Elisabeth se sentait libre et cela s’en ressentait sur son comportement. Naturellement rien d’excentrique juste un sourire radieux et une présence qui se faisait douce, de sorte que lorsqu’on se trouvait en face d’elle, on ne pouvait voir que son bonheur –et ce même si cette fête était pour son ennemie.
Au bras de son époux, elle était quelque peu fière, c’était surtout parce qu’elle était contente d’avoir réussi à avoir un homme tel que lui pour mari, même si c’était le destin, ou le hasard, qui avait décidé pour elle. Ils avaient enfin pris le temps de discuter doucement, aucun sujet sérieux pour ce soir, juste quelques mots comme ils faisaient avant qu’Adrien ait tellement de travail. Et puis l’orage était de plus en plus présent, alors son mari avait décidé de rentrer…

Elisabeth s’était figée en entendant les cris, Adrien partit si vite, difficile de le suivre dans une tenue comme celle que portait sa femme. Pourtant elle aussi avait couru, lorsqu’elle arriva dans la salle, elle se fraya un chemin jusqu’à son mari, jusqu’au corps sans vie du Comte. Le cri d’Alicia ne lui glaça même pas le sang tant à cette instant elle comprenait ce qu’elle devait ressentir. Adrien réagit très vite, mettant fin aux festivités et faisant vider la salle, Elisabeth ne bougea pas, debout à coté du corps.
Elle aurait voulut aller vers Alicia, la consoler, être l’amie qu’elle avait été autrefois et dont elle avait tellement besoin en cet instant. Mais, incrédule, elle n’arrivait pas à croire ce qu’elle voyait, pourtant, Adrien avait fermé les yeux de son cousin, signifiant qu’il était bel et bien sans vie et Alicia était couverte de sang… Une larme coula sur son visage, sa mère aurait été là, elle n’aurait pas apprécié du tout, "une dame se doit d’être digne en tout circonstance". A cet instant, Elisabeth n’était plus sûre de vouloir être une dame, elle voulait être humaine et elle ne retint pas ses sanglots.
L’entourage douteux d’Alicia l’emmena et Elisabeth se dit qu’elle allait faire pareil, elle allait emmener sa famille loin d’ici, loin de tous ces morts, de toute cette haine. Son cousin aurait bien un travail pour Adrien et il serait bien mieux là bas, en Bourgogne !

Lorsqu’on la raccompagna dans ses appartements, elle ne s’en rendait pas trop compte, comme si elle avait été dans un état second et elle est même incapable de dire qui l’a ramené. En s’effondrant dans un fauteuil à l’abris des regards, elle se dit que son idée d’aller dans sa famille n’était pas possible, il aurait été étonnant qu’Adrien laisse Forbach à d’autres, surtout après cette tragédie.
Maintenant, Elisabeth se sentait glacée d’effrois, sentant que la mort rôdait encore dans la ville, cherchant ses prochaines victimes parmi les plus innocents…

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MessageSujet: Re: Les Noces Pourpres (#4)   Ven 24 Oct 2008 - 7:03

Un vent de folie souffle ou peut-être est-ce une brise de passion, peut importe Nicholas en a oublié ce qui l’entour. Le son des violons, voilà ce qui le captive. Une mélodie qui le tien prisonnier, une symphonie qui ensorcelle notre sorcier. Dans un lieu qui aux yeux de certains peut paraître si sombre malgré les chandeliers, ce même lieu vu de ses prunelles même si il serait plonger dans le noir total serait tout de même un endroit lumineux. La musique, il ne voit pas le décor, mais il voit la musique. Oh non il n’est pas aveugle ce cher Nicholas, mais lorsqu’il est dans cet état il ne regarde plus avec ses yeux. Une mélodie folle, une mélodie envoûtante, il ne pu s’empêcher de se laisser emporter par elle alors que tous semblaient être captivé par Alicia et le comte. Sans devrait-il lui aussi être captiver par eux? Car après tout, cette soirée, cette journée elle est entièrement à propos de nos amoureux. Enfin, ses prunelles sont sur elle, lui, sur eux, mais il est dans un tout autre univers notre charmant musicien. Il est dans son monde de folie, dans sa chimère d’artiste. Deux silhouettes, l’homme et la femme, c’est tout ce qu’il voit. Deux corps animés par la musique et l’amour, deux corps de braises allumées par la passion. Ils sont si magnifiques, ils sont si heureux, du moins ils semblent l’être. Notre protagoniste ne peut malheureusement deviner les songes d’autrui.

