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 {Le Tailleur}

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Oblivius
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MessageSujet: {Le Tailleur}   Sam 6 Déc 2008 - 20:42

Il était désormais proche des trois heures lorsque Constance fit arrêter le fiacre du Manoir dans l'une des rues commerçantes de Forbach. Nouveau caprice, la jeune femme avait réclamé une toilette supplémentaire, annonçant à quiconque qu'elle n'avait désormais que de vieilles fripes, bonnes à offrir aux miséreux de l'Eglise. Dans sa grande générosité, Constance Edelgard ne faisait que rarement de dons aux Moines de la paroisse, tout simplement parce que, dans ses nombreuses folies, il y avait des coutures qui coûtaient des fortunes. Et les Pauvres ne savent pas se montrer dignes de telles oeuvres d'art...

Descendant du fiacre avec l'aide du cochet, elle lui indiqua qu'il pouvait revenir une heure après, et qu'elle en aurait pour un certain temps, afin de faire tailler une toilette somptueuse. Implicitement, tout ceci était sans doute dans le but d'accueillir comme il se devait l'Inquisiteur, qui serait prochainement de retour, en compagnie de sa jeune soeur. Il était de son devoir de se montrer grandiose, bien plus élégante qu'une simple bourgeoise. Car, avouons-le, les Bourgeois auront beau faire, ils ne seront jamais plus que ce qu'ils sont, n'est-ce pas ?

Une clochette indiqua l'entrée de la Duchesse, tintant légèrement en prévenant les tailleurs de l'arrivée de la jeune femme, et elle fit quelques pas dans la boutique. Il y avait là dedans, tant de tissus différents, qu'elle ne savait jamais où devait s'orienter son regard. A droite, des teintes exceptionnelles, à gauche, des matières sublimes... Et comme toujours, Constance ne savait que choisir, elle voulait tout... Se fut lorsqu'elle s'approcha d'un épais rouleau d'un tissus aux rayures dorées et moirées qu'un tailleur, d'une taille minuscule mais à la barbe bien grise, indiquant un âge certain, apparut à son côté, et l'interpella avec une voix nasillarde.

- Madame la Duchesse, comme je suis heureux de vous revoir.

Et c'était vrai : le tailleur savait que la jeune femme dépenserait une fortune dans des tissus et ferait appel à ses talents pour milles caprices sur ces tenues. Une bonne après midi s'annonçait pour lui... Et pour Constance également, qui, en se tournant vers le petit homme, sursauta en découvrant la silhouette caractéristique de Christian Stue. Que faisait-il ici ?!
Une veste pleine d'épingles sur le dos, le tailleur avait dû le faire patienter, le temps d'accueillir la Duchesse. Mais l'Inquisiteur ne semblait pas l'avoir remarquée...

« Pourriez-vous me montrer vos tous derniers arrivages ? »

Fit-elle en adoptant un timbre bas, si bas que le petit homme dut même se pencher pour pouvoir entendre clairement les paroles de la jeune femme. Souhaitait-elle ne pas être entendue de l'autre client ? Le tailleur répondit par un grand sourire, surdimensionné pour son petit visage.

- Ils sont encore en réserve, Madame la Duchesse, et vous pourrez les admirer dès demain...


Mais cette réponse ne convenait pas à Constance, qui le stoppa d'un regard déterminé, auquel l'homme répondit par un sursaut.

« Eh bien, allez me les chercher. » Et, comme il semblait hésiter, la jeune femme sut trouver les mots justes, d'une voix odieuse « Tout de suite ! Ou souhaitez-vous que je me fournisse chez Nigelstein ? »

Et, comme le tailleur était un commerçant avant tout, il ne fit pas remarquer à la Duchesse Edelgard qu'elle était une affreuse demoiselle et qu'elle pouvait bien aller s'habiller chez n'importe qui. Il s'inclina, toujours portant ce sourire très professionnel, et accourut dans la réserve...

Ce qui laissera assez de temps à Constance pour se faufiler entre les rouleaux de tissus et les rideaux divers, jusqu'à arriver derrière l'Inquisiteur, en plein essayage. Le large miroir, face à lui, lui indiquerait rapidement la présence de la Duchesse, aussi n'attendit-elle pas qu'il réagisse, et souffla d'une voix qui se faisait mesquine.

« Hé bien, Monsieur l'Inquisiteur, comme cette veste vous va bien... »
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MessageSujet: Re: {Le Tailleur}   Sam 6 Déc 2008 - 22:06

Quel drôle de pouvoir possédait-elle ! Déesse qui pouvait régner sur son cœur d’une main de fer, elle prenait l’apparence d’un ange avant de se faire l’égérie du Diable, odieuse, piquante, capricieuse !
Pour ainsi dire, Monsieur Stue passait la plupart de son temps à l’aimer follement ou à la haïr cordialement. Qui était-elle vraiment ? Pouvait-il seulement se vanter de la connaître un peu ?
A cause d’elle, l’inquisiteur passait d’un état d’euphorie certain à la plus sinistre des solitudes. Et, elle semblait s’en ficher ! Se rendait-elle seulement compte de ses changements d’humeurs ? N’était-il pas trop inconstant ?
Monsieur Stue qui, en cette belle matinée, n’aurait tari d’éloges sur le duc et la duchesse, aurait loué les fastes de leur demeure, et ne se serait passé de Constance, se faisait le porteur d’un étrange mal par cette après-midi. Victime des remords de sa conduite envers le duc, peur de n’être qu’une fantaisie de plus pour Constance, il errait dans les rues de Forbach jusqu’à finalement se rendre chez le tailleur de la bourgade.
Il y fut reçu avec la plus grande affabilité, le commerçant s’affairant grandement pour satisfaire ses désirs. Excessif dans ses manières, irritant dans un surplus de politesses, le marchand ne cachait pas ses intentions, il ne laisserait repartir cet homme hors de sa boutique sans article ! Cela serait un crime de laisser passer une occasion pareille ! Un jeune homme, élégant, bien de sa personne, donc sûrement fortuné aux yeux du voleur. Il dut bientôt essayer à contrecoeur une veste aux couleurs brunes, un beige foncé qui mettait en valeur ses traits et le sortait de ce costume d’inquisiteur, de cet uniforme d’Eglise. Les attentions du négociant lui firent même oublier un court instant la source de tout ses maux, la duchesse.
Mais bientôt, derrière lui, elle se tenait là ! Fantasme manifesté, chimère rêvée, désir inavouable ?!
Serpentine, la capricieuse s’était faufilée à son insu derrière lui et bientôt elle déversa son venin, laissant s’échapper quelques mesquineries. Perçut-elle le sursaut qui l’étreignit ? Epouvanté tel une jeune fille, il fit un joli bond. Un sourire n’aurait-il pas du naître sur ses lèvres charmantes ? N’aurait-il pas du manifester la joie de la voir ? A la place, il lui offrit la plus parfaite indifférence, reportant ses dévoreuses de lumières sur son image dans la glace.

