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 Oh Belle Dame... Que ta volonté s'accomplisse II/II

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MessageSujet: Oh Belle Dame... Que ta volonté s'accomplisse II/II   Lun 26 Oct 2009 - 0:57

[Précédent : Le Grand Salon - Au Clair de la Lune]

Les Couloirs. Ces passages qui mènent d'un lieu à un autre, ces intermédiaires où les routes de tous se croisent sans cesse, parfois à des centaines de reprises, chaque jour, chaque nuit, et parfois, une seule et unique fois. Une seule et unique fois, après quoi, la chance ne se présentera jamais plus. Avoir le réflexe de la saisir ou regretter à jamais.

Des les couloirs du Château de Frauenberg, il n'y avait pas énormément de chances à saisir pour Louis Institoris. Les nobles étaient quasiment tous les mêmes, inlassablement colporteurs de ragots et dénués de profondeur. Et d'eux, il n'y avait pas grand chose à récupérer. Malheureusement, leurs routes se croisaient constamment. Il n'en avait pas le choix puisqu'ils traversaient chaque jour les mêmes couloirs. Louis s'était finalement habitué à supporter leur présence, simplement en l'oubliant. Il ne saluait aucun d'eux, et peu des leurs le saluaient. Certains se taisaient en le voyant passer, parce qu'ils étaient justement en train de raconter que l'Inquisiteur était plus poli avec les servants qu'avec eux. Ce n'était pas faux. Peu lui importait. Il était là, il n'était pas menacé de devoir s'en aller, alors ce qu'eux pensaient de lui et pouvaient dire à son sujet, il s'en moquait. Il n'allait pas cracher sur la place qu'on lui offrait ici, non pas en parlant des contacts sociaux que le Château lui accordait, mais bel et bien au sens propre du terme : les appartements forts confortables qu'on lui proposait n'étaient pas de refus. Surtout ces temps-ci. Autant il ne supportait que d'être dans ce « chez lui » où aucun exorciste ou autre sorcier ne viendrait le perturber, autant cet enfermement l'épuisait, le forçant à voir dans le grand miroir disposé face à son lit l'homme qu'il était devenu, faible et incapable d'accomplir sa mission ici. Son orgueil en prenait un coup à chaque fois.

Si voir son amour propre diminuer quotidiennement était difficile, finalement, le plus dur était de voir maintenant les autres le remarquer. Ils n'avaient pas besoin de le dire, leurs yeux, leurs regards parlaient pour eux. Non pas que leur jugement avait une quelconque importance, mais plutôt que le fait qu'un autre puisse voir ce qu'il ressentait rendait tout cela bel et bien réel. Le miroir de sa chambre n'était que le reflet de lui-même, de ce que ses yeux voyaient, de ce que son esprit voyait. Leurs yeux à eux ne voyaient que la réalité. La chute libre dans laquelle il s'était lancé depuis l'Inquisitio, réussite officielle et probablement le plus gros échec de sa carrière toute entière en vérité - vérité que nul n'ignorait d'ailleurs - semblait sans fin. Lorsqu'il pensait avoir touché le fond alors que l'on tuait le Comte, il découvrait qu'il y avait plus profond, plus bas, lorsque des esprits malfaisants envahissaient Forbach. Il ne pouvait lutter contre cela. Contre plus rien, en fait. Il était tout aussi incapable de trouver un bijou perdu que d'arrêter les fantômes qui envahissaient la ville. Il sentait qu'il ne pouvait plus rien, et eux aussi le voyaient, c'était bien cela le pire. Maintenant que les Exorcistes étaient sensés avoir libéré l'Église de Zetting des habitants non-désirés qui la hantaient, l'échec de Louis Institoris et de sa Sainte Armée brillait bien plus fort dans leurs yeux à chaque fois qu'il traversait le couloir.

