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 Lueurs crépusculaires

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L'Oracle
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MessageSujet: Lueurs crépusculaires    Lun 8 Fév 2010 - 2:39

La Mémoire commune avait cela de formidable qu’elle était une inépuisable source d’interprétations aussi diverses que variées. Tout comme l’efficacité symbolique d’un mythe et liée à la multiplicité des significations qu’il recèle, avoir accès au passé du peuple apportait une pléthore d’images, de sensations, de vécus très différents et dissemblables alors qu’ils ne concernaient pourtant qu’une seule et même personne. Ainsi, l’Oracle pouvait posséder une myriade d’avis singulièrement antithétiques sur la femme qui avait tant fait parler d’elle l’année passée, cette femme dont personne, dans le Comté de Forbach, n’ignorait le nom: Alicia de Sarrebourg.

Elle pouvait ressentir de la haine, une amertume profonde envers cette haute figure de noblesse, mais aussi de l’incompréhension, de la jalousie, et autres sentiments fuligineux des âmes envieuses. Par oxymore, elle percevait aussi de l’admiration, de l’amitié, de l’amour parfois, et une sorte de fascination devant l’étrange et l’inatégnable. Cela mis à part les éternelles indifférences, respects, pensées lubriques, autant d’émotions qui sont l’âme et l’esprit du peuple quand il se trouve loin de l’objet de sa contemplation. Pour sa part l’Oracle, n’allait pas tarder à rencontrer de visu cette personne, et elle était en un sens curieuse de se forger une propre opinion de la personnalité de la Meneuse –après tout, rarement elle avait observé autant d’opinions différentes sur un seul et même individu.

Les Somptueux Jardins demeuraient immobiles dans les brises de l’hiver. De légers vents tourbillonnants, qui faisaient bruire les feuilles, apportaient au monde un sentiment de pur et de neuf. L’Oracle, dans son enveloppe charnelle de petite fille, avait laissé aux écuries limitrophes son splendide et immaculé poulain blanc, de même que les étalons d’ébène de ses deux gardes du corps qui se tenaient à ses côtés en cet instant. Silencieuse, elle parcourait les allées en effleurant les buissons et les fleurs de ses doigts d’albâtre, enlaçant leurs pétales lorsque les rares spécimens déhiscents en cette saison hivernale tournaient vers elle leurs visages colorés. Malgré la température basse et l’humidité qui saturait l’air, elle progressait parmi la verdure bras nus et vêtue d’une simple robe blanche, dont les plis et les replis voletaient dans son sillage. Dans la brise, ses longues mèches soyeuses étaient en perpétuel mouvement, ne s’arrêtant jamais et donnant naissance à une danse hypnotique autour de son visage. Le tableau était ravissant. Une petite fille dans un jardin de fleurs. Les rares courtisans et jardiniers présents dans le jardin murmuraient en l’observant, lui adressant lorsqu’elle se tournait vers eux des saluts révérencieux.

L’Oracle s’éloigna dans les Jardins pour être plus tranquille. Elle finit par s’immobiliser sous une pergola recouverte d’un lierre malachite et scintillant d’humidité. Là, elle demanda au valet qui l’avait accompagnée –c’était ainsi presque chaque fois qu’elle se rendait au château- d’aller mander madame Alicia de Sarrebourg afin de s’entretenir avec elle. Le laquais en livrée dorée s’inclina avec respect et, sur cette courbette, fit volte-face et partit chercher comme convenue la dirigeante du Lys Noir. Ici, les paroles de la petite fille, prononcée d’une voix fluette à cause de l’âge, mais empreinte d’une sagesse inénarrable, faisaient office d’ordres. Oui, l’Oracle était impatiente de rencontrer cette femme. Allait-elle l’accueillir avec sincérité et tempérance, ou comme beaucoup de nobles, en sourires fallacieux et en afféteries?

