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 Un dîner presque parfait - I/II

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Mort(e)
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MessageSujet: Un dîner presque parfait - I/II   Dim 22 Mar 2009 - 22:36

Le Vicomte tournait en rond dans le Hall. Mais bon sang, que leur était-il passé par la tête pour faire appel à ces farceurs d'opérette ? Fallait-il que d'autres inconnus potentiellement dangereux mettent leurs nez dans les affaires de Forbach ? N'y avait-il pas déjà assez à faire avec l'Inquisition ? Et ceux là même, ne sont-ils pas en mesure de faire appel à leur « Dieu » pour s'occuper de cela ? Il était contrarié c'était visible. La raison elle était obscure. On aurait pu penser qu'il ne voyait pas d'un bon œil l'arrivée de ces « exorcistes » sensés mettre un terme aux apparitions ayant apparemment pris possession de la ville, mais finalement, ce n'était pas tant cela, que le fait qu'il devait absolument être présent à cette soirée d'introduction, qui n'était pour lui qu'une mascarade sur lequel le rideau allait bientôt tomber. A quoi bon être là, pour se retrouver autour d'une table, à les regarder s'empiffrer en portant des masques alors qu'il pourrait être ailleurs, à chercher sa fille par exemple ?

Adrien s'arrêta un instant, les yeux posés vers l'entrée ouverte, où on attendait incessamment sous peu les exorcistes, les nouveaux héros de Forbach, destinés à sauver la ville, la veuve et l'orphelin. Non mais vraiment... Bien sûr qu'il avait entendu parlé de leurs « exploits » mais d'autres versions lui avaient été contées et beaucoup, trop à son goût, de mystères les entouraient. Mais au-delà de leur soi-disante vocation, ces pauvres diables ne savaient pas où ils venaient mettre les pieds, car s'il y a une chose de laquelle ils devaient faire attention, ce n'était pas des morts, mais des vivants eux-mêmes. Les malversations du Château avaient atteints une nouvelle apogée récemment et rien n'annonçait un possible retour au calme, surtout après sa dernière discussion avec Alicia... Voilà un petit moment qu'il ne l'avait vue, bien qu'il savait qu'il n'y ait plus aucune chance pour un dialogue maintenant, et cela le désolait un peu. La fenêtre d'une discussion aurait été d'une perspective agréable sur la suite des évènements, mais devant tant d'abnégation, il n'avait pu forcer le cours des choses... Il était évident qu'Alicia finirait par comprendre un jour, mais il était certain qu'il serait trop tard ce jour-là.

Enfin... Enfin le bruit d'une diligence se fit entendre non loin, il n'y avait plus qu'à espérer que ce soit eux ! Il se dirigea vers l'entrée, affichant sur son visage le masque habituel qu'il portait lors des occasions officielles, celui qui ne trahissait aucun de ses sentiments, celui qu'un dirigeant responsable se devait d'afficher en toute occasion. La diligence s'arrêta et la porte s'ouvrit laissant place, aux Exorcistes qui, un à un, descendirent du véhicule. Le Vicomte s'avança vers ces hommes visiblement pas tous très clairs, ce qu'il garda bien pour lui, et finit par dire d'une voix assez forte pour être certains que tous l'entendent :


« - Bonsoir Messieurs, et bienvenue à Forbach. Je me présente, Vicomte Adrien d'Hasbauer. Je m'occupe de gérer les affaires de ce comté. Si vous voulez bien me suivre. »


Il tourna ensuite les talons, sans même vérifier si l'un d'eux se mettait seulement en route pour le suivre. S'ils voulaient rester dehors, cela ne les regardaient qu'eux. Adrien comptait bien essayer d'en terminer au plus vite, afin d'en terminer avec cette mascarade aussitôt que cela serait possible afin de se consacrer à des choses plus importantes à ses yeux. Arrivé à l'intérieur, il rejoint sa femme, la seule personne qu'il gratifia d'un sourire avant de se retourner, lui et son masque, vers les Exorcistes qui avaient finalement choisi de le suivre.


« - Je vous présente ma femme, Elisabeth. Nous allons patienter ici un instant, nous attendons quelques personnes qui doivent nous rejoindre ce soir. »
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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait - I/II   Jeu 26 Mar 2009 - 1:43

*Ne jamais se laisser dépasser par les événements.*
Il y avait eu la scission du clan, l’arrivée des Inquisiteurs, la mort d’une de leur prêtresse, celle de la comtesse, puis du comte. Elisabeth avait su faire face, gérer au jour le jour pour ainsi dire. Réagissant à chaque nouvel incident avec un aplomb pour que tout ne sombre pas dans le chaos.
La dernière chose avait été la disparition de sa fille chérie, là c’était nettement plus dur. Autant pendant des années, elle avait appliqué cet maxime qui lui venait de sa mère, mais là elle ne savait vraiment plus comment réagir. Elle ne voulait pas de la pitié des gens et elle ne voulait pas non plus de leur complaisance.
Le pire était sans doute que dans un tel moment, elle n’avait pas le droit de réagir en mère, elle se devait de le faire en noble. C'est-à-dire qu’elle n’avait pas le droit de se montrer humaine, elle devait être infaillible, sinon son ennemie pourrait en profiter. Aussi, elle faisait bonne figure, elle avait été tellement habituée à le faire que c’était presque comme une seconde nature et que cela était beaucoup moins difficile que ce qu’elle pensait de donner le change, en paraissant accablée par cette disparition, mais pas vulnérable – et en réalité, elle était anéantie.

Cette rencontre ne faisait pas exception, il fallait juste faire bonne impression. Franchement, Elisabeth avait d’autres préoccupations que de nouveaux envoyés de l’Église, même s’il lui faudrait inclure leur présence dans tout ce qu’elle entreprendrait pour retrouver Alexandrine.

Bref, elle portait une tenue digne de son rang, pas trop simple et non ostentatoire, naturellement. Ses cheveux étaient relevés en un chignon un peu plus sophistiqué que d’ordinaire mais rien à voir avec une coiffure de gala. Elle se fichait éperdument de comment les autres jeunes femmes présentes à ce repas seraient vêtues, elle ne comptait pas du tout faire du charme à ces nouveaux intrus !

Elle était descendue au bras de son mari, stoppant dans l’entrée, elle le regarda s’impatienter jusqu’à entendre enfin le martèlement des sabots qui annonçait l’arrivée des Exorcistes. Leur entrée fut très théâtrale, selon la Vicomtesse, elle qui avait été élevé dans un monde où l’apparence était roi, cela lui sauta aux yeux. Mais ce n’était probablement qu’un concours de circonstance, en effet, il aurait été fort étonnant que ces messieurs sachent faire venir la brume…

L’accueil d’Adrien fut protocolaire, ce qui était normal, son mari représentait la plus haute autorité de Forbach à cet instant et avant d’avoir de la reconnaissance de sa part, ces étrangers devraient faire leurs preuves.

