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 Sébastien Garin, alias Sarah Geisler

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MessageSujet: Sébastien Garin, alias Sarah Geisler   Dim 24 Jan 2010 - 3:50

[Mort pendant Exodus 12:29]





Vrai Nom : Sarah Geisler

Nom d'emprunt:Sébastien Garin

Surnom :

Âge :25 ans

Titre : Bras droit de Louis Institoris

Métier :Membre du clergé

Lieu de Résidence :Collégiale à Forbach

Relations particulières :

Un fils soi disant adoptif, mais dont elle est réellement la mère. Ce fils se nomme David Geisler, et il est au courant de la double identité de sa mère (comment ne pas être au courant ?) Actuellement, il a cinq ans.

Sentiments vis-à-vis des Sorcières :

Si elle est dans l’Inquisition ce n’est pas à l’origine pour jouer le rôle de Marteau des Sorcières. Cependant, elle doit tenir son rôle, et elle n’est plus du genre à faire dans la pitié et les crises de conscience.

Objectif éventuel de développement :

Assurer son rôle de bras droit XDD

Signe distinctif :

Pour tout le monde, Sébastien Garin est un homme : il parle comme un homme, agit comme un homme, mais c’est une femme : Sarah Geisler, obligée de se déguiser en homme pour pouvoir accomplir sa vengeance, à travers l’Inquisition

Elle porte soigneusement dans une poche une vieille bible écornée : c’est le seul souvenir qu’il lui reste de son fiancé, David Noistier. Elle chérit ce souvenir comme un trésor.

Description physique :

Sébastien Garin-Sarah Geisler est typiquement de sexe indeterminé : son visage est androgyne, et son corps l’est tout autant. Par androgyne, j’entends ceci : elle a des traits trop féminins pour être un homme et trop virils pour être une femme. Pour déterminer son sexe, en supposant que l’on ne connaît rien d’elle, on se fie à ses formes : elle n’a pas de courbes, ce qui la range dans la catégorie des hommes, mais elle est très fine, plus que n’importe quel homme. Ce qui la range dans la catégorie des femmes.

De plus pour ne rien arranger, elle fait excessivement attention à porter uniquement des vêtement larges, qui gomme tout signe distinctif.

Un point particulier : un regard triste en toute circonstance. Certes, elle a atteint ses objectifs mais à quel prix… Elle a dû renoncer à son identité.


Description psychologique :

Sarah Geisler souffre de sa vie actuelle. Plus le temps passe, plus jouer le personnage de Sébastien Garin devient lourd pour elle. En même temps, elle ne peut pas abandonner ce rôle : ce serait déjà signer son renvoi de l’inquisition, et ensuite, la voie directe vers le bûcher. Elle est bien placée pour savoir que l’Inquisition n’est pas tendre envers les femmes travesties. C’est pourquoi elle est triste en permanence. Son beau projet s’est refermé sur elle comme un piège. Alors, autant le vivre jusqu’à ce que mort s’en suive.

C’est une catholique convaincue, mais à des idées sur Dieu qui appartiennent au protestantisme, plus précisément au courant calviniste, dit « réformé ». Idées qu’elle a apprises au contact de son premier amour, David Noistier, avant qu’elle n’endosse la soutane de Sébastien Garin. Ces idées, elle les a nourries au contact d’une lecture régulière de la Bible. Elle possède d’ailleurs un exemplaire personnel des Ecritures. Elle possède donc une foi vivante et personnelle. Ceci est très important. Elle reste malgré tout loyale au pape, et à l’Inquisition. Donc elle est catholique.

Enfin, en tant que bras droit de Louis, elle a un caractère plutôt complémentaire à celui-ci : Elle est dotée d’une finesse d’esprit exceptionnelle, et d’une intuition tout à fait féminine. Elle est beaucoup plus ouverte au surnaturel que son chef, et voit toujours ce qu’il y a derrière le masque. En contrepartie, elle n’a pas autant de charisme que Louis Institoris, et ne tire son autorité que de sa position.


Autre(s) : (précisez)



Comment avez-vous entendu parler de The Witch Slay ?