La Parole de Dieu fit quelques pas de plus, dépassant la voûte viride, pour aller s’asseoir sur le muret anthracite d’une petite fontaine. Dans la lumière crépusculaire qui tombait peu à peu, l’eau calme semblait refléter une nitesence céruléenne. Le jet s’écoulait doucement de son support et formait une cascade miniature qui décrivait, de calmes ronds dans l’eau. Tout était tranquille. Serein et espéré. Oui, Forbach était enfin sorti de ses ténèbres et grâce à son action, connaissait une ère nouvelle. Le Comté était en train de recouvrir l’espoir. Tout était de nouveau calme.
La peur disparaissait.
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MessageSujet: Re: Lueurs crépusculaires    Mar 9 Fév 2010 - 0:53

Le crissement d’une plume animait seul l’obscurité de l’alcôve humide et fraiche. La cire perlait le long du petit chandelier d’argent au rythme des inspirations de la sorcière, des battements de son cœur, des secondes qui coulaient de l’autre côté de l’éternité. La faible lueur était suffisante aux yeux d’Alicia depuis des jours habitués aux ténèbres. L’unique bougie parvenait à éclairer le parchemin brouillonné de symboles kabbalistiques invoquant dieux, esprits et lumières, ainsi que le bout encré de la plume noire que tenait les doigts blafards de la noble main de la Comtesse de Forbach ornés de son éternelle émeraude, comme un troisième œil toujours ouvert, et les pages centenaires du Grimoire de la tribu d’Olrun.

Alicia l’avait ouvert la première fois avec une étrange impression. Une impression qu’elle avait déjà ressentie… La première fois, c’était le lendemain de son intronisation à la tribu d’Olrun, lorsque sa mère l’avait emmenée à l’église le dimanche matin. La petite Alicia avait toujours entendu dire que les sorcières se feraient foudroyer si elles passaient la porte du sanctuaire de Dieu. Sa mère l’avait rassurée en lui montrant l’exemple. La seconde fois était lorsqu’elle avait décidé de quitter la tribu d’Olrun, certaine d’être en accord avec elle-même, mais pas certaine de ne pas le payer cher. Elle avait été rassurée avec l’arrivée quasi immédiate de Mina et d’autres disciples. Elle l’avait à nouveau ressenti à la fin de l’été dernier lorsqu’elle ouvrit audacieusement le Livre de Lumière que lui avait apporté Joan. Elle était dans cette même salle, mais elle était seule, sans personne pour la rassurer.

Cette étrange impression c’était le saut dans le vide, la peur de la foudre divine, la peur d’un châtiment d’en haut, la peur de commettre l’irréparable. Mais comme à chaque fois elle s’était convaincue d’avoir fait le bon choix. La tribu d’Olrun était trop faible pour prendre soin du trésor qu’elle avait là posé devant ses yeux. D’après le rapport de la jeune Witham la masure d’Abigael avait été perquisitionnée juste après son passage, c’était une chance qu’Alicia ait pu missionner Joan à temps pour sauver le livre probablement le plus puissant d’Europe… Elle ne nourrissait aucun regret. Elle conservait un trésor et en exploitait à présent les richesses. Alicia avait passé toutes ses journées d’hiver penchée sur le gros livre dans une salle secrète des Sous-sols du Château avec pour ordre formel de n’être en aucun cas dérangée. Et elle déchiffrait les codes, prenait des notes, résolvait des énigmes. Peu de sorcières avaient pu lire les arcanes, elle ne voulait pas les décevoir…

La Meneuse était fatiguée soudainement. Ses yeux lui piquaient, il devait être tard dans la nuit ou le matin, elle ne savait plus depuis combien de temps elle était ici à exploiter le Livre ou à se faire exploiter par le Livre. Elle ne savait plus quand elle avait dormi pour la dernière fois ni quand elle avait mangé pour la dernière fois… L’obscurité semblait ramper jusque dans son esprit. Alicia pinça délicatement la mèche de sa bougie. Quelques minutes de marche plus tard elle se retrouvait dans les couloirs du Château en direction de ses appartements. Sur le chemin une servante l’intercepta pour la prévenir qu’un valet était passé il y avait de cela quelques minutes et que l’Oracle l’attendait dans les Somptueux Jardins. Alicia en fut surprise.