Lorsque son mari la présenta, elle fit une petite révérence en guise de salutation. Adrien leur avait déjà souhaité la bienvenue, elle n’allait pas se répéter. Aussi en attendant les autres, elle lança la conversation sur quelque chose de banal, mais d’utile pour commencer à cerner ces hommes.
"J’espère que vous avez fait bon voyage et que vous vous plairez ici." Dit-elle sourire aux lèvres, d’un ton qui ne laissait aucun doute quant à sa bonne éducation. Pourtant ces paroles avaient été dites avec de la légèreté, Elle ne souhaitait qu’ils pensent qu’elle voulaient les interroger, même ces hommes devaient se douter qu’ils devraient parler un minimum d’eux, q’ils voulaient qu’on les prenne au sérieux.

Pour autant, cette question déguisée n’était pas un piège, mais en fonction de la réponse, Elisabeth était presque certaine de pouvoir déterminer les origines de celui qui avait pris la parole. Alors, qu’on lui répondait elle en profita pour détaillé un par un ces envoyé de Rome… Espérant que le remède ne serait pas pire que le mal !

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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait - I/II   Dim 19 Avr 2009 - 2:15

[Précédent : Les Appartements d'Hasbauer - La rencontre]

Le pâle éclat de la Lune franchissait le fin voile nuageux qui couvrait ce soir là le ciel de Forbach. Cette lumière blafarde venait recouvrir les pierres grise, ternes, lasses d’être foulées à longueur de journée par les visiteurs des Somptueux Jardins de Forbach. Ce soir-là, comme chaque soir, les couleurs éclatantes des fleurs sombraient dans l’obscurité nocturne et les nobles visiteurs du lieu, n’ayant plus rien à admirer, s’en retournaient dans leurs Appartements, comme le voulait la conduite qu’on leur avait enseignée : ne porter d’attention qu’à ce qui est apparent. Rien de plus. Louis Institoris, lui, avait besoin de plus. Voilà pourquoi la nuit était le seul instant où il réussissait à apprécier la beauté de l’exposition florale permanente d’Alicia de Sarrebourg. De temps à autres, alors, il venait s’installer sur l’un de ses bancs, et il observait la perfection de l’endroit, à l’image de celle qui avait composé ce chef d’œuvre. La seule différence entre la Veuve de Sarrebourg et son oeuvre résidait dans l’émotion que pouvait procurer la contemplation de cette dernière, contrastant plus que tout avec la froideur qui émanait du visage de l’épouse du défunt Comte de Forbach. Lorsqu’il venait là, l’Inquisiteur se calmait un instant, cessait de réfléchir, tentait de faire abstraction des bruits provoqués par les éclats de rires mondains qui se répétaient incessamment derrière lui, à l’intérieur du Château, et il prenait enfin un peu de repos bien mérité. Pourtant, ces derniers temps, il n’arrivait pas à faire taire les bavardages derrière lui, il n’arrivait plus à s’arrêter de réfléchir, il n’arrivait plus à se reposer. Les ténèbres des Somptueux Jardins avaient échangé leur capacité à détendre l’Inquisiteur contre une aptitude sans faille à pouvoir cacher son désespoir aux yeux des autres. Des cernes commençaient à se creuser sur son visage, témoins de l’angoisse que provoquait en lui sa rétrospective sur sa première année passée à Forbach. S’il avait cru les choses simples au départ, il s’était trompé : les trois Inquisiteurs pendus dans la Forêt de Schwarzenwald l’en avaient averti. L’échec de l’Inquisitio, ce plan sans faille à ses yeux, l’avait anéanti. La force qu’il mettait à la cacher portait ses fruits, puisque nul n’avait remarqué sa déception, mais celle-ci était belle et bien là et le hantait depuis des mois, sans arrêt. D’ailleurs, aucune mission importante n’avait été menée par l’Inquisition depuis cette perquisition ratée. Suite à ces évènements, il semblait que la confiance que portait l’Église en le petit-fils du grand Henri Institoris s’était elle aussi affaiblie…

En effet, à sa grande surprise, un matin, alors qu’il s’apprêtait à aller faire sa prière quotidienne, Louis Institoris avait été averti de l’envoi datant de quinze jours d’une lettre concernant la grave situation de Forbach. Cette lettre faisait référence aux diverses possessions qui étaient survenues dans la ville ces derniers temps. Un fait évidemment très vite associé à un acte de Sorcellerie par l’Inquisition comme par une grande majorité du peuple du Comté. En toute logique, il en était donc du ressort de Louis et de ses hommes. Cependant, l’évêque de Lorraine en avait décidé autrement et, sans en toucher un mot au Dirigeant de l’Inquisition, il avait demandé l’aide du Vatican. Le pape avait alors décidé en vitesse de contacter la fameuse équipe du Père Marcus, réputée à travers l’Europe pour être constituée des meilleurs Exorcistes dont disposait l’Église Catholique, et de les faire venir d’urgence à Forbach. Il ne restait que deux semaines avant leur arrivée lorsque Louis appris la nouvelle. À cet instant, si Louis avait été un homme impulsif, le prêtre qui lui avait annoncé la nouvelle - un homme qu’il n’affectionnait pas particulièrement, ce n’était un secret pour personne - aurait eu quelques blessures à soigner une fois leur « conversation » terminée. Fort heureusement pour l’ecclésiastique, l’Inquisiteur en Chef savait se maîtriser : ses sourcils n’avaient même pas vacillé lorsqu’il avait appris la nouvelle. Il était resté silencieux, sentant néanmoins une importante colère naître en lui. Cet ultime coup de poignard que lui mettait l’Église dans le dos aurait dû être celui qui achèverait Louis, au vu de l’état dans lequel il se trouvait. Pourtant, ce dernier était encore là, prêt à se défendre, à se battre contre la menace que représentait cette troupe d’Exorcistes qui arrivaient à Forbach, sur « son » territoire. Il devait prouver à ceux-là ainsi qu’à l’Église toute entière de quoi était capable Louis Institoris, Dirigeant de l’Inquisition à Forbach. Et, surtout, il devait se le prouver à lui-même…

Tout naturellement, il avait été convié au dîner organisé en l’honneur de l’accueil de ces visiteurs suédois sensés abattre en sept mois le mal qu’il combattait depuis plus d’un an maintenant.

Sous sa cape noire, Louis, à peine visible sous la lumière lunaire, emprunta l’allée qui traversait les espaces fleuris en direction du Château. Ce soir-là, pas de rires ni de discussions inutiles provenant de l’entre les murs. Même la lumière des innombrables bougies, quittant les pièces de la grande bâtisse grâce aux grandes fenêtres vitrées, semblait plus sombre, reflétant l’état d’esprit de ceux qui allaient accueillir dans quelques instants les invités forcés du Vicomte, de son épouse et de la Veuve du Comte.

S’avançant en direction du hall, Louis aperçut les deux silhouettes d’Adrien d’Hasbauer et de sa femme. Lui allait vers l’entrée du Château de Frauenberg tandis qu’elle l’attendait à quelques pas. Il se souvint alors de la mission dont elle l’avait chargé. Il n’aurait probablement pas l’occasion d’en parler ce soir-là avec elle, mais il comptait l’avertir très vite de ses agissements à venir, suite aux recherches vaines qu’il avait effectuées personnellement dans ses rangs. Louis n’eut pas le temps d’y penser plus longtemps : alors qu’il s’approchait de la Vicomtesse, son époux revenait vers elle, accompagné de ses convives. Elle les salua, affichant le plus beaux de ses sourires nobles, peu sincère aux yeux de Louis, et ce bien qu’il n’ait aucune raison de ne pas apprécier cette dame. Il fit alors à son tour son entrée dans le cercle de ceux qui dîneraient parmi les nouveaux venus et les grandes personnalités de Forbach, dont il faisait apparemment partie.