C’est un copain nommé Gabriel Touchedieu qui m’en parlé, qui lui-même l’avait découvert via un partenariat sur la Cour des Miracles. Et oui, c’est encore un personnage de Balbuzard^^

Qu'est ce qui vous à le plus plu sur ce forum ?

Défi rp \o/ et puis ca booste pour faire des personnages exceptionnels, ou du moins à avoir l'intention de...

Disponibilité :

2h par jour si je glande totalement, mais c’est rarement le cas. Fiez vous à l’activité de Gabriel Touchedieu, elle est représentative du reste.


Dernière édition par Sébastien Garin le Jeu 6 Mai 2010 - 21:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Sébastien Garin, alias Sarah Geisler   Dim 24 Jan 2010 - 3:58

Citation :
Extrait d’état civil de l’église de St Vincent et St Fiacre

A Nancy, 11h 30, le 23 Septembre 1604

Antoine GEISLER, né le 14 mai 1578 à Nancy, Majeur, célibataire, Commercant de laine, s’est marié sous le regard de Dieu avec Aurélie MATHELME, née le 23 août 1582, à Metz, Majeure, Célibataire, sans profession.

La cérémonie s’est déroulée en présence des parents, Simon et Marie GEISLER, mariés, respectivement commercant à la retraite et sans profession d’une part, ainsi que Amédée et Claude MATHELME, mariés, respectivement rentier et sans profession.

Etaient présents en qualités de témoins, Matthieu RATHAUSER, 29 ans, gérant vivant à Nancy, et Fernand MATHELME, 21 ans, artiste peintre vivant à Nancy.

Citation :
Extrait d’état civil de l’église de St Vincent et St Fiacre

A Nancy, le 14 Octobre 1604

Sarah GEISLER est née le 13 Octobre 1604 à 23h45 au 8, place du Marché. A pour parents : Antoine GEISLER, 31 ans, commercant de laine, et Aurélie GEISLER, née MATHELME, 25 ans, sans professions. Couple marié vivant au 8, place du Marché.

Cette déclaration à été faite à la demande d’Antoine GEISLER, père de Sarah GEISLER, résidant au 8, place du Marché.

Extrait du livre de baptême de l’église de St Vincent et St Fiacre

En l’église de St Vincent et St Fiacre, a Nancy, le 31 Mars 1613, Sarah GEISLER a recu sa première communion de la main du prêtre André WINGERT, en présence de ses parents Antoine et Aurélie GEISLER. Sarah GEISLER fait désormais partie du Corps de Dieu, et est intégré à la vie paroissiale de St Vincent et St Fiacre au même titre que n’importe lequel d’entre nous.

Voici en trois documents, les débuts de la vie de Sarah Geisler. Une famille de moyenne bourgeoisie, sans ambitions particulières. Antoine et Aurélie Geisler étaient plus ou moins promis dès le berceau, leur mariage au final n’était pas trop mal réussi, mais sans grande passion d’un côté comme de l’autre. Le principal ciment de ce mariage fut la naissance de leur petite fille, Sarah. A part ca, rien ne les maintenait vraiment l’un contre l’autre.

Avec votre permission, je sauterais quelques années, pour arriver à des moments plus intéressants. Je signalerais juste un frère né plus tardivement, nommé Franck Geisler, qui n’a pas eu énormément d’importance dans la vie de Sarah. Ce Franck Geisler a repris tout simplement le commerce de son père à ses trente ans, lorsqu’Antoine Geisler prit sa retraite.




David Noistier était un ami d’enfance de Sarah. C’était accessoirement le fils du pasteur réformé du Temple de Nancy. Le traité de Nantes vivait ses dernières heures, et il valait mieux ne pas trop afficher son appartenance à l’Eglise Prétendument Réformée, initiée par Calvin. Sarah et David s’étaient connus de la façon la plus simple du monde : leurs mères étaient amies, et amies fidèles. Leurs enfants avaient deux ans de différence, Sarah étant la plus jeune. Ils avaient joués ensemble, partagés de nombreux amusements sous le regard bienveillant de leurs mères.

