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 L'heure tant attendue

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Fugitive
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MessageSujet: L'heure tant attendue   Lun 9 Nov 2009 - 21:28

[Précédent = Face à face]


Enfin.
Enfin, l’heure avait sonné.
Gabrielle jubilait. Europe se noyait dans un profond océan de désespoir. L’une comme l’autre, elles sentaient effleurer, à la lisière de leur esprit, le sentiment à la fois terrible et euphorisant de l’heure H toute proche, de l’événement tant attendu qui va s’accomplir, de celui qui sonnera le glas d’une ère nouvelle et enfin, la consécration. La réalisation d’un objectif, à la fois désiré et redouté mais surtout patiemment préparé dans l’ombre, avec patience et tempérance, frustration parfois, comme le plus raffiné des mets gastronomiques…

Ce soir, Louis Institoris allait mourir.
Et cette perspective mettait le fantôme de Gabrielle dans un état de transe allègre. Il s’en était fallu qu’il échappe à l’empoisonnement la dernière fois mais cette fois-ci, il n’y aura pas d’alternative possible. Heureuse, impatiente, elle ne cessait de sourire, et tout le monde prenait cette joie pour celle d’Europe Eléanora-Sun, la noble du Château de Frauenberg qui avait sauvé le dirigeant de l’Inquisition d’une mort certaine, et surtout la Prêtresse d’Olrun qui avait presque trahi les siens en fricotant avec Louis Institotris et laissant emprisonner avec un calme froid une de ses consœurs, Joan Witham…
Au fond, Gabrielle regrettait un peu que les choses se soient passées ainsi. La brave Joan avait été une marionnette assez docile, facile à manipuler, amusante à contempler mentalement dans ses états d’âme d’adolescente candide; elle l’avait bien servie. Dommage qu’il faille s’en débarrasser. Peut-être même qu’avec le temps, la Dame de Mortelune s’y serait attachée… Mais sur le coup, rien n’aurait pu la dissuader que tous les moyens étaient bons pour atteindre son objectif.

C’était le moment. Elle avait le contrôle total du corps. En tant que fantôme, elle avait encore toujours un peu de mal à se familiariser avec les mécanismes permettant de s’octroyer une enveloppe charnelle et d’en posséder les commandes. Cependant, le temps passant, elle se révélait de plus en plus douée. Et sa puissance avait été décuplée au moment où, après avoir vidé les réserves de Joan jusqu’à la dernière goûte, elle s’était choisie une nouvelle enveloppe charnelle encore pleine à ras-bords, qui avait tout à lui offrir.
Au fond d’elle-même, ou plutôt tout au fond de ce morceau de viande dont finalement, elle était assez pressée de se débarrasser vu le manque de coopération, elle sentait la conscience d’Europe Eléanora-Sun qui protestait, lui hurlait sans cesse de ne pas mettre son plan à exécution, la suppliait, l’injuriait, la menaçait, la soudoyait, bref, utilisait toutes les techniques possibles et imaginables pour l’inciter à laisser le seul véritable amour qu’elle aurait de son existence en vie. A ces différentes tentatives, Gabrielle réagissait soit avec indifférence, soit avec un grand amusement. Pauvre Europe. A la réflexion, c’était plutôt amusant. Cette fille n’était qu’une victime. Une Prêtresse de façade qui avait passé son temps à se lamenter sur son sort au lieu d’agir. Qui débitait des paroles creuses, prétendant aider les autres alors qu’elle était incapable de s’aider elle-même. Trahie par les membres de son propre clan, et les trahissant à son tour. Tombée amoureuse de la seule personne qu’il ne fallait pas.
Louis Institoris.
Non, très honnêtement, elle s’amusait beaucoup. La trame globale ressemblait au pire roman à l’eau de rose qu’elle ait jamais lu.