« Bonsoir, messieurs. Bienvenue à Forbach. Je suis Louis Institoris, le Dirigeant de l’Inquisition dans le Comté. »

C’était le début d’une bien longue soirée, mais cela ne constituait en aucun cas une surprise. Un évènement inutile où primerait plus que jamais l’aptitude de chacun à simuler au mieux cette politesse qu’il était contraint de montrer. Or, tous ceux qui, durant ce dîner, allaient accueillir ces invités mal venus savaient qu’en ces temps, il n’y avait pas plus lourd à porter que le devoir d’être courtois. C’est pour que cette soirée lui paraisse moins pénible que Louis avait décidé d’y inviter Europe. Il comptait écourter au plus vite son repas, et celui de la demoiselle, pour discuter en sa compagnie de l’avancement de l’étude de la Lettre de Cendra. Pourtant, même si le dîner serait probablement plus court pour lui, il appréhendait la lassitude qu’il allait éprouver à peine installé autour de la table. Et il savait qu’il n’était pas le seul dans ce cas. Ce soir, qu’ils le veuillent ou non, ils seraient tous les cinq dans le même navire…

Le regard naturellement froid que Louis avait accordé aux arrivants se tourna alors vers Elisabeth, puis son mari, tout en se chargeant de tout le respect qu’il portait à ces gens :


« Madame d’Hasbauer. Adrien. »

[Suivant : La Salle à Manger - Un Dîner Presque Parfait II/II]

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Dernière édition par Louis Institoris le Dim 23 Aoû 2009 - 18:36, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait - I/II   Lun 20 Avr 2009 - 1:21

[Précédent = La Clef de Cendre]

Encore une…
Encore une de ces nuits où il faudrait jouer le jeu interminable de la mondanité et de l’hypocrisie, où il faudrait sourire et prétendre être heureux de l’arrivée d’une troupe d’indésirables nouveaux venus à Forbach… Groupe qui, comme si le contexte de ces dernières semaines n’était pas assez désespérant et dramatique, allait sans aucun doute envenimer la situation au moindre de ses actes…
Elle était lasse, usée. Et en colère aussi. Frustrée de la tournure impossible des choses. Eminemment agacée qu’on l’aie conviée à ce dîner de circonstances –non, plutôt, que
Louis Insistoris l’aie invitée au seul repas de tout Forbach qu’elle avait voulu fuir…
Mais rien ne se passe jamais comme prévu.

Telles étaient les pensées d’Europe alors qu’elle descendait sans hâte le grand escalier du château, tenant soigneusement dans ses paumes fermées les plis de sa robe cramoisie pour ne pas s’entraver dedans. La couleur unie et la coupe ultra-simple de son vêtement lui donnaient l’air d’une vieille fleur fanée et indéhiscente, impression rehaussée par la mine fatiguée de son visage et la coiffure de ses cheveux, pas aussi savamment travaillée qu’à l’ordinaire. Une expression morne flottait sur ses traits fins et tirés, éclairés par en haut grâce aux innombrables chandelles frangeant les lustres du château. Sa descente lui paraissait interminable; sans ignorer qu’elle était en retard, elle ne se pressait pourtant pas, avançant avec la résignation d’un agneau partant pour l’holocauste. L’ambiance des lieux, désertés des invités qui y bruissaient habituellement, lui donnait envie de pleurer. La beauté du château? Inutile. La perspective de manger de bons mets? Ridicule. Elle se moquait de tout ça et mille fois pire encore; depuis quelques semaines les choses superflues comme la nourriture, l’apparence physique, le confort ou même la courtoisie lui paraissaient si futiles, si dérisoires face à l’ampleur du problème actuel, qu’elle ne les voyait même plus: elles avaient été reléguées dans les parties sombres de son esprit, là où elle n’allait jamais fouiller. Des fantômes à Forbach! Elle avait cru, avant cet hiver, que la situation ne pouvait pas être plus désespérée qu’elle ne l’était alors. Visiblement, elle se trompait lourdement. Quand donc cette spirale infernale allait-elle s’arrêter?
Enfin, ses pieds chaussés d’escarpins vernis assortis à sa robe se posèrent sur le sol carrelé et elle s’avança dans le hall, ou un certain nombre de personnes étaient déjà présentes.

En s’approchant, Europe distingua des silhouettes familières arborant des toilettes irréprochables mais des visages fermés. Elisabeth souhaitait la bienvenue à un groupe d’individus qui devaient être les fameux Exorcistes; elle ne se donna même pas la peine de les détailler, constatant que sous la courtoisie affichée sur le visage de son amie, celle-ci avait les traits durs. Adrien lui, qui d’habitude était d’un calme olympien, paraissait beaucoup, beaucoup plus agité que de coutume –et pour cause! comment conserver sa sérénité dans un moment pareil? Il avait beaucoup mieux à faire en cet instant que d’être réquisitionné à un dîner délétère pour accueillir de non moins délétères personnages; Dieu savait s’il n’avait pas besoin de ça. Même si le Vicomte faisait de son mieux pour camoufler son maelström de sentiments sous un visage impassible, Europe, qui le connaissait depuis longtemps et dont la nature empathique était toujours présente, ne pouvait ignorer des signes évidents.
A côté d’eux se trouvait Louis Institoris, qui venait d’arriver et saluait à présent les invités; en un coup d’œil, la Sorcière remarqua également que lui aussi était harassé, et n’avait aucune envie de se trouver là. Cela faisait donc au total quatre des hôtes présents sur quatre; visiblement, personne n’était ravi de voir les disciples du père Marcus. Europe observa plus avant le visage de l’Inquisiteur: Scellé. Froid. Un Louis qui n’appréciait guère la situation. Ce Louis, dont elle ne savait plus quoi penser depuis maintenant plusieurs semaines…

La Prêtresse continua à avancer, franchissant les derniers mètres qui la séparaient de l’assemblée et se demandant une énième fois en quoi sa présence aurait pu être utile. Contrairement à Adrien qui affichait un masque de circonstances, Europe ne s’était pas donnée cette peine; elle fixait les Exorcistes de son regard ouvertement hostile, sans ce soucier de la réputation que cela pourrait lui octroyer auprès des disciples fraîchement débarqués. Elle finit par s’arrêter devant eux et, comme le voulait l’étiquette, esquissa une révérence.


"Je vous souhaite la bienvenue, messieurs, au château de Frauenberg. Je me présente, Europe Eléanora-Sun, pour vous servir. J’espère que le voyage n’a pas été trop éreintant jusqu’à notre ravissant comté…"

Elle avait prononcé ces paroles d’un ton remarquablement neutre, telle une automate, se permettant d'y placer une pointe d'humour cinique; et bien que la courtoisie alambiquée des phrases fut bien présente, il y manquait le ton, la conviction et le visage qui allait avec. Mais Europe n’avait aucune envie de consacrer de l’énergie à parfaire l’illusion et, après s’être inclinée une seconde fois, se tourna vers les trois visages familiers qu’elle salua chacun son tour d’un signe de tête, décochant au Vicomte et à sa femme des regards qui en disaient long.