Sarah Geisler avait quinze ans, et David Noistier dix-sept, lorsqu’il lui offrit un exemplaire de la Bible, comme ca, sans raison apparente. A l’époque, une des grosses différences entre protestants et catholiques concernait l’accès des fidèles aux saintes Ecritures : chez les protestants, la lecture personnelle était encouragée, tandis que chez les catholiques, on ne lisait la Bible que pendant les messes, et quelques personnes seulement étaient autorisées. Sarah Geisler se plongea dans ce nouveau monde avec la même ferveur décrite dans la lettre ci-dessus. Elle développa une foi qui avait surgi de nulle part, alors qu’auparavant, c’était avec un ennui mortel qu’elle se rendait à la messe, et qu’elle pratiquait une vie chrétienne. Elle goûta aux mystères de la foi et de la religion, et entretint une correspondance assez fournie avec David Noistier sur ce genre de sujet, correspondance d’autant plus enrichissante que David se préparait à devenir pasteur lui aussi.

Ils se voyaient, ils s’écrivaient, ils se revoyaient… Pour les parents ca crevait les yeux. Pour eux, ils commençaient tout juste à se soupçonner l’un l’autre. Il y eut peut être une fois ou l’autre, où David parut se préparer à dire quelque chose, mais il disait finalement une quelconque banalité pour se rattraper.

Sarah manquait certes de traits féminins, mais elle avait le charme flou des androgynes et un sourire qui la transfigurait, et elle souriait souvent à cette époque. David de son côté n’était pas le plus beau des hommes : un nez qui lui prenait la moitié du visage le défigurait. Mais il se rattrapait par sa gentillesse et sa délicatesse. Pourtant un jour, il trouva on ne sait quels ressources de courage, mais au lieu de rester bêtement à bégayer alors que Sarah partait, il lui agrippa le bras, et l’attira contre lui.

Sarah Geisler lui rendit son tout premier baiser.

Leur relation dura trois ans, sans trop de gros nuages. David Noistier partit faire ses études à Genève, et très certainement jamais Sarah n’avait autant écrit que pendant cette période, il ne se passait pas un jour sans qu’une lettre arrive et ne parte. De son côté, elle suivait assez peu d’études. Une fois qu’elle avait appris à lire à écrire et à calculer un peu, c’était fini, il était acquis du côté de ses parents qu’elle se marierait à David Noistier et ils étaient soulagés d’avoir trouvé un parti pour elle si tôt. Dès que David Noistier serait ordonné, il se marierait à Sarah et tout se passerait dans le meilleur des mondes. Même Sarah était impatiente de ce grand moment, où sa vie serait unie à David Noistier et elle se voyait en femme de Pasteur, oubliant qu’elle était catholique. Nous étions en 1615, le Traité de Nantes était encore en vigueur, elle n’avait rien à craindre.


Citation :
Rapport du lieutenant de police Gérard Hilmann

Le 23 Septembre 1615, a éclaté une bagarre de rue au coin de la Rue freibourg et de l’Avenue desenheim. Il semblerait qu’au sortir d’une taverne, Franck Larst, Hermann Hilsen et Matthieu Silane, sans emplois sont sortis en état d’ébriété et ont pris à partie un jeune homme qui passait dans la rue. Ce jeune homme a arraché un couteau à Franck Larst et a répliqué à l’agression de ces trois hommes en poignardant mortellement deux d’entre eux au ventre et au cœur.

Ce jeune homme nommé David Noistier est venu se livrer au poste de police cette nuit, à trois heures du matin. Il est désormais enfermé dans le cachot.

Il semblerait jusqu’ici qu’il s’agisse de la légitime défense, mais un doute pèse sur la proportion de la réponse à l’agression.

Le 23 Septembre 1615, au poste de police de Nancy centre,

Lieutenant Gérard Hilmann
Citation :

Compte rendu de l’audience du 30 septembre 1615

Chef d’accusation : Homicide involontaire suite à une tentative de légitime défense à l’encontre de David Noistier

Vu le témoignage des familles de Franck Larst et Matthieu Silane
Vu le rapport de police écrit par le Lieutenant de police Gérard Hilmann
Vu les aveux de David Noistier concernant les évènements qui se sont déroulés
Vu la jurisprudence dans ce domaine

Considérant que la réponse à l’agression subie par David Noistier était disproportionée, en qu’en conséquence, la légitime défense ne peut être invoquée
Considérant les circonstances aggravantes, à savoir l’assassinat de deux personnes ayant des enfants à charge
Considérant les circonstances atténuantes, à savoir la jeunesse de M. Noistier et son inexpérience, ainsi que la panique qu’il a exprimé lors des actes, auquel il faut rajouter le fait qu’il a été victime en premier.