Il a de la chance le comte. Ce n’est pas parce que Nicholas est amoureux de dame Alicia – comment pourrait-il être amoureux d’une femme qui est quasi qu’un vague mythe qu’il a vu de ses propres yeux, il la connaît à peine – c’est plutôt parce qu’il a sa douce moitié. L’amour, il s’agit là de quelque chose de si confus, si magique. Enfin ce n’est que ce qu’il croit en ce qui concerne l’amour, car ce dernier ne possède pas sa seule, son unique. Apparemment, si Nicholas ce fit au comte, il est possible d’avoir plus d’une seule, plus d’une unique dans une vie, sans doute est-ce uniquement possible lorsque la mort s’en mêle. La mort, la faucheuse, la voleuse d’âme, elle prend tout et ne laisse que souvenir et poussière, n’est-ce pas triste? Mais n’est-il pas possible d’aimer au-delà de la mort? C’est sans doute trop idéaliste comme romance. De plus, lorsqu’ils s’unissent c’est toujours ‘’Jusqu’à ce que la mort nous sépare’’. Il est encore si jeune, certes dans il a vingt ans, mais il est encore jeune et ne fut jamais entraîné dans toute sorte d’histoire émotionnelle, du moins rien d’amoureux. Est-ce que le comte l’aime vraiment? Peut importe, dame Alicia est heureuse, c’est ce importe aux yeux de notre violoncelliste. Dans l’univers de l’amour et de la romance, il ne peut qu’être heureux pour autrui.

Cette soirée n’était que joie et beauté. Nobles et paysans, les côtes à côtes, Armand serait devenu malade à voir ça. Il aurait sans doute fini par recracher ses entrailles par dégoûts… ou peut-être en criant si haut et fort qu’il s’agissait pour lui de blasphème, que les payants n’avaient rien à faire avec les gens comme lui. Peut importe, il est bien mort Armand et Nicholas en est fort heureux. Quel être peut jouir de la mort de son géniteur? Nicholas le peut lui, car après tout son père à tué sa mère et cela notre musicien ne peut lui pardonner. Il massacrait les gens sans raisons, un monstre, notre protagoniste est le magnifique enfant d’un monstre. Certes dans toute l’histoire qui est le monstre est discuté, car cela dépend de quel côté vous vous tenez. Aux yeux du seigneur, l’enfant de Satan était sa mère. Ce qui montre que la vie est uniquement une question de point de vue, mais un monde sans diversité, ce serait si triste.

Il y a vraiment des gens de différents groupes et castes en cette soirée, il est vrai que ce genre d’événement semble généralement être une bonne façon de réunir les gens. C’est sans doute la plus grande beauté de toute ça, alors que certains sont à l’habitude des Némésis, en cette nuit ils sont les un à côté des autres. Oh il ne sont incontestablement pas devenu les meilleurs amis du monde, mais n’est pas là un début? Il ne faut pas oublier que Nicholas n’a jamais rien compris aux querelles. Enfin, il est probable qu’à ce voir comme ça, personne ne fait la différence entre que est Olrun, qui est l’inquisition ou qui est le Lys. Du moins, à moins de connaître les gens, notre violoncelliste ne serait dire qui est qui… sauf si il s’amuse à les observer un peu plus. Cependant ce n’est pas le cas… il est trop envoûté. Sans doute trop envoûté, mais le bruit aussi violent que la foudre le fit sortir de son univers bien que la musique résonnait toujours.

Le tonnerre? Certes il s’agit d’une soirée de pluie, mais le son est si différent cette fois-ci. Autre chose, un coup de feu peut-être? Serait-ce possible en cette nuit? La beauté ne peut-elle pas demeurer? Est-ce si difficile de conserver la joie et l’harmonie, est-ce si éphémère? N’ayant point quitté le couple des yeux depuis son coin du hall, Nicholas vit l’horreur d’un point de vu extérieur. Il vit tout, les moindres détails ou presque. Quelle tragédie… pour elle…dame Alicia, la comtesse. Alors qu’elle connaissait l’amour, voilà qu’elle le perdait. Qu’avait-elle pu faire pour mériter cela? Sans doute rien, car la mort est une voleuse sans scrupule, si juste et injuste à la fois. Elle vole la vie des honnêtes gens si rapidement…