C’était un honneur de pouvoir retrouver l’être qui l’avait délivrée du fantôme de sa sœur en un tour de main. Elle ne pensait pas qu’elle aurait de temps à lui accorder au vu du programme qu’elle avait énoncé à la tribu lors de son grand Discours il y a quelques mois. Alicia eut une sueur froide en se demandant ce que cet être exceptionnel pouvait lui vouloir. Elle fut rassurée en se disant qu’elle avait choisi un lieu en son honneur, les Somptueux Jardins avaient été composés par la Comtesse. Elle fut prise d’une nouvelle angoisse en pensant à ce qu’avait du penser l’Oracle en découvrant le nom des Jardins : c’était d’un prétentieux… Elle se reprit en main en se disant qu’il ne fallait pas faire attendre plus longtemps l’Oracle. La servante la regardait changer visiblement d’état toutes les secondes et lui demanda si elle allait bien. Alicia se redressa presque vexée et lui fit un sourire poli de congédiassions qu’elle comprit sur le champ, s’en allant s’affairer ailleurs en soupirant. Alicia trouva le premier miroir disponible dans le couloir pour s’y recoiffer convenablement. Elle fut rassurée de ne plus y voir le reflet de sa pâle sœur derrière elle.

Les jardins étaient aussi beaux l’hiver que l’été grâce à une architecture permettant des jeux amusant avec l’eau glacée et les fleurs hivernales. Alicia était calmée à chaque fois qu’elle arrivait en ces lieux, comme en un cocon revigorant, plein d’une chaleur ni incendiaire ni humaine, naturellement spirituelle. La légère morsure du froid lui retirait toute sensation de fatigue et la douce lumière vespérale lui apprenait qu’il n’était en aucun cas la nuit mais bien le soir. Ce qui signifiait qu’elle avait travaillé bien plus longtemps qu’elle ne le pensait sur ce Livre. Lorsqu’elle eut en vue l’Oracle toute autre pensée quitta son esprit. Elle était si radieuse, un enfant-fée… Elle semblait être un modèle d’immobilité, de patience et de beauté pour toutes les autres statues du parc qui paraissaient livides de jalousie. Abritée dans un épais manteau de fourrure, la Comtesse se dirigea sereinement, au rythme du crépuscule, jusqu’à la fontaine. Elle se plaça face à l’Oracle et lui fit une humble révérence.


« Oracle, c’est un honneur que de vous revoir en ce lieu. Je vous prie de m’excuser pour le retard que je vous ai fait souffrir, je n’étais pas tout à fait sur place, je viens d’émerger des profondeurs… »

L’Oracle comprendrait, elle comprenait tout, il lui suffisait d’un regard…

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MessageSujet: Re: Lueurs crépusculaires    Mer 10 Fév 2010 - 18:12

L’Oracle était en train de créer de légères circonvolutions dans l’eau d’un bleu céladon, du bout de ses doigts de petite fille, quand elle sentit plus qu’elle ne la vit vraiment la Comtesse s’approcher d’elle à pas réguliers et respectueux. Redressant la tête, la Parole de Dieu put enfin contempler et détailler à loisir la femme qui était au centre de bien des événements ces temps derniers; drapée dans un épais manteau de fourrure, sa chevelure de jais voletant dans la brise du crépuscule, elle avançait d’une démarche mesurée et droite, idoine à son haut rang. En vérité, l’Oracle avait déjà eu le temps de l’apercevoir plusieurs fois lors de sa campagne d’exorcisme, et notamment lorsqu’elle avait débarrassé la Meneuse du fantôme de sa sœur; mais pas de façon prolongée, et enfin elle pouvait se livrer à un examen détaillé. La Sorcière du Lys Noir n’avait pas changé: bien mise, avec un profil aristocratique, la seule différence résidait en l’expression de son visage qui paraissait légèrement plus lumineux et détendu, malgré une certaine fatigue. La petite fille abandonna le mur sur lequel elle était assise pour se tourner entièrement vers Alicia de Sarrebourg, tandis que celle-ci se fendait d’une humble révérence.

« Relevez-vous, Alicia de Sarrebourg. Rassurez-vous, nous n’avons pas trop attendu, et nous vous sommes reconnaissante d’avoir honoré cette soudaine demande d’entretien. »


