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 Le Bal des Âmes (#5)

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Meneuse
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MessageSujet: Le Bal des Âmes (#5)   Mar 28 Oct 2008 - 3:15



On ne peut imaginer à quel point un cœur est fragile, même ceux que tout le monde croient glacés restent toujours prêts à voir se raviver une flamme dévastatrice, un feu qui fait fondre la glace et vous consume l’âme d’une passion dont rien de bon ne pourra jamais sortir au final… Alicia, à présent, avait froid. Toute la chaleur de son cœur l’avait quitté, elle ressentait le vide, moins douloureux que la tristesse, mais plus profond et dangereux. Un néant rampant le long de son esprit. Où qu’elle soit, quoi qu’elle fasse avec qui que ce soit la Veuve de Sarrebourg n’était pas présente. De temps en temps, dans une coulée monstrueusement acerbe dans sa poitrine, Alicia revoyait des scènes rapides et successives, celles qui montraient le bonheur assassiné : un cavalier et sa cavalière dansant au son des violons, la beauté et la grâce, puis le cadavre et sa veuve pleurant tel le hurlement du vent, l’horreur et la mort.

L’après drame, la Meneuse ne s’en rappelait pas vraiment. Ses yeux brouillés de larmes dressaient devant elle un écran flou où s’étendait à l’infini le sang de son aimé, elle savait qu’on l’avait soulevée du sol à plusieurs, des gens du Lys, imaginait-elle. On l’avait emmenée dans la chambre qu’elle partageait jadis avec le Comte de Forbach, et elle avait demandé expressément à ce que personne ne la dérange plus, plus jamais. Elle s’était retrouvée seule, dans cette chambre pleine de cette énergie vibratoire que laissaient les personnes passées dans l’Au-delà. Alicia ressentait cette énergie qui resterait à jamais qu’une bribe de son Amour. Elle s’avança maladroitement vers le lit conjugal, comme une poupée désarticulée, elle se laissa tomber sur les draps blancs, dans une position pathétique, vêtue de sa robe de mariée affligée d’une immense auréole de sang au niveau du cœur.

Oui, elle aurait aimé que cette balle ne s’arrête pas si rapidement, qu’elle traverse toute la chaire de cet homme au quel elle ne pouvait donner que spirituellement son cœur, pour venir se loger enfin dans sa propre poitrine, lui arracher à elle aussi son dernier battement de cœur, la laisser rejoindre son Amour sans lequel la vie n’avait plus de sens… Ses larmes teintées de maquillage noir continuaient à étendre un masque épouvantable sur tout son visage. Elle voulait mourir, de tout son être elle le désirait, pourtant quand bien même elle en aurait eu la force, il lui restait une mission primordiale, en plus de celle de continuer à orienter le Lys Noir vers la bonne voie, il fallait qu’Alicia venge le seul homme qu’elle avait aimé, qu’elle arrache le cœur de son assassin au sens propre.

Mais pour ce faire il lui fallait trouver le possesseur de l’arme. Or dans un tour de menuet rapide, probablement le Comte avait il eut le temps de voir l’arme pointée sur lui avant de s’en retrouver à dos. Il lui fallait des réponses ! Coûte que coûte, il fallait qu’Alicia commence quelque part, il fallait qu’Alicia puisse dire Adieu au Comte… Elle voulait savoir si son aimé la pardonnait de ce qu’elle avait fait dans le Passé et qui l’avait mené à sa mort, car au fond, l’une des premières responsables, et plus elle y pensait plus elle désirait cesser de vivre, était Alicia elle-même… C’est ainsi que quelques jours après l’inhumation Alicia convoquait les sorcières du Lys Noir pour l’invocation de l’esprit du Comte dans le but d’être certain de l’identité de l’assassin et de ne pas lancer une offensive injustifiée contre Olrun. Aucune n’était stupide et chacune s’était probablement doutée de l’aspect sentimental de la chose pour leur Meneuse…

