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 Gourdin des bois...

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Mort(e)
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MessageSujet: Gourdin des bois...   Dim 14 Mar 2010 - 14:53

«Pour le Roi ! »

Les cavaliers du 23e régiment de Bar-le-Duc talonnèrent leurs chevaux. En bas, un convoi de mulets, protégés par de simples gardes armés de gourdin, assaillis par des brigands deux fois plus nombreux qui semblaient surgir de derrière les arbres. Dans le vallon couvert de feuilles mortes, l’arrivée des soldats du Roi rajouta sa contribution au chaos ambiant. Sabres au clair, avec le grondement des sabots de leurs chevaux et leur cri de guerre, la Cavalerie couvrait toutes les clameurs.

N’importe quelle bande de brigands aurait fui, ou alors aurait combattu. Celle-ci jeta aussitôt ses armes et se mit à genoux devant les soldats. Avant même que les chevaux ne soient arrivés, ils étaient tous désarmés par les gardes de la caravane, les cavaliers n’avaient plus qu’à ramasser les prisonniers. Alors que ses hommes rassemblaient les prisonniers, le lieutenant dirigeant la petite force inspecta les dégâts. Le Marchand avait beaucoup de chance, il n’y avait pas de morts animales ni humaines, ni de pertes matérielles. Du côté des brigands, il n’y avait pas de pertes non plus. Le marchand sortit de derrière un mulet où il s’était caché.


« Ah lieutenant, vous êtes arrivés à temps ! Ces horribles bandits en voulaient à mon or ! »
« J’ai vu. Je suis le Lieutenant Tischer, pour vous servir. »
« Alexandre Hourrin. »

Alexandre Hourrin était un grand gaillard d’un mètre quatre-vingts, bien bâti. Il avait des cheveux noir profond et une barbe assez courte de la même couleur qui lui mangeait la moitié du visage. Un regard assez féroce tempéré par un sourire franc alors qu’il rengaînait une rapière dont visiblement il ne savait pas se servir. Dans son habillement, Alexandre Hourrin ressemblait au marchand typique : un pourpoint de velours brun, une cape au col bordé de fourrures qui lui descendait jusqu’aux genoux, des bottes en cuir huilé impeccables. En revanche sa carrure ne ressemblait pas à celle d’un marchand : d’habitude soit ils étaient secs et sans l’ombre d’une musculature, soit ils profitaient de leur fortune et arboraient une jolie bedaine, accompagnée parfois d’autre réserves de gras. M. Hourrin lui n’était ni l’un ni l’autre : il avait une grande carcasse bien remplie, et le pourpoint était prêt à craquer sous l’effet de la musculature du marchand.

Le lieutenant, en reniflant, dit :

« A ce que je vois vous pouvez continuer votre voyage »
« Si je puis me permettre, j’aimerais m’abriter dans votre fort pour la nuit, le temps de me remettre de mes émotions. »


Alexandre Hourrin semblait tout sauf émotif. Le Lieutenant Tischer cependant n’avait pas de raison de refuser, après tout, cet homme avait été victime d’une attaque, il pouvait être victime d’une deuxième…

Une heure et demie plus tard, les brigands étaient enfermés dans des geôles, les gardes de la caravane logés dans les quartiers libres utilisés par des soldats et Alexandre Hourrin était invité à dîner chez le Colonel.


***

« Monsieur Hourrin, vous êtes décidemment un sacré gaillard ! »

Sous l’emprise du vin, le Colonel débitait maintenant tout ce qui lui passait par la tête, sans censure. En face de lui, Alexandre Hourrin semblait tout aussi joyeux. Comme le reste de la tablée à vrai dire, constituée des officiers du fort. D’habitude la fête n’allait pas aussi loin mais un invité comme M. Hourrin vous poussait facilement à boire. Avec son langage franc, sa langue toujours prête à raconter une histoire drôle, il avait exactement le type d’humour qui faisait rire les officiers, à mi-chemin entre le paillard et le bon mot, et les « défis d’honneur » sur des enjeux stupides. Dans ce genre de défis, Alexandre Hourrin avait fait roulé sous la table le Capitaine Fischmann, et remporté une partie de bras-de-fer face au lieutenant Tischer. Au fort de Bar-le-Duc, les officiers n’étaient pas forcément très mondains…

« Merci Commandant, mais je ne suis pas le seul gaillard autour de cette table ! » dit M. Hourrin
« Par rapport à nous, si ! » dit un officier
« Vous vous laissez donc dominer par un bête marchand ? »
« Ah ça non ! Je vous défie M. Hourrin ! »
dit le Colonel lui-même.
« Puisque c’est moi que l’on défie, j’ai le choix des armes ? »
« Mais tout à fait ! »
« Dans ce cas, vous voyez ce cochon de lait ? Qu’on nous donne à chacun la même quantité de viande et le premier qui l’aura englouti aura gagné ! »

Le Colonel hésita un petit moment. Alexandre Hourrin semblait légèrement chancelant et était bien rouge.