C’était la fin d’après-midi. Le soleil déclinait dans de magnifiques reflets sanguins et purpuracés, baignant le ciel d’un voile presque gore, qui semblait vibrer des pulsations meurtrières du cœur de Gabirelle. Un tableau parfait pour la circonstance. Depuis l’incident avec Joan, Gabrielle/Europe passait beaucoup plus de temps avec lui, et il était presque devenu coutumier qu’elle dorme dans son appartement. Là était toute l’ironie de la situation, et il lui arrivait d’éclater de rire toute seule quand elle y pensait: Europe, au sens charnel du terme, avait fini par consumer son amour avec l’Inquisiteur, comme elle le voulait… mais seul son corps y était parvenu. Son esprit y était resté étranger, et c’était Gabrielle qui avait profité de ces moments, pour pervertir un peu plus de l’intérieur l’homme qu’elle haïssait le plus au monde.
Louis était dans la pièce voisine. Il ne se méfiait plus du tout d’elle, et pour cause: dans l’absolu, elle lui avait sauvé la vie. Ainsi, il ne lui restait plus qu’à saisir le poignard ouvragé qu’elle avait caché sous ses jupes, tout contre sa cuisse, et de le planter dans le cœur de l’Inquisiteur. C’était presque trop facile, ça manquait de piment, de défis… Mais malgré tout, elle était heureuse de voir, enfin, son plus profond désir se réaliser.

Oui, ce soir, Louis Institoris allait mourir.
Comme il aurait déjà du le faire depuis longtemps déjà.
Dissimulant un sourire, Gabrielle/Europe se leva, et quitta la chambre pour se diriger vers le salon.

Forbach allait enfin être délivré de sa gangrène la plus virulente…

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Ces figures, ces êtres humains
absorbent pareillement la lumière cosmique, l'air ou l'eau salée -
et chacun réfléchit à une nouvelle ontologie
Mais ces dessins eux-mêmes, sont paysages de l'esprit...


Dernière édition par Europe le Sam 21 Nov 2009 - 18:55, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'heure tant attendue   Sam 21 Nov 2009 - 2:13

[Précédent : Les Appartements de Louis Institoris - Oh Belle Dame... Que ta volonté s'accomplisse II/II]

Solitude. C'est le mot qui permet de résumer au mieux la vie menée par Louis Institoris depuis un an. Une annnée de solitude.
Une vie de solitude.

D'abord, il y avait eu le découragement de ses soldats, face à la menace contre laquelle ils étaient censés lutter.
Lorsque Louis avait organisé la grande Messe de Cendres, Elles avaient compensé la disparition de leurs trois consœurs en assassinant trois Inquisiteurs. L'un de ces hommes était un envoyé mystérieux du Roi, un secret dont Louis lui-même ignorait l'existence. Dans les yeux des soldats de Dieu, les flammes des bûchers dont ils rêvaient pour elles n'en brillèrent que plus fort. Mais l'échec de l'Inquisitio, cette grande mission, la dernière qu'ils devaient mener contre elles à Forbach, cet échec les acheva clairement, d'un coup sec. Leur travail avait pourtant été réalisé à la perfection, avec la synchronisation indispensable à sa réussite. Mais cela n'avait pas suffit. Elles étaient bien plus malignes. Elles avaient démasqué cet envoyé secret du roi. Et si les pendus de Schwarzwald n'avaient pas suffit à avertir les hommes de Louis Institoris, il n'y avait aucun doute sur le fait qu'ils avaient tous compris après l'Inquisitio raté qu'elles étaient bien plus douées qu'ils ne l'avaient tous imaginé. Ce sentiment de découragement général ne fut jamais balayé. Certains laissaient des familles entières derrières eux, en France ou en Europe, pour travailler à Forbach, aux côtés du grand Louis Institoris, à peine fichu de leur donner du travail. Plus aucune directive majeure n'avait suivi après l'Échec - il faudrait l'appeler ainsi désormais. Les soldats de Dieu perdaient inlassablement leur motivation, sous le regard d'un Dirigeant incapable de les aider, de les guider, et, par-dessus tout, seul dans son erreur, puisqu'il était l'unique personne à l'origine de cette idée de la grande Perquisition du Comté.
Puis il y avait eu l'arrivée des Exorcistes à Forbach, qui n'avait fait qu'empirer la situation puisque, maintenant, ces idiots d'Inquisiteurs n'hésitaient pas à croire à leurs sottises sans réfléchir. Quelle mascarade ! Mais, après tout, Louis ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même. Eux, ces tricheurs, n'avaient pas allumé que de simples flammes dans les yeux des membres de l'Inquisition, ils les avaient illuminés d'un feu d'artifice : l'explosion de l'Église soit disant hantée de Zetting. Et, contre eux, Louis s'était à nouveau retrouvé seul. Ou presque.
Presque, car il y avait Europe de son côté. Les seuls instants de ces derniers mois lors desquels sa solitude s'était faîte plus légère, c'étaient ceux qu'il avait passés en sa compagnie. Ce soir-là, juste après leur arrivée, elle lui avait avoué qu'elle ne voyait pas leur venue d'un bon œil, et elle l'avait embrassé - ou c'était peut-être lui, peu importe -, comme pour certifier leur union face à ces charlatans, et face à tous les ennemis de Forbach. Depuis, tout avait changé. Louis n'avait plus été seul face à la destructrice tentative de séduction de Joan : Europe l'avait sauvé. Et Louis ne portait plus autant d'importance à ce qui se passait autour, ces derniers jours. Il avait laissé dire les rumeurs lorsqu'il traversait les couloirs. Non pas qu'il ne les aient pas entendues, puisque cette fois-ci, on n'hésitait plus à murmurer derrière son dos même en sa présence. Non, simplement, il n'y accordait plus aucune attention. Il n'était qu'à elle désormais, à leurs longues conversations le jour, et leurs nuits passionnées ensuite. Ils passaient le plus clair de leur temps à se découvrir dans les Appartements de l'Inquisiteur, puisqu'ils n'y avaient plus de limite, plus de gêne entre eux, que toutes les questions étaient permises et les mensonges prohibés. Lorsqu'ils sortaient pour les repas, ils ne se touchaient plus, ils maintenaient leurs corps à distance, pour ne pas apparaître officiellement devant les autres, mais ils le faisaient les yeux dans les yeux.