Que pouvait-il faire? Ce dernier à sans doute l’air un peu bête planté là debout alors que tant lâche des cris de terreurs. N’a-t-il pas peur lui aussi? Pourquoi est-il sans peur face à la tragédie, pourquoi ne réagit-il point? Serait-ce parce que cette scène lui est quasi familière? Une mélodie qui débute avant tant de joie se termine avant tant de mélancolie. En quelques secondes, la gamme des émotions c’est transformé marginalement. Alors que ses confrères et consoeurs du Lys escortaient les invités vers l’extérieur… lui il ne bougeait point… ses prunelles rivés sur le comte et la comtesse. Il fit quelques pas vers elle, mais s’arrêta sec. Devait-il intervenir? Qu’allait-elle penser? Serait-il timide ou effrayé? Elle ne va certes pas le manger… mais peut-être souhait-elle être seule? Le musicien sait très bien à quel point il aurait voulu être seul par moment lorsqu’il a vu son père tué sa mère, mais dans un certain sens cette solitude l’aurait sans doute rendu aliéné à l’âge qu’il avait. Lorsque sa tante trépassa il frôla cette folie, son esprit était devenu obscur et confus. Le Lys l’avait sauvé de lui-même… il devait leur rende la pareille. Nicholas fit alors quelques pas de plus en direction de la comtesse, mais ne dit rien. Il entendit le murmure de cette dernière et compris la mélancolie dans sa poésie. Que dire? Que faire… il aimerait le savoir. Hésitant, il déposa sa main sur l’épaule d’Alicia et murmura doucement.


‘’Comtesse…’’

Il s’imagina alors toutes les réactions possibles, songea à toutes les théories pour cet assassinat. Olrun ou l’Inquisition, mais ce n’est pas un simple paysan qui a fait cela. Elle cherchera sans doute à se venger et en tant que fidèle au Lys, bien que contre la violence, il approuve la vengeance…


(C'est plutôt très mauvais comme réponse, désolé)
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MessageSujet: Re: Les Noces Pourpres (#4)   Sam 27 Déc 2008 - 23:47

Un peu de joie après la terreur ? Nul doute qu'il en fut ainsi en cette belle nuit, où chacune des étoiles semblaient être étroitement liée à sa voisine, scintillant en même temps que sa compagne, éclatant comme sa moitié. Si les quelques semaines qui séparaient sa rencontre avec l'Inquisiteur étaient restées fixement encrées dans sa mémoires, car depuis ce jour sombre, tant climatiquement qu'atmosphèriquement, il avait donné naissance à une certaine peur d'autrui, mais au lieu de la contenir pour éviter tout débordement impromptu, il l'avait nourrie, instaurant la méfiance à l'égard de tous ceux qui croisaient son chemin, et non seulement à tous ceux qu'il n'avait jamais vu ou aperçu, mais également à ceux issu de son propre clan. Non pas qu'il voyait un inquisiteur sur chaque visage, dans chaque oeil ou au moindre souffle, mais il craignait de voir se révéler un de ces exécuteurs dont la notion de justice se suffit à brûler quiconque en l'accusant de tous les maux, particulièrement les plus ignobles et dans la majeure partie irréels, se basant sur la simple peur des habitants de Forbach, mais aussi de celles des autres villes et provinces, pour susciter la persuasion, et parfois même le fanatisme. C'était une des raisons pour laquelle Edgard avait maintes fois préféré demeurer dans la demeure familiale, négligeant tout autre activité que de venir discrètement travailler comme à son habitude à la forge, où là encore il avait demandé à son maître une occupation qui limiterait son contact avec autrui.

Cependant, alors même qu'il évitait soigneusement de croiser quiconque lorsqu'il empruntait la voie de la sûreté, c'est à dire celle qui le ramenait chez lui en évitant toute rencontre fortuite, il entendit une conversation qui l'intrigua fortement. Le Comte avait perdu sa femme, ça il le savait déjà pour l'avoir déjà entendu, mais il comptait apparemment renouer des liens dits sacrés avec une autre femme, mais parce qu'il évitait soigneusement de s'approcher pour en extraire plus d'informations, il ne parvint pas à saisir le nom complet de cette personne ; un "a" semblait revenir constamment mais Edgard ne pouvait jamais dire s'il provenait du début ou de la fin du nom. Bien qu'il se fichait quelque peu de ce mariage, car après tout le Comte agissait selon son bon vouloir, c'était son droit, notamment dans ce cas-là, lui devait certainement avoir suffisamment d'argent pour ne pas avoir à chercher celle qui lui en donnerait le plus. Cependant, la discussion semblait accompagnée de liquide qui n'était pas ce qu'on pouvait qualifier de très pur, lorsqu'un
"Alicia j'tai dit !" éclata. Edgard fut frappé par cette révélation, se pouvait-il qu'il s'agissât là de la même Alicia qu'il connaissait ? Celle-là même chez qui il avait perçu toute la violence de la vengeance dans le timbre de sa voix ? Durant tout le voyage il n'avait de cesse de se questionner sur la véracité de cette nouvelle, mais après tout si son nom avait été donné, ce ne pouvait être que vrai. Mais tout de même !

