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 Une entrevue... percutante.

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Oblivius
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MessageSujet: Une entrevue... percutante.    Sam 27 Déc 2008 - 23:21

"La fortune est une créature fantasque, toujours ivre, et aveugle par-dessus le marché : aussi, ne voit-elle point ce qu'elle fait et ne sait-elle ni qui elle abat, ni qui elle élève."
Cervantès - Don Quichotte

Elle s'était faufilée, légère et discrète, parmi la foule des passants qui encombraient les portes de la ville, ses souliers claquant sur les pavés humides et luisants. Elle avait progressé sans songer, sans s'encombrer de questionnements. Ce fut le corps qui lui fit défaut le premier : elle était épuisée. En effet, cette gracile damoiselle n'était guère accoutumée à pareil trajet à pied, et l'ensemble de son enveloppe charnelle la tourmentait terriblement. Aussi, fut-elle contrainte de marquer une pause, se repliant sur elle-même avant de récupérer le souffle perdu, le minois rougi par le froid de la nuit fuyante, les lèvres purpurines, le nez et les joues carminés. Sa robe sombre et ses épais jupons -tenue imposée par le couvent et qui n'avait rien de luxueux- étaient auréolés de fange et elle n'avait plus de noble que le ton blafard de sa peau.
Lentement, elle releva le nez, sa respiration s'apaisant de façon progressive, et elle étudia d'un air surpris l'agitation autour d'elle. On hélait, on gigotait, on courait, on chantait de tous bords. Les chariots passaient rapidement, ébranlant la rue sous leurs roues, sous le martèlement intempestif des sabots équins des bêtes de somme. Des odeurs qu'elle méconnaissait se mêlaient au parfum piquant de la boue et agressaient ses narines subtiles. Parfois, quelque flâneur s'arrêtait pour l'observer d'une mine étonnée, elle rougissait alors légèrement et faisait semblant d'être affairée à réajuster ses jupons.
Elle s'accorda quelques temps pour aviser, toisant le vide de ses prunelles célestes. Il lui fallait obtenir l'aide de quelqu'un. Mais elle ne pouvait en aucun cas dévoiler la vérité. Dans quelques semaines, la nouvelle de sa fuite aurait été disséminée dans la région et des hommes d'armes seraient lancés à ses trousses. Quelle vie, quelle situation allait-elle inventer pour s'en sortir ? Une illumination lui vint alors, animant son regard d'un éclair de soulagement : Ce serait une histoire de bergère.
Elle était parfaitement consciente qu'elle ne pouvait rester immobile, d'autant plus qu'un homme à l'allure peu honnête la dévisageait désormais avec insistance... Elle le gratifia d'un sourire niais et s'apprêta à reprendre sa course vers le hasard. Mais celle-ci fut rapidement écourtée par une violente collision, qui l'envoya voler sur les pavés avec brutalité. Étourdie, Clothô se recroquevilla sur elle-même dans un geste protecteur, faisant fi des écorchures qui dévoraient ses genoux. Et déjà quelques larmes fuyaient son regard pour humidifier ses joues.

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MessageSujet: Re: Une entrevue... percutante.    Ven 2 Jan 2009 - 10:46

L’orage s’annonçait, les épais nuages noirs s’amoncelaient sur la petite bourgade de Forbach. Ces volutes de vapeur teintaient le ciel de sombres éclats, éparpillant les ténèbres sur la cité, la recouvrant d’un voile obscur.
Déjà, l’on fermait les maisons, les portes se verrouillaient en même temps que les volets se faisaient clos. La population se retirait, la fourmilière grouillante, pleine de vie, regagnait sa demeure, ne prêtant que peu d’attention à cette étrangère, à cette inopportune qui apportait avec elle le mauvais temps. Ce manque d’intérêt flagrant était d’ailleurs chose bizarre, le passage de quelques voyageurs éveillaient d’habitude les plus folles histoires, les citadins se connaissaient de près ou de loin et étaient à l’affût de la moindre nouveauté ! Mais en cette journée, la crainte de se voir mouillé avait refoulé leur affreux voyeurisme et chacun avait finalement trouvé refuge chez lui. Les rares passants encore présents cherchaient refuge dans une grande hâte. Il en était de même pour cet homme à la haute stature, à l’élégance assurée qui marchait d’un bon pas en direction de l’auberge.
Le choc fut rude, non seulement pour la jeune femme, mais tout également pour l’inquisiteur. Ce dernier vacilla quelque peu sur ses jambes mais ne tomba point, offrant à la pauvre l’image d’un mur de glace. Bien qu’extérieurement nul signe de surprise ne traversa ses traits, il s’était trouvé en premier lieu surpris et agacé de cette insupportable rencontre. Après tout, était-ce sa faute ? Ne pouvait-elle pas faire un peu attention ?! Ce n’est que lorsque ses yeux vifs et noirs se posèrent sur la belle enfant au sol qu’il se montra touché. Ses billes couleur ombre l’avaient détaillé, découvrant sa détresse, la peine et le tort qu’il lui avait causé. Le monstre d’orgueil, bête à la crinière fauve, lui présenta bientôt sa main. Et sa voix grave se fit entendre, des notes confiantes et chaleureuses s’esquissèrent, et, un sourire se plut à accompagner ses propos :

« Pardonnez moi, vous n’avez rien ? Veuillez accepter mes excuses, Madame. Dirigeons nous vers l’auberge, nous serons à l’abri, l’orage gronde… »
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