C’est ainsi que la nuit du 31 Octobre les sorcières du Lys se retrouvaient toutes unies dans les Sous-sols du Château de Frauenberg, formant le cercle rituel invocateur. La Salle était pleine d’une énergie idéale, les bougies portées par les statues émergentes des colonnes alliées aux lueurs tamisées des hautes lanternes apportaient une atmosphère parfaite pour le type de rituel où l’on accueillait pendant un instant un être de l’Outre-Monde, ne devant bien sûr pas être déstabilisé. Tous et toutes formaient plusieurs cercles concentriques apposant fermement la paume de leur main droite sur la gauche de la personne à leur droite. Le Cercle ainsi fait était fragile et puissant à la fois, la Meneuse avec le Grimoire au centre. Ce genre de séance de spiritisme avait déjà été fait entre la Meneuse et ses prêtresses, mais les entretiens avec l’âme du défunt s’était avéré court et confus, le nombre faisait la force. Et le moment aussi… en effet la date n’avait pas été choisie au hasard puisqu’elle correspondait à la fête celte des morts : Samhain… Ainsi les conditions pour l’invocation d’un esprit étaient tout à fait optimales.

Aux alentours de minuit commencèrent les incantations sacrées guidant l’égrégore mystique de l’assemblée unie par une seule volonté vers un monde à part… Plusieurs minutes passèrent avant qu’enfin le voile entre l’Outre-Monde et la Réalité commence à onduler, laissant les sorcières apercevoir des formes brèves, comme de courts mirages faisant légèrement vaciller l’atmosphère. Bientôt furent audibles en plus des murmures synchrones des sorcières des murmures plus lointains et désordonnés, les immenses chaînes portant les lanternes au plafond grinçaient en s’agitant de plus en plus. Alicia des plus concentrées gardait une voix calme mais déterminée répétant à plusieurs reprises qu’elle désirait parler au Comte de Forbach. Le son ambiant s’amplifiait, les murmures d’outre-tombe résonnait de plus en plus fort en écho, les flammes des bougies vacillaient. Puis soudain tout sembla s’arrêter, les bougies furent toutes soufflées sans exception, même les lanternes, plongeant le lieu de culte dans la pénombre la plus totale. Les murmures s’atténuèrent peu à peu comme les incantations des sorcières, imposant un silence absolu. Alicia le cœur battant conjura ses sœurs dans un chuchotement de e surtout pas briser la ronde.

Le néant semblait imposer un règne lourd dans l’alcôve sacrée dans laquelle chaque sorcière ne pouvait être sûre de la présence de l’autre que par la chaleur de la main qui touchait la sienne. Seule Alicia donc, ressenti une solitude glaciale. Subitement, après plusieurs secondes de rien, les bougies portées par les statues s’enflammèrent littéralement d’une flamme plus blanche et plus intense que celle que le monde des vivants connaissait, pareillement les lanternes irradièrent brusquement d’une lumière intense, avant de s’atténuer pour installer une atmosphère tout à fait singulière. C’est alors que l’esprit du Comte fit son apparition, au centre du cercle, devant la Meneuse, à quelques mètres du sol, une masse nébuleuse sombre et mouvante se déploya dans les airs telle une goutte d’encre tombée dans un verre d’eau. Le fin nuage s’étendit progressivement pour prendre une forme à peu près humaine aux contours incertains, la fumée le composant semblant prendre source de partout et de nulle part à la fois.

Alicia restait muette d’impression face à cette âme, réalisant, pour la première fois depuis le début de la cérémonie, ce qu’elle faisait. Elle s’adressa alors à lui comme s’il était à nouveau vivant, s’excusant au nom de l’assemblée de le déranger ainsi, et lui posant dans les règles de l’art occulte la question principale à laquelle Alicia cherchait des réponses : avait il aperçu ou appris dans la mort le nom du responsable direct ou du commanditaire de son assassinat ? Mais alors que l’esprit, soumis aux règles occultes l’obligeant à répondre, avançait de cette voix grave et multiple d’outre-tombe la réponse attendue, des cris perçant retentirent de toute part résonnants et se perdant en échos dans les hauteurs infinies des sous-sols. Un éclair éblouissant de plusieurs secondes illumina les sorcières qui, une fois leurs yeux réadaptés à la lumière tamisée du lieu, virent avec effroi un spectacle sans nul autre pareil : des âmes, comme des panaches sombres de fumée, par centaines, rassemblées telles la fumée d’un immense incendie sans flammes, tournoyaient autour d’elles, au centre de leur cercle autour d’Alicia hurlant de rage comme une démente, ce ne serait pas encore ce soir qu’elle pourrait avoir cet entretien avec le Comte, pas ce soir qu’elle pourrait lui dire Adieu…

