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 L'Oracle

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L'Oracle
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MessageSujet: L'Oracle   Lun 20 Oct 2008 - 22:37



--------L’Homme appréhende ce qu’il ne connaît pas. C’est l’une de ses premières caractéristiques que nous apprîmes en arrivant ici… Les enfants ont peur du Noir car ils ne savent pas ce qui s’y déplace, les adultes craignent les Étrangers car ils sont marqués du sceau de la différence. Dès lors il se pose à l’Homme une poignée de possibilités : il fuit ou attaque, c’est ce qui le rapproche particulièrement de ce dont il se croit supérieur, les animaux, les êtres sans Raison, ou bien encore, il affronte sa peur non pas en la détruisant mais bel et bien en tentant de la comprendre, exercice fastidieux et chronophage… Alors pour nous qui sommes l’Étranger et l’Obscurité à la fois, laissez-nous tout de même vous raconter comment nous sommes arrivés il y a des lunes, en quel lieu, portant quelle Histoire. Qui nous sommes n’a en soi que très peu d’importance, pour le moment…

--------Lors de notre arrivée nous avons découvert une ville joliment brumeuse, la brise légère et fraîche nous porta gracieusement comme des âmes errantes à travers les ruelles afin de trouver un soutien, nous le trouvâmes bien assez tôt, au Château, pour commencer notre découverte des habitants et des lieux d’une Histoire unique et passionnante, une véritable Légende Noire…


--------Du haut de toute sa supériorité l’Homme reste d’une fragilité incontestable. Ainsi, lorsque trop de vent portant trop de gel a balayé les terres, beaucoup d’âmes d’hommes, de femmes et d’enfants se sont elles-mêmes envolées vers l’Outre-Monde. C’est ce que nous apprîmes de la servante d'Elisabeth, l'épouse du Vicomte Adrien d'Hasbauer. L’Amour sincère de ce couple aurait pu nous assurer d’une nature humaine toute autre que celle que nous parvînmes à percer au fil de nos pérégrinations futures… Ces deux personnages éminemment importants dans cette société, appartenaient à une Tribu de Sorcières qui était autrefois unie et dont Forbach était le repère depuis des siècles. Trois années avant notre arrivée, le départ de l'une d'entre elles, Alicia de Sarrebourg, scinda ce Clan, menant alors à la création d'une seconde Tribu dont elle devint la Meneuse. La guerre qui en découla se déploya sur un fond de la répression induite par l’Inquisition, un organisme religieux important et officiel qui inspirait le respect pour certaines des personnes que nous croisâmes, et la crainte pour bien d’autres. Le chef de cet organisme, Louis Institoris, nous apprit la difficulté de son combat contre le Mal : les sorcières qu’il combattait étaient capables du pire, comme nous le comprîmes à la lecture d'un rapport destiné aux autorités religieuses à propos du "Ruissellement des Souvenirs".

--------Le Professeur Institoris était un riche bourgeois infiniment respecté en Alsace pour sa sagesse et ses grandes connaissances scientifiques. Il était réputé pour sa foi sans faille et son investissement personnel dans la vie religieuse de sa ville. Ainsi, lorsqu'il apprit que son épouse était une Sorcière, il n'eût que peu de remords à s'en être débarrassé. Son fils fut donc éduqué uniquement suivant les principes rigides de son géniteur : la foi absolue en Dieu, le mépris de la noblesse et la mésestime de ses femmes. C'est pourquoi personne ne fut étonné en apprenant que le petit Louis désirait devenir Inquisiteur. Et quel Inquisiteur ! Louis Institoris obtint très vite le rang de Dirigeant de l'Inquisition à Forbach, ville où il venait d'être affecté pour éradiquer un Mal particulièrement enraciné.
--------Sa première affaire, pour le moins éprouvante, touchait tous les habitants de Forbach en les affaiblissant de jour en jour. L'eau, élixir de vie, était empreinte d'un étrange enchantement... Tout habitant la buvant, la touchant ou l'observant succombait à divers degrés aux plus douloureuses réminiscences de son passé. C'est au chœur de l'Église de Zetting que Louis Institoris fut pour la première fois confronté à ses chimériques souvenirs. S'en allant prier comme chaque matin dans la Maison de Dieu, le quotidien de Louis Institoris fut troublé par la noble beauté d'Europe Eléanora-Sun, courtisane au Château de Frauenberg où il séjournait depuis peu. À première vue, cette femme était telle que son père avait pu lui décrire toutes les courtisanes : de beaux habits, une coiffure distinguée et un joli teint. Pourtant, la discussion qu'ils entreprirent tous deux d'abord par convenance, s'avéra finalement être un échange qui remit en cause les préjugés de l'Inquisiteur. Il comprit que son jugement trop hâtif basé sur les seules apparences que son éducation le bornait à voir était impropre à définir la nature profonde de cette éloquente écrivaine. Mais rapidement, cet échange fut troublé et écourté par l'invasion fortuite de leurs mémoires : alors qu'Europe pouvait sentir à nouveau l'accablante responsabilité qui s'était posée sur elle lors de sa promotion au rang de Prêtresse d'Olrun, Louis réentendait la berçante mélopée que lui chantait cette femme oubliée qui l'avait pourtant vu naître, la même aubade que celle que la courtisane fredonnait en arrivant dans la Nef.
--------À la vesprée, le même souvenir sibyllin resurgit, alors qu'il était en présence du Vicomte, en ballade dans les Somptueux Jardins du Château. Cette promenade courtoise fut écourtée par la découverte du corps d'une servante sans nulle vie et à jamais glacé dans les sombres eaux d'un bassin. Le charme opérant sur l'Inquisiteur fut brisé par le choc sourd d'Adrien tombant à terre sous le poids des souvenirs qui l'accablèrent subitement. C'est à la suite de ces évènements que les deux hommes prirent la décision de faire provisoirement fermer les Jardins, pour éviter que l'annonce de ce sinistre spectacle n'engendre un mouvement d'effroi dans tout le Comté. Car la panique, nous l'avons très vite su, est l'acrimonieux poison propre à toute société.
--------Il y a un siècle est né le proverbe : "La Nuit est mère de Conseil". Comme tout un chacun, Louis Institoris a pu le ressentir et l'approuver, bien que l'aide d'Adrien d'Hasbauer y ait été pour quelque chose. Ainsi, ses pérégrinations prirent fin au pied du Vieux Puits, le lendemain matin, alors qu'il était accompagné de deux de ses hommes de main et de l'Inquisiteur qui se faisait appeler Avatar, mystérieux personnage qu'il rencontrait pour la toute première fois, bien que sa réputation le précéda. C'est à la fin de leur conversation, alors que, derrière eux, les deux Inquisiteurs draguant le fond du Puits résolvaient le mystère de l'eau ensorcelée en extirpant la sombre pierre alchimique qui s'y dissimulait, que les premiers doutes du Dirigeant de l'Inquisition envers Avatar naquirent. Ce dernier lui racontait ses entrevues pacifiques avec des filles de Lucifer, ce qui, aux yeux de Louis, était un non-accomplissement de son devoir de Chasseur de Sorcières. Néanmoins, les informations qu'il lui rapporta étaient les plus pertinentes qu'il avait pu récolter depuis son arrivée en Lorraine : il existait deux clans de sorcières et certaines d'entre elles se cachaient probablement parmi les nobles. Cette dernière affirmation reposait principalement sur une récente discussion avec une énigmatique rencontre dans l'Auberge de la Croix Rousse...

--------Alicia de Sarrebourg, dans le Jardin de la Cour, est l'une de fleurs les plus remarquables : robe raffinée, port gracieux, teinte éclatante, iris d'émeraude. Difficile de ne pas être tenté de la cueillir. Et pourtant... Elle est probablement l'une des plus venimeuses d'entre Elles : prête à tout pour parvenir à ses fins, manipulation, subterfuge et sournoiserie ne lui sont pas étrangers. Son envoûtante beauté peut très vite se métamorphoser en dangereux vénéfice. Aussi, quand elle apprit à ses dépends les propriétés chimériques de l'eau à Forbach, juste après que l'une de ses sœurs de clan lui ait annoncé son départ vers un autre horizon, sans plus de justification ni ténuité, elle dut rapidement faire abstraction de l'immense tristesse que ces adieux lui provoquaient pour se reconcentrer au plus vite sur la source de ce Mal, entamant dés lors sa propre enquête… Si du haut de sa tour, la Meneuse pouvait observer le mouvement général de la ville, elle savait bien que c'était en son cœur que se rependaient les intrigantes rumeurs. Il n'était pas en la nature d'Alicia de faire les choses à moitié, elle n'hésita donc pas à s'enfoncer au plus profond de la populace, dissimulée sous une cape et encapuchonnée, dans une auberge malfamée pour poser ses nombreuses questions à cet homme peu commun qui accepta de converser avec elle et qui s'avéra être un Inquisiteur unique en son genre. Leur échange fut des plus intenses, Avatar cherchant à tout prix à percer la nature d'Alicia et cette dernière devant la dissimuler tout en tentant de trouver des réponses. Ce qu'elle parvint à faire avec habilité découvrant les divers lieux dans lesquels sévissait l'eau enchantée, pour finalement faire le lien ultime avec le vieux Puits. Ne pouvant prendre le risque de se rendre elle-même en cet endroit, elle dut convaincre, sans grande difficulté, le jeune paysan Théobald de se rendre au Puits afin d'y trouver la source des maux. Malheureusement il arriva trop tard, la Bouche infernale ne renfermait plus la pierre, et il ne revit plus jamais la noble dame.
--------Oui, la belle Alicia peut paraître bien inhumaine, sans compassion, ni considération pour les autres, une véritable Reine de la Manipulation. Mais ne serait-il pas faussé de la voir si égoïste ? Après tout, pour quelle cause est-elle prête à tous les sacrifices, dont celui d'utiliser autrui à ses fins ? La vérité, pour le moins salvatrice dans la crise terrible de ce "Ruissellement des souvenirs" que vécut la petite ville de Forbach en l'année 1626, n'était-elle pas une bonne raison, une raison touchant le bien commun. Tout comme deux années auparavant la ségrégation des clans en allait elle aussi d'un bien commun : la Liberté. Bien que la tribu d'Olrun fit l'erreur de croire trop personnel, observant impuissante les sorcières migrer vers cette tribu antagoniste de leur vision traditionaliste des sciences occultes. C'est cette vision conservatrice qui, alors que chacun suivait le fil de sa propre investigation, conduit deux des illustres prêtresses d'Olrun à vouloir se tourner vers les esprits ancestraux des Eaux : les Ondines. Idée qu'Europe et sa consœur Eleonor De Charme abandonnèrent très vite, considérant la dangerosité de cette invocation, les Ondines étant irrémédiablement elles-mêmes envoûtées. Leurs intellects torturés par cette noueuse épreuve se tournèrent alors naturellement vers la deuxième inconnue de cette intrigue : qui était à l’origine de toutes ces souffrances ? Leurs conjectures spontanées se tournèrent vers le Lys Noir. Qui d’autre aurait les connaissances nécessaires ? Alors qu’Europe démontrait une foi sans faille en sa tribu, Eleonor quant à elle se mit à douter, même des leurs… Cependant, face à ce Mal, apparemment irréductible, et face à l'Inquisition grandissante, elles jugèrent nécessaire pour le bien commun d'entrer en contact avec le Lys Noir afin d'être plus fortes pour résister ensemble à l'adversité : l’idée d’une réconciliation était en train de germer…