Emerger des profondeurs, oui, l’expression était juste… et elle pouvait également s’appliquer de manière quasi-littérale à tous les habitants de Forbach que la Parole de Dieu avait émancipé de leurs âmes endeuillées respectives… L’Oracle resta un moment silencieuse dans la pénombre qui s’étendait sur elles, donnant à leurs silhouettes un air plus mystérieux. Comme il était de coutume, elle plongea ensuite son regard dans les splendides iris vert émeraude de la Comtesse, et entrevit aussitôt le fleuve de sa vie qu’elle pouvait descendre ou remonter à loisir. Les dernières années avaient visiblement été éprouvantes pour cette femme, à commencer par la mort de son mari, le défunt Comte de Forbach… Dont même la semence avait donné naissance à une vie qui s’était pourtant éteinte à peine entrée dans ce monde… Et le fantôme de la sœur d’Alicia avait été le sujet de beaucoup d’inquiétudes, d’heures passées à se morfondre, une détresse atteignant un point tel qu’elle avait appelé au secours un des Exorcistes nouvellement débarqués… Depuis, beaucoup de choses avaient changé, et la Meneuse passait de longues heures dans une obscurité omniprésente, penchée sur les pages d’un ouvrage séculaire…

« Nous sommes nous-même navrée de n’avoir pu vous rencontrer plus tôt, mais la campagne d’exorcisation du Comté rend nos journées plutôt chargées. Notre mission nous occupe toute entière car elle est une priorité absolue, mais cependant nous nous réjouissons de ce court moment accordé pour nous entretenir avec vous. »

L’Oracle marqua une pause, puis elle adressa à Alicia un léger sourire amical –une manœuvre universelle opérée afin de mettre l’interlocuteur en confiance, ce qui n’était pas expressément nécessaire puisque la Comtesse s’adressait déjà à elle avec respect.

« Vous semblez avoir beaucoup souffert et les temps derniers ont dû être durs pour vous. C’est pourquoi nous nous réjouissons d’avoir pu vous libérer de ces heures sombres. Soyez rassurée, Alicia de Sarrebourg, le destin apaisera bientôt son auguste rigueur pour tous les habitants de Forbach, nous nous en portons garante. En outre, il s’agit là de la volonté de notre Très-Haut Seigneur, dont nous sommes l’envoyée sur cette terre –mais vous le savez déjà. »

Oui, l’Oracle avait déjà tout expliqué des raisons de sa venue lors de ce discours adressé aux Sorcières du Lys Noir et qui avait fait sensation. Les gens se réjouissaient de ce changement. Même si dans une foule de nombreuses personnes, il demeurait invariablement quelques septiques, une kyrielle d’âmes se réjouissaient que le Seigneur Eternel ne les ai pas oubliées; après tout, n’était-ce pas ce qui était écrit dans la Bible? Le Créateur viendra en aide à ceux qui en ont besoin et récompensera les pieux. Soutenir la Parole de Dieu était un acte de volonté propre; aucun dol, aucune menace ne venait l’altérer; et la grande majorité des gens acceptaient avec reconnaissance l’aide qui leur était proposée, la main secourable qui se tendait vers eux, même si ils n’avaient l’intuition de ce choix que dans leur subconscient.

« Oui, le mal sera bouté hors de Forbach selon la volonté divine et sacrée. Mais cependant, malgré toute notre bonne volonté et les dons qui nous ont été octroyés par le Très-Haut, nous ne sommes pas en mesure d’aider la population si nous ne bénéficions pas du soutien et de la coopération de celle-ci. Fort heureusement, de nombreuses personnes acceptent notre aide avec gratitude et nous les en remercions. » Toujours en souriant, l’Oracle prit délicatement les mains gantées d’Alicia dans les siennes. « Alicia de Sarrebourg, pouvons-nous compter sur votre confiance? Chaque âme qui nous la témoigne nous renforce un peu plus, ainsi que notre pouvoir. Malgré les aléas de la vie, vous vous en êtes remarquablement bien sortie jusqu’à maintenant. A présent, ne vous faites plus de souci, laissez-nous prendre les choses en main. Vous avez amplement mérité un peu de quiétude. »
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MessageSujet: Re: Lueurs crépusculaires    Mer 17 Fév 2010 - 22:13

De grands spécialistes de l’esprit humain, s’aventurant entre les sciences dures et les aléas mystiques de l’âme, ce qu’ils appelaient sciences humaines ou sciences du psyché, disaient souvent que la mère développait en l’enfant la capacité imaginative et créatrice, qu’un bon musicien avait été tendrement bercé par la voix maternelle, et que le père développait les capacités réflexives, les systèmes du réel, un bon mathématicien avait eu un père fort présent. Alicia n’avait eu que sa mère. Elle était de ce fait une grande imaginative créatrice. Les arts occultes étaient devenus sa spécialité. Cependant l’absence de son père avait creusé une sorte de lacune en sa Raison. Elle était capable de manipulation, de stratégie, mais elle s’offrait plus volontiers à l’instinct, à l’inspiration, qu’à l’auto-démonstration par a plus b.