Rapidement les esprits libérés de l’Outre-Monde se dissipèrent en toutes directions laissant les sorcières seules dans leur désarroi. Le voile entre l’Outre-Monde et la Réalité s’était déchiré un instant, laissant une brèche béante aux âmes défuntes… Alicia n’avait eu le temps de comprendre qu’une bribe de phrase de la part du Comte, nécessaire cependant à la convaincre de l’identité des meurtriers :
«D’Ol… »,était la seule syllabe que la Veuve avait pu comprendre avant que le cercle ne soit brisé. Plus que jamais le cœur d’Alicia se gonflait d’un désir de vengeance alors qu’elle s’asseyait sur son haut siège observant ses sœurs qui retournaient en leurs familles respectives. Mais qu’avait-elle fait..?

[Voilà donc le RP de mise en place du prochain scénario, en un tour de jeu, soit un post par personnes, merci à tous !]

_________________


Dernière édition par Alicia le Mer 14 Juil 2010 - 21:12, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le Bal des Âmes (#5)   Jeu 13 Nov 2008 - 5:53

Oh ce très cher comte, notre musicien n’a pu le connaître énormément, car sans doute dès l’une de leur première rencontre, ce dernier ce fit assassiner. Une balle en plein cœur et puis il trépassa, ce qui démontre à quel point la vie est une chose fragile. Les hommes vivent, survivent, mais ils finissent tous par mourir. Nicholas qui est encore tout jeune les suivras éventuellement, mais pas maintenant, pas aujourd’hui. La faucheuse est encore bien loin de lui, enfin bien loin dans un certain sens, car quand on y pense la plupart des gens ayant été proche de lui ont tous trépassés chacun leur tours. Sa mère fut tuée par son père, son père par Nicholas, et sa tante l’hiver et la maladie l’emporta. Nicholas l’homme juste ou bien Nicholas le meurtrier? Ayant passé du nom De Malenfant à De Saintcroix, le changement de nom de change rien à la vie de celui-ci, il n’échappera pas plus qu’un autre à la faucheuse ni au jugement lors de sa mort. Son père lui à toujours dit que les Hommes se jugent entre eux, mais que le véritablement jugement vient du tout puissant et qu’il est de son devoir de faire régner ce dernier sur la terre comme il règne au ciel. Il est sans doute ironique qu’aujourd’hui notre musicien porte le nom De Saintcroix, alors qu’il a tué jadis un homme d’Église qui de plus était son paternel. Enfin, la vie n’est qu’ironie, un peu triste dans un certain sens.

Triste, était-elle triste la dame Alicia? Où est-ce la colère qui la mène à accomplir de tels actes? Si elle agit par désir de vengeance, alors elle devrait être patiente. Cependant il est vrai qu’attendre trop longtemps n’est pas mieux lorsqu’on souhaite connaître le coupable du crime. D’ailleurs pourquoi le comte fut-il la cible? Serait-ce vraiment à lui qu’on souhaitait s’en prendre ou bien est-ce que quelqu’un souhaite jouer à la marionnette avec la meneuse du Lys? Depuis l’événement, notre cher protagoniste eu songé à ça? Aurait-il hérité d’un certain don pour enquêter de son père? Si c’est le cas, ce serait au moins une chose de bien, car sa belle gueule d’ange lui remémore sans cesse le monstre sanguinaire qui a massacré sa mère à chaque fois qu’il voit sont reflet. Elle lui a tellement dit « Tu est ton père tout craché mon petit Nicholas ». Physiquement peut-être, mais les similitudes jusqu’à dernièrement semblaient ce limiter à ça uniquement. Tout comme lui, il a goûté le sang et à présent il ce posait des questions tel un enquêteur, un inquisiteur. Avec un peu de chance, ce sera pour une meilleure cause que celle au nom de Dieu. Peut-être devrait-il faire par de tout ça à Alicia, éventuellement, lorsqu’il aura du temps avec elle.