"Vicomte… Madame… Monsieur Institoris. Je suis ravie de vous voir et espère que vous vous portez bien."

Spoiler:
 

[Suivant = Un Dîner Presque Parfait II/II]

_________________
.
Ces figures, ces êtres humains
absorbent pareillement la lumière cosmique, l'air ou l'eau salée -
et chacun réfléchit à une nouvelle ontologie
Mais ces dessins eux-mêmes, sont paysages de l'esprit...


Dernière édition par Europe le Sam 6 Juin 2009 - 2:16, édité 2 fois
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Meneuse
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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait - I/II   Lun 20 Avr 2009 - 2:08

[Ton post est très bien Europe... comme d'habitude ^^]


L’Abîme ultime à l’abyssale noirceur, engouffre encore et toujours, dans une chute du temps et de l’esprit, les dernières bribes de raison de l’âme évanouie. Les ténèbres referment le tombeau sans fond où s’effondre l’humanité et où s’enracine la folie. La douleur appelle la haine, la haine appelle la tristesse, la tristesse appelle le désespoir, le désespoir appelle le vide... Le vide appelle le vide. Le siphon infini tournoie, hypnotise, et noie.
Mais dans un amer monochrome l’impensable se produit : une lueur jaillit ! Une lumière se déploie, grandit… L’être s’éveille, voit, s’épanouit. L’espoir renaît et prend son envole du rien au tout, de la fumée à la flamme, de la goutte à l’œil. L’éclat pâle est puissant, il apparaît d’abord faible au fin fond du néant, flammèche ponctuelle noyée dans ce flot d’obscurité, puis il grossit petit à petit, au fil de jours qu’il rallume de sa beauté, comme s’approchant de cette surface presque oubliée. L’amertume des larmes s’adoucit comme du lait. La fortune d’une femme guérit de ses plaies…

Alicia était là, à demi allongée sur un grand rocher face à l’est, au bord de l’Étang de Diefenbach, à la levée du jour, paisible comme elle ne l’avait été depuis bien longtemps, telle une penseuse sirène échouée d’un rêve. Les yeux frôlant la limpide surface dont les dernières ombres nocturnes en faisait un écran sur une sombre et incommensurable profondeur. La sorcière observait, passionnée, l’éclat argenté de son alliance reflétant les premières lueurs de l’Aube face à elle, la bague luisait de plus en plus généreusement sur l’écran noir à mesure que le soleil perçait les brumes de la nuit. Alicia la regardait les yeux pleins d’émotion, cette lumineuse alliance, à son fin doigt, lui-même porté par cette pâle main posée religieusement sur son ventre…

La scène si parfaite, si esthétique, brisa sa nébuleuse atmosphère lorsque des bruits de sabots retentirent en écho, au loin, dans la forêt, comme on entend les sons réels au beau milieu d’un songe. Alicia soupira ; un répit, un souffle, un espoir de bonheur, ne pouvait-il donc pas subsister sans l’intervention d’une réalité résonante ! Le messager descendit de sa monture arrivé à quelques mètres de la sorcière, n’osant s’approcher d’avantage. Il fixa quelques instants la silhouette sombre et gracieuse étendue sur le roc au bord de l’eau d’où soufflait une légère brise animant les cheveux noirs et brillants d’Alicia, figée dans sa position, refusant de quitter l’Étang des yeux, de peur d’y perdre sa douce vision dans les flots. Le valet s’exprima : La Comtesse Alicia de Sarrebourg était conviée à un dîner au Château en l’honneur de l’arrivée des Disciples du Père Marcus à Forbach.

Alicia avait déjà été mise au courant de leur arrivée proche par les rumeurs courant entre les pierres du château, aussi ne fut-elle pas surprise, elle déplorait de devoir assister à un repas en la présence d’Elisabeth et Adrien, mais les règles de la convenance l’y forçaient, elle était de plus curieuse de voir ces légendaires « soldats de Dieu »… Les sabots claquèrent dans la direction inverse, Alicia se leva, toujours face à l’Est, dévisageant l’ondulante surface de l’étang. Son cheval sortit alors silencieusement de l’ombre de la sylve pour la conduire.

Quelques heures plus tard Alicia les observait du haut de l’escalier joignant le Hall aux étages supérieurs des deux ailes. D’une posture droite et fière Alicia observait analytiquement la scène dans une grande robe sombre et sobre, deux fines nattes retenaient sa chevelure, telles un diadème. Adrien et Elisabeth étaient occupés à accueillir leurs nouveaux hôtes comme il se devait en tant que dirigeants du Comté de Forbach… Le regard d’Alicia se durcissait à cette pensée, ils n’étaient qu’usurpateurs, mais le sort en déciderait autrement ! Louis Institoris, le loup de ce sombre conte était bien sûr présent. Ce qui étonna Alicia fut la présence l’accompagnant : Europe Eléanora-Sun ! Décidément ce Château ne marchait plus droit…
Ce n’est qu’en descendant les marches qu’Alicia eut un angle de vue suffisant pour bien observer les exorcistes présents dont elle n’aperçut que quelques visages, certains qu’elle trouva plutôt charmants, d’autres fort curieux. Un certain calme, pour ne pas dire froid, s’installa alors qu’Alicia descendait lentement l’escalier. Son visage n’était ni ravi ni triste, il exprimait une naturelle fierté défensive face aux personnes qu’elle connaissait. Son regard vert et limpide traduisait discrètement une farouche curiosité pour ces inconnus venus de loin, entre méfiance et amusement. Elle ne prêta aucune attention ou regard à Louis, Europe, Adrien ou Elisabeth, elle se concentrait sur les exorcistes, telle un prédateur dont le monde vient de se limiter à son prochain dîner. Arrivée à leur niveau elle déclina une révérence avant de prendre la parole d’une voix assurée, naturelle, mystérieuse :


« Messieurs, bonsoir. Je me présente : Alicia de Sarrebourg, veuve de feu le Comte. Je vous souhaite à tous un agréable séjour entre nos murs… »

Alicia salua modestement mais convenablement Adrien, Elisabeth, Louis, puis Europe. Ils semblaient tous fermés, presque tristes. La Meneuse imagina quelques instants ce que leurs invités devaient penser à la vision de ces faux sourires…
Son regard le plus intense balaya à nouveau les visages des disciples.
Certains étaient bien trop lumineux pour être vrais, d’autres étaient bien trop sombres pour être faux, une chose était sûre, ils avaient cet éclat mystérieux dans les yeux, le même éclat visible dans les yeux des sorcières, l’éclat du secret…

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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait - I/II   Lun 20 Avr 2009 - 23:51

Noir.

Progressivement, un son se fait entendre, une sorte de craquèlement, du bois sans doute. Puis, un bruit sec, un martellement régulier… les sabots des chevaux. Puis vient un balancement erratique, qui semble vouloir empêcher quiconque de dormir… dormir… oui, Jonas se rend progressivement compte de son réveil, et en profite allègrement. Sans doute même un sourire doit-il s’afficher sur son visage. Il écoute le murmure des voix de ses frères de fortune et d’infortune, sans tenter de comprendre leurs paroles. Qu’il aime cet étrange instant, entre le sommeil et l’éveil, pendant lequel tout est possible, du moins en esprit et en rêve…

Des rêves ? Jonas n’a pas l’habitude d’en faire, ou en tout cas, jamais ceux-ci ne viennent hanter son réveil. C’est à la fois une bénédiction et une malédiction – autant est-il toujours capable de trouver le repos, quelque soit la situation, autant souhaiterait-il parfois pouvoir profiter de celui-ci pour penser encore et encore, plutôt que de perdre son temps dans cet étrange absence, comme une petite mort.