Ce jour là, il avait quitté la Salle à Manger rapidement pour s'en retourner dans sa chambre et ne pas avoir à subir ces regards devenus insupportables alors qu'il commençait à peine à se faire à la présence de tous ces voisins qu'il détestait du plus profond de son cœur. Une silhouette apparut au fond du couloir et l'Inquisiteur eut envie de presser le pas pour arriver dans sa chambre avant même d'avoir à la croiser. La fierté qui lui restait refusa et il continua au même rythme pour découvrir, rassuré, Joan Witham. Ils se croisèrent devant l'entrée de la chambre de Louis. Celui-ci la salua d'un regard et entra dans ses appartements pour éviter qu'elle tente à nouveau de le séduire sans aucun tact, provocatrice comme il n'avait jamais vu une si jeune servante, et une quelconque servante, quel que soit son âge d'ailleurs. Il n'aurait probablement pas été si indulgent avec elle si elle ne travaillait pas pour la famille du Vicomte qu'il respectait beaucoup.

Dans sa chambre, l'espace d'une seconde, Louis se sentit rassuré, rassuré que Joan n'ait pas décidé de tenter sa chance avec lui cette fois-ci, alors qu'ils se croisaient dans le couloir. Malheureusement, ce bonheur ne dura que peu de temps, puisqu'il entendit sa voix résonner derrière lui. C'était donc cette fois-ci dans sa chambre qu'elle allait tenter sa chance ? Pas vraiment. Pour la seconde fois depuis leur rencontre, Louis eût affaire à une Joan calme et sympathique, celle qu'il avait vue quand il avait découvert pour la première fois cette chevelure flamboyante dans les appartements d'Adrien d'Hasbauer et de sa famille. La même jeune fille, légèrement moins réservée aujourd'hui cependant. Poliment, et en gardant une distance correcte entre leurs deux corps, Joan remarqua la fatigue de Louis à voix haute et lui proposa une tisane reposante. Surpris, il accepta sans prendre le temps de réfléchir et Joan s'effaça, rejoignant le couloir en direction de la cuisine. Louis se retourna et se mit à avancer vers son lit tout en retirant le caban qu'il avait porté dans cette froide matinée d'été. Il le jeta sur le lit et observa un instant dans le miroir l'homme au pourpoint blanc et son air dévasté, puis, ressentant un léger dégoût, il détourna son regard qui tomba alors sur la porte de sa chambre, ouverte sur le couloir. Une autre silhouette connue de Louis passa dans le couloir, d'un pas pressé, et fut visible un instant de la chambre de l'Inquisiteur. Il lui fallut quelques secondes pour se rendre compte qu'il s'agissait bien d'Europe. Lorsqu'il rejoignit le couloir, elle avait déjà disparu...

Quelques temps étaient passées depuis l'arrivée des Exorcistes à Forbach et la tendresse qu'avaient partagé Louis et Europe dans le salon ce soir-là. Depuis, plus rien. Comme si le destin était contre eux, leurs routes ne s'étaient jamais croisées et tous deux semblaient n'avoir pas eu le courage d'aller frapper à la porte des appartements de l'autre. Enfin, leurs chemins se rapprochaient, mais les réflexes insuffisants de l'Inquisiteur l'avaient emmené dans un couloir vide, un passage où il n'y avait aucune opportunité à saisir, comme d'habitude.

Louis ferma la porte de sa chambre derrière lui et s'allongea sur le lit. Dans le silence, il repassa dans sa tête la grande mascarade de ces charlatans d'Exorcistes qui n'avaient pas hésité à mettre en morceaux une église pour faire croire à leur escroquerie. Il fallait trouver un moyen de se débarrasser d'eux et de rendre un peu de prestige à la Sainte Inquisition. Mais Louis n'arrivait plus vraiment à faire tout cela. Et, de toute façon, ce n'était visiblement pas le moment, puisque la porte de sa chambre venait soudainement de s'ouvrir dans une brutalité assez inhabituelle, laissant entrer Joan, apparemment pressée, mais surtout redevenue dure et sûre d'elle, accompagnée de son mélange revigorant. Louis tendit la main dans sa direction.

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MessageSujet: Re: Oh Belle Dame... Que ta volonté s'accomplisse II/II   Lun 26 Oct 2009 - 22:01

Heureusement, la porte de Louis Institoris n'était pas verrouillée et Gabrielle ne se demanda même pas si elle devait s'annoncer avant d'entrer, elle entra simplement, avant que Europe n'ai pu l'empêcher de faire quoi que ce soit.