L'Inquisiteur semblait mort. Louis Institoris, lui, renaissait. Une nouvelle vie commençait.
Une vie à deux.

Chaque soir, il pensait à tout cela, passant l'eau sur son visage pour se nettoyer. Ensuite, il regardait dans le miroir face à lui tout en s'essuyant, et il la voyait, derrière lui, sur le lit. Sur sa table de chevet se trouvait un livre qu'elle n'avait pas ouvert depuis qu'elle couchait ici. Sur l'autre, son pistolet. Il ne s'en était plus servi depuis longtemps, mais il le portait constamment sur lui, par habitude, malgré son poids et le déposait là lorsqu'il retournait dans sa chambre, par précaution, pour pouvoir l'avoir près de lui dans l'urgence .

Ce soir, elle était encore plus belle, plus heureuse, plus souriante que ces derniers jours. Un sourire qu'elle avait longtemps caché et qu'elle lui avait dévoilé en même temps que le reste son intimité, pour leur plus grand bonheur. Il vint s'asseoir sur le lit, de son côté, car il n'en avait désormais qu'une moitié et elle la sienne, et il commença à déboutonner le col de son habit. Bien qu'elle fut dans son dos, il s'apprêta, impatient, à engager tout de suite la conversation qui les mènerait à un nouveau soir d'amour intense. Mais il ne le fit pas, parce qu'il avait senti un objet étrange sous sa cuisse en s'asseyant. Quelque chose de froid et de solide. Il attrapa très vite la chose en question et fut fort surpris de constater qu'il s'agissait d'un poignard. La lame était finement aiguisée, et il était chanceux de ne pas voir ses vêtements alors déchirés. Il la tourna et la retourna une fois ou deux dans ses grandes mains, sans comprendre, puis voulut questionner son amante à propos de la présence de cet objet dans leur lit.
En se retournant vers elle, Louis manqua de constater que son arme à feu avait disparu de sa table de nuit...

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MessageSujet: Re: L'heure tant attendue   Dim 22 Nov 2009 - 21:04

L’heure tant attendue. Le suprême accomplissement de l’ouvrage d’une femme dévorée par la rancœur et le désir de vengeance.
En un sens, même Gabrielle aurait pu finir consumée par ses propres ténèbres si elle n’avait pas eu la possibilité d’en partager la fardeau avec quelqu’un d’autre.
Et Europe croulait sous cet afflux de sentiments contradictoires, tentant malgré tout de se protéger avec sa seule véritable obsession, l’authentique cri de son âme depuis maintenant plusieurs mois. L’amour qu’elle éprouvait pour Louis.