Mais il se sent désormais prêt à affronter tous les ‘‘démons’’ qui pourraient se présenter à lui, sous une forme ou une autre. Le sourire effectivement sur les lèvres, il ouvre les yeux lentement, les laissant s’habituer à la lumière et porte son regard sur ses camarades. Vraisemblablement, le voyage avait été des plus longs pour tout le monde. Lui ne comptait ni les heures ni les jours et préférait profiter de chaque instant. Le voyage avait été l’occasion de se renseigner autant que possible sur le ‘‘gratin’’ de Forbach, et les récents évènements n’étaient pas vraiment pour le rassurer. S’ils étaient là, c’était sans doute un signe du Vatican à l’adresse de l’Inquisition de Louis Institoris, aussi ne faudrait-il pas trop compter sur l’aide de ces rabat-joies là. Et aussi allait-il falloir jouer sur une corde raide, pour ne pas se retrouver par ‘‘magie’’, comme qui dirait, accusés de sorcellerie eux-mêmes. On ne sait jamais avec ces chrétiens fanatiques…

Jonas laissa son regard vagabonder à l’extérieur, et observa nonchalamment le ciel un instant… avant de soudainement se dresser par la fenêtre pour crier au cocher de s’arrêter un instant. Il y avait là une occasion à ne pas rater, assurément.

« Messieurs, je crois qu’il faut que nous parlions quelque peu avant de rejoindre notre destination. Tout en parlant, Jonas ne cesse de jeter des coups d’œil au dehors, vers les cieux. Je sais que vous êtes inquiets, que peut-être même vous avez peur de ce qui nous attend, ici, à Forbach, en mission expresse pour le Vatican. Gardez cette conviction profonde que les esprits n’existent que dans celui des Hommes, nous en avons eu maintes fois la preuve, et que par nos tours nous combattons un mal bien plus profond et concret que toutes les malédictions des soi-disant sorcières qui peuplent sans doute ces terres, un mal concret et spirituel à la fois. »

Continuant de porter régulièrement son regard à l’extérieur de la diligence, sa voix se fait plus forte, son visage plus sûr. Ceux qui savent voir s’en rendent comptent immédiatement : il joue. Mais Jonas est de ces acteurs qui croient entièrement en ce qu’ils interprètent, qui deviennent leurs personnages.

« Ne croyez pas ce que votre conscience peut tenter de vous faire croire. Nous ne sommes ni des voleurs, ni des trompeurs. Et les gens sont toujours plus heureux après notre passage qu’avant. Nos actions sont justifiées et couronnées de succès, mais cette fois-ci, les choses vont sans doute aucun s’avérer plus compliquées qu’à l’accoutumée. Qu’allons-nous donc faire ? Baisser les bras et nous avouer vaincus d’avance ? Certainement pas ! Nous allons faire preuve ici, à Forbach, de toute l’étendue de notre talent, et prouver que nul, pas même le diable lui-même, ne résiste à notre passage ! »

Jonas parait en cet instant comme plus grand, plus fort, plus rayonnant que jamais, mais pour ceux qui sont accoutumés à ses envolées, il est possible de voire qu’il se fait plus grand et plus large, volontairement. Cependant, nul ne peut douter de sa volonté affichée de remonter le moral de ses troupes, et quand bien même l’on observerait attentivement le ‘‘stratagème’’, force serait de voir la détermination de Jonas, et son indéfectible loyauté envers son auditoire. A moins que ce ne soit une impression voulue…

« Haut les cœurs, mes amis, mes frères ! Et qui sait, peut-être serons-nous accueillis royalement ! »

Le brouillard semblait se lever, tout à coup, et une lueur sembla s’allumer dans le regard de Jonas.

« Ah ! Voilà ce que j’attendais ! Je l’avais senti venir celui-là ! Bon, on est les meilleurs on est les plus beau, et tout le bla bla habituel, vous connaissez la chanson. Et fouette cocher ! »

Le souffle épique qu’avait réussi à faire monter le chef des exorcistes s’efface alors aussi vite que le brouillard s’épaissit. Pourtant, quelque chose animait maintenant Jonas, une chose qu’il ne semblait pas vouloir partager avec les autres. C’était l’adrénaline qui montait en lui, l’euphorie d’avoir tiré une bonne carte. Il était important de soigner son entrée, et la leur allait être des meilleures.

La diligence reprit sa route, cahin-caha, à travers une épaisse forêt, avant d’arriver en vue du château de Frauenberg. Arrivant tout prêt, Jonas observait attentivement son comité d’accueil. Un noble était là pour les recevoir, peut-être même le Vicomte lui-même. Et son visage n’était pas des plus joviaux.

« Bon, on oublie les pétales de roses et les feux d’artifices, nous ne sommes pas les bienvenus. Plan B, nous sommes d’humbles serviteurs de Dieu. Toi, cache-moi ce collier, trop riche pour un pauvre prêtre comme toi. Pour l’instant en tout cas… »

Les chevaux avancèrent au pas quelques instants encore, avant de s’arrêter à quelques mètres de la personne venue accueillir les exorcistes. Jonas, qui sortit en premier, fut peut-être, paradoxalement, le moins remarquable du lot. Il avait ‘‘mis’’ sa tête la plus neutre, basse et effacée possible – son air naturel de monsieur tout-le-monde en somme. Il portait des vêtements de voyage des plus neutres et une croix en bois autour du coup. Pour sûr, il ne valait mieux pas ouvrir ses bagages au risque d’être très surpris, mais vu comme ça, il semblait avoir fait veux de pauvreté. Une fois qu’ils eurent tous mis pied à terre, il s’avança vers leur hôte qui n’était autre que le Vicomte. Les choses devaient vraiment mal aller s’ils n’avaient pas même un domestique pour les conduire, ou alors il voulait les avoir à l’œil personnellement… à moins que ce ne soit autre chose encore.

« Bonsoir, je suis le p… »


Hé bien ! Soit son air de ne pas y toucher marchait le mieux du monde pour qu’on ne l’entende même pas, soit les nobles régionaux était de la dernière malpolitesse. Il fit signe à ses frères de suivre, et ils rejoignirent une jeune femme, qu’on leur présenta comme Elisabeth, la Vicomtesse. Ces deux-là avaient perdus tout récemment une fille, avait entendu dire Jonas, non loin d’ici. Leur impassibilité affichée ne faisait que trahir leur trouble, en quelque sorte.

« Notre voyage fut long et difficile, mais c’est le chemin de croix que nous avons choisi pour suivre humblement celui du christ notre seigneur » amen… Intérieurement, il riait de sa prétendue religiosité, mais extérieurement, il tâchait de se faire plus vieux qu’il n’est, jouant sur ses nombreuses rides d’expressions, tout en prenant garde de ne pas cacher une certaine lueur de malice au fond du regard, à l’intention de madame.