M. David Noistier purgera une peine au bagne de Toulon qui durera près de sept ans.

Le 30 septembre 1615, par le Juge Daniel Froissart

Ces deux documents, certes incomplets racontent pourtant une tragédie bien plus intense que ces simples mots.

En 1615, David Noistier avait 20 ans, et Sarah Geisler 18. David venait de finir ses études de théologie et il était rentré à Nancy le jour même et il avait pu voir Sarah après presque un an d’étude, et elle s’était jeté sur lui dès qu’elle l’avait vu. Il l’avait demandé en mariage dans l’intimité et elle avait bien entendu accepté. Officiellement fiancé à Sarah, David avait passé la soirée avec les Geisler.

C’est en rentrant que les trois poivrots l’avaient agressé. Véritablement saouls, un des trois avait même sorti un couteau et avait menacé David. Sous l’emprise de la panique, il avait arraché le couteau des mains du poivrot et sans réfléchir l’avait poignardé. Il fut obligé de frapper l’autre qui s’était jeté sur lui. Le troisième s’enfuit. Le jeune Pasteur se retrouva seul tâché de sang au milieu de la rue, en train de tenir un couteau rouge. Il était tellement horrifié par son geste qu’il se précipita pour se rendre au poste de police. La suite est indiquée dans les documents. Il semblerait que le fait qu’il soit protestant ait joué en sa défaveur, l’Edit de Nantes ne rendaient pas forcément les gens plus tolérants.

Sarah passa d’un extrême à l’autre. Après avoir touché le bonheur, elle connaissait une chute des plus dures. Son fiancé arrêté, elle allait le voir chaque jour, mais que valent les larmes d’une fille à peine féminine ? Elle était présente au procès, et manqua de s’évanouir à l’énoncé de la sentence. Lorsque David fut emmené par deux hommes en armes, elle distingua à peine ses traits tant elle pleurait.

Ce fut évidemment un deuil pour la famille Noistier et en partie pour la famille Geisler, cela reculait de sept années la date du mariage, et puis qui disait que David allait survivre au bagne ? Il n’avait jamais été un gaillard endurci. Au compte goutte, à raison d’une lettre par semaine, les Noistier et Sarah recevaient des nouvelles de David. Elles étaient assez horribles entre le bizutage, le travail forcé et la surveillance, David se consumait, on le sentait dans ses lettres. Au bout d’un an, il n’y avait déjà plus de vie dans ses lettres. Sarah se demandait comment elle allait récupérer son fiancé et dans quel état le bagne le lui rendrait. Elle négocia avec ses parents pour aller voir David en compagnie du père de celui-ci. Permission accordée.

Le voyage dura presque quatre jours pour traverser toute la France du nord au sud. La présence du père de David, qui devait être son futur beau-père était à peine rassurante. Elle regardait la fenêtre de la diligence en rêvassant sans cesse. Comment retrouverait-elle son fiancé ? Le visage cave, l’œil vide, sans plus aucune humanité ? Le David Noistier d’autrefois pourrait il encore exister après le bagne ? Aimerait elle ce David, pourrait elle passer sa vie avec ?

Il pleuvait lorsqu’ils arrivèrent à Toulon. On les fit assez rapidement introduire auprès du bras droit du directeur du bagne, à l’écart de tous les bagnards. Dans cette aile de pierre froide, tout était d’une propreté d’hôpital, sans poussière, sans humanité. Le bras droit du directeur les reçut et écouta la requête. Puis il parut réfléchir assez longuement.