Joan devait paraître un peu étrange devant l'inquisiteur. Elle entrait dans cette chambre avec bien peu d'élégance, elle qui venait de courir dans les couloirs pour semer Europe. Les mains bien crispées sur le gobelet, les joues toutes rosies et le souffle un peu court, elle respirait définitivement plus fort, sa poitrine s'abaissant et remontant au rythme de ses pulsations cardiaques accélérées. Louis Institoris était là, étendu dans son lit, il réclamait son breuvage de la main, sans même lever les yeux sur celle qui lui apportait. Définitivement, ce qu'il y avait entre Europe et l'inquisiteur était de l'amour réel. Il ne pouvait regarder une femme et admettre la trouver attirante tellement il l'avait dans la tête sa beauté violette. Si seulement il savait qui était sa dulcinée en réalité. Le chef des chasseurs de sorcières aurait-il la force d'incriminer Europe si il apprenait par inadvertance qu'elle était de ces êtres qu'il exècre au plus au point.

Est-ce que Gabrielle de Mortelune était mesquine au point de livrer une sorcière à l'ennemi? Probablement pas. L'esprit était en colère, mais sa colère était plutôt rivée sur l'être qui avait, de façon anticipée et sans aucun remords, mis fin à sa vie. Il était difficile pour Gabrielle de demeurer calme en présence de Louis, elle ne pouvait simplement pas supporter de penser à ce qu'il lui avait fait subir, mais elle ne pouvait s'empêcher de le faire. Elle souffrait en permenance. Sa mort n'avait pas été délivrance. Gabrielle voulait qu'il subisse le même sort, sauf que lui, il ne serait jamais en paix car il ne pourraient jamais se venger d'elle. Avec toutes les âmes qu'il avait arraché à leur réalité terrestre, il ne pourrait jamais trouver le paradis que sa religion lui promettait. Étrange religion qui avait volé ses traditions aux anciens rites dits païens pour ensuite transformer leur dieu cornu en démon. Étrange croyance que de croire que le meurtre soit châtié par la promesse de l'enfer, mais que l'exécution soit bénie par les hautes instances chrétiennes. C'était bien la preuve que le paradis et l'enfer n'étaient que des inventions pour tenir le peuple à sa main. Gabrielle en savait quelque chose, le seul enfer venant après la mort était celui créé par les hommes sur terre. L'enfer de Gabrielle achevait.

La belle dame entre les mains, elle arbora un large sourire, convaincue de l'achèvement de sa tâche. Mais Europe se pointait derrière elle, elle poussait dans la porte. Gabrielle sut qu'elle ne pourrait la retenir longtemps. Ainsi, elle se décolla de la porte pour remettre le breuvage entre les mains de Louis.


«Il faut boire vite Monsieur... L'effet calmant est plus efficace si vous le buvez vite.»
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MessageSujet: Re: Oh Belle Dame... Que ta volonté s'accomplisse II/II   Mer 28 Oct 2009 - 0:24

Europe courrait à perdre haleine.
Dans son esprit, les pensées se fracassaient, saccadés, incohérentes, rendues floues et piquetées de scories par les décharges d’adrénaline qui vrillaient son corps sporadiquement. Elle s’était lancée à la poursuite de Joan sans même réfléchir à rien d’autre, relevant les pans de sa longue robe cornaline, se propulsant à la force des jambes du maximum qu’elle le pouvait; bientôt, la sueur avait inondé son front, son visage, et dans ses yeux brillaient une lueur démente. L’expression « courir à cœur perdu » prenait ici tout son sens.


**Louis…**

Elle ne voulait pas qu’il meure. Pas comme ça, pas maintenant. Alors qu’elle commençait tout juste à percevoir dans son monde de ténèbres et de chaos, un rayon de lumière. Alors qu’elle commençait à peine à assumer clairement, au bout d’un long chemin difficile, son propre amour et sa propre maladresse. Sans avoir eu le temps de mesurer ce que tout cela pouvait impliquer, elle en était sûre maintenant: Joan était possédée. Europe devait empêcher la rouquine, ou du moins son enveloppe charnelle manipulée, de nuire à tout prix; et à ce moment là il n’y avait plus rien d’autre dans son cerveau que cette évidence, cette obsession qui ne laissait place à rien d’autre et la torturait presque comme un supplice physique.