Il était le seul homme, de sa vie entière, qu’elle avait aimé autant, et qu’elle avait aimé tout court. Sans doute aussi le seul qu’elle aimerait pour le restant de ses jours. Il n’y avait que lui. Mais ainsi que les grands artistes sont incompris, les couples fusionnels font toujours l’objet de la jalousie ou du ressentiment de tierces personnes, et leur relation ne finit par s’épanouir que dans une adversité plus persévérante encore que les protagonistes se découvrent ici et pour toujours, des âmes sœurs se cherchant depuis bien longtemps.

Le livre sur la table de chevet portait un titre, et un auteur. « Roméo et Juliette », de William Shakespeare, édition de 1600. Europe l’avait posé là quand elle avait commencé à s’installer chez Louis de manière de plus en plus permanente. A la première occasion, Gabrielle avait retourné le livre, ne laissant apparaître à la vue de tous qu’une quatrième de couverture vierge d’un noir d’encre.

L’heure tant attendue.

Gabrielle se leva dans la lumière sanglante du couchant, soulevant le frêle et élancé corps d’Europe recouvert d’un linge de mousseline, et pénétra dans la chambre à coucher.
Elle s’assit sur le lit avec une douceur et une légèreté emplies de tendresses, tandis que Louis se passait de l’eau sur le visage, observant ensuite son reflet dans le miroir. Il accomplissait le même rituel chaque soir, et chaque soir, elle le regardait se contempler lui-même, du fond de ses yeux profonds et brillants, ses prunelles d’Inquisiteur sans pitié qui avait donné la mort à tant de vie et qui renaissaient dans des étincelles de tendresse et des éclats d’un genre nouveau. Dans ces moments là, alors, un indicible amour l’envahissait, et Europe restait immobile à fixer son amant, attendant le bon vouloir de Gabrielle puisque de toute façon, celle-ci avait l’entier contrôle de son enveloppe charnelle.
Concentrée un maximum, toute son attention focalisée par les seuls mouvements de Louis, Gabrielle ne se rendit pas compte qu’elle perdait son poignard dans les soyeux plis des draps aux reflets chatoyants. L’Inquisiteur, ses ablutions terminées, vint la rejoindre et s’assit sur la couche, comme chaque soir.

Gabrielle observa son dos; bientôt, une auréole d’un rouge sombre et merveilleux comme la plus royale des roses, s’étalerait sur cette peau satinée, retirant peu à peu la vie à l’homme le plus redoutable de Forbach. Elle esquissa un sourire cruel et mit la main sous ses jupes, en quête de sa lame. En tâtonnant, elle s’aperçut que celle-ci n’y était plus, et vit comme dans un rêve Louis qui la trouvait sous sa cuisse, s’en saisissait et la manipulait de ces mains si singulières, expertes dans le maniement d’armes qui pouvaient si aisément détruire des vies autant que dispenser de formidables caresses… Gabrielle crut que toute sa tentative allait tomber à l’eau et qu’elle serait démasquée; son regard parcourut frénétiquement les alentours, et, cédant à une impulsion, elle se saisit de l’arme de service de Louis et la braqua sur le visage de l’Inquisiteur dans un cliquetis métallique, au moment précis où celui-ci se retournait.


C’est l’heure, Europe. Dis-lui au revoir.

Cette fois-ci, il n’y aurait aucun échappatoire, la Prêtresse d’Olrun le savait pertinemment. Elle avait pu stopper Joan, quand celle-ci était passée à l’action. Mais elle ne pourrait pas s’arrêter elle-même. Pas maintenant. Pas comme ça. Les yeux de Louis s’agrandirent, tandis qu’une expression de surprise passait sur son visage si tendre et si sombre.
Gabrielle esquissa un sourire triomphant.
Le temps sembla se figer autour de cette unique seconde, comme si chacun d’entre eux n’avait vécu que pour ce moment.
Jamais elle ne sut vraiment comment, mais à cet instant-là, Europe parla en même temps que Gabrielle, et les deux vois mêlées résonnèrent dans la pièce, terribles, décisives.
S’abattant comme un couperet.


"Je t’aime / Je te hais"

Un dernier adieu, un dernier hommage à une idylle qui malgré la consentance et l’amour mutuel ne pourrait plus jamais être.


Crève.

D’un coup sec, Gabrielle appuya sur la détente.