Arriva ensuite le personnage, a priori, le plus dangereux pour eux ici. Jonas le fixa droit dans les yeux tout le temps qu’il s’approcha du petit groupe, et, tout en conservant son air de ne pas y toucher, lui lança :

« Le Vatican nous a expressément demandé de venir régler le problème ici, et j’ose espérer que l’Inquisition saura partager ses ressources avec notre humble confrérie, pour le bien des pieux habitants de Forbach. » Traduction : le Vatican ne vous fait plus confiance, c’est pourquoi il nous a mandatés ici. On est les plus beaux, on est les plus fort, tralalalalère. Aaaah, pourvu qu’il ait lu tout sa dans ses yeux, se dit Jonas. Qu’il était bon de faire enrager les gens, et d’installer du piquant dans les relations avec ces culs-bénis !

L’invité suivante était une inconnue dans l’équation du succès, et l’exorciste n’avait pas entendu parler d’elle, a priori. La raison de sa présence – et de son hostilité – restaient à démêler. Il se contenta d’une révérence, préférant réserver son jugement pour plus tard.

Vient ensuite, étoile de ce ballet de mort-vivants tous plus sombres et torturés les uns que les autres, Alicia de Sarrebourg. Ce ne pouvait être qu’elle, dans ses habits de deuil. Quelle exquise créature, toute prédatrice. Jonas ne se présenta que comme une proie entièrement consentante, et lui présenta son cou, la tête basse, dans une révérence des plus distinguées. Il échangea son expression neutre pour un très léger sourire mélancolique, tout commercial :

« Comtesse, votre hospitalité nous est un cadeau du ciel. Sachez qu’en retour, toutes nos prières iront en direction de feu votre Monsieur le Comte… » et feu le mari de votre sœur avant que celle-ci ne meurt.

Jonas jubilait intérieurement. Que de défis, que d’embuches, que d’aventures extraordinaires les attendaient, tous ! C’était trop beau pour être vrai.
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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait - I/II   Mar 21 Avr 2009 - 10:49

Au fond, tout au fond de la poitrine, il y eut un geyser si brûlant, si soudain, que Laszlo pensa un instant se mettre à pleurer.
Il ne l'avait pas prévu. On pourrait même dire qu'il n'y était pour rien. C'était la faute de Jonas, comme d'habitude. Jonas revêtu de ses plus beaux habits de comédien, qui avait entamé pour ses compagnons une représentation délirante. Qui les avait enserré dans les bras de sa fiction pour les rassurer. "Ne vous inquiétez pas. Je vais vous sortir de là." Chacun à sa manière avait reçu le message. Laszlo comme les autres. Une affection déraisonnable le submergea. Il jouerait son rôle serait comme à l'habitude le bouclier, qui dévie les mensonges hâtivement construits, qui pare la vérité, où ce que les hommes nomment ainsi. Et il pouvait commencer dès maintenant en quelques actions très concrètes. Entre autres veiller sur le veilleur. De par sa position, Jonas parlerait sans doute beaucoup. Trop. Et là résidait sans doute le fil sur lequel un inquisiteur zélé pourrait tirer pour en apprendre plus sur les fameux disciples du Père Marcus. Prudence donc.

Il se contenta donc d'hocher la tête aux recommendations de Jonas et embrassa d'un coup d'oeil le matériel rassemblé dans la cariole. Deux ou trois gestes permirent de donner à cellle-ci une apparence bien plus humble. Les quignon de saucisson épars disparurent, certains ouvrages - morale chrétienne entre parenthèse - furent promptement escamotés. Le décor était à peu près propre.
La cariole ralentit peu à peu. Laszlo prit quelques brèves inspirations. Il lui fallait faire abstraction de ce que sa rencontre avec Matthäus lui avait appris. Cet accident ne pourrait que nuire à leur image de marque si on l'apprennait. Plus tard, ce levier pourrait se révéler intéressant. Plus tard.
Jonas se préparait à sortir. Au dernier instant réflexe d'un corps, la main de Laszlo s'étendit et vint frapper le dos de l'exorciste. Nous sommes tous dans ce rôle, ne t'inquiète pas. Le jeune homme attendit ensuite quelques instants avant de s'extirper lui-même de la voiture. Mieux valait éviter de mettre le public sur la défensive en débarquant tels les athéniens sur Troie. Aussi compta-t-il jusqu'à vingt avant de poser pied à terre.

Ce petit délai avait suffit pour mettre en place les grandes lignes de force. Les pupilles monochromes de Laszlo se posèrent tout d'abord sur le couple qui, de toute évidence formait le comité d'accueil officiel. Un duo détonnant, à plus d'un titre. Quelques années auparavant, le garçon avait feuilleté un ouvrage profane consacré aux principes d'une philosophie asiatique quelconque. Le symbole du yin et du yang l'avait beaucoup impressionné du fait de sa simplicité et de sa douloureuse évidence. La complémentarité était une nécessité. Ce couple, en violents contrastes noirs et blancs sous son regard, lui semblait une vivante illustration de ce propos. Rien d'étonnant. Dans ce genre d'endroit, la haute noblesse devait affirmer son statut plus encore que dans les vastes cités. Personne ne pouvait vraiment les soutenir.
A l'instar de ses compagnons, il effectua un profond salut puis releva vivement la tête pour les observer.

C'est à cet instant qu'il saisit l'ampleur des enjeux du moment.

Jonas comme le Vicomte se demandaient qui de leurs deux groupes serait ou la proie, ou le chasseur. Vite ; si vite. D'où venait cette agressivité habilement dissimulée, d'où venait cette - il n'y avait pas d'autre mot - peur de l'autre ? Bien entendu, c'était là le pain quotidien de leur travail. Savoir qui imposerait sa vision de la vérité. Mais il y avait cette fois quelque chose de nettement plus violent. Qui en était responsable ?

Sûrement pas de celui qui se présenta comme le dirigeant des inquisiteurs. Laszlo ressentit immédiatement une bouffée d'affection pour lui. Paradoxale. Mais, au moins, cet Institoris ne faisait aucun effort pour cacher sa nature de prédateur. Nulle méfiance dans son regard et ses gestes, juste une hostilité froide et justifiée. Jonas avait tort de le provoquer comme il savait si bien le faire. Les méthodes de l'Inquisition, pour aussi brutales qu'elles soient, étaient parentes dès leur. Dans les deux cas, il s'agissait de faire sortir le surnaturel de sa tanière : l'esprit de l'homme. Aussi Laszlo se sentit-il obligé de prendre la parole afin de modérer les mots de son confrère.


"Mon frère c'est un honneur que de pouvoir, avec votre aide, venir en aide à ceux qui souffrent. Puisse notre but commun être couronné de succès. Je ne doute pas que notre collaboration sera enrichissante. Et puisse cette soirée permettre aux frères de devenir compagnons dans l'adversité."

Détournant le regard, il remarqua que deux silhouettes féminines venaient de faire leur apparition. Un sourire joua à la commissure de ses lèvres. Ces deux jeunes femmes s'étaient placées aux exacts points de fuite du tableau formé par le Vicomte, sa femme et l'Inquisiteur. Geste conscient ou pas, le fait restait que le regard et la lumière passaient obligatoirement par elles. Surprenant, de la part de nobles de provinces... La veuve du Comte ayant déjà été saluée par Jonas, Laszlo se tourna vers l'inconnue, tant par politesse que par réflexe. Ne pas laisser d'interstice, tant que le doute planait.