« Je vous remercie, Madame la Duchesse. Vous savez comme je suis soucieux de votre avis.»

Réajustant sa veste au niveau des épaules, préparation pour affronter ce dragon en jupons, il se retourna pour lui faire face. Il s’avança de quelques pas d’elle, toujours plus près, il pourrait bientôt l’étreindre entre les amoncellements de tissus et autres fanfreluches. !

« Pardon, Madame. »

Christian poursuivit son chemin, la bousculant sur son passage. Infâme goujat, bête stupide, ho…Homme terrible ! Cette fausse indifférence se fit entendre de nouveau, lui lançant alors…

« Madame, j’ai trouvé un mouchoir aux initiales « C.V » dans votre demeure, je l’ai déposé dans le petit salon, j’ose croire qu’il retrouvera son propriétaire. »
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MessageSujet: Re: {Le Tailleur}   Dim 7 Déc 2008 - 19:45

Christian se comportait comme un étranger ! Voici qu'en plus de lui faire don d'une immense indifférence, qui laissait la Duchesse hargneuse, il secondait cette attitude déplorable par une mal politesse fort déplaisante, réellement agaçante. Non seulement il se comportait comme un affreux goujat, la dédaignant avec froideur, l'observant à peine, sans aucun sourire, mais surtout, il décidait de se montrer détestable en la bousculant. Et ses excuses protocolaires ne trompèrent pas la jeune femme, qui n'était pas vraiment de ces femmes qui baissent la tête en signe de soumission, lorsqu'un homme commet un acte déplacé ! Mais c'était réellement ses derniers mots qui la firent brûler de l'intérieur, la rendant aveugle et sourde...

Elle ne put supporter cet affront, se tourna derechef en faisant tourner le satin de sa robe brune, et de cet escarpin délicat, dans un élan haineux, elle commit sans doute un acte un peu trop excessif. Le pied en travers du chemin qu'empruntait l'Inquisiteur le poussa à trébucher, et sans doute le jeune homme se retrouva sans attendre dans une situation bien inconfortable, déchirant les morceaux de tissus qui tenaient si finement par les épingles, les mains au sol et les genoux douloureux.

Quelle détestable femme pouvait ainsi faire un croche-pied à un Représentant de l'Eglise, sous prétexte qu'il se montrait différent de ce qu'elle souhaitait ? Mais cette vengeance fort violente pour une demoiselle n'était rien en comparaison de ce qu'elle aurait espéré faire, l'insulter, lui arracher les yeux... Pourtant, tout sentiment haineux s'évapora aussitôt qu'elle vit l'homme à terre, comme si Constance se rendait désormais compte de son geste. Elle devint blême, c'était-il blessé ?
Il était peu probable qu'il se soit fait plus qu'un simple bleu au genoux, mais la crainte d'avoir été trop brusque la rendit nerveuse, et elle accourut, s'agenouillant pour apparaître à la hauteur de Christian.

«  Oh Christian... » Lança-t-elle, la mine peureuse et désolée, comme on s'éveille après un crime abjecte. Elle se mordit la lèvre, comme une enfant ayant pris conscience d'une bêtise dont elle n'avait pas souhaité les conséquences.

« Pardonnez-moi... Christian, pardonne-moi... » Elle prit l'une des mains de l'homme entre les siennes, l'examinant avec empressement pour constater d'éventuelles séquelles...

« Je ne voulais pas... je... » Elle déglutit, songeant que, au vu de l'horrible caractère dont il faisait preuve depuis l'entrevue au Manoir, l'Inquisiteur allait très certainement lui en vouloir, que ce geste serait la goutte d'eau, que désormais, il la détesterait plus encore.

Mais elle se souvenait alors de ces derniers mots prononcés, ces paroles plus tranchantes que des injures. Il avait laissé au Salon son mouchoir, cette dentelle délicate et parfumée dont elle lui avait fait cadeau, avec tout ce que ceci pouvait représenter. La fureur la gagna encore, mais cette fois, Constance parvint à la contenir, bien que, dans l'expression de son visage pâle, quelque chose eut changé. L'homme ne souhaitait ni présent de sa part, ni preuve de ses sentiments, il se montrait froid et distant... Se pourrait-il que Christian ne l'apprécie plus ?

Elle lâcha la main qu'elle avait saisie, s'appuya contre l'un des rouleaux de tissus, d'une couleur sombre de deuil, et se releva péniblement. Les jupons et les corsets n'étaient sans doute pas fait pour que l'on se contorsionne autant... Constance prit une profonde respiration et murmura d'une voix éteinte.

« Je paierai les dégâts causés sur votre veste. »

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MessageSujet: Re: {Le Tailleur}   Dim 7 Déc 2008 - 23:13