« Noistier… Oui, j’ai vu passer ce nom il n’y a pas longtemps. »
Il cloua du regard le père de David et Sarah.
« C’était sur le registre des décès. Il est mort il y a une semaine d’une pneumonie. »
Annoncé sans ambages, la nouvelle était d’autant plus douloureuse. Le père de David demanda :
« Serait-il possible… d’avoir son corps ? »
« Il a été jeté à la mer, conformément à l’usage. Désolé M. Noistier. »


Aucun David, et aucun deuil possible. Lorsqu’on dit « briser le cœur » c’est parfois une réalité physique. Ce fut le cas pour Sarah Geisler.


Lors du voyage de retour je restais sous le choc et je regardais passer sans broncher villes et village. En face de moi, le père de David ne valait pas franchement mieux. Nos deux lèvres étaient scellées sous l’effet de la douleur. A chaque cahot, j’ai la nausée et j’ai envie de pencher ma tête dehors et de vomir. Maintenant qu’il n’y a plus d’espoir du côté de David, à quoi va ressembler ma vie ? Cette question je me la repasse en tête à chaque fois, j’avais déjà prévue comment organiser ma future vie avec lui, j’étais allé voir différentes maisons à vendre ou à louer, et j’étais même aller jusqu’à donner des noms à mes futurs enfants… Tout ca avait été balayé en si peu de temps…

L’orage qui se préparait depuis le début de l’après midi finit par se déclencher, et la pluie vint faire trembler les vitres de la voiture. Elle continua malgré tout à avancer pendant un quart d’heure, puis le conducteur arrêta la voiture et nous dit qu’on devait s’abriter pour la nuit, qu’il y avait un monastère pas loin qui pourrait nous abriter. M. Noistier acquiesça. Vingt minutes plus tard, on était dans la cour du monastère bénédictin. Je dus sortir de la voiture tandis que des moines déchargeaient nos bagages.

Le temps de traverser la cour, ma robe me collait au corps d’une façon frisant l’indécence. J’étais très gênée, et heureusement je ne restais pas longtemps dans cet état. On me donna une cellule libre dans le petit monastère, un peu à l’écart. M. Noistier et moi avons ensuite dîné ensemble, puis nous regagnâmes chacun nos chambres. Je restais longtemps sans trouver le sommeil, puis involontairement mes yeux se fermèrent. Demain, je survivrai peut être.

Je fus réveillée par ma serrure qui s’ouvrait. Le temps de me mettre assise sur le lit, la porte laissait le passage à un homme en robe de moine, d’une certaine carrure. Il referma la porte derrière lui. Je me mettais debout en bondissant et je me renfonçais dans un coin de la cellule. Il n’avait rien à faire là, il devait partir. J’étais en simple chemise de nuit, le froid de la nuit ne cessait de me réveiller et la situation était trop réelle, trop dangereuse. A travers la fenêtre et le clair de lune, on pouvait voir cet homme me regarder avec un sourire mauvais.

« Vous n’avez rien à faire là, partez ! »

Il fit celui qui n’avait rien entendu et avança implacablement vers moi, un pas après l’autre, savourant je ne sais quel plaisir de m’avoir piégé. Je ne pouvais rien faire pour l’en empêcher, juste espérer qu’il parte. Il s’arrêta à moins d’un mètre et prit mon menton dans sa main comme dans un étau de fer.

« Je t’ai vue tout à l’heure dans la cour. Dis moi, tu n’es peut être pas la plus jolie des femmes que j’ai vu jusqu’ici, mais en fait, tu as quelques formes très attirantes. »

Il rit d’un horrible rire. Je commençais à me débattre, à vouloir le repousser, il m’administra une gifle.

« Personne ne t’entendra, et personne ne te croira. Laisse-moi faire ma belle. Personne ne t’entendra crier. »
« Non ! »


Il colla d’autorité ses lèvres sur les miennes. Dégoûtée, je me tortillais pour lui échapper, mais il m’encerclait de ses bras, et ses mains tâtaient mes fesses, mes seins, mon dos et tout mon corps, y compris mon intimité. Je penchais la tête en arrière jusqu’à cogner le mur. Rien à faire, sa langue maintenant tentait de s’insinuer entre mes dents serrées. Puis visiblement il voulut davantage. Il m’arracha du coin de la cellule et me projeta sur le lit. J’avais à peine le temps de me remettre debout qu’il était sur moi, suant et puant, envahissant. Je criais de peur, de refus, mais il avait raison : personne ne m’entendit. Il retroussa ma chemise de nuit jusqu’à dévoiler ma poitrine, la lécha tandis que je le frappais. Il encaissa un ou deux coups sans broncher, puis me prit mes deux poignets dans une seule main, et les serra comme un étau.