"Madame. Le voyage fut, comme l'a signalé mon collègue, bien éprouvant. Mais l'arrivée n'en n'est que plus agréable. Les doutes et les dangers ne doivent point entacher la joie à se voir si bien accueillis. Nous avons eu la chance de nous arrêter quelques minutes dans le village. Tout à fait surprenant. Tout comme votre nom, d'ailleurs. J'ai compulsé un ouvrage traitant de la Grèce ancienne, récemment. Une princesse fort sagace du nom d'Europe y était mentionnée..."

L'exorciste s'interrompit. Nul n'était besoin d'aller plus loin. Il n'y avait dans ce discours ni moquerie ni agressivité. Une simple remarque. Nous vous avons vu. Et nous ne vous oublierons pas, que ce soit en bien ou en mal.

Le fil de cette tapisserie vivante était incroyablement complexe et entortillé. Jonas, Laszlo le comprenait parfaitement, s'extasiait devant les dangers à venir. Des dangers qui avaient une forme bien précise : Forbach était une drosera.
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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait - I/II   Mer 22 Avr 2009 - 0:54

Par le passé, jamais un voyage n'avait été aussi tendu, Piotre pouvait l'affirmer. Sans que personne ne puisse déterminer ce qui en était à l'origine, un malaise s'installait. Évidemment, il en fallait plus pour démoraliser l'équipe de gais lurons qui avançait en direction de Forbach, mais les compères avaient connu des traversées plus paisibles. A vrai dire, les rumeurs en provenance du village lorrain étaient des plus lugubres, et prouvaient à elles seules qu'un mal sévissait. C'était aux Exorcistes d'en trouver la cause, et de l'éradiquer. Dans le fond, ils étaient payés pour ça, non ? Mais si l'existence d'une étrange légende avait mené à des morts en Forbach, il faudrait tout de même rester vigilant. Du moins, c'est ce que Pïotre essayait de se dire, sans réellement s'en convaincre. Il restait en fait plutôt serein, sachant que la force de l'union des passagers de la diligence était une arme qui n'avait pour l'instant jamais faillie.

Inlassablement, Piotre se répétait mentalement la situation. C'était un moyen d'être sur de cerner le contexte, et de pouvoir jouer de son rôle.
Donc, en résumant, cela donnait : Forbach, chouette petit village, était le refuge de sorcières mêlées à la population. L'Eglise avait naturellement ordonné à ce qu'on les chasse, et c'est pour cela qu'un groupuscule d'ecclésiastiques avaient rejoint l'Inquisition, une organisation sévère ne lésinant pas sur les moyens. Les deux camps étaient entrés dans une profonde bataille, mais l'anonymat des sorcières avait permis à celles-ci d'affaiblir une Eglise pourtant toujours fière et prête à riposter. Bon, d'autres petits éléments venaient agrémenter le tout, comme la prétendue action d'esprits au sein du village. Tout cela donnait un tableau sympa, et les Exorcistes seraient le peintre qui se chargerait de le signer. Plus que jamais, les talents de chacun allaient être mis à contribution, et l'intransigeance envers soi-même était de rigueur.

Heureusement, il y avait Jonas. Le leader charismatique, plus doué qu'un parangon pour remotiver ses troupes, plus impliqué d'un acteur de théâtre dans son rôle, et plus investi dans la réussite de son équipe qu'un général. Jonas, c'était celui qui réussissait à concilier le caractère de ses compagnons, celui qui, naturellement, poussait le groupe vers le haut. Celui sans qui les masques seraient déjà tombés, et la supercherie largement condamnée. Mais il était là, ce chef de file talentueux que le Vatican avait choisi pour sauver Forbach.
Cependant, lorsqu'il fit arrêter le véhicule de fortune, Jonas le fit en premier lieu pour sauver les disciples de Marcus. Plus que tout autre, il avait du ressentir cette pression et s'était brillamment chargé de l'évacuer. S'il eut été un poil plus sensible, Piotre aurait d'ailleurs volontiers versé une larmichette en l'honneur de cet homme qui savait trouver les bons mots, au bon moment. Et même si tous savaient lire à travers le jeu de Jonas, il n'était pas possible en cet instant de le discréditer : il avait visé juste.

Les conversations furent timides jusqu'à Forbach, et lorsque la diligence s'enfonça dans le village, marquant le début d'une fabuleuse épopée, chacun se fit muet en observant les lieux. L'endroit était charmant, mais le brouillard encore présent lui donnait cette dimension qui semblait pouvoir tout justifier, de la venue des Exorcistes aux pendus dans la forêt.
Puis vint le mastodonte de pierre, résidence du couple Hausbauer : le chateau de Frauenberg. Impressionnant, ce témoin de la suprématie d'une famille faisait paraitre bien petit celui qui se tenait face à sa porte.

Les derniers détails furent réglés, les Exorcistes tâchant de paraitre bien pauvres et pieux. Quelques ouvrages furent cachés, et des objets de bel ouvrage furent remplacés par de miséricordieuses pacotilles. Chacun savait comment il allait aborder cette rencontre, et en bon meneur, Jonas fut le premier à descendre. Quelques paroles furent échangés, et après plusieurs secondes qui parurent interminables, Laszlo prit la suite de son maitre. Jonas et Laszlo, ou le roi et le diplomate, l'ardeur et la raison, l'âme et le corps. C'était un bien beau duo, et à n'en pas douter, Laszlo profiterait de son esprit pour protéger en cette soirée les propos trop vifs de ses frères.

Bien, Piotre allait maintenant entrer en scène. Il prit sa mine la plus sombre, saisit un chapelet usé qu'il enfila entre ses gros doigts, releva sa capuche et ferma sa cape avant de descendre. Son visage était sombre, et il examina discrètement ceux qui venaient de faire la connaissance de Jonas et Laszlo. Les Hasbauer avaient une bonne dose de fausse courtoisie à revendre, le leader de l'Inquisition qui semblait aussi joyeux que la famille qui l'avait invité, et deux jolies demoiselles dont la beauté se distinguait de différentes manières : l'une transpirait la lassitude, et le regard de l'autre tentait de rassasier sa curiosité. Le diner promettait d'être ... festif ?
Pensant qu'il était tout à fait inutile d'ouvrir la bouche, Piotre se contenta donc de se mettre légèrement en retrait du groupe, la tête inclinée. Il ne prit pas la peine d'adresser à quiconque une belle révérence, et tandis que Laszlo commençait à corriger les fautes de son chef d'orchestre, les derniers sortirent de la diligence.
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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait - I/II   Ven 24 Avr 2009 - 19:55

Le voyage sembla durer une éternité. Non pas qu'il n'était pas habitué aux longues routes, mais celle-ci lui sembla ne jamais avoir de fin. Un peu comme le condamné qui va vers le lieu de sa sentence, il y avait une impression étrange, un peu comme si tout le monde attendait de voir le moment fatidique où les exorcistes allaient être tués pour être des charlatans.