Le pensait-elle intouchable, inaccessible, impénétrable ? Le voyait-elle, comme il le souhaitait, dépourvu de sentiments, froid et distant ? Ne pouvait-elle deviner que ses froideurs hivernales n’étaient rien d’autres qu’une tentative pour capter son attention, pour qu’elle s’inquiète, pour qu’elle se soucie de lui, le regarde, le trouve beau et ne jure au final plus que par lui !
Oh oui, les perles chocolatées l’observaient mais d’une manière bien différente de celle souhaitée ! Et, la vengeance de cette femme ne se fit pas attendre. La joute débuta, les protagonistes étaient en place, se dirigeant l’un vers l’autre pour se combattre, pour s’affronter, pour éprouver leurs forces. Il n’y survécut pas et s’effondra au sol, genoux à terre, se réceptionnant tant bien que mal à l’aide de ses mains, des douleurs se faisaient sentir. Aurait-elle osé ?! Criminelle mais pas trop, victime de ses remords, elle accourut à son chevet, visiblement inquiète, soucieuse de son état, infirmière des grands blessés. N’aurait-il pas du chasser cette menotte fine qui s’était emparée de sa chair meurtrie d’un revers de main, n’aurait-il pas du répliquer en lui infligeant des blessures similaires dans un accès de rage ?! A la place, ses onyx profondes la fixèrent, silencieuses, omniprésentes, la surface de ses puits béants, d’habitude si tranquille, fut visiblement troublée. Quels sentiments pouvaient bien l’agiter ? Il était comme pétrifié… Néanmoins, les murmures se répondirent, longues évocations, les doigts tâchés d’une robe carmin cherchèrent à s’emparer de ceux de cette vamp, fragilisés, ils n’arrivèrent à destination et une inspiration coupa les propos de la jeune femme…

« …Constance… »

Voilà que la duchesse se relevait ! Il ne chercha pas à la retenir, se redressant dans toute sa splendeur, digne bien que portant des oripeaux, le phénix renaissait de ses cendres. Ses orbes d’ébène se plissèrent, ses lèvres s’étirèrent, Monsieur Stue s’efforça à sourire, exercice des plus difficiles dans pareille situation, masque d’une tristesse évidente. Il lui répondit sur un ton cordial…

« Je ne suis que la victime de ma maladresse, vous…vous n’avez pas à payer, Madame Edelgard. Et puis, elle ne me plaisait pas, j’avais cette veste en horreur pour tout vous dire, oh moins tout ceci est brisé et je n’aurai pas l’occasion de la voir sur d’autres… »

Un cliquetis se fit entendre, puis un de plus, une goutte écarlate venait de maculer le sol suivie d’une consoeur, souhaitaient-elle couvrir les lattes distordues de la boutique de ce rouge particulier ? Arrosoir humain, il avait le contrôle de leur course sur le sol, il était le maître de ses perles sanguines, le capitaine de ses blessures.
Précautionneux, il fit en sorte que la veste ne porte nulle trace de son sang, étrange mesure que voilà, alors que le vêtement n’était plus que lambeaux. Il agrémenta la conversation de nouvelles politesses…

« Agnès est très contente de pouvoir vous rencontrer le duc et vous. »

Il déroba ses mains à sa vue, les cachant derrière son dos, alors que le négociant faisait de nouveau son apparition, triomphant, il déclara d’ailleurs d’un air victorieux !

« Madame la duchesse, vous allez être comblée ! »

Puis se souvenant des recommandations de la belle, il accourut vers elle, lui faisant l’article sur des corsets affriolants et autres robes provocantes. Ce n’est que lorsqu’il retourna vers l’arrière boutique qu’il prêta attention à Monsieur Stue…

« Mais..que ?! Qu’avez-vous fait à cette veste ? Que s’est-il passé ?! »


« Je…suis tombé…Je rembourserai les dommages causés… »

« Tombé ?! Rembourser ?! Vous allez payé cher, je vous le garantie ! Cette veste a été faite par les meilleurs artisans avec des matières de tout premier choix ! »

« Combien dois-je vous régler pour cette splendide veste… ? »

Surpris, le commerçant interloqué s’évapora dans son arrière boutique pour réfléchir à la rançon qu’il escroquerait au garçon. Où était passé Madame Edelgard pendant cet entretien, le mystère demeurait entier et piqué par la curiosité, l’inquisiteur s’égara entre les étalages…
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MessageSujet: Re: {Le Tailleur}   Lun 8 Déc 2008 - 0:39

Constance n'était cependant pas bien loin. Elle avait suivi avec une attention visiblement modérée l'altercation entre le tailleur et l'Inquisiteur, alors qu'au fond d'elle même, elle savait parfaitement ce qu'il y avait désormais à faire. Si le marchand faisait foi d'une telle impolitesse envers Christian, alors qu'il se montrait si élogieux face à elle... Révoltée par cet état de fait, bien que sachant que les sommes dépensées dans son échoppe n'étaient que ce qui rendait le petit homme aussi aimable, la Duchesse avait préféré s'éloigner un peu.

Lorsque Christian se retrouva proche d'elle, la jeune femme se tourna pour lui faire face, se montrant comme il le faisait, en miroir, des plus dignes, dans une attitude courtoise. Mais il fallait admirer ses deux iris noisettes pour constater qu'elle n'était pas aussi froide que ce qu'elle aurait souhaité prouver. Si le Représentant de Dieu était blessé par les épingles, Constance se montrait elle aussi piquée par les mots qu'il avait prononcé, alors qu'ils étaient sans cesse répété dans son esprit. Cette dentelle... Ce geste qu'elle avait eu, à sa propre demande, il s'était permis de l'ignorer, de le renier, de rejeter cette offrande.

Constance était une femme orgueilleuse, et elle avait cru, un instant à peine grâce à l'entente de ce murmure, son prénom soufflé avec tant de délicatesse alors qu'ils étaient au sol, que Christian allait laissé hors de portée son habituel masque glacé. Mais il n'en était rien, et déjà, le commerçant semblait la chercher...

- Madame... Madame la Duchesse ?

Elle ne répondit pas, restant muette en face de l'Inquisiteur, droite et le menton haut, dans une observation terriblement violente.

- Madame, j'ai ici de somptueux dessous...

Constance ne fit aucun son en direction du minuscule homme, se contentant de se murer dans un silence qui désormais était pesant et délicat à soutenir. Leur regard se mêlant étaient eux aussi lourds et insoutenables, et ce fut à l'initiative de la Duchesse que tout ceci cessa. Sans tourner la tête, elle s'adressa au Tailleur.

« Laissez ceci, je veux de la Soie. De la Soie du Siam. »


On entendit, au loin, derrière les nombreux voilages et les rouleaux de tissus entreposés, l'homme s'étrangler. Pourtant, il ne sut refuser une demande de la Duchesse et lança d'une voix qu'il s'efforçait de rendre honorable.

- Quel choix excellent, Madame la Duchesse. Je... Je... Je vais vous chercher ceci.