--------Que d’agitation pour cette toute petite pierre… L’Homme est manifestement un être fragile et altérable, un être instable car complexe. Cette complexité est sa plus grande faiblesse autant que sa plus grande force. Définir l’Homme serait sûrement très long, et si nous avons encore quelques millénaires devant nous, nous doutons que vous en ayez tout autant. Nous pouvons simplement donner l’essence même de chaque individu, ce sans quoi il devient fou, ce qui résume toute son âme, la Vie qui l’a façonné, la signature unique à chacun, et le poison éternellement distillé pour ceux qui vivent, non pas avec, mais dans le passé : la Mémoire.
--------Et parmi les pires choses qu’il puisse arriver à quelqu’un, pire que d’oublier la vie des autres, pire que d’oublier sa propre vie, il y a tomber soi-même dans l’Oubli. Comme cet homme inconnu gisant sans vie, au fond du vieux puits, qui fut retrouvé par Théobald lorsqu’il y descendit pour chercher la Pierre que le mort ne possédait alors plus. Le jeune paysan n’y trouva qu’une broche luisante dans sa main droite, probablement un vieux souvenir de famille…


--------On nous a souvent dit que Forbach avait une âme, et si Forbach avait également une Mémoire, il est certain qu’elle serait marquée par l’odeur de la fumée glissant sur le Parvis de son Église, le son des pleurs suppliant le Ciel et la chaleur des flammes se délectant des corps sacrifiés lors de la célèbre « Messe de Cendres ».
--------Le Vatican, tout comme le Roi et la plupart des Institutions directrices, n’ont pas pour première vertu la patience. Leurs affaires sont toujours très importantes et se doivent d’être résolues le plus rapidement possible. Le récit du Dirigeant de l’Inquisition de Forbach à propos d’une eau pernicieuse et démoniaque ne fit qu’alimenter à leurs yeux la gravité de l’affaire de Sorcellerie dans la Ville de Lorraine, et donc son urgence, poussant Louis à prendre les dispositions nécessaires.

--------Face à trois engeances de la Géhenne, coupables de l’un des pires crimes jamais commis contre le Comté de Forbach, plongée dans le bain de braise qui les avait vues naître, les Inquisiteurs sentaient en eux la forte satisfaction que leur procurait l’accomplissement triomphal de leur Devoir. Brillait en eux le même éclat que celui du regard de Louis Institoris, fixement posé sur le brasier, condamnant publiquement l’hérésie à Forbach. Pourtant, parmi les soldats de Dieu, le sens moral d’une poignée d’hommes commençait à leur faire envisager autrement leur dévouement à l’Inquisition, leur conviction religieuse, leur foi en Dieu : Orphée, travestie pour plus de Libertés, se mettait à douter de la légitimité de l’Inquisition, Sigmund, à la recherche de sa sœur Eleonor, perdait confiance en l’Église, et Avatar, déjà soupçonné par son chef, empalait à jamais sa Foi sur le Parvis de l’Église de Zetting.
--------Face à trois filles du Ciel et de la Terre, innocentes et pourtant accablées injustement de la responsabilité des souffrances qu’avaient connues la ville de brumes, punies par le feu destructeur de la Folie qui les assassinait, les Sorcières observaient la répugnante cruauté propre à l’homme qui détruisait sa propre humanité par cet acte de barbarie. L’injustice de cette scène aux yeux des tribus menait à une incompréhension des méthodes de l’Inquisition, conduisant elle-même à une haine inéluctable et donc à un indispensable besoin de vengeance qui voilait progressivement le moindre sentiment de tristesse. Cependant, ce sentiment restait bien présent dans un cœur tiraillé par la culpabilité : Elisabeth revoyait dans les flammes la jeune Catherine de Malbois, venue quelques jours auparavant lui demander le soutien et la protection d’une Aguerrie de la tribu d’Olrun, avant de se faire arrêter pour sorcellerie, sur ordre de son propre père, sous les yeux impuissants de la Vicomtesse. Tout comme elle, Gabrielle de Mortelune s’étiolait, cendres au vent, dans les regards brûlants de ses consoeurs du Lys Noir qui se demandèrent longtemps comment Gabrielle avait pu être démasquée.

--------Le Changement est inévitable, il est dans l’air du temps, dans l’esprit des gens. Les Hommes y sont tous contraints, d’une manière ou d’une autre. Il vient d’un besoin ou d’un désir de rétablir l’harmonie entre ce qui est et ce qui devrait être. D’aucuns le pensent nécessaire au progrès, d’autres le voient comme essentiel à leur propre salut. D’autres encore le voient comme une chute imminente dans le plus désastreux Chaos, vision qui, pas toujours obsolète, a continûment trouvé des adeptes dont Abigaël, à l’image de son illustre tribu. Il faut dire qu’Alicia n’était pas toujours des plus révérencieuses envers son ancienne meilleure amie devenue, par les rouages de ce fameux changement, sa pire ennemie, et Abigaël comme toute personne humaine possédait sur son honneur des limites à ne pas dépasser. Ces limites une fois transgressées, plusieurs mois auparavant, emplirent la Grande Prêtresse d’un irrésistible besoin de vengeance, la menant à contacter un ami de longue date, un vieil alchimiste capable de mille et une merveilles. Lui racontant son désarroi face au comportement d’Alicia et sa volonté de lui rappeler le respect que cette dernière lui devait, Abigaël laissa à l’alchimiste le soin d’envoyer un petit colis à la Meneuse sans en savoir plus quant à la substance de ce message qui serait comme toujours pour l’alchimiste, de nature minérale. Or Gabrielle de Mortelune, de nature curieuse et aventurière, avait surpris l’entretien mystérieux et souhaitant régler l’affaire avant de prévenir Alicia, avait donné rendez-vous quelques jours plus tard au vieil homme près du vieux Puits dans la Montagne de la Fraternité, lieu discret pour une demande spéciale qui se clôtura par un meurtre sanglant, l’Alchimiste tombant au fond du dit-Puits, arrachant la précieuse broche de la jeune noble…


--------La Vengeance est une autre forme de flamme qui consume l’âme d’un désir de Changement, celui du rétablissement d’une justice propre à l’être offensé. C’est donc dans un idéal de justice que le Lys Noir répara la blessure causée par le meurtre de leur amie Gabrielle. Suivant le précepte occulte du choc en retour, trois Inquisiteurs furent pendus par les pieds dans la Forêt, un pentacle gravé sur le front. La position des corps inversant ce pentacle, le symbole traduisait bien l’incompréhension des Inquisiteurs qui, sans plus réfléchir, y virent une représentation satanique plutôt que celle d’une croyance antérieure à la leur, et porteuse de valeurs qu’ils bafouaient par leur oppression.

--------Quelques heures plus tard, les Inquisiteurs étaient convoqués à une réunion exceptionnelle visant à monter un plan d’action fort et suffisamment efficace pour déraciner le Mal implanté par les Sorcières. C’est après ce rassemblement que Louis Institoris décida de purifier les rangs de l’Inquisition de ses éléments corrompus. Il était néanmoins loin d’imaginer l’ampleur de cet avilissement… En effet, comme il le savait bien, sans pour autant pouvoir mettre de noms sur les rencontres en question, Avatar avait quelques temps auparavant pactisé avec Europe qui lui avait révélé son appartenance à l’un des deux clans de Sorcières qui existaient et avait aussi discuté avec Abigaël Asmaloth, jeune tisserande qu’il supposa être l’une d’entre elles, sans se douter qu’il parlait en réalité à la Grande Prêtresse de la Tribu d’Olrun. Cependant, ce dont Louis n’était pas au courant, était que Sigmund Von Wändeswill lui-même ne partageait plus son sens du devoir, maintenant qu’il avait retrouvé Eleonor qu’il désirait protéger.
--------Tandis que les Chasseurs de Sorcières se réunissaient dans la Collégiale, les Prêtresses d’Olrun, avec l’accord d’Abigaël, rédigèrent une lettre en faveur d’un ralliement des clans contre l’Inquisition, concrétisant l’idée qui avait vu le jour quelques semaines plus tôt. Les Sorcières de la Tribu à la Colombe acceptaient ainsi pour le bien de leur clan de mettre de côté leur orgueil qui avait pris de plus en plus l’ascendant sur leur honneur depuis la Scission.
--------Les Hommes communiquent entre eux par des signaux, des messages auxquels ils savent donner différentes formes. Ce sont des paroles, ce sont des lettres, ce sont des actes, ce sont des symboles. Et si le message envoyé est altéré au cours de son voyage, alors la réponse au message reçu pourrait être d’une nature des plus inattendues. En effet, ce fût le cas pour la lettre rédigée par les Prêtresses d’Olrun, qui fut interceptée et échangée par celle qui désirait pardessus tout protéger la tribu de la perdition vers laquelle ce ralliement menait peut-être, mais qui ne voulait pas se mettre ses amies, quelle voyait trop crédules, à dos : Abigaël avait soudoyer le coursier Thibault, pour qu’il fasse disparaître le message, et envoûté la servante d’Alicia pour que cette dernière lui apporte un présent plus personnel…
--------Ainsi, la Meneuse du Lys Noir découvrit dans ses appartements le corps sans vie d’un magnifique spécimen énucléé du genre Corvus, symbole du Lys Noir qui, alors offensé, conduit la tribu à rassembler ses membres pour répondre à un affront qu’elles considérèrent comme venant de la Tribu d’Olrun. C’est de ce cercle qu’éclorent dans la Clairière Sacrée d’Olrun les fleurs de lys noires qui empoisonnèrent l’une des trois Prêtresses : Elena Dymphna, plongeant l’assemblée dans un deuil déchirant. Mais de toutes, la plus touchée restait néanmoins Europe, directrice de ce projet de réconciliation, elle se sentant coupable de ce drame. C’est dans les mots d’Adrien qu’elle trouva la force de relever la tête alors alourdie d’une impression d’emprisonnement de son libre-arbitre : bien que son cœur lui dicte de sombres actes, selon elle, nécessaires au rétablissement de la paix, ses valeurs, celles de sa tribu, l’en empêchaient.
--------C’est dans une justice qu’elles jugèrent quasi-divine, que les Sorcières d’Olrun apprirent à la criée du matin la mort de la Comtesse, sœur d’Alicia. Certaines d’entre elles y trouvèrent même un plaisir malsain. L’aurore argentée d’un matin d’été accueillit donc en son ciel l’âme de la jeune noble pour laquelle furent dites de nombreuses prières et un bel et sincère hommage par le Vicomte. Tandis que chacun allait de sa propre conjecture à propos de la mort de l’épouse du Comte, allant d’une manifestation occulte au meurtre prémédité en passant par la manipulation des Sorcières par les Inquisiteurs, Alicia, elle, voyait en cette perte la responsabilité éternelle qui lui incombait à présent qu’elle était dernière héritière de la lignée de Sarrebourg. Nonobstant, la jeune femme voyait l’ombre de sa sœur s’effacer enfin. Et c’est bien dans cet esprit qu’avait discrètement œuvré Willémina, la Favorite d’Alicia.