« Tu ressembles à un garçon… mais tu es une femme… Les deux formes d’amour combinées… »


De sa main libre, il remonta sa propre robe, et je vis son organe dressé prêt à l’action. Un ultime sursaut de ma part, un ultime coup de la sienne, et…

Ce furent les dix minutes les plus horribles de ma vie.

Quand il eut fini, je restais toute la nuit étendue dans la position où il m’avait laissé, mes cuisses maculées de sang et d’une autre substance, à pleurer toutes les larmes de mon corps.



J’étais sûr d’être enceinte près d’un mois plus tard, lorsque mes saignements n’arrivèrent pas à la date prévue… A vrai dire je m’y attendais, je craignais que ce soit ca. Combien de temps pourrais-je cacher ceci à mes parents ? La maison n’était pas forcément grande, et je ne pouvais pas me cloîtrer dans ma chambre à partir du moment où ca deviendrait visible. Il faudrait alors que j’explique à mes parents d’où provenaient l’enfant, et que se passerait il à partir du moment où ils sauront que c’est l’enfant d’un viol ? Ils me mettront dans un couvent ou ils laisseront mon bébé à l’hospice ? Je passais des journées entières à essayer de trouver un moyen de dissimuler la vérité autour de la conception de ce monstre qui déjà envahissait mon ventre comme un parasite.

Je trouvais la solution, mais hélas, elle revenait à accuser David de l’avoir concu. Il me suffirait que le jour où il m’a demandé en mariage, dans la demi-heure où nous avions été seuls… Sauf qu’il était parti au bagne il y a un an, et que son père pourra facilement démentir toute histoire traitant de derniers instants partagés dans l’intimité. Il n’y avait aucune solution pour avouer la vérité. Je ne voulais pas affronter mes parents sur ce point, je n’étais pas sûr de leur réponse. Je devais tout laisser, tout laisser derrière moi, et accoucher de ce bébé. Une fois que je l’aurai abandonné, je reviendrais, et tout ira comme avant… Et mon violeur restera impuni.

Ce moine… j’ai envie de le tuer pour ce qu’il m’a fait, pour ce bébé qu’il m’a imposé. Et je ne pourrais très certainement jamais avoir justice contre lui. L’idée de me venger me tente de plus en plus, mais elle suppose que je ne dépende pas de mes parents. Elle suppose que je renonce totalement à eux, que je fugue. Reste à savoir au final, si je dois subir une vie où l’on me reprochera cette souillure, ou bien une vie que je consacrerai à retrouver celui qui m’a fait ça.

Qu’ai-je à perdre ? David est mort.


***

Sarah Geisler disparut du jour au lendemain, sans un seul mot d’explication, son lit n’était même pas défait, elle avait emporté quelques affaires et des provisions. Ses parents eurent du mal à croire à une fugue, ils espéraient que c’était autre chose, mais avec le temps il devint évident que le départ de leur Sarah était volontaire. Elle avait dû se trouver un amant et partir avec. Profondément blessés, ils portèrent le deuil de leur fille et bannirent son souvenir.

Pendant ce temps, la jeune Geisler avait frappé à la porte d’un hôpital monacal dans une ville voisine, après un voyage sans trop de difficultés. Elle avait convaincu les Sœurs de la garder le temps de sa grossesse, et leur avait avoué la vérité. Compatissantes, les bonnes Sœurs la gardèrent et elle participa à la vie paisible du monastère, loin de toute la fureur du monde pendant un peu moins de neuf mois. Son ventre grossissait au fur et à mesure jusqu’à devenir énorme et monstrueusement disproportionné. Elle avait d’abord haï cet enfant, haï de toutes les fibres de son corps comme elle haïssait son père, mais Sœur Marie-Angélique l’avait pris sous son aile et à force de douceur et de discussion, apprit à Sarah Geisler à sentir la vie de l’enfant qui battait en elle.