Et Constance sembla apte désormais à changer d'attitude, une fois l'homme reparti bien loin dans les méandres de l'arrière boutique. Elle regarda autour d'elle d'un regard indifférent aux teintes et aux matières diverses, jusqu'à s'approcher de l'Inquisiteur et d'annoncer.

« Je trouve que cette veste vous va à merveille. Les couleurs claires font ressortir vos yeux, et un peu de clarté ne fait de mal à personne, cela vous change et vous adoucit. »


Cependant, désormais, la veste était une guenille, et la Duchesse souleva ça et là quelques pans de tissus déchirés, sans chercher à observer les possibilités de le recoudre, paraissant tantôt gênée de constater ses bêtises, tantôt songeuse...

« Théodore ! » Lança-t-elle enfin, et le commerçant accourut à toute vitesse, comme s'il n'attendait que cela, tendant dans les mains des frivolités de froufrou et de plumes, au tissus brillant et soyeux.

- Madame ?

« Je veux que vous refassiez cette veste. A l'identique. Et je la veux demain. »

Le Tailleur s'étouffa de nouveau et sembla vouloir desserrer la fine cravate de velours qui siégeait autour de son cou, comme s'il se sentait désormais nauséeux. Pourtant, il ne pouvait rien refuser à l'une de ses plus précieuses cliente, la Duchesse était une habituée, une femme exigeante mais qui ne savait résister aux beaux atours qu'il savait vendre... La perdre de sa clientèle serait une erreur de comptabilité.

Il bégaya.

- Je... Euh... Nous... Avec plaisir Madame.

Aussitôt, Constance lui fit un petit signe. Ce genre de mouvement très disgracieux pour une femme, indiquant à l'homme qu'il pouvait disposait, et qu'il se devait de quitter rapidement les lieux même. Et il obéit aux ordres tacites de la jeune femme...

A demi satisfaite, mais toujours aussi blessée, comme si cet acte n'avait pu lui procurer l'enthousiasme qu'elle aurait espéré, la Duchesse eut un mouvement de recul, et s'intéressa soudain à un large rouleau, d'une matière douce et duveteuse, sans doute de la peau de pêche. Constance se désintéressa de l'Inquisiteur, lui préférant la contemplation du tissus, en sentant la douceur de quelques effleurement, en inclinant la tête avec attention. Sa voix se fit entendre, piquante mais, au fond, plutôt lasse.

« Je suis persuadée que ce mouchoir dont vous évoquiez la perte trouvera sa place sans tarder. Un tel ouvrage mérite d'être placé entre les mains de personnes dignes de l'apprécier. »
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MessageSujet: Re: {Le Tailleur}   Mer 10 Déc 2008 - 19:55

Papillon batifolant parmi monts et merveilles, elle errait entre les coupes élégantes, les étoffes précieuses, ou encore les fabuleux trésors de soie, satin, velours. Erotisme mesuré, sensualité dérangeante, elle glissait d’un pas léger sur ce petit monde de la mode. Esthète avisée dans le domaine de l’art, grande prêtresse des tendances, elle possédait l’œil critique et perspicace, elle avait tout à lui apprendre…
La suivant d’un air pataud dans ce magasin, d’un air curieux, envoûté, il fut bientôt victime de bien amers propos. Et quel toupet de se permettre tant de libertés ! Se moquait-elle de lui ?!

« Je vous l’ai dit, je n’aime guère cette veste, je ne souhaite donc pas la porter. Et si tel était le cas, ne pensez vous pas que je suis apte à exiger de tels caprices par moi-même ? Mais peut-être, fais-je fausse route et que vous souhaitiez faire un cadeau à monsieur le Duc ? »

Attaque surprenante, ce lion majestueux à la crinière d’ébène avait rugi pour faire taire cette insupportable duchesse. Son ton s’était fait plus vif qu’à l’accoutumée, ses propos s’étaient faits plus âcres, âpres, signe qu’elle avait touché un point sensible, il serrait les dents de peur de s’emporter face à sa dernière provocation. Et finalement, il laissa éclater sa colère, montrant les crocs…

« Tu veux la vérité, Constance ?! »

Tournant sur lui-même, visiblement furieux, il s’était débarrassé de ses guenilles et il s’exclama alors

« Tu ne te demandes même pas pourquoi j’ai agi ainsi ?! »
Exténué par ces quelques mots, essoufflé, il semblait agité d’une fièvre maligne, néanmoins la bête bondit jusqu’à cette pauvre fleur, la saisissant d’un air grave par les épaules, il murmura…

« J’ai…J’ai besoin de connaître vos sentiments pour moi, m’aimez vous…m’aimes…m’aimes-tu ? …Et le duc ? Je ne vous ai pas menti, mon cœur vous appartient mais j’ai besoin de savoir…Je vous aime d’un amour exclusif, je ne supporterai pas…Je ne supporterai pas que votre cœur appartienne au duc, répondez moi… »

Ses mains dévalèrent ses épaules pour cueillir leurs consoeurs, déluge de caresses sous leur passage, il la cherchait du regard, quémandant la vérité sur ces inquiétudes…

« Je t’aime Constance… »
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MessageSujet: Re: {Le Tailleur}   Mer 10 Déc 2008 - 21:22

Qu'un homme piqué dans son orgeuil peut faire preuve d'une grande immaturité... Le voici criant et vauciférant, hurlant un Tu qui se faisait dangereux, et laissant naître dans l'esprit de la Duchesse, à la fois l'attrait de développer autant de possibilités sur l'Inquisiteur, la crainte d'une découverte fâcheuse, ou encore, la rage de le trouver si colérique.
Et tout ceci laissait la jeune femme d'une humeur entre chien et loup, tantôt saisie par le plaisant spectacle d'un homme qui s'époumone, cette petite note espiègle qu'elle ressentait face à cela, et tantôt lasse de se présenter face à un individu qui de toute évidence, avait à s'exprimer haut et fort.

Elle ne put s'empêcher de répondre aux premières attaques, répliquant d'un ton qui se faisait paradoxalement très doux, comme une évidence au timbre mesuré en raison des vocalises de Christian.