--------Il est un sentiment s’étalant à bien plus que le genre humain : la Tristesse. Un profond et sombre sentiment causé par la déception, le désespoir, ou le deuil. Au fond il s’agit toujours d’un vide qui prend la place d’un plein, c’est la disparition de la foi en la raison humaine, c’est le départ d’un ami vers d’autres rivages, c’est l’adieu éternel à un être cher, c’est un manque fatidique et cruel. La tristesse conduit l’Homme à diverses réactions : l’abandon, la vengeance, le changement, et l’action qu’il choisira risque à chaque fois de sceller définitivement son Destin. C’est une blessure intérieure relativement longue à cicatriser mais qui peut être plus facilement soignée avec l’aide d’un tiers qui, touché par votre situation, pourra vous comprendre et vous aider à vous relever en vous transmettant sa propre force. Et lorsque cette aide de l’autre se tourne vers l’Homme, se présente à lui la possibilité de refuser cette main tendue, de la prendre, ou bien… de la tirer. Lorsqu’Adrien d’Hasbauer s’enquit d’apporter son soutien à la Meneuse du Lys Noir dans le deuil de sa sœur, celle-ci découvrit en lui au fil de cette conversation un potentiel et des valeurs qui se marieraient à merveille avec les idéaux du Lys, ce qu’elle lui fit comprendre par une proposition, osée et pourtant pleine d’espoir, de rejoindre sa tribu…


--------Céline Lamarre, dame de compagnie, cachait sous sa paillasse un journal qu’elle tenait régulièrement avec une curiosité maladive et dans lequel elle rapportait chacun des agissements de la nièce du Comte qu’elle servait, or les agissements de cette dernière étaient souvent loin d’être dignes d’une jeune demoiselle de la haute noblesse, voire même plus que déshonorants pour certains. Luc Balzer, l’un des plus célèbres marchands de cosmétiques du Comté, était populaire au château pour sa production de fards de qualité, mais aucunes des belles dames qui utilisaient ses produits miraculeux ne se doutaient que leur création se faisait avec l'emploi toxique du Blanc de Saturne : la Céruse, que le marchand conservait très précieusement dans sa cave. Adelyne Brianier, quant à elle, n’était pas très riche, mais possédait dans un vieux tiroir une collection impressionnante de partitions de chansons aux paroles subversives envers le Roi rédigée par Hugo Lartig, un ancien ami résidant en ville, ainsi que des ouvrages profanes de divers auteurs interdits par l’Église. Oui, les habitants de Forbach, comme la plupart des gens, avaient des choses à cacher très précieusement. Inutile de dire alors que le plan d'action sorti de la réunion des Chasseurs de Sorcières à la Collégiale il y a des semaines avait de quoi faire couler de longues sueurs froides dans le dos de ces chers villageois...

--------Lorsqu’Europe ouvrit la porte de son manoir, quelle ne fut pas sa surprise en apprenant que son domicile allait être perquisitionné par l’Inquisition, à l’instar de tout Forbach. Toutefois, quel fut son soulagement lorsqu’elle reconnut son Inquisiteur, Avatar. Ainsi, leur entretien expira hâtivement : l’Inquisiteur était gêné de devoir fouiller la demeure de la jeune femme qui avait tissé avec lui de réels liens de confiance, une entente qu’ils affirmèrent par une ultime connivence, un accord entre eux deux de protéger mutuellement leurs secrets.
--------Pas moins court, mais bien plus intense, Alicia de Sarrebourg eut quant à elle le privilège de recevoir la visite du Dirigeant de l’Inquisition lui-même, accompagnant l’un de ses subordonnés. C’est alors que celui-ci découvrait le lugubre message, le corbeau décharné négligemment conservé dans un vieux coffre, qu’Alicia sortit de la colère provoquée par cette perquisition offensante pour entrer dans une stupeur glaçante. L’issue de cet entretien se fit pourtant sans la moindre agitation, Louis, n’ayant étrangement éprouvé aucun besoin de détails supplémentaires quant à ce banal volatile, prit congé de la Sorcière, le regard hagard, une mystérieuse lueur embrouillant son esprit. Tandis qu’elle entendait leurs pas s’éloigner dans le couloir, la Meneuse excédée se décida à aller en parler au Comte lui-même.

--------Nous avons tous et toutes des secrets, gardés dans des alcôves où, sans clef, il est impossible d’entrer, à moins d’en crocheter la serrure. Ce sont des cellules qui nous emprisonnent ou nous protègent, ce sont des chambres qui nous réunissent ou nous séparent, mais une chose est certaine : nous avons toujours nos raisons de les dissimuler soigneusement, confinés à l’abri de la lumière… Il se pose alors une question primordiale et récurrente : que se passerait-il si nos secrets étaient découverts ? Malheureusement, bien souvent, cette question ne trouve pas de réponse avant que la porte ne soit forcée. Il en alla ainsi pour Cendra Valentine, Sorcière du Lys Noir, qui fut immédiatement arrêtée après la perquisition de son domicile dans lequel fut découvert un ouvrage du Démon.


--------L’Homme appréhende ce qu’il ne connaît pas. La mère de l’enfant qui pleure dans le Noir pose près de son lit une bougie. L’Homme dans l’étendue d’ombres qui obscurcissent sa Vie a besoin d’une Lumière suffisamment puissante pour le guider ne serait ce que pour sa survie. Dans un monde de mensonge, l’Homme a besoin de l’éclat salvateur de la Vérité. Il la recherche partout, par tous les moyens, dans toutes les situations, envers et contre tous, quelles qu’en soient les conséquences. Et si ce savoir absolu est un but ultime pour tous, il n’en reste pas moins nuancé du voile complexe de la relativité. La Vérité est différente pour chacun, peut-être entravée par d’autres, et parfois même par soi. Alicia, tourmentée par les agissements de l’Inquisition qui mettaient en danger les siennes, face au Comte de Forbach qui la demandait sans détour en mariage, ne savait pas si elle avait affaire au véritable cœur du Comte qui s’exprimait, ou bien au cœur de celui qui avait subit cet ensorcellement plusieurs années auparavant, dont seule la Meneuse et sa Favorite étaient au courant, ardeur qui se réanimait maintenant que la place d’un sincère amour était à nouveau vacante. Mais Alicia refusait de voir la Vérité en face, et sa Passion l’emportait sur la Raison.
À l’évidence, la Vérité n’est pas accessible à l’Homme mortel.
Peut-être alors se trouve-t-elle Au-delà...



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Dernière édition par L'Oracle le Lun 20 Oct 2008 - 23:25, édité 8 fois
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MessageSujet: Re: L'Oracle   Jeu 1 Avr 2010 - 0:18


--------L’Amour… C’est un espoir, un but, un idéal, que poursuivent la plupart des êtres humains. Il est difficile de dire pourquoi lorsqu’on observe le mal qui reste éternellement l’autre penchant du bien qu’il promulgue. Probablement parce que l’Amour est l’une des rares – si ce n’est la seule – passions à être autorisée par les saintes écritures. Alors l’homme aime, il aime de tout son cœur, il aime de tout son corps mais l’homme aime rarement bien. L’Amour pousse l’homme à faire des erreurs, le genre de fautes qui le poursuivent encore et encore, jusqu’à la mort. Si l’homme était raisonnable, il n’aimerait pas et il ne serait pas l’homme. L’homme sans Amour n’est qu’une prière, un souhait, un espoir, sans nulle foi. L’homme prie, souhaite, espère l’Amour. Et parfois il est exaucé… L’Histoire des hommes est bercée de romances et de tragédies portant sur deux êtres qui s’aimaient passionnément, un prince délivrant une demoiselle de sa tour, une belle aimant une bête, des amants jaloux se détruisant… Forbach est l’éprouvette de l’humanité. Elle porte en elle tous ses dons et tous ses vices, et en elle toute réaction est sublimée. Il est donc naturel d’observer de nombreuses romances dans le comté où la brume drape les amoureux d’intimité…