« Qu’on nous donne une livre de viande à chacun ! »

Les cinq cents grammes de viande atterrirent bien vite dans les assiettes du Colonel et du marchand. Le lieutenant Tischer donna le signal en faisant tinter son verre. Puis ce fut l’exubérance : A droite : Alexandre Hourrin piquait son morceau, le jetait dans sa bouche, mâchait en un ou deux mouvements, puis avalait le tout dans un bruit de tuyauterie et le jus dégoulinait sur sa barbe noire, qui devenait de plus en plus maculée, tout comme son pourpoint. A gauche, le Colonel avait du mal à suivre, il prenait le temps de couper sa viande mais du coup ne mâchait pas, avalait tout rond et ne prenait pas le temps de respirer. Au fur et à mesure, on vit apparaître une différence entre les concurrents : Alors que le Colonel passait du rouge au violet puis au vert, mais tenait courageusement, M. Hourrin en venait aux doigts et déchiquetait les morceaux à pleines dents. Les officiers autour de la table encourageaient les finalistes en criant et en tapant sur la table. C’était un joyeux tapage où jaillit l’ordre :

« Apportez des bassines, c’est bientôt fini ! »


Et effectivement, à peine les bassines étaient apportés que le Colonel se levait et dégueulait la nourriture ingérée trop vite. Pendant ce temps là, le marchand finissait consciencieusement son assiette et fit un rôt presque discret.

« J’ai gagné je crois. »

Un grand hourra fit le tour de la table. Poli, Alexandre Hourrin se leva et demanda la permission de se retirer, on trouva dommage de partir si tôt mais on prit soin de lui donner un factionnaire pour le guider vers sa chambre.

***

L’air frais visiblement faisait du bien au marchand, à peine il était sorti que sa démarche s’était rétablie par enchantement. La sentinelle qui le guidait vers sa chambre avait l’air excessivement jeune, elle portait encore des boutons d’acné. A la porte de ses quartiers, Alexandre Hourrin demanda :

« Au fait, vous avez quel âge ? »
« Dix sept ans monsieur. Pourquoi ? »
« Oh rien, pour savoir. »


Sans avertissement, M. Hourrin arracha son casque, le prit par les cheveux et éclata son crâne contre la muraille. Une traînée de sang et de cervelle suivit la trajectoire du corps qui s’affaissait.

Gabriel Touchedieu ne s’attarda pas sur le corps, il fallait qu’il aille libérer ses compagnons. Il partit sans tarder vers les geôles, en évitant autant que possible les zones éclairées. Il atteignit sans difficultés la prison et y pénétra, puis se mit en embuscade. Un puis deux gardes furent proprement assommés et le Fléau de Lorraine récupéra les clés. Quand il ouvrit la porte de la cellule, ses compagnons faillirent l’embrasser.


« Gabriel ! Tu foutais quoi ? »
« Le Colonel a choppé une indigestion grâce à moi, t’occupe. Maintenant, tout le monde à son poste. »


Par groupe de deux, chacun alla vers son objectif, tandis que Gabriel Touchedieu allait vers les casernes où il réveilla dans le silence le plus total ses autres compagnons qui avaient joués le rôle des gardes assaillis. Ensemble, ils prirent le chemin de l’armurerie. Il y avait deux factionnaires, qui ne survécurent pas longtemps lorsqu’Hiver, le plus doué des lanceurs de couteaux de la bande leur cueillit la carotide à distance. Passe-trou força la serrure, et ils s’engouffrèrent dans le bâtiment…

Pendant ce temps, à l’écurie, deux ombres noires récupéraient une lanterne et se rapprochaient du principal stock de foin. A la porte du fort, six hommes profitèrent de l’inattention des sentinelles penchées sur une partie de dés pour leur briser la nuque, et ainsi prendre le contrôle de la porte.

Dans l’armurerie, les autres factionnaires éliminés sans que l’alerte ait pu être donnée, le plus gros du groupe était en train de dévaliser tout ce que le fort comptait de cottes de mailles, de protections, et d’armures. Les épées et les lances étaient tout simplement dédaignées, un ou deux prirent de bons arcs et un ou deux carquois, mais la plupart échangèrent surtout leur gourdin de bois contre des masses d’armes d’acier. Chaque homme prenait au moins trois pièces d’équipement sur le dos, et une arme à la ceinture, l’occasion était trop belle.

Dans l’écurie, un palefrenier intrigué voulut avoir le cœur net et s’aventura dans le bâtiment. La lanterne n’était plus à sa place, bizarre. Il s’approcha pour avoir le cœur net. D’un coin sombre partit une fourche qui le transperça comme du papier.

Sur la porte, une sentinelle qui avait assez du froid poussa la porte du poste de garde pour enfin se réchauffer. La porte s’ouvrit trop brusquement, il fut happé à l’intérieur et se prit un couteau dans l’œil.

Dans l’armurerie, le pillage touchait à sa fin, Gabriel Touchedieu donnait l’ordre de lever le camp maintenant. Avec vitesse et calme, on éteignit les torches et on ressortit dehors, puis on referma la porte. Puis on longea à l’ombre de la muraille jusqu’à la porte. Le cri de la chouette fut lancé, suffisamment fort pour que ce soit une grosse chouette.

Deux ombres sortirent de l’écurie en courant, un brin de fumée sortit par une ouverture, fumée qui devint lueur orangée, puis flamme, puis incendie. Les chevaux hennissaient de terreur dans leur stalle. Les sentinelles sur les murailles descendirent en vitesse de leur poste pour aider à la lutte contre le feu. En pas loin d’une minute, plus un soldat sur les remparts, tous dans la cour. Les portes s’ouvrirent alors.

Alors que le Colonel était en train de se tordre d’une très mauvaise indigestion dans son lit, alors que tous les chevaux étaient en train de brûler, empêchant toute poursuite des bandits, alors que près de douze soldats avaient trouvé la mort, Gabriel Touchedieu avait réussi le plus joli coup de sa carrière, en ayant pillé la moitié de l’armurerie d’un fort militaire, au beau milieu de la gueule du dragon.

Et alors que la nuit embrasée laissait partir les brigands, le Fléau de Lorraine salua de loin le fort de Bar-le-Duc.
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