Depuis la mort du comte, elle n’est plus la même, ce qui est nettement compréhensible. Peut importe, le moment n’est pas bien choisi pour ça, il s’agissait d’un rituel très important qu’il avait déjà vu auparavant, mais qu’il ne maîtrisait pas tout à fait en tant qu’apprenti. Il s’agissait là d’une bonne façon de faire ses preuves auprès du Lys. Bien qu’il s’agissait d’un travail d’équipe, si un faillit, tout s’écroule. Il devait être fort, il devait être parfait, pour Alicia, pour le comte, pour sa tante et sa mère. Il ce doit d’être parfait et de performer le rituel avec ses frères et sœurs du Lys. Les mouvements de Nicholas, gracieux et précis, ses paroles, douces et bien articulés. Il s’agissait là d’une seconde chance pour elle de le revoir, enfin il ne serait qu’un spectre rien de plus, mais c’est mieux que rien. Il désirait lui donner cette chance, leur faire vivre leur amour une dernière fois.

Le rituel ce poursuivait, cela dépassait tout ce que notre jeune apprenti avait vu jusqu’à présent avec son ancienne aguerrie. Cependant, tel un grand maestro, il ne ce laissa pas déconcentré, bien au contraire il s’avait trop bien qu’il devait travailler encore plus fort en ce moment. Il essaya de comprendre ce qui ce passait, il ne quitta pas la meneuse des yeux un seul instant. À croire qu’il avait peur pour elle, qu’il cherchait à la protéger du mal. Dans un certain sens c’est un peu ça. N’est-ce pas idiot qu’un jeune sorcier tel que lui souhaite quasi être le gardien d’Alicia? Un bon nombre de ses frères et sœurs du Lys bien plus expérimentés que lui pourraient faire le travail, mais il était près à l’aider du mieux qu’il pouvait. Il avait perdu un être cher plus tôt dans sa vie, certes il s’agissait de sa mère et non de son épouse, mais tout de même. Ce n’est pas parce qu’il n’a jamais connu ce genre d’amour qu’il ne sait pas à quel point il est douloureux de voir un être qu’on aime mourir devant ses yeux.

Qui avait planifié la mort du comte? Qui avait appuyé sur la gâchette? Tant de question et si peu de réponse, qu’un son, rien de plus. Le cercle ce brisa, les sœurs du Lys quittèrent une à une, mais Nicholas n’avait nulle part d’où aller réellement si ce n’est qu’au château. Il ne souhaitait pas quitter, mais en même temps il ne souhaitait pas déranger. Il pris donc place sur le sol et à l’écart. Ses prunelles fixant le vide, il était songeur et demandait intérieurement à sa mère et à sa tante de le guider afin qu’il puisse venir en aide à sa sœur Alicia. Sa sœur, elle est sa sœur sorcière, même si il ne possède aucun de lien de parenté avec elle, à ses yeux elle et lui sont de la même famille. Le sang n’est rien lorsqu’on parle d’une véritable famille. L’amour qui lui portait était un amour fraternel rien de plus. Plus tard, plus tard il lui fera par de ses songes… lorsque le moment sera plus propice.

Pour l’instant, il n’est que là, une espèce de carcasse quasi inerte dans un autre monde et pour une fois ce n’est pas à cause de son violoncelle. Son violoncelle, il aimerait pouvoir en jouer en ce moment, cela lui ferait le plus grand bien. Depuis les derniers événements, Nicholas a joué tout comme si il était posséder par un autre esprit, ses mains glissaient d’elles mêmes, les mélodies étaient sombre et macabre, colérique et triste, mais pourtant il y avait une certaine joie… une certaine liberté qu’aucun homme ne peut connaître de son vivant… cela fut une expérience des plus effrayantes, mais pourtant il ne pu s’arrêter… il continua à jouer tel un maniaque obsédé par la musique.


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MessageSujet: Re: Le Bal des Âmes (#5)   Mar 9 Déc 2008 - 23:23

Le corps d'Alodia était le seul vestige de la Prêtresse du Lys Noir, qui errait dans les couloirs du château telle une âme en peine. Son coeur lui-même refusait de répondre. C'était comme si trois êtres avaient remplacé l'individu qu'elle était. La belle avait perdu de son superbe et n'était que l'ombre d'elle même en ces tristes jours. Alicia portait le deuil de son mari, Alodia avait en plus le fardeau de sa conscience. Qu'il était lourd! Elle n'en dormait plus. Et pourtant elle continuait de rêver. Ou plutôt de cauchemarder.