« Monsieur le Duc n'apprécie pas cette couleur. Si vous ne la désirez pas, vous n'aurez qu'à l'offrir à un miséreux. Cette veste sera confectionnée pour vous, et c'est un présent. Je vous laisse le soin d'en faire ce que bon vous semblera. »

Elle s'attarda un moment dans l'examen du visage de son amant. Un instant, elle crut que jamais il ne se calmerait... Mais, alors que son ton baissait gravement, qu'il approchait pour se saisir de ses épaules, elle ne craint plus un excès de violence, mais une voix plus basse ne signifia pas l'arrêt de ses tourments. Pire, l'Inquisiteur sembla redoubler d'émotions, et il fut bien plus troublé. Communicative, cette sensation inquiétante gagna Constance, qui s'attendit au pire... Peut être préférait-il cesser toute relation ? Lui avouer qu'il ne pourrait supporter cette histoire naissante, trop dangereuse, trop pénible à vivre ?

Hélas, la réalité, prononcée par des murmures, fut bien plus affreuse encore. Les doutes d'un hommes sont si délicats, si profonds, que la jeune femme peinait à trouver les mots justes. Ne souhaitant ni blesser son amant, ni lui offrir des mots complaisants dans le seul but de l'amadouer, la Duchesse avala sa salive, avec difficultés.

« Christian... Calmez-vous... » Ceci lui laissa du temps, trop peu malheureusement, pour réellement pouvoir répondre.

Cependant, elle avouait désormais que, la question posée résonnait dans sa tête, et elle s'interrogeait, pour la première fois, sur la véritable nature de ses sentiments. Si la passion l'habitait lorsqu'elle évoquait Christian, Constance ne niait en aucun cas estimer son époux. Les mots brûlaient sa gorge, et elle sembla blêmir elle aussi, touchée de cette même fièvre qui la fit dévier de son équilibre.

Se retenant grâce aux mains de l'Inquisiteur, la jeune femme entreprit un discours douloureux.

« Le Duc est un homme respectable, juste et droit. C'est un grand homme, un mari admirable, et je ne peux vous mentir. J'apprécie mon époux, il sait m'apporter ce qu'il me convient. Il a toujours veillé à ce que je ne manque de rien, il ... il m'aime. »


Il semblait désormais, qu'exprimer en quelques mots ce qu'elle pouvait ressentir se résumait à une montagne infranchissable. Constance était une femme qui savait ordonner et mentir, mais la simplicité de quelques aveux lui était désormais impossible. Elle trouvait les mots trop étroits, trop vastes à la fois, pour évoquer de façon exhaustive ce qu'elle souhaitait transmettre à l'Inquisiteur.

« Comment peux-tu douter des sentiments que je te porte, alors que je risque, chaque minute que je te retrouve, que je te touche, ou... que je t'embrasse, de me compromettre, et de me voir rejetée de cette vie si plaisante que j'ai toujours eue ? »

Constance se sentit défaillir, dans un tourbillon nauséeux qui lui dictait de fermer les yeux pour ne plus être agressée par la réalité. Elle ne savait résister à l'Inquisiteur, aux incroyables promesses qu'il représentait, aux milles interdits qu'il lui inspirait, et aux fougues de la jeunesse, simples et idéales, qu'il exprimait à chaque souffle... Mais pouvait-elle le lui avouer sans risquer de trop en dire ?

L'amour était insaisissable, sa définition même paraissait trop différente, d'une personne à une autre. Se pourrait-il que, une fois l'aveu fait, Christian se sente d'une tristesse encore plus grande, le condamnant à se savoir aimer d'une femme, sans jamais avoir la possibilité de lui appartenir pleinement ?

Alors, Constance se tut enfin, sans offrir aux oreilles et au coeur de son amant les mots tant chéris qu'il avait désirés. Elle espérait cependant que ceci lui conviendrait, qu'il s'en contenterait, de peur que quelques discours supplémentaires ne les amènent vers une falaise bien trop abrupte.

Devrait-elle lui mentir, lui indiquer qu'elle ne l'aimait pas, afin qu'il en soit bien moins attristé ? La prenant pour une indigne libertine ? La Duchesse ne put s'y résoudre, mais serra les mains de l'Inquisiteur, espérant qu'il comprendrait.
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MessageSujet: Re: {Le Tailleur}   Sam 13 Déc 2008 - 22:54

Suspendu à ses lèvres, au moindre de ses souffles, attentif aux expressions de sa figure, à ses vives émotions, le prieur la contemplait, elle, cette déesse faite de chair et de sang, cette poupée fragile et volatile. La couleur du néant s’étendait sur ses traits, sur son minois, ce noir insoluble, cette encre indélébile, ces ténèbres profondes, l’envahissait pour la recouvrir complètement. Se noierait-elle dans cette mare sombre ? Se débattrait-elle ?
Décèlerait-il la vérité dans l’attitude de la duchesse, se verrait-il conforter dans ces suppositions ou au contraire ses thèses seraient-elles balayées ?
Désireux lui soutirer ces aveux avant qu’elle ne succombe de cette fièvre, il la pressait de part son regard, et, de part le contact moite de ses mains…
En réponse aux quelques mots qu’elle daignait lui offrir, une myriade de questions fusaient dans sa direction, incessantes, ensorcelantes, enivrantes, terrible litanie, simulacre d’invocation…

« Dites moi….Dis moi Constance, pourquoi…pourquoi être venue me retrouver à l’auberge ? M’aimes tu ?...Ne consens-tu pas à dire les mots que j’espère tant…Suis-je trop exigeant ?
Pourquoi te compromettre, pourquoi moi ? »



N’était-il pas après tout un inquisiteur, n’était-ce pas son métier que de poser autant de questions, avait-il déjà pratiqué la torture sur des gens avant elle?
Formidable supplice que voilà ! La capricieuse avait face à elle le plus passionné des amants, quelle attitude adopterait-elle ? Oserait-elle le mensonge de peur de le perdre ? Se risquerait-elle à la vérité ?
Le silence de la belle perdura quelques minutes de trop, à moins qu’il ne soit questions que de secondes, mais déjà, l’expression de l’orgueilleux se transforma.
A l’attente impatiente suivit une profonde déception, ses mains, tremblantes, la quittaient, rompant l’échange certes oppressant mais chaleureux, ses perles noires la fuyaient et sa silhouette se déroba d’elle de quelques pas.