--------Il existe des amours d’une pureté sans nom, qui touchent l’idéal, comme celui d’Adrien d’Hasbauer et de sa femme, Elisabeth, dont le fruit donne des êtres du même éclat, ainsi que la petite Alexandrine dont nous empruntons le corps alors que nous vous parlons. Un amour beau, fort et puissant qui ne faiblit pas alors que leur fille était portée disparue. Quelle chance que nous l’ayons trouvée… D’autres amours naissent malgré les valeurs et les préjugés, fendant les ténèbres, forçant le destin, illuminant la nuit. C’est ce genre d’amour insolite qui unit Louis et Europe peu à peu au cours de cette année. Il était venu la consulter pour ses talents littéraires et analytiques à propos de la Clef de Cendre, le petit poème retrouvé dans le Grimoire de Cendra, la jeune sorcière dernièrement exécutée. Un poème menant qui saurait le déchiffrer directement au Lys Noir et à Alicia de Sarrebourg. Certains amours naissent dès l’enfance sans qu’on puisse en avoir conscience - qui sait si le petit noble Matthäus n’a pas rencontré l’âme sœur en découvrant Alix, la fille d’Eleonor –. D’autres encore naissent au début de l’âge adulte, quand Nicholas de Saintcroix joue du violon et que Joan Witham lui répond en lui offrant une broderie, faisant fi de leur attachement respectif à des clans rivaux. L’Amour dépasse des barrières, les jette à la figure de ceux qui les ont dressées.
--------Mais certaines limites ne devraient jamais être franchies, au nom de la morale humaine. Au risque de voir la colère se refléter dans les yeux de l’inquisiteur Sigmund Von Wädenswill retrouvant sa maîtresse Gabriella des années après qu’elle l’ait abandonné. Ce genre d’amour trahi est celui qu’entretient la duchesse Constance Edelgard avec son mari Octave, trompé sans le savoir, par la duchesse capricieuse tombée entre les bras de l’inquisiteur invité à loger chez eux, Christian Stue. Voilà un impur amour, passionnel, or de toute raison et de toute morale, un amour né dans deux corps alanguis et dans deux cœurs creux. Constance parvint à séduire l’inquisiteur malgré sa pudique réticence allant jusqu’à préférer dormir à l’auberge où la duchesse le retrouva pour s’unir à lui. Existent enfin les amours contrariant les schémas entendus de la vie. Le genre de sentiments incestueux que ressentait Agnès Stue pour son frère Christian. Le genre d’amour incompris, sans retour, même pas dévoilé, que ressentait Amelia Dolore, alias Alodia, depuis de longues années, pour Alicia. Oui, une femme, sa Meneuse, son amie et son fantasme. Jamais elle n’eut l’audace de risquer une révélation. Pourtant, intérieurement le feu brûlait…

--------Alicia aimait sincèrement le Comte. Le Comte n’avait jamais aimé Alicia et ne l’aimerait jamais. Il souriait mais ses yeux exprimaient le froid. Il était à nouveau victime de l’enchantement passé, ravivé par la mort de la Comtesse. Le mariage s’était fait comme dans un rêve. La nuit suivante avait été idyllique. Les chandelles tournoyaient pendant le Bal du lendemain. Alicia dansait avec son beau Comte, ignorant ce regard, cette expression figée de cadavre animé. Cette union avait fait jaser, beaucoup... La sœur de la Comtesse, si rapidement après son assassinat, comme si une liaison existait depuis déjà bien longtemps, comme si c’était elle qui avait tué sa sœur ! La plupart des sorcières de la tribu d’Olrun y voyaient un simple attrait stratégique. Alicia aimait tendrement et riait en dansant si vivement. Puis le tonnerre, le sang, le froid, et l’ombre. La chute. Le bruit matte du corps, les cris, tout est dans la mémoire d’Alicia et pour toujours. Alodia n’avait pu supporter cette vision d’un bonheur excluant à jamais son désir tu. Elle n’avait eu qu’à appuyer d’un coup sur la gâchette. C’était comme si le plomb était apparu sans transition dans le cœur du Comte, violemment. Amelia ne l’oublierai jamais non plus. Voilà, ce que l’Amour peut mener à faire : des crimes, des meurtres, aliéner sa propre humanité.


--------Il est difficile de changer un homme. Mais ce n’est pas impossible. Par amour, un homme peut changer. La haine peut le changer, tout comme la solitude. Un homme heureux est différent d’un homme triste. C’est ce qu’apprit rapidement l’entourage d’Alicia déjà veuve. Elle sombra peu à peu dans la folie et l’amertume, nourrie d’une seule question : qui avait pu ? Non qu’elle n’ait pas immédiatement pensé à la tribu d’Olrun, mais plutôt qu’elle souhaitait être absolument certaine, afin de punir elle-même les coupables en toute bonne conscience. La seule solution qui lui restait était donc de demander directement à l’âme du Comte qui, dans l’Au-delà, avait probablement eu toutes réponses. C’était en son pouvoir. Le Lys Noir fut réuni pour invoquer l’esprit du feu Comte. Alodia, prêtresse du Lys, était bien entendu présente et brisa le cercle rituel en lâchant la main de la prêtresse Carlyn, à l’instant où le Comte articulait « Dol… ». Aucune sorcière du Lys Noir ne l’associa à Dolore Amelia mais bien à la tribu d’Olrun. Le cercle rompu, le voile de l’Outre-Monde se déchira comme un éclair fend le ciel et les âmes en suspens dans les limbes, les esprits porteurs d’une mission inachevée, furent libérés dans Forbach…

--------Si l’amour ou la colère peuvent changer un homme, l’un des sentiments les plus fascinants à l’œuvre - pouvant transformer le plus sanguinaire des loups en la plus fébrile des brebis - est la Peur. La peur étreint les cœurs des plus braves, écrase le courage des plus faibles. La véritable peur anéantit votre humanité, vous redevenez plus qu’un enfant, un animal aux aguets. Votre âme semble se suspendre et attendre sans vous porter le moindre secours. Durant près d’un an, les habitants de Forbach perdirent peu à peu leur humanité en vivant parmi des esprits prêts à terminer leur tâche au sein du monde des vivants. Une vengeance, un message, nul homme ne peut savoir si le spectre qui le hante souhaite le délivrer par la vérité, ou bien le punir par la mort.
--------Les esprits messagers sont retenus dans l’Outre-Monde sans possibilité d’ascension car la vérité qu’ils détiennent – généralement apprise dans l’Au-delà – est si grave, si choquante, qu’ils ne pourront jamais reposer en paix sans l’avoir dévoilée. En ce sens les découvertes ésotériques de la tribu du Lys Noir, et notamment l’invocation des esprits des morts, peut s’avérer salvatrice pour de nombreuses âmes en peine. Malencontreusement, ces messagers sont similaires en apparence et en méthodes aux esprits vengeurs. Aussi la plupart des habitants firent tout pour éviter leurs spectres potentiellement destructeurs. Il aurait pourtant été plus facile de se détacher de sa propre ombre. Ils pouvaient fermer les yeux, boucher leurs oreilles, les esprits étaient là, déterminés. Sans même le savoir, les habitants empêchaient des proches biens veillant de partir à jamais hors de toute souffrance. C’est ainsi qu’Elena, Europe ou Alicia furent persuadées à tort que les esprits les hantant respectivement avaient pour intention de les accuser de leur mort. Elena de Fontebleau était suivie par l’esprit de son frère, Garret, qui désirait lui avouer que c’était leur mère qui était responsable de la mort de leur père et qui l’avait dénoncé, lui, à l’Inquisition. Europe voyait Elena, la prêtresse d’Olrun empoisonnée par le Lys, s’acharner sur elle alors qu’elle essayait simplement de lui révéler qu’Abigael, la Grande Prêtresse, était à l’origine de la provocation du Lys Noir et donc de sa mort. Il fallut plusieurs mois avant qu’Europe écoute enfin et apprenne l’une des nouvelles les plus déroutantes de sa vie. Alicia devait revivre chaque nuit, dans ses rêves, l’assassinat de sa sœur. Elle arrêtait toujours le cauchemar à l’instant ou l’assassin relevait sa capuche, de peur de voir son propre visage. Sa sœur ne put donc jamais lui avouer la culpabilité de Mina.
--------Certains esprits ne livrent pas de message, ne cherchent pas à se venger, simplement à récupérer un bien, un symbole important pour eux. C’est ainsi que l’âme de la défunte femme d’Octave - tuée par ce-dernier - revint au Manoir posséder le corps de Constance afin de récupérer son alliance. Il fallut du temps à Octave pour comprendre la situation et plus encore à la dame blanche pour réaliser que l’alliance que portait Constance était la sienne. On pourrait dire qu’Octave fut chanceux, dans un certain sens, que les esprits revenants n’aient qu’un seul but, présentement celui de récupérer le symbole de son mariage et non pas la punition de son assassin…
--------Car pour certains, les esprits vengeurs ne comptent pas repartir seuls. L’âme de Vladimir Staretz était ainsi bien décidée à tuer Alicia, commanditaire de la pendaison des trois inquisiteurs – dont Vladimir - en réponse à la Messe de Cendre l’an passé. Il eut la bonne idée de posséder un corps déjà pourvu d’une grande haine envers Alicia : Elisabeth, la Vicomtesse d’Hasbauer. L’esprit de Carlyn revint pour Alodia. Alodia avait lâché sa mais lors du cercle rituel, libérant les spectres, elle avait ensuite poignardé Carlyn pour garder l’affaire secrète. Mais l’esprit vengeur arrivé le plus près de son but fut sans conteste celui de Gabrielle de Mortelune, la sorcière brûlée vive lors de la Messe de Cendre, condamnée par Louis Institoris. Elle posséda Joan, apprentie de la tribu d’Olrun et servante au Château, afin de s’approcher au mieux du chef de l’Inquisition et de l’éliminer. Ces esprits vengeurs, dont l’unique but est la mort d’un ennemi encore vivant, sont animés par une colère implacable, plus aucune trace d’humanité n’est lisible en eux…

--------Si ces fantômes sont source d’une peur irrépressible chez les hommes, c’est parce que tous les hommes se savent coupables. Tous les hommes ressentent d’amers remords et d’âpres regrets suite à d’âcres péchés. Les confessions ne sont pas rares dans l’Église de Zetting. L’inquisitrice Prae Mortis posa d’ailleurs une question intéressante au curé. Après avoir fait liste de ses péchés dépassant les sept capitaux, elle lui demanda si elle était la seule ? Le prêtre ne sut que répondre, lui dire que non ne l’encouragerait pas vraiment à changer, lui dire que oui eut été le pire des mensonges jamais proférés. Mais les plus nombreuses confessions ne sont même plus adressées à un prêtre, même plus à haute voix, à peine pensées à demi-mots. Les habitants préfèrent les confier au tout puissant directement. Constance Edelgard avait tenté un homme pur, avait trompé son mari, vivait de caprices chers et d’orgueil, et elle ne s’en était jamais voulu. Même en pénétrant la Maison de Dieu, elle chantonnait son insouciance, sans comprendre que, même sans fantômes, elle devrait payer... Rares sont les véritables péchés pardonnés. Joan pécha lorsque Louis Institoris vint l’interroger à propos de la broche de Madame d’Hasbauer, elle tenta de le séduire. Mais il est probable que son péché lui soit pardonné en considérant le fait que Gabriel de Mortelune contrôlait alors ce pauvre corps innocent.