C'est les membres engourdis que Kerwan sortit de son sommeil, un peu trop secoué par les aléas de la route. Il papillonna une demi-seconde avant de refermer les paupières, espérant peut-être que le voyage continuerait suffisamment pour que les gens de Forbach ne les attendent plus, ou que le pape les oublie. Non, Kerwan ne voulait pas arriver, et encore moins rester cloîtré dans un petit village. Kerwan voulait continuer à penser au jour le jour, et non pas au fait que le pape les attendait à la première erreur. Mais il fallait se rendre à l'évidence : le voyage se terminerait bientôt. Déjà, l'odeur avait changée, ça n'était pas la même que celle qu'il avait respiré à son départ. Soupirant, l'homme chercha à s'étirer tant bien que mal dans cet espace minuscule, les yeux toujours fermés. Il bailla, ouvrant largement sa bouche sans tenir compte de ce que pourrait penser ses compagnons d'un tel comportement. Après tout, ils devaient être habitués maintenant, non ?

Enfin, les yeux s'ouvrirent. D'abord plissés, le temps qu'ils s'accommodent de la luminosité, puis suffisamment pour jeter un regard curieux à l'endroit où ils se trouvaient. Un nouveau soupir, et puis un coup d'œil à ses compagnons qui n'avaient pas l'air plus réjouis que lui de se trouver ici. A priori, tout le monde semblait se mettre plus ou moins dans son rôle. Comme à son habitude, Kerwan n'avait pas l'intention de préparer quoi que ce soit, mais improviser. A priori, il était passer maître dans cet art, autant le jouer a fond. Au pire, si la situation dégénérait trop, il trouverait bien le moyen de sauver sa peau, et ses camarades en feraient sûrement autant.

C'est au moment où il esquissait un sourire, pensant aux avis de recherche lancé par l'Eglise pour trouver un moine désertant que Jonas rentra complètement dans son personnage. D'abord inquiet par son ton solennel, Kerwan écouta attentivement... avant de se rendre compte de ce qui se passait, de réprimer un nouveau sourire, et puis de fermer à nouveau ses yeux. Prier pour que cela se passe bien aurait été d'une hypocrisie tellement flagrante que sûrement aucun d'entre eux n'y aurait même songé. Kerwan, si. L'espace d'un instant. Et s'il avait vraiment cru à ce Dieu, hypocrisie ou pas, il l'aurait fait. Mais il ne savait pas où se positionner sur la question. Un comble pour un homme d'Eglise, n'est-il pas ?

Finalement, c'est avec un mélange de soulagement et d'inquiétude que la diligence s'arrêta devant le majestueux château de Frauenberg. Le vicomte lui-même les attendait. Leur visite en était encore moins anodine. Kerwan vit leur charismatique descendre calmement, et il décida de le suivre juste après Piotre, heureux de se dégourdir enfin les jambes. L'homme afficha une mine inquiète lorsqu'il se mit à observer les alentours. Ce faciès appartenait entièrement au personnage de l'exorciste. Kerwan était rarement inquiet pour ce qui se passait dans sa vie, jusqu'à ce que le groupe d'exorciste reçoive une mission papale, du moins, dans cette ville où, paraîtrait-il, régnait en maître l'Inquisition.

Après quelques coups d'œil sur les lieux, l'homme s'approcha du petit groupe en train de se former. Jonas n'avait même pas eu le temps de les présenter, et ça n'était pas Kerwan qui allait le faire, loin de là. De toute façon il aurait sûrement était mal vu que ce ne soit pas le représentant de leur équipe qui fasse les présentations. Et puis, disons le franchement, ce n'est pas parce qu'il s'autorisait des petits regards contemplatif sur les femmes qu'il rencontrait en ces lieux qu'il avait l'intention de parler pendant ce diner. Au maximum de sa forme, il effectua de petits mouvements de tête respectueux à ses hôtes. Les mondanités n'étaient pas pour lui, ça n'était pas ce soir qu'il avait l'intention de se montrer prolixe. Non, Kerwan se contenterait de rester un peu en retrait, même des discussions, histoire de jauger la situation. Ça aussi, ça faisait partie du personnage...
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MessageSujet: Re: Un dîner presque parfait - I/II   Mer 3 Juin 2009 - 15:05

Nathan n’aimait pas ça. Il avait l’impression de se jeter dans la gueule du loup. Soyons clair, le Vatican les avait mandatés pour chasser le mal de Forbach. Le Vatican ! Imaginez un peu leur surprise à eux tous. C’était bien la dernière chose à laquelle ils s’attendaient. Ce qui était à l’origine une mascarade, devint une mission sacrée. Et ils ne devaient pas échouer, c’était certain. Surtout que l’Inquisition était déjà sur place, sans doute prête à les dénoncer au moindre faux pas. Cela n’augurait vraiment rien de bon. Ils allaient devoir être prudents, très prudents même.

L’exorciste délaissa la vision qui s’offrait à lui par la fenêtre du carrosse pour se masser le genou. Il le lançait un peu, mais la douleur était largement supportable. Il avait connu pire. Il jeta un coup d’œil à ses compagnons dans la diligence, chacun appréhendant l’arrivée à sa manière. Jonas, leur si charismatique chef, fit arrêter le carrosse pour donner ses instructions. Mieux valait prévenir que guérir. Surtout que leur tête à tous risquait de tomber s’ils se plantaient. Quoi qu’il en soit, chacun savait le rôle qu’il avait à remplir. Nathan hocha la tête aux dires de Jonas, sans ajouter quoi que soit. Le sort en était jeté.

La diligence reprit son chemin en direction du château de Frauenberg. Après plusieurs bonnes minutes, les exorcistes arrivèrent au château où ils furent accueillis par le vicomte, sa femme, le chef de l’Inquisition, la veuve du comte… tout un panel de personnalités importantes qui attendaient leur venue. Mais ne l’appréciaient pas forcément. Leur présence dérangeait, c’était certain. Et Jonas en joua, sous-entendant que l’Inquisition était tellement incompétente qu’ils avaient fait appel aux Disciples de frère Marcus.

Nathan examina leurs hôtes sans un mot, préférant de loin rester en retrait. L’ombre était l’endroit où il se sentait le mieux. Il attirait déjà suffisamment l’attention avec sa canne. Toutefois il ne se gênerait pas pour donner son avis sur telle ou telle chose, mais préférait de loin laisser Jonas prendre en main la situation. Il était de loin le plus doué en ce qui concernait ce genre de choses.

L’exorciste examina finalement les lieux, arquant un sourcil en voyant la somptuosité de leur lieu de résidence. Ils avaient rarement été aussi bien logés. Espérons seulement que les murs n’aient pas d’oreilles. Mieux valait conserver son rôle jusque dans l’intimité, on ne savait jamais. Prudence est mère de sûreté après tout. Et ici, la moindre erreur leur coûtera cher. Cette mission sera de loin la plus difficile, mais aussi la plus palpitante qui soit. S’ils en sortent vainqueurs… la gloire les attendra. Partout où ils iront, on ne pourra plus douter d’eux. Reste à remporter cette bataille contre le mal.

Mais Nathan avait confiance. Ils ne peuvent échouer. Ils ne doivent pas échouer…

Spoiler:
 

[Suite du sujet : "Un dîner presque parfait II/II" : ici]
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Un dîner presque parfait - I/II

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