« Ainsi, vous l’aimez …Je..Comment… ? Peu importe, quel sot…J’ai été stupide de croire que vous ne puissiez être qu’à moi..J’ai été dans le tort et je ne …vous reproche rien… »

La gorge serrée, le cœur en pièces, sa voix chancelante se fit entendre…

« Je ne vous demande que de la quiétude puisque je serai au manoir pendant quelques jours, je ne désire pas vous y croiser, ou du moins, vous parler…Si ça ne tenait qu’à moi, je…
Je souhaiterai ne jamais vous avoir connu Constance »


Regard terrible couplé à ces dernières paroles, morsure finale d’une romance éphémère. Volte-face, il s’éloignait déjà…
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MessageSujet: Re: {Le Tailleur}   Lun 15 Déc 2008 - 0:51

Il y avait des mots bien plus douloureux que des frappes. Christian, comme Constance pouvaient le découvrir depuis qu'ils avaient fait connaissance, ce soir-là, au pied du Manoir Edelgard. Bien que depuis ce fameux instant, la Duchesse ait risqué bien des maux en provoquant l'Inquisiteur, la jeune femme n'avait cessé d'en vouloir plus. Eprouver, toujours plus d'émotions, de sentiments ou de limites dépassées. Toujours plus de barrières sautées, des mots plus pointues, plus avides, des regards plus tendres, et sincères.

Etaient-ils arrivés à ce point de non retour qui leur serait fatal ? Cette dernière limite, un seul mot, avait laissé tomber la goutte d'eau qui perlait depuis déjà quelques temps, menaçant de tomber dans un vase bien plein. Elle avait à elle seule, l'avenir d'une relation ambiguë et dangereuse, entre les mains d'un simple mot, tant de peine ou de bonheur. Tant de difficultés étalement. Constance avait espéré que son amant sache comprendre ses silences et ses non dits. Pouvait-elle se permettre de déclarer son amour à un homme qui n'était pas son mari ? Comme elle aurait aimé qu'il comprenne...

Elle pressentit le changement d'attitude de Christian, le connaissant désormais mieux qu'à leurs débuts, et elle chercha à retenir ses mains, en vain. Il s'était fait rapide, ne souhaitant plus de contact, ni charnel, ni visuel, et même sa voix semblait avoir cessé toute relation. Elle l'avait blessé, meurtri, et le coeur de la jeune femme battait d'une façon bien irrégulière.
Elle aurait aimé le retenir, mais déjà, l'homme s'éloignait, la mine basse, froide... Jamais il lui sembla que ce visage aux mèches folles n'avait été aussi gelé.

Effrayée, la Duchesse s'élança à sa suite, retint un bras de toute la force qu'elle put, bien maigre face à un homme. Cependant, elle lui imposa l'arrêt, du moins quelques secondes, afin de passer son autre bras autour de sa taille et de serrer son front contre son dos. Sa voix était étranglée, pleine d'eau, et la pression de sa main se faisait irrégulière, tantôt forte, tantôt frêle, comme des spasmes.

« Je ne te retiendrai pas... » N'était-elle pas en train de l'empêcher de quitter les lieux ? « Christian, je comprends ta douleur, je l'éprouve moi aussi. Ma vie était d'un calme assommant avant ta venue, voici que désormais, je ressens mille troubles, mille émoi. Ma raison m'impose tout ce que mon coeur réclame, je suis esclave de mes sentiments. Je suis enchaînée à un homme juste, que je ne saurais désavouer. »

Elle serra son bras atour de lui et un nouveau spasme se fit sentir, pleurait-elle ?

« Mais je sais également que ma vie serait si terne sans toi. Je me lève dans l'espoir de te voir, et me couche avec le désir inavoué d'entendre tes pas à ma porte. Tu hantes mes journées et mes nuits, Christian ! Songe donc qu'il s'agit-là d'un caprice et d'un souhait d'enfant, d'une volonté éphémère, songe ce qu'il te plaira, déteste moi donc pour que j'ai à te haïr, et que ton absence ne me soit pas aussi douloureuse. »

La force de sa main, puis de son bras se fit légère, et bientôt, elle laissa l'homme libre de toute entrave, libre de ce qui le retenait encore auprès d'elle. Constance s'assit sur un siège de fortune, maigre coussin constitué de tissus divers, la main sur sa bouche et le regard vide. Elle ne souhaitant pas observer l'Inquisiteur partir, cette douleur qu'il pouvait ressentir, elle la partageait à chacune de leur dispute... Et il lui semblait aujourd'hui, qu'ils avaient dépassé une limite qui leur serait fatale.

« Le Manoir est vaste. Je te ferai loger dans l'aile ouest, il y fait bon et tu auras la vue sur les massifs d'hortensia. Tu ne devras supporter ma présence qu'aux repas, mais je peux demander à Lison de te les apporter dans ta chambre si tu le souhaites. »
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MessageSujet: Re: {Le Tailleur}   Mar 16 Déc 2008 - 23:09

Leur relation était-elle vouée à la tragédie ? Etaient-ils tout deux marqués d’un sceau funèbre ? Leur position respective dans la société, les bonnes mœurs, les convenances, les astres et même Dieu les séparait, il fallait s’y résoudre, le rêve arrivait à son terme et prenait fin en cette journée tragique, en ce jour qui aurait dû être dédié à tous les espoirs.
La bête avait précipité leur chute, les avait conduit sur cette terre infâme où ils se devaient de vivre et survivre à présent. L’instant de grâce s’était envolé et il ne leur restait plus qu’à partager la tristesse et la douleur. Dans leur malheur, ils avaient évité le pire. Ils ne s’étaient compromis aux yeux de leurs proches et avaient échappé à l’opprobre.