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--------L’homme est une créature au naturel sociable. Il lui faut une structure sociale pour survivre, il a besoin de solidarité et de hiérarchie. Seulement, là où les animaux voient leur système de classes régi par la nature et l’instinct, les hommes ont remplacé l’instinct et la nature par la volonté et les valeurs. Ainsi tout est possible et un pauvre paysan peut voir en quelques décennies sa famille s’enrichir jusqu’à monter au bras de la royauté. La véritable question est : comment obtenir le pouvoir ? Stratégies, coups d’état, assassinats, les hommes sont des êtres imaginatifs, pleins de ressources et de cruauté pour atteindre leur but. Au final du combat instinctif des animaux aux manipulations des humains, il n’y a qu’un pas. Le pouvoir, aussi luxueux et civilisé soit-il, est une notion présente dans la nature, l’homme n’a fait que l’adapter à son intelligence et à sa société. Chaque hiérarchie est vouée à être remise en cause, et si les animaux se mordent, les hommes eux aussi sont prêts à se battre. Les deux grandes autorités ici en Europe sont l’État et l’Église, le Roi et le Pape. Il est naturel d’en retrouver des représentants partout jusqu’à Forbach avec Louis Institoris et le Comte. Il est naturel donc d’y retrouver également les conflits internes. Depuis la mort du Comte, parti sans laisser d’héritier, le Vicomte Adrien d’Hasbauer avait assurément pris en main l’administration du Comté. Or Adrien ayant été récemment promu au rang de prêtre par les sorcières d’Olrun afin de décourager son enrôlement dans la tribu du Lys Noir, Alicia était dans tous ses états. Une amertume sans limite était née envers le Vicomte. La situation se complexifia pour les inquisiteurs lorsqu’ils reçurent un courrier de l’évêque de Lorraine leur annonçant l’arrivée imminente d’une guilde d’exorcistes réputée afin de lutter contre les esprits face auxquels les inquisiteurs se retrouvaient, à l’évidence, impuissants.

--------Les disciples du Père Marcus arrivèrent un soir à la fin de l’hiver après un bien long voyage. Ils furent accueillis avec un grand dîner en leur honneur. Ce fut une soirée tout à fait riche en rebondissements. L’accueil du Vicomte et de la Vicomtesse avait été d’une chaleur mesurée, juste au degré de la convenance, l’esprit plus occupé par la perte de leur fille Alexandrine. Louis Institoris, le plus anxieux - et de loin - face à l’arrivée de cette ligue extraordinaire, trouva solide soutien auprès d’Europe, elle-même rebutée à l’idée de devoir faire confiance à ces hommes à l’apparence douteuse. Alicia fut finalement la plus sincèrement accueillante, dans un pur mouvement d’antagonisme et d’esprit de contrariété. Le dîner s’ouvrit sur un discours apéritif de Jonas, le chef des exorcistes, assurant une foi sans faille en leur mission. Comme entrée, tous purent profiter de l’annonce, pourtant voulue discrète, de Louis Institoris à Adrien d’Hasbauer quant à la récente mort d’Athénaïs, son bras droit, apparemment tué par un esprit vengeur. Coup de maître pour le plat, avec les explications d’Europe sur la situation à Forbach remettant gracieusement et efficacement les exorcistes dans le bon esprit pour débuter leur quête : l’effroi. Mais restera bien entendu en bouche, et pour longtemps, le fameux dessert servi par la Comtesse, Alicia, apprenant à tous qu’elle attendait un héritier du Comte, ce qui lui permettrait de remonter sur le siège de l’administration de ce Comté. Le malaise d’Elisabeth à l’écoute de cette redoutable déclaration fut la cerise sur le gâteau.
--------Nul digestif pour les disciples du Père Marcus ce soir là. Ils vécurent le dîner mondain le plus explosif de l’histoire de Forbach et découvraient ainsi les vices et les premières failles à utiliser à l’avenir pour leurs enquêtes. Car leur mission nécessitait enquête auprès des habitants bien entendu. Exorciser un comté ne se faisait pas du jour au lendemain et demandait à discerner véritables manifestations fantomatiques et superstitions fantasmagoriques. Ainsi ils se séparèrent et plusieurs semaines durant ils rendirent visite aux villageois. Kerwan fit plus ample connaissance avec Alicia, une nuit, dans les cuisines, réprimant des pulsions pour le moins inconvenables. Tiraillée par la fatigue et la peur, Alicia commença à révéler les première bribes de l’histoire de Forbach et de la légende des sorcières, elle se rendit compte, in extremis, qu’elle s’apprêtait à en dévoiler trop en sortant du strict cadre de la légende et mit fin à la conversation. Piotr s’approcha quant à lui du Duc Octave Edelgard, depuis longtemps soutien de l’inquisition. Il vit en premier lieu la lourde porte du Manoir se fermer à son nez mais réussit à intéresser le duc en lui parlant du Mal qui sévissait chez lui. Octave pensa immédiatement à l’esprit de sa défunte femme possédant alors Constance. C’est ainsi, en tâtonnant, que les exorcistes parvinrent à mieux connaître les lieux et les gens de jour en jour.

--------Des soupçons naissent chaque jour à Forbach. Elisabeth d’Hasbauer soupçonnait l’un des inquisiteurs qui opéra la perquisition de son domicile de lui avoir dérobé une broche de grande valeur. Lorsqu’Adrien fit lire à Alicia la lettre du Conseil Régional retirant à la Comtesse l’administration de Forbach qu’elle aurait du obtenir de droit jusqu’à la majorité de son fils, elle soupçonna le Vicomte d’avoir insufflé cette idée au Conseil en la faisant passer pour folle. L’un des soupçons les plus célèbre à Forbach est bien entendu celui des inquisiteurs face à de possibles sorcières – pourtant même les inquisiteur le plus suspicieux comme Gabriel Touchedieu, parvenait à passer à côté des véritables sorcières comme Ecaterina… Le plus gros obstacle auquel les disciples du Père Marcus eurent à se confronter fut le soupçon. En premier lieu, leur soupçon envers les habitants. Après plusieurs années de travail acharné ils savaient que la plupart du temps les fantômes naissaient et mourraient dans l’esprit des gens. Ils soupçonnaient à Forbach une folie de groupe. Mais les habitants, eux aussi, soupçonnaient les exorcistes. Octave soupçonnait Piotr comme tous les disciples du Père Marcus d’avoir de malhonnêtes intentions. Lorsque Kerwan interrogea Alicia, elle lui avoua que les habitants seraient soupçonneux car en rien prêts à s’ouvrir à des étrangers malgré leur réputation de sauveurs, de peur de souffrir davantage. Pareillement pour Louis à l’image de l’inquisition et pour Europe à celle des sorcières, ils se méfiaient des exorcistes, tout comme Adrien ou Elisabeth. Tant de mystères étaient nés autour de ces hommes apparemment ordinaires qu’il semblait impossible d’être certain de leurs capacités, or Forbach ne s’ouvrirait qu’à de véritables sauveurs aux miracles éprouvés de leurs yeux. Le soupçon est une grille que tout homme réflexif pose entre lui et l’étranger. Plus l’homme a souffert, plus haute sera la palissade. À Forbach, il faut l’avouer, les barrières sont devenues remparts fortifiés depuis quelques temps déjà.


--------Nul n’apprendra quoi que ce soit si nous vous disons que les hommes et les femmes de tous rangs portent des masques. Les habitants de Forbach ont toujours été à l’image de leur comté : d’apparence calme disait Mina à l’exorciste Laszlo, ce qui ne présage rien de bon, rétorquait l’exorciste sur ses gardes. L’apparence est une religion universelle. Chaque personne cultive un certain nombre d’apparences, autant qu’il y a d’individus dans son cercle social. De la séduction au mépris, l’art du masque n’est pas que l’apanage des nobles… La jeune paysanne Joan Witham s’était faite belle pour la première fois à l’occasion du bal des noces dramatiques d’Alicia et du Comte tandis que la noble Elisabeth ne put retenir ses larmes lors de l’incident tragique. L’utilité des apparences, le danger d’un vrai visage, c’est le regard des autres. C’est la juste conclusion à laquelle étaient arrivés l’exorciste boiteux Nathan et la belle dame Eleonor. À l’échelle de la ville, l’inquisiteur Raphael Casaviecchi expliquait à Kerwan que les rumeurs de ville hantée auxquelles le Duc Octave Edelgard croyait dur comme fer – et pour cause – étaient difficilement crédibles hors du comté. C’est cette peur de ne pas être reconnu à sa juste valeur qui amène l’homme à se cacher. Car un masque n’est-il pas avant tout une protection contre les autres et leur jugement ? Un jour, alors que le jeune Matthäus Von Brünner, déguisé en paysan, était accusé de vol sur la personne de l’exorciste Laszlo, ce dernier, amusé de la fausse identité de l’enfant, au lieu de juger sa conduite lui avoua que lui-même, à l’instar de ses collègues, n’était pas ce dont il avait l’air…