A partir du moment où Sarah arrêta de vouloir tuer l’enfant et l’écouta, son attitude changea du tout au tout. Ce n’était pas un monstre, c’était un petit paquet de vie qui grandissait en elle, régulièrement envoyait des coups de pieds vigoureux. C’était son enfant. Et par association, elle en fit également celui de David Noistier. Qui d’autre méritait d’en être le père ?

L’accouchement se passa sans complications. Cela ne signifie pas qu’il ne fut pas douloureux et sans efforts. Sarah Geisler était à moitié dans les vappes alors qu’elle voyait les religieuses emmailloter son bébé et le couvrir chaudement.


« Que faites vous ? »
« Mais nous allons le laisser à l’hospice Sarah, c’est un bâtard vous savez… »
« Laissez moi le voir juste un instant ! »


Les religieuses se consultèrent du regard et laissèrent Sarah Geisler avoir son enfant pendant quelques instants, après tout elle avait déjà bien souffert cette petite. Sarah serra son bébé contre elle avec amour.


« Au fait, c’est un garçon ou une fille ? »
« Un garçon. »
« Dans ce cas, il s’appellera David Geisler. »
« Mais Sarah, il faut que vous l’abandonniez ! »


Sarah regarda la religieuse avec une grande peur. Elle protégea son garçon de ses bras.

« Non ! Laissez le moi ! Je vous en prie, je vous en supplie ! C’est mon fils, celui que j’aurai dû avoir avec celui qui aurait dû être mon mari. Ne me l’enlevez pas. »
Sœur Marie-Angélique lui dit doucement : « Sarah, il faut que tu ailles retrouver tes parents, et si tu es venue ici, c’était pour leur cacher ta grossesse. Nous avons accepté à cause des circonstances particulièrement difficiles que tu nous as décrites, mais ca n’a pas vocation à être permanent. Il faut abandonner cet enfant, qui je te le rappelle est le fruit d’un viol, et retourner vivre chez tes parents. Tu te trouveras un autre homme… »

Sarah Geisler avait le choix entre renoncer à son fils ou renoncer à sa vie normale. Elle fit son choix.


Mai 1621. Trois ans ont passés depuis que j’ai accouché de David Geisler. Mais je ne porte plus le nom de Geisler. Ni le prénom de Sarah. J’ai abandonné mon identité ancienne.

Maintenant, on me connaît sous le nom de… Sébastien Garin. Un nom d’homme, construit à partir des initiales de mon vrai nom. J’ai abandonné mon identité, pour simplement poursuivre ma vengeance. C’est ce bâtard de moine qui m’y a forcé. C’est à cause de mon fils que je suis un homme. Il m’a condamné à me venger en me mettant enceinte, en me refusant tout retour à la vie normale.

J’ai passé ces trois dernières années dans un collège jésuite à faire un apprentissage en quatrième vitesse de toutes les connaissances nécessaires à un inquisiteur. Pourquoi inquisiteur ? Parce que seule la justice inquisitoriale peut faire chuter ce damné moine. Je ne passerai pas par la justice des hommes, parce qu’il n’y a pas de preuves, mais Dieu a tout vu, Dieu me vengera, à travers mes actes.

Je suis seule devant le Cardinal de Grelac, qui décidera ou non de mon affectation dans la très sainte Inquisition. Il regarde un dossier de lettres de recommandations sur mon compte et semble très pensif. Puis il me fixe du regard et me demande :


« Je n’ai entendu que du bien de vous, Monsieur Garin, mais vous n’avez que vingt et un ans. J’aimerais être sûr que votre vocation est sincère et que vous êtes bien au courant de ce que vous allez faire. Qu’allez-vous faire en premier si je vous confiais ce poste ? »
« J’enquêterai au Monastère de Prélars, où selon ce que j’ai entendu, certains moines feraient des manquements à la règle de Saint Benoît. Si votre Eminence me le permet. »


Le Cardinal lève les sourcils, puis réfléchit intensément et longtemps. Il finit par donner son verdict.