Son violon aussi l'avait abandonné, elle ne parvenait plus à jouer, depuis que le Comte avait taché de sang la robe nuptiale d'Alicia comme la neige fût marquée par le sang de la mère de Conry. Le jeune loup n'était pas là, trop occupé à chasser dans les bois du Forbach. Il reviendrait le soir, peut-être avant. De toute manière, il n'aurait pas pu entrer dans le sous-sols vers lesquels ses pas la menaient...

...La porte était fermée, et elle n'était pas seule, des gens autours d'elle murmuraient dans la pénombre, chacun d'eux avait un instrument à la main. La fête allait bientôt commencer. Un peu à l'écart, solitaire et soliste à la fois. Son instrument était un violon à la forme originale, tel qu'il n'y en avait nul autre, lui semblait-il. Perdue dans ses pensées, elle n'écoutait pas les bavardages qui se faisaient sur la cérémonie de mariage qui avait eu lieu peu avant. Il se disait que les amants étaient magnifiques, surtout la femme, Alicia de Sarrebourg, soeur de l'ancienne comtesse... Tous des hommes, elle était la seule. Les femmes n'étaient que rarement employées pour jouer en public, c'était pourtant son cas...

Elle se redressa, sentant que les portes allaient s'ouvrir, et ce mouvement fit bouger quelque chose contre sa cuisse. Elle se souvint alors... Elle se souvint de cet homme qui lui avait vendu, quelques jours auparavant... Il était très étrange et on ne voyait de lui que ses deux yeux perçants semblables à ceux d'un faucon... Il lui avait dit qu'une seule balle, comme il appelait ça, valait mieux que cent coup de poignard... Ce serait une première. Avant même l'acte elle se sentait déjà Caïn, la lance avait juste changé de forme... La fraîcheur du métal la ramena à la réalité. Cette arme l'encombrait quelque peu... Et elle remercia la Déesse d'avoir pourvu les femmes de robes. La sienne était simple, de couleur noire et retenue à divers endroits par des rubans cyans.

Les portes s'ouvrirent et la pièce fut baignée dans la lumière des mille chandelles qui trônaient dans la Salle aménagée pour le Bal. Elle savait précisément où était sa place, et elle laissa passer tous les musiciens sur ses côtés, les gênant dans leur mouvement de masse, mais elle n'avait pas envie de bouger. Elle n'avait envie que de mourir elle plutôt que lui? Il n'avait rien fait...


"Non... Il n'a fait que me prendre celle que j'aime..." songea-t-elle avec amertume.

Enfin, tous les musiciens étaient rentrés. Il fallait qu'elle y aille. Elle hésita un dernier instant à s'emparer de son "pistolet" et de se tirer en plein coeur pour ne pas avoir à aller contre les préceptes qui lui avaient toujours été inculqués... Mais elle fit le premier pas. Et continua dans sa lancée jusqu'à l'estrade où l'attendaient les musiciens. Elle était applaudie. Pourquoi? Parce qu'elle était la seule femme? Peut-être que les hommes aussi avaient eu droit à leur tonnerre d'applaudissement. Le simple fait d penser à la foudre lui rappela ce qu'elle allait fait. Ou plus précisément les instant où le marchand lui avait montré ce qu'il lui vendait. Le bruit avait été sourd et il avait fallu quelques instants à ses oreilles pour se réhabituer.

Les jeunes mariés se rejoignirent au milieu de la piste alors qu'elle portait son violon sur son épaule, pour une première et dernière chanson. Elle avait été écrite peu avant, et chacun aurait dans ses oreilles la nouveauté. Tous les musiciens la connaissaient, ainsi que le reste de la programmation du Bal. Elle ne connaissait que cette chanson, ce requiem pour toutes les âmes. Un requiem joyeux pour oublier que la mort est la fin du premier voyage.

La musique allait bien, et les amants étaient magnifiques, en effet, ils furent vite rejoints par d'autres couples qui se mirent également à danser. La salle brillait de mille feu et en son centre une étoile se mouvait, accompagnée d'un chancre. Alors qu'elle poursuivait, entêtée, arrivait le moment où elle devait s'arrêter, pour quelques secondes.