« Ne….ne rends pas les choses plus difficiles qu’elles ne le sont Constance… Toi et moi savons que nous avons bien faits… Je…Je ne peux me satisfaire d’une relation où je ne serai pas l’objet unique de tes pensées, tu le sais… Et…ton choix est fait… Je ne te blâme pas, au contraire, je pense que tu fais bien…. »

Difficile séparation que voilà ! La capricieuse s’accrochait à lui dans son désespoir, à cette ombre drapée de noir, elle embobina ses bras menues et fins autour de sa silhouette lui arrachant au passage une inspiration plus virulente. Au contact de sa belle, il fléchissait, son corps n’était plus qu’un pantin désarticulé soumis aux aléas de ses mots, de ses gestes, tantôt tremblant, tantôt suffocant, seul, son cœur battait la chamade, les traits de son visage s’étaient crispés, ses perles noires déversaient des gouttes d’eau sur le satin rosé de sa peau, sillages aqueux synonymes de douleurs…Ses résolutions telles des châteaux de paille s’effondraient, ne pouvait-il pas après tout la partager avec cet homme, ce duc ? Ne laissait-il pas s’échapper le grand Amour de sa vie ?
Inspiration de nouveau lorsqu’elle le libéra de la cage de ses bras, il crût un instant s’effondrer à même le sol mais ses jambes le maintinrent droit, stoïque, il n’offrait que l’image de son dos…
Parasite agglutiné à son être, succube dévoreuse de chair, elle l’avait vampirisé, il se voyait vidé de ses forces et ne désirait trouver réconfort que dans ses bras. D’une main rêveuse, ses doigts courraient par tatillons sur les dernières marques de son empreinte et ce fut une nouvelle déclaration de Constance qui l’extirpa de cette déchéance…

« Oui.Pour les repas, je…je ne peux me soustraire à l’obligation de dîner en compagnie, du moins pas…pas tout les…. Embrasses moi…Rien qu’une….rien qu’une dernière fois… »

Les mots avaient été lâchés dans la recherche d’un réconfort, sous le poids d’une impulsion, ils n’avaient été tous au plus qu’un murmure, qu’un souffle. Frémissant d’effroi face à sa propre sottise, il s’exprima avec plus de hâte, désireux de faire oublier cet incident…

« Je…Je ne dînerai qu’un soir sur deux en ta …votre compagnie et celle du duc. Ne vous encombrez pas de ces détails, je ne me ferai guère présent au manoir, si vous pouviez…
Je ne désire pas voir le duc seul à seul…Pouvez vous m’éviter ce tracas pour ces quelques jours, je vous en serai gré…Je m’arrangerai pour raccompagner Agnès chez père après cette semaine, je…je ne reviendrai pas au manoir Edelgard, je ne vous reverrai donc plus…
Je vous souhaite bonne chance, Madame Edelgard, et,…beaucoup de bonheur… »
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MessageSujet: Re: {Le Tailleur}   Jeu 18 Déc 2008 - 0:09

« Embrasses moi…Rien qu’une….rien qu’une dernière fois… »


Ces mots résonnèrent quelques secondes dans l'esprit de Constance, si bien qu'elle en fut captivée, jusqu'à devenir sourde aux autres paroles que put prononcer l'Inquisiteur. Quelques notes ainsi chuchotées, des murmures à peine, des prières autant que des complaintes, la Duchesse avait accueillit cette supplique comme on tend les bras à un orphelin, avec toute la dévotion folle qu'on peut accorder à un souffle précieux.

La jeune femme n'entendit rien des souhaits de Christian de ne pas rester dîner avec le Couple Edelgard chaque soir, rien de ce qu'il avait pu dire pour chercher à rendre cette séparation plus lente, peut être plus douloureuse, dans un souhait de vengeance dont il n'avait pas conscience lui même... Non, Constance n'avait en rien eu vent de cette tirade qu'il bredouilla d'une voix hâtive, gêné certainement par cette inspiration soudaine qui s'était échappée de sa bouche.

Cette bouche même que Constance observait, elle bougeait, certes, mais les sons étaient absents, elle se releva de ce coussin de fortune, entendant encore et toujours ces quelques vers se déverser dans son esprit, cette musique guida ses pas et elle s'élança. Elle s'élança avec la vivacité d'une brise et la folle vitesse des échos qui résonnaient encore à ses oreilles, jusqu'à occuper toutes ses pensées.

Elle s'élança en direction de l'Inquisiteur, leva les bras comme on se jette face au Christ, et enserra le visage de l'homme, ses deux paumes contre ses joues. Et, comme un ordre chuchoté tant de fois qu'on pense en être à l'initiative, Constance offrit à Christian un baiser des plus fougueux, des plus avides et brusques. Sans la tendresse des au revoir, sans la douce tristesse des adieux, mais dans une ardeur telle qu'on eut pensé à des retrouvailles, attendues depuis des années.

Ce ne fut qu'une fois son souffle court par tant de passion que la Duchesse consentit à lâcher l'objet de ses maux, s'arrachant à ces lèvres avec une terrible douleur, comme on retire un enfant à sa mère. Et, comme si ce baiser lui avait apporté l'oxygène qu'il lui manquait, elle haletait, sa voix rendue grave par les émotions soudaines et puissantes qu'elle avait laissé parler.

« Ah... Christian... Comme vous me rendez folle... » Fit-elle douloureusement, la gorge sèche et la respiration coupée, alors qu'on eut cru qu'elle avait couru durant des kilomètres.
Perdant l'équilibre, elle fit quelques pas en arrière pour revenir s'asseoir brutalement contre les tissus, et pousser les mèches de ses cheveux qui s'étaient échappées de leur écrin sévère.

Mais, comme si ses tympans avaient gardé en mémoire les mots les plus cruciaux prononcés par l'Inquisiteur, pendant qu'elle cédait à sa folie, Constance prit conscience de ces paroles assassines. Il était donc assuré de quitter les lieux sous une semaine, et de ne pas être présent au Manoir très souvent... Elle déglutit, et comme une douche froide, tout en elle redevint gelé et figé par la tragique atmosphère qui régnait peu de temps avant.