« Je vais vous nommer Inquisiteur provisoirement, ce qui veut dire que pendant un mois, vous le serez sur le papier. Si au bout d’un mois, votre travail ne s’est pas montré satisfaisant, je vous retirerai votre fonction sans remords, et vous vous débrouillerez par la suite. Cela vous convient ? »
Et comment…

***

« Monsieur Garin, tous les moines sont en position. »


Sébastien Garin leva le regard de sa table de travail. Etait ce l’ironie du sort ? La cellule où l’on avait installé l’Inquisiteur Sébastien Garin était exactement celle où l’on avait mis Sarah Geisler, quelques années auparavant. Sébastien Garin sort de sa cellule, et va dans le cloître. Tous les moines du monastère sont alignés en rangs d’oignions, prêt à se faire observer par l’Inquisiteur. Cette mesure outre le Père Abbé au plus haut point, mais l’Inquisiteur n’en a que faire. Il commence par le rang le plus proche, et regarde attentivement chaque visage, comme s’il cherchait à reconnaître quelqu’un. Il inspecte chaque personne au cas par cas, des fois rapidement, d’autres fois ils s’arrêtent. Au troisième rang, la quatrième personne, l’Inquisiteur Garin s’arrête et désigne le moine du doigt.

« Il sent l’hérésie à plein nez. Emmenez le ! »

Malgré toutes les protestations des moines environnants, des hommes en armes emportent l’homme vers les sous sols.

Le Frère François avoua être coupable de commerce avec le Démon le 31 mai à 2 heures du matin. Sébastien Garin enregistra dûment la déposition et ordonna la mise au bûcher pour dans deux jours. Avec les preuves qu’il avait il pouvait se permettre d’être direct.


***

Je rentre dans la cellule convertie en prison où le Frère François, honnête frère convers du Monastère, irréprochable selon la plupart des moines, gît. Je le regarde avec un sentiment de triomphe. C’était lui, je l’ai reconnu lorsque je suis passé dans les rangs. J’ai reconnu son odeur autant que son visage. C’était cet homme qui m’avait imposé mon fils. C’est cet homme qui m’a…

Je le pousse du bout du pied, il grogne et ouvre un œil, l’autre est gonflé et tuméfié. Tout son corps est rompu. J’étais présent lors de la Question, et j’ai suivi avec un plaisir non dissimulé toutes les étapes de sa torture, lorsque ses doigts se faisaient disloquer un à un, ces mêmes doigts qui m’avaient emprisonné les poignets dans un étau… Il me regarde maintenant avec de la peur et de la haine dans le regard. Douce victoire… Il ne dit rien.

Je m’agenouille devant lui, et je déboutonne ma chemise bouton par bouton. Puis j’écarte les deux pans de ma chemise et lui dévoile ma poitrine de femme. Et je souris, je vois dans son œil la lumière se faire dans son esprit.


« Vous ! »
« Oui, moi. Cette jeune fille vous vous souvenez ? »


Oui, il se souvient, je le vois bien. Il tente de se remettre assis, mais il ne peut plus prendre appui sur ses mains et crie de douleur lorsqu’il tente de le faire. Je lui dis d’une voix que je ne reconnais même pas.

« Personne ne t’entendra crier. »

Je reboutonne ma chemise et je sors. C’est bon, je me suis vengée. Je n’ai plus rien à attendre de ce monastère. Le lendemain matin, Frère François mourut sur le bûcher, et je le regardais disparaître dans les flammes.

Et maintenant...


Ma fonction d’inquisiteur a été confirmée, et ma première mission après ma vengeance à été Forbach. Le seul problème est le suivant : maintenant que je suis très officiellement Sébastien Garin et que le petit garçon qui m’accompagne est un fils adoptif, comment pourrais-je redevenir Sarah Geisler ?

Je suis piégée…


Dernière édition par Sébastien Garin le Jeu 6 Mai 2010 - 21:12, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Sébastien Garin, alias Sarah Geisler   Dim 24 Jan 2010 - 13:03

Voilà ce qu'une connaissance à moi appelle "une fiche de trois kilomètres de long" ! Trois kilomètres de qualité, un marathon littéraire plus qu'appréciable. L'histoire de David Noistier est raiment tragique et émouvante, super ! Bravo et bienvenue !

Fiche Validée !

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Sébastien Garin, alias Sarah Geisler

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