La joie ferme les yeux de tous les hommes, et leur oreilles. Personne n'entendit ni ne vit Alodia s'arrêter de jouer et tirer de sous ses robes un tube en acier. En une fraction de seconde elle tira, guidée par la magie qui inondait ses veines depuis son enfance, puis elle fit tomber l'arme dans son corsage délibérément desserré. Il fallut quelques instants à Alicia pour se rendre compte de l'horreur. La musique tarda à s'arrêter également. Et ce ne fut pas un mais cent cris qui résonnèrent dans la pièce. Cent âmes effrayées, une seule ébranlée jusque dans son fondement...


Le cri résonna à nouveau dans l'esprit d'Alodia qui revint sur Terre. Elle regarda d'un air effrayé ses mains criminelles. En tuant le Comte elle avait transpercé le coeur d'Alicia. Elle ne méritait que la mort pour avoir si égoïstement voulu l'amour d'Alicia sans prendre en compte les sentiments de celle-ci...

Soudain, elle s'arrêta.

Devant une porte qu'elle n'avait jamais vue auparavant. Elle semblait d'obsidienne et son cadre était d'ivoire. Alodia lui fit face, curieuse mais sans conviction. Ses membres lui répondaient à peine, mais elle parvint à lever la main afin de la poser sur la poignée. Mais alors que sa main approchait, la porte semblait reculer, alors elle avançait pour la rejoindre, mais la porte fait marche arrière, encore et encore. Il lui était impossible de l'ouvrir. Elle aurait été jusqu'à damner son âme pour pouvoir n'en toucher que la poignée.

En essayant d'avancer, elle chut. Son corps gisait à présent à même le sol, comme du linge de chambre qu'on aurait jeté, son corps et ses vêtements noirs étaient répandus contre le grès froid sur lequel elle marchait quelques instants avant. Alicia elle-même n'aurait pas reconnu sa soeur, au sol si méconnaissable...

Spoiler:
 

Elle resta au sol quelques instants, sans pouvoir donner quelque ordre que ce soit à son corps, décidément désobéissant en cette triste journée d'automne. Elle se souvint de ce qui se préparait...

Alicia voulait réveiller l'esprit de feu son mari afin de retrouver son assassin et l'exécuter sur place. Tout le Lys Noir devait s'y retrouver. En cette triste nuit d'automne durant laquelle les esprits sont de sortie. Il fallait se presser, les derniers rayons du soleil perçaient la fenêtre proche, il était bientôt temps.

Dans un effort surhumain, elle se redressa en toute hâte et se dirigea le plus rapidement possible vers la salle de réunion du Lys, mal peignée et mal habillée...

Le labyrinthe lui était familier, et elle se retrouva rapidement devant l'ultime porte à franchir. Elle marqua un arrêt, inconsciemment. Elle se demanda pourquoi. Il ne lui fallut pas beaucoup d'efforts pour lever la main et la diriger vers la poignée... La ramener vers elle brusquement alors qu'elle voyait des tâches de sang imprimées dans sa chair non plus.

En regardant à nouveau sa main elle s'aperçut qu'il n'y avait rien. Elle tendit à nouveau la main et ouvrit la porte.

La lumière l'éblouit dans un premier temps. Elle s'y accoutuma rapidement et entra. La majorité de ses consoeurs étaient là, et sa place l'attendait à côté de Carlyn, une des plus belles parmi toutes. Elle l'avait toujours porté dans son coeur avec Alicia, depuis leur plus tendre enfance.

Elle s'assit alors à l'ouest, fermant le cercle principal au centre de la pièce. Les dernières sorcières arrivèrent et s'assirent également.

La séance put alors commencer.

Toutes ensemble elles prirent la main de leurs voisines et Alodia ferma les yeux. Elle entendit alors la voix d'Alicia murmurer des prières et des incantations.

...et des imprécations contre le meurtrier de son mari. Jamais Alodia n'avait entendu la Meneuse aussi véhémente...

Elle se rappela alors de ce qui se passait et de ce qui s'était passé. Mais aussi de ce qui allait se passer. Elle ouvrit brusquement les yeux et vit le fantôme du Comte face à sa femme. La peur s'empara alors d'elle et elle rompit le contact avec sa voisine de gauche. Carlyn.

Il y eut un éclair aveuglant.