Aussi le ressenti qu’elle avait pour l’Oracle l’empêchait violemment de se poser de grandes réflexions sur les raisons logiques de sa venue, les probabilités que les Dieux aient pris pitié, les vecteurs de son influence ou les facteurs de sa puissance. Alicia était tout bonnement fascinée face à cet être incandescent. Elle admirait son pouvoir, elle le voyait s’échapper d’elle comme une onde continue et diaphane, une aura séraphique qui la poussait au respect. Elle souffrait presque de devoir fermer ses paupières avec une telle régularité pour hydrater ses yeux, perdant à chaque coupure quelques instants de cette beauté fulgurante. C’est ça, on ne pouvait que regretter sa condition humaine face à l’Oracle. Nous, si limités, face à elle si infinie. Nul homme ne pourrait jamais juger, comprendre, appréhender ou apprécier l’Oracle à sa juste valeur.

Alicia ne savait que trop peu quelle part de cette beauté appartenait à la fille d’Hasbauer et quelle part appartenait à l’essence divine. De même pour cette voix si douce et éthérée, elle semblait être articulée par l’enfant et animée par l’esprit supérieur d’une vibration quasi prosaïque. La Comtesse écoutait les mots et ressentait leur intensité. L’évocation du Très-Haut était habile considérant les présences catholiques qui ne pouvaient s’empêcher de tendre l’oreille. La courbe si parfaite que dessinait le sourire de la fillette semblait être un berceau dans lequel la Meneuse se laissait aller de toute son âme. Lorsqu’elle lui prit la main la Comtesse sentit son cœur battre plus fort et un frisson lui parcourra le corps entier comme si par ce geste amical l’Oracle lui transmettait une part de sa force mirifique. Il était donc possible de toucher un ange…

Elle voulait prendre les choses en mains, et Alicia se dit que si les choses qu’elle s’apprêtait à prendre en main allaient recevoir le même frisson libérateur qu’elle, alors peut-être les sorcières et tout Forbach avait-elles une chance d’émerger de cette eau trouble qui n’était ni la vie ni la mort. L’Oracle lui demandait simplement de lui faire confiance pour l’aider à changer les choses, d’accepter un avenir fait de plénitude en ouvrant ses yeux sur la lumière. Tout lui semblait à présent si confortable et aisé. On ne lui demandait plus de combattre seule, on reconnaissait enfin ses mérites, ses sacrifices et sa souffrance. On lui demandait par là haut de s’abandonner au Destin en soutenant son messager. Tout semblait si limpide pour la Meneuse. Elle sourit à son tour à la jeune fille et transmit plus de force à ses mains pour étreindre celles de l’Oracle et lui signifier sa force et sa présence.


« Oracle, vous pouvez compter sur ma confiance et ma foi en votre mission. Depuis votre arrivée le Soleil brille. Vous m’avez délivrée de l’esprit cruel de ma sœur. Vous m’avez sauvé la vie à l’instar des habitants de Forbach. Le moins que je puisse faire pour vous est de ne plus me faire de souci, de vous laisser prendre les choses en mains et profiter d’une quiétude méritée. Vous avez mon soutien et celui de tous ceux que je suis en pouvoir de représenter, ce n’est rien d’absolu, mais je crois pouvoir avoir la prétention de vous affirmer que c’est un groupe suffisamment puissant pour vous appuyer comme il se doit… »

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MessageSujet: Re: Lueurs crépusculaires    Ven 19 Fév 2010 - 1:18

L’Oracle sourit de plus belle en voyant la réaction d’Alicia, pieuse et pleine de reconnaissance à son égard. Elle aurait même pu employer l’expression « dévotion aveugle », tant la Meneuse du Lys Noir semblait soulagée de voir qu’enfin quelqu’un d’autre prenait les choses en main. Dans le soir qui tombait, l’image de cette petite fille et de cette femme aux cheveux noirs, mains dans les mains et toutes proches, était assez saisissant, et la Parole de Dieu sentait sur elle de nombreux regards ainsi que celui-ci, attentif comme toujours, de ses gardes personnels. Elle était ravie de voir que sa demande de confiance avait été comblée à merveille, puisque la Comtesse débordait de gratitude à son égard.