**Louis!**

Dans les couloirs, des domestiques, des laquais, des nobles, des courtisants la regardaient passer d’un air ahuri; il ne seyait guère à une lady de courir ainsi. Europe n’en avait cure. Elle ne les voyait même pas. En accélérant toujours plus, elle parvint dans l’aile du Château de Frauenberg qui abritait les Appartements; et il lui semblait sentir les traces olfactives de Joan, la terrible odeur de la belladone, son sillage de mort. Dans un ultime bond, elle fut en vue des Appartements de Louis et se rua sur la porte.
Le battant se referma au moment où elle allait pénétrer dans la pièce, bloqué par Joan. Avec un éclair de lucidité et de terreur, Europe avait eu le temps d’apercevoir Louis avec la tasse dans les mains. Des sanglots jaillirent à flot de ses yeux et elle hurla, bandant ses muscles pour peser de tout son poids contre la porte.

"LOUIS! Non! Ne bois pas ça! A MOI! A L’ASSASSIN! Louis!"

A l'autre bout du couloir, des têtes intriguées et curieuses commençaient déjà à apparaître. Au paroxysme des larmes, croyant qu’il était déjà trop tard, Europe se recula contre le mur d’en face, respira un bon coup et se projeta, épaule en avant. Elle mit toute sa force, tout son poids dans sa chute, et l’énergie cinétique fut cette fois suffisante pour ouvrir le battant d’un coup sec, propulsant Joan en avant. Dans son élan, la Prêtresse manqua s’étaler de tout son long; elle trébucha, se releva aussi vite et se rua sur Joan, aussi hors d’elle que désespérée, pour la pousser violemment sans ménagement contre le mur, et plaquer son frêle corps de toute jeune femme contre celui-ci.

"Laisse-le tranquille, démon!"

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MessageSujet: Re: Oh Belle Dame... Que ta volonté s'accomplisse II/II   Mer 28 Oct 2009 - 6:00

Mais il était trop tard. Europe avait déjà rattrapé Joan. On avait pu entendre celle-ci hurler derrière la porte. Malgré l'effort de Gabrielle pour garder la porte fermée, Europe fut trop forte. Elle parvint à dégager l'entrée d'un puissant coup d'épaule. Joan ne s'attendait pas à une telle force, elle fut violemment projetée sur le sol par devant. Elle eut à peine le temps de se protéger avec ses avant-bras. Sur le sol de pierre, ses manches aux niveau des coudes se déchirèrent et elle se fracassa les coudes sur le rugueux de la pierre. Ce que Joan ressenti, Gabrielle le senti également. La douleur était quelque chose qu'elle avait presque oublié, mais elle lui rapella la souffrance dans laquelle elle avait quitté ce monde. Les flammes l'avaient rongée jusqu'aux os, et en remarquant le sang qui tachait le sol, Joan qui était maintenant liée au psyché de Gabrielle versa quelques larmes. Mais bien peu de temps ne lui resta pour comprendre ce qui se passait qu'Europe se jeta sur Joan pour la malmener et la plaquer brutalement contre le mur en hurlant au démon. Europe l'avait découvert. Peut-être était-ce cela, finalement. Une âme aussi blessée et rongée par la vengeance et la colère comme celle de Gabrielle de Mortelune ne pouvait-elle que donner naissance à un démon? Oubliant totalement son identité terrestre. Un jour viendrait où, peut-être, elle oublierait qui elle avait été.

Joan se trouvait maintenant en position de faiblesse et Europe avait perdu ses repères. Par instinct de survie, l'esprit fut poussé vers le corps en position d'autorité le plus près : Europe. Il ne nécéssitait aucun contact physique pour changer de corps, mais il aidait à ce que le processus soit plus rapide. Ainsi ce fut instantanné. Une seconde, Joan était emprisonnée dans son corps, une seconde plus tard, elle était libre... Cela y était, Gabrielle l'avait laissée.