Au moment même, pourtant, où son doigt exerçait la pression décisive qui marquerait à jamais la mort de Louis; au moment où le canon allait s’embraser, ainsi que le ciel en cet instant, baigné dans la lumière sanglante et rougeoyante du soleil, un éclair lumineux jaillit de nulle part et de partout à la fois, irradiant tel un astre, baignant les deux amants comme dans une lumière divine. Dans un spasme, Gabrielle sentit l’emprise de ses doigts se déterrer sur le pistolet qui amorça sa chute en tourbillonnant. Ses yeux se fermèrent, et dans ce qui sembla un long laps de temps elle s’écroula sur le sol, inerte et inconsciente, ses longs cheveux purpurins éparpillés sur le parquet comme une rivière bouillonnante d’un sang surnaturel.











Certaines choses sont immuables. Louis. Ton existence suffit à m’éblouir de mille feux.
Je t’aime. C’est l’unique vérité.


[Suivant = Un vieux brigand dans le monde raffiné]

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MessageSujet: Re: L'heure tant attendue   Dim 22 Nov 2009 - 21:30

L’été mourrait comme chaque année. Il se signait en la promesse de retour qu’il tenait depuis l’aube des temps. Pourtant depuis des décennies la triste Forbach ne pouvait cueillir ses fruits qu’à l’ombre des nuages. Il était bien rare que les paysans et villageois s’enchantent à l’idée du cycle éternel des saisons. Ils avaient annuellement ce sentiment que la belle saison l’était pour les autres et qu’elle n’attendait pour eux que le bon moment pour s’en aller. Ils avaient une foi limitée en l’infini. Ils s’accordaient globalement à dire que Dieu existait là-haut certes. Mais le ciel, lui, ils n’avaient que rarement l’occasion de contempler la profondeur de son bleu. Peut-être était-ce là la raison qui faisait que Dieu les négligeait dans le bénissement de leurs destinées. Il ne pouvait probablement pas les voir derrière les nuages. Les forbachois s’étaient faits à cette absence de lumière, et leurs yeux s’étaient habitués à l’obscurité.

Pourtant… en cette soirée de septembre, à l’instant-même où le pauvre corps de la Prêtresse d’Olrun tombait au sol, le soleil, dans sa course céleste, s’apprêtant à passer la ligne de nuitée, passa dans l’embrasure entre la terre, étalant de longues ombres, et les nuages, exceptionnellement hauts en cette heure, délivrant une lumière puissante. Les pupilles de Forbach se rétractèrent, dévoilant un peu plus les couleurs presque oubliées de leurs iris embuées. Plusieurs villageois sortirent de leur maison pour observer plus directement une lumière qu’ils n’avaient plus vue depuis ce qui leur semblait être une éternité… Les fenêtres entrouvertes des appartements du chef de l’Inquisition orientées plein ouest laissèrent passer le brutal flot luminescent. Tout fut plongé dans la négation des ténèbres. Les objets et les corps, couchés comme debout, furent enveloppés de l’éblouissante clarté.

L’éclat passé, une lueur chaleureuse se répandit dans tout le comté. Dans la chambre la silhouette mince de la jeune Alexadrine, fille du couple D'Hasbauer, perdue depuis des mois, faisait face au grand corps de Louis Institoris. Elle se tenait droite et fière, le port de tête haut et le visage grave. Elle était dos aux fenêtres, plongeant la partie visible par Louis dans une ombre nuancée de dorures soulignant les traits fins de l’enfant. Un courant léger et frais s’engouffrait dans la pièce, animant ses cheveux fins reflétant davantage la lumière comme une auréole autour de son visage pâle. Elle semblait nimbée d’une aura surnaturelle et bouleversante. Sa main droite était encore tendue après avoir touché Europe qui formait le dernier barrage entre elle et Louis. Après quelques secondes de suspension oniriques, dans un geste gracieux, elle tendit sa main gauche fermée vers l’Inquisiteur. Puis, paume vers le ciel, elle décrispa délicatement ses doigts fins et diaphanes pour révéler, étincelant au creux de sa main, la tant recherchée broche d’Elisabeth d’Hasbauer.


« Au nom du Ciel, nous avons été envoyée parmi vous pour porter secours au peuple de Forbach. »

Sa voix était calme et son ton assuré. Elle ne parlait ni comme une adulte ni comme une noble, mais comme une sage. Ses yeux pétillaient. Elle était fragile et belle dans une robe bleu pâle déchirée et maculée de traces noirâtres. Elle paraissait avoir vécu une vie entière si ce n’est plus.
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