--------De longues semaines étaient passées depuis l’arrivée des disciples du Père Marcus. Ces derniers avaient posé des questions, beaucoup de questions à beaucoup de personnes, de tous les milieux. Ils avaient pu observer une certaine cohérence dans les détails des apparitions fantomatiques. Tous les esprits cherchaient quelque chose, d’un anneau à la vie d’un homme. Certains déjà l’auraient trouvé et seraient même repartis vers le monde des morts. Les disciples étaient intrigués par tant de versions concordantes quant à la nature formelle et idéologique de ces esprits, certains exorcistes en étaient même effrayés. Pourquoi des exorcistes de renom seraient-il inquiétés à l’idée qu’il faille affronter des chimères qui ne sont à l’évidence pas uniquement les produits d’une folie de masse ? nous diriez-vous, que déjà votre esprit aura fait le lien évident. Mais laissez-nous vous expliquer...
--------Les exorcistes furent sélectionnés par le Père Marcus – l’un des exorcistes les plus connus d’Europe – dans un monastère bénédictin suédois. Ce dernier essaya d’enseigner son savoir à ces jeunes gens plus avides d’aventure et de liberté que de pieuses oraisons. Vint un jour où – à la grande surprise des moines ingénus - le Père Marcus mourut, probablement de vieillesse. Une jeune homme nommé Jonas décida alors de prendre la tête du groupe et proposa de continuer sur la voie ouverte par le Père Marcus sans véritablement suivre son chemin… Ainsi, vides de tous les préceptes de leur maître, les disciples du Père Marcus prétendirent pouvoir exorciser l’Europe et partirent sur les routes. De ville en ville ils construisirent des chimères faites de chiffons, de files et de manipulation, pour mieux les détruire et attirer sur eux une gloire et un argent non mérités.
--------Leur entreprise secrète prospéra tandis que leur image grandissait dans un bruit de tambours battants qui parvint jusqu’aux oreilles du Saint Père. C’est le Pape lui-même qui ordonna l’affectation des exorcistes à Forbach. Ainsi l’apparence sous laquelle avaient vécu voluptueusement les Disciples s’apprêtait à les étouffer. Mais ils ne le savaient pas encore en arrivant à Forbach. Ils eurent pu le comprendre lorsqu’ils commencèrent à s’inquiéter de l’apparente véracité des propos des villageois, mais galvanisés par leur cupide chef, Jonas, ils se concentrèrent plutôt sur un magnifique coup à monter dans la ville pour prouver leur puissance, rassurer le Pape, et donc survivre.
--------Le jour de la Saint-Jean, dans la modeste Église de Zetting, alors que la messe de nuit suppliait les esprits de retourner dans l’Au-delà, trois entités apparurent. Elles s’annoncèrent comme les trois sorcières brûlées vives lors de la Messe de Cendres l’an passé. Les habitants furent d’abord pris de panique. S’en suivit un mouvement des spectres provoquant l’embrasement de la grande croix derrière le prêtre tétanisé. Les flammes léchaient outrageusement le corps du Christ et s’étendaient à toute l’église. Les habitants quittèrent les lieux comme un troupeau frénétique, laissant aux exorcistes le soin de déployer un arsenal explosif afin de bouter ces trois démons ingénieusement sortis de leur imagination.
--------C’est ainsi que Jonas sortit de la maison de Dieu encore incandescente, sous un tonnerre d’applaudissements, annonçant que les fantômes étaient partis. Il pensait alors en avoir enfin fini avec cette ville et sa folie contagieuse. Mais c’était sans compter sur l’imprévisible nature humaine ! Alors que leur opération la plus audacieuse était un succès total - au prix d’une église et de leur place au Paradis, certes -, le frère Nathan eut un élan de moralité – peut-être induit par sa conversation avec Eleonor sur le regard des autres et l’orgueil. Il décida, malgré l’interdiction formelle de Jonas, de tout avouer. Lorsque les autres exorcistes entendirent les éclats de voix ils s’approchèrent de la chambre et découvrirent la scène qui sonna le glas de leur entente.
--------Nathan était allongé au sol, mort. Jonas, debout, tenta de se défendre du jugement de ses camarades. Il invoqua la solidarité, l’esprit d’équipe, le sacrifice. Comment auraient-ils tous fait s’il n’avait pas tué le Père Marcus pour tous les libérer au départ ?! Ce fut la révélation de trop. Le groupe décida sa dissolution. La guilde des Disciples du Père Marcus finit comme elle avait commencé : dans le sang.

--------L’assassinat du Père Marcus, aussi terrible soit-il, est un parfait exemple de système de pensée logique et cohérent nommé « stratégie ». En supprimant subitement leur maître âgé à la réputation internationale, Jonas pouvait camoufler le meurtre en mort naturelle – qui aurait soupçonné des moines d’homicide ? – et se libérait, ainsi que ses camarades, d’un enseignement contraignant tout en bénéficiant d’une grande influence. Les exorcistes ont joué de stratégie tout au long de leur carrière de charlatans. Du meurtre originel de Jonas à cette fresque cauchemardesque à la petite église de Zetting. Mais ils ne sont pas les seuls, surtout pas à Forbach. Une stratégie peut être de toute nature. Celle des Disciples était spectaculaire. D’autres peuvent êtres très discrètes, deux prêtresses d’Olrun qui convoquent le sage Adrien pour le promouvoir au rang de prêtre et l’écarter secrètement des bras tendus d’Alicia de Sarrebourg par exemple. D’autres stratégies peuvent être tout à fait sournoises… Joan, possédée par Gabrielle réussit à s’approcher dangereusement de Louis Institoris au point de pouvoir lui offrir un rafraîchissement à la belladone. Europe parvint à stopper Joan juste à temps pour sauver son aimé. Par stratégie l’esprit de Gabrielle préféra alors changer de corps et posséder Europe pour mieux atteindre son but. Joan esseulée fut mise en prison et nul membre de son clan n’en fut alerté. Alicia joua de ses pouvoirs pour libérer Joan au nez et à la barbe de Gabriel Touchedieu et un de ses collègues en échange du Grimoire d’Olrun, le Livre de Lumière. Une stratégie qui rapporta gros au Lys Noir et qui taillada profondément l’intégrité de la tribu d’Olrun.

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--------L’Amour… Il semble être au cœur de l’humanité. Il est le sublime démiurge ou le ténébreux tyran. L’Amour est à l’origine. Il mène à la vie par l’enfant que la femme porte en son sein. Cette nouvelle vie tant espérée, même par les plus radicales inquisitrices, comme cette chère Prae Mortis, anéantie par sa stérilité. Cette nouvelle vie souvent fortuite, comme il en fut pour la pathétique Duchesse Edelgard enceinte de son amant et confondant les symptômes de la grossesse et ceux du typhus… Cette nouvelle vie, capable de bouleverser l’ordre des choses comme l’enfant, tant attendu d’Alicia, qui naquit le soir même de la Saint-Jean, accompagné de deux frères jumeaux dont un seul survécut d’après Mina alors que celle-ci – pressentant l’incapacité d’Alicia d’aimer pareillement trois enfants - venait de faire ingurgiter une substance au nourrisson prétendu mort né… L’Amour, parfois, est aussi l’origine de la fin... Les esprits errants à Forbach le savaient mieux que quiconque, l’Amour tue. La passion d’Alodia pour sa Meneuse l’avait menée à assassiner le Comte. Le mal appelant le mal, elle avait du ensuite assassiner son amie, Carlyn. L’esprit machiavélique de Gabrielle de Mortelune, dans le corps d’Europe, profita de l’Amour de Louis Institoris pour cette dernière afin d’être suffisamment proche de lui et braquer le pistolet de service de l’inquisiteur droit sur son cœur.
L’Amour est fruit et racine de la nature humaine…
Forbach en était le miroir et la tragédie s’annonçait imparable.
Il était temps pour nous d’entrer en scène.


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L'Oracle
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MessageSujet: Re: L'Oracle   Mar 3 Aoû 2010 - 14:06


--------L’Homme est une créature qui se surestime. Car elle n’a pas trouvé être supérieurement intelligent, l’humanité s’est couronné de lauriers sanglants et a déclaré que nul entité en ce monde ne saurait la destituer. Nulle guerre n’a véritablement éclaté entre animaux et êtres humains car pour qu’une guerre porte ainsi ce nom, il lui faut deux partis s’affrontant non pas forcément à armes égales mais à nature la plus semblable possible. Ainsi les êtres humains chassent les sorcières comme les animaux sans empathie et à l’inverse ils guerroient contre leurs frères - car l’intelligence à ce revers que la nature est transcendée par une énergie subtilement destructrice. Au final, la seule guerre contre des animaux qui nous ait été présentée comme telle par les habitants est celle contre les rats et la peste. Voilà donc l’animal dont la nature et l’intelligence se rapproche au mieux de celles de l’Homme : le rat. Et les hommes se permettent de se croire supérieurs ? Nous allons vous dire une bonne chose : s’ils n’ont trouvé plus fort qu’eux, il n’y a pas de quoi être fier car ça ne met qu’une chose en lumière : ils ont mal cherché ! Ô Grand Maître… il était plus que temps que nous entrions en action. Nous avions commencé notre récit par vous dire que notre identité n’avait pas d’importance en cet instant. Il est temps à présent que vous sachiez…

--------Vous donner notre nom ou notre âge n’aurait rien de profondément intéressant. Le plus important que nous ayons à vous livrer est l’identité de notre Maître et vous seriez plus qu’effrayé d’avoir confirmation de l’existence latente d’un être aussi puissant et supérieur. Sachez que nous ne sommes qu’un messager du Maître, un serviteur qui parle toujours en son nom. Il y a bien longtemps, à l’origine de l’humanité, le Maître a semé chez l’homme les germes de sa nature que vous qualifiez de sombres. De nombreuses fois les hommes ont tenté de le combattre et de l’éliminer au nom de la Lumière. Mais qu’est ce que la Lumière sans l’Ombre… Le Maître nous créa comme Messager des Ombres pour prêcher les ténèbres auprès des hommes. Ainsi nous sommes à l’origine de bien des tribus de sorcières et fut un temps où un des temples en l’honneur du Maître se dressait à Forbach avant même qu’elle ne se nomme Forbach. La tribu d’Olrun, autrefois sans pitié et assoiffée d’expansion, écrasa les sorcières des Ombres présentes sur ces terres et brûla leur temple. À leur image, dans le monde entier les hommes exhortés par des messies commencèrent à se rebeller contre le Maître et vint un jour où ils réussirent à éteindre sa grandeur. Il nous eut été possible de ramener le Maître pour nous venger de l’Humanité mais un puissant sorcier parvint à nous enfermer dans les limbes, l’Outre-Monde, avec les âmes inassouvies et torturées.
--------Nous sommes restés ainsi à souffrir les plaintes des âmes pour mieux les haïr, gardien amer de la misère humaine, n’attendant que le jour où nous pourrions sortir enfin et libérer le Maître. Et ce jour arriva ! Lorsqu’Alodia brisa le cercle rituel du Lys Noir permettant le lien avec l’Outre-Monde, il n’y eut pas que des esprits errants qui se déversèrent dans la ville. Il y eut nous. Nous étions comme tout habitant des limbes : volutes nébuleuses. Nous avançâmes entre les pierres du château à la recherche d’un corps à l’esprit suffisamment affaibli pour nous permettre de l’occuper et nous trouvâmes comme par miracle la petite Alexandrine d’Hasbauer… Elle avait volé la broche de sa mère et son mensonge était allé si loin qu’une enquête avait été demandée par l’influente Vicomtesse. L’enfant s’en voulait à présent terriblement et sa tristesse n’avait d’égal que sa honte. Il nous fut donc facile de nous loger en cet être jeune et affaibli. Ainsi nous quittâmes le Château pour observer une année durant tous les remous du Comté. Pour ce faire nous utilisâmes un de nos quelques dons : notre capacité à lire le passé des êtres. En quelques mois nous connaissions tout sur tout le monde, nous étions en mesure d’écrire l’histographie de Forbach. Le plan était simple : nous présenter comme un messager divin - pour reprendre cette image qui avait plu aux hommes au point de les amener à détruire le Maître.