Joan pouvait enfin être libre de ses gestes, tout ce qui semblait si simple pour le commun des mortels lui était maintenant accessible. Chacun de ses actes était volontaire, plus rien ne la retenait. Et ce fut comme si elle se retenait de respirer depuis plusieurs semaines. Elle respirait maintenant à grandes inspirations, elle savourait chaque bouffée d'air comme si Gabrielle les lui avait volées pendant tout ce temps. Joan était toujours appuyée contre le mur de pierre, elle réalisait à peine ce qui se passait, elle avait oublié où elle se trouvait, ce que Gabrielle lui avait fait faire, elle avait oublié Europe et leurs altercations... et Louis. Pendant ces secondes, la rouquine savoura le plaisir d'être seule dans son corps, comme si elle venait de se réveiller d'un long cauchemar. Tout était flou autour d'elle, tout bougeait trop lentement. Les paroles sans intérêt volant dans la pièce n'étaient que de longs échos étouffés qui parvenaient à peine ses oreilles. Malgré le chaos dans lequel Joan semblait se trouver, elle ne voulait pas en émerger. Peut-être parce qu'au fond d'elle-même, elle savait qu'au dehors de cette bulle, tout sauf étanche, se trouvaient les conséquences des dernières semaines. Joan commençait tranquillement à revenir à elle et à se souvenir des événements qui l'avait amenée là, dans la chambre de Louis Institoris. Jamais Joan n'aurait souhaité la mort de qui que ce soit, mais l'esprit de Gabrielle avait été trop fort, et quoi que la jeune apprentie avait pu faire, Gabrielle n'avait que resseré sa poigne, rendant Joan totalement irresponsable de ses gestes. Mais maintenant Gabrielle était partie... non?!

Les sons redevenants de plus en plus clairs et les formes de plus en plus définies, Joan aperçut enfin le visage d'Europe devant elle. Elle semblait étrange... C'était bien Europe, mais ce n'était pas elle. Sans doute, le fait d'avoir été possédée tout ce temps aidant, Joan ne mit que quelques secondes à réaliser que Gabrielle était toujours présente. Faible et éprouvée Joan leva le bras comme pour tenter de saisir le visage d'Europe. Mais son bras lui semblait si lourd. D'une voix chevrotante Joan s'exprima :


«...Gabri...elle... non...»

D'un coup, toute la fatigue accumulée d'avoir lutté contre l'entité qui l'avait habitée frappa Joan en pleine tête. Une douleur lancinante dans ses tampes l'aveugla complètement. Incapable de se redresser, Joan glissa le long du mur, tombant, sa conscience éclipsée, sa connaissance évanouie. Qu'on ne puisse espérer pour elle qu'un long voyage dans l'inconscient pour la soustraire à ce qui viendrait ensuite.
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MessageSujet: Re: Oh Belle Dame... Que ta volonté s'accomplisse II/II   Mer 28 Oct 2009 - 20:08

Plaquant Joan de toutes ses forces contre le mur, les larmes coulant à flot de ses yeux rougis et brouillant sa vision, Europe n’éprouvait plus qu’un sentiment: le soulagement. Elle était arrivée à temps! Elle avait empêché ce meurtre! Louis était bel et bien vivant, ne comprenait sûrement rien à ce qu’il lui arrivait, mais au moins il n’avait pas quitté ce monde. Et le voir bouger, écarquiller les yeux, regarder tout autour de lui, rendait la vie plus merveilleuse que jamais auparavant. Si elle s’était écoutée, la Prêtresse aurait hurlé sa gratitude à la face du ciel.
Mais voilà.
En même temps qu’elle ouvrait la bouche pour exprimer son soulagement, il se produisit un phénomène qu’elle aurait été bien incapable d’expliquer correctement avec des mots.