L’Oracle comprenait parfaitement l’émotion d’Alicia en cet instant. Il était si agréable de se sentir comprise, dans un moment où tous ou presque vous tournaient le dos. Si bienfaisant de s’entendre dire qu’on avait fait de nombreux efforts, et qu’ils avaient payés. Si merveilleux de voir que, finalement, dans ce monde à première vue si austère, on était plus seule… La Meneuse ressentait tout cela et c’était bien normal; après tout, chez elle, le poids des convenances était aussi lourd que celui du passé, et elle avait de nombreuses responsabilités qui, quand elles ne lui procuraient plus ce sentiment aimé de fierté, pesaient sur ses épaules graciles comme un lourd fardeau.
La Parole de Dieu, d’un geste du bras, enjoignit son interlocutrice à se redresser.


« Vous avez toute notre reconnaissance, Alicia de Sarrebourg. Merci de nous faire confiance, car c’est ce dont nous avons le plus besoin. Tant qu’il y aura sur cette terre des personnes qui croient en lui et le portent dans leur cœur, l’œuvre et l’esprit du Très-Haut ne disparaîtront jamais. N’ayez plus d’inquiétude: nous sommes là et, armée du seul fait de savoir que des personnes ont confiance en nous, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour libérer entièrement Forbach du joug démoniaque qui l’enserre, tout comme nous l’avons fait avec vous. »


Même si elle ne s’attendait pas à une résistance farouche, l’Oracle était ravie de voir que les choses s’étaient aussi bien déroulées. En général, les gens l’appréciaient pour son action ou pour ce qu’elle était; mais il arrivait toutefois que certains, par crainte de ses pouvoirs surnaturels, fassent preuve d’une méfiance accrue à son égard. Alicia en revanche, avait sans hésité donné sa confiance à la Parole de Dieu, qui ne demandait que ça. C’était son but autant que cela pouvait être celui de nombreux rois et empereurs: réaliser autour d’elle l’unanimité nationale. Et c’était une utopie autant pour elle que pour les autres, car l’unisson n’existait pas à l’état de nature, pas du moins dans l’esprit complexe et tourmenté des hommes et surtout pas si ceux-ci étaient de plus en plus nombreux. Cependant dans le cas précis, à défaut de l’unanimité, la majorité était amplement suffisante. Dans une telle société, la majorité l’emportait invariablement. Si l’Oracle avait le soutien du plus grand nombre, convaincre les minorités restantes ne serait, sinon un jeu d’enfant, pas expressément nécessaire.

La fillette sourit une dernière fois et fit un bref signe de la main à ses gardes qui, s’étant éloignés quelques instants pour les laisser s’entretenir tranquillement, s’approchèrent d’un air solennel.


« Il est temps pour nous de prendre congé, Alicia de Sarrebourg. Avec regret, croyez-le bien. Nous aurions aimé nous entretenir plus avant avec vous mais hélas, nous ne disposons guère de temps, aussi nous vous prions de nous excuser. Merci encore, et portez-vous bien. »


L’Oracle eut un geste de la main signifiant un au revoir, et après avoir contemplé la Comtesse qu’elle était venue voir en personne une dernière fois, fit volte-face pour repartir en compagnie de ses deux gardes en direction des écuries, laissant derrière elle la Meneuse à côté de la fontaine au bleu céladon. Les rares personnes présentes dans le jardin, et qui avaient assisté de loin à la scène sans en perdre une miette, regardèrent la Parole de Dieu repartir par où elle était venue, imaginant sans doute ce qu’il venait de se passer; au vu de leurs gestes mutuellement doux et compréhensifs, il était évident que l’Oracle et la Comtesse de Sarrebourg étaient sur la même longueur d’onde. Le comportement des plus grands est toujours considéré comme un modèle pour les plus petites gens, aussi ceux-ci ne tarderaient sans doute pas, eux aussi, à imiter leur Comtesse. Mais ce n’était même pas par imitation aveugle, non. C’était parce que l’Oracle pouvait les comprendre. Elle ne faisait pas de différence entre les individus. Rois, nobles, bourgeois, paysans ou miséreux, tous avaient droit à la même considération, et tous auraient bientôt droit à leur liberté tant attendue.
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