--------Nous commençâmes par rendre visite à Abigaël, Grande Prêtresse d’Olrun, afin de lui voler son médaillon – rendue à moitié folle par les fantômes de son passé, elle n’avait pas véritablement su se défendre et nous n’avions pas peur qu’elle parle. Nous avions lu dans le passé de quelques proches amies d’Abigaël que le médaillon de cette dernière était la marque d’appartenance à un clan ancien et légendaire dont les membres étaient appelés les « Gardiens ». Ils étaient chargés de veiller sur les sorcières de la tribu d’Olrun. Nous avons par la suite rédigé une lettre anonyme adressée à l’inquisition dans laquelle nous dénoncions Abigaël. Ainsi cette dernière fut arrêtée et exécutée. Nous nous annoncions dès lors aux sorcières comme une envoyée divine devant réunir les deux clans pour l’élection d’un nouveau Gardien. Il s’agissait aux yeux des deux tribus d’une chance inestimable à saisir : le clan qui remporterait l’élection assurerait à coup sûr sa supériorité. Nous faisions pourtant figure de neutralité simplement missionnée pour n’éveiller aucun soupçon. Afin de compléter notre jeu de créature bénie nous leur précisâmes que nous tenions les inquisiteurs sous notre coupe en leur ordonnant de ne plus rien tenter contre les sorcières et en prétendant qu’elle les leur servirait sur un plateau d’argent le jour venu. De même, sous couvert d’être messie envoyée par Dieu, nous expliquâmes aux inquisiteurs que nous avions fait croire aux sorcières qu’elles seraient réunies pour l’élection d’un nouveau gardien alors qu’il s’agirait d’un piège pour les attraper toutes. Vous l’aurez compris, nous tenions ainsi les deux puissances de Forbach à notre merci.
--------Toute cette stratégie n’avait qu’un but. Les cendres de l’ancien temple des Ombres – seul lieu par lequel le Maître pourrait s’évader de sa prison nihilique – avaient été recouvertes par le Parvis de l’Église de Zetting. Il nous fallait donc vider la place et la sécuriser afin d’y réunir des sorcières capables d’invoquer une créature aussi puissante que le Maître. Par bonheur, nous étions à Forbach… Il nous faudrait donc gagner la confiance des sorcières – le fait de détenir le médaillon était déjà un pas – pour l’invocation, ainsi que des inquisiteurs et des habitants pour les éloigner du Parvis le temps du rituel. Notre première campagne serait la plus longue mais la plus convaincante à n’en pas douter : nous allions nous lancer dans l’exorcisme de Forbach. L’un de nos dons nous permettait de renvoyer les âmes vengeresses dans les limbes. Nous faisions croire aux habitants que l’âme calmée allait retrouver la paix par-delà la mort tandis qu’elle retournait en vérité dans l’Outre-Monde dans l’attente de la prochaine sorcière lesbienne prête à tout pour protéger ses crimes.

--------Cette opération dantesque nous permit de mieux comprendre l’importance irraisonnée que prenaient souvent les uns dans le cœur des autres. Car bien plus qu’avec des fantômes, les habitants de Forbach vivaient avec le souvenir constant des êtres aimés ou haïs. Qu’il s’agisse d’Ecaterina seule dans son Manoir abandonné repensant à son défunt chevalier Andrei, de Joan enfermée dans les cachots et survivant en s’accrochant au souvenir de son beau Nicholas, ou de Marina dont la grand-mère morte lui légua la gestion de sa bijouterie, ce souvenir, cet amour, peut parfois tenir un homme debout, même au plus bas. Paradoxalement, le souvenir des êtres peut s’avérer une plaie douloureuse sur laquelle il ne faut jamais appuyer au risque de dévoiler une véritable nature inattendue. C’est ainsi qu’Alicia eut un bref aperçu du secret de Kerwan dont l’assassinat de sa mère par son père et de son père par lui-même fut la base de son fond si noir et sanguinaire. Enfin, ce souvenir peut devenir une véritable obsession. Mère Mattea, honorable carmélite missionnée pour surveiller l’Inquisition locale, n’avait que peu de souvenirs de son passé et notamment de sa famille qu’elle recherchait activement dans cette ville d’où sa mémoire semblait commencer. Elle alla jusqu'à avoir recours à nos services. De même pour Viviane dont la disparition soudaine de Cassandra - qu’elle ne savait pas avoir été victime d’un sortilège d’amnésie instigué par la tribu d’Olrun effrayée par un comportement trop rebelle, et être devenue plus tard Mère Mattea - était une source de tracas perpétuelle. Elle osa même demander à la nouvelle Grande Prêtresse, Europe, ce qui était arrivé à sa sœur. Gabriel Touchedieu quant à lui ne pouvait chasser de son esprit l’image de la jeune rousse, Joan, s’évadant des cachots de la collégiale. Il espéra même que Louis Institoris lui donne carte blanche pour la traquer. Parfois le souvenir d’un autre peut diriger une vie en accaparant tout votre esprit. Et c’est bien sur ce terrain que nous devions jouer.
--------En effet, l’exorcisme des fantômes de Forbach à tours de bras était véritablement de l’ordre du miracle aux yeux des habitants. Notre premier exorcisme sauva Louis Institoris. Lorsqu’Europe était encore possédée par Gabrielle de Mortelune, elle brandit son pistolet droit sur Louis qui eut à peine le temps de se retourner avant de voir l’éclair et le corps d’Europe qui s’effondrait, dévoilant notre silhouette la main encore tendue. À une fraction de seconde près Louis était plombé. Nous pûmes ainsi lui rendre la broche qu’Elisabeth avait perdue, le sauvant de réprimandes déshonorantes – ce qui en soi peut constituer un miracle aux yeux du chef de l’Inquisition. De même lorsque nous parvînmes à convaincre Gabriel Touchedieu d’arrêter de commettre mille et un carnages pour passer la frustration qu’il souffrait depuis la fuite de Joan, il nous fallut faire appel à son passé et à sa peur de la vengeance du peuple. Il s’agit d’un miracle pour la plupart des habitants retrouvant un semblant de paix. Enfin, faire chanter le second de Louis Institoris, Sébastien, sur son véritable sexe et le souvenir de son fils afin d’obtenir l’obéissance de l’Inquisition, c’était un miracle. Or un messie ne peut prouver sa nature que par les miracles qu’il commet. Le miracle était notre arme.


--------La seconde arme dont nous pouvions nous servir était la pression. La pression sociale est d’une force insoupçonnée car elle peut aller d’un simple devoir de politesse - comme la mère de Joachim Haarlicht lui demandant par missive de prendre contact avec la Duchesse Edelgard - à l’abandon de la direction du comté par le Vicomte Adrien d’Hasbauer, fatigué des tensions avec la Comtesse. Suite à cet abandon le Conseil Régional, considérant toujours Alicia comme inapte à prendre la régence malgré la légitimité de son fils aîné, confia le pouvoir à un volontaire tiers : le Conti Lorenzo Maestriani, vous. Vous arrivâtes en grandes pompes et prenant la place d’Adrien non sans une perverse satisfaction, on ne peut pas dire que vous ressentîtes une forte pression sociale... Adrien prévit bien que l’administrateur n’avait rien à faire des affaires de ce comté. La pression sociale c’est également ce que ressentit Louis qui refusa carte blanche à Gabriel sur l’affaire Joan Witham sous pression de la Comtesse Alicia, du Vicomte Adrien, et de son amante : Europe. Gabriel ne trouva son soutien qu’auprès de vous Lorenzo, tout à fait pour ses méthodes radicales. La pression sociale est ce qui vous retint vous et Alicia de vous avouer votre amour naissant dans un lit de haine. Le chantage tenant Sébastien à propos de son passé, c’était utiliser une pression sociale.
--------Cette pression ne dépend que de votre identité. Joachim ne doit saluer Constance Edelgard que parce qu’il est de sang noble lui aussi. Si Alicia ne vous embrasse pas c’est parce qu’elle n’est pas une femme soumise. Si le secret de Sébastien est si gênant, c’est parce qu’il est le second de l’Inquisition locale. La question de l’identité est partout et nous en savons quelque chose. Parfois l’identité doit être remise en question. C’est ce que la sorcière Noirin apprit à son apprenti, Nicholas, il allait lui falloir devenir un autre. C’est également ce que comprit Joan qui préféra brunir ses cheveux afin de devenir méconnaissable aux yeux de l’inquisition. Cette même Joan qui avait fait le choix de quitter la tribu d’Olrun et de devenir sorcière du Lys pour être libérée. Parfois il est nécessaire de trouver une nouvelle identité tout comme il est parfois nécessaire de retrouver l’ancienne. C’était l’obsession de Mère Mattea. L’identité est camouflable comme nous l’a prouvé Joan. Ainsi la cruelle Clarisse fit elle l’outrée face aux paroles machiavéliques de Douce Ambrée dans la Boulangerie des Doigts Sucrés, par simple amusement. L’identité, c’est ce que nous recherchons tous à l’approche de quelqu’un. Lorsque Valériane voit Douce pénétrer dans sa boutique elle cherche à cerner l’étrange personnage, un tisonnier à la main. Car sans certitude de cette identité, l’hostilité est souvent de mise. Il en fut ainsi pour Adrien d’Hasbauer face à nous-même, ne sachant plus vraiment s’il avait face à lui sa fille, Alexandrine, une sauveuse tombée du ciel ou bien un démon manipulateur.
--------Ce fut pour le Vicomte une véritable torture que cet entretien. Il était alors partagé entre l’amour inconditionnel qu’il avait pour sa fille et la haine sans limite pour l’être qui la lui confisquait. Nous lui proposâmes de laisser l’esprit de sa fille lui parler un instant. Mais il refusa, certain de n’en souffrir que plus encore après coup. Heureusement pour nous, car il s’agissait biensûr d’un mensonge visant uniquement à prouver une forme de bonne foi. Cette haine face à l’amour est en tout homme. Dans le cas du Vicomte cette pluralité des sentiments était en écho avec la pluralité des personnalités qui s’affrontaient dans l’image de sa fille. Il en allait de même pour Europe lorsqu’elle était possédée par Gabrielle de Mortelune avant notre intervention : Europe aimait tendrement Louis, Gabrielle le détestait au plus haut point. La haine peut être seule résidente d’un cœur : la gifle magistrale que vous nous imposâtes dans le salon du château était une preuve assez flagrante d’une forte dépréciation. Tout comme l’amour peut être un ciel sans nuage à l’image de la relation liant Nicholas et Joan, Adrien et Elisabeth… C’est un amour à ne jamais confondre avec le désir de la chair, seul désir proche de l’amour que connut Gabriel Touchedieu avec des prostitués. Pourtant un seul cœur détient parfois amour et haine face à une seule et unique personne : Alicia vous détestait Lorenzo car vous lui voliez la régence, mais elle ne pouvait qu’aimer l’homme au charisme irrésistible… L’être humain est complexe…