C’était comme si son âme entière avait tout d’un coup été mise à nue. Comme si on lui avait arraché ses vêtements, dévoilant sans pudeur et considération ce qu’il y avait de plus intime en elle, ses secrets les plus personnels. Elle se sentit découverte, observée, vulnérable. Son esprit pouvait être passé au crible à loisir, elle ne pouvait plus rien cacher; tout simplement parce que le souffle éthéré qui pénétrait en ce moment même par les pores de sa peau, par sa bouche entrouverte, ses narines, comme une fumée délétère, tout simplement parce que ce déplacement d’air léger et cristallin n’était rien d’autre que les mânes de Gabrielle de Mortelune, Sorcière du Lys Noir, qui se choisissait en sa personne un nouvel hôte pour évoluer dans ce monde…
Europe tenta de se débattre mentalement. C’était comme un viol, une invasion, une irruption intempestive dans un jardin secret et intime; les êtres humains de cette planète ne sont pas concçus pour accueillir dans leur enveloppe charnelle deux esprits, et cette pénétration contre-nature révulsait la Prêtresse qui, horrifiée, sentait impuissante la Sorcière du Lys Noir s’installer dans son corps, dans sa tête. A cet instant, elle mesura toute l’horreur de la magie destructrice, d’une force inimaginable, qu’Alicia et ses consœurs avaient lâché sur le monde.

Europe ne se rendait même pas compte qu’elle lâchait Joan. Le monde lui apparaissait maintenant comme derrière un voile, le filtre de la vision de Gabrielle. Et tout avait des contours plus rouges, plus acérés, comme une vision de rapace en colère. La Prêtresse sentit tous les restes de bons sentiments qu’elle avait pu encore posséder glisser définitivement en elle-même; et à fleur de peau, à la surface de l’esprit, il ne resta plus que la haine de l’âme parasite, la rancœur de Gabrielle, sa volonté mesquine et cruellement raffinée plus puissante que jamais.


Vengeance…

Si tout était rouge, Louis, en revanche, aurait été carrément écarlate; toutes les pensées de Gabrielle étaient entièrement focalisées sur cet homme qui brillait d’une lumière vermillon et sanglante, traçant des traînées incarnat dans l’air tendu. Une bouffée de colère fit torde les beaux traits d’Europe en une expression haineuse. Les exigences de Gabrielle s’imprimaient au fer rouge dans son esprit, lui vrillant la tête d’un commencement de migraine. L’enfer qu’elle avait connu avec Elena recommençait. Cette sensation de décorporation; elle ne maîtrisait plus son corps, elle ne maîtrisait plus son esprit, elle ne maîtrisait plus rien. Il n’y avait qu’une seule et unique pensée, une priorité obsessionnelle qui défilait en litanie douloureuse dans son cerveau.

Vengeance…

Non. Europe refusait. Refusait que les choses se passent ainsi. Elle devait se battre, résister. Même si elle devait en mourir, elle n’avait pas le droit d’abandonner. Enfin, elle n’avait pas sauvé Louis des griffes de Joan pour le tuer de ses propres mains après!
Non? Gabrielle était incrédule, étonnée que cette fille veuille tant lui résister. Avec un sourire, elle lui répéta les mêmes paroles qu’Europe avait déjà entendu, quelques minutes auparavant. Petite. Tu n’es pas de taille.
Non. Catégoriquement. Au prix d’un effort surhumain, Europe parvint à revenir à elle, et la brume rubescente qu’elle avait devant les yeux se dissipa un peu. L’esprit du Lys Noir était toujours là mais au moins, elle était libre de ses mouvements. Pour combien de temps encore? Elle n’en savait rien, aussi fallait-il qu’elle se dépêche.
Elle courut vers Louis, inquiète.

"Louis! Est-ce que vous allez bien? Mon Dieu, j’ai eu tellement peur…"

En vérité, même si le danger était passé dans l’immédiat, la Prêtresse avait encore peur. Elle était même terrifiée. Car au fond de son âme, Gabrielle souriait avec un air cruelle, dissimulée dans l’ombre, prête à sortir au bon moment comme un virus opportuniste. Et ses paroles résonnaient en échos successifs et effrayants.
Bientôt. Bientôt. Ce n’est qu’une question de temps, tu verras, Europe. Bientôt, tu ne seras plus en mesure de me résister.

Vengeance.