Durant les quelques jours qui ont séparé ce jour au moment où le bal avait eu lieu, il ne songeait qu'à cette union, cherchant vainement à y trouver une quelconque raison, même minime, qui justifierait l'usage de cette pratique. Certainement que le mariage de la Meneuse pourrait perturber ses plans, à moins que cela ne fut au préalable déjà compris dedans ? Ou peut-être les avait-elle déjà changé à la mort de l'ancienne épouse du Comte ? Tant de questions qui demeuraient sans réponse, et si peu de réponses qui, elles, restaient indécises. Cependant le mariage eut lieu, et bien qu'il ne put y participer, cet évènement était suffisamment important pour remuer toute la population de Forbach, jusqu'aux extrémités de la ville, et sans doute même au-delà. Et bien que son maître s'était octroyé le droit d'y participer, il devait accomplir les basses besognes, dont le nombre avait fortement cru depuis que l'inquisiteur avait pénétré dans cet établissement.
Mais revenons à cette nuit où le bal avait pris une ampleur incommensurable, car tous étaient conviés à y participé, sans crainte de reproche vis-à-vis de sa condition sociale, sans rixe éventuelle à cause du manque de distinction par rapport aux autres. Une nuit maginfique se profilait donc, et pour l'occasion Edgard s'était vêtu de son plus bel accoutrement, c'est à dire les vêtements qui avaient été confiés par l'amie de sa mère, et bien que ces vêtements commençaient à lui déplaire par leur utilisation à chacune des fois où il allait rejoindre les membres du clan, il se dit qu'il n'avait pas d'autres choix que de réitérer cette action. Il se rendit dans les somptueux jardins car ici se mêlaient les gens qui ressemblaient le plus à sa nature. Cependant, lorsqu'il les vit, il réalisa qu'ils n'étaient plus du même monde que lui. Car ces paysans se jetaient véritablement sur les buffets, à manger comme s'ils n'avaient jamais pu manger autant en si peu de temps. A coup sûr, ceux-là ne devaient pas être aimés des nobles si on les voyait ainsi. Cependant Edgard prit place dans la foule, et vint attraper quelques morceaux de viande... avant d'arrêter complètement. Non pas qu'il se dit qu'il devait montré l'exemple aux autres par le simple fait qu'il portait un costume qui le rendait plus noble physiquement, mais son propre accoutrement le distinguait des autres, qui tour à tour le dévisageaient avec un regard lourd de jalousie. Edgard se sentit assez mal à cause des ces gens qui le voyaient prendre un peu de nourriture alors qu'il avait l'air de pouvoir s'en offrir quand il le désirait. Cela le désola que de voir ces mines influencées par une telle lutte sociale, antinomique à toute homogénéité dans la ville. Et même lors de ce bal, auquel était invité tout le monde, rien n'y changeait. Seule cett opposition persistait et persisterait certainement, alors que l'Homme dans son intégralité est constitué de la même manière, a les mêmes membres que son semblable, est doté de la même capacité à réfléchir. Alors pourquoi laisse-t-on ceux qui ont de l'argent avoir cette telle suprématie sur son prochain ? Cela n'avait pas de sens. Tout comme on le fait brûler en lui attribuant des fautes qu'il n'a pas commises! Mais après tout c'était ainsi, et Edgard seul ne pourrait rien y changer. Mais plutôt que de s'attendrir ici, il préféra rejoindre l'intérieur du château, ici au moins il ne risquait pas de se sentir rejeté.

Lorsqu'il pénétra dans le Hall d'entrée, immédiatement ce fut une autre ambiance qui régnait. Tant les costumes montraient clairement qu'il s'agissait d'un autre monde, où l'apparence prenait tout son importance, immuable source de distinction, tant les odeurs qui s'en dégageaient étaient totalement différentes, car de l'odeur répugnante de la transpiration ou bien de celle de la crasse ou même des deux on passait là à une odeur non naturelle, artificielle à souhait mais combien de fois plus exquise. A chaque fois que quelqu'un passait à côté de lui, Edgard ne pouvait s'empêcher de sentir l'air qui était délaissé, pour se laisser submerger par cet entre-choc d'odeurs, dont certaines étaient pourtant bien trop fortes et inspiraient une légère répulsion, bien qu'elle ne diminuait que trop peu le charme de la personne qui la transportait, surtout lorsqu'l s'agissait de femmes. La musique quant à elle surpassait toutes les conversartions de toute sa volupté, noyant l'ennui pour y instauré une harmonie certaine, repoussant toute platitude pour y engendrer joie et plaisir. Edgard se laissait principalement transporter par la musique que par les coups d'épaule qui parfois le faisaient changer de place, et bien qu'il ne prit pas part à la danse, il cherchait à avoir une bonne vue sur sa supérieure. Mais ce ne fut pas véritablement facile, cependant, lorsqu'il parvenait à voir le visage d'Alicia, il pouvait très clairement y lire toute la joie qu'elle éprouvait.

Puis vint le moment où il regretta d'être venu à ce bal, car alors qu'il se frayait un chemin vers l'avant pour avoir moins de silhouette pour cacher la Meneuse, uen bruit d'une puissance phénoménale vint heurter son tympan avec une telle force, que Edgard dut mettre sa main devant l'oreille et serrer des dents pour ne pas hurler. Des sons puissants il en avait entendus, mais un comme celui-ci qui claqua si près de soo oreille non jamais. Sur le coup il ne réalisa pas ce que c'était, il entendait les cris de terreur comme s'ils étaient lointains, alors qu'ils pouvaient n'être qu'à quelques mètres de lui. Ce moment lui sembla long, tellement long qu'il se demandait si son ouïe retrouverait ou non sa capacité juste avant la détonation. Et alors même qu'elle revint peu à peu, un autre cri des plus perçants lui cingla à nouveau l'oreille, sauf que ce son là était naturel, non mécanique comme le premier. Un silence insupportable s'installa, plus personne n'osait créer un seul son, pas même un seul mouvement n'était produit. Tout l'univers sembla se glacer de lui-même, annulant toute notion de mouvement, toute onde sonore ou quoi que ce soit d'autre. Même les respirations des convives s'étaient abaissées à un tel point que l'on pourrait croire qu'elles aient stoppé toute activité. Mais tout son n'était pas éteint, seule une unique source avait encore les moyens de pleurer, de verser des larmes. Cette même personne qui savait se montrer tellement forte, abattue désormais par la puissance de son amour. Edgard en fut certain, ce mariage n'était pas seulement une avancée du Lys Noir dans la hiérarchie, il était avant toute chose un mariage d'amour. Et ce mariage fut brisé, aussi lâchement que les inquisiteurs étaient fourbes, et la mort du Comte ne méritait qu'une chose, la mort de son assassin. D'ailleurs, il sentait déjà venir les directives d'Alicia, elle userait du clan pour le trouver et l'éliminer, sans doute donnerait-elle justice elle-même. Et à ce plan, Edgard était prêt.

Il est évident que la mort d'un être n'est pas un élément nouveau pour lui, pour avoir vu son père se faire tuer par sa propre femme, sa soeur par ses propres parents, et ce, sans même qu'un quelconque élément puisse arrêter ceci avant que cela ne finisse comme cela fut. Or pour éviter ainsi la mort de frapper, il faudrait un élément extérieur qui lui fasse obstacle, comme Edgard aurait dû faire lors de la dispute de ses parents. Or, ils ne seraient pas morts, si Edgard avait pu faire quelque chose. Cela relève de l'ordre de l'imaginaire, puisque l'on altère les faits, pour les remplacer par des possibles impossibles. En effet, Edgard, aussi jeune fut-il, n'aurait pas pu empêcher ses parents de se battre, il n'aurait certainement fait qu'ajouter la sienne au tableau. On en vient donc aux s'il avait été plus grand, s'il avait eu des pouvors magiques, s'il y avait eu un quelconque élément venant à son secours. Cela n'existe que dans le cadre de l'imaginaire de la pensée humaine, pas dans la réalité. Certes il est indéniable de dire que l'on aurait aimé que les choses se passent autrement, mais elles ne l'ont pas fait, et ne pourront le refaire. Donc si la mort est arrivée, c'est parce que rien ne pouvait l'arrêter, or on ne peut prédire quand elle va arriver, même les plus grandes sorcières ne peuvent le prévoir, alors peut-on réellement arrêter la mort de faucher les vies comme elle le fait si souvent ? C'était pour Edgard absolument inconcevable. Et dans le cas présent, il ne saurait empêcher Alicia de venger la mort de son époux, aussi lui apporterait-il son aide s'il en était sollicité.
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Les Noces Pourpres (#4)

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