C'est alors que tous les damnés et les errants quittèrent leur dimensions pour entrer dans celle-ci. La faille fut refermée le plus vite possible, mais déjà trop d'âmes avaient franchi la frontière. A cause d'elle.

Le poids de la culpabilité qui pesait déjà sur ses épaules ne fut pas soulagé le moins du monde...

Certaines avaient fui. D'autres étaient trop hébétées pour réagir de quelque manière que ce soit. Alodia se le va et rejoignit, tant bien que mal, son aimée. Puis la salle se vida des âmes comme des vivants...
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MessageSujet: Re: Le Bal des Âmes (#5)   Dim 15 Mar 2009 - 0:51

La lune montait rapidement, alors que les pensées de l’aguerrie étaient fort encombrées en cette funeste soirée d’automne.

Les journées écoulées depuis la mort du Comte n’avaient été que désespoir pour Alicia, et trouble pour les membres du Lys Noir. Et rien n’était terminé. Au contraire, une ère de néant pour le clan venait de débuter, si jamais... Nóirín, se devait de l'envisager... Si jamais Alicia ne traversait pas cette épreuve la tête haute, froide et glaciale comme à son habitude.

Comment demander à quelqu'un de se relever alors que son coeur venait d'être piétiné ?

Il s'agissait cependant de cette même femme qui avait arrachée son indépendance à un destin indisciblement enraciné dans le passé. Dans de vieilles traditions devenues maintenant obsolètes.

Il s'agissait d'Alicia. Qui demeurait elle-même et ne perdait rien de son charisme, de son aura, de sa splendeur. Qui ne perdrait jamais ni l'amitié, ni l'amour de celle qu'elle avait promue Aguerrie. De celle qui la suivrait jusqu'à ce que son esprit ne soit plus que délire et folie.

Ce soir, tous les sorciers et sorcières qui constituaient le clan allaient se retrouver pour une ultime entrevue avec le Comte de Forbach. Un rituel d’invocation singulier, dont la date avait été choisie avec un soin particulier.

Une volonté que toutes ses sœurs avaient interprétée comme étant l’ultime cri de leur Meneuse.
Sa dernière chance d'avoir accès à une véritée disparue.
Son ultime adieu.

Ainsi, les pas de Nóirín la menaient vers les sous-sols du château.

Lentement.

Comme si chaque avancée vers la salle dans laquelle le Lys se reformerait était pensée, réfléchie, et calculée. La jeune femme ne se pressait pas pour arriver et se retrouver auprès d’Alicia, de ses sœurs, amies et connaissances. Comme si elle se détachait volontairement de ce qu’il se passait pour ne pas en être affectée.

Cette attitude était tellement fausse.

Elle fredonnait doucement une vieille contine, mettant ainsi ses sentiments en ordre. Et après avoir traversée la salle des colonnes dont elle connaissait chaque recoin par coeur, Nóirín franchit la porte qui la séparait de sa famille. Ou du moins, des personnes qu'elle considérait comme en faisant partie. Entièrement.


.
..
...


Elle ne se rappelait pas des personnes a qui elle avait tenu la main, lorsque tous avaient été réunis, et que le cercle s'était formé. Alicia, au centre, avait eue toute son attention. Mais l'observatrice qu'elle était nota la présence quelque peu retardataire d'une de ses bien aimées prêtresses, Alodia... Qui arriva échevelée, presque essoufflée, et déboussollée, semblait-il. Les récents évènements l'avaient touché autant que leur Meneuse, et Nóirín ne pu que s'en inquiéter pour cette femme qu'elle connaissait.

Alors que l'esprit du défunt venait d'apparaître aux côtés d'Alicia... La lumière blanche l'avait aveuglée. Et, comme ses soeurs elle n'avait pu être qu'impuissante devant la brusque avancée des esprits... Ames damnées échappées des affres de l'oubli. Ceux-ci en avaient profité pour se faire la belle, et le moment était particulièrement mal choisit.

Aucune des sorcières n'avait pu entendre ce que le Comte avait dit à sa femme, maintenant Veuve de Sarrebourg. Seule l'approximative syllabe " d'Ol... " avait été perceptible... Orientant ainsi les soupçons de la noble et digne aguerrie, et ravivant les flammes de la vengeance du Lys Noir.
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