[Suivant = Face à face]

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Dernière édition par Europe le Dim 22 Nov 2009 - 21:02, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Oh Belle Dame... Que ta volonté s'accomplisse II/II   Ven 6 Nov 2009 - 22:28

À l'instant même où il avait attrapé le gobelet que Joan lui tendait, Louis était soudainement devenu spectateur de la scène qui se déroulait dans sa chambre. Immobile, incapable d'agir, ce qu'il vit se passer sous ses yeux fut probablement la chose la plus surprenante et inattendue qu'il n'ait eu à observer jusque là. Il n'eût même pas le temps de porter la tisane à ses lèvres que le spectacle avait déjà commencé.

Derrière Joan, visiblement pressée de voir Louis avaler sa mixture pour une raison parfaitement inconnue, des bruits sourds se firent entendre. La porte finit par s'ouvrir violemment dans un dernier bruit sourd, provoquant la chute de la jeune servante qui se trouvait tout près, et l'apparition d'un nouveau protagoniste. S'il ne put voir tout de suite le visage de celle qui venait de trébucher, il reconnut la robe d'Europe, passée quelques minutes auparavant dans le couloir. Louis se redressa instantanément, mais ne put dire un mot tant ce qui était en train d'arriver semblait surréaliste à son esprit. En face de lui, le mur sur lequel était posé le grand miroir. Contre ce mur, Joan tentait avec difficulté à voir son visage de se séparer d'Europe qui, dos à Louis, hurlait en la maintenant plaquée contre le mur de pierres. La rouquine ne se débattit pas très longtemps. À vrai dire, elle tomba en quelques secondes au sol après avoir glissé le long du mur. Dans le miroir, Louis aperçu la figure de celle qui se tenait encore debout. Contre toute attente, son visage n'était pas plein de rage ou de douleur, mais dévoilait, malgré les larmes qui coulait de ses yeux rouges, une expression de calme froid. Appertisent presque sereine, Europe n'en demeurait pas moins essoufflée. Le son répétitif de sa respiration envahit la pièce plongée dans le silence depuis que les cris de colère et de douleur s'étaient arrêtés. Ce bruit vint s'introduire dans les oreilles de Louis pour enfin le réveiller, lui refaire prendre le pas sur le choc provoqué par ce qui venait d'arriver dans sa chambre. Il secoua la tête, posa la boisson revigorante dont il n'avait pu avaler une seule goutte, et s'avança vers les deux corps.

Europe se retourna brusquement, avec un nouveau visage : elle était terrorisée. Louis ne lui répondit pas. Il se contenta de l'accueillir dans ses bras et de l'éteindre aussi fort qu'elle serrait ses bras autour de lui. Quelques larmes coulèrent sur son pourpoint, mais il n'y prêta aucune attention. À vrai dire, ce qui captivait son regard était le corps inerte de Joan. Lorsqu'Europe voulut bien se détacher un peu de lui, il se baissa vers la servante et approcha sa main de ses narines. Elle respirait encore, et régulièrement. Rassuré que l'innocence employée de la famille du Vicomte ne soit pas décédée dans ses appartements, agressée par l'une de ses amies, Louis, toujours accroupi, tourna un regard interrogateur vers Europe. Son calme brusquement retrouvé, celle-ci lui expliqua. L'Inquisiteur se redressa lentement et posa un regard diffréent, un regard de dégoût sur ce corps qu'il aurait finalement préféré trouver sans vie.

Joan avait décidé que si elle n'arrivait pas à avoir Louis pour elle, personne ne l'aurait.

Deux gardes d'un retard plus incompétent que jamais vinrent percer la foule de nobles et serviteurs qui s'était accumulée devant la porte de la chambre de Louis Institoris. Leur supérieur montra la sorcière d'un signe de tête méprisant :


"Emmenez-là."

Lorsque le démon quitta la pièce, porté sur les bras des soldats de Dieu, Louis jeta un coup d'oeil sur la foule au-dehors. De son deuxième bras, celui qui n'était pas autour de la taille d'Europe, il ferma la porte devant leurs yeux grands ouverts.

"Il vaut mieux que tu restes ici cette nuit."

[Suivant : Les Appartements de Louis Institoris - L'heure tant attendue]

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