« Ainsi vous partez dans une semaine... » Fit-elle comme on se parle à soi-même, bougeant à peine les lèvres, afin de se rendre compte de ce qu'elle avait pu comprendre. Une semaine durant laquelle il se ferait absent du Manoir, durant laquelle elle n'aurait le loisir de le voir. Et cette entrevue lui apparue réellement comme un au revoir. Ses yeux bas se relevèrent vers l'Inquisiteur, alors que la jeune femme semblait résignée, affligée par ce qu'elle venait de comprendre, comme si elle n'avait, jusque alors, jamais cru à cette mascarade.
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MessageSujet: Re: {Le Tailleur}   Lun 29 Déc 2008 - 16:44

Qui aurait pu se douter des maux et des tourments que pouvait engendrer un simple baiser ? De par ses lèvres, la capricieuse duchesse mettait à bas sa raison et ses résolutions, lui insufflait son souffle de passion, le transportait vers d’autres horizons. Elle lui avait offert son âme l’espace de quelques secondes ou du moins le monstre fauve avait cru pouvoir l’effleurer. Le temps s’était arrêté sur eux, il rattrapa dans sa fâcheuse habitude la course des aiguilles. Le retour à la réalité fut des plus rudes, le regard hagard, ses prunelles sombres sondaient le vide qu’elle avait laissé, elles se portaient au loin, visiblement perdues. Ses doigts tatillonnaient sur ses lèvres à la recherche de ce goût sucré, ses genoux tremblaient et la glace s’était évaporée pour laisser place à un réchauffement. Les couleurs se faisaient plus ternes, le souvenir de ses lèvres s’évaporait, sa présence le quittait…
Quel visage lui offrir à présent ? Il se voyait au sol, agenouillé auprès de cette idole qu’il aurait pu vénérer pour l’éternité, le visage enfoui dans ses jupons, il l’implorerait de le garder auprès de sa personne, consentirait à la partager avec le duc et ferait taire son affreuse jalousie. Déjà, il se voyait au sol, ses mains cherchant les siennes, ses yeux éclaboussant sa jupe de quelques perles, fou d’amour pour la duchesse Edelgard. Alors qu’il allait s’élancer pour faire de ce rêve réalité, les propos de sa belle le sortirent de sa rêverie et déjà le négociant sortait de l’arrière boutique pour faire de nouveau son apparition. Encore sonné de cette triste étreinte, l’homme s’inclina dans une pirouette mécanique, automatisme de politesses, mascarade en présence d’un inopportun qui s’approchait, véritable menace.

« Madame la duchesse, vous allez être ravie ! J’ai tout ce que vous m’avez demandé ! Cela vous ira à merveille, oui parfaitement à merveille, n’êtes vous pas après tout le joyau de Forbach ?
J’ai une autre bonne nouvelle, je suis finalement à même de réparer la veste que vous m’avez demandé, dois-je la faire parvenir au cabinet de votre époux ? Il s’agit bien d’un présent pour lui ? A moins que ce ne soit pour votre ami, comment… comment s’appelle-t-il l’inquisiteur qui loge chez vous ? »


Le négociant portant à bout de bras une montagne de vêtements avançait péniblement dans les méandres de sa boutique et n’était encore parvenu à hauteur des deux interlocuteurs. Monsieur Stue se hâta alors de faire ses adieux à la duchesse… Le ton employé fut mi-figue mi-raisin alternant leurs tendres murmures à une politesse des plus convenues.

« Madame, je vous remercie pour votre bonté. Prenez soin de vous, je vous… ai, je vous suis reconnaissant. Au revoir alors ! »
La morsure du vent embrassa la joue de la duchesse et la haute silhouette disparut.
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MessageSujet: Re: {Le Tailleur}   Dim 18 Jan 2009 - 19:22

L'espoir si puissant que pouvait insuffler dans un cœur quelques gestes indécis, quelques regards hésitants entre deux réactions, un visage qui doutait, c'était brisé si violemment que la Duchesse Edelgard crut perdre pied. Le Tailleur revenait, les bras si chargé qu'il mettrait bien quelques longues secondes à venir jusqu'à eux, et pourtant... Pourtant l'Inquisiteur n'en profita aucunement pour conclure cette joute, pour agir de quelque manière qu'il pouvait pour encore la faire espérer...

Il s'exprimait avec tant de politesse, certes ce visage glacial n'était pas encore là, certes sa voix n'était pas neutre, mais il y avait trop de courtoisie pour qu'elle y ressente toute les émotions mêlées qu'elle avait cru sentir en lui lorsqu'ils échangeaient des regards. Les mots n'étaient pas violents, mais ces adieux furent brutaux et douloureux... Constance ne sut que dire, aucune parole ne trouvant le chemin de ses lèvres, pourtant entrouvertes dans l'espoir de prononcer quelques sons qui le feraient se retourner, faire demi tour, et s'élancer contre elle.

Au lieu de cela, elle resta silencieuse, muette, comme pétrifiée de ne pouvoir rien dire qui le fasse tourner les talons. Certes, l'aveu de ses sentiments le ferait assurément réagir, mais souhaitait-il qu'elle se serve de ses talents pour se jouer de lui, et le forcer inconsciemment à la rejoindre. La Capricieuse ne voulait pas mentir à son cher Christian, et cette volonté causait ce départ... Désormais, la silhouette de l'Inquisiteur disparaissait des tissus pendus, des rideaux moelleux et des velours gracieux qui les avaient rendus intimes.

Désormais, elle était seule, seule avec le Tailleurs, qui arrivait à sa hauteur en la questionnant, et la sonnette indiqua le départ définitif du beau ténébreux. Un vide profond sembla l'emplir, et Constance se sentit blêmir... L'homme courbé par les paquets insista encore au sujet de ces souhaits, et la Duchesse s'entendit répondre quelques futilités qu'elle perçut comme s'il s'agissait des paroles d'une autre.

Sans prêter désormais attention au Marchand, étonné d'une telle attitude, Constance se mit en marche, comme boitant dans cette étrange bulle de tissus et de matières, pour finalement en sortir. Comme une bouffée d'oxygène, elle parut mesurer l'étendue de cette solitude. Christian avait quitté les lieux, avait-elle espéré qu'il soit finalement derrière cette porte, dans le froid de l'hiver, à l'attendre ?

Sortant d'une petite bourse de velours quelques monnaies, elle paya généreusement le Commerçant qui n'en crut pas ses yeux. Stupéfait par le comportement de la jeune femme, il crut bon de lui souligner son erreur de compte, il avait bien trop de pièces pour ce qu'elle avait commandé... Mais Constance souffla quelques mots, qu'il fasse porter tout ceci au Manoir, et fit demi tour. Aérienne, comme si ses pieds ne touchaient plus le sol, elle marchait sans s'en rendre compte, quitta la boutique, et monta dans le fiacre qui l'attendait. Le cochet s'étonna lui aussi, mais les caprices de la Duchesse étaient si nombreux et si divers, qu'il était désormais habitué à la voir différente chaque minute...

Et la voiture reprit le chemin du Manoir Edelgard.
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{Le Tailleur}

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