--------Afin de nous faire pleinement accepter, il nous fallait faire preuve de diplomatie. Ah la diplomatie… Elle est en le pouvoir de tout homme et pourtant bien souvent oubliée. De Douce hurlant bestialement sa faim dans l’Auberge à son arrivée à Forbach, à Gabriel Touchedieu - qu’il s’agisse de l’arrestation sans douceur d’Abigaël, du carnage de la Maison Frontain, ou de l’étranglement de Valériane lui tenant tête sous les yeux ahuris du frère Ethan -, en passant par vous-même, Conti Maestriani, dont un laquais annonça avec vigueur et sans ménagement dès votre arrivée dans le Hall du Château que « Lorenzo serait le nouveau dirigeant », le manque de diplomatie peut mener à de fâcheuses mésententes, vous devriez vous méfier. Nous fîmes tout ce qui était en notre pouvoir pour éviter ce genre d’ennuis – exception faite pour le coup de pied rendu en juste réponse à votre gifle. Car c’est aussi par la diplomatie qu’on atteint la confiance des hommes et c’est bien là ce qu’il nous fallait conquérir afin de mener à bien notre mission.
--------C’est un véritable travail sur soi la confiance. Il faut accepter la bienveillance de l’autre malgré les mystères inhérents à sa nature d’homme. Valériane ne pouvait faire confiance en cette Douce intruse en son salon – peut-être à cause de cette cicatrice à l’œil qui la fit sursauter - au point de lui entailler le bras… Pour nous les plus gênants furent les habitants les plus incrédules. Mère Mattea était, par exemple, une femme non convaincue. Pire encore, Lorenzo Maestriani, vous ne doutiez plus qu’il faille douter de nous. À l’inverse vous fîtes confiance à Adrien pour accomplir votre curieux plan visant à notre arrestation. Là réside une belle force de l’humanité. Quant la confiance est accordée, peuvent se créer tout naturellement des alliances. Les alliances peuvent également se former par un sentiment inexplicable d’amitié - comme il en fut pour Alicia face à Kerwan -, d’amour - Alicia face à Lorenzo -, ou d’admiration - Mère Mattea face à Sébastien Garin lui dévoilant son véritable sexe. Certaines alliances sont imposées par des instances supérieures, comme le Saint Père imposant à Mère Mattea de travailler avec Sigmund afin de le surveiller. D’autres sont signées pour garder un secret, sous le sceau du chantage. C’est ce que nous dûmes entreprendre auprès de Kerwan : nous ne révélions pas l’assassinat de son père et les manigances de sa clique de faux exorcistes en échange de quoi il nous soutenait dans notre campagne. C'est-à-dire que les habitants naïfs lui accordaient encore beaucoup de crédit… Il nous fallait créer des alliances car notre ennemi en créait lui aussi. Vous, Lorenzo, aviez pactisé avec le Gourdin de l’Inquisition, Gabriel Touchedieu. Vous promettiez de couvrir ses méthodes violentes en échange d’un soutien sans faille contre nous-même. C’était sans compter sur nos pouvoirs…

--------Non seulement nous parvînmes à neutraliser Gabriel en lui promettant de ne pas révéler son passé en échange d’une accalmie, mais nous nous empressâmes également de préciser à une messagère de la Meneuse du Lys Noir, Alicia, que la dernière victime de Gabriel Touchedieu était l’une de ses sœurs du Lys. Nous espérions ainsi qu’elle force son Lorenzo si secrètement aimé à mettre à pied le Gourdin. Non pas pour nous en débarrasser, mais pour mieux l’utiliser… En effet notre plan était plutôt compliqué. Nous invitâmes personnellement chaque habitant non sorcier et non inquisiteur à se rassembler la nuit du premier mai dans le Champ de Muguets afin de fêter la fin de l’exorcisme de Forbach ce qui nous permettrait de vider la ville et faire place nette sur le Parvis de l’Église où nous rassemblions les deux tribus pour la fausse élection du Gardien et la vraie invocation du Maître. Quant aux inquisiteurs, comme promis nous leur avouâmes le lieu de rendez-vous des sorcières, ou presque : le Champ de Muguet. Nous allions créer ainsi un véritable massacre des habitants pris pour des sorcières et dont la fête serait prise pour un sabbat à renforts de quelques effets pyrotechniques de notre invention. Tout ceci afin de faire diversion. Pour ce faire il nous fallait un meneur d’inquisiteurs particulièrement remonté pour ne pas trop réfléchir avant de donner la charge. Gabriel Touchedieu était tout désigné, mais il nous fallait auparavant le frustrer suffisamment pour qu’il libère la bête au bon moment. Sa mise à pied par Lorenzo Maestriani allait probablement suffire à le mettre à cran.
--------Mais c’était sous-estimer la colère d’Alicia qui faillit bien le tuer. Lorsqu’elle apprit qu’une de ses sœurs avait été violentée elle demanda l’aide de quelques sorcières de sa tribu et prépara avec elles une embuscade. Mina envoûta Gabriel de façon à lui faire croire que Joan, son obsession, courrait devant lui en le narguant insolemment jusqu’à entrer dans les appartements d’Alicia qui l’attendait de pied ferme avec deux de ses sœurs pour le transpercer de sa lame. Mais le bougre se débattit et ce n’est que grâce à l’aide presqu’involontaire de la Grande Prêtresse d’Olrun, Europe, que Gabriel fut maîtrisé. Alicia fit passer toute la scène pour une agression face à vous Lorenzo et vous ne pouviez alors que suspendre votre acolyte. Notre plan avait fonctionné, non sans accrocs.



--------Ainsi tout se déroula comme prévu. Pendant que les habitants se faisaient décimer dans la Forêt, les sorcières invoquaient sans s’en rendre compte une des forces les plus ténébreuses de la création. Tout se passait au mieux grâce à une mécanique bien huilée. Mais nous avions oublié un petit détail qui allait bloquer notre rouage si parfait : El Conti Lorenzo Maestriani ! Nous douterions même de votre nature d’homme tant vous nous surprîtes par votre discernement. Vous ne nous aviez strictement jamais fait confiance et nous n’avons jamais réussi à avoir un contact direct avec vos yeux et donc nulle lecture possible de votre passé. Vous vous informâtes de la direction dans laquelle partirent les inquisiteurs pour aller s’occuper des sorcières et prîtes la voie opposée, vers la ville et l’église. Ainsi vous nous retrouvâtes et, terré, épiiez la cérémonie jusqu’à l’arrivée du Maître. Vous ordonnâtes alors à un de vos gardes de s’en aller chercher les inquisiteurs en toute urgence et dès leur soutien arrivé, vous donnâtes la charge. Les sorcières fuirent en tous sens pour échapper aux inquisiteurs. Nous partîmes à travers la ville puis la Forêt mais vous, notre cher Conti, nous attrapâtes.

--------Nous fûmes surprise par une capacité humaine tout à fait délicate et en exergue dans les grandes crises comme il en fut pour ce soir de mai. Le sacrifice. Nous en avions déjà rencontré. Andrei se sacrifiant pour sauver Ecaterina perdit sa vie. Louis refusant carte blanche à Gabriel perdit une occasion d’avancer dans sa mission. Adrien cédant secrètement sa place à Lorenzo acceptait de ne plus pouvoir protéger sa tribu. De même qu’il sacrifia un instant avec sa fille pour rester digne et fort, pour ne pas la garder auprès de lui et la laisser aller dispenser ses bienfaits au peuple. Vous savez, Europe a été repérée par Sébastien durant la nuit du premier mai, et vous pouvez être certain qu’il a négocié le secret de l’identité tribale d’Europe en échange d’un arrêt complet des activités de sa tribu, car plus vite l’inquisition devra partir de Forbach, plus vite Sébastien Garin pourra redevenir Sarah Geisler. Il s’agit ici pour Europe d’un sacrifice pour sa propre survie. Des sacrifices il y en aura encore et toujours car les hommes sont souvent prêts à tout pour défendre ce qu’ils aiment : les autres, eux-mêmes, le pouvoir. Ainsi, pour garder la confiance du peuple après le massacre au Champ de Muguets, l’inquisition sacrifiera à coup sûr ce pauvre Gabriel Touchedieu. Kerwan sortit du Champ de Muguet sans aider nulle âme, simplement accompagné d’un sourire malsain, alors que Constance n’aspirait qu’à retrouver sa fille en sécurité chez elle. Le sens du sacrifice n’est pas en chaque homme. Mais lorsqu’il s’exprime, c’est – même pour nous – un spectacle frissonnant. Ces deux meneuses de tribu s’avançant en première ligne face à la meute hurlante des inquisiteurs, prêtes à y laisser leur vie, sacrifiant leur rancune pour se lier le temps d’une incantation afin de protéger leurs sœurs d’un épais brouillard… C’est dans ces eaux, nous semble-t-il que dort la beauté salvatrice de l’humanité.


--------L’Homme est une créature qui se surestime. Il a brandi son intelligence comme un sceptre aiguisé prêt à aiguillonner tous les êtres et à crucifier les dieux. Mais son intelligence ne le mène depuis l’aube des temps qu’à la destruction. Viendra un jour où les instances supérieures lui rappelleront qu’il n’est qu’une création parmi d’autres et qu’il sera détruit, sombrant avec son règne de carnage, comme la peste. L’Homme est arrogant car il sent bien qu’il est puissant, et il n’a pas tort… À présent que nous avons perdu, il ne serait plus utile de le nier, notre échec ne tient qu’à notre sous-estimation de l’humanité. Vous n’êtes pas que des êtres intelligents, vous avez également des âmes et un cœur qui vous permettent d’appréhender la terre et les cieux comme nul être ne sut le faire auparavant. Vous avez en vous une ombre, à n’en pas douter, mais vous irradiez d’une lumière également. Votre complexité fait votre beauté et nous devons avouer avoir été parfois jaloux de ne pas avoir d’âme ou de cœur ainsi que les vôtres. Cependant, vous, Lorenzo Maestriani, nous ne vous admirons pas et sûrement est-ce parce que nous nous parons d’une mauvaise fois plutôt que d’une bonne conscience, mais nous sommes prête à jurer que vous avez triché…
Forbach n’est pas un comté Lorrain comme les autres,
Forbach n’est pas pour autant l’antre infernal de la Géhenne,
Forbach est le Royaume de l’Humanité dans toute sa sombre splendeur.